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Des Assemblées provinciales ou conseils généraux de département. § II du IIIe discours. [Signé : de Fondeville.]

De
11 pages
impr. de R. Lagarrigue (Tarbes). 1816. In-8° , 11 p..
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DES ASSEMBLÉES
PROVINCIALES,
ou
CONSEILS GÉNÉRAUX
DE DÉPARTEMENT.
§. II DU III.e DISCOURS.
QUELQUES parties de la France avaient conservé,
sous le nom de pays d'état, le privilège commun
autrefois à tout le royaume, d'accorder l'impôt et
de s'occuper, dans des assemblées de province, de
leurs intérêts locaux.
Les habilans de ces provinces étaient plus heureux,
plus attachés à la chose publique, plus dévoués au
monarque. Ces assemblées ont, dans toutes les oc-
casions, donné les plus grandes preuves de dévoue-
ment.
Louis XVI qui, dans son amour pour son peu-
ple, avait conçu tous les projets de bienfaisance,
et en avait exécuté plusieurs, voulait étendre à toute
la France les bienfaits de cette administration. Les
procès-verbaux des assemblées provinciales de la
Haute-Guienne et du Berry, sont une preuve de
la grande utilité qu'auraient eu ces assemblées, des
connaissances qu'elles auraient développé, des avan-
tages que le gouvernement en eût pu retirer.
Mais ce qui doit encore faire regretter que ces
assemblées n'aient pas été établies dans toute la
France avant la convocation des états généraux ,
c'est qu'il serait facile de se convaincre que la ré-
volution eût été évitée. On eût pu convoquer les
états généraux jamais cette convocation eût été pré-
parée avec toute la sagesse qui eût assuré aussi la
sagesse des délibérations. La France était sauvée des
maux qui la menaçaient, si, au lieu de rétablir les
parlemens au commencement de son règne, Louis
XVI eût établi les assemblées provinciales.
La providence en a disposé autrement ; elle a voulu
nous faire passer , comme tous les peuples, par les
tourmens des révolutions, et les leçons de la plus
douloureuse expérience : nous méritions sans doute
ces terribles châtimens. Qu'on se rappelle de la cor-
ruption de nos moeurs, sous le règne du régent et
celui de Louis XV. Voilà la cause de toutes les
(3)
révolutions : toutes les autres ne sont que les ef-
fets naturels, nécessaires et constans de celle-là.
C'est au milieu de cette corruption qu'un Roi ver-
tueux est monté sur le trône. Les vices étaient
convertis en moeurs (I), un ridicule perpétuel
était jeté sur la vertu (2). Que pouvait-on atten-
dre d'un tel état de choses ? Quelle force , quel cou-
rage, quelle persévérance n'eût-il pas fallu dans
un Roi pour le changer au milieu de tout ce qui
l'entourait ! Avouons-le, il fallait être,, pour ainsi
dire, plus qu'un homme; et justifions Louis XVI
du reproche de faiblesse. Voudrait-on , sous ce pré-
texte, lui enlever la principale vertu des grands Rois ,
la bonté et l'amour dont son coeur était rempli pour
ses sujets ? Hélas ! un tel reproche ne peut que
former des tyrans, et excuser la tyrannie.
Cette corruption des moeurs était telle, qu'elle
excuse même les ministres, qu'eût pu faire l'homme
d'état le plus habile. N'étant soutenu par aucune
institution, il eût été renvoyé aussitôt qu'on l'eût
soupçonné de vouloir réformer les moeurs, il eût
dû cacher, avec soin, même la pensée de quelque
réformation, et trouver des moyens d'y parvenir in-
dividuellement, sans être soupçonné d'en avoir l'in-
tention.
Il eût commencé par établir dans tout le royaume,
(1) Alors tout est perdu. Plutarque.
(2) Esprit des lois.
(4)
des assemblées provinciales, et cette institution l'eût
puissamment secondé. Les courtisans se fussent em-
pressés de se placer dans ces assemblées , il eût
fallu y apporter des connaissances et quelque vertu ;
l'amour de la patrie se fût réveillé, la bienveillance
se serait établie entre les diverses classes de la so-
ciété; l'on eût enfin trouvé quelqu'autre moyen dé-
considération , que celui que la vanité tire de la
grandeur de la servitude (I) ; et l'on se fût rempli
de cette importante vérité, que les mêmes raisons
qui font que l'on doit beaucoup au Prince, font
aussi que l'on doit beaucoup à la patrie (2). C'est
ainsi que, secondé par l'utile institution des assem-
blées provinciales, un homme d'état fût parvenu,
par une insensible gradation , à donner une autre
direction aux esprits, et à réformer les-moeurs.
Ce qui eût été nécessaire alors, ne l'est pas moins
aujourd'hui, et la même institution est propre à pro-
duire les mêmes effets. Toute la différence dans la
corruption des moeurs , c'est qu'elle était alors, prin-
cipalement, dans les hautes classes, et qu'elle s'est
répandue dans toutes.
A la vérité, le gouvernement est secondé au-
jourd'hui pour donner aux esprits une bonne di-
rection par l'institution des chambres, qui donne à
la puissance législative, toute la force de l'opinion,
aux lois tout le respect qui assuré l'obéissance.
(1) Esprit des lois.
(2) Ibidem.