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Des Élections qui vont avoir lieu pour former une nouvelle Chambre des Députés, considérées sous le rapport des vrais intérêts de tous les Français et du Gouvernement, à l'époque du 1er août 1815, par un membre d'un collège électoral [M.-A. Jullien]

De
47 pages
E. Babeuf (Paris). 1815. In-8° , VIII-40 p..
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QUI VONT AVOIR LIEU
potra FORMER
UNE NOUVELLE CHAMBRE DES DÉPUTÉS,
CONSIDÉRÉES SOUS LE RAPPORT
DES VRAIS INTÉRÊTS DE TOUS LES FRANÇAIS
ET DU GOUVERNEMENT,
A L'ÉPOQUE DU Ier AOUT 1815.
DE L'IMPRIMERIE DE MAME.
QUI VONT AVOIR LIEU
POUR FORMER
UNE NOUVELLE CHAMBRE DES DÉPUTÉS,
CONSIDÉRÉES SOUS LE RAPPORT
DES VRAIS INTÉRÊTS DE TOUS LES FRANÇAIS
ET DU GOUVERNEMENT,
A L'ÉPOQUE DU 1er AOUT 1815
PAR UN MEMBRE D'UN COLLÈGE ÉLECTORAL.
« Le Midi ou le Nord, le Continent ou, la Mer, ne font
« pas la force des Nations; c'est tesprit, l'énergie et le
« courage qui donnent tout et enlèvent tout. Celui qui
« s'agrandit n'adonc à redouter que ses passions, et celui
« qui succombe ne doit accuser que ses fautes »
( C'est à des hommes doués d'une grande énergie morale,
qu'une Nation en péril doit confier ses destinées. )
MULLER , Histoire universelle, traduite de
allemand par J. G. Hess. Introduction.
A PARIS,
CHEZ
E. BABEUF, LIBRAIRE , RUE DU PETIT-LION-SAINT-SULPICE, N°26 ;
DELAUNAY, LIBRAIRE, AU PALAIS-ROYAL, GALERIE DE BOIS ;
PELICIER, LIBRAIRE, AU PALAIS-ROYAL.
1815,
Au milieu du choc des passions, qui,
si elles ne sont pas calmées par la
sagesse , peuvent encore ajouter à nos
malheurs, qu'il soit permis à un bon
Français de soumettre à ses concir
toyens quelques réflexions inspirées
par l'amour sincère de la patrie.
Appliquons-nous ces paroles adres-
sées par le Roi de Naples à ses peuples,
et qui sont aussi l'expression fidèle des
sentimens de notre Roi :« Toutes les
disgrâces , tous les malheurs qui ont
signalé les vingt-cinq dernières années,
doivent être-oubliés. Toutes les vertus
qui ont pu les illustrer doivent être rap-
pellées. La vertu est une; elle est la même
dans tous les temps, dam tous les lieux,
sous tous les gouverneniens(i). »
(1) MONITEUR, numéro du 31 juillet; article daté de
Naples, du 12 juin 1815.
( vj)
Dans ce peu de mots est l'instruc-
tion la plus précise et la plus complète
qui puisse être donnée aux Collèges
Electoraux. Qu'ils choisissent, pour
représenter la France, des hommes
vertueux, capables de puiser toujours
leurs opinions dans leur conscience,
dans le sentiment de leurs devoirs,
dans l'amour du bien public, dans un
dévouement absolu à la Patrie et au
Roi.
Le Roi, en véritable père de fa-
mille , embrasse également dans ses
affections tous les Français qui aiment
et qui servent loyalement leur patrie.
Ils ont aussi servi le Roi de France,
les intrépides soldats qui , depuis
vingt-cinq années, ont défendu, au
prix de leur sang, le territoire français,.
Ils ont servi le Roi, les administrât
teurs, les magistrats, les membres des
Corps Représentatifs,qui, en acceptant
et en exerçant leurs fonctions, sous les
gouvernemens de fait qui ont existé
( vij )
en France, ont empêché leur pays de
tomber dans une sanglante anarchie.
Les dénominations de partis , dont
l'influence a si long-temps été meur-
trière dans nos troubles civils , ne
tendraient qu'à réveiller des préven-
tions injustes, des divisions funestes,
dans un moment où l'union est notre
premier besoin. Nous ne devons ex-
clure de nos suffrages que les hommes
dont le caractère et la conduite les ont
fait juger indignes de l'estime des gens
de bien, et ceux qui pourraient ap-
porter dans la Chambre des Députés
un esprit d'exaspération, des souvenirs
de haine, des idées de réaction et de
vengeance. Mais, nous devons recher-
cher et honorer de nos choix les Fran-
çais qui sont restés purs et vrais ci-
toyens, dans le cours de nos révolu-
tions.
« Ce sont natures belles et fortes, dit
Montaigne, qui se maintiennent au tra-
vers dune mauvaise institution. »
viij)
Anacharsis disait que l'état le plus
heureux serait, celui où la préférence
pour les emplois publics serait cons-
tamment donnée à la vertu.
QUI VONT AVOIR LIEU
POUR FORMEE,
UNE NOUVELLE CHAMBRE DES DÉPUTÉS,
CONSIDÉRÉES SOUS LE RAPPORT
DES VRAIS INTÉRÊTS DE TOUS LES FRANÇAIS
ET DU GOUVERNEMENT,-
A L'ÉPOQUE DU 1er AOÛT 1815.
IL serait superflu de s'appesantir sur les causes,
et particulièrement sur la nature et sur l'étendue
des nouveaux malheurs qui accablent eil ce mo-
ment notre patrie: tous nos efforts doivent avoir
pour but de trouver et d'appliquer les mesurés
propres à là sauver. Le Roi, son Ministère et la
Représentation Nationale:, qui doit être incessam-
ment convoquée, ont désormais cette noble tâche à
remplir. C'est à ce même but, le rétablissement
durable de la tranquillité et de la prospérité dela
France, que doivent se rapporter toutes lies médi-
(2)
tatidns des écrivains politiques, amis de leur pays,
qui peuvent offrir quelques vérités utiles, et qui
sont appelés à seconder l'action du gouvernement,
par une influence salutaire sur l'opinion publique.
La nation aurait également droit d'accuser de
ses malheurs actuels , d'un côté, les hommes
qui ont préparé ou favorisé le retour de Napo-
léon , et qui ont osé se fier , une seconde fois ,
à l'homme égoïste et ambitieux, qui avait don-
né , pendant quinze années, la mesure de son
caractère violent et absolu, de sa tendance incor-
rigible au despotisme , de sa haine profonde pour
tous les partisans des idées généreuses ; de l'autre,
quelques-uns des Français, revenus, en 1814,
avec le Roi, dévoués à sa personne et à sa cause,
mais qui avaient assez peu connu la véritable
situation des choses et la disposition réelle des
esprits y pour croire à la : possibilité de rétablir et
de maintenir l'ancienne autorité royale, affranchie
des limites salutaires que lui assignent les institu-
tions nouvelles.
Dans ces deux classes de Français, sont les
vrais auteurs des calamités inouies, que les cinq
derniers mois ont amassées sur nos têtes, et qui
ont éclaté tout à coup, comme un orage destructeur.
Mais, ces deux classes peuvent compter aussi plu-
sieurs citoyens estimables, dont les intentions
(3)
étaient pures et les vues louables et patriotiques ,
et qui ont voulu sincèrement le bien de leur pays,
quoique par des moyens opposés. Au lieu de les
confondre dans une accusation générale, il faut
apprécier et distinguer lès sentimens et les motifs
qui les ont dirigés , et ne point oublier que, dans
les dévolutions politiques, une extrême indul-
gence est toujours une extrême justice. La seule
distinction à faire seroit celle des hommes de bien,
et des hommes corrompus, et non des individus
qui ont adopté telle ou telle opinion. Car, toutes
les opinions peuvent être défendues et respectées,
lorsqu'on les a professées de bonne foi, sans agir
contre les lois et sans troubler l'ordre public.
Nous éviterons donc des récriminations inu-
tiles , soit contre les hommes imbus de vieux
préjugés , qui avaient cru pouvoir rétablir et
faire triompher en France l'ancien ordre de-
chôses , repoussé par la génération actuelle,
soit contre les Français inquiets et mécon-
tens, qui ont été accessibles à des illusions
séduisantes et à l'espérance trompeuse d'un meil-
leur avenir pour eux-mêmes et pour la patrie,
lorsque Napoléon a reparu inopinément, sur le;
territoire français, avec ses proclamations fas-
tueuses. Mais, voulant rapporter toutes nos peri-
sées à des considérations d'utilité générale, im-
(4)
médialement applicables aux pénibles circons-
tances qui nous pressent de toutes parts, nous
chercherons à déterminer, dans cet écrit, d'abord,
quels sont les motifs qui doivent aujourd'hui rat-
tacher au Roi la nation et l'armée ; en second
lieu, quels sont les vrais moyens de lui concilier
l'opinion et l'affection de toutes les classes de
Français ; enfin, d'après quels principes et dans
quel esprit doivent être faites les nouvelles élec-
tions des membres de la chambre des députés, et
quelle est la noble, difficile et importante mission
que cette chambre paraît appelée à remplir.
La première question pouvait être douteuse,
tant que Napoléon étoit encore défait le chef de
nos armées et de l'état. Les meilleurs citoyens,
ceux même qui gémissaient le plus de son re-
tour, qui redoutaient le plus sa tyrannie, étaient
réduits à voir, dans l'oppresseur de la liberté
publique, le défenseur nécessaire de l'indépen-
dance nationale, et pouvaient alors le servir avec
zèle, par l'élan d'un pur patriotisme (1). Il s'agis-
(1) Aussitôt que Napoléon, revenu de l'île d'Elbe,
eût repris les rênes de l'administration, les bons citoyens
dûrent se soumettre au gouvernement qui existait défait,
et marcher avec lui, puisque le gouvernement de droit
avait cessé d'exister.
Dès qu'un gouvernement a existé, on ne peut exercer
(5)
sait, surtout pour les militaires, qui ne doivent pas
délibérer, mais combattre, de garantir le terri-
toire français d'une invasion. La patrie doit ap-
prouver les motifs de leur conduite, applaudir à
leur courage, honorer de ses regrets les braves
qui ont succombé pour sa défense. Maintenant,
l'invasion a eu lieu. Napoléon, en quittant une
cinquième fois son armée, après une bataille
perdue, a rompu le faible et dernier lien qui
paraissait l'unir encore à la France. Il n'a su, ni
déposer à temps la suprême autorité, pour dé-
sarmer l'Europe coalisée , qui n'exigeait d'autre
condition de la paix que son exclusion absolue
du trône, ni défendre par les armes sa couronne
aucune recherche contre ceux qui en ont récu des Jonc-
tions. Ce principe conservateur de l'ordre social, sans
lequel la paix et la sécurité seraient bannies de la terre,
est consacré par la sagesse des siècles, par la doctrine de
l'évangile, par le droit romain, par les maximes de gou-
vernement en Angleterre, où il est, je crois, devenu
l'objet d'une loi positive. Les militaires, surtout, dont
l'obéissance doit être raisonnable, comme celle de tous"
les hommes dans la société, mais qui sont spécialement
appelés à défendre l'état, et non à choisir les hommes
qui gouvernent, ni à discuter le pacte social, doivent
toujours reconnaître le gouvernement de fait, et lui
obéir.
(6)
et la France. Il a dessillé les yeux de ceux même
qu'avaient pu éblouir le prestige de son ancienne
gloire militaire et le charlatanisme audacieux de
ses nouvelles déclarations.
Son abdication , quoique tardive et forcée, a
fait enfin disparaître le seul obstacle qui s'opposait
à la paix intérieure et à la réconciliation de la
France avec l'Europe. Désormais, tous les senti-
mens, toutes les volontés des bons Français doi-
vent se réunir et se confondre. Il s'agit, avant
tout, de conserver l'indépendance et l'intégrité
de la France : notre union est le plus sûr moyen
d'arriver à ce but. Il s'agit ensuite de ramener ,
pour notre chère patrie si long-temps malheu-
reuse , des jours de paix et de prospérité : l'har-
monie entre les Français et leur gouvernement
est la première condition nécessaire pour obtenir
ce résultat. C'est la Représentation Nationale qui
devra resserrer l'union entre la nation et le mo-
narque, entre les Français des temps passés, tou-
jours attachés à leurs anciennes idées , et les
Français, élevés depuis la révolution, et,modifiés
par les institutions qu'elle à consacrées.
L'unité politique est un sentiment, un ins-
tinct, un besoin impérieux pour toutes les sociétés
humaines : elle constitue la patrie. Un centre
commun nous est nécessaire pour conserver et
(7)
garantir cette précieuse unité. Le Roi seul et l'u-
nité de son ministère responsable nous offrent
désormais ce point central, autour duquel doivent
se réunir en faisceau toutes les forces nationales.
Les puissances alliées ont solennellement promis
de respecter l'intégrité de notre territoire et notre
indépendance (1). Nos dissentions intérieures
pourraient seules leur fournir des motifs ou des
prétextes, pour ne point accomplir les promesses
contenues dans leurs déclarations.
Imitons le noble et touchant exemple que nous
ont donné les Vendéens, en s'unissant aux mêmes
troupes françaises, contre lesquelles ils combat-
taient, pour ne point offrir, au moment où
(1) L'Angleterre, en adhérant au traité du 25 mars,
ne poursuivra point la guerre, dans la vue d'imposer à la,
France aucun gouvernement particulier.
(DÉCLARATION du lord CASTLEREAGH, du 25 avril
1815.)
L'Empereur d'Autriche est convaincu que le devoir qui
lui est imposé par l'intérêt de ses peuples et par ses propres
principes, ne lui permettra pas de poursuivre la guerre,
pour imposer à la France un gouvernement quelconque.
(ADHÉSION de l'Autriche à l'interprétation donnée
par le gouvernement Anglais au huitième article du
Traité du 25 mars, signée à Vienne le 9 mai 1815,
par le prince de METTERNICH.)
(8).
l'Europe armée vient occuper notre territoire, le
spectacle honteux de citoyens français occupés à
s'entre-détruire.
C'est surtout dans nos assemblées électorales,
où nous exerçons notre droit polilique le plus
important, celui de déléguer les pouvoirs de
la nation à des citoyens recommandables et éclai-
rés , chargés de la représenter, d'exprimer ses
voeux, de défendre ses intérêts, que nous devons
conserver, en présence des, étrangers, cette atti-
tude calme, imposante, majestueuse, qui les for-
cera d'apprécier, d'estimer, de respecter le carac-
tère français. Quelles seraient aujourd'hui parmi
nous les causes de divisions? Je puis reproduire
ici les mêmes paroles que j'adressais, il y a, deux
mois, à mes concitoyens (1), et qui conviennent,
plus que jamais, à notre situation.
« La divergence des opinions ne tient nulle-
ment aux vrais principes de l'ordre social, qui
sont invariables , et sur lesquels chacun est d'ac-
cord. Nos intérêts, nos voeux, nos besoins sont
communs Pauvres ou riches, fonctionnaires pu-
(1) Voyes le numéro du journal intitulé : l'INDÉPENDANT,
du 17 mai 1815, dans lequel est un article que j'avais
adressé à MM. les rédacteurs» et dont j'ai cru devoir re-
produire quelques passages dans cet é crit.
(9)
blics ou simples citoyens; partisans de telle ou
telle forme de gouvernement, par affection, par
préjugé, par enthousiasme, par illusion, nous
voulons tous une seule et même chose : notre
liberté, notre tranquillité, nos droits garantis. Le
partisan du despotisme le plus absolu ne veut,
pas plus que le républicain exalté, être victime
de l'arbitraire ; le champion le plus fougueux de
la liberté, s'il est de bonne-foi avec lui-même,
abhorre., autant qu'un royaliste prononcé, les
excès de la licence et de l'anarchie, dont il serait
nécessairement victime (I).
« Ces vérités incontestables seraient-elles donc
méconnues? il s'agit de se rallier autour d'elles, de
finir une fois la révolution, de sortir du cercle
vicieux dans lequel l'anarchie et le despotisme
nous ont trop longtemps enfermés. Il s'agit sur-
tout de conserver intact le sol sacré de la patrie,
d'en écarter, par un traité de paix honorable, les
(1) Quelques hommes, qui n'ont pas assez réfléchi sur
les matières politiques, ou qui sont aveuglés par leurs pas-
sions, croyent qu'on peut obtenir la liberté civile, sans
avoir la liberté politique. Ils ne soupçonnent pas cette,
vérité profonde, si bien exprimée par le Chancelier Bacon :
Sub tutela juris publici latet omne jus privatum. Tout
droit particulier'est placé sous la protection du droit
( 10)
baïonnettes étrangères, que doivent également
redouter les Français de toutes les opinions , de
tous les partis ».
Si la nation entière sent le besoin de s'unir
fortement au Roi et à son ministère, de réparer,
autant qu'il dépend d'elle, l'affreux malheur qui
a rompu, pendant quelques mois, le pacte social,
et qui a replongé la France dans un abîme ; le Roi
et ses ministres ne peuvent se dissimuler qu'il n'im-
porte pas moins au gouvernement de se concilier
l'opinion et l'affection de la nation, et d'adopter
franchement, dans cette vue, les principes et
les institutions que le voeu national à sanction-
nes.
Une période de vingt-cinq années de révolu-
tion a nécessairement influé sur les opinions,
sur les intérêts, sur les habitudes de toutes les
classes de la société. Vouloir gouverner la France
actuelle, absolument comme la France de 1788,
serait une chose impraticable, un contre-sens
politique qui aurait les plus funestes consé-
quences."
L'autorité du Roi se serait facilement affermie,
l'année dernière, si plusieurs des personnes,
revenues avec lui, égarées par leurs préventions,
et plus occupées de leurs propres intérêts que des
grands intérêts du monarque et de la patrie, n'a-
( II )
vaient pas employé leur influence dans les affaires
publiques , à faire entrevoir , par beaucoup de
manifestations imprudentes, le projet de rétablir
peu-à-peu l'ancien ordre de choses, j'ai presque
dit, les anciens abus.
Alors, la plupart des Français ont été attaqués
dans ce qu'ils ont de plus cher. Les neuf ou dix
millions de citoyens , acquéreurs de biens natio-
naux, ont craint de perdre leurs propriétés, ache-
tées sous la garantie des lois. Tous les citoyens,
appartenant à l'ancienne bourgeoisie, ont craint
le rétablissement des castes privilégiées, des abus,
des humiliations, des vexations qu'elles devaient
ramener à leur suite. Les paysans, propriétaires
et fermiers, ont eu peur du retour de la dîme
et des corvées , annoncé publiquement par quel-
ques écrivains, et par quelques prêtres dans leurs
prônes. Les militaires et leurs familles ont vu,
avec une profonde humiliation , que les services
rendus à la patrie dans les armées, depuis vingt-
cinq ans, ne seraient plus comptés, si même ils
n'étaient érigés en crimes, et que la carrière de
l'avancement, ouverte aux seules familles nobles,
dont les enfans auraient un droit exclusif d'ad-
mission dans les écoles royales militaires, serait
presque entièrement fermée pour les autres classes
de la nation. Tous les Français qui avaient pris