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DE
LA VIE PUBLIQUE
PARIS
JOSEPH ALBANEL, LIBRAIRE
7, RUE HONORÉ-CHEVALIER, 7
1872
Tous droits réservés
DE QUOI IL EST ICI QUESTION
Nous conservons un vieil esprit dans
une situation nouvelle.
Quelle idée se faisait-on autrefois de ce
qu'on appelait le bon Français?
C'était l'homme qui obéissait à toutes
les lois, respectait toutes les autorités,
et payait exactement toutes ses contri-
butions, y compris tous les droits de
douane et d'octroi. Celui-là était le vrai
citoyen, et, comme on disait alors, le fidèle
sujet. Il n'avait qu'à obéir et à suivre.
Mais, depuis plusieurs années déjà,
, obéir et payer d'avance tous ses douzièmes
ne suffit plus : il faut, pour bien servir son
pays, payer de temps en temps de sa per-
sonne.
Dire à un gouvernement, au bon gou-
vernement: Faites, j'obéirai, ce n'est plus
assez. Il faut ajouter : Je vous soutiendrai.
Oui ! quel que soit le gouvernement que
Dieu donnera ou laissera imposer à la
— 2 —
France, tous les honnêtes gens devront
prendre part, chacun dans son milieu, à
la direction des affaires communes : — Si
ce gouvernement est bon, pour le sou-
tenir et le conserver; — s'il est médiocre
pour l'empêcher de devenir pire, et, au-
tant que possible, pour l'améliorer; —
s'il est mauvais, pour le détruire.
Il n'y a qu'une seule chose qui puisse se
faire sans nous : notre ruine à tous et à
chacun, et la ruine de la France. Mais le
bien, le commencement du bien, le pro-
grès du bien, l'établissement définitif du
bien, ne se feront jamais qu'avec le travail
persévérant des hommes qui ont de l'in-
telligence et de l'honneur.
A ceux qui vous diront : C'est cela !
vous voulez faire parler de vous ! vous
voulez devenir sous-préfet ! vous voulez
produire votre fils ! vous voulez marier
votre fille !
A ceux-là répondez : Non ! je veux
d'abord sauver ma bourse, ma maison
et ma tête !
Et si vous voulez sauver votre bourse,
votre maison et votre tête, mon cher voi-
sin, faites comme moi !
Signalons hardiment une dernière
oeuvre, celle de la vie publique, un der-
nier groupe à former entre amis, entre
voisins, et dans les moindres localités, —
le groupe des intérêts publics.
On ne les attendait pas ici.
Je le crois bien : l'homme qui donne la
moitié de sa vie aux bonnes oeuvres, qui
ne pense qu'aux pauvres et aux malheu-
reux de toutes sortes, qui, pour eux., parle,
écrit et quête incessamment, cet homme,
si vous lui dites un mot des élections, des
candidats, du vote qu'il aura à déposer,
cet homme sourit : il ne s'occupe pas de
ces choses-là. Ou bien il paraît effarou-
ché, sa pudeur est blessée. Comment
pouvez-vous croire que je fais de la poli-
tique ?
De toutes nos maladies, celle-ci est bien
la plus curieuse; de toutes nos misères,
c'est bien l'une des plus lamentables. '
Car enfin vous, bon chrétien, vous vous
préoccupez des pauvres, des orphelins, des
soldats, des prisonniers, des libérés-, des
apprentis, des petits ramoneurs, de la
réhabilitation du mariage, de la sépul-
ture, des bons et des mauvais livres. Mais,
de grâce, de qui dépend, en très-grande
partie, et quelquefois uniquement, le sort