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Dédié au peuple : les trahisons... / par Nemo (décembre 1870)

De
17 pages
1871. 1 pièce (16 p.) ; in-8.
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DÉDIÉ AU PEUPLE
LES
TRAHISONS
PAR
NEMO
GENÈVE
1871
LES TRAHISONS
Le vray vaincu a pour sou roolle l'estour
non pas le salut ; et consiste l'honneur de
la vertu à combattre non pas à battre.
MONTAIGNE.
Le malheur frappe la France et l'accable ; après Wis-
sembourg, Woerrth; après Sedan, Strasbourg; après Metz,
le siége de Paris.
La France est pantelante, minée, mais non accablée;
ses armées sont détruites, mais la nation entière est de-
bout, tous ses hommes sont appelés et tous répondent à
la Patrie en détresse.
Tout peut être perdu, excepté son honneur, et dans ses
défaites, la fière nation excite encore l'admiration du
monde par son attitude invaincue.
La fortune nous fut-elle encore adverse, dut-elle nous
écraser encore sous ses dernières rigueurs, la France
mutilée restera grande encore dans son désastre.
Une nation qui tombe ainsi n'est pas une nation finie,
si le présent lui manque, l'avenir lui appartient; éclairée
par ses fautes, fortifiée par ses épreuves, éprouvée par
ses souffrances, la France reprendra dans le monde la
grande place que lui marque son passé.
— 2 —
Paris assiégé depuis trois mois, le pays envahi par des
armées victorieuses, il semble que c'est se livrer à l'illu-
sion que de se livrer encore à l'espérance ; et néanmoins le
pays veut croire encore, il ne s'abandonne pas; ses armées
détruites, ses généraux prisonniers, ses places fortes tom-
bées ou investies, la France tourne encore les yeux vers
Paris héroïque, vers ces enfants, ces hommes mûrs, ces
vieillards, improvisés soldats, pour la défense sacrée du
sol de la Patrie.
Et la France espère en son Dieu, et la France appelle
la victoire, et la France veut dans un dernier et suprême
effort donner et son sang et son or.
Le monde devant ce spectacle plein de tristesse et de
grandeur, le monde s'émeut et se passionne; la France
n'est plus cette nation enviée dans son bonheur, jalousée
dans sa force, la France redevient la nation chevaleresque,
et le monde oublie ses vices pour ne se souvenir que de
ses vertus.
Il est donc permis de se trouver toujours fier d'être
Français, et le coeur élevé et le front haut de dire encore :
Dieu protège la France !
Oui, la France s'aidera et Dieu l'aidera. Les jours de
la lutte dernière sont proches, et alors que tout semble
perdu, tout peut encore être sauvé, si Dieu combat avec
nous.
Dans cette lutte du droit contre la force, de la civili-
sation contre la barbarie, l'espérance de l'Europe nous
accompagne aujourd'hui et le cri du triomphe peut bien-
tôt retentir.
Pourquoi faut-il que le mot de défaites ait été prononcé,
— 3 —
que le mot Trahison, que le peuple murmure aussitôt
que les malheurs militaires nous frappent, ait été pro-
clamé.
C'est à ce mot de Trahison que je veux répondre.
Lorsque l'Europe plaint et admire, quel est le cri qui
retentit en France ? Trahison !
Et ce cri est poussé après Sedan, après Strasbourg,
après Metz.
Les soldats accusent les officiers, les officiers accusent
les chefs, le pays attentif entend le gouvernement pousser
la lugubre accusation et dans son angoisse, il accuse !
Et vous, jeune et brillant dictateur, homme à la parole
mâle, énergique, éloquente, vous, le seul homme émergé
encore de ce chaos, vous lancez l'accusation, vous salissez
l'homme qui pendant deux mois a soutenu la France et sa
fortune, vous poussez le cri de Trahison. Vous le pouvez,
car vous êtes le gouvernement de la défense nationale ;
vous le pouvez, car ce nom vous donne la dictature ; vous
le pouvez, car devant le péril de la Patrie nul n'a pu
élever la voix contre vous. Vous êtes le gouvernement de
la défense nationale ! et oubliant votre République, tous
les partis vous acceptent s'ils ne vous acclament pas.
Vous êtes le gouvernement de la défense nationale et
vous avez renversé l'Empire ; vous êtes le gouvernement
de la défense nationale et vous avez désorganisé le pays ;
vous êtes le gouvernement de la défense nationale et vous
avez trahi la France, car en proclamant la République,
— 4 —
car en appelant Garibaldi, en faisant de sa chemise rouge
un de vos drapeaux, vous nous avez aliène' l'Europe.
La Eépublique c'est vous, ce sont vos passions, la Ré-
publique abrite encore les haines des partis sous un ano-
nymat, elle réveille les espérances de tous, aussi les pré-
tendants se lèvent et songent déjà à se disputer votre
dépouille. Les légitimistes sont debout avec le comte de
Chambord; les orléanistes avec leurs princes; les socia-
listes, les communistes aussi sont debout avec leurs chefs
de violences et de désordre.
Mais vous êtes la République et vous rêvez que vous
vivrez et que de notre deuil, de notre ruine et de notre
sang subsistera enfin ce gouvernement où vous trouvez
votre place.
Aveugles, qui ne voyez pas! qui ne vous souvenez pas!
Votre force seule est dans notre union, et cette union
subsistera seulement devant l'étranger. Demain la France
meurtrie se retournera contre elle-même et se frappera
de ses propres mains ; et ce suicide vous l'aurez amené,
car vous êtes la Révolution et vous êtes le malheur de la
France.
Je ne déverserai l'injure sur aucun de vous, mais êtes-
vous donc insensés alors que vous accusez, que vous lan-
cez à là face du pays des accusations de traîtrise, que
sans examen vous flétrissez des hommes d'honneur, alors
que vous les désignez à la mort, ce qui ne serait rien si
vous ne les désigniez à la honte !
Et ces hommes, vous les exaltiez; la veille ils étaient
les sauveurs de la France.
Malheureux ! vous les déclarez infâmes! vous les vouez
à l'exécration des honnêtes gens !
— 5 —
Etes-vous convaincus ? non, vous ne pouvez pas l'être,
mais il vous importe de soulever l'indignation de la France,
d'allumer sa colère ! vous la frappez dans ses enfants les
plus héroïques, pour exalter ses passions, son courage!
Ne comprenez-vous donc pas que vous nous perdez à
l'intérieur, que vous nous déshonorez à l'étranger?
La trahison c'est le cri des peuples malheureux, l'in-
fortune les révolte et les trouble ; ne la comprenant pas,
ne la supportant pas, ils se retournent vers les chefs des
Etats, vers les chefs des armées, et ils lancent ce mot du
désespoir : la Trahison !
Mais vous, des gens intelligents ! des gouvernants !...
Trahison, dites-vous! mais vous ne savez si vous devez
y croire, et y croiriez-vous, vous devriez vous taire, au
nom du salut du pays et de son honneur.
Hé bien, ce mot de trahison, je le retourne contre vous.
Alors que vous accusez, je défends.
La trahison, elle est votre oeuvre, la guerre, c'est vous
qui l'avez fermentée, depuis 1866, depuis Sadowa, depuis
les victoires de la Prusse, chaque jour, dans votre presse,
à la tribune, vous avez proclamé l'humiliation de la France,
fait de la défaite de l'Autriche notre propre défaite, pro-
voqué le souverain à l'appel de la nation aux armes.
Et maintenant quelle était votre conduite à l'intérieur ?
Alors que vous rendiez la guerre nécessaire, vous cher-
chiez à semer la désunion dans le pays, vous fomentiez
les troubles et les révoltes, vous cherchiez à désarmer
le pays, attaquant la loi militaire, réclamant chaque
année des diminutions de contingent, parlant devant cette
Prusse qui vous donne aujourd'hui la mesure de sa force,