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DE LA SITUATION
MORALE ET POLITIQUE
DE LA FRANCE
A LA FIN DE LA SESSION DE 1818.
Note des ouvrages de M. AZAIS.
Des Compensations dans les destinées humaines, troisième
édition, considérablement augmentée, trois vol. in-8°,
avec une belle gravure servant de frontispice. 15 fr.
Système universel, huit vol. in-8°. 30 fr.
Traité de Physiologie et d'Idéologie, d'après le Système uni-
versel, cinq vol. in-8°. 20 fr.
Manuel du Philosophe ou Principes éternels, un volume in-12.
1 fr; 50 c.
le nouvel Ami des enfans, par M. et Mme, Azaïs, 24 vol,
in-18 , avec deux gravures à chaque volume. 24 fr,
Un mois de séjour dans les Pyrénées, un vol. in-8°. 3 fr.
Explication et emploi du Magnétisme, par MM. Bapst et
Azaïs, un vol. in-8°. 1 fr.
De la Sagesse en politique sociale, ou de la Mesure de li-
berté qu'il est convenable d'accorder, en ce moment, aux
principales nations de l'Europe, un vol. in-8°. 1 fr. 50 c.
Jugement philosophique sur J.-J. Rousseau et sur Voltaire,
un vol. in-8°. 1 fr. 50 c.
De l'Amérique, ou Considérations générales sur le sort
actuel et le sort futur de ce grand continent, un volume
in-8°. 1 fr. 50 c.
Du Système politique suivi par le ministère, ou Réponse à
l'ouvrage de M. de Chateaubriand sur le même sujet, un
vol. in-8°. 1 fr. 50 c.
Réflexions sur la noté secrète, un vol. in-8°. 1 fr.
Correspondance philosophique. (Elle se compose de six Let-
tres à M. de Chateaubriand, d'une lettre à M. Benjamin
Constant, et d'une Lettre à M. de Feletz. ) 8 fr.
N. B. Tous ces ouvrages se trouvent chez Béchet, libraire,
quai des Augustins, n°. 57.
Sous presse, et devant paraître avant le 30 juillet :
De Napoléon, ou Considérations philosophiques sur son ca-
ractère, son élévation, sa chute, et les résultais de. son
gouvernement:
DE LA SITUATION
MORALE ET POLITIQUE
DE LA FRANCE
A LA FIN DE LA SESSION DE 1818.
PAR H. AZAÏS.
A. PARIS,
CHEZ BECHET, Libraire, quai des Augustins, n° 57.
DE L'IMPRIMERIE DE DENUCON,
JUIN 1819.
PREFACE.
L'OUVRAGE que l'on va lire est écrit
depuis la fin du mois d'avril ; des
cette époque, l'impulsion la plus sa-
lutaire était donnée aux institutions
et aux opinions par les mouvemens
politiques du mois de décembre, par
l'ordonnance du 5 mars, et par les
discussions des Chambres représenta-
tives.
Encouragé, entraîné même par la
satisfaction profonde que me causaient
la disposition des choses et l'état des
esprits, je me hâtai d'exprimer mes
sentimens, mes réflexions et mes es-
pérances ; je supposai, au gré de la
vraisemblance la plus apparente, que
toute la session ressemblerait à son
début, et se distinguerait de celles
qui l'ont précédée par les progrès très-
avancés que ferait, sous son influence,
l'harmonie politique.
Je suis loin aujourd'hui de rétracter
une si heureuse pensée ; au contraire,
de nombreux motifs la confirment :
ce que j'écrivais, au mois d'avril, je
l'écrirais encore; pour cette raison, je
le publie sans songer même à le mo-
difier.
Mais, le 17 mai, une question in-
cidente et cependant du plus haut
intérêt, à occasionné, dans la Cham-
bre des députés , une discussion vive,
courte, brusquement tranchée, qui a
agité l'opinion d'un mouvement ra-
pide, Je crois devoir dire, en peu de
( 7)
mots, ce que je pense, et du sujet,
et du caractère de cette discussion.
LE calme et la sécurité sont, en ce
moment, les premiers besoins de la
France. La nature a. doué ses habi-
tans et son territoire de tant d'avan-
tages, que pour qu'elle s'élève promp-
tement à un degré éclatant de pros-
périté, il lui. suffit d'être au-dedans
sans discorde, et au-dehors sans agres-
sion.
Ainsi, les premiers soins du Gou-
vernement doivent être d'apaiser ou
étouffer les dissensions intestines, et
de prévenir, chez les nations environ-
nantes, tout prétexte d'animosité, tout
sujet légitime d'inquiétude et de mé-
contentement.
L'exécution de la Charte, oeuvre
(8)
de conciliation et de philosophie ;
donne au Gouvernement les moyens
d'apaiser les divisions intestines; car
la Charte commande le ménagement
de tous les voeux et la satisfaction de
tous les intérêts.
Mais la Charte elle-même, au mo-
ment où elle a été donnée, n'a pu
être, jusqu'à un certain point, qu'une
oeuvre anticipée. Il en est toujours
ainsi des monumens d'une profonde
sagesse : impérieusement réclamés
dans les temps de troubles, ne pou-
vant même être fondés que dans ces
temps agités, ils n'appartiennent avec
plénitude qu'à des temps qui n'exis-
tent pas encore; ils ne seront appli-
cables dans tous leurs détails, dans
toute leur étendue, que lorsqu'ils au-
ront amené les temps d'harmonie et
(9)
de concordé que d'abord ils doivent
préparer.
Pour que la Charte pût remplir sa
destination pacifique, pour qu'elle
pût être un jour rigoureusement exé-
cutée, il était donc nécessaire que
d'abord son exécution ne fût point
exacte et littérale; c'est ce que je crois
avoir démontré dans l'un des écrits
politiques que j'ai publiés (1). J'an-
nonçais encore, d'après les gages que
le Gouvernement donnait sans cesse
de ses intentions et de son zèle, j'an-
nonçais une gradation rapide dans
l'établissement des formes libérales et
constitutionnelles.
Tout homme d'un esprit impartial
( 1 ) Correspondance philosophique.— Quatrième
lettre.
( 10 )
a reconnu la rapidité de cette grada-
tion ; ajoutons que, depuis le mois
de décembre, nous nous sommes for-
tement rapprochés dé son terme ab-
solu ; mais ce terme si désirable, nous
ne le tenons pas encore ; c'est ce qui est
également reconnu par tout homme
d'un esprit impartial.
Il n'y a plus de fermentation en
France, mais les moyens de fermen-
tation ne sont point anéantis. Ces
moyens se réduisent généralement; à
des voeux et à des craintes : De la part
d'un certain nombre d'hommes, à des
voeux en faveur de ce qui ne peut plus
être rétabli; de la part des hommes
d'une classe opposée, à des craintes
de voir ce rétablissement tenté ou
même effectué.
Et ces deux genres de dispositions
(11 )
se croisent et se compliquent ; c'est-à-
dire, que lés hommes qui craignent
avec excès le retour des anciennes
formes, des anciens priviléges, op-
posent naturellement, à cette crainte
qui les poursuit, le voeu funeste de
voir brusquement, et à jamais, s'a-
néantir ce que les temps anciens ont
laissé d'héritage.
Réciproquement, les hommes qui
craignent avec excès le retour des
formes républicaines, sources immé-
diates de désolation, d'anarchie, de
brigandage, sont entraînés à deman-
der, pour garantie contre cette crainte
exagérée , la répression, la punition
même des hommes qui ont pris une
part fatale au triomphe momentané
de ces grandes erreurs.
Or, toute défiance, même la plus
(12)
injuste, lorsque d'ailleurs elle est pro-
fonde, invétérée, lorsqu'elle est éprou-
vée a la fois par un grand nombre
d'hommes, exige, de la part des Chefs
de l'Etat, de grands ménagemens. En
attendant que le temps la dissipe, il
faut lui faire des concessions, des sa-
crifices même; si elle est attaquée de
front et avec violence, elle s'irrite,
s'augmente, s'exalte ; elle porte des
masses nombreuses à toute l'impétuo-
sité de l'exaspération.
Toute concession politique, tout
sacrifice fait nécessairement des vic-
times ; que serait une concession qui
ne froisserait personne ? que serait un
sacrifice dont personne n'aurait à souf-
frir?
Le Gouvernement est donc obligé
de faire souffrir quelques hommes
(13)
pour apaiser lés inquiétudes d'un
grand nombre d'autres, c'est-à-dire
jour amener la tranquillité de l'Etat ;
car c'est là son devoir, et non directe-
ment de satisfaire les hommes trop
inquiets : son affection ne doit pas
s'adresser plus particulièrement à une
classe d'individus qu'à une autre ; mais
la prudence doit porter ses réflexions
et ses déterminations vers les meil-
leurs moyens de prévenir la fermen-
tation sociale ; il est indubitable que
le sort de quelques hommes doit céder
à de si grandes considérations.
Rappelons d'ailleurs que, par l'or-
donnance du 5 septembre, par la loi
des élections, par la loi de recrute-
ment, par l'ordonnance du 5 mars,
et généralement par tous les grands
actes politiques, le Gouvernement a
donné des gages très-importans, très-
nécessaires, à cette Révolution, que le
Temps a entraînée, et qui doit s'ac-
complir. Mais le devoir du Gouver-
nement est aussi de donner des gages
contre la précipitation et les excès de
cette Révolution même ; car, ce qu'il
doit persuader à la France, à l'Europe,
à tous les peuples de la terre, c'est
qu'il veut la Révolution sans précipi-
talion et sans excès.
Mais ici il y a une différence impor-
tante. La Révolution étant, par elle-
même un mouvement général, un
changement général, les gages qu'elle
exigeait étaient, non des hommes,
mais des choses, des lois, des insti-
tutions.
Tandis que les excès de la Révolu-
tion lui étant étrangers ne pouvaient
( 15 )
être représentés par des institutions,
des lois ou des choses, mais seulement
par les hommes que les adversaires de
la Révolution unissaient à l'idée même
de ces excès, et que, pour cette raison,
ils croyaient devoir redouter; C'était
donc sur des hommes que les gages de
ce genre devaient tomber.
Et il est important de reconnaître
que la Révolution Française a agité
tous les peuples de l'Europe ; que, par
ses premiers mouvemens, elle a ébran-
lé tous les trônes ; que, par conséquént,
tous les peuples de l'Europe ne pour-
ront être pleinement rendus à l'harmo-
nie sociale, et tous les trônes ne pour-
ront être entièrement raffermis que
par l'issue pacifique de cette Révolu-
tion même ; c'est-à-dire par la sa-
gesse avec laquelle elle sera conduite
( 16 )
vers son terme et sa consommation.
C'est donc à tous les peuples et à
tous les Souverains que le Gouverne-
ment Français devait donner des gages
de la ferme résolution qu'il a prise
d'écarter désormais du cours de la Ré-
volution les mouvemens funestes et
les excès déplorables.
Or, si ces mouvemens et ces excès
sont personnifiés aux yeux des Peu-
ples et des Souverains de l'Europe ;
si, par l'effet de préventions, soit in-
justes, soit fondées, certains hommes
sont considérés comme fauteurs se-
crets de dispositions hostiles et de
systèmes désorganisateurs, que doit
faire le Gouvernement du Roi de
France, si ce n'est de montrer authen-
tiquement que ces hommes ne peuvent
point encore être admis au partage des
(17 )
droits et des avantages des Citoyens
Français ?
JE me hâte de dire que je ne fais
ici que me livrer à des conjectures
naturellement dérivées des observa-
tions générales. Je n'ai point l'honneur
d'être admis à la connaissance directe
des secrets politiques; je ne reçois
jamais d'autres communications que
celles des événemens publics, et d'au-
tre mission que celle de mes propres
pensées; mais je sais, avec toute la
France, avec toute l'Europe, que le
Ministre, principal dépositaire, de-
puis quatre ans, de la confiance du
Roi, a, pour inclination personnelle,
la générosité, et, pour principes po-
litiques, la conciliation et l'indul-
gence, je sais qu'il a spécialement
(18)
donné ses soins à l'adoucissement de
toutes le mesures de réprobation, et
que sans doute bien des préventions
ont déjà cédé à sa noble influence,
puisque plusieurs exilés ont déjà été
rendus à leur patrie. Je sais encore
que l'unité d'opinions et d'intentions
ne peut que régner dans un Ministère
compose, il y a six mois, sous l'im-
pulsion de circonstances qui faisaient
au Gouvernement un devoir pressant
de l'accord et de l'unité.
Dé telles considérations me don-
nent le droit de penser que si le voile
pacificateur de la Clémence Royale
n'a pas encore été étendu sur tous les
hommes, sur toutes les fautes, c'est
parce que les Ministres n'ont pu dis-
siper encore toutes les inquiétudes ;
que peut-être même, pour inspirer.
(19)
aux Souverains de l'Europe une con-
fiance parfaite, une confiance bien-
nécessaire, ils se sont vus dans l'obli-
gation dé partager leurs alarmes, ou
du moins d'agir comme s'ils les par-
tageaient.
Et en effet, quel moment malheu-
reux que celui où un concert de récla-
mations s'est élevé en faveur de nos
victimes politiques ! un si horrible for-
fait politique venait d'être commis !
Le meurtre de Kotzebüe est d'un si
atroce délire ! et jamais un fanatique
ne s'élève seul dans son pays et dans
son siècle. L'anarchie européenne com-
mençait, et tous les Rois étaient me-
nacés du poignard, lorsque le misé-
rable Ankarstroom donnait la mort à
Gustave; et, deux siècles aupara-
vant, la discorde religieuse rallumait
(20)
ses flambeaux, lorsque le magnanime
Henri était assassiné par l'affreux Ra-
vaillac.
C'est absolument sur la même ligne
que le jeune Sand doit être placé ; c'est
également un monstre de folié. Au
récit de son crime, de ses circons-
tances et de ses motifs, tout homme
sage a frémi; car le fanatisme d'une
liberté insensée pouvait provoquer à
l'instant le fanatisme d'une servitude
intolérable ; toute l'Europe pouvait
être embrasée !...
Je ne sais si, en Allemagne, le dan-
ger est entièrement évanoui ; mais je
conçois que, pour le dissiper avec
moins de résistance, les Souverains
aient pu désirer que le Gouvernement
Français fît solennellement une décla-
ration énergique de son horreur pour
(21)
tous les forfaits révolutionnaires, afin
que ce Gouvernement, si justement
réputé libéral, constitutionnel, ami
de la raison, des vraies lumières, de
la Philosophie, donnât à tous les peu-
pies une idée juste du terme social et
monarchique auquel la Révolution
devait aboutir.
Et cette déclaration ne devait pas
être discutée; car tous les motifs ne
pouvaient en être dévoilés ; et comme
la discussion n'aurait pu manquer
d'être très-vive, on aurait nécessai-
rement dépassé , de part et d'autre ,
toute mesure de réserve et de pru-
dence. Que de malheurs pouvaient
naître de cette séance critique! tant
d'inquiétude la précédait ! tant de ru-
meurs l'ont suivie !...
Elles me semblent calmées. Quel-
( 33 )
ques infortunés languiront encore. J'ai
connu la proscription; tant de Fran-
çais l'ont connue ! J'ai commis des er-
reurs ; tant de Français furent éga-
rés !... et nous sommes libres et en
paix dans notre belle patrie ! et il ne
tient qu'à nous de nous y faire hono-
rer! et toutes nos anciennes fautes
peuvent être effacées par notre fidé-
lité désormais inviolable, par notre
zèle que l'expérience a éclairé, par
nos services réellement patriotiques,
puisqu'ils auront pour objet l'affer-
missement du Trône et l'établisse-
ment de la liberté.
Ah ! présentons notre exemple à
ceux que le malheur opprime ! qu'ils
y puisent de salutaires intentions, et
les consolations de l'espérance !
DE LA SITUATION
MORALE ET POLITIQUE
DE LA FRANCE
A LA FIN DE LA SESSION DE 1818.
LA session de 1818 sera mémorable, non-
seulement dans l'histoire de France, mais
dans l'histoire de l'espèce humaine : elle a
fixé, d'une manière définitive, la direction
des grands mouvemens dont l'Europe est
agitée depuis plusieurs siècles; elle a sin-
gulièrement avancé le terme de ces mou-
vemens.
L'année dernière encore, et même jus-
ques aux premiers jours de l'année actuelle,
la Révolution semblait hésiter dans sa mar-
che, et se défier de ses succès. Cette dé-
(24)
fiance, cette hésitation n'étaient cependant
qu'une apparence; car les succès d'une
chose nécessaire sont eux-mêmes d'une né-
cessité impérieuse; la Révolution Française,
effet général du progrès de tous les temps,
et de la civilisation de tous les peuples, ne
pouvait pas plus être arrêtée que l'astre
qui nous éclaire ne peut être empêché de
suivre son cours.
Mais, au-devant de l'Astre qui nous
éclaire, les voies sont libres et spacieuses ,
nul obstacle ne gêne l'exécution des lois
qui lui sont imposées; il est seul à la place
qu'il occupe; et, de même, chacun des
Vastes corps qui l'environnent est comme
isolé au sein de l'espace ; ce qui donne pour
caractère, aux mouvemens célestes, la sim-
plicité, la précision et l'uniformité.
Le système social de chaque peuple est,
au contraire, d'une complication extrême;
Il se composé d'une immense quantité d'ac-
tions plus ou moins concordantes, et de
résistances plus ou moins unies ; c'est ce
qui fait que son cours n'est pas d'une ré-
(25)
gularité soutenue, et que le temps de ses di-
verses périodes ne peut être assigné; mais-,
par son ensemble, il a une marche géné-
rale, positive, nécessaire; elle enveloppe
tous les événemens ; elle entraîne tous les
hommes; il faut s'y soumettre, soit en
aveugle comme le vulgaire, soit avec dépit
comme l'homme abusé ou orgueilleux, soit
avec discernement comme le Philosophe ;
dans ce dernier cas, ce n'est pas toujours
sans regrets et sans tristesse, mais c'est du
moins sans humeur, sans amertume, sans
secousses; ce qui fait que rien n'est plus
désirable que de voir de vrais Philosophes
à la tête des familles, à la tête des institu-
tions, à la tête des États.
Par homme d'État réellement Philoso-
phé, il faut entendre celui qui voit ce qui
est, veut ce qui doit être, ne s'irrite point
contre les résistances, les excuse même,
mais, quand le teins est venu de les vaincre,
ne leur cède pas.
La France, en ce moment; a davantage
d'être gouvernée par des hommes qu'une
(26)
telle; Philosophie éclaire; tel est le fruit
qu'elle a retiré de son agitation et de ses
malheurs.
Et tel est généralement le fruit des grandes
Révolutions; parcela même qu'elles renou-
vellent l'ensemble de la société, elles four-
nissent à toutes les forces l'occasion des em-
ployer, à tous les talens le besoin de pa-
raître, à tous les pouvoirs nécessaires les
moyens de s'établir.
Le Peuple Français est devenu très-éclairé;
le premier pouvoir, en France, est aujour-
d'hui celui des lumières.
Deux hautes facultés sont données à
l'homme par des lumières très-étendues ;
c'est le calme et la prévoyance. Lorsque les
Révolutions, qui, d'abord, contraignent
ceux qui s'en emparent à être, par-dessus
tout, courageux, fermes et habiles, ont
amené le temps où les Chefs de l'Etat peu-
vent, de plus, se montrer calmes et pré-
voyans, on peut assurer qu'elles touchent
à leur terme; car elles vont atteindre pai-
siblement et décidément leur objet.
Napoléon fut un homme plein d'habileté,
de fermeté et de courage; il convenait mer-
veilleusement à l'époque où il saisit la puis,
sance ; car l'anarchie nous dévorait. Mais son
extrême énergie ne le rendait propre qu'à
enchaîner la discorde, et non à fonder une
construction sage; il manquait de calme et
de haute prévoyance; sa destinée, et elle,
sera belle dans l'histoire, fut de préparer le
règne de la modération et de la sagesse, de
le rendre possibles en même temps qu'il le
faisait désirer. Oublions ses fautes; nous
jouissons de ses bienfaits.
Oublions ses fautes ! Non ; car elles expli-
quent tous les malheurs qui ont accom-
pagné sa chute, toutes les agitations qui
l'ont suivie; mais pardonnons à sa mémoire ,
puisque, d'une part, il retira la France d'un
abîme effroyable, puisque, d'un autre côté,
les maux qu'il nous a faits ont perdu leur
violence, et que l'agitation qu'il nous a
laissée est près de finir.
Ce qui le prouve, c'est que nous sommes
très-près de nous entendre ; et ce qui prouve
28
que nous sommes très-près de nous en-
tendre, c'est que les factions sont abattues,
ou plutôt dispersées, épuisées, car elles ne
sont point comprimées par une force im-
périeuse ; et cependant on ne les aperçoit
plus; l'opposition des libéraux vrais, cons-
titutionnels , sans intentions hostiles, sans
arrière-pensées, et c'est le plus grand nom-
bre, n'est rien moins que factieuse, car elle
est exempte d'animosité ; ce n'est plus que
l'impatience d'obtenir tous les résultats;
de la révolution, résultats aujourd'hui peu
éloignés, que la nécessité amène, qui ne
doivent pas être précipités par cela même
qu'ils sont inévitables, vers lesquels le Gou-
vernement se dirige avec loyauté, avec fran-
chise, mais avec prudence et ménagement.
Quant à l'opposition contre-révolution-
naire, elle ne saurait plus être factieuse,
parce qu'elle ne saurait plus trouver des
soutiens nombreux et ardens. Si quelque
illustre mécontent parle encore avec amer-
tume; c'est sa passion qu'il soulage, ou ses
propres erreurs qu'il exprime; mais il n'est
point l'organe avoué d'un véritable parti.
La résistance n'est plus qu'individuelle ;
elle ne se forme plus que de quelques am-
bitions déçues, faisant de vains efforts pour
annexer à leur cause des regrets qui s'ef-
facent, des opinions qui tombent; des pré-
tentions qui meurent faute d'espoir.
Par quelles revoies, par quels hommes
avons-nous été conduits à une situation si
désirable? Ici, écoutons la, justice, l'im-
partiale justice; et si, à la faveur de l'exa-
men qu'elle va diriger, elle nous invite à
concevoir une profonde reconnaissance
pour des hommes revêtus, aujourd'hui,
d'une grande, autorité, que, cette considé-
ration n'arrête pas notre franchise. Dans les
républiques, l'ingratitude politique peut
être une précaution. Dans les Monarchies,
elle est un tort et un danger.
EN 1815, la Contre-Révolution régnait ;
c'était son droit, faible et passager sans
doute; mais c'est ce qu'elle ignorait elle-
même. Tout vainqueur s'abuse sur l'im-

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