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Des Conditions pathogéniques de la phthisie pulmonaire au point de vue de son traitement par les eaux minérales, par M. le Dr A. Dumoulin

De
40 pages
A. Delahaye (Paris). 1865. In-8° , 40 p..
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DÉS CONDITIONS PATHOGÉNlQUES
DE LA FHTHISIE
AQ POINT DE VUE DE
SON TRMd^life#lIï MlitAlBS
OUVRAGES DE M. LE Dr A. DUMOULIN
OUVRAGES PUBLIÉS:
De la Cachexie syphilitique; thèse inaugurale, 1848.
Quelques considérations sur la pathogénie des corps mobiles des articula-
tions, 1849.
Considérations sur quelques affections scrophuleuses observées chez le
vieillard, 1854. - . •■
Des Eaux minérales de Salins, 1860.
De l'Eau "de la source de Salins et de son emploi en thérapeutique, 1861.
(Extrait de la Revue d'hydrologie médicale, française et étrangère de
Strasbourg.)
Du traitement du rhumatisme par les eaux minérales, 1861.
Études de chimie, de matière médicale et de thérapeutique sur les eaux mi-
nérales de Salins, par MM. les docteurs 0. Réveil et A. Dumoulin, 1863.
De l'action reconstituante des eaux de Salins, 1865.
EN VOIE DE PUBLICATION :
Considérations sur le traitement des maladies chroniques par les eaux mi-
nérales, in-8°.
Du traitement de la scrophule, in-8°.
Des premières vérités sur la médecine; lettres médicales, 1 vol. in-8°.
Examen de l'influence de la philosophie sur les systèmes de médecine-
Classification basée sur la nature pathologique des maladies. 2 vol. in-8°.
DES CONDITIONS PATHOGÉNIQUES
DE LA
AU POINT DE VUE DE
«3OTEMENT PAR LES EAUX MINÉRALES
' "";;; ^'''..^'i^j.i x.\ \ » PAR
^ ~$AM Dr A. DUMOULIN
^«s^^^^^Ancicn Interne lauréat des Hôpitaux de Paris,
Médecin inspecteur des Eaux de Salins, Membre titulaire de la Société d'Hydrologie,
de la Société médicale d'émulation,
de la Société anatomiquc, de la Société de Médecine de Besançon.
PARIS
ADRIEN DELAHAYE, LIBRAIRE-ÉDITEUR
PLACE DE L'ÉCOLE DE MÉDECINE, 23
1865
PARIS. — IMPRIMERIE POITEVIH, soi DAMIETTE, i ET 4.
DES CONDITIONS PATHOGÉNIQUES
DE LA PHTHISIE
AU POINT DE VDE DE
SON TRAITEMENT PAR LES EAUX MINÉRALES
I
La question qui nous occupe a été posée, pendant la ses-
sion 1863-1864, devant la Société d'hydrologie médicale
de Paris, sous ce titre : Du traitement de la phthisie pul-
monaire par les eaux minérales. La plupart des médecins
qui prirent part à cette remarquable discussion furent en-
traînés, et très-logiquement, à envisager, chacun à son
point de vue, la pathogénie de la phthisie. C'est qu'en
effet, en thérapeutique, le point capital est de connaître la
nature pathologique de ce qu'on est appelé à traiter.
Les notions de maladie, <X affection et de nature patho-
logique dominent tout traitement; elles sont en quelque
sorte les préliminaires obligés de tout traitement. Elles ex-
pliquent d'ailleurs, pour la phthisie, pourquoi telle phthisie
guérit, pourquoi telle autre ne guérit pas. En dehors de
ces notions, il n'y a que confusion et désordre dans les
idées, parce qu'on ne sait se rendre compte scientifique-
ment ici de l'incurabilité, là de la curabilité.
Cette question de la phthisie est vivante, actuelle; elle
est du domaine présent des recherches. Elle fut posée et
discutée aux congrès médicaux de Rouen et de Lyon, en
1863 et en 1864. L'intérêt qui s'y rattache est immense. Il
y a là évidemment, un problème à résoudre, problème dont
la solution, au point de vue de la question, est jusqu'à ce
jour un cruel desideratum de la science. En certains lieux,
dans les grands centres, la phthisie décime les populations
sous l'influence de causes déprimantes de diverses natures;
celles-ci voient évoluer peu à peu la ruine de leur orga-
nisme et elles arrivent à cette réalité si bien nommée par
M. le professeur Bouchardat, la misère physiologique.
Le cercle des recherches s'est agrandi. Il ne s'agit plus
seulement de médecine de l'individu. Ce dur fléau, la
misère physiologique, impose des devoirs plus étendus:
il crée la médecine sociale. Il faut au moins, si l'on est
désarmé en face de la maladie quand elle a complètement
évolué, il faut au moins, dis-je, faire l'hygiène de l'espèce,
sous peine de gémir un jour, et sans remède, sur son
abâtardissement définitif. Mais le passé et le présent, si
sombres qu'ils soient sur ce sujet, peuvent faire toutefois
envisager un avenir meilleur. Que dis-je? Pour une variété
de la phthisie, la guérison est possible, pour la phthisie
scrophuleuse, beaucoup plus commune qu'on ne le pense
généralement. Et quand, sur ce grave sujet, on démontre
traditionnellement des faits de guérison, on arrive expéri-
mentalement à les expliquer par la nature et le processus
du tubercule. La nature pathologique de celui-ci domine
toute autre investigation et, dans l'espèce, elle dirige le trai-
tement.
Je le dis en premier lieu, avant de poursuivre ce travail :
il y a deux phthisies, l'une scrophuleuse, qui guérit; l'autre,
maladie essentielle, dont on n'a pu jusqu'ici arrêter la
marche et seulement entraver les affreux résultat*.
L'organicisme, j'entends le vieil organicisme, celui que
nous connaissons tous, celui auquel nous sommes redevables
de beaux et immortels travaux en anatomie pathologique,
ne peut, procédant logiquement de ses sources philosophi-
ques, envisager deux espèces de phthisies: il n'envisage
que le tubercule, une lésion.
L'organicisme nouveau, celui qui croit devoir prendre sa
base non plus sur l'anatomie morte, dit-il, mais sur l'ana-
tomie vivante, sur le blastème, ne voit dans la phthisie que
le terme d'une maladie chronique qui finit. La phthisie
n'est plus que la ruine, elle n'est plus que le point ultime,
elle n'est plus que le dernier mode de désorganisation d'un
organisme détruit par l'une de ces trois maladies capitales:
la scrophule, l'arthritisme et la syphilis, l'une d'elles enta-
chant le blastème dès la naissance de l'individu, qui n'ap-
porte avec lui qu'une santé relative. Cet entachement pri-
mordial du blastème, cette phthisie qui, sous l'influence de
causes particulières, comme la misère physiologique, dérive
de l'une dés trois maladies précitées, constituent la théorie
de M. Pidoux. L'examen de ces divers sujets, examen qui
se résume dans les conditions pathogéniques de la phthisie
au point de vue de son traitement par les eaux minérales,
est l'objet de ce travail.
II
Depuis 1861, notre savant confrère M. le docteur Pi-
doux a peu à peu développé toute une doctrine médicale,
doctrine dont il a commencé à poser les bases devant la
Société d'hydrologie médicale de Paris, à propos de l'ex-
périmentation des eaux minérales sur l'homme sain, question
dont j'avais entretenu la Société à la première séance de la
session 1861-1862.
M. Pidoux a proclamé que la santé n'était et qu'elle ne
pouvait être qu'un état normal relatif, le blastème étant
entaché, dès l'origine du produit, des états morbides suc-
cessifs évoluant ainsi d'âge en âge. Suivant ce système,
développé à plusieurs reprises par son auteur depuis 1861,
la lésion primordiale du blastème, appuyée du sentiment de
Leibnitz sur l'activité essentielle à la matière, est la forme
typique de la maladie. Ce système n'est autre chose qu'un
— 8 — i.
nouvel organicisme. Aussi ne peut-on s'étonner que, pour-
suivant les conséquences logiques de cette seconde manière
de l'organicisme, M. Pidoux ait pu dire que la phthisie a été
mal à propos considérée comme une maladie chronique
qui commence, tandis qu'elle n'est qu'une maladie chro-
nique qui finit. La phthisie serait le résultat de plusieurs
transformations, transformations qui alors devraient s'opérer
dans la nutrition interstitielle, dans le blastème, par consé-
quent transformations dans la matière organique.
La phrase de M. Pidoux: La phthisie n'est point une ma-
ladie chronique qui commence, mais une maladie chronique
qui. finit, est éminemment logique dans ce système où,,
comme l'a dit ce savant auteur en 1861, l'anatomie morte
ou descriptive n'étant plus une base suffisante, il faut ap-
puyer la médecine sur l'anatomie vivante ; de là l'entache-
ment du blastème. Ce vieil organicisme, j'entends celui
qui repose sur l'anatomie morte, pour me servir de l'ex-
pression que j'emprunte, est sans doute une erreur; mais il
a été logique dans ses conséquences : Yorganopathie en est
la suite obligée, forcée. C'est triste, mais il en est ainsi. La
logique entraîne parfois des conséquences de ce genre. Il
lui arrive de donner brutalement un démenti'au sens
commun. Il est vrai que le sens commun sait bien le lui
rendre. Toute vérité de conséquence dépend de la valeur
de la vérité de principe dont on part. Si celle-ci est vraie,
la vérité de conséquence est vraie aussi; si elle est fausse,
la vérité de conséquence l'est également. Dans l'un et dans
l'autre cas, la logique la plus rigoureuse mène du point de
départ à des résultats différents, et le chemin parcouru a été
celui qu'il fallait suivre. On a été logique.
Mais le point de départ a été une vérité de principe qui
était fausse :
On est parti de cette formule : Nihil est in intel-
lectu quid non sit priùs in sensu, et, procédant logique-
ment, on est arrivé, dans cette branche des connaissances
humaines qu'on appelle la médecine, à ne considérer que
— 9 —
la matière organisée, vivante sans altération, malade et
morte. Plusieurs.systèmes, sortis d'une même source, ont
pu prendre des noms différents, niais ils se résument tous
dans l'organicisme, ce fils si vrai et si légitime du sensua-
lisme en philosophie.
En toutes les branches des connaissances humaines, on
trouve des sources philosophiques. Celles-ci règlent la
marche, les allures des sciences et elles pèsent d'un poids
immense sur leurs résultats. Suivant ce qu'elles sont, elles
leur impriment un degré variable de certitude.
Pour les choses de la médecine, je me résume dans les
proportions suivantes :
Il y des faits d'évidence;
Il y a des faits qu'enseigne la tradition;
Il y a des faits que fournit la relation des sens.
Yoilà la triple base de la certitude. Elle est indispensable
en médecine.
L'évidence et la tradition témoignent, de l'existence de la
maladie; — elles fournissent la notion de ses causes et de
ses symptômes.
La relation des sens fournit la notion des lésions : elle
est la base de la physiologie pathologique.
Évidence, tradition et relation des sens sont les leviers à
l'aide desquels on arrive à la certitude scientifique.
La notion de la maladie bien connue, la science faite, il
s'agit de guérir. Après la science vient l'art.
L'art médical, en tant qu'oeuvre humaine, n'est pas le
corollaire obligé, forcé de la science, mais, à coup sûr, il
ne saurait marcher sans être dirigé par des notions cer-
taines, exactes sur les faits qui sont l'objet de la science.
La science qui ne s'appuie que sur la relation des sens
est condamnée à n'envisager que la matière altérée, que la
lésion. Elle ne considère qu'un point du tableau, elle laisse
dans l'ombre l'idée de maladie, elle est incomplète. C'est
l'organicisme. Celui-ci aboutit et il doit aboutir, il faut
_ 40 —
qu'il aboutisse — à l'organopathie, à la négation complète,,
absolue, forcée de la maladie.
: Pour M. Pidoux, le blastème étant entaché dès la nais-
sance, l'on n'a plus à décrire, pour chaque individu, qu'un,
chapitre de physiologie pathologique, chapitre qui n'a
d'autres limites que celles de l'existence. M. Pidoux l'a
dit : « La santé n'est qu'un état normal relatif. »
J'ai eu à le dire : en l'état actuel des choses, s?il me
fallait choisir entre ces diverses manières de l'organicisme,
ce que certes je ne veux faire, je préférerais de beaucoup
l'ancien, le vieux, celui qui, modifié, changé d'âge en âge
depuis Asclépiade (100 ans avant J.-C), s'appelle l'organi-
cisme contemporain, celui, dit-on, de l'École de. Paris.
Sans doute, cet organicisme a mené la médecine dans une
fausse voie : sous prétexte de répandre des lumières,
aujourd'hui, sous le vocable de médecine expérimentale, il
n'a pu rien moins que logiquement, forcément rayer du
champ des choses à étudier ce qu'il devait prendre pour
mission d'éclairer, l'histoire des maladies, pour arriver à
une plus sûre pratique de l'art; mais il n'est cependant pas
sans gloire. Sans le comprendre, autant que cela est vrai,
il a restreint ses travaux 8,1a connaissance des lésions,
mais dans cette voie il n'a pas connu de rival, il a mar-
ché, d'un pas ferme et sûr, se servant d'instruments, les
sens, qui ne trompent pas, en ce qu'ils peuvent donner,
quand leur exercice est réglé par la raison. Le tort énorme
de l'organicisme, c'est d'avoir voulu dominer en maître en
pathologie, ne pouvant avoir pour mission que de fournir les
notions d'anatomie pathologique, la connaissance des lé-
sions. Mais ce mérite, il l'a eu sans partage, et, sur ce ter-
rain, il n'a point sacrifié à l'hypothèse : il a vu, il a touche,:
il a décrit. Je le dis encore, en fait, de système médical
basé sur les altérations de la matière, s'il me fallait choisir,
je préférerais de beaucoup celui qui, a-t-on dit, s?appuie sur
l'anatomie morte. J'aime mieux l'altération^ présente, ac-
tuelle, visible, tangible que l'altération dû blastème, concep-
— 14 —
tion grandiose, sitoutefois l'hypothèse peut revêtir le cachet
de la grandeur, mais entité de pure convention sur laquelle
on voudrait faire reposer toute la pathologie.
Je termine ces considérations de pathologie générale vers
lesquelles m'ont mené les vues nouvelles de M. Pidoux.
J'eusse été très-heureux de sentir mes convictions .défini-
tivement ébranlées et de me ranger sous la bannière d'un
maître dont le caractère et le beau talent honorent la mé-
decine contemporaine.
Il m'a paru qu'en renonçant à mes convictions de près
de vingt ans je m'éloignais de la vérité. — Je suis resté
ontologiste.
Au point de vue purement pratique, il était nécessaire
d'ailleurs d'entrer dans ces considérations, car la phrase de
M. Pidoux : La phthisie n'est point une maladie chronique
qui commence, mais une maladie chronique qui finit, laisse
présumer l'issue de la maladie. La pathogénie semblerait
régler fatalement la terminaison.
Joignez à cela ce mot désespérant : La santé n'est qu'un
état normal relatif, et si ce mot traduit une vérité, ce que
je ne veux croire, définitivement l'espèce humaine est en
pauvre situation. Je n'admets pas un si triste état de choses.
III
La question en litige est celle-ci : la phthisie est-elïe; cu-
rable ? Dans quelles conditions de son évolution peut-elle
guérir? Un assez grand nombre de nos confrères, si j'en
juge par la nature des travaux produits sur ce sujet, sont
disposés à juger favorablement de la guérison de la phthisïe.
M. Pidoux lui-même, tout en admettant la ruine de l'orga-
nisme chez le phthisique, pauvre malade chez lequel évolue,
d'après sa théorie, la terminaison d'une maladie chronique,
laisse envisager comme pouvant avoir un résultat utile, bien-
que momentané sans doute, l'antagonisme provoqué par
des agents thérapeutiques entre une autre maladie et la
phthisie. Celle-ci, suivant notre éminent confrère, par le
concours de circonstances sur lesquelles nous ne sommes
généralement point habitués à compter, ce que nous devons
attribuer sans doute à notre éducation médicale et à un
pieux respect pour la tradition, celle-ci, dis-je, trouverait,
d'après celte théorie, un grand soulagement dans ce ba-
lancement que le médecin prudent doit, dès lors, faire
durer le plus longtemps possible au sein de l'organisme,
entre elle et une maladie dont les manifestations sont beau-
coup moins meurtrières.
Mais je ne veux poursuivre et présenter sur les interpré-
tations systématiques de M. Pidoux, interprétations qui,
procèdent de cette notion hypothétique, l'entachement du
blastème, toutes les. considérations que suggèrent les déve-
loppements dans lesquels il est entré.
La curabilité de la phthisie est encore un point de doute.
Toutefois je crois que le sentiment qui, en ce moment,
tend à acquérir la majorité des suffrages, le sentiment qui,
certainement, gagne chaque jour du terrain, est en faveur
de la curabilité.
L'opinion du très-petit nombre, au sujet de l'incurabilité
absolue, n'est rien moins qu'une erreur démontrée par les
observations cliniques et par les notions les plus précises
d'anatomie pathologique.
J'admets donc en principe la curabilité de la phthisie.
En l'état actuel de la science et de l'art, il s'agit de con-
naître les conditions de curabilité. Ces conditions ont
rapport à la pathogénie de la phthisie.
Je m'explique : il y a une phthisie qui est curable, et ce
bénéfice de la guérison, elle le tient de sa nature patholo-
gique. Si elle ne guérit pas, dans le sens absolu du mot, elle
est compatible avec l'existence dans un grand nombre de
cas. Il y a une autre phthisie qui, non pas seulement du
fait de sa lésion, mais du fait de la maladie générale dont
elle procède, aune affreuse gravité. Jusqu'à ce jour, on a
été désarmé devant elle. L'on a pu parfois en ralentir la
marche, en modifier les phases, mais on n'a pu encore la
— 13 —
guérir. Il n'y a pas jusqu'ici un médicament connu qui
puisse la combattre efficacement. Aura-t-on le bonheur de
le trouver? C'est possible. Sans doute, l'on a le mercure
contre la syphilis, et cette précieuse découverte peut faire
penser par analogie que l'on pourra trouver le remède
spécial de la phthisie, je veux dire l'agent thérapeutique
qui ait une spécialité d'action bien définie, bien reconnue
contre cette maladie constitutionnelle. Toutefois, on en a
proposé beaucoup et, sous ce rapport, nous sommes en
grande misère.
L'on peut affirmer que, dans les conditions scientifiques
présentes, deux maladies constitutionnelles par transfor-
mation des tissus, la phthisie, qui m'occupe en ce moment,
et le cancer, sont au-dessus des ressources de l'art.
Cet aveu d'impuissance, senti par tant de médecins, ne
doit pas imposer un terme aux recherches. Il doit, au con-
traire, stimulertous les courages. Que chacun travaille.
Il y a donc deux phthisies, et ces affections ne sont pas
des formes différentes d'une seule et même maladie; ce
sont, quant à leur siège dans les organes de la respiration,
des lésions qui procèdent de maladies dont la nature patho-
logique est différente. De là, comme corollaires, des trai-
tements différents aussi, traitements dont les uns peuvent
avoir' une valeur considérable, l'agent dont ils se servent
ayant en quelque sorte une spécialité d'action, dont les
autres n'ont qu'une valeur très-relative, le tout en raison
de la nature pathologique de l'affection qu'il s'agit de com-
battre.
Un motif explique la fortune très-médiocre qu'a eue
jusqu'à ce jour l'idée de deux phthisies. Je ne parle point
des auteurs déjà anciens —et ils n'ont qu'un siècle cepen-
dant — qui admettaient une phthisie cancéreuse, une
phthisie vérolique, etc., rattachant la phthisie, prise géné-
ralement dans le sens de consomption, la rattachant, dis-je,
à telle ou telle autre maladie générale arrivée à une période
avancée de son évolution. Ainsi Astruc et d'autres auteurs
(lu dix-huitième siècle envisagent la phthisie comme pou-
vant être un phénomène de la vérole confirmée, quand,
comme le dit Astruc, les fonctions vitales, qui s'exercent
par des organes contenus dans la poitrine, peuvent être
altérées dans la vérole par différentes causes ; puis il décrit
ces causes, les tubercules ou des tumeurs gommeuses dans
la substance du poumon, soit qu'elles suppurent ou qu'elles
soient encore vertes, l'acrimonie de l'humeur bronchi-
que, etc.; il y a cinq ordres de ces causes. [Traité des
maladies vénériennes, t. IV, p. 94.) Je neveux parler que
de l'époque contemporaine. Eh bien! je le répète, ce qui
éloigne de l'idée de deux phthisies, et, pour le dire tout de
.suite, la phthisie scrophuleuse et la phthisie essentielle, mar
ladic générale, entité pathologique, c'est la considération
'très-exclusive de la lésion pulmonaire, trop exclusive,
dirai-je, car rien,-en médecine clinique, en art médical,
n'est aussi important que de ne point tout sacrifier à la
notion de la lésion, c'est-à-dire de ne point personnifier
en quelque sorte la maladie dans la lésion, cette partie
matérielle de la première, cette partie dont la notion répond
à l'exercice des sens, qui n'est pour un trop grand nombre,
en médecine comme dans les autres branches des connais-
sances humaines, que le seul flambeau de la certitude.
Mais si j'ai touché un instant à ces considérations de phi-
losophie qui dominent toutes les sciences et dont la nôtre
est si étroitement solidaire, je ne l'ai fait que pour pour-
suivre avec plus de facilité mon argumentation, rendant
hommage incidemment à la doctrine de l'entité pathologique,
à laquelle mes convictions sont acquises depuis de longues
années.
Il y a donc deux phthisies. Partant de ce fait, j'au-
rai à démontrer que les traitements qui sont applicables
à l'une et à l'autre doivent naturellement varier, et je dirai
.en quoi ils doivent varier. Puis je chercherai dans les no-
tions acquises en hydrologie les éléments suffisants pour
répondre aux exigences de traitement en rapport avec les
— 15 —
variétés de chacune de ces phthisies. Ces Variétés, j'aurai
à. ledife, dépendent en général du milieu et des conditions
d'existence où sont placés les malades.
ÏY
. Je trouve les différences qui séparent ces deux phthisies
dans la manière dont elles se développent, dans leurs
symptômes les plus saillants, dans leur marche, et enfin
dans l'examen anatomiqué des lésions.
. Avant de. poursuivre, je veux dire qu'il n'entre pas dans
mon plan de faire une description de ces phthisies. La
phthisie.essentielle connue, je ne veux que ih'àrrêter sur
les différences qui la séparent de la phthisie scrophuleuse.
C'est une notion indispensable pour le traitement.
Dans la scrophule, la phthisie est précédée de plusieurs
des affections propres à cette maladie, des adénites, des
éruptions cutanées en particulier, et c'est souvent au
moment où les manifestations de la scrophule semblent s'é-
loigner ou même s'éteindre, que l'on voit apparaître la
phthisie. Un lien très-étroit, et ce lien n'est autre qu'une
même nature, pathologique, rapproche ces diverses affec-
tions.' Et cela est si vrai que, de même que l'on voit la dis-
parition subite d'affections cutanées être la cause occasion-
nelle de la phthisie scrophuleuse, de même aussi l'on observe
que, dans une phthisie de cette nature, même déjà arrivée
à une époque avancée de son évolution, la réapparition de
certaines affections de la scrophule apporte un très-grand
soulagement dans l'état de la lésion qui entrave les fonc-
tiojas d'organes aussi importants à la vie que les poumons.
Ce sont des faits que l'on observe souvent, recueillis par des
maîtres, de Haen, Sydenham, et sur lesquels les auteurs
ont appelé l'attention depuis longtemps. Ce n'est plus ici
cette alternative entre des maladies: de nature différente,
dont l'une, substituée momentanément à l'autre, entrave la
marche progressive, à la façon dont l'entend M. Pidoux;
ce sont des affections de même nature pathologique,.lé-