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De quelques petits poètes normands contemporains de Malherbe / par M. Gustave Le Vavasseur,...

De
28 pages
F. Le Blanc-Hardel (Caen). 1868. 26 p. ; in-8.
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DE
QUELQUES PETITS POÈTES
NORMANDS
CONTEMPORAINS DE MALHERBE
par
M. GUSTAVE LE VAVASSEUR
MEMBRE DP. L ASSOCIATION NORMANDE
CAEN
LANC-HARDEL, IMPRIMEUR-LIBRAIRE
RUE FROIDE , 2
1868
DE
QUELQUES PETITS POÈTES NORMANDS
CONTEMPORAINS DE MALHERBE
DE
QUELQUES PETITS POETES NORMANDS
CONTEMPORAINS DE MALHERBE
par
M. GUSTAVE LE VAVASSEUR
MEMBRE DE [.ASSOCIATION NORMANDE
CAEN
CHEZ F. LE BLANC-HARDEL, IMPRIMEUR-LIBRAIRE
RUE FROIDE , a
ises
Extrait de VAnnuaire normand. — Année 1868.
DE
QUELQUES PETITS POÈTES NORMANDS
CONTEMPORAINS DE MALHERBE.
MESSIEURS ,
L'Association normande, telle que je la comprends, est
la réunion de tous les enfants d'élite de ce beau pays,
soucieux de mettre au service du progrès collectif, intel-
lectuel et matériel leur intelligence et leur expérience
personnelle; mais jaloux surtout de faire ressortir, soit
dans le passé, soit dans le présent, soit dans les espé-
rances de l'avenir, l'excellence de leur sol natal et de
leur plantureux terroir.
Et, s'ils se rassemblent chaque année dans une de leurs
cent bonnes villes de Normandie, c'est pour affirmer,
sous un jour nouveau, la supériorité de la mère-patrie.
Ceux d'entre nous, Messieurs, qui s'adressent à leurs
compatriotes les laboureurs et les industriels et leur prê-
chent la théorie de la prudence et du progrès, font, à
proprement parler, le panégyrique des Normands chez
lesquels l'un ne va pas sans l'autre. Mieux que tout autre
peuple, en effet, le Normand est naturellement en garde
contre les surprises des calculs de l'industrie. Les florai-
sons inattendues de la matière réjouissent ses yeux sans
les éblouir. Tout en travaillant pour lui-même et en s'ai-
dant de toutes ses forces, il croit à la Providence et il sait
que si l'analyse prend tous les jours un chemin nouveau
_ 4 —
pour descendre de la synthèse, elle cherche mille petits
sentiers inconnus pour y remonter.
Les éleveurs et les industriels normands ont l'intelli-
gence à la hauteur de la richesse de leur sol, et mettent
avec résolution un travail opiniâtre et fécond au service
de leur esprit. Les concours nationaux et internationaux
sont là pour constater leurs succès, et la tâche que s'im-
posent ceux de nos collègues qui s'occupent d'agriculture
et d'industrie est rendue plus facile par la certitude qu'ils
ont d'être crus et compris.
Ceux d'entre nous, Messieurs, qui sont plus particu-
lièrement acoquinés par tempérament et par éducation
aux choses de l'esprit, aux souvenirs de l'histoire et aux
rêveries de l'art, se plaisent à mettre annuellement en
commun des trésors purement littéraires. L'Association
est pour eux, à proprement parler, un cours d'enseigne-
ment mutuel, et ses réunions sont des séances d'Aca-
démie.
Ceux-ci aussi sont écoutés et compris de leurs compa-
triotes, chez qui s'est traditionnellement gardé le noble
souci de bien penser et de bien dire. Ils peuvent
aussi distribuer en famille les lauriers sans les compter.
L'histoire littéraire de la Normandie, si intéressante à
elle seule, devient parfois l'histoire littéraire de la France
entière.
Il y a trois cents ans, Messieurs, le Forèsien Papire
Masson disait des Normands : eosdem (Normannos) ego
ingeniosos ad pero'piendas bonus ailes cl scienlias prcedico.
Dans le siècle suivant, l'Angevin Ménage rendait à la
Normandie un hommage mérité en l'appelant :
Neuslria, doclorum nutrix celeberrima valum.
Et Commire d'Amboise résumait tous ses titres en ces
vers élégants :
Neustria, fïugifeiae Cereri grutissima tellus,
Foeta viris, cui slant centum cum ina3nihus urbes,
Phoebi endem studiis Icnique addictn Minervar.
Bien qu'il faille estimer à leur juste valeur l'horoscope
d'un obscur hydrographe et les compliments de deux
petits poètes latins, dont l'un fut le Vadius de Molière,
tous trois sont admirablement à leur place; ils pourraient
être l'épigraphe heureuse et le résumé exact d'un des
chapitres les plus intéressants de l'histoire littéraire de la
France, — chapitre sympathique entre tous à ce canton
de Basse-Normandie, où naquirent tant de poètes aven-
tureux et charmants qui furent l'honneur de cette époque
et des lettres françaises.
Quel mouvement littéraire s'était-il donc opéré de l'an
1585, époque où Masson écrivait, à l'an 1625, qui vit naître
Jean Commire "
Ronsard avait passé , — Malherbe était venu.
Or, bien que tout paraisse avoir été dit sur cette
réaction Malherbienne un peu brutale, à laquelle ses vic-
toires ont fait pardonner sa tyrannie, la fin du XVIe siècle
apparaîtra toujours à un Normand sous un aspect parti-
culier. Les plus vaillants combattants de cette lutte furent
des Normands. Malherbe est le précurseur normand du
normand Corneille ; c'est lui qui a mis d'accord le ma-
gique instrument dont se sert le prince des poètes. C'est
lui qui a réglé cette métrique, « à laquelle », suivant la
magnifique expression de M. Proudhon », Corneille a dû
— 6 —
ces vers sublimes, taillés d'équerre, dans un granit qui
durera plus que les marbres du Parlhénon et les Pyra-
mides de Thèbes. ■>
Le vendômois Ronsard est pour nous presque un
Gascon, une sorte de troubadour empanaché à la méri-
dionale , qui prodigue à toute heure, en toute occasion
et à tout venant, les rossignolades de son gosier sonore.
Nous ne savons trop s'il chante faux ou juste, et à vrai
dire, nous ne nous en soucions guère. Nous regardons
passer, avec son cortège et ses fanfares, ce roi René
glorieux, couronné de lauriers, enguirlandé de myrtes
et pailleté de clinquant. Mais nous ne connaissons per-
sonne à sa cour.
Le seul Rémy Belleau, douce nébuleuse dans la
pléiade scintillante, est né dans notre voisinage. Mais
Nogent-le-Rotrou ne fut jamais en Normandie.
Depuis les chansons de Geste, dont l'obscur Thouroude
avait été l'Homère et Taillefer, l'Orphée ; depuis les ro-
mans d'aventures et le chanoine de Bayeux, Robert
"Wace
Qui en l'île Jersey fut né,
Et à Caen tout petit porté,
la vieille muse normande semblait sommeiller. Au
milieu des auteurs multiples de tous les romans du Re-
nard , dont les dernières contrefaçons vont s'éteindre en
Belgique, le nom seul de Richard de Lison jette au début
et en passant le nom d'un village normand.
Nous n'avons rien de commun avec le Roman de la
Rose.
Dans le courant du XV siècle, les Normands se
taisent.
— 7 —
Le seul Alain Chartier,
Doux en ses faits et plein de rhétorique,
Clerc excellent, orateur magnifique,
au dire du gascon Octavien de Saint-Gelais, proteste en
faveur de la muse normande.
Olivier Basselin et les Vaudevirois furent une glorieuse
exception ; ils chantèrent chacun leur chanson sur un mode
particulier dans un de nos plus verts et de nos plus pit-
toresques cantons, n'imitèrent personne, n'appartinrent à
aucune école et ne procédèrent d'aucune manière.
Il n'est pas jusqu'au poëme dramatique, le mieux ap-
proprié peut-être au génie normand, qui ne doive dans
ses premiers essais, ses rares chefs-d'oeuvre à des étran-
gers.
Jean Bouchet et Pierre Blanchet étaient de Poitiers,
Gringore de Vaudemont en Lorraine, Jean du Pont-Allez
était un paroissien de St-Eustache.
Les plus obscurs sont étrangers comme les plus célè-
bres, et parmi les faiseurs de farces et de moralités, je
ne trouve guère que ce Jean Parmentier, de Dieppe, né
en 1494, mort à Sumatra, en 1530, qui fit jouer à Dieppe,
le jour « du Puy de l'Assumption Notre-Dame »,en l'an de
grâce 1527, une « moralité très-excellente à l'honneur
de ladite Assumption. »
Bien que le nom de Parmentier soit familier à ceux
qui se sont occupés de l'histoire littéraire de leur pays
et que cet auteur appartienne, par sa naissance, à un
canton bien éloigné du nôtre, je me reprocherais dans
une ville normande, industrielle et commerçante, de ne
point rappeler la mémoire de ce marchand dieppois si
honnête homme et si grand clerc, dont Pierre Crignon,
— 8 —
son compagnon fidèle, avait écrit en vers les aventures,
« affin que , triumphant sur la mort, il pût revenir en la
mémoire des hommes par renommée et louange immor-
telle. »
Raoul et Jean Parmentier, bourgeois et marchands de
la bonne ville de Dieppe, étaient de cette noble race
d'aventuriers normands qui ont conquis des royaumes et
découvert des mondes.
Raoul, dit le chroniqueur, déjà cité, était « clerc pour
composer ballades, moralitez et rondeaulz. »
Quant à Jean, « il n'avait point beaucoup hanté les
écoles et n'avait d'autre science que celle que le grand
précepteur et maître d'école lui avait par sa grâce dé-
partie Mais son gentil esprit était toujours occupé
de quelque oeuvre de vertu, et il désirait fort honneur en
toute chose. »
Les deux frères s'en allaient hardiment par la haute
mer, en bons Normands , cherchant la gloire et ne dé-
daignant pas la fortune, armant des navires, s'aventurant
aux terres inconnues, naviguant, priant et chantant.
Jean fut le premier français qui aborda au Brésil; mais
il avait une bien autre ambition vraiment que celle d'af-
firmer des découvertes antérieures : son rêve était de dé-
couvrir ce fameux passage au pôle nord, dont la traversée
tente encore, de nos jours , les plus généreux esprits.
Il y rêvait un jour, quelque deux ans après la repré-
sentation de son mystère l'Assomption Notre-Dame. Nou-
vellement marié, il ne pouvait se décider à quitter la
terre ferme, quand je ne sais quel autre songe lui montra
comme dans un mirage féerique, l'île de Sumatra, cette
Trapobane dont il voulut conquérir le commerce à la
France. Sa petite escadre était prête ; il était comman-