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Des Théâtres de Bordeaux, par Martial Léglise, dit Bazas,...

De
16 pages
impr. de A. Bord (Bordeaux). 1864. In-8° , 16 p..
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BORDEAUX
IMPRIMERIE COMMERCIALE A. BORD, RUE DES TREILLES, 24.
1864
PAR
MARTIAL LÉGLISE, DIT BAZAS
DIRECTEUR DE L'ALCAZAR A LA BASTIDE
BORDEAUX
IMPRIMERIE COMMERCIALE A. BORD. RUE DES TREILLES. 24.
1864
Je ne suis pas un lettré, c'est chose connue; aussi je dicte
mes idées et les faits que j'ai recueillis, et je vous les sou-
mets. Les administrations théâtrales de Bordeaux se sont
beaucoup occupées de moi; par contre, je me suis beau-
coup occupé d'elles, je ne suis pas musicien, je ne suis
pas directeur, je ne suis pas metteur en scène, c'est vrai;
mais je crois avoir en moi le sentiment juste des affaires
théâtrales, et surtout de ce qui convient au public bor-
delais. Si je me trompe, j'avouerai humblement mes torts
et je chercherai d'autres solutions.
Il m'importe, en outre, en présence de la nouvelle loi
sur la liberté des théâtres, de démontrer que si l'autorité
daignait me laisser la faculté de continuer le genre de
spectacle que j'avais adopté pour l'établissement de l'Al-
cazar, il n'y aurait pas pour les théâtres de Bordeaux une
rivalité à craindre, mais bien un stimulant désirable dans
l'intérêt des plaisirs du public.
Il serait inutile de rappeler que les directions passées ne
doivent pas leur insuccès à l'établissement que j'ai créé
depuis quelque temps à peine, et qu'on ne doit en recher-
cher les causes que dans les obstacles qu'elles ont rencon-
tré, et qu'elles n'ont pas toujours pu surmonter.
Que fait un Bordelais lorsqu'en quittant sa ville natale,
il va dans les villes de Toulouse, Marseille, Lyon, Rouen,
Bruxelles, etc.,? Il visite, et c'est ce que j'ai fait, les grands
théâtres de chacune de ces villes, et de suite il établit une
— 4 —
comparaison avec notre théâtre Louis. Au premier aspect,
nous sommes tout joyeux et tout fier et nous nous écrions :
« Le nô tre es t bien plus beau, » nous entrons dans la salle et
nous sommes surpris de la quantité de monde que nous
avons devant les yeux ; nous sommes forcés de dire notre
salle ne pourrait contenir autant de personnes, c'est alors où
le spéculateur théâtral, le négociant des théâtres fait ses
calculs, il s'informe du nombre de personnes que contient
la salle, à quel chiffre peut s'élever la recette, combien de
temps la troupe joue dans l'année, de la longueur de la
concession du bail, du mode des débuts;' il juge du mérite
de la troupe, et par elle se rend compte du goût du pu-
blic; il s'informe du résultat financier, et c'est là malheu-
reusement où notre belle salle laisse à désirer.
Le célèbre architecte Louis disait lorsqu'il faisait la des-
cription de son oeuvre : « La salle ayant cinq rangs de
» loges en y comprenant les loges grillées autour du
» parterre, son amphithéâtre, le parquet, etc., con-
» tiendra environ 2,200 à 2,300 personnes. » Quel mal-
heur que ce plan n'ait pas été réalisé, Bordeaux aurait
toujours vu son théâtre prospère, et la longue liste des
directeurs qui, depuis 1780, ont fait de mauvaises affaires,
eût été de beaucoup amoindrie.
Je parlais, il y a quelques mois, avec un ancien contrô-
leur du Grand-Théâtre, et qui a vu le théâtre Louis tel que
l'architecte l'avait livré au public; eh bien, il m'a affirmé
que la salle n'avait jamais contenu plus de 1,750 personnes;
aujourd'hui, par les nombreuses améliorations que l'on
y a introduites, elle ne contient plus que 1,150 personnes,
et la recette peut s'élever, non compris l'abonnement de
2,500, à 2,600 fr.
Le théâtre du Capitole, à Toulouse, contient près de
1,800 personnes, et sa recette peut s'élever de 3,000 à 3,100.
— 5 —
La recette du Grand-Théâtre de Marseille s'élève de 4,200
à 4,400, celle du théâtre de Lyon est dans la même pro-
portion, celle du théâtre des Arts, à Rouen, de 3,500 à
3,600, et enfin celle du théâtre de la Monnaie, à Bruxelles,
de 4,200 à 4,400. Quelles ressources ces villes doivent-elles
donner à un directeur qui aura su composer une troupe
dans le goût de son public? Que faut-il donc faire pour
éviter cette infériorité numérique? Agrandir la salle. Est-ce
possible? oui. Déjà cette année, un honorable membre
du Conseil municipal disait que le seul remède qu'il y eût
pour améliorer la situation des directeurs et dégrever les
finances de la ville de cette énorme subvention, c'était
l'agrandissement de la salle; nous savons cependant qu'il
a longtemps étudié la question avec le concours d'un
homme compétent, et que, sans rien changer à l'harmonie
de la salle, il avait reconnu la possibilité de l'augmenter
de plus de 300 places, et, par ce moyen, abaisser les prix
des secondes et du paradis, et élever le chiffre de la recette
de 3,300 à 3,400. C'est là le remède à l'état de choses
actuel, c'est là le but que l'on doit atteindre ; la dépense a
été, si je suis bien renseigné, évaluée de 80 à 100,000 fr.
Si nous considérons l'état financier et malheureux des
théâtres de Bordeaux depuis 1848, disons-le tout de suite,
deux choses y ont contribué : 1° l'exiguïté de la salle;
2° l'obligation imposée au directeur d'avoir en juin
et juillet quatre troupes complètes, opéra, opéra,-co-
mique, ballet et drame. Depuis 1848 à 1854, les ar-
tistes sont établis en société ; ils jouent au prorata
des recettes. De 1854 à 1857, le même piteux état
se continue. De 1857 à 1860, le directeur, les artistes,
la ville font des sacrifices de toute nature pour arriver
au but. De 1861 à 1864, les théâtres brillent d'un vif
éclat, les recettes atteignent un niveau inconnu jus-
qu'alors, et tout cela finit par une catastrophe. Les artis-
tes ont des prétentions trop élevées, nous le savons ; mais
nous savons aussi que si on n'eût pas exigé que ces divers
directeurs jouassent l'été, que si la salle eût été plus
grande, les résultats eussent été plus avantageux.
Quel changement favorable pourrait donc amener une
modification dans le genre de spectacle que j'offre au
public habitué à fréquenter l'Alcazar, et quels rapports
peut-il exister entre les deux entreprises, si disproportion-
nées qu'une comparaison devient impossible?
Je me répète encore une fois, parce qu'il y a des choses
qu'on ne saurait trop dire, le Grand-Théâtre de Bordeaux
est construit depuis quatre-vingts ans ; la population alors
était de 100,000âmes, il contenait 1,750personnes; aujour-
d'hui la population dépasse 160,000 âmes, le théâtre est ré-
duit à 1,150 places : il faut l'agrandir dans l'intérêt de tous.
Une des causes qui est le plus nuisible aux théâtres de
Bordeaux, c'est celle de jouer aux deux théâtres pendant
les mois de juillet et août. Tant que le cahier des charges
ne laissera pas au directeur la faculté de faire pendant ces
deux mois des représentations à sa fantaisie, on peut être
assuré à l'avance que l'année sera mauvaise, ou bien il fau-
dra élever la subvention à 250,000 fr.
Les charges des directeurs des théâtres de Bordeaux
sont trop lourdes pour qu'il puisse espérer mener à bonne
fin son entreprise; le ballet, par exemple, qui coûte près
de 10,000 fr. par mois, n'est-il pas trop cher pour l'ar-
gent qu'il rapporte? aujourd'hui ce n'est plus qu'un acces-
soire. Autrefois, il est vrai, le ballet était en grand hon-
neur à Bordeaux ; il faisait à lui seul spectacle, on y
jouait de grands ballets d'action, et le personnel était bien
moins nombreux qu'aujourd'hui; le public applaudissait
et voyait avec plaisir tout ou presque tout un acte mimé.