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Délassements poétiques

De
70 pages
impr. de Lemercier et fils (Vendôme). 1870. In-8° , 73 p..
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P.-J. FONTENEAU
DÉLASSEMENTS
POÉTIQUES
V ENDOM E
IMPRIMER] E LEMERGIER & FILS
•JSTO
P.-J. FONTENEAU
DÉLASSEMENTS
POÉTIQUES
V E N D O M K
IMPRIMERIE REMERCIER & EILS
■1870
DÉLASSEMENTS
POÉTIQUES
NAPOLÉON — 184-0
Pousse des cris de joie et d'allégresse^
Comme un seul homme, ô France, lève-loi!
Oh ! bats des mains !.... A l'ordre de ton roi,
Un prince part, et malgré sa jeunesse,
Bravant les mers et les vents orageux,
De ton héros, au roc battu de l'onde,
Va demander lès restes précieux...
Il suscita le progrès dans le monde ;
Il fut puissant; tout encore, à son nom,
S'émeut et dit : Gloire à Napoléon !
Du Roi des rois, ô sagesse infinie !
Napoléon, proscrit par un Bourbon*
Longtemps captif de la fi ère Albion,
Rendu par elle aux voeux de la patrie,
1
— 6■ —
Par un Bourbon en pompe ramené,
Va donc revoir celte France si chère,
Dont, en pleurant, il s'était éloigné!
Le lys languit sur la terre étrangère,
Et le drapeau du grand Napoléon
Flotte sur nous et rend gloire à son nom,
Sur des lauriers il fonda sa puissance;
Il mit le terme aux sanglantes fureurs,
Qui trop longtemps firent couler nos pleurs;
Aux mauvais jours de l'affreuse licence,
Il rétablit l'ordre et l'autorité;
Il rappela la justice bannie,
Rendit de Dieu le culte respecté ;
Il inspira de l'élan au génie....
Tout dans la France, encor plein de son nom.
Tressaille et dit : Gloire à Napoléon !
Napoléon fut de la Providence
Pour ses desseins l'élu prédestiné.
Il tint vingt ans l'univers étonné
Par ses exploits, par son génie immense...
Tout grand qu'il fut, le héros se trompa;
Il aima trop les combats et la guerre...
Pauvre exilé ! longtemps il expia
D'un noble coeur la fiévreuse chimère...
Le monde entier, que remplissait son nom,
En l'admirant pleure Napoléon.
AU. COSSON 1
Écoute un peu, petit ruisseau,
Qui depuis que le monde est monde,
Promène doucement ton ond«
Au bas de ce riant coteau,
Que de gloires n'as tu pas vues
Poindre, briller et s'éclipser !
Que de beautés qui sont venues
A tes claires eaux se mirer
Dans la tombe sont descendues !
De ce qu'on appelle le temps
Ce sont là les amusements,
Sans pitié bientôt il dévore
Ce que sans peine il fit éclore.
Les jours qui composent les ans
De ses volontés immuables
Sont les agents inexorables :
Tantôt sombres ou radieux,
Mourant ou renaissant sans cesse,
Et dans leur sein mystérieux
Portant la joie et la tristesse,
La fortune et la pauvreté,
Les honneurs et l'obscurité,
1 Petit ruisseau qui passe dans le bourg d'Huisseau, canton
de Bracieux.
Et la folie et la sagesse
Qu'à l'homme en tous lieux si p''li|
Dieu distribue et repartit
Selon sa justice infinie.
Ton onde ealipe et point ternie
Est pour moi l'image ici-bas
Des jours dont se forme la yie
Du sage qui fuit le fracas
De la grandeur si passagère,
Pour être ignoré sur la terre,
Je ne le crois ni moins heureux.
Ni moins utile à ses semblables
Que ces prétendus demi-dieux.
Au fond jouets infatigables
Du caprice des faux plaisir:
ft du vague des vains désirs.
Ah ! regarde sans jalousie
Près de toi la Loire grossie
El fièrede mille affluents,
A travers et cités et champs,
D'un bout à l'autre de la France,
Courir à l'un des océans;
Car bientôt cet abîme immense
De sa gloire sera l'écueil
Qui brisera tout son orgueil.
Tes nymphes dans ton voisinage
Ont vu les rois à très-grands frais.
Sur un sol ingrat et sauvage
Bâtir un superbe palais *,
1 Chambord, qu'ont bâti, restauré ou bien habité les comtes
— 9 —
Chef-d'oeuvre né de l'alliance
Du génie avec la puissance,
Merveille qu'a permise Dieu,
El qu'il livre, dans sa sagesse,
Au temps qui la détruit un peu,
Chaque jour, chaque instant, sans cesse,
Pour être un signe solennel
Que lui seul est grand, éternel.
Mais toi, Ruisseau, toi, son ouvrage,
Du temps lu peux braver l'outrage.
Chambord et tous ses souvenirs,
Malheurs, gloires, fêtes, plaisirs,
Rois, amantes, hommes de guerre,
Tout ici-bas aura passé,
Tout, jusqu'à la dernière pierre,
Sera renversé, dispersé,
Qu'aux premiers rayons de l'aurore
Les bergères des alentours
Sur les rives viendront encore
Rêver de leurs chastes amours;
Que des zéphirs la douce haleine
En la faisant rider à peine,
Le soir rafraîchira Ion eau :
Que'grâces à toi la prairie
Toujours sera belle et fleurie;
Que toujours, ô petit ruisseau,
de Blois, — François 1er, — Diane de Poitiers, —Louis XIII,
— Louis XIV, — le Maréchal de Saxe, — M. de Polignae, —
le Prince Berthier, et qui est aujourd'hui la propriété du^.
duc de Bordeaux.
— 10 —
Des oiseaux le tendre ramage
Attirera sur ton rivage
Ainsi que moi les promeneurs;
Que la voyageuse hirondelle
De son bec noir et de son aile
Toujours, dans le temps des chaleurs,
Rasera ton cristal limpide,
Où toujours la lune timide
Reflétera ses doux rayons;
Que de jolis petits poissons
Ton lit sinueux et tranquille
Sera la patrie et l'asile
Adieu, Ruisssau, reprends ton cours
Trop suspendu par mon discours.
Obscurément, sans étalage,
Tu sais partout, sur ton passage,
Être utile, faire du bien.
Ruisseau, c'est te conduire en sage ;
C'est d'être heureux le vrai moyen.
HIER — AUJOURD'HUI — DEMAIN — ESPÉRANCE
A mon Fils aîné
Hier^ pour loi, mon fils, les plaisirs de l'enfance,
Tu vivais de nos maux dans l'entière ignorance;
Cher objet de mes voeux, l'honneur de mes enfants,
Le bonheur t'a bercé sur les ailes du temps :
Toutes de soie et d'or fussent les destinées!
A ton esprit, mon fils, précieux souvenir !
Apparaîtront toujours tes premières années,
Comme un instant heureux qui ne peut revenir.
Aujourd'hui le travail, point de dégoûts encore,
Point de peines du coeur, de chagrin qui dévore;
Dans un pays voisin, au gré de ton désir,
Déjà s'offrent à loi les champs de l'avenir;
Et ton esprit séduit s'y promet la richesse,
La douce liberté, le plaisir, la grandeur
Mais le monde bientôt détruira ton ivresse,
Et le jour de demain tes rêves de bonheur.
Demain c'est l'avenir, demain c'est la souffrance
Que d'un sort plus heureux adoucit l'espérance.
Ce funeste demain, redoute-le, mon fils,
Avec lui te viendront de perfides amis.
- 12 —
Mille maîtres jaloux de te donner des chaînes..; •.
Pauvre enfant ! Ce demain qui sourit à tes voeux,
Du coeur et de l'esprit t'apportera les peines.....
Le désespoir peut-être au front sombre, à l'oeil creux.
Le désespoir Quel mot a prononcé ton père !
Si grand que soit jamais l'excès de ta misère,
Tout en te résignant aux volontés de Dieu,
Espère un sort meilleur.... En tout temps, en loul lieu,
L'espérance, mon fils, souliendra ton courage;
De Dieu qui nous secourt l'espérance est la main,
C'est l'ancre du salut au plus fort de l'orage,
L'étoile du bonheur qui se montre au lointain.-
LA GRENOUILLE k SES ENFANTS
FABLE
Loin du monde, au fond d'un marais,
Dame Grenouille élevait sa lignée;
Elle y vivait en paix ;
En tel coin qui l'eût troublée ?
Elle le fut pourtant
Par un enfant.
Un jour, il faisait chaud, et près du marécage,
Tranquillement sur le rivage,
Notre famille humait le frais.
La mère, en grenouille fort sage,
Traduisait à ses fils par des si, par des mais,
La prudence avec soi qu'apporte le long âge.
oc Mes enfants, disait-elle, il ne faut se fier
« Légèrement à l'apparence. »
Plusd'unPlaton,chez nous, n'eût pas mieux dit, jepense.
Comme elle discourait, arrive un écolier,
Et tout d'un bond, les énfanls et leur mère,
Moins braves que César, de se cacher dans l'eau.
Bientôt après, une chose étrangère
A!ux enfants rassurés fait hors de leur tannière
— 14 —
Jeter les yeux « Le spectaclenouve.au !
(C'était une ligne lancée
Par l'écolier, et de rouge amorcée.)
« Oh ! mais c'est un friand morceau,
« Disent-ils à leur mère; ah ! la bonne curée ! »
Pour modérer les transports
De leur joie,
Et pour les éloigner de la perfide proie,
Elle fit de vains efforts "
De leur désobéissance
Et de leur ignorance
Ils furent bientôt punis.
Pauvre mère !.... elle vit ses fils,
Victimes de leur imprudence,
Par l'écolier l'un après l'autre pris.-
L'ENFANT k LE NH)
FABLE
Un nid d'élégante structure
Dans le haut d'un arbre perché
Sous le feuillage était caché.
Un écolier, par aventure,
Le vit pourtant
Et le prit sur-le-champ.
En vain la pauvre mère
Lui dit tous ses chants de douleur,
Il ne fut pas touché de sa misère ;
Heureux d'être possesseur
De quatre jolis oeufs, c'était là la nichée,
Comme, enivré de joie, il faisait en idée
Une riche collection
De tous les oeufs des oiseaux du canton,
Il laisse, en gambadant, choir son mince bagage,
Adieu les oeufs, adieu bonheur aussi
Dé dépit il pleurait, lorsque survient un sage,
Le Nestor du village :
Mon enfant, lui dit-il, pourquoi pleurer ajnsi ?
— Pourquoi ?... voyez le bel ouvrage...,
— 1G —
Qu?ai-je fait au bon Dieu?...
— Peux-tu le demander ?... Eh ! réfléchis un peu,
« Quoi, bonnement crois-tu qu'enlever sa couvée
« A cette mère désolée
« Ce n'est rien ?... En maître indulgent,
« Dieu t'a puni d'avoir été méchant.
« Mais, prends-y garde, il sera plus sévère
« Si lu fais mal une autre fois.
« De cet excellent père,
« Qui veut bien t'averlir, comprends, mon fils, la voix,
« Et sache désormais qu'il ne faut jamais faire,
« A plus petit,
« Que, ce que tu voudrais qu'un plus puissant te fît. »
LA PRIERE
De la religion, ineffable mystère !
Des marches de l'autel en de sublimes chants
Jusqu'au trône de Dieu la fervente prière
S'élève avec l'encens.
Et le minisire saint d'une voix suppliante,
Sous les habits sacrés, beau de ses cheveux blancs,
L'adresse à l'Eternel, humble, simple et touchante,
Pour nous tous, ses enfants.
A sa voix des chrétiens la foule recueillie
Laisse échapper en choeur ses doux gémissements,
Mélodieux accords, plus suave harmonie,
Que les concerts des grands.
Au Souverain auteur du bien et de la vie,
Ces vierges, ces enfants, ces femmes à genoux,
Demandent la sanlé d'une mère chérie,
D'un père ou d'un époux.
Détestant les écarts de sa foUe4ûUnesse,
Cet impie au front clmu^,i^13iméjd^doiileiir.
Fait voeu de consacrer J«r jours de sa^ïjoillesse
A Dieu, son cféirleW.A 1 ^ \ Irl \
- 18 —
A la bonté de Dieu l'orphelin se confie,
L'orphelin, pauvre enfant, à la merci d'aulrui,
Roseau, jouet des flots, il est forl quand il prie
Dieu toujours son appui.
La prière est des maux le baume salutaire,
Priez, vous qui souffrez, priez avec ferveur;
Tout malheureux qu'il est, l'homme qui prie espère;
La paix rentre en son coeur.
Hommes riches, puissants, vous, heureux delà terre,
Sur les dalles du temple humblement prosternés,
Priez comme le pauvre, orgueilleuse poussière,
Le Dieu que voux bravez.
Repoussez loin de vous les discours de l'impie;
L'homme nécessiteux, à souffrir condamné,
FjSt une créature à l'erreur asservie,
Pour prjer il est né !
LES JEUNES COMMUNIANTES
Chères enfants, timides roses,
Fleurs au monde d'hier écloses,
Avec vos voiles blancs,
Vos longs cils abaissés, vos chants pieux, vos ciergésj
Vous êtes, chastes vierges,
Les anges de la terre aux coeurs purs, innocents.
Toutes, pour nous et pour vos mères,
Tendres enfants, de vos prières
Remplissez le saint lieu;
Et vos suaves voix, en concert séraphique,
Perçant la voûle antique,
Sur l'aile de la foij monteront jusqu'à Dieu.
Bientôt dans la foule jetées,
El de mille soins agitées,
Enfants, ainsi que nous,
Vous sentirez du coeur les peints, la tristesse,
Et, pleines de tendresse,
Vos filles à leur tour devront prier pour vous.
Loin de vous l'aimable jeunesse
Demain va fuir avec vitesse,
Sur les ailes du temps;
Météore d'un jour, sa lumière rapide,
Si la vertu vous guide,
Enfants, d'un doux reflet charmera vos vieux ans.
— 20 —
Jeunes filles, de votre enfance
N'abjurez jamais l'innocence,
C'est un bien précieux,
C'est un encens du coeur qui parfume la vie*
Une sainte ambrosie.....
C'est tout ce que l'on aime ici-bas comme aux cieux;
Chères enfants, timides roses.
Fleurs au monde d'hier écloses,
Avec vos voiles blancs,
Vos longs cils abaissés, vos chants pieux, vos cierges,
Vous êtes, chastes vierges,
Les anges de la terre aux coeurs purs, innocents.
LE PAUVRE
Quel est cel être au regard abaissé?
Il est timide et de tous repoussé;
Il cherche en vain un ami dans son frère,
Sans se lasser, il implore...., il espère :
C'est l'homme pauvre Il dévore en son coeur
De nos dédains l'insultante hauteur....;
L'infortuné !.... son crime est sa misère.
Fils de Dieu même, un Dieu foison sauveur,
Il est sorti des mains du Créateur
L'égal des rois et des grands de la terre ;
Son corps recèle une âme noble et fière;
Sous ses haillons bat un coeur généreux
Épargnons-lui nos rebuts oulrageux;
L'infortuné !.... respectons sa misère.
Renconlre-l-il au monde un bienfaiteur
Qui le console, allège son malheur?
Il le bénit, cl pour lui sa prière
S'élève au ciel suppliante et sincère.
Ses voeux sont purs, et le Dieu tout-puissant
Donne bonheur à l'homme bienfaisant :
L'infortuné!.... soulageons sa misère.
LE RICHE
Et cet autre être au regard orgueilleux,
Au parler bref, à l'air audacieux,
C'est l'homme riche : il se vante, on l'admire;
On applaudit quand d'un léger sourire,
Tombant sur vous du haut de sa grandeur,
Il dit : C'est bien...., je suis votre seigneur,
Mon or sur vous établit mon empire.
Pâle, alangui par l'excès des plaisirs,
Jamais heureux...., il s'épuise en désirs ;
L'or excepté, tout lui paraît frivole;
Dans son palais, il se pose en idole,
Et quand le pauvre au teint hâve, aux yeux creux,
Fait un appel à son coeur généreux,
Contre la faim il lui donne
De celle femme au courage abattu
A force d'or il corrompt la vertu;
Son coeur de boue accorde son estime
Au riche habit qui recouvre le crime;
L'homme modeste il le foule à ses pieds;
Amis, parents,, sont par lui reniés,
S'ils n'ont de l'or L'or seul les légitime.
— 23 —
Et cependant Dieu toujours juste et bon
L'a, comme nous, pétri d'un vil limon,
Qu'il a doté par sa toute-puissance
D'un pur rayon de son intelligence
Par l'or du riche éblouis et séduits,
Pauvres, c'est vous qui n'étant point unis
Dieu l'a voulu; nous sommes tous égaux,
Nous nous devons échange de travaux,
De soins, d'égards, au sein de nos misères.
De l'or du peuple oisifs dépositaires
Honorez donc, riches, le travailleur
Qui vil de pain arrosé de sueur
Sous le sarreau reconnaissez vos frères.
LA MORT
Pourquoi les pleurs d'une soeur et d'un fi ère,
De cet ami, de ces tendres parents?
Pourquoi les pleurs el les cris déchirants
De ce vieillard, de celle bonne mère?
Pourquoi ?.... la morl a jeté dans leur coeur
La poignante douleur.
La mort cruelle a, planant sur sa lèle,
Précipité de sa faulx au cercueil
Ce bel enfant d'avenir et d'orgueil.....
Plus d'heureux jours, de plaisir et de fêle,
La mort les a couverts en un clin d'oeil,
D'un long crêpe de deuil.
En un instant celle reine des hommes
A dissipé des rêves de grandeur,
De vains désirs de joie el de bonheur !....
Pauvres humains ! tous, hélas ! nous ne sommes
Qu'un peu d'argile...., et la mort, à son gré,
L'a bientôt dévoré.
Naître et mourir, c'est la loi de la terre.
La mort finit les maux du malheureux ;
Elle est l'effroi des hommes orgueilleux.
On n'est plus rien une fois dans la bière :
Aujourd'hui grand...., demain le fossoyeur,
Demain un Dieu vengeur.
UN DINER DE MOISSONNEURS
A loi, mon vieil ami, chère lie et bon vin,
Plaisir el joie en ce monde et dans l'aulre,
Car nous mourrons, cet arrêt est le nôtre :
Au livre du destin,
Tel il est buriné par une main divine :
« Suprême volonté du sort,
« L'homme naît sujet à la mort,
« La vie est le sentier qui tend à sa ruine,
« Nul moyen de la prévenir :
« En usant les ressorts de sa frêle machine,
« L'instant qui fuit à sa fin l'achemine.
« Dieu seul est éternel ; hors Dieu, tout doit mourir.»
Mais sur des vérités de sinistre présage
Pourquoi m'appesanlir
Quand seulement d'une touchante image
Je veux l'entretenir ?
Loin donc la couleur rembrunie
De ces tristes sujets !
Et vous, filles du Pinde, inspirez mon génie,
Doctes soeurs, à mes vers prêtez quelques attraits.
La diligente avanl-courière
Des chevaux du Soleil,
L'Aurore s'est soustraite aux charmes du sommeil.
De loulcs paris la lumière
Se précipite à son réveil.
— 2(1 —
Déj i l'alouette inquiète
A vu la faulx détruire pour toujours
L'humble el chère retraite,
Dernier témoin de ses tendres amours.
Rien n'est resté dans le village :
L'homme au printemps de l'àg' 1,
Fait tomber sous sa main, avide moissonneur,
Les fruits de son labeur.
Après lui son vieux père et sa jeune famille
Reeuei'lrnt les épis échappés de ses doigts
Ou qu'épargne sa faucille,
Et par des chants fredonnés en patois
Tous savent égayer l'ouvrage.
Rien n'est muet dans le prochain bocage;
Du plus aimable des concerts
Mille oiseaux réunis font retentir les airs.
Plaintive Philomèle,
Vous y redites, vous, vos dernières chansons,
Vous faites vos adieux à l'écho des vallons.
Fuyez de nos bosquets, fuyez, chantre fidèle,
Pour vous bientôt ils n'auront plus d'appas.
Pomone vient et ramène avec elle
Les noirs brouillards et les frimas.
Cependant ce n'est plus l'aurore,
Ce sont les brûlants rayons
D'un l'eu qui dessèche el dévore,
C'est le soleil des moissons.
Tout se tait; plus de chanls, plus de tendre ramag",
Heureux petits oiseaux,
Vous reposez en paix à L'ombre du feuillage,
Et voire maître avec courage,
L'homme, poursuit ses pénibles travaux.
— 27 -
En efforts toujours nouveaux
Il >'épuise, il se consume,
L'ardente soif en son gosier s'allume,
De son front la sueur découle par ruisseaux.
Au plus haut de sa carrière
L'asrre du jour n'est pas monté
Que par la soigneuse fermière
Le dîner est apporté.
Du bas du champ elle appelle,
A sa voix lentement se groupent autour d'elle,
L'un après l'autre, époux, enfants et serviteurs.
Un vieux chêne au large branchage
Leur prêle son ombrage
Impénétrable au plus grandes.chaleurs.
Chacun d'abord au ciel élevant ses pensées
Implore l'être créateur
De rappeler en soi ses forces épuisées,
Son courage et sa vigueur.
La prière terminée,
Le fermier bienfaisant, honnête homme el chrétien,
Harangue comme il suit sa troupe basanée :
« Aux malheureux faisons du bien;
« Sinon, mes bons amis, prier Dieu ce n'est rien.
« C'est une vérité : je la liens de mon père,
Il la tenait du sien.
« Mon fils, me disait-il, l'homme pauvre est ton frère,
« Autant que lu pourras, allège sa misère;
« Le bien que nous faisons, ce bien n'est point perdu,
« Il nous est par le ciel au centuple rendu.
« Ses conseils ont été ma règle de conduite,
« Et tout ce qui m'advinl depuis fut réussite.
« Je suis aimé des miens, j'ai la sanlé du corps,
- 28 —
« El mon esprit est sans remords
« Mais regardez là-bas la pauvre Margurrile....,
« Comme elle l'aligne à glaner !
i Si nous l'invitions à dîner
« Son coeur nous en aurait de la reconnaissance,
« Et pour donner peu de sa portion
« O mes amis, chacun en récompense,
« Ressentirait en soi la douce jouissance,
« Que fait naître toujours une bonne action. »
Il dit: par un soudain murmure,
Langage sincère du coeur,
On applaudit au cri de la nature,
A la louchante voix de l'homme bienfaiteur,
Vite on court au devant de la vieille glaneuse
En la hélant avec bonheur;
Mais sa marche est paresseuse,
Deux des plus foits l'enlevant sur leurs bras
L'apportent, triomphants, à l'endroit du repas.
Sans gêne cérémonieuse,
Les égards, le respect, les honneurs qui sont dus
A la vieillesse vertueuse
Combien avec plaisir lui furent-ils rendus !
Bons habitants des eh amps,quemon coeur vous préfère,
A nous !.... notre étude entière
Se borne à discourir sur les mêmes vertus
Dont à vous la pratique est douce el familière.
LIBERTÉ — ÉGALITÉ — FRATERNITÉ
La liberté !....
C'est l'âme du génie,
Le souffle pur de la divinité,
Ce qu'aime l'homme avec idolâtrie.....
C'est de son front l'auréoie bénie.
L'égalité !....
C'est la loi de nature,
C'est l'éternelle et sainte vérité
Qui de l'orgueil étouffant le murmure,
Place de pair et noblesse et roture.
Fraternité !....
C'est la douce espérance
D'un peu d'amour aux temps d'adversité,
L'appel du faible aux dieux de la puissance,
La main du riche ouverte à l'indigence.