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Dernières fleurs d'hiver, ou Les derniers adieux du coeur du poète / par Lafont (de Montferrier),...

De
30 pages
impr. de Pomiès aîné et neveu (Foix). 1868. 32 p. ; in-16.
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ÉPITRE
A M. Lafont (de Montferrier)
PAR M. J. MERCADIER
HOMME DE LETTRES , RÉSIDANT A PERPIGNAN
Non, non, ton dernier chant n'est pas le chant du
Du poète inspiré ton front porte le signe ; [cygne ;
Tu chanteras encore, et tes pieux accents
S'élèveront vers Dieu comme des flots d'encens.
Ah ! de tes fleurs d'hiver, écloses sur la neige ,
J'aime le doux parfum !.... que le Ciel les protège !
Que la brise embaumée épande leur senteur ,
Essence de ton âme, effluves de ton coeur !....
Aussi, quand vers le Ciel tu prendras la volée,
Tu vivras dans les lis semés dans ta vallée ,
Et Y athée orgueilleux , se souvenant de toi,
Verra Dieu dans tes fleurs, d'où s'exhale la foi.
Chante, chante!... Ton coeur déborde d'espérance.
La sainte poésie apaise la souffrance.
On ne craint plus la mort, quand on vit dans l'amour,
Et la fin d'un croyant est le soir d'un beau jour.
La tombe est un détroit qui sépare deux mondes.
Le Phénix, renaissant de ses cendres fécondes ,
Saluait le trépas, qui le rendait plus beau ;
Nous aussi, nous pouvons saluer le tombeau :
Du fond de ce creuset, où s'épure notre àme,
Nous remontons vers Dieu sur une aile de flamme.
Ton front est déjà ceint d'un nimbe glorieux ;
Sur la terre il répand le doux reflet des cieux.
Oh ! descends lentement la pente de la vie ;
Sous chacun de tes pas qu'on trouve épanouie ,
En suivant ton sentier , une suave fleur ,
Belle comme tes chants , pure comme ton coeur.
Perpignan, le 16 juin 1867.
J. MERCADIER.
RÉPONSE DE L'AUTEUR
MONSIEUR ET TRÈS-CHER POÈTE ,
J'ai reçu vos vers charmants qui m'apprennent
que le Roussillon a son Lamartine. En effet, en les
entendant lire , car mes pauvres yeux ne lisent plus,
j'ai cru entendre une des Harmonies du poète de
Màcon. Votre poésie m'est arrivée au milieu de
préoccupations et de soucis _de plus d'un genre,
comme un lis qui pousse tout-à-coup, inattendu et
par enchantement, au milieu des épines. Oui, vous
avez dans vos vers l'éclat et la pureté du lis, et vous
êtes le roi des miens, comme il est le roi des fleurs.
Vos louanges m'enivrent. Je ne combattrais pas cette
— 5 —
ivresse, si je n'en craignais le danger : le parfum
des lis monte parfois à la tète; et, quelque pure
qu'elle soit, la voix qui descend à moi du haut des
Pyrénées, pourrait bien agir sur mon faible coeur
de poète comme la voix d'une sirène. Quoi qu'il en
soit, je vous remercie mille et mille fois de vos
éloges. Indépendamment du grand plaisir qu'ils me
donnent, ils ont pour moi leur utilité: s'ils ne me
disent pas ce que je suis, ils me disent au moins
ce que je devrais être, et font naître en moi le désir
de les mériter un peu mieux. Dans tous les cas,
l'épître que vous m'adressez est une des plus douces
gloires de mes vieux jours. Elle vient rayonner
comme une étoile sur ma tombe prête à s'ouvrir,
et c'est mon étoile du soir.
Voilà tout ce que je puis vous dire. Je n'essayerai
pas de vous répondre en vers : j'aurais trop l'air
d'une petite planète qui réfléchit les rayons de
son soleil ; et outre que je n'ai pas assez de mérite
pour avoir acquis le droit d'être modeste, je me
sens encore malheureusement trop d'amour-propre
pour pouvoir me résigner à briller d'une lumière
d'emprunt, quelque éclatante qu'elle soit. Je poéti-
serais avec vous, si je croyais pouvoir vous égaler.
Contentez-vous donc de mon humble prose, et de la
reconnaissance vulgaire d'un de vos plus sincères
admirateurs.
Foix, 25 juin 1867.
LAFONT (DE MONÏFERRIER).
HYMNE A LA VIERGE
Dédié à la mémoire de M. l'abbé FINES , vicaire-général,
supérieur du grand séminaire
de Perpignan , décédé le 31 décembre 1867.
GRANDEUR ET BEAUTE DE MARIE
Tota pulchra es, arnica mca....
Veni de Libano sponsa mca ;
Vent, coronaberis. (Cantiq. des
CaïUiq., eh. iv, * 7, 8.)
Femme, céleste créature,
Des vierges elle est la plus pure.
Qui dira ses vertus? qui peindrait ses attraits ?
Dieu l'a faite si sainte , et si grande et si belle
Que l'on croit le revoir en elle :
Marie en reflète les traits ,
Miroir immuable et fidèle
Où le type divin ne s'altéra jamais.
Elle domine l'homme et l'ange ;
Sous sa bannière tout se range.
Au pied de ses autels où fume à flots Tencens,
Par un charme ineffable entraînée , attendrie,
La Terre à genoux chante et prie ;
Le Ciel sourit à ses "accents ;
Et sous le souffle de Marie
S'épurent transformés et les coeurs et les sens.
Là, pris aux filets dont la Grâce
L'entoure et tendrement l'enlace,
Le pécheur cède enfin à la voix du remord ;
Et lorsque Satan cherche à ressaisir sa proie,
Marie arrive, et le foudroie ;
Là la vertu navigue au port,
Tandis que le crime se noie
Dans l'abîme sans fond de l'éternelle mort.
D'où vient donc à la nouvelle Eve
Cette.puissance qui l'élève
Au-dessus des grandeurs du premier séraphin ?
C'est qu'épouse de Dieu , par un profond mystère
Elle est à la fois vierge et mère;
C'est qu'est né de sqn chaste sein
Le Christ, dont Dieu seul est le Père,
Le Christ, Verbe fait chair, Sauveur du genre humain.
Associée à la victoire
Qui nous délivre des Enfers ,
Elle apparaît dans une gloire
Dont resplendit tout l'Univers.
Oh ! voyez comme elle est parée !
A son cou virginal, en colliers arrondis
Scintillent l'or , l'argent, la perle et le rubis.
De mille autres joyaux sa robe est diaprée ,
. — 8 —
Brillant comme, dans un Ciel pur,
D'astres semé brille l'azur.
Que dis-je? même sous le voile
Dont, en venant vers nous, elle aime à se couvrir,
Pour que nous puissions voir sa beauté sans mourir,
La Vierge a plus d'éclat que la plus belle étoile ;
Sur son front serein et vermeil
Rayonne le divin Soleil.
Là haut, dans la sphère infinie,
Reine des cieux , des temps et de l'éternité ,
Les anges et les saints fêtent sa majesté
Par des chants pleins de feu , ruisselants d'harmonie,
Où l'hosannah du Paradis
Unit toujours la Mère au Fils.
A notre tour, sur cette terre ,
Nous qu'au.pied de la croix elle adopta pour siens,
Devenus ses enfants en devenant chrétiens,
Chantons, chantons toujours l'aimable et tendre Mère,
Qui, pour nous y conduire tous,.
Se place entre le Ciel et nous.
Marie , océan de clémence ,
Trois fois heureux qui met en toi sa confiance ,
Et qui, quand l'ange du trépas
Vient l'affranchir enfin des liens d'ici-bas,
Le coeur ivre de foi, d'amour et d'espérance ,
En te chantant encore expire dans tes bras t
Pour tous ceux que la mort délie ,
Sous ton sourire maternel, . • .
Tes bras sont le vrai char d'Elie
Qui les emporte dans le Ciel.
N. B. — Cet rnmne m'a été inspiré par une pièce
de vers latins de M. l'abbé Fines , intitulée Carmen
muUimelrum ad laudem Beatissimoe Virginis. En le
dédiant à sa mémoire, je satisfais un des plus grands
besoins de mon coeur :
Multis Me bonis flebilts occidit,
Nulli flebilior quant mihi.
(HORACE.)
LE SOMMEIL ET LE REVEÎL
D'UN AVEUGLE PARALYTIQUE
In coecitate corporis mente intuens, (S. Paulin)
Qu'entends-je ? Quel bruit sourd résonne à mon
[oreille?
Sommeil charmant! Pourquoi faut-ilqu'on me réveillé?*
Ce n'est que quand je dors que'mes yeux sontouverls;
.* Il est au lit.
— 10 —
Le rêve alors pour moi repeuple l'univers ,
Et, clairvoyant témoin , je cours sur cette terre
Où je rampais hier aveugle et solitaire.
Chaque objet a repris sa forme et sa couleur,
Et je ne confonds plus le fruit avec la fleur,
Le cuivre avec l'argent, le verre avec la perle ,
Ni la colombe avec le merle.
Je vois ce qu'éveillé je touchais sans le voir ,
Et le rouge et le vert et le blanc et lé noir.
Pour les dédommager du jeune de la veille,
La nature étalant merveille sur merveille ,
Révèle à mes yeux des attraits
Qu'avant ma cécité je n'avais vu jamais.
Mes prunelles audacieuses
De ses beautés mystérieuses
Pénètrent les derniers secrets ;
Je lui dérobe tous ses voiles.
Dans de féeriques nuits , d'innombrables étoiles ,
Marchant par bataillons dans la sphère des cieux ,
Inondent l'univers de leurs jets radieux ,
Et les planètes , leurs vassales ,
Suivent leurs courses triomphales.
Ces vassales pourtant sont reines à mes yeux ;
J'aime à les voir surtout, et chacune m'attire
Par un charme enivrant que je ne puis décrire ,
Et qui se trahit par des pleurs
Qu'elles accueillent d'un sourire ;
De notre Terre elles sont soeurs.
Les contemplant l'une après l'une,
Je vois des hommes dans la lune ,
Dans Jupiter, dans Mars, dans Junon, dans Vénus;
_ H _
J'en aperçois dans Uranus ,
Je crois même en voir dans Neptune ;
Peut-être en est-il dans chacune.
Oh! qu'ils soient tous les bien-venus!...
Mais pendant que la nuit m'offre ce grand spectacle,
Le soleil, roi du jour, sort de son tabernacle ;
11 se montre , et dès qu'il a lui ,
Tout semble se mouvoir, vivre et briller par lui.
La nature a quitté sa tunique étoilée ;
Par lui seul la lumière est partout centuplée.
Je marche environné de sites enchanteurs :
L'or, l'argent, les joyaux luisent parmi les fleurs ;
Partout où mon regard se pose,
L'iris s'accouple au lis , le saphir à la rose ;
J'en forme des hymens charmants ;
Ma main marie aux fleurs les plus beaux diamants,
Et des perles d'un blanc qui fait honte à l'albâtre,
Soeurs de celles qu'un jour avala Cléopàtre ,
Pour boire à la santé du plus fou des amants.
Si je regarde encore au-dessus de ma tête ,
La Nature me donne une nouvelle fête.
Parmi ces millions d'oiseaux
Qui voltigent dans l'atmosphère ,
Elle va choisir les plus beaux,
Et devant moi les agglomère.
L'aigle et l'audacieux condor ,
Dont l'aire domine la nue ,
Descendent des hauteurs d'une plage inconnue;
Et le faisan chinois , fier de ses ailes d'or ,
D'un air fraternel les salue.
Puis viennent le flamant, l'ara, le canari,
— 12 —
Puis encor l'oiseau-mouche avec le colibri,
Suivis de mille oiseaux , mignonnes créatures ,
Des chefs-d'oeuvre de Dieu riantes miniatures ,
Rayonnantes d'iris, d'opales et d'onyx,
Défiant les splendeurs du fabuleux phénix ,
Diamants animés , chantantes émeraudes,
Dont les limpides voix , plus douces que le miel,
Gazouillent de nouvelles laudes
Au Roi de la terre et du ciel.
Ramenant mes yeux vers la terre ,
Ce qui se passe autour de moi
De mon coeur enchanté vient redoubler l'émoi.
Les animaux entr'eux ne se font plus la guerre ,
Et le tigre lui-même avec tous vit en frère.
Les lynx, les ours, les chiens, les loups et les agneaux
Folâtrent pèle-mèle avec les lionceaux ,
Tandis qu'au sein de la panthère
S'allaite le chevreau , croyant téter sa mère.
On dirait, à les voir, que la bète a trouvé
L'introuvable bonheur ici-bas (ant rêvé. .
Je la quitte à regret pour revenir aux hommes;
Ils sont vains et méchants... même au siècle où nous
Mais !e rêve est fertile en compensations, [sommes;
El sait me consoler par ses illusions.
Je prends le premier rôle aux scènes de la vie ;
Je trône au grand banquet où chacun se convie ,
Et toisant d'un regard l'homme de haut en bas,
Je vois tout ce qu'il est et tout ce qu'il n'est pas ;
Je puis , sans m'y tromper , lire sur chaque face
Si le sourire est franc ou n'est-qu'une grimace.
Je fais plus : d'un regard embrassant tous les temps,
— 13 —
Et métamorphosant les siècles en instants,
Je les infuse dans le nôtre.
Les sages d'aujourd'hui comme ceux d'autrefois
Sont là tous réunis pour écouter ma voix ,
Me regardant comme un apôtre.
Je préside aux débats des peuples et des rois ;
J'expose en termes clairs leurs devoirs et leurs droits,
Si souvent méconnus par l'inique arbitraire ;
Et pour les amener à corriger leurs lois ,
Je mets sous leurs regards un fidèle exemplaire
Du code que sur lé Sina
Elohim au monde donna ,
Et que le sang du Christ scella sur le Calvaire.
Chacun en m'écoutanf renonce à sa chimère ;
Je persuade à tous, y compris Montesquieu , *
Que, quand l'esprit des lois n'est pas l'esprit de Dieu,
Broyant la liberté sous d'indignes entraves,
D'un grand peuple les lois font un troupeau d'esclaves.
Puis , prenant par degrés un ton plus solennel,
Je leur dis les grandeurs de cet Être éternel :
C'est par Lui que tout est, que tout peut cesser d'être.
Père de l'Univers et son unique maître ,
11 couvre également de son regard ami
Et le cèdre et l'arbuste, et l'homme et la fourmi.
Si grands que soient les coups dont le frappe le crime,
Des complots du méchant héroïque victime ,
Vainqueur de ses bourreaux, souverain dans les fers,
Qui n'obéit qu'à Dieu commande à l'Univers.
C'est de Dieu seul que vient toute puissance humaine :
* Auteur de l'Esprit des lois.