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Des écoles d'apprentis : mémoire adressé à M. le préfet de la Seine... / par l'inspecteur général de l'instruction publique, directeur de l'enseignement primaire de la Seine [signé Gréard]

De
97 pages
C. de Mourgues frères (Paris). 1872. 1 vol. (96 p.) ; in-8.
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DES ÉCOLES DlP?H||ïlïSk
MÉMOIRE ^
ADMISSE Y
A MONSIEUR LU PR1ÎPET DE LA SEINE
s
Membre de l'Assemblée Nationale
* 3,'
PAU
L'INSPECTEUR GfiNfiUAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE*
DIRECTEUR DE ï/ENSEIGNEMENT PRIMAIRE DE LA SEINB.
PARIS,
CHARLES DE MOURGUES FRÈRES,
imprimeurs de la Préfecture du iifl<<rtcmcnt de I» Seine,
ÎUJB JKAN-JACQUBS-ROUSSEAU, 58.
1872
DES' ÉCOLES D'APPRENTIS.
MÉMOIRE
i ADRESSÉ
t
A MONSIEUR LE PRÉFET DE LA SEINE
Membre de l'Assemblée Nationale
PAR
L'INSPECTEUR GÉNÉRAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE,
DIRECTEUR DE L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE DE LA SEINE.
PARIS,
ii
CHARLES DE MOURQUES FRÈRES,
imprimeurs de la préfecture du Département de u seine,
nUB JEAN-JACQUES-nOUSSEAU, 58.
1873
DES ÉCOLES D'APPRENTIS.
MÉMOIRE
ADRESSÉ
A MONSIEUR LE PRÉFET DE LA SEINE,
MEMBRE DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE.
J'ai l'honneur de soumettre à Monsieur le Préfet le ré-
sultat de l'étude qu'il m'a demandée sur la question de l'ap-
prentissage à Paris.
J'ai recueilli les documents, consulté les travaux, visité
les établissements qui pouvaient m'éclairerM. Je résumera
les observations qu'ils m'ont fournies, en écartant toutes
les considérations générales qui sont l'attrait douloureux
du sujet, mais qui m'entraîneraient hors du cadre dans
lequel je dois me renfermer. Je m'attacherai exclusive-
ment à mettre en lumière ce qui peut aboutir à des con-
clusions pratiques; et, ne cherchant que ce qu'il y aurait lieu
d'appliquer à Paris, c'est à Paris que j'étudierai le mal et
ses remèdes.
(1) J'ai déjà placé sous les jeux de M. le Préfet les Rapports tic MM. les Ins-
pecteurs Cadet et de Montmaliou; celui de M°* l'Inspectrice Lassailly, ainsi que
tes Notes de M. Marguerln, Administrateur des Ecoles supérieures.
1
— 2 —
I.
L'apprentissage A Paris.
Sur la gravité générale du mal résultant de l'apprentis-
sage, tel qu'il est constitué, le sentiment est unanime. En
abolissant les corporations, les maîtrises et les jurandes,
l'Assemblée de 1791 avait dépassé le but. Où il fallait
réformer, elle avait détruit. II s'agissait de supprimer
des privilèges, elle avait fait table rase d'une institution. 0)
Et depuis quatre-vingts ans, nous /nous agitons dans le
malaise. Divers essais ont été tentés pour y remédier.
La législation de l'an XL qui est demeurée en vigueur
jusqu'aux lois de 1841 et de 1851, ne faisait guère que
constater le péril sans y parer. Aucune réforme encore ne
parait avoir répondu aux ^oeux des classes ouvrières et aux
besoins de l'industrie, en même temps qu'aux nécessités
de l'ordre social.
La plaie signalée par M. Villermé, mise à nu par M. Cor-
bon et par M. Jules Simon, a été particulièrement décou-
verte pour Paris, dans toute son étendue, par les deux en-
quêtes de la Chambre de Commerce et par l'enquête du
Ministère des travaux publics sur l'enseignement profes-
sionnel et sur l'enseignement technique.
Des extraits des délibérations des Conseils généraux re-
levés en 18G8, il résulte que le département de la Seine
(4) Loi du 9 mars 1701, art. S. — Cf. loi des 28 septembre^ octobre 1701,
Ut. h sect. v, art. !•'. *—V. Lcvasseur, Histoire des dattes Ouvrières en France
depuis 1780 jusqu'à nos jours, liv. I, cli. 1 et 2.
La gravité gé-
nérale du mal.
La statistique
de J'ipprenlis-
sage de Paris.
.-S'¬
occupe le cinquième rang parmi les départements qui ren-
ferment le plus grand nombre d'établissements industriels ;
le troisième parmi ceux qui admettent dans ces établisse-,
ments le plus grand nombre d'enfants de 8 à 12 ans; le
premier parmi ceux qui reçoivent le plus d'enfants de 10
à 12 ans M.
D'autre part, l'enquête de la Chambre de Commerce, com-
mencée en 1860 et publiée en 1864, a constaté qu'en 1860
les 101,171 établissements industriels ou ateliers privés de
Paris renfermaient 25,540 enfants au-dessous de 16 ans,
savoir : 19,059 garçons et 6,481 filles (*).
Ces 25,540 enfants se partageaient en trois catégories :
1° ceux qui étaient régulièrement engagés par contrat, aux
termes de la loi du 4 mars 1851, ou les apprentis propre-
ment dits ; la statistique en fixe le nombre à 3,674 garçons
et 849 filles, ensemble 4,523 enfants, soit sur le chiffre
total environ un sixième; — et depuis 1860, ce nombre a
plutôt décru qu'augmenté ;
2° Ceux qui étaient placés en apprentissage, sans engage-
ment, c'est-à-dire par le fait d'une simple convention et en
dehors de toute stipulation légale; ils s'élevaient, tant gar-
çons (10,487) que filles (4,732), au nombre de 15,219;
3° Ceux qui étaient reçus et employés dans les divers
ateliers à titre d'auxiliaires salariés, et dont la statistique
porte le nombre à 5,798, parmi lesquels 4,898 garçons et
900 filles.
Entre ces trois catégories, que l'on se place au point de
vue de l'éducation technique ou de l'éducation morale de
r
(1) Bulletin de U Société de protection des apprentis et des enfants employés
dans les manufactures, 2« année (4808), p. 120-127. Extrait des procès-verbaux
des délibérations des Conseils généraux, des Chambres de Commerce et des
Chambres consultatives des arts et manufactures.
(2) Statistique de l'industrie à Paris, ISOÔ, Enquête de la Chambre de Com-
merce. Introduction, p. xxnu-xuiv-uxr.
— I _
l'apprenti, la seule différence est dans le degré plus ou
moins profond du mal.
Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans l'analyse détaillée de
cette situation. Cependant, pour appliquer les améliora-
tions qu'elle réclame, il faut en rappeler sommairement les
causes et les effets.
On se souvient du cri d'alarme poussé par M. Villermé en
1840, et de l'impression qu'il produisit (l) : impression com-
parable à celle qui suivit la grande enquête de 1833 sur
l'instruction primaire. On connaît les éloquents plaidoyers
de M. Jules Simon, ses considérations élevées, ses géné-
reuses conclusions (2i. On connaît aussi le livre de M. Cor-
bon ( 3) ; nulle part les conditions générales de l'appren-
tissage n'ont été décrites avec plus de simplicité et de force :
on sent que l'auteur a vécu de la vie qu'il dépeint.
« Voici un jeune garçon qui aura bientôt 13 ans, > dit-il
au début de son premier chapitre (4); « il n'a pas cessé d'aller
à l'école depuis sa septième année; c'est, pour nous au-
tres de la classe ouvrière, un garçon instruit; c'est un sa-
vant pour son père et pour sa mère : aussi songent-ils qu'il
est grand temps de le retirer de l'école et de faire choix
pour lui d'un bon état. Mais quel état?»— « La chose la plus
importante à toute la vie, > disait-on jadis, « c'est le choix du
métier : le hasard en décidée). > Le progrès des lumières n'a
guère modifié la coutume. L'enfant est incapable de prendre
lui-même un parti, et ses parents sont généralement plus in-
(1) Villermé, Tableau de l'état pUytîqmet moral des ouvriers, 1840.
(2) Jules Simon, Le Travail, Q* édition, 1800. L'Ouvrier de huit ans, 4* édi-
tion, 1807. — L'Ouvrière, 0* édition, 1867.
(3) A. Corbon, De l'enseignement profmlonnct, 1848-1604.
(4) A. Corbon, De l'enseignement professionnel, !»• part., chap. 1*'»
(5) Pascal, Pensées, art. III, § 4.
Les causes et
les effets de cette
situation.
L'apprenti.
— 5 -
capables encore d'éclairer son choix. On se décide néanmoins,
car il le faut, pour vivre; mais quel motif détermine cette
décision? Une offre banale, l'appât d'un gain immédiat,
des relations de voisinage, l'exemple d'un camarade de
classe, des goûts mal définis, superficiels, etc., tout, ex-
cepté, le plus souvent, les considérations sérieuses de posi-
tion , d'instruction suffisante, d'aptitude réelle et de santé>
dont dépend l'avenir de l'enfant.
Ainsi jeté dans l'atelier, sans vocation, le plus souvent
sans nouon préparatoire au métier qui doit lui donner les
moyens de vivre, non-seulement l'apprenti ne trouve autour
de lui rien de ce qui peut lui en communiquer l'amour
et l'esprit, mais tout semble concourir parfois à lui en in-
spirer le dégoût. Les compagnons l'accueillent mal U); ils ne
se soucient pas de voir se multiplier les bras ayant part au
bénéfice de la profession. Le contrat légal protège l'en-
fant, — je prends les conditions les meilleures, celles où il
y a contrat; -— mais l'enfant est jeune, inexpérimenté, ché-
tif; sous le prétexte qu'il ne peut faire autre chose, on
l'emploie aux courses, aux transports, aux rangements, au
menu ménage de l'atelier; et la seule chose qu'il apprenne
d'abord, à travers tout cela, c'est à disperser, à dissiper sa
journée (*).
Ce n'est pas seulement l'ouvrier qui est atteint dans
(1) A. Corbon, llv. I", ch. III. — Cf. Statistique dû l'industrie de Paris,
1847-48, ebap. VII, p. 60 i « Dans quelques professions les ouvriers s'opposent
livement a l'introduction des apprentis parmi eux» Chez les typographes, par
exemple, il n'y a d'apprentis que parmi les compositeurs : les pressiers n'en ad-
mettent pas, et les ateliers se recrutent parmi les ouvriers menant des départe-
ments, y
(2) J. itnon, L'Ouvrière, 3« partie, chap. I à V. —• L'Ouvrier de huit ans,
chap. II à V. — Cf. Bnqutte sur renseignement professionnel, 1804 (Ministère
de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics), tome I, Dépositions,
p. 112, 130, 170, 209, 302, etc. Rapports sur ta situation des enfants employés
dans les manufactures du département de la Seine, par M. Barrcswil, années 1805
à 1808. '
— 6 —
l'apprenti, c'est l'homme et le citoyen. Les habitudes
d'ordre et de travail, les principes de moralité que l'en-
fant a emportés de l'école ne résistent pas longtemps à
cette vie de corvées parfois au-dessus de ses forces et d'oc-
cupation stérile. Son intelligence s'étiole; il a perdu le goût
de l'étude, il prend celui de la paresse. Il tombe rapide-
ment plus bas encore. Ne rencontrant point d'incitation
sérieuse, point d'encouragement au bien, et en contact
perpétuel avec des hommes qui le dominent par l'âge,
la force, les passions, et qui n'ont pas toujours le respect
de l'enfance, il se hausse pour se mettre à leur taille, de la
seule façon dont il puisse essayer de les égaler, par l'imi-
tation du mal. Le vice l'entraîne, un vice précoce, le pire de
tous, celui qui est le produit d'une imagination pervertie,
celui qui, physiquement, moralement, corrompt la vie dans
ses sources. Tout contribuant dès ce moment à le perdre,
les habitudes prises, et cette espèce d'amour-propro qui
s'attache au mal comme au bien, l'apprenti fausse à plaisir
ou laisse fausser en lui ce que la nature et l'éducation y
avaient déposé de germes honnêtes, d'instincts droits, et il '
n'est plus, trop souvent, qu'une victime inconsciente de '
toutes les suggestions malsaines, de toutes les passions
mauvaises, de tous les sophismesW.
En désapprenant le reste, finit-il, du moins, par apprendre
le métier, dont l'exercice pourrait lui rendre le sentiment
de sa dignité et le relever? < Le temps de son apprentis-
sage est déjà fait aux deux tiers, et il n'a saisi que
de bric et do broc quelques pauvres notions du métier;
encore est-ce moins en pratiquant de ses mains, qu'en re-
(i) Enquête sur l'enseignement professionnel, t. I*', Dépositions, p. 28, 172,
170, 200, 211, etc. Cf. La Question ouvrièie au ALV« siîcte» par I». Le Roy*
Doulicu. t. Il, 3.
Le patron.
gardant comment s'y prennent les ouvriers... A moins que,
par une chance assez rare, il ne rencontre dans l'atelier
quelque personne bienveillante qui veuille et puisse tenir
en haleine son intelligence, et l'intéresser au travail par la
démonstration, souvent renouvelée, des conditions et des
ressources du métier (*). * Ce n'est*pas que le bon vouloir
manque aux patrons. En général, ils ont un certain fonds
de bienveillance. Mais pour remplir les conditions du
contrat qu'ils ont accepté, ils auraient besoin de temps, de
loisir ; cl ils ont leurs affaires, et ils sont eux-mêmes, quant
à la manière d'apprendre un métier, non pas tous assu-
rément, mais un grand nombre, dans l'ornière où se traîne
la foule des travailleurs : ils ne savent pas tf). Ce qui les
dirige d'ailleurs, ce qui les domine, en présence des exi-
gences de la concurrence, c'est la pensée de tirer un bénéfice
des bras qu'ils occupent, de ceux de l'enfant qu'ils ont pris
pour l'instruire, comme de ceux de l'ouvrier qu'ils paient.
Reste la famille. Mais quelle est l'action de la famille?
L'enfant avait 13 ans à peine, quand il est entré à l'atelier,—
je prends encore les conditions les meilleures, celles où
l'apprenti a passé par l'école, — et dès ce moment, la vie de
la famille a cessé pour lui. Sur 19,742 apprentis plus ou
moins régulièrement engagés (3), 840 (626 garçons,214 filles)
sont des enfants de patrons, qui ne quittent point la maison
paternelle; 814 (646 garçons, 168 filles) sont patronê3 par
des associations laïques ou religieuses qui s'efforcent de la
remplacer. Parnii less autres, tandis que 8,076 reviennent
(1) A. Corbon, part. 1, chap. I, SB.— Cf. La Réforme toeiat» en France, par
M. F. Le Play, 2* édit. 1860. Chap. III, IV, VI t la famille, le patronage.
(2)Id.,tbid.§6.
(3) Voir plus haut, page 3, les deux]premières catégories de la statistique»
4,523 d'une part, et de l'autre 15,910» total, 10,742. :
La famille.
— 8 —
encore, le soir du moins, au foyer commun, 10,012 (7,632
garçons, 2,380 filles) ont rompu tout lien avec la famille à
laquelle, pour ainsi dire, ils n'appartiennent plus M.'Même
alors que ce lien subsiste, il en coûte de le dire, ce n'est
pas toujours pour le profit de l'enfant. Moins compé-
tente encore, hélas! que le patron, pour suivre son éducation
professionnelle, la famille ne se laisse toucher d'ailleurs
généralement que par la question de salaire. Que l'ap-
prenti gagne son pain, et, s'il se peut, celui de ses frères
et soeurs plus jeunes, voilà ce qui la préoccupe. C'est souvent
le cri de la nécessité. Souvent aussi c'est le calcul mal en-
tendu de l'imprévoyance. L'avenir de l'enfant est sacrifié
aux décevants avantages du présent. Entre le père et le pa-
tron intervient un accord plus ou moins avoué, une sorte de
contrat tacite qui remplace l'autre et le détruit. L'apprenti
est spécialisé, c'est-à-dire qu'il est exclusivement exercé à
une partie quelconque du métier. Perdant in vue de l'en-
semble des travaux de la profession, il ne laU plus que cer-
taines pièces, toujours les mêmes. Il y acquiert bientôt une
dextérité, une adresse suffisante pour que le patron y trouve
un profit réel et puisse en faire partager au père les avan-
tages. L'excuse que le patron tire avec plus ou moins de
fondement des conditions impérieuses do l'industrie mo-
derne, le père la trouve dans ses charges de famille. Et le
marché se fait au détriment de l'apprenti.
C'est ainsi qu'après avoir été un instrument do domesti-
cité, il devient, du consentement de tous, un instrument
de produit. Dès lors, on en épuise, comme d'un appareil
mécanique, comme d'une machine-outil, l'utilité, l'activité,
la force; et sous le poids de ce labeur aussi inintelligent
qu'énervant, ses facultés physiques, intellectuelles et mo-
(1) Statistique delà Chambie de Commerce, 1800. Introduction, p. xxtviv.
— 9 —
raies achèvent de s'affaisser ('). Ajoutons que l'enfant qui a
vu rompre le contrat qui l'attachait au patron arrive à
briser à son tour tout ce qui l'attache à la famille, afin
de profiter seul et à sa guise du salaire qu'il est capable de
gagner (2).
La loi du 22 mars 1841, sans doute, a prévu ces désordres.
Elle a fixé une limite au travail des enfants et imposé au
maître l'obligation d'enseigner'à l'apprenti c progressivement
et complètement l'état, le métier ou la profession spéciale
qui fait l'objet du contrat 0) ; > elle est sévère pour le père
comme pour le patron (*). Mais on sait comment la loi est
appliquée. Notre législation, * fort éloignée de la perfec-
tion ( 5) > au témoignage de ceux qui l'ont établie*6), n'est
pas même observée (?).
Ce n'est assurément, ni faute de plaintes ou de regrets, ni
(1) J.Simon, ouvrages cités. — Cf. Enquêta sur l'enseignement professionnel
p. 38,112,142, 143,170,200, 210, 237, 238, 247, 300, 301, 402.
(2) Statistique de l'industrie de Paris, Enquête de la Chambre de Commerce,
1847-1848, chap. VU, p. 50.
(3) Loi sur te travail des enfants dans les manufactures (22 mars 1941).
art. l"àÔ.
(4) Loi sur les contrats d'apprentissage (4 mars 1851, art. 0).
(5) Ibidem, art. 12.
(G) Rapport de M.Rcnouard a la Chambre des députés, 11 mars 1841.
(7) • Dirai-jeque, pour différents motifs, la loi du 22 mars 1841 reste sans
exécution sérieuse dans un trop grand nombre de départements qui n'ont pas dû
manufactures?Déduisons du chiffre total 8 départements qui n'ont pas de manu*
factures, 10 autres où tes manufactures n'emploient pas d'enfants au-dessous
de douze ans: nous trouvons que, sur 61 départements où cette loi de l'État
devrait être respectée par tous les chefs d'industrie, il y en a environ la moitié
où elle reste à l'état de lettre morte; car, si on compte 25 départements où
la loi s'exécute, on en'rencontre 10 où, observée dans certaines usines, mé-
connue dans d'autres, elle ne s'exécute qu'en partie; enfin 17 départements où
clic ne s'exécute pas du tout. » Discours de M. Charles Robert, Conseiller d'État,
secrétaire général du Ministère de l'Instruction publique, vice-président de la
Société de protection des apprentis (10 septembre 1807). Bulletin de la Société
de protection des apprmtis, i** année, 1807, p. 104»— Cf. J. B. Say, Cours corn*
plet, t. II, p. 12.
La législation.
— 10 —
faute de voeux ou de projets, ni même faute de prescriptions
sages.
On a fait énergiquement appel à la vigilance des commis-
saires de police, tombée en désuétude, et à l'autorité affaiblie
des prud'hommes; on a cherché à fortifier l'action des comités
de patronage, des maires, des délégués cantonaux ; on a in-
stitué des cours obligatoires pour les apprentis ; on a multi-
plié les stimulants, les récompenses. Les intentions qui
ont dicté ces mesures sont toutes excellentes, et quelques-
unes ont plus ou moins produit sur tel ou tel point, pendant
tel ou tel temps, un effet salutaire. Mais ces améliorations
tenaient moins aux mesures qu'à ceux qui les appliquaient,
moins aux choses qu'aux hommes (*).
La loi du 4 mars 1851, sur les contrats, était aussi, en
principe, une amélioration importante. Mais, en fait, sans
compter que les contrats tendent aujourd'hui à devenir do
plus en plus rares, — on l'a vu par les chiffres de la statis-
tique, — ils sont eux-mêmes une garantie insuffisante,
presque illusoire, car la' loi manque de sanction. De part et
d'autre, nous l'avons dit, on viole les contrats ; on s'entend
pour les violer. Et là où il y a concert de mauvaises dispo-
sitions ou d'intérêts aveugles, quelle est l'autorité qui rendra
à la loi sa force? De l'aveu des conseils de prudhommes, le
système de pénalité dont ils disposent est trop borné. En
présence de la complicité du père et du patron, quelquefois
du père et de l'enfant, ils sont impuissants. Bien plus, ils
n'ont pas même le droit d'intervenir d'office. Ils n'agissent
que sur la plainte des familles. Et quelle est alors la base
de leurs jugements? Des engagements sans précision, sans
authenticité. Le conseil des prud'hommes a demandé maintes
(1) Enquête sur l'enseignement professionnel, tome I", Dépositions, p. 82, 83,
84, 85, 130, 137, 141, 172, 178, 202, 230, 237, 240, 2U, 242, 391, 802. —
Cf. Statistique do l'industrie do Paris, 1847-1848, chap. VII, p. CO.
—11 -
fois qu'on rendit obligatoire le dépôt du contrat au secré-
tariat du conseil des prud'hommes; il ne l'a point obtenu (J).
Admettons que cette réforme se réalise, et avec elle toutes
celles que l'opinion publique a successivement éclamées,
quel succès pourrait-on en attendre? Quel sera le moyen de
contraindre le patron à initier l'apprenti, avec suite, avec
persévérance, à tous les secrets du métier? Quel sera le
moyen de l'obligera sauyegarder l'intelligence de l'enfant,
sa moralité, sa santé? Quel sera le moyen d'agir sur les fa-
milles? Aucun amendement législatif, si décisif qu'il soit,
n'y suffira W. Ce qu'il faut changer, disons mieux, ce qu'il
faut créer, ce sont les moeurs.
Pût-elle être efficace, cette protection du contrat ne
couvrirait à Paris, nous l'avons dit, que 4,523 enfants
sur 25,540. Et la vérité est qu'elle ne couvre même pas
ces 4,523 enfants. Les stipulations de la loi de 1841 ne
sont applicables qu'à toute fabrique occupant plus de 20 ou-
vriers réunis en atelier (3). Un projetde loi, préparé en 1847,
et voté par la Chambre des Pairs le 21 février 1848, pro-
posait d'en étendre le bienfait aux enfants travaillant dans
toutes les manufactures, fabriques, usines, chantiers et ate-
liers (4). Telle avait été également la proposition émise par
le Conseil général des manufactures, en 1850. Le législateur
de 1851 s'est arrêté devant la crainte de paraître établir sur
(1) Enquête sur l'enseignement professionnel, tome l«r, Dépositions, p. 53,112,'
131, 132, 133, 130, 150, 170, 173, 178, 203, 236, 237, 238, 230, 240, 241,
388,301,392,803,405. .
(2) On sait qu'un projet et un contre-projet de loi ont été déposés sur le bu-
reau de la Chambre, \è premier par M. Joubcrt (Ambroise), le deuxième par
le comte de Melun.
(8) Art. 1».
(4) Bulletin do la Société do protection de* apprentis, !»• année, 1867, p. 10.
— Voir également un projet déposé sur le bureau de l'Assemblée nationale, le
14 août 1848, par M. Wolowikl.
— 12 -
les ateliers privés une sorto d'inquisition 0), Scrupule grave,
assurément, mais à l'abri duquel les abus les plus déplo-
rables se sont introduits. Sur les 101,171 fabricants do
Paris recensés en 1860, on a calculé quo 7,492 seuloment
occupaient plus de 10 ouvriers; que 31,480 occupaient do
2 à 10 ouvriers; quo 62,199 n'avaient qu'un ouvrier ou tra-
vaillaient seuls (2). Et l'on sait qu'à Paris, c'est au profit do la
petito industrie, c'est-à-dire au profit de3 ateliers privés, quo
se recrutent surtout les apprentis (3), Dansquello proportion
les 4,523 enfants engagés par contrat appartiennent-ils
à la petito industrie, non soumise à la.surveillancodola loi?
La statistique ne s'explique pas sur ce point. Mais si elle ne
donne pas lieu de craindro quo le plus grand nombre do ces
4,523 enfants soient exposés aux abus qui peuvent résulter
de l'absonco do touto surveillance, elle n'autorise pas non
plus à conclure que tous en soient garantis.
Ce qu'on peut affirmer, c'est que c'est à la petite industrie
qu'appartiennent, en grande majorité, les 15,219 enfants
qui sont attachés à l'atelier sans contrai W. Or, que parmi les
62,199 patrons qui les reçoivent, il y en ait d'honnêtes et
do consciencieux, il n'en faut point douter; que par suite
de leur dispersion, les apprentis se trouvent même quelque-
fois dans des conditions meilleures que celles del'atelier, cela
(1) Une commission supérieure avait été nommée (décret du 17 décembre 1868)
pour étudier cette question et toutes celles qui s'y rattachent. Elle n'a jamais
fonctionné.
(2) Statistique de l'industrie à Paris, 1860, Introduction, p. xx.
(3) « On est frappé quand on rapproche le nombre total des ouvriers, 410,118
du nombre des établissements industriels, 101,171, représentant les dix groupes
de la science et du travail constatés par l'enquête. Les établissements réunis, en
effet, n'arrhent pas à donner, en moyenne, 5 ouvriers par établissement,......
S'il est un fait incontestable qui ressorte de la comparaison de l'enquête de 1840
et de celle de 1860, c'est la division toujours croissante de l'atelier de Paris. »
Enquête de ta Chambre de. Commerce, 1860, Introduction, p. xx.
(4) Une statistique dressée en 1851 établit qu'il y a, en moyenne, 2 apprentis
travaillant dans la grande industrie contre 8 travaillant dans la pcUtc. Bulletin de
ta Société de protection pour tes apprentis, 2* année 1860, p. 440.
- 13 -
est incontestable. Mais la part faite aux exceptions aussi
largement que le comporte ce qu'il y a de bons instincts
dans la nature humaine, quand on voit de quelle façon lo
contrat légal est observé, que n'a-t-on pas lieu do redouter
au sujet do ces engagements dépourvus de toute régularité?
Ni l'ignorance, en effet, ni l'inexpérience, ni l'inconduito
même, ne sont un empêchement à avoir des apprentis. La loi
du 4 mars 1851 prescrit, il est vrai, des conditions géné-
rales d'dgo et d'état civil. Nul ne peut recevoir des apprentis
avant 21 ans, et, lorsqu'il s'agit de jeunes filles, il faut être
marié 0). En outre, les condamnés pour crime, pour attentat
aux moeurs, ou pour l'un des délits do moralité prévus parle
Code pénal, sont frappés d'incapacité temporaire^), Mais
les sûretés prises contro le crime et le vice sont-elles des
gages de savoir, do sagesse, de probité, j'entends de cette
probité d'exemple qui a sur l'enfant tant d'influence? Sur
ce point encore, la loi est impuissante. La loi ne peut
fournir que des garanties négatives, Les moeurs seules
exercent uno action,
Si tel est lo danger auquel sont exposés ces 15,219 ap-
prentis qui, à défaut do contrat légal, sont encore couverts
par uno sorto d'engagement, combien il est plus grave
(1) Art. 4 et 5. V. Blanqul, Rapport à l'Académie des sciences morales et
politiques, sur tes classes ouvrière* en France, p, 101-182 ; et Léon Faucher,
Revue des Deux-Mondes, novembre 1844. Cf, Bulletin de ta Société de protection
da apprentis, 2e année, 1869, p. 183 et suiv. Le travail desenfantsdans les ma-^
nu factures devant lajtnisprudencc, par J. Périn, — Yolr aussi le Rapport de la
Société libre d'émulation du commerce et de l'industrie de la Seine-Inférieure, sur
le travail des enfants et des femmes dans les manufactures, par M. Paul Allard, id„
ibid., p. 444 et suiv. —Voirégalement, 3e année, 1870, p. 42 et suiv., la lettre de
M. Heugel, demandant la suppression de toute réglementation légale comme nui-
sible à tous les intérêts.
(2) Art, p et 7.a L'incapacité résultant de l'art, 6 pourra être levée par le Préfet,
sur l'avis du Maire, quand le condamné, après l'expiration de sa peine, aura
résidé pendant trois mois dans la même commune. A Paris-, les incapacités seront
levées par le Préfet de Police. »
- 14 ~
oncoro pour ces 5,798 enfants, filles et garçons, quo no sau-
vegarde même plus lo titro d'apprentis, et qui, sous lo nom
d'ouvriers auxiliaires, sont attachés à une forme do travail
unique, parce qu'elle est plus productlvo! Ici, plus de pres-
criptions légales qui, tant mal quo bien, obligent ou ar-
rêtent; plus do règle ni do frein ; lo patron no doit rien, ni
instruction technique, ni instruction d'aucunosorte, rien,
quo lo salairo d'un travail dont aucuno règlo no limito la
duréo (*).
Appliqué dans ces conditions, l'apprentissago no sort
mémo pas, comme il le devrait, l'industrie à laquelle il a pour
objet do préparer des recrues. Celte vigueur naissantedo l'en-
fant quo l'atelier exploito prématurément, cet esprit qu'il
endort et corrompt, sont autant do forces vives qu'il détruit,
Que l'on compare les profits tirés du travail do l'apprenti
épuisé dès la premiôro jeunosso, avec le produit quo rap-
porteraient ses muscles fortifiés, sa main exercée, son esprit
développé et agrandi 00 ! On a appliqué à tous les abus
inintelligents l'imago du sauvago qui coupe l'arbre au
pied pour en cueillir lo fruit. L'atelier, dans ce qu'il a do
vicioux, produit des effets plus déplorables encore : il écrase
lo fruit dans sa fleur. Non-seulement il ne concourt point au
développement des aptitudes, mais il l'arrête, il l'étouffé.
«A l'une dos extrémités do l'échelle, > ontditdosmaitresômi-
nents en ces matières (3), « les ingénieurs, qui sont les véri-
(1) Statistique de ta Chambre de Commerce, 1860, Introduction, p.xxxvii. Les
salaires sont de 50 c, 75 c, 1 fr„ 1 fr. 25 c. au plus,
(2) Voir le rapport de M. Emile Délcrot, secrétaire de la Société de protection
des apprentis et des enfants des manufactures, Bulletin de ta Société de protection
des apprentis, !'• année, 1867, p. 157.
(3) De l'organisation de l'enseignement industriel et de l'enseignement profes-
sionnel, par M. le général Morin, directeur, cl M. Tresca, sous-directeur au Con-
servatoire des Arts et Métiers, 1862, ch. II, p. 20 et suiv.
L'industrie.
Ses souffrances.
- 15-
tables hommes do sciencodo l'industrie; à l'autro extrémité,
les ouvriers, qui perfectionnent les procédés dans leurs dé»
tails ; voilà généralement les autours des améliorations sé-
rieuses quo l'on a vu s'opérer dans les procédés industriels,*
* L'habileté exceptionnelle do cortains ouvriers, » lisons-
nous ailleurs, c a toujours été pour beaucoup dans la supé-
riorité des produits de l'industrio parisienno, » Or, on cir-
conscrivant inflexiblement lo champ d'exorcico de l'apprenti,
la spécialisation énerve dans le travail co qui fait l'attrait
en môme temps que la fécondité du travail, l'esprit do re-
cherche et d'invention, et substitue lo machinisme au rai-
sonnement, la routine au progrès 0).
Ainsi conçu, l'apprentissage, celte pépinière do l'indus-
trie, tuo l'industrie (2), C'est lo cri do tous les fabricants
parisiens soucieux do l'avenir do la richesse nationale ;
l'apprentissage s'en va; bientôt il n'existera plus. Il n'est
presquo pas un déposant do la grande enquête sur l'en-
seignement professionnel qui n'ait émis un voeu profon-
dément empreint de cette inquiétude.
Et les chiffres do la statistique ne la justifient que trop.
Il est difficilo d'établir un rapport exact entre la population
ouvrière de 1849 et celle do 1860, Paris, en 1859, s'étant
agrandi do toutes les communes suburbaines. Il est à re-
marquer, cependant, que tandis que lo nombre des ou-
vriers s'est élevé de 342,530 à 416,811, soit une augmenta-
tion do 74,281 ou d'un cinquième, lo nombre des apprentis
s'est accru seulement de 826 (24,714 en 1849, 25,540 en
1860). Ajoutez la progression décroissanto des engagements
par contrat (1,500 de moins en 1860), et la progression
. (1) Bulletin do ta Société do protection des apprentie, S* année, 1868, p. 129
et suiv*
(2) I* Question ouvrière au XIX* siècle, par P. Le Roy-Dcaulieu. Cf. V. Mollot,
Code des ouvriers. '
~ 16 —
inverse des engagements sans contrat (1,000 de plus on
1860)! Mais toute comparaison écartéo, otpourno pas quitter
lo terrain lo plus rapproché do nous, sur uno population
do 410,811 ouvriers (*), qu'est-ce qu'uno proportion do
4,523 apprentis engagés par contrat? si l'on réfléchit sur-
tout! 2) quo pour 600 do cos enfants, l'apprentissage est d'une
année à peine, et quo pour près de 4,000 autres (dont plus
do moitié pour les filles), il no dépasse pas deux ans; si l'on
se rend compte, enfin, que parmi ces 4,523 contrats, il en
est seulement 15 % en moyenne, en vertu desquels l'ap-
prenti paie et ne soit pas payé, c'est-à-dire qui fassent do
lui un élève et non un salarié (3î?
C'est sous l'empire do cotte situation fatalo à certaines
industries, l'horlogerie par exemple, que d'honorables fa-
bricants, M, Henri Robert, M. Mildé, demandaient succes-
sivement à M. Marguerin, il y a quelques années, d'orga-
niser dans l'École Turgot uno classe-atelier comme annexo;
c'est dans le mémo sentiment qu'aujourd'hui M, Richard
s'occupe activement de créer dans le 19° arrondissement
une écolo d'apprentis pour la petite mécanique. D'autres
poursuivent le môme but pour d'autres industries do Paris,
également menacées de passer à l'étranger ou de périr.
Comme les patrons, les ouvriers intelligents comprennent
la gravité du péril. « Nous demandons, > disait, il y a quel-
ques années, un groupe d'ouvriers mécaniciens s'occupant de
la formation d'un syndicat ouvrier des professions similaires
de la mécanique, < nous demandons quo les apprentis des
professions du syndicat ne fassent pas des apprentissages
de spécialités, mais, au contraire, qu'ils apprennent, dans
chaque branche de la mécanique, tout ce qui se rattache à
(1) Statistique de l'industrie à Paris, 1860, Introduction, p. xxxu, xxxui.
(2) Id.ibid.,p.xu«.
(3) V, Statistique de l'industrie à Paris, 1840, chap. VII, p. 57 et suivantes.
- 17 -
*
la partie pour iaquello ils ont fait leur contrat (0, > —
« L'apprenti, » écrivaient les ouvriers délégués à l'Exposition
internationale de 1807 dans leur rapport, < l'apprenti, oc-
cupé à quelques travaux accessoires auxquels son agilité lo
rend propre, reste étranger à l'ensemble des procédés do sa
profession. » Et d'un accord unanime, ils vont jusqu'à re-
gretter* l'ancien régime, ou tout au moins l'ancienne pra-
tique des vieilles corporations d'avant 1789, qui obligeait les
patrons ou maîtres ouvriers,,à n'avoir qu'un apprenti et à
en parfaire l'éducation on quatre ou cinq années t2), >
Ainsi, de quelque façon que l'on considère les conditions
générales do l'apprentissage à Paris, il ne répond pas aux
besoins de l'enfant. Imprévoyance des familles, indiffé-
rence des patrons, impuissance de la loi, tout trahit, pour
ainsi dire, l'éducation de l'apprenti. Les développements de
la concurrence commerciale, les progrès de la mécanique
industrielle tournent eux-mêmes à son préjudice/ Qu'il y
ait à cette situation des exceptions nombreuses, honorables, '
il est à peine besoin de le répéter. Il n'entre pas plus dans
notre pensée d'exagérer le mal quo de l'atténuer. Mais
lorsqu'on envisage Une situation, c'est dans son ensemble
qu'il faut la prendre pour la juger. De l'aveu de tous, tel
qu'il ebt généralement constitué, l'atelier, qui deyrait servir
à développer toutes les forces de l'enfant, use .son corps,
avant que la nature ait achevé de le former^ engourdit son
intelligence que l'école avait commencé à éveiller, flétrit son,
imagination et son coeur, abâtardit en lui l'esprit du métier.
Déplorable école de moeurs publiques, autant que do moeurs
privées, il déprave^l'homme dans l'apprenti, le citoyendans
l'ouvrier, et ne forme même pas l'ouvrier. * f <
(1) Bulletin de ta Société de protection des apprentis, 2* année, 1808,< p., 289.
(2) Revue des Deux-Mondes, t, 77, p. 586. * *" *<
Résumé,
— 18 ~
IL
Les efforts die l'Initiative privée.
Une telle situation ne pouvait manquer d'éveiller les
préoccupations de l'Administration municipale et la solli-
citude pratique de quelques industriels, Le devoir commun
en ressortait invinciblement : il fallait pourvoir à l'éduca-
tion de l'apprenti»
L'éducation, quel qu'en soit le degré, quels que soient
ceux auxquels elle s'adresse, comprend ; 1° l'éducation gé-
nérale, celle qui embrasse à la fois le corps, l'intelligence et
le coeur, celle qui fortifie, développe, élève l'individu et pré-
pare à la société des hommes vigoureux, éclairés, honnêtes ;
2° l'éducation technique, celle qui initie à la profession
spéciale, au métier, celle qui, dans l'apprenli, forme l'ou-
vrier. Toute éducation qui n'atteint pas, ou tout au moins
ne vise pas à ce double but, est incomplète. Menées de front
ou successivement, les deux parties sont nécessaires, Là où
il y a lacune, il y a malaise, il y a danger.
C'est dans cet esprit de prévoyance éclairée qu'ont été fon-
dées, à Paris, diverses institutions privées d'apprentissage.
Quelques-unes n'ont pu résister aux troubles profonds de
ces dernières années. D'autres, les plus anciennes, subsistent
encore. Toutes, quelle quo soit leur situation présente, doi-
vent être relatées ici, non-seulement à cause des éléments
qu'elles apportent à l'étude delà question, mais parce qu'elles
peuvent, dans une certaine mesure, en fournir la solution.
La pensée première de ces institutions a été de préparer
Des conditions
générales de l'é-
ducation.
Les pension-
nats et les ex-
ternats d'ap-
prentis.
-10 —
le recrutement do certaines industries spéciales, Telle a été
l'origino des pensionnats d'apprentis do MM. Lemaire (*),
Bavard W, Leclairo <3), Vilepôlo et Gamba (*>, Midocq (&>,
Wolff (6>, Prévost-Lambert (*), Hamelin (8); do M. et
M"' Sajou (°) ; do M™ Cohadon (*°); do Mro' Chertonno (*«);
do Um Barnabe »*); de M"* LeHime vi'3); de YOEnvre
des Enfants du papier peint. Telle est également l'ori-
gine des externats d'apprentis de M. Cuaix (**) et de
M. Clayo (15h Tels sont enfin lçs ateliers ouverts dansdiverses
Compagnies do chemins de fer pour l'éducation des fils d'ou-
vriers ou d'employés appartenant à la Compagnie (*°)
Le but commun à ces divers établissements, c'est de
pourvoir à l'éducation professionnelle en mémo temps qu'à
l'instruction générale et à la moralisation des apprentis,
Admis à partir de 11 ou 12 ans, les apprentis restent gé*
(1) Rue Oberkampf, 22 (fabrication de jumelles).
(2) Rue Saint-Gilles, 22 (fabrication de bijoux eu doublé d'or).
(3) Rue Saint-Georges, 12 (peinture en bâtiments),
(4) Rue Vieille-du-Tcmple, 83 (graturc sur métaux).
(5) Rue du Temple, 151 (fabrication de portefeuilles),
(6) Rue Rochechouart, 22 (fabrication de pianos).
(7) Rue ClaudC'VUlcfaux, 6 (décoration sur porcelaine).
(8) Rue de la Glacière-Saint-Marcel, 28 (déûdage de la sole).
(0) Rue des Anglaises (tapisserie).
(10) Rue Chapon, 13 (brunissage des métaux précieux).
(11) Rue Saint-Claude, 18 (polissage des mouvements et ressorts de montres),
(12) Boulevard de la Santé (fleurs artificielles), , '
(13) Rue de Rcuily (préparation de papiers a cigarettes),
(14) Rue Bergère, 20 (typographie).
(15) Rue Saint-Benoit, 7 (typographie).
(16) A celte catégorie d'établissements se rattachent, hors Paris, mais à une
proximité telle que les institutions profitent a des enfants de Paris, l'orphelinat de
M, et de MB* Groult (Vilry-sur-Seine), pour la préparation des pâtes alimentaires ;
les ateliers de M. Muller (à Ivry), pour la briqueterie, la tuilerie et la moulure
grossière; de M. Monot (à Pantin), de M. Maês (à Clichy), de M, Marchand (à
Saint-Ouen), de M.Paris(auBourgct), de M. Delvincourt (àSaint-Denis), poyr la
verrerie et la cristallerie; de M. Collinot (à Boulogne-sur-Selne), pour la poterie
d'art; de M. Dupont (à Clichy), pour la typographie, etc. On peut citer encore
l'internat fondé par M. Najean, à Sain', Denis, pour les apprentis de la passement
terie. (Volt le Bulletin de la Société de protection des apprentis, passim.)
_ 20-
néralement dans la maison jusqu'à 16 ou 17 ans. Des
règlements, rigoureusement observés, déterminent les
heures du lever et du coucher, des récréations et des repas,
ainsi que l'emploi do toutes los heures do la journée.
Pendant le jour, les apprentis travaillent, chacun à sa place,
sous la surveillance d'un contre-maître; dans plusieurs éta-
blissements, ils sont tour à tour, suivant l'esprit véritable
de l'apprentissage, attachés à la confection de toutes les
parties delà fabrication. Le soir, quelquefois le matin, ils
assistent à des classes d'enseignement primaire, auquel
sont ajoutées des matières spéciales à la profession. Des
bulletins hebdomadaires ou mensuels sont adressés aux
parents, qui les renvoient signés, après en avoir pris con-
naissance. Dans lo pensionnat de M. Lemaire, par une forme
d'émulation ingénieuse, à toutes les fins do mois, chaque
apprenti est tenu do copier, comme devoir d'écriture, un
tableau contenant, en regard des noms de tous ses cama-
rades, des notes détaillées sur leur travail et leur conduite;
et ce tableau est adressé aux familles. Presque partout, des
récompenses, sous forme de gratification, sont distribuées,
trimestriellement ou mensuellement, aux élèves les plus
méritants. Pour encourager le zèle de ses externes, M. Chaix
distribue, en outre, aux plus exacts, un jeton de présence
d'une valeur de 10 centimes, et portant sur l'une do ses faces
celte sentence do Franklin : < Si quelqu'un vous dit que vous
pouvez vous enrichir autrement quo par le travail et l'éco-
nomie, ne l'écoutez pas : c'est un imposteur. > Des rete-
nues hebdomadaires, qui varient de 5 à 25 centimes par ap-
prenti, sont versées dans uno caisse de secours, qui permet
d'accorder aux malades uno indemnité variant, par jour
d'absence, de 60 centimes à 3 francs. Des caisses de retraite
ont été récemment instituées par M. Lcclaire et par M. Chaix.
Une autre forme de patronage a été adoptée et particu-
Le oeuvres
de patronage.
- 21 -
liôroment encouragée, depuis 1867, par la Société de pro*
tection des apprentis et des enfants des manufactures 0). Elle
consiste dans la création d'établissements et de comités se
proposant non plus uno oeuvre spéciale à telle ou telle in-
dustrie mais une oeuvre applicable à toutes les industries,
suivant la vocation des sujets. C'est à cette catégorie que se
rattachent, entre autres, la Maison de Famille, de la Société
des Amis de l'Enfance (rue de Grillon) ; la Maison de la
Providence de Sainte-Marie des soeurs de Saint-Vincent"
de-Paul, de la rue de Reuilly ; les Orphelinats de la Maison*
Blancha, de la rue de Sèvres et do la rue Vandrezanne;
VOrphelinat Eugène-Napoléon, la Pension Saint-Joseph,
Y Institution de Saint-Louis-d'Antin, les ouvroirs de
MM. Langénicux, Chovojon, Rousselle; la Pension d'ap-
prentis, fondée par M, de Triqueti; Y Union chrétienne,
créée par l'Église réformée; le Pensionnat protestant de la
rue do Charonne, l'OEuvre Israélite des Lits d'apprentis,
Y OEuvre des secours aux apprentis du 4e arrondissement,
Y Association de fabricants et artisans, pour le patronage
d'orphelins des deux sexes, etc. Quelques uns de ces éta-
blissements, tels que la maison do la Providence Sainte-
Marie, gardent, emploient et forment directement, les
apprentis qu'ils reçoivent. D'autres les placent en pension
dans des maisons d'éducation professionnelle; c'est ainsi
que la Société des Amis de VEnfance entretient des bourses
spéciales à l'École Saint-Nicolas. D'autres enfin, tels que
la Tutelle, fondée par M. Piver sur le type du pensionnat
de Nancy (*) et les pensionnats protestants et Israélites, re-
(1) Nous avons déjà intbqué plusieurs fois l'autorité de celte Société. Autorisée
par décision du Ministre.de l'intérieur, en date du 6 décembre 1866, et par arrêté
du Préfet de police, du 5 janvier 1867, partagée en comités ayant chacun leur attri-
bution propre, elle a contribué puissamment, par l'activité et l'intelligence de sa
direction, à tous les progrès réalisés depuis quatre ans dans les conditions de l'ap-
prentissage à Paris,
(2) Comptes rendus de la maison des apprentis de la ville de Nancy, 1840-
1868.
- 22-
çoivent les apprentis dans un internat qui Jour est propre,
ou les placent, à l'aido do bourses créées par les membres
du patronage, chez les industriels qui se chargent, moyen-
nant pension ou demi-pension, do les élever. Dans co der-
nier cas, l'apprenti n'est, en quelque sorto, quo Photo de
la maison do tutelle, De là le nom ^institution de lits
d'apprentis donné à quelques-unes des oeuvres. Mais de
quelque façon que s'exerce le patronage, il s'efforce aussi
d'embrasser l'éducation techniquo et l'éducation morale de
l'apprenti,
Un troisième ordre d'établissements a été créé, depuis
1862, qui participent du même caractère et visent au môme
but : ce sont les Écoles professionnelles pour les jeunes
filles, dont le type a été réalisé d'une part sous la direction
de M™ Lemonnier, d'autre part sous les auspices de
Mme Legentil et de M,,e Désir. Ouvertes dans un esprit très-
différent, ces écoles sont, les unes et les autres, des établis-
sements qui unissent l'instruction générale à l'apprentissage
d'une profession, Reçues de 8 heures du matin à 6 heures
du soir, à partir de 12 ans, les élèves sont, dans la matinée,
réparties entre diverses classes où l'enseignement primaire
élémentaire et primaire supérieur leur est donné; dans
l'après-midi, elles sont partagées en groupes ou ateliers,
suivant leur profession future : atelier de robes, de lin-
gerie, de dessin industriel, de gravure sur bois, de
peinture sur porcelaine (0,
Enfin, pour n'omettre aucun des efforts tentés en vue
de l'éducation des apprentis, il est juste de rappeler :1° les
Sociétés paternelles ou associations fondées, soit par des
• ■
(1) Une école nom elle tient de s'omrir par les soins d'une société formée sous le
patronage de AI, Dubail, maiie du 10* arrondissement, rue de Paradis-Poisson-
nière, 20.
Les écoles pro-
fessionnelles de
jeunes filles.
Les Institu-
tions de patro-
nage et d'encou-
ragement.
- 23 —
syndicats, soit par des chefs d'industrie, en faveur : des
enfants de la bijouterie et autres industries mettant en
oeuvre les métaux précieux; des enfants employés dans les
fabriques de/leurs et de plumes; des apprentis de la fabri-
cation du bronze; des enfants de l'ébénisterie ; des enfants
de l'imprimerie et des industries s'y rattachant, etc„
sociétés qui n'ont pas d'établissements spéciaux, mais qui,
avec lé produit des cotisations quo chaque membre s'im-
pose, ont entrepris, chacune dans sa sphère, soit do con<\
tribuer, par la fondation de certains cours, à l'éducation
professionnelle des apprentis, soit d'encourager leur travail
par des récompenses ; 2° les patronages, connus aussi sous
le nom de Réunions du dimanche, ayant pour but do créer
entre les apprentis < des liens de mutualité > en môme
temps que de les entretenir dans des habitudes d'ordre,
de travail, de prévoyance 0) ; 3°Jes Bibliothèques d'appren-
tis particulièrement formées pour les besoins intellec-
tuels et moraux de la jeunesse ouvrière; 4° les Institutrices
fie charité, association due à une inspiration aussi utile
qu'ingénieuse de M 11' Désir, et comprenant une élite .do
jeunes maîtresses c Rengageant à donner, chaque jour, une
partie de leur temps à l'enseignement des enfants pauvres
des petits ateliers de l'industrieparisienne; > 5° l'OEuvre des
familles, création récente provoquée par l'initiative habile
et résolue de M. Girette, maire du quatrième arrondisse-
ment, et qui, embrassant tous les intérêts de l'éducation
populaire, étend particulièrement son patronage sur les en-
fants et les apprentis P),
(1) Rapport de M. le vicomte de Melun, 23 décembre 1866,
(2) Au nom de M. Girette, il faut ajouter ceux de MM. VulHet, Prud'homme
et Démarque!, adjoints au maire du 4* arrondissement, ainsi que ceux de
MM. Vautrain, docteur Ch. Loiseau, Callon, Desouches, anciens membres de la
municipalité de l'arrondissement et membres du Conseil municipal. Voir l'appel de
M. Girette aux habitants du 4e arrondissement et les statuts de l'oeuvre qui possède
déjà un fond* de près de 40,000 francs.
~24 _
Toutes ces institutions n'ont pas une égale valeur, mais
à des degrés divers, et prises suivant la pensée qui les a
inspirées, toutes sont bonnes, N'eussent-elles donné qu'un
exemple d'initiathe, elles seraient, à ce titre seul, dignes
d'approbation, Elles ont fait mieux, Elles ont rendu, elles
rendent encore, pour la plupart, des services réels. Le
bien produit par les dévouements obscurs no pout se me-
surer; mais il existe. Il fait, en tout temps, la dignité et la
force moralo d'un pays; aux époques de crise sociale, il peut
en être lo salut. Signaler do telles entreprises n'est pas
seulement un acto de justice, c'est lo devoir de l'Admi-
nistration, dont il serait heureux quo le rôle pût se borner
à susciter les forces vives de l'initiative privée et à en éclai-
rer la direction (*), Il faut les encourager par tous les témoi-
gnages positifs de sympathie propres à conserver, à assurer,
à étendre ce qu'il y a d'utile dans leurs principes, et les'
aider à en exprimer, pour ainsi dire, toute la fécondité. Il
faut seconder surtout des fondations telles que celles do
la tutelle et des pensionnats, qui, n'ayant aucun intérêt
d'industrie spéciale à sauvegarder, et consultant exclusive-
ment les aptitudes et les nécessités des enfants qu'ils pren-
nent sous leur patronage, font véritablement oeuvre de prêt-
voyance et d'assistance sociale. Les encouragements efficaces
que j'ai demandés dans la préparation dubudget pour toutes
les institutions d'enseignement libre ne sauraient être
mieux appliqués (2). Lorsque les crédits seront discutés, je
proposera] de les y faire participer. Et s'il était possible, dès
à présent, d'attendre de leur développement bien combiné
une satisfaction complète aux besoins qui nous pressent,
je n'hésiterais pas à renoncer à toute autre tentative.
(1) Voir, sur le rôle de l'initiative privée, la Paix sociale par M. F. Le Play,
1801, § XIV.
(2) Voir la Note sur les besoins de l'Instruction primaire à Paris. — Enseigne-
ment libre.
Du bien pro-
duit par ces in*
•litutious,
— 25-
Mais l'initiative privée peut-elle, quant à présent, suffire à
cette tâche? Et quelle a été jusqu'ici la mesure, non de ses in-
tentions et de ses efforts, maisdc ses résultais, de son succès ?
Co qui fait particulièrement l'action utile ot l'influence
morale des sociétés diverses que nous venons d'ônumôrer,
c'est que lo nombre des sujets que chacune d'elle prend sous
sa protection est peu considérable, otquela tutelle qu'elles
exercent a ou s'efforco d'avoir le caractère suivi, pénétrant,
individuel d'une tutello de famille. Multiplier le nombre
des apprentis do chaque patronage, c'est risquer de dis-
perser uno sollicitude qui vaut surtout par son intensité.
Co qu'il y aurait lieu do multiplier, c'est le nombre des
patronages. Mais il no faut pas se le dissimuler, si modeste
que soit lo cadre de ces sociétés, la charge en est très-oné-
reuse, et les patrons doivent s'assurer, pour maintenir
l'oeuvre, du concours des fabricants ; c'est ainsi qu'à la Tu-
telle les fabricants souscrivent pour moitié aux frais de la
pension des apprentis. D'autre part, ces institutions ne sont
pas toutes absolument gratuites, et, par là mémo, elles pro-
fitent aux enfants do la classe demi-bourgeoise, plutôt qu'aux
enfants de la classe ouvrière, proprement dite, quo nous
avons en vue. Les écoles d'enseignement professionnel pour
les jeunes filles, notamment, qui ne se soutiennent, on le
sait, qu'avec d'énormes sacrifices,rperçoivent un droitd'éco-
lage variant de 6 à 10 francs par mois.
C'est ainsi que les causes économiques s'unissant aux
causes morales, le développement de ces sociétés s'est arrêté
à des limites nécessairement restreintes.
Voici, au surplus, le nombre des apprentis placés, soit
dans les associations> soit par les associations mentionnées
ci-dessus, dans le cours des années 1867 à 1869, période
do leur plus grande extension : C 1)
(1) Bulletin de la Société de protection des apprentis, passim.
Leur iniurn-
«ncc.
,- 26 T.
NOMBRE
INDICATION DES ÉTABLISSEMENTS.
D'ÉLÈVES.
Pensionnat Lemaire 30
Pensionnat Savard • 12
Pensionnat Sajou 60
Pension oatCohadon 30
Pensionnat Chertonne 15
Ecole de typographie Chaix 20
Pensionnat Midocq » 4
Pensionoat Villepèle et Gamba 6
Société de< Amis de l'enfance (pensionnat Saint-Nicolas)...... 100
Pensionnat de la Tutelle 20
Pensionnat Preiost-Lambert, rue Claude-Vellefaux, 6 12
Ateliers d'instruction théorique et pratique de typographie (imprimerie
Claie). 8
Ateliers WolfT 8
Ateliers Lectalre 10'
Pensionnat Hamelin 210
Société de patrons et d'ouvriers pour le patronage des enfants de l'ébé*
nlsterlc ,, 62
Société d'assistance paternelle aux enfants employés dans les fabriques de
fleurs et de plumet , ,. 30
A reporter,, 697.
— 27 —
NOMBRE
INDICATION DES ÉTABLISSEMENTS.
D'ÉLÈVES.
Report 697
i
OEuvre de secours aux apprentis du 4* arrondissement 70
OEutre des enfants du papier peint,.., 250
Ateliers de fleurs artificielles de MD* de la Porte-Barnabe 150
Société pour l'apprentissage des jeunes orphelins, rue des Quatre-Fils,4... 128
Association de fabricants et d'artisans pour les orphelins des deux sexes..... 150
OEuvre pour les enfants de cultes divers 130
Apprenties do la Manufacture des tabacs. — Pensionnat-orphelinat Lekime. > 45
Orphelinat Eugène-Napoléon.,., 300
Orphelinats, ouvroirs catholiques (rue de Sèvres, Maison Blanche, rue Von-
drcianne, paroisse Saint*Josepb, institution de Sjlnt*L'jUis-d'Aulio, etc.).. 350
Pensionnats protestants (Union chrétienne, Société de la rue de Charonne,
Pensionnat des jeunes Allés pauvres de l'Église réformée, Orphelinat des
Billetles) » 300
OEuvre Israélite 65
Écoles professionnelles pour les jeunes filles 490
t * ■ " ■ " '■ '
TOTAL 3,125
— 28 —
Ainsi ce sont environ 3,000 enfants qui, à la date du 1er jan-
vier 1870, étaient reçus ou protégés par diverses sociétés.
Et nous avons groupé, dans ce tableau, tous les établisse-
ments qui, à un titre quelconque, étaient signalés comme
formant à l'apprentissage. Les orphelinats-ouvroirs, qui
participent du caractère des institutions charitables beau-
coup plus que des établissements d'enseignement technique,
qu'on en distingue même le plus souvent d'une manière
absolue (*), y sont compris pour un contingent relativement
considérable. Quoi qu'il en soit, et en admettant ces bases
assurément très-larges, ce sont donc 3,000 enfants qui bé-
néficient, plus ou moins, du patronage de ces associations.
4 Trois mille enfants détournés et sauvés, peut-être, d'un
courant plein de périls, c'est quelque chose, assurément,
c'est beaucoup même, si l'on considèrelebien que peut faire,
et le mal que peut empêcher autour de soi, dans le monde,
une saine intelligence de plus. Qu'est-ce, cependant, que
ces 3,000 enfants, dans le nombre des 25,000 que la vie de
l'atelier entraîne?
Il faut donc, en respectant, en soutenant, en travaillant à
multiplier ces créations, il faut chercher à réaliser, au profit
des masses d'enfants qui échappent a leur action, un type
d'apprentissage que l'initiative privée puisse à son tour
appliquer. C'est elle-même qqi le demande. < Il serait
à souhaiter, » disait en 1870 la Société de protection des
apprentis, « quo la Ville de Paris eût, pour chacune des
espèces de l'industrie parisienne, une maison d'apprentis-
sage.,., servant de type. » ( 2)
(1) Bulletin de la Société de protection des apprentis. De l'apprentissage dans
l'industrie parisienne, par M. lliélard, année 1869, t, III, p. 165.
(2) Id. année 1807, t. l,r, page 189. — Cf. Enquête sur tenseignement
professionnel, (orne !«', Dépositions page 61 ctsuhanics.
Conclusion.
— 29 —
III.
Les institutions municipales.
L'administration municipale n'avait pas attendu cette
sorte de cri de détresse pour se montrer soucieuse de tels
intérêts. Il y a plus de trente ans, en effet, qu'elle s'est
préoccupée de les satisfaire par diverses institutions d'encou-
ragement et d'enseignement : prix d'apprentissage, bourses
d'apprentissage, classes d'apprentis, classes spéciales de
dessin d'art et de dessin géométrique.
On ignore généralement, aujourd'hui, l'histoire des prix
d'apprentissage. Il n'y a pas beaucoup d'institutions sco-
laires qui aient eu, en leur temps, plus de retentissement
et d'éclat. Il n'est pas sans utilité, peut-être, d'en faire
connaître l'origine et le caractère. Étudier ce qui a été, se
rendre compte de ce qui est, et s'en faire un point d'appui
pour établir ce qui doit être, telle est la règle du progrès,
do celui que le temps consacre.
A la suite d'une discussion sur le principe desouvroirsM,
le Conseil municipal, dans deux dèlibérationsven date des
1er janvier 1842 et 9 août 1844, avait « invité l'Administra-
tion à examiner s'il ne conviendrait pas de substituer à l'é-
tablissement projeté do nouveaux ouvroirs auprès des écoles
communales, la création de prix d'apprentissage. > L'année
sur' ito (8 août 1845), les prix d'apprentissage étaient
créés. Toutefois ce n'est qu'en 1847 que la première attribu-
tion eut lieu. Cet intervalle de près de deux ans avait été
(1) Statistique de l'induttrie à Parts, 1849, 1'* partie, chap, VU, p. 69.
Les prix d'ap-
prentissage.
— 30 —
rempli par une étude minutieuse du mode d'application.
Le Comité central d'instruction primaire, appelé à proposer
des règles, avait rédigé, dans ses délibérations en date du
14 mai 1846 et du 22 avril 1847, une sorte de code ultérieu-
rement approuvé par le Conseil municipal ^), où les moindres
détails étaient l'objet d'une prescription rigoureuse.
Un prix était attribué à chacune des écoles de filles et de
garçons. Ce prix était mis au concours. Les candidats de-
vaient être âgés de treize ans accomplis, avoir fréquenté
assidûment, pendant les deux dernières années au moins,
les écoles communales; s'y être distingués par un travail
soutenu et par une conduite constamment régulière ; avoir
fait leur première communion.
Le 10 juillet de chaque année, le directeur ou la directrice
de l'école dressait uno liste générale de candidats qui était
contrôlée et arrêtée par le Comité local, en séance, le 15 juil-
let. Le 20, en présence du maire ou d'un délégué du Co-
mité local, les élèves de chaque école — ceux qui savaient
écrire — procédaient d'après la liste générale, par la voie du
scrutin et à la majorité absolue, à l'élection des six candidats
qui devaient prendre part au concours. Le 25, nomination
était faite par le Comité local du jury de correction ; en même
temps, on désignait la salle où devaientavoirlieu les épreuves.
Le concours était ouvert le premier jeudi du mois d'août,
pour les écoles de garçons, le deuxième jeudi, pour les écoles
de filles.
L'examen portait sur la lecture, l'écriture, les quatre
premières règles de l'arithmétique, le système légal des
poids et mesures, l'orthographe, le dessin linéaire, et pour
les écoles de filles, la couture, La connaissance de ces ma-
(1) Délibération du 8 juillet 1840.
Le concours.
— 31 —
tiôres était obligatoire. Ceux des candidats qui avaient une
instruction plus étendue étaient admis à en faire la preuve.
Mais cet examen facultatif ne pouvait comprendre que
« l'arithmétique poussée au-delà des quatre règles, la gram-
maire française, le* notions élémentaires de géographie gé-
nérale et de géographie de la France, l'histoire de France,
le chant, et de plus, pour les garçons, le tracé géométrique
et les évaluations des surfaces et des solides. »
Le jury de correction dressait par ordre de mérite, en
raison du total des points obtenus par chacun des con-
currents , la liste de classement par arrondissement, et
le prix d'apprentissage était acquis à celui des six élèves de
chaque école qui avait obtenu le meilleur rang. Le 24 août,
au plus tard, le Comité central faisait connaître ces résultats,
et le nom de l'élève qui avait mérité le prix était proclamé,
avant tous autres, par le Président de la séance de distri-
bution générale des prix, dans chaque école (1).
Chacune de ces opérations était réglée suivant une /br-
mule dont la lettre même devait être religieusement res-
pectée.
Le prix obtenu était immédiatement appliqué. La valeur
en était fixée à la somme de 450 francs. La durée de l'ap-
prentissage étant de trois ans consécutifs, 200 francs de-
vaient être payés pour la première année, 150 francs pour
la seconde, et pour la troisième 100 francs.
Le choix des patrons était fait par les comités locaux, Nul
élève n'était admise concourir pour le prix, si les parents n'a-
vaient, au préalable, < contracté par écrit l'obligation d'ac-
cepter pour lui le prix qu'il pouvait obtenir, et de souscrire
à toutes les conditions du traité d'apprentissage à faire avec
(1) Arrêté du comité central du 92 avril 1847.
Le contrat
d'apprentissage.
- 32 —
les maîtres chez lesquels il pouvait être placé. Dans le cas
où cette obligation, contractée par les parents, n'était pas
remplie, l'enfant qui avait obtenu le prix en était déchu, et il
ne pouvait ultérieurementse présenter pour obtenir au con-
cours, ou de toute autre manière, aucun des prix ou
bourses décernés par la Ville de Paris, dans quelque école
ou institution que ce fût. » Bien plus, l'élève t n'était plus
admis à fréquenter aucune école communale, élémentaire
ou supérieure C1). > Les parents prenaient, en outre, l'en-
gagement « de fournir à l'apprenti un lit complet, où il
devait toujours coucher seul, ainsi que le linge, les habil-
lements, les chaussures dont il pouvait avoir besoin, et à
pourvoir à leur entretien et à leur renouvellementP). >
A cet engagement général préliminaire s'ajoutaient, dans
l'exécution, d'autres conditions non moins strictes. L'en-
fant ne pouvait être placé en apprentissage chez son père ou
chez sa mère, et tout apprenti était tenu de coucher et de
prendre ses repas chez son maître ou chez sa maîtresse
d'apprentissage (3). L'apprentissage no comprenait que des
états manuels proprement dits, et conséquemment ne pou-
vait être appliqué aux professions dites libérales, telles que
celles d'architecte, de vérificateur, d'employé de commerce,
de géomètre, etc. Les ouvroirs n'étant point considérés
comme des ateliers industriels, les jeunes filles ne devaient
pas y être placées,
L'enfant admis, « pendant lo temps d'essai, l'engagement
pouvait être rompu sans indemnité de part; et d'autre, si,
après l'épreuve faite, et par quelque nfotif que co fût, le
maître et l'apprenti no croyaient pas pouvoir demeurer en-
semble. > Mais celte épreuve, servant à constater le goût
(1) Délibération du Comité central du 2 décembre 1847.
(2) Formule officielle du contrat d'oppi en tissage.
(3) Délibération des 7 octobre et 3 décembre 1847.
— 33 -
et l'aptitude de l'enfant, ne pouvait ni avoir lieu pîas d'une
fois, ni se prolonger au-delà d'un mois (0.
Telles étaient les clauses imposées aux parents. De son
côté, le patron s'engageait à traiter l'apprenti en bon père
de famille. Dans tous les cas « où le projet de l'engagement
d'apprentissage contenait une ou plusieurs dérogations à la
formule officielle, notamment en ce qui concernait, soit la
durée de l'apprentissage, soit l'obligation par les maîtres ou
les maîtresses de loger et nourrir les élèves, et l'obligation
par ceux-ci de prendre leur habitation et leur nourriture chez
leurs maîtres ou leurs maîtresses, » la subvention pécuniaire
constituant le prix normal d'apprentissage pouvait être ré-
duite à telle somme quo fixait lo Comité cential; et alors
toutes-les remises qui étaient obtenues sur les 450 francs
du prix étaient réservées par délibération du Conseil muni-
cipal au profit do l'apprenti : inscrites à son nom sur un
livret de la Caisse d'épargne, elles lui étaient délivrées, sauf
le cas de démérite, à la fin de son stage (2J.
Ces. conventions ainsi réglées, la surveillance en était
confiée aux Comités locaux, qui avaient charge de se rendre
compte du travail et de la conduite de l'apprenti, ainsi que
do la direction du patron. Chaque Comité local adressait,
tous les ans, au Comité central un rapport sur les boursiers
de l'arrondissement; et ceux des patrons qui s'étaient plus
particulièrement signalés par leur intelligence et leur zèle,
pouvaient, sur la présentation du Comité central, recevoir
des récompenses honorifiques, médailles ou mentions ho-
norables (3).
I.n surveillance.
(1) Voir Mollol, Contrat d'app,entUsagc, Paris 1847.
(2) DélILciollon du Comité contrai du 25 janvier 1849. — Délibération du
Conseil municipal du 3juillet 1840, ait. 3.
(3) Délibération du Conseil municipal du 3 juillet 1840, art. 6.
3
— 34 —
On voit, par la multiplicité même de ces règles, quello
importance était donnée à l'institution. L'opinion publique
en avait encore accru l'importance. Toutes les formes du
concours étaient accomplies avec une sorte de solennité.
Le Conseil municipal (séance du 3 juillet 1846) « avait voulu
surtout contribuer, par la création des prix, à la morali-
sation des apprentis et à l'institution même de l'apprentis-
sage. > Le Comité central n'avait pu se défendre de la ten-
tation de faire servir à l'émulation générale des instituteurs
et des institutrices les compositions faites à chaque concours
par les élèves d'élite de chaque établissement W. Non content
des indications du règlement, il était revenu, dans des cir-
culaires spéciales, sur chacun des points édictés, pour y
ajouter un nouveau caractère de gravité. Et l'on ne craignait
pas, dans la presse scolaire, de rapprocher la distribution des
prix d'apprentissage des fêtes du chef-d'oeuvre au temps des
corporations.
On voit par là même aussi quels étaient les dangers, ou
du moins les inconvénients graves de l'institution.
En cherchant, par le concours, à faire sortir de la masse
des élèves une certaine élite, on espérait agir heureusement
sur la masse. Mais s'adresser à une élite est toujours un
principe dangereux en matière d'éducation, surtout quand il
s'agit des écoles primaires, où l'instruction donnée doit être
l'égal patrimoine de tous.
Le Comité central ne tarda pas à en éprouver les effets.
Le concours, tel qu'il l'avait institué, avait excité l'ému-
lation des maîtres et des élèves au-delà môme de ses vteux.
Parmi les 91 élèves qui avaient pris part au concours, en
(1) Délibération du 22 avril 1867.
L'importance
donnée aux prix
d'apprentissage.
En qnol pé-
chait i institu-
tion : les abus
du concours.
— 35 —
1847,77 avaient dépassé l'âgede l'École primaire. Ils étaient
restés ou ils étaient rentrés pour obtenir le prix. Par leur'
supériorité d'âge et de culture, ils écrasaient le concours
et en faussaient la pensée. Pour obvier à cet abus, le Comité
central avait, dans une délibération spéciale (7 octobre 1847),
fixé l'âge réglementaire à 15 ans. C'était encore trop. La
grande majorité des enfants ne peut rester à l'école après
12 ou 13 ans. Heureux quand nous pouvons les y maintenir
régulièrement jusque-là. Le prix d'apprentissage restait
donc, malgré l'arrêté du 7 octobre, une récompense pro-
posée à une minorité très-restreinte 0).
Le concours avait d'ailleurs pour effet presque inévitablo
do porter les maîtres à donner aux élèves, qu'ils se faisaient
honneur de produire, des soins exceptionnels et exclusifs.
Enfin, il en résultait trop souvent que les prix étaient lé-
gitimement attribués à des enfants dont les familles auraient
pu supporter les frais de l'apprentissage.
Des représentations officielles se produisirent. < Si les
renseignements fournis sont exacts >, écrivait le Ministre
de l'Instruction publique au Préfet de la Seine (6 juillet
1854), < lo concours des prix d'apprentissage aurait pour
principal résultat de contraindre, en quelque façon, les
maîtres à négliger chaque annéei pendant deux ou trois
mois, la masse des élèves confiés à leurs soins, et à concen-
trer leurs efforts au profit de quelques enfants qu'une apti-
tude particulière place, par avance, sur la liste des concur-
rents. Une sorte d'aristocratie intellectuelle tendrait ainsi à
(1) Ce sentiment d'émulation i* tassait même quelquefois les bornes permises.
• En ce qui concerne,1'éprcuc Ue la couture, on a eu occasion de remarquer,
lors du concours de 1851, que i ouvrage & l'aiguille de quelques élèves était trop
bien fait pour avoir été confectionné dans l'espace de temps qui est donné pour
celte composition! Il Q paru certain à l'Administration que cet ouvrage avait été
ptéparé a l'u\aiicc, et que les élèves n'avalent plus qu'à' l'achever à la séance
d'examen. » (Lettre-circulaire du Préfet de la Seine, M,Berger, aux maires d'ar-
rondissement, 3 juillet 1852.)
- 36 —
se constituer dans les écoles. Il y aurait là, en même temps
qu'une cause d'affaiblissement pour l'enseignement général,
une excitation regrettable à la vanité... >
Un règlement nouveau intervint (arrêté préfectoral du
21 juin 1855); les prix furent convertis en bourses. Au con-
cours on substitua l'examen.
La bourse était d'une valeur de 275 francs. 11 était ac-
cordé une bourse à chaque école réunissant moins de
200 élèves; deux bourses aux écoles comptant au moins
200 élèves présents.
L'avantage était donné aux qualités morales sur les mé-
rites de l'intelligence. L'examen était rendu accessible à
tous les enfants possédant les éléments indispensables des
matières obligatoires de l'enseignement primaire.
Une circulaire du 3 juillet 1852 avait déjà antérieurement
supprimé le mode d'élection par les élèves et remplacé par
une liste de classement pour chaque école la liste générale
pour toutes les écoles d'un môme arrondissement. L'état des
candidats dut être dressé désormais d'après les notes four-
nies sur les élèves par les instituteurs et d'après les résultats
d'une enquête administrative préalable. En principe, cet
état ne comprenait que des enfants appartenant à des fa-
milles pauvres.
Ramené à ces conditions modestes, l'examen fut modes-
tement passé dans chaque école devant un jury mis en har-
monie avec les dispositions générales de la législation de
1850. A la suite de l'examen, les dossiers des candidats
devaient être placés sous les yeux du Conseil municipal,
qui proposait au choix du Préfet deux élèves pour chaque
bourse.
Quant aux conditions du contrat, la valeur de la bourse
exceptée, elles restaient les mêmes. Ainsi en était-il égale-
La transfor-
mation des prix
d'apprentissage
en bourses d'ap-
prentissage.

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