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Des effets de la fatalité à l'égard des propriétaires des biens affectés aux hospices

28 pages
Impr. de Ve Migneret (Paris). 1814. France (1814-1815). In-8 °. Pièce.
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DES EFFETS
A L'ÉGARD
DES PROPRIÉTAIRES DES BIENS
AFFECTÉS AUX HOSPICES.
DES EFFETS
DE LA FATALITÉ
A L'EGARD
DES PROPRIETAIRES
DES BIENS
AFFECTÉS AUX HOSPICES.
PARIS,
IMPRIMERIE DE Mme VEUVE MIGNERET;
RUE DU DRAGON, F. S. G. , N.° 20.
1 814.
DES EFFETS
DE LA FATALITÉ
A L'ÉGARD
DES PROPRIÉTAIRES DES BIENS
AFFECTES AUX HOSPICES,
SOIT que la cause indépende d'un principe
secret de la nature humaine, ou de l'ascen-
dant d'une antique habitude, il est constant
que les effets provenant de force majeure,
bien qu'ils éloignent au lieu d'appeler la per-
suasion , commandent impérieusement la
soumission réelle, et presqu'au même degré
la passive résignation. Si la pensée, et parfois,
la parole se montrent assez audacieuses pour
soulever un instant le poids indomptable qui
les oppresse, elles ne laissent percer que des
1
(2)
soupirs emplisses d'avance, et semblent ne
garder aucunes relations avec les erremens
de la conduite : on serait tenté de croire
qu'il s'attache aux décrets émanés d'une
telle puissance, non pas sans doute le carac-
tère de la raison comme il nous est possible
de la concevoir et licite de l'accueillir, mais
le caractère de cette destinée dont il ne nous
appartient pas d'apprécier la marche ni de
repousser les résultats.
Les lois frappées au type de l'universalité,
ou du moins de la généralité, possèdent
également la prérogative de comprimer le
reproche et même la douleur. La plus atroce
mesure paraît atténuée à l'imagination par
son application à tous les membres d'une
classe nombreuse ; si l'iniquité est absolue à
l'égard de la masse, il existe cependant une
justice relative entre les individus : le mal-
heureux ne se sent point stimulé par un in-
térêt spécial et exclusif, et sa plainte se
trouve plus vague et plus faible, lorsqu'au
lieu de s'exhaler en son privé nom, elle est
(3)
forcée de s'exprimer au compte d'une société
solidaire.
L'influence de ces causes morales s'est
plus exercée qu'on ne pense dans les phéno-
mènes politiques qui se sont succédés sur
l'horizon orageux de la France : c'est par
leur aide magique que les spoliations de
toutes sortes, les usurpations sous toutes les
formes, les réquisitions d'hommes et d'écus
s'étaient établies avec l'assentiment apparent
du silence, et semblaient consolidées par la
«sanction implicite des temps.
Le contraste le plus tranchant se mani-
feste entre les effets de la force majeure et
de la fatalité, entre ceux de la généralité et
de la spécialité. Les actes tyranniqués, revê-
tus d'un titre légal, se dépouillent de leur
voile imposant, et se montrent sous une ré-
voltante nudité aussitôt qu'ils s'abaissent à
se particulariser : si le crime investi de la
toute-puissance, est adoré par la tourbe
aveugle, l'erreur s'avilit à tous les yeux par
l'aveu tacite de sa lâcheté.. Et, chose déplo-.
(4)
rable ! l'homme, irrité d'être ainsi Frappé
dans l'ombre , se voit privé jusques de la
douceur' de confondre ses larmes avec des
larmes communes : jamais, les eaux secoura-
blés du Léthé ne viendront rafraîchir ces
lèvres desséchées, et la coupe altérante des
regrets se remplit incessamment au fleuve
dés amères espérances, que nourrissent les
sources débordées de la jalousie et de la ven-
geance.
L'arme cruelle de là spécialité s'envenime
encore en suivant les étendards perfides de
la fatalité. Il semble voir le génie du mal,
le farouche Arimane qui, les yeux bandés ,
assène ses coups à droite et à gauche, indif-
férent si sa main porte au hasard, et tou-
jours satisfait pour peu qu'elle ne tombe pas
à faux : la victime doublement infortunée
doit souffrir alors et du mal réel qui lui in-
combe , et plus encore peut - être du sort
éventuel qui l'a désignée 5 son imagination ,
expulsée par tant de douleurs, des seuls mo-
meus effectifs delà vie, se perd aux voies les
( 5 )
plus rudes et les plus vagues, entre cet ave-
nir séduisant qui lui offre ses leurres stériles
et ce passé séducteur qui lui jeta son funeste-
appât. Que ne peut-elle reprendre sous oeu-
vre la chronologie des temps ! que ne peut-
elle alterner les' dates et déplacer les faits !
Un pas de plus, un jour de moins, c'était
assez pour garantir son repos, son bonheuri
Mais , hélas ! et ce pas et ce jour sont sépa-
rés main tenant de sa volonté par l'intervalle-
d'une éternité entière.
Il faut oser le dire, l'homme tel grand'ou.
tel petit qu'il soit, se présente toujours à-
l'entrée de ce monde , et se montre à toutes
les époques de son existence, sous la seule-
qualité d'héritier pur et simple du hasard : il
n'importe que le legs fatal charme ou révolte-
la pensée ; on se trouve comme saisi d'em-
blée par ses effets, sans qu'il y ait moyen de-
le répudier, ou de l'accepter sous condition.
Il serait moins inique peut-être de condam-
ner le fils pour les fautes du père, que de-
reudre le légataire.. obligé, responsable de la
(6)
charge qui lui est advenue : lorsque la loi
humaine s'obstine à sa poursuite, elle ne
parvient le plus souvent à le saisir, que sur
les marches des autels de la pitié dont il allait
déjà implorer le recours.
Oh ! comment le pouvoir alors même qu'il
ne respectait rien , et qu'il ne se respectait
pas lui-même, n'était-il pas appris par tant
de leçons à fixer ses limites en dehors de la
sphère de la fatalité? Si le cours des choses
lui conférait la disposition de la force ma-
jeure devant qui tout se tait et se soumet ici
bas, comment se refusait-il à ployer sous la
loi suprême du sort, sous cette loi irrésis-
tible dont le caprice soudain menace à cha-
que instant de lui retirer le titre qu'il en
reçut depuis si peu de temps? On devait
croire plutôt que les temples élevés par l'ins-
tinct naissant des peuples à cette déité inexo-
rable , allaient se r'ouvrir aux hommages im-
patiens de la prodigue expérience : l'égdïsme
attéré par ses oracles aveugles, le sentiment
tourmenté par ses étranges arrêts s'offraient
(7)
également pour en être les ministres , et sort
culte seul peut-être, semblait garantir au
sein de l'espace envahi par les passions , un.
léger, un passager point de repos , à l'hu-
manité désolée , dont la tardive plainte ré-
trograde toujours devant la crainte anti^
cipée.
Le tribunal de la conscience nationale s'est
trouvé rarement saisi d'une cause qui dût
exciter autant les mouvemens de l'éloquence ,.
que celle des propriétaires de biens affectés
aux hospices , car il ne peut s'établir de
questions de cette sorte, qu'à la suite d'une
révolution qui a violé les principes les plus
sacrés, et dans ces momens où les esprits
ébranlés par tant de chocs divers, n'ont pas
repris encore-leur assiette naturelle. L'équité
dans ses plus simples élémens , la raison
dans ses conséquences les plus évidentes ,
le respect pour des infortunes si honorables,
la gratitude pour des services si éminens ,
tout, jusqu'à cette effusion et cette exalta-
(8)
tion produites dans les âmes loyales par le
sentiment même de leur propre bonheur,
présentait des motifs oratoires qui pour
cette fois du moins , étaient purs autant que
brilians : et cependant les langues et les
plumes sont restées faibles et froides, comme
si des affections trop vives , en absorbant
toutes les forces morales , avaient paralysé
le cours des conceptions intellectuelles. Une
seule voix s'est élevée avec énergie pour
indiquer d'un trait les données du problême
et imposer de justes limites à la discussion :
mais ses accens n'ont pas dû se faire entendre
avant que l'arrêt fût prononcé, de sorte que
le digne panégyriste n'a paru que pour por-
ter quelques douceurs dans l'ame des con-
damnés , semblable en tout point à ces
nobles ministres des autels qui , après avoir
accueilli l'homme dès sa naissance et l'avoir
protégé de leurs voeux trop souvent stériles
dans sa carrière orageuse, se réservent pour
alléger leurs regrets, de parer dès dernières
fleurs, d'accompagner des dernières larmes ,

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