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Description raisonnée du trésor royal saxon, dit le "Grüne Gewölbe" / par Dr Jean George Théodore Graesse,...

De
127 pages
[E. Baensch] (Dresde). 1872. 1 vol. (XII-123 p.) : ill. ; in-8.
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DESCRIPTION RAISONNÉE
DU
TRÉSOR ROYAL SAXON
DIT LE
• GRÙNE GEWÔLBE,"
PAR
DR. JEAN GEORGE THÉODORE GRAESSE,
CONSEILLER AULIQUE, DIRECTEUR DU TRÉSOR ROYAL &c.
DRESDE 1872.
Il
VANT-PROPOS.
Le Trésor de la maison de Saxe (de la ligne
Albertine), connu sous le nom "Das Griine Ge-
wôlbe" (ou la salle verte) s'est acquis une telle
renommée universelle, que celui de Vienne n'a
jamais remportée malgré toutes ses richesses.
Cette dénomination singulière, donnée au Trésor
déjà en 1610 dans un ancien inventaire et répétée
parfois dans les documents de la chancellerie de
la cour de Saxe, dérive probablement de la
couleur verte des murs de ses premières localités
et ce nom populaire est devenu officiel avec le
le temps. Son origine remonte sans aucun
doùteN à l'époque des premiers électeurs de la
branche Albertine, car il est constaté que déjà
IV Avant-Propos.
sous le règne du duc George le barbu (f 1539),
marié à Barbe, fille du roi Casimir de Pologne,
des colliers précieux, des croix ornées de rubis
et de diamants, des bagues et des chaînes d'or
en firent la première souche. Ce trésor s'est augmenté
sous l'électeur Maurice d'un grand nombre de vais-
selle de table en or et en argent. Mais sans contredit
ce fut l'électeur Auguste (1553-86), frère et succes-
seur de Maurice qui donna un agrandissement im-
portant au Trésor. On dit qu'il avait fondé en
1560 au-dessus de sa demeure au palais un
cabinet de curiosités nommé „Regalwerk" et
plusieurs horloges et raretés qu'il y avait rassem-
blées, se retrouvent aujourd'hui dans notre musée.
Cependant son trésor véritable était déjà placé dès
lors dans le local actuel de la salle verte, nommé
dans ce temps chambre d'argenterie, et il est
bien probable qu'il faut entendre sous cette déno-
mination notre salle du buffet (IV), que des
escaliers secrets liaient invisiblement au premier
étage. Cet endroit servait en même temps de
dépôt pour garder des documents importants poli-
tiques et souvent des objets du Cabinet de curiosités
étaient incorporés au Trésor et vice-versa, Il est
probable qu'on doit à l'électeur Auguste la plupart
des joyaux conservés aujourd'hui dans la 8e salle,
quoique montés différemment. Il en aura hérité
Avant-Propos. V
un grand nombre de ses ancêtres, d'autres nous
apparaissent encore aujourd'hui comme ayant
fait partie de la dot de son épouse, l'électrice Anne,
fille du roi Chrétien de Danemarc, d'une dame,
dont la mémoire est encore aujourd'hui sacrée
au coeur de chaque bon Saxon, mais d'autres
d'une valeur immense ont été certainement achetés
à l'étranger. Or comme la réunion d'un si grand
nombre d'objets précieux, dans un intervalle aussi
court, ne s'explique que difficilement, cette cir-
constance a appuyé la fable que l'électeur ait
su non seulement faire de l'or lui-même), mais
encore que plusieurs adeptes, tels que Beuther et
Schwertzer2), lui en aient procuré en masses. Car
malgré ses dépenses énormes pour des objets
rares, curieux et précieux l'électeur défunt
(t 11 Fevr. 1586) a laissé à son successeur dix-
1) Il dit dans une épître adressée à Francesco Forense,
alchimiste italien : "je suis parvenu jusqu'à tel point dans
mes travaux que je suis à même de faire chaque jour de
huit onces d'argent trois onces d'or pur (Voir Bohme,
De Augusti Sax. Ducis in liter. et artium Studia
amore. Lips. 1764 in 4°. p. 20.).
2) Voir Kunkel, Laboratorium. chap. 41. p. 568
etc. Schmieder, Gesch. d. Alchemie. p. 311.
(Halle 1832.)
VI Avant-Propos.
sept millions d'écus en argent comptant, somme
vraiment inouie et inconcevable pour ce temps-là.
Ses successeurs, les électeurs Chrétien I
(t 25 Septbr. 1591) et Chrétien II (f 1611) con-
tribuèrent chacun selon son penchant à l'entretien
et à l'agrandissement du Trésor, mais c'est Jean
George 1 (1611-56) à qui le Grime Gewolbe
doit le plus. Il est constaté maintenant qu'il a
été accusé par une assertion frivole, d'avoir
spoliée et emporté à Dresde une grande partie
du cabinet de curiosités de l'empereur Rodolphe II
à l'occasion de l'occupation de la ville de Prague
en 1631 par les troupes saxonnes. Mais en re-
vanche on sait que c'est lui qui a incorporé au
Trésor des ivoires d'une valeur de 2300 fl., non
compris plusieurs objets en agate et en jaspe.
D'ailleurs son testament oblige son successeur d'aug-
menter le Trésor de son mieux et Jean George II
(1656-80) s'acquitta des voeux de son père avec
autant de zèle que de succès, car le Trésor doit
à la munificence de ce prince plusieurs vases,
horloges et ouvrages en perles etc., et probable-
1) Voir Seckendorf, Comment, de rebus Sue-
cicis L. XX. §. 28. p. 735. qui prouve contre Schottky,
Prag, wie es war. Prag 1830. p. 56. qu'il faut im-
puter ce crime aux Suédois et non aux Saxons.
Avant-Propos. VII
ment nombre de mosaïques et d'objets d'art du
musée datent d'un voyage que Mr. de Klengel,
lieutenant-colonel, avait fait de 1661 — 68 par
ordre de l'électeur en Italie pour y acquérir des
antiquités et des curiosités dans toute l'étendue
des beaux-arts. N'oublions pas que le Trésor doit
au successeur de Jean George II, au belliqueux
Jean George III (1680 - 91) plusieurs armes
précieuses remportées du siège de Vienne en
1683, quoique l'arrangement magnifique actuel du
Grime Gewôlbe date uniquement du règne d'Au-
guste le fort (1697 -1733), électeur de Saxe et
roi de Pologne.
Un incendie qui avait éclaté en 1701 dans le
voisinage du cabinet de curiosités au palais
J électoral, en avait nécessité l'évacuation soudaine
pour sauver les pièces les plus précieuses dans les
voûtes massives du rez de chaussée, et c'est alors
que ce prince profita de l'occasion pour donner un
arrangement systématique à ses collections. Il
est vrai qu'une foule d'objets ont été rendus au
cabinet, de curiosités, mais les acquisitions nom-
breuses faites par ordre de l'électeur l'engagè-
rent à agrandir les localités du Trésor, et plusieurs
pièces voisines servant parfois de cuisines, ont
été arrangées aux dépens du roi de 1721 —
1724 pour le but projété. Il est vrai que le
Vin Avant-Propos.
luxe qui caractérise les Mtiments du siècle de
Louis XIV, exerçait quelque influence sur les
idées d'Auguste le fort, mais le goût jusqu'ici in-
connu, avec lequel l'art a été tellement uni à la
magnificence, soit quant à la décoration, soit
à l'égard de l'arrangement, peut être regardé
comme le mérite particulier du roi. Ses ordres
manuscrits, en partie encore conservés, prouvent
que même durant son séjour à Varsovie il n'a
jamais cessé de penser à son cher Grüne Ge-
wôlbe. D'ailleurs c'est lui qui l'a. enrichi des
ouvrages immortels de Dinglinger qui excitent
encore aujourd'hui l'admiration de tous les ama-
teurs.
Ce fut encore Auguste le fort, qui accorda,
quoique sous des conditions un peu vexatoires,
l'entrée du Trésor au public distingué.) Il est
vrai que son successeur Auguste III a incorporé
quelques bij outeries au Trésor, mais les calamités
de la guerre de sept ans en ont empéché sans
1) Un médecin du duc de Nassau-Usingen qui vint
à Dresde au commencement du 18e siècle, fut inspiré par
la vue de notre musée aux vers suivants:
Das Auge sieht sich nimmer satt,
Sagt Salomon in seinen Spriichen,
Ach, dass er Dresden nicht gesehen hat!
Vermuthlich hiitt' er diesen Satz
Avant-Propos. IX
aucun doute une angmentation considérable et pro,
bablement plusieurs objets auront beaucoup souffert
par les transports souvent répétés à la forteresse
de Konigstein. D'ailleurs quelques objets choisis
de la propriété confisquée de la comtesse de
Kosel, puis quelques acquisitions faites de la collec-
tion laissée par le comte de Brühl (faites en
1769 à raison de 6000 th.), ainsi que la fameuse
cheminée achetée en 1782 ont été ajoutés au
Trésor dans la seconde moitié du siècle dernier.
Le ministère de la maison royale ainsi que la
Direction Générale. des musées d'art et de science
ont nouvellement èu) soin d'augmenter l'inven-
taire du Grüne Gewôlbe par plusieurs objets de
haut intérêt et c'est principalement la dite Direc-
tion Générale qui a ordonné la réstauration systé-
matique des objets devenus défectueux par le
temps et qui a facilité l'entrée du Trésor au
Geandert, wo nicht ausgestrichen.
Hier an dem koniglichen Schatz,
Womit das Griine Zimmer pranget,
Sieht sich das Auge vollig satt,
Dass es nichts mehr zu seh'n verlanget.
Denn das was man in .Dresden schauet
Und was August vollführt und bauet,
Sieht man sonst nirgends in der Welt.
x Avant-Propos.
public, de manière que les artistes et les ouvriers
peuvent maintenant venir s'y instruire sans aucune
difficulté, ce qui n'était pas possible jadis.
Il n'est pas inutile de dire que le Grrline
Gewôlbe n'est pas dans le sens propre du mot
un trésor de joyaux et de bijouteries, son con-
tenu comprend le champ entier des arts. Il n'est
pas non plus une collection de curiosités ou
d'objets d'art de toutes les époques et de tôutes
les nations, car les pièces précieuses et les ouvrages
d'art qui y ont rassemblés ne depassent pas
le court intervalle de deux siècles, mais pour ce
peu de temps l'amateur y rencontrera une variété
infinie de matières, d'idées et de travaux de
toute espèce. Le but de cette description rai-
sonnée du Trésor est de tourner l'attention de
ceux qui viennent le visiter sur les pièces les
plus intéressantes 1).
Le premier inventaire complet du Trésor a été
ébauché en 1733 (le supplément date de 1750),
mais plusieurs changements en nécessitèrent la
révision et un nouvel inventaire a-été composé dans
le cours des a. 1817-26. Un catalogue descriptif
1) Cette édition française diffère un peu de l'éd.
allemande (V. p. ex. les pp. 10. 52. 80. 87. 106. 118).
Avant-Propos. XI
a été entrepris pour la première fois par l'ancien
directeur du Grüne Gewôlbe, Mr. de Landsberg 1)
major de l'armée saxonne (t 8 Août 1868). Le
même a donné le texte explicatif de l'ouvrage
de luxe publié par Mr. Gruner2), directeur du
cabinet d'estampes à Dresde. N'oublions pas, que
nous trouvons des rélations plus ou moins éten-
dues 3) sur les richesses du cabinet de curiosités
et du Grime Gewôlbe dans les écrits de Tobie Beu-
tel4), inspecteur du dit cabinet (,,Kunstkâmmerer"
1675), des deux voyageurs bien connus Martin
Zeiller5) et J. G. Keyssler6), et de Mr. le Dr.
t) A. B. v. Landsberg. Das grüne Gewolbe,
Dresden 1862. XVIII. Aufl. in-8. (il y en a une trad.
française: Dresde 1861. VIe ed. in-8.)
2) Das griine Gewolbe zuDresden. EineFolge
ausgewahlterKunstwerkedieserSammlungnach
den Zeichnungen von R. Seidemann und K. Mohn.
Dresden 1867. in Fol. Av. le portr. de Dingl. et 28
pl. chromol.
3) Une description restée manuscrite par Jos. Ant.
Kühne;inspecteur du Trésor ,de l'a. 1823 n'est d'aucune utilité.
4) Churfurstl. sachsischer Cedernwald auf
dem griinen Rauten-Grunde. Dresden 1703. III.
Ausg. in 8° f. D2 etc.
5) Itinerarium Germaniae. Strassb. und Frkf.
1674 in Fol. Bd. I. p. 386.
6) Reisen durch Deutschland etc. Hann. 1751.
Neue Ausg. in 4. p. 1298.
XU Avant-Propos. r
Klemm1), dernier bibliothécaire-en-chef de la bib-
liothèque publique à Dresde, ainsi que dans la
rélation de voyage des envoyés du duc de Weimar
sur leur séjour à Dresde en 16542).
r
1) Zur Geschichte der Samml ungen f. Kunst
und Wissenschaft. Zerbst 1837. p. 166.
2) Reprod. chez J. J. Miiller. Entdecktes Staats-
cabinet. Jena 1717. VIII. Eroffnung. p. 224—237.
I.
-
S
ÁLLE DES BRONZES.
La salle des- bronzes forme la chambre d'entrée
actuelle du Trésor royal. On y trouve plus de 100
statues et groupes, appartenant aux 16-18 siècles,
travaux d'artistes italiens et français. Il n'y a pas
des pièces antiques dans le sens propre du mot, mais
bien plusieurs copies réduites d'ouvrages antiques.
Quelques-uns ont été acquis par les électeurs
Chrétien 1 et Chrétien II (dans les a. 1589 et 1610),
d'autres datent de l'année 1610, où l'électeur Jean
George 1 acheta la collection d'objets d'art laissée
par le célèbre sculpteur I. M. Nosseni1) à Dresde. La
plus grande partie a été acquise par le roi Auguste le
fort dans la vente des cabinets Chigi, Albani, Kircher,
*) Né à Lugano en 1544 il devenait architecte électoral
à Dresde. Ou lui doit la chapelle électorale à Freiberg con-
struite de marbre saxon nouvellement découvert.
2 Salle des bronzes.
comte Brühl. Il va sans dire que la valeur des diffé-
rentes pièces est fort dissemblable, vu. qu'on n'avait
pas conçu le plan, de réunir une collection d'objets
d'art moderne en bronze, au contraire on recherchait
seulement des copies élégantes de monuments clas-
siques de l'antiquité et des temps modernes, dignes à
orner la chambre d'entrée du Trésor royal. Il se
trouve aussi plusieurs groupes et figures en bronze dans
la collection d'antiquités au palais japonais qu'on
pourrait placer à juste titre dans notre salle des J
bronzes, p. ex. l'enlèvement de Déjanire par Jean (de)
Bologne et deux vases très beaux appartenant à
l'école de Benvenuto Cellini.
No. 19 (à gauche à côté de la fenêtre) Bacchus monté
sur un bouc, entouré de quatre enfans portant des
raisins (14 p.), attribué à François du Quesnoy
surnommé II Fiamingo (né à Bruxelles 1594,tl646.1)
No. 1. Modèle de la statue équestre d'Auguste II (ou
le fort) sur le marché de la Ville neuf tel qu'il avait
été conçu par Louis Wiedemann, son auteur (né
à Nordlingen en 1694) chaudronnier ■ de metier,
mort (en 1754) capitaine et fondeur électoral de
canons à Dresde. Aux quatre côtés du carreau de
marbre blanc sur lequel le monument est placé, on
lit les titres du roi en français et en polonais, le
piédestal en bois avec des ornements en bronze
1) Six groupes en ivoire par le même artiste se trouvent au
musée de Kensington (voir le Guide to the Kens. Mus.
1871. p. 39), d'autres à Munich au musée national (voir
le Catal. d. vereinigten Sammlungen 1862. Nr. 11.
12. 14. 124-127. 132. 345.)
Salle des bronzes. 3
1*
ressemble aux bases des monuments du grand-duc
de Toscane à Livourne et du grand électeur à
Berlin. Les quatre figures nues aux quatre coins
(des esclaves enchaînés) représentent probablement
les quatre parties' du monde. La statue placée sur
un bloc de grès brut, telle qu'on la voit aujourd'hui,
avait été érigée provisoirement en 1736, mais la
guerre de 7 ans a empéché l'exécution de la base.
No. 11. Copie de la statue de la Renommée du sculp-
teur espagnol Antoine Coysevox (né en 1640 à Lyon,
t à Paris en 1720) 27 p. 1).
No. 10. Copie du Mercure du même artiste. Les deux
originaux se trouvaient autrefois à la grille de
l'entrée des Tuileries.
No. 9. Hercule et Prométhée, groupe moderne.
No. 34 und 36. L'enlèvement de Déjanire par le
centaure Nessus, d'après l'original à Rome.
No. 2. Modèle d'une statue équestre d'Auguste le fort
(40 p.) fait probablement à Paris. Il ressemble au
monument de Louis XIV par Cartellier et Petitot à
Versailles ou à la statue du même roi par Debay et
Carboneaux à Montpellier placée à la promenade
de Pérou.
No. 7. L'enlèvement de Proserpine (45 p.) double
hauteur de no. 4. C'est une copie du groupe connu
de Girardon au jardin de Versailles2). D'ailleurs
') Voir Nagler, Künstlerlexicon T. III. p. 171. (I. éd.)
2) Voir Réveil, Musée de peinture T. XI. Nr. 739.
f- 1
'- f -,
4 Salle des bronzes.
ce groupe n'est autre chose qu'une imitation de
l'enlèvement des Sabines par J. (de) Bologne à la
loge des lansquenets à Florence, dans laquelle
la figure du ravisseur est changée. Une copie exacte
du groupe original de J. (de) B. se trouve parmi les
pièces en ivoire ci-dessous.
No. 109, à droite, à côté de la fenêtre. Le Christ par
Jean de Bologne (il se nommait plutôt Jean Bologne,
né à Douay en 1524, mort à Florence en 1608) élève
de Michel Ange Buonarotti (18 p.). C'est le pendant
du crucifix du cabinet des ivoires, où le sauveur
est représenté mourant, tandis qu'il paraît mort dans
l'ouvrage en question. C'est le chef d'oeuvre de
toute notre collection.
No. 48. Petit chien qui se gratte par Pierre Vischer
Fig. 1. Le chien qui se gratte p. P. Vischer.
(S. d. Br. Nr. 48.)
Salle des bronzes. 5
de Nuremberg (t 1530), seconde pièce principale
de la collection1).
No. 113. Petite statue équestre de Charles II, roi
d'Angleterre, en chevalier St. George (portant une
perruque) terrassant le dragon, emblème de l'hydre
de la révolution. Contre la coutûme le saint porte
un glaive à la place d'une lance. Cette troisième
pièce principale de notre collection a été taillée
d'un bloc de fer de 67 livres à l'aide du ciseau par
Gottfried Leygebe (né en 1630 à Freistadt en Silesie
t 1683 à Berlin) en 1667. Cinq années de travail
continu furent nécessaires pour achever cet ouvrage
fameux2)..
No. 3. Copie réduite du Taureau farnésien, ('18"),
conservé au Musée national de Naples. Le groupe
1) Il en existe plusieurs copies de la même époque, p. ex.
ici sur la console à droite. Une autre figure d'un chien
(55 centim. d. h.) du même Vischer se trouve à Nurem-
berg (voir German. Muséum. Durer-Ausstellung
1870 p. 28). Il y a une gravure de notre exempl. dans
l'ouvrage intitulé: Die Nürnberger Künstler ge-
schildert nach ihrem Leben und Werken. Nürnb.
1831. Cah. IV.
2) Cet artiste a sculpté de la même manière la statue équestre
de Léopold 1 à Copenhague, celle du grand électeur
dans la Kunstkammer" à Berlin (voir Kugler, Beschr.
d. Berl. Kunstkammer p. 246) de l'a. 1680, un jeu
d'échecs à Munich composé de figures de fer et d'argent,
et plusieurs poignées d'epées. On dit qu'il possédait le
secret d'amollir le fer (voir Doppelmair, Nachr. v.
Nürnb. Mathem. u. Künstlern. Nürnb. 1730 p. 236).
Pour le procédé actuel de l'adoucissement du fer voir
Karmarsch, Encyclop. T. II. p. 97.
6 Salle des bronzes.
original, quant à la dimension le monument le plus
grand de l'antiquité qui nous soit parvenu, l'oeuvre
des sculpteurs Apollonius et -Taurisque de Rhodes
(voir Pline, Hist. Nat. V. 36) est attribué par
Winkelmann (Gesch. d. Kuns't p. 353) au 4. siècle
av. J. Chr., par Lessing à l'époque de l'empire
romain (voir le Kunstblatt 1846 Nr. 40), période
un peu trop reculée, quoique le groupe semble avoir
été retondu du temps de Caracalla. Probablement on
y aura ajouté la figure de l'Antiope, le petit garçon
et le chien. L'original a été moulé en forme
naturelle (21 pi.) pour le palais de cristal à Londres,
une autre copie en plâtre se trouve au Nouveau
musée à Berlin et une troisième en metal à Sanssouci
vis-à-vis du château. On y voit les fils de Jupiter,
Zéthé et Amphion, attelant Dirce qui avait maltraité
leur mére, Antiope, avec des cordes aux cornes d'un
taureau furieux. Notre copie est due à André de
Vries1) sculpteur, né à Grafenhague, au service de
l'empereur Rodolphe II. (vers 1600).
No. 12. Apollon entouré de nymphes (24").
Copie d'un groupe en marbre blanc au jardin de
Versailles, connu sous le nom du bain d'Apollon,
du à François Girardon (né à Troyes 1628, t 1715)
et à Thomas Regnauldin (né à Moulins 1627 t 1706).
Le premier avait sculpté les quatre figures princi-
') Au musée de Gotha il s'en trouve une copie en bronze d'un
poids de 6 quintaux par le même (v. Rathgeber Ann.
d. Niederl. Bildnerei p. 113-120.) L'original est
reproduit p. Réveil, Musée de peint. T. XII. Nr. 828.
et p. Lübke, Denkm. d. Kunstg. Pl. XIX. f. 5.
Salle des bronzes. 7
pales, le dernier les trois autres. On croit, que
Louis XIV. jeune est représenté sous la figure
d'Apollon et que les nymphes sont des portraits de
plusieurs belles dames de sa cour1).
No. 5. Diane et Endymion (40") par Corn, van
Cleve, artiste néerlandais (né à Paris 1645, t 1732).
Le petit Amour mettant le doigt sur la bouche à la
base veut probablement defendre qu'on éveille le
berger dormant.
No. 6. Hercule qui étouffe Antée en l'air,
tandis que sa mère, la terre, cherche donner de
nouvelles forces à ce géant.
No. 8. Borée enlevant la nymphe Orithye (48").
L'original commencé par Gaspar Marsy (1625—81)
pour le jardin des Tuileries a été achevé par son
élève Ans. Flamen (1647-17172). Les groupes
nos. 6 et 8 sont évidemment des imitations des nos. 4
et 7.
No. 3. Polymnie, Muse, petite statue qui rappelle
une antique trouvée à Tivoli. (12")3).
No. 16. Sibylle ou d'après d'autres Némésis Angé-
rona (tenant le doigt sur la bouche) copie d'un
bronze antique. (12 ") 4).
No. 53. Apollon Pythien, dit Apollon de Belvedère.
(10")5).
1) V. Landon, Ann. d. Mus. T. VIII. p. 54.
2) V. Landon T. XV. p. 123.
3) Voir Landon T. I. p. 63. Réveil T. V. no. 330.
4) Voir Montfaucon no. CCXIII. Caylus T. IV. p. 72.
5) Vor Caylus T. I. p. 179. Landon T. I. p. 69. Réveil
T. II. no. 126. Hettner, Cat. d. Mengs. Mus. 1861 p. 77.
8 Salle des bronzes.
No. 14. Vestale, copie d'une statue à Rome que les
archéologues prennent pour Junon ou pour une
impératrice romaine. (12") 1).
No. 54. Nymphe sortant du bain. (8")2).
No. 106. Marc-Aurèle, copie de la fameuse statue
équestre de cet empereur célèbre, transporté en
1538 par Michel-Ange du Latéran au Capitole.
On regarde ce monument comme la plus belle statue
équestre de l'antiquité,. quoique le cheval laisse
beaucoup à désirer. Notre bronze est un cadeau
du pape Benoît XIII. On remarque sur la housse
le monogramme du fondeur: Gia °. Zof. f. Sur la
tête du cheval entre les oreilles on voit une chouette
ressemblant à une touffe de cheveux, probablement
une allusion à la sagesse et à la pénétration
de l'empereur.
No. 21. Statue équestre de Louis XIV. copie du
monument de ce roi érigé sur la place Vendôme par
Girardon: il a été détruit dans la première révolution
(en 1792). [9"].
No. 20. Hercule dit le farnesien (18") d'après l'ori-
ginal conservé au musée national de Naples. Son
auteur fut Glycon d'Athènes appartenant à l'école
de Lysippe.
No. 55. Sacrificatrice. (12").
No. 57. Bacchus3). (16").
1) Voir Montfaucon, Antiq. Expl. T. I. 5. p. 55. Réveil
T. IX. no. 588.
2) Voir Caylus T. I. p. 183.
3) Voir Landon T. II. p. 51.
Salle des bronzes. 9
No. 58. Pluton et Cerbère. (10").
No. 60 et 62. Deux chevaux. (13 et 9").
No. 61. Vénus, le satyre endormi à ses pieds. (131/2//).
No. 17. L'enlèvement des Sabines, statue
équestre. (18").
No. 24. Vestale d'après l'original de la galerie de
Versailles. La tête de la Vestale et l'autel avaient
été restaurés par Girardon. (15")1).
No. 22. Vestale. (15").
No. 67. Hercule sur un cheval qui se cabre.
No. 69. Jupiter enlevant Europe sous la forme d'un
taureau.
No. 91 et 93. Deux chevaux à l'herbe. (5").
No. 27 et 29. Deux copies inexactes de la Venus de
Médicis à Florence. (14 et 5").
No. 28. Bacchante. (18").
No. 23. Diane avec la biche d'après l'original du
musée de Versailles. (15")2).
No. 72. Hercule imité du Farnésien. (10").
No. 30. Léda, copie inexacte de l'original à Rome.
(13").
No. 73. Gladiateur.
') Voir Winckelmann, Werke T. IV. p. 5. Landon T.
VIII. p. 151.
2) V. Landon T. VIII. p. 51. Réveil T. VI. no. 378.
10 Salle des bronzes.
No. 74. Nessus, centaure. (16 l').
No. 75. Ampliitrite. (16").
No. 76. Junon. (10").
No. 78. Bacchus. (11").
No. 35. Fortune. (2f).
No. 79. Venus tenant le miroir (un groupe pareil se
trouve à la salle des ivoires no. 92).
No. 81. Groupe de deux athlètes. (16").
No. 84. Satyre les mains élevées, mais sans les
pieds de bouc. Il se lève effrayé à la vue d'un
serpent. (13").
No. 87. Venus et Amour par André de Vries. (10").
No. 18, 33, 70 et 39. Quatre statues surnommées les
éléments de Michel Ange 1) (?) savoir a. le feu
représenté par un vieillard se chauffant les mains
sur un brasier (15")2); (?. la terre représentée
par la figure d'une femme vêtue, tenant à la main
une corne d'abondance (16 Il); r. l'air, représenté
par une figure nue avec un aigle (18"); S. un
homme barbu debout sur un dauphin, tenant dans
la main gauche une urne. C'est l'emblème de l'eau.
1) C'est une erreur. On a confondu ces figures en question
avec les quatre heures du jour de Michel-Ange dans la
chapelle Medicis à Florence, dont il y a des copies
réduites dans la collection des antiquités à Dresde (salle
première, voir le Catal. de M. Hettner 1869. p. 15).
2) No. 18. La figure d'un vieillard vêtu d'une pelisse ne doit
pas être confondue avec la nôtre.
Salle des bronzes. 11
No. 89, 90, 94. Mercure volant, s'élevant de la tête
de Borée, copies de la statue de Jean Bologne à
Florence. (Il", T1/^ l'3").
No, 97. Athlète ou Diskobolp. (12").
No. 42. Satyre. (15").
No.'43. Flore. (11").
No. 100. Sa.tyre ou Pan couvrant son front des
deux mains. (9").
No. 45. Cérès. (12"). r
No. 46. Un homme s'accroupissant et tenant dans la
main gauche une pipe. (3").
No. 83. Vieille sorcière montée sur un bouc, tenant
une corbeille, devant elle il y a un diable avec une
lanterne. Ouvrage moderne rélatif au sabbat et au
Blocksberg. (14").
No. 1-5 (en haut). Cinq grands portraits ou médaillons
de cuivre doré travaillés au repoussoir par J. W.
Damman orfèvre d'Augsbourg, savoir a. Auguste
le fort au milieu ; b. à droite Frédéric Guillaume I.,
roi de Prusse; c. vis-à-vis de lui Dorothée son
.épouse, née princesse d'Hanovre; d. à côté d'elle
Auguste III., roi de Pologne; et e. vis-à-vis de
lui Marie Josèphe, fille de l'empereur Joseph I.,
son épouse.
Nor. 115. Crucifix grec-russe très ancien en bronze
avec une inscription en esclavon.
D'ailleurs on-rencontre dans cette salle plusieurs
grands .piédestaux, incrustations de cuivre et d'étain
Salle des bronzes.. 13
sur un fond d'écaillé nommés ouvrages de boule
d'après Charles André Boule 1) (1642-1732) ébéniste
et tapissier en titre de Louis XIV., le plus habile des
artistes qui aient jamais fabriqué des meubles de cette
espèce. (Voir fig. 2 et les vignettes ornamentales à la
tête des huit chapitres).
1) Voir Labarte. Cat. de la Coll. Debruge Du-
menil p. 383.
IL
ALLE DES IVOIRES.
Aux deux côtés de la porte d'entrée on rencontre
sur les tables et sur les étagères une collection très riche
de bocaux, cruches à bière, hanaps etc. taillés en ivoire.
Ils consistent chacun en un seul morceau avec des figures
et images taillées en haut-relief, les convercles et les
pieds sont faits de pièces séparées, les anses, les orne-
ments des couvercles et l'intérieur des bocaux sont en
vermeil et plusieurs en sont ornés de pierres fines et
d'émaux p. ex no. 137.
Nous signalons comme des pièces remarquables,
à gauche de la porte d'entrée :
No. 110. Cruche représentant Neptune et Amphitrite
sur un dauphin avec leur suite (reprod. dans
l'ouvrage de Gruner Pl. 1).
No. 137. Cruche représentant allégoriquement les cinq
sens par les figures de cinq femmes avec de différents
Sàlle des ivoires. 15
emblèmes. La sixième figure signifie l'art, qui se
sert des cinq sens pour ses productions.
No. 128. Coupe représentant Judith, accompagnée de
femmes et de guerriers faisant de la musique et
portant la tête d'Holoferne.
No. 311. Bocal (1' 8") représentant Diane avec sa
suite. L'anse est formée de trois figures entrelacées
avec un chien.
No. 102. Cruche représentant une bataille de cava-
liers chrétiens et de cavaliers turcs.
No. 104. Cruche représ, des dieux marins.
No. 105. 138. Deux bacchanales.
No. 124. Cruche représentant le ravissement et la
délivrance d'Hippodamie et le combat des Centaures
et des Lapithes. Cette pièce en relief très élevé
appartient probablement à l'école de Michel-Ange.
A droite de la porte d'entrée :
No. 106 et 107. Deux coupes représ. Diane et sa
suite. Elle sont moins anciennes et moins bien
taillées que no. 311.
No. 126 et 141. Deux cruches représentant Apollon
et les Muses.
No. 127. Cruche représentant Saturne ou l'allégorie
du temps qui sluprend les débauchés par les affres
de la mort.
No. 285. Cruche représentant Hercule dompté par
l'Abondance.
16 Salle des ivoires.
No. 103 et 308. Deux cruches représentant des batailles;
la petite cruche représente une bataille turque, la
grande une bataille des Français et des Bourguig-
nons. Elles sont très bien taillées et l'on y remarque
cinq couches de figures taillées l'une sur l'autre.
No. 317. Cruche représentant l'Olympe et les douze
dieux.
No. 12. Petite coupe, très bien taillée, représentant
un groupe d'enfans.
No. 140 et 310. Deux cruches représ. des bacchanales,
dont no. 140 est regardé comme l'ouvrage d'un
ivoirier italien.
No. 309. Cruche représentant le triomphe de la
réligion.
No. 100. Cruche de 25" de h. et de 22" de gr. le
plus gros morceau d'ivoire dans le trésor royal.
Elle représente les vierges sages et les vierges folles
mais c'est peut-être un travail resté inachevé.
A gauche au coin on rencontre no. 258. Quinte-Curce
de Gilles Lobenigke, artiste du 16. siècle, par malheur
ce spécimen est d'un goût très mauvais.
Dans la caisse sur la première table nous signalons :
No. 459. Le groupe de deux musiciens ivres, se
battant l'un l'autre. Premier chef d'oeuvre de notre
collection, attribué à Albert Durer1).
') On ne connaît que très peu d'ouvrages en ivoire par
A. Durer, p. ex. à Cassel, à Géra, à Munich et à Vienne
(voir Heller, A. Dürer T. II., p. 270. 274. 276. 281.
Le Noir, Monum. Franç. T. III. p. p. 142.)
Salle des ivoires. 17
2
No. 87 et 88. Hercule et Omphale, deux exemplaires
de différente hauteur par Balthasar Permoser (né
1651 à Cammerau en Bavière, t 1732 à Dresde,
où l'on trouve dans le cimetière de la Ville neuve
son célèbre mausolée sculpté par lui-même).
Fig. 3. No. 12.
No. 329. Groupe de deux jeunes hommes (vêtus assez
singulièrement) menant un taureau au sacrifice. Ce
groupe taillé par Melchior Barthel (f 1674 à Dresde),
ivoirier célèbre, ne doit pas être confondu avec le
18 Salle des ivoires.
Taureau farnésien. On dit qu'il a été taillé d'après
une pièce antique conservée dans la Villa Médicis.
Le même artiste nous a laissé nos. 323-326 les
saisons et no. 331, Jupiter.
No. 20. Petite statue d'un Ecce Homo.
No. 336. Flagellation de Jésus Christ (12") attribuée
ainsi que le no. précédent à Benvenuto Cellini.
Sur la seconde table du même côté on admire :
No. 15. Le second chef d'oeuvre de la collection.
C'est le modèle d'une frégate hollandaise à 32
canons sur une base très ingénieusement conçue,
représentant Neptune sur un char trainé par des
chevaux marins, tout en ivoire (2' de H. et 11/2/ L.).
On trouve sur les parois de la carcasse les noms
des électeurs de Saxe avec la date de leurs jours
de naissance et de leur mort et sur le voile du
milieu deux armoiries de Saxe et de Brandebourg
très finement taillées. Les canons et le funin sont
en or. Le tout est du à Jacques Zeller ivoirier de
Deutz près de Cologne en 1620. Il y en a une
image inexacte (sans la base) dans l'ouvrage de
Gruner Pl. 2. 1).
Derrière la caisse où se trouve le dit modèle on ren-
contre un petit squelette humain (no. 36) taillé en
1672 par un certain Angermann, de plus quelques
1) On montre au Trésor impérial à Vienne un pareil vaisseau
à 6 canons en ivoire (voir Uebersicht d. k. k. Schatz-
kammer. Wien 1869 in 18 p. 21.)
Salle des ivoires. 19
2*
chaînes taillées d'un seul morceau d'ivoire, parmi
lesquelles no. 446 est attribué à Auguste II. ou
le fort.
Devant la même caisse on admire no. 316 une immense
dent d'éléphant (1' 9") représentant un brochet et
servant de corne à boire.
Sur la troisième table du même côté on remarque la
troisième pièce principale de la collection:
No. 470. Groupe colossal taillé d'un seul bloc d'ivoire
(16" de H.), contenant 142 figurines entrelacées,
ordinairement nommé la chute des mauvais anges.
C'est plutôt un travail de patience qu'un ouvrage
d'art et à ce qu'on dit la production de l'assiduité
d'un moine napolitain. Le tout est encadré d'une
guirlande, très finement travaillée en argent repoussé.
En haut on voit Dieu le père et Jesus-Christ, un peu
plus bas les archanges et saint Michel combattant,
au dessus duquel on remarque plusieurs saints de
l'église catholique, p. ex. St. Cécile, aux pieds des-
quels on rencontre les mauvais anges révoltés,
déjà metamorphosés en diables, et au bas il se
trouve un corail sanguin signifiant le gouffre de
l'enfer, dans lequel on voit étendue la figure d'une
femme, probablement l'emblème de la séduction 1).
') Au palais Papafaba à Padoue on montre un groupe de
marbre d'A. Fasolato (f 1750) de la double hauteur,
taillé d'un seul morceau et traitant le même sujet. A
Munich et à Berlin on rencontre des travaux pareils en
ivoire (voir le Cat. d. verein. Sammlungen. München
1862 no. 68.)
20 Salle des ivoires.
Devant ce bloc on a placé plusieurs corbeilles de noces
des 15-16. siècles et au-dessus un second groupe
pareil, contenant 23 figurines, sur une base assez
récente de bois d'ébène avec des arabesques d'ivoire
incrustées. Ce dernier représente les trois archanges
combattant les diables (no. 26e )
Au-dessus de la Chute des anges on admire trois
personnages de la comédie italienne, taillés par
Lücke, savoir Scaramouche, le poltron etun mendiant
(no. 361, 369 et 350) et au milieu Lucrèce (no. 366).
Aux deux côtés on remarque deux dents colossales
d'éléphant taillées en forme de cornes à boire dont
l'une très ancienne est d'origine indienne 1). Au coin
nous signalons (no. 261) une poire à poudre très
bien travaillée et portant les armes de Saxe, un petit
bocal représentant une chasse aux lions, turque, une
petite corne à boire et une figure d'échecs, repré-
sentant un évêque (le fou) no. 356.2)
Aux deux côtés des fenêtres on rencontre les ouvrages
de Simon Troger ivoirier à Munich, autodidacte (né
à Haidhausen, t 1769), favori de l'électeur Maxi-
milien III. de Bavière. Pour imiter les groupes
antiques en marbre de différentes couleurs il essaya
avec succès de représenter les vêtements et les
draperies ainsi que les accessoires de ses figures
1) D'autres 'cornes pareilles sont décrites dans la Uebers. d.
Wien. Schatzkammer p. 9.
2) V. Hefner-Alteneck, Gerathschaften d. Mittclalters
T. I. Pl. 63. et Massmann, Gesch. d. Schachspiels
Pl. X. qui donnent d'autres figures pareilles.
Salle des ivoires. 21
par le bois brun du sapin soit pour mieux faire
ressortir les parties des corps taillées en ivoire, soit
pour cacher les morceaux composés. A gauche il y
en a un groupe haut de plus de 2 a. (no. 118), repré-
sentant le sacrifice d'Abraham, dont on trouve des
copies à Munich et à Wurzbourg, et à droite vis-a-vis
(no. 318) l'enlèvement de Proserpine, groupe con-
servé aussi à Munich. L'un et l'autre sont un peu
maniérés et pas trop bien proportionnés quant au
dessin. D'ailleurs l'effet des yeux faits d'émail est
bien singulier. Toutes les carnations sont en ivoire
et les lambeaux des vêtements de bois sculpté. Les
groupes de mendiants et de bohémiens d'un com-
patriote de Troger, nommé Krabensberger, placés
aux deux côtés du no. 118 ont été travaillés dans
le même stile.
Au-dessus du no. 118, sont suspendues plusieurs plaques
d'ivoire parmi lesquelles nous signalons no. 133
St. George avec le dragon, no. 483 un centaure
taillé par André Pozzi d'après une antique conservée
à Rome, no. 259, Diane et les nymphes surprises
par Actéon (cette pièce taillée en relief dans la
cavité intérieure de la dent est regardée par les
connaisseurs français comme une des pièces princi-
pales du Trésor), où les figures se détachent pres-
qu'entièrement du fond, plus deux têtes d'enfans
(no. 358 et 371) et no. 426, portraits des comtes
Otton et Conrade de Konigsmark et n. 33, portrait du
cardinal de Polignac. Entre les deux fenêtres on
voit un très grand crucifix, no. 314, taillé par
J. K. Louis Lücke ivoirier à Dresde (f 1780) en 1737.
Au-dessous des pieds du Christ se trouve le crâne
22 Salle des ivoires.
d'Adam 1) suivant l'usage adopté par les byzan-
tins. Devant ce Christ on a placé no. 315 un
lavoir d'ivoire composé de petites barres appli-
quées l'une à l'autre en forme de rayons. Sur le
pourtour il y ar huit médaillons ovales très bien
taillés., représentant des scènes tirées des métamor-
phoses d'Ovide. L'aiguière de corne de cerf très
forte qui y tient et offrant sur la sangle d'ivoire,
dont elle est entourée, des scènes de chasse,
appartient sans aucun doute à une époque beaucoup
plus moderne.
Au-dessus de l'enlèvement de Proserpine on voit en
bas-relief (no. 333) deux têtes de chevaux, ébauche
ou ouvrage non terminé de Michel-Ange, cadeau
du pape Innocent XII., plus les nos. 202 et 203 deux
portraits très expressifs taillés. d'après des statues
du sépulcre du pape Urbain VIII. à Rome, le portrait
du pape Innocent XIII. admirablement taillé et une
Madonne avec le glaive (no. 2).
Au-dessus de la table suivante il y a dans une caisse
vitrée no. 319, un crucifix venu d'Italie comme
cadeau, attribué à Michel-Ange, mais travaillé
probablement par Balthasar Peruzzi (1480-1536),
son élève. Le sauveur y est représenté mourant.
Il ressemble au fameux crucifix de l'église de
St. Marie à Danzig. Aux deux côtés du Christ on
remarquera deux tableaux, l'église catholique et le
théâtre de Dresde, dévoré par un incendie le
8. Septbr. 1869, ouvrages des ivoiriers Hankepère
1) V. Menzel, Christliche Symbolik T. I. p. 28.
Salle des ivoires. 23
et fils. Ces artistes vivaient à Brieg et plus trad
à Breslau., mais leur travail a été fait sans avoir
: égard ni à la perspective, ni à la proportion.
Il y a sur la table à gauche un encrier, représentant
- un empereur chinois et deux soldats romains (no. 275)
, et à droite une boîte indienne à parfums, repré-
sentant un éléphant de guerre avec son cornac,
richement ornée de pierres fines (reprod. dans l'ouv-
rage de Mr. Gruner Pl. 3). Ces deux pièces ont
été achetées en 1731 de marchands d'Augsbourg.
Dans la caisse vitrée de la même table il y a plusieurs
tabatières, dont deux travaillées par Pierre le Grand,
no. 447 représentant une plante, ouvrage chinois,
no. 312 un enfant dormant, taillé par Balth. Per-
moser d'après un original de Fiamingo conservé à
Rome, no. 420 une belle pipe taillée pour Jean
George I., deux étuis à couteaux et à fourchettes,
se terminant en figurines et groupes fantastiques de
ronde bosse, en gaines à la mode de l'époque de
Henri IV., ouvrages français du 17. siècle, pleins de
bonne humeur, douze cuillers données au Trésor
par Chrétien I. sous le nom de cuillers turques
du genre de celles, dont se servaient les moines
des ordres mendiants, lorsqu'ils allaient prendre leur
repas hors du couvent dans des maisons opulentes,
no. 421 cassette de toilette à tiroirs très nette, autre-
fois la propriété de Madeleine Sibylle électrice,
épouse de Jean George II., no. 337 coupe de corne
de cerf et de vermeil, sur laquelle est représentée
une chasse du roi Frédéric Auguste surnommé le
juste à Mauricebourg. A côté du roi on voit son
frère Antoine avec sa suite. Deux chandeliers de
24 Salle des ivoires.
corne de cerf avec de petites scènes de chasse,
également d'ivoire, sont de la main du même artiste,
de l'ivoirier Leberecht Guillaume Schulz (de Mei-
ningen 1774 -1864). Nous signalons encore une
pomme de canne très fine et quelques grotesques,
qu'on regarde comme des ouvrages chinois.
La cinquième pièce principale est placée sur la table
à droite de l'entrée de la troisième salle. Cest le
no. 501, Jupiter monté sur un aigle, groupe taillé
comme on dit, par B. Permoser d'après un camée
conservé à Gênes. Une colonne plaquée d'écaillé de
tortue lui sert de piédestal. Au bas on rencontre
sous le no. 336 la copie faite par M. Barthel d'une
antique découverte sous le pape Paul III. et con-
servée au palais des conservateurs à Rome, repré-
sentant un cheval terrassé par un lion. No. 89
donne la copie de l'enlèvement des Sabines par
Jean de Bologne dans l'une des arcades de la loge
des lansquenets ou du portique d'André Orcagna sur
la place du Grand-duc à Florence, par le même
artiste; no. 131 Cupidon sculptant l'arc d'après le
Corrège par Permoser, no. 332 et 134 deux petits
chevaux par le même artiste et no. 313 une allé-
gorie par J. S. L. Lücke sculpteur, représentant
l'art en décadence, ouvrage très maniéré. On re-
marque attachées au mur plusieurs plaques d'ivoire,
savoir no. 334 une sainte famille, no. 98. une fuite
en Egypte, l'une et l'autre d'une haute antiquité,
no. 132, une descente de croix et no. 482 quatre
médaillons très bien taillés, représentant la sainte
scène, le lavement des pieds, le Christ devant les
juges et l'ascension. Au coin on remarque un
Salle des ivoires. 25
hanap, ouvrage chinois taillé d'un immense morceau
d'ivoire et représentant par devant un buste mogol,
; par derrière les fesses.
A gauche du pilier de la porte d'entrée à la salle
suivante il se trouve un très joli bocal non monté
(no. 255) représentant des dieux marins.
Nous signalons encore un grand n'ombre d'ouvrages
faits' au tour et placés ici sur les consoles et les
corniches en haut. Ce sont les ouvrages des deux
r tabletiers Gilles Lobenigke et George Weckhardt,
auxquels l'électeur Auguste avait fait arranger un
atelier au palais électoral à Dresde, et de quelques
artistes hollandais ainsi que des deux tourneurs nu-
rembergeois Laurent Zick (f 1666) et Etienne Zick
(1715) père et fils. Ce sont des boules tournées à
la chinoise, placées sur des bases et contenant de
curieuses figures d'ivoire, d'autres boules mobiles,
les unes dans les autres, et différents objets de
sculpture, taillés l'un de l'autre dans la grande
boule. Les pièces, dans lesquelles on rencontre
des miniatures peintes sur des médaillons se
nommaient autrefois boules de contrefait. Une telle
boule contient p. ex. les portraits de l'électeur
Chrétien II. et de son épouse dans une boîte mobile,
taillés par J. Zeller. en 1611 (no. 33). Un grand
bocal (no. 32) renferme sur son couvercle une boule,
dans laquelle il y a vingt trois autres boules, l'une
tournée de l'autre. La pièce la plus remarquable
est sans aucun doute une grande colonne d'ivoire
(placée sur la troisième table à droite), qui contient
dans le piédestal un rouage destiné à faire marcher
un choeur de timbaliers et de trompettes faisant de
26 Salle des ivoires.
la musique et dans la boule une compagnie à table
et de plus une espèce d'horloger. Quelques-uns de
ces bocaux tournés sont des chefs d'oeuvre de
mécanique p. ex. no. 57, qui-semble avoir perdu
l'équilibre et prêt à tomber, quoiqu'il ait été tourné
d'après les lois de la gravitation et qu'il tienne entière-
ment ferme. Quelques coupes sont regardées comme.
des travaux de l'électeur Auguste p. ex. no. 144, le
plus élevé à la porte d'entrée à droite no. 283, si
finement tourné qu'on le croirait être de papier, est
l'ouvrage de l'empereur Léopold 1.2).
Les soi-disants diptyques 3) formés de deux, trois,
même de quatre petites tablettes, se repliant l'une
sur l'autre, et dont l'intérieur présentait une table
enfoncée, enduite de cire, sur laquelle on écrivait,
ont un grand intérêt pour l'antiquaire et l'amateur.
Nous rencontrons en passant au côté gauche de la
salle des travaux de ce genre, appartenant aux
13.-14. siècles et produits par des artistes italiens,
c'est-à-dire les no. 424 (l'adoration de Jésus Christ
par les mages, la vierge à demi couchée devant
*) Un ouvrage pareil de Jean Buschmann horloger d'Augsbourg
(1582), probablement auteur du nôtre, est décrit par
Primisser, Ambraser Samml. p. 204. Le monogr.
G. L. 1589 se rapporte a G. Lobenigke qui avait
tourné la colonne.
2) L'habilité de ce prince en ouvrages de tourneur a inspiré
même des poètes (voir Trautmann, Kunstgewerbe
p. 57).
3) Voir Labarte, Coll. de Debruge-Dumenil p. 23 et
Hist. d. arts industr. T. 1. p. 195 etc.
Salle des ivoires. 27
l'enfant Jésus assis, Sfc Joseph en arrière), 462 (sur
la première feuille la Ste Vierge entre deux anges
tenant l'enfant Jésus dans ses bras, sur la seconde
Jésus Christ sur la croix, deux femmes pleurent au
bas), 484 (sur la prem. f. les trois rois, sur l'autre
le Christ sur la croix, au bas de laquelle il y a des
spectateurs) et 472 (quatre plaques à pans, faisant
pendant, destinées à un reliquaire et représ. le
jugement de Salomon et la reine de Saba). Les
deux diptyques suivants sont d'une valeur artistique
beaucoup plus grande.
No. 448. C'est la moitié ou seulement un volet d'un dip-
tyque, plaque d'ivoire très jaunie 8" de h. et 4" de 1.,
partagée au milieu par une espèce de traverse. La
partie supérieure représente Jésus Christ après la
résurrection entouré des saintes femmes couchées
par terre, derrière lui un palmier et un cyprès et
- entre ce groupe les chiffres. grecs disposés en
lignes verticales X <j pu H 8 H (Xaïçeie — soyez
heureux!). La partie inférieure représente Jésus
Christ passant par-dessus une figure enchaînée aux
mains et aux pieds et tirant un homme d'un puits
ou d'un gouffre; à côté une femme (la Vierge), à
gauche trois disciples, dont l'un porte la crosse
apostolique, les deux autres en habits épiscopaux,
sont couronnés d'auréoles comme le Christ et portent
des flammèches sur le front. Au-dessus du groupe
on lit le mot grec H ANACTACIC 1) (y aruarao-iç,
1) Voir Mionnet, De la rareté des médailles p. 505.
28 Salle des ivoires.
la résurrection). Sur le revers les chiffres IC. XC.
NI KA ÇIrjoovg XQKTTOÇ VliÚX, Jésus Christ triomphe)
et une croix de forme latine A) attestent son origine
byzantine et probablement le 10. siècle.
No. 488. D'après l'opinion de quelques savans c'est -
le volet d'un triptyque travaillé à Byzance au 11e
,siècle, mais d'après l'avis de l'auteur d'un traité écrit
sur cette plaque2) c'est une espèce de tableau votif.
Les apôtres St. Jean et St. Paul y sont représentés au
moment où il partent pour prier Constantin Drakoses,
prince impérial (en 1449) et ultérieurement empereur
(Constantin XIII. ou XV., dernier empereur byzantin)
de venir à la délivrance de Byzance. Cette plaque
de 9" de h. et de 41 /2^ de 1. représente sur l'avers
les figures de l'évangeliste St. Jean et de l'apôtre
St. Paul debout l'un auprès de l'autre (7"), tenant
les évangiles d'une main, tandisque St. Jean relève
la main droite pour la bénédiction, et St. Paul
la fait reposer sur la hanche. L'un et l'autre se
tiennent debout sur un socle (scabellum) porté par
des arcades demi-circulaires de colonnes couplées.
Leurs bustes couronnés du nimbe, se regardent l'un
1) Voir des croix semblables sur des monnaies byzantines
chez de Saulcv, Numismat. d. Croisades Pl. XXIII.
n. 1. XXIV. nô. 6.
2) Explication hist. d'un tableau en relief (par
l'évêque de Varmie [Ad. St. Grabowki] s. 1..
1752. in 4°. Av. une fig. (voir le Neuestes aus d.
anmuth. Gelehrs. 1752 p. 565—573.)
Salle des ivoires. 29
, l'autre pour signifier qu'ils se parlent. Aux deux
- côtés il y a leurs noms en lettres capitales grecques
et en lignes verticales :
® 0 A o
I - B: L 0
(0 E M 6
A JO a o
N A v A
N v0 v o
H r; 7J r{)q
C q
et
on o n
A A "a «
r y r *
1 A i À
0 0 0 0
C C ç- ff
Au bas des deux apôtres on lit l'inscription suivante:
CKEYOC OEOTPrON ZTAAAAEI TQt
IlAP0EN^i BAABHC CKEnECOAl
AECIIOTHN KGN2TANT1N0K
Le vaisseau divin (ou l'instrument divin St. Paul)
somme le puceau (Jean) de preserver d'accident le
souverain Constantin".
Cette plaque se trouvait en 1758 dans l'église de St.
Giovanni, di Verdara à Padoue, c'est de là qu'on
l'a acquise pour la chapelle de l'épouse de l'électeur
Frédéric Chrétien au palais royal de Dresde et
puis S. M. le roi actuel, Jean, l'a destinée pour
le Trésor.
m.
1e~
*
ALLE DE LA CHEMINÉE.
La section la plus précieuse de cette salle sont les
émaux. Ils se divisent en trois classes, c'est-à-dire
en émaux antiques, en ouvrages français faits de ce
genre au 16e siècle et en émaux modernes. La classe
antique n'est représentée que par deux écuelles
byzantines de bronze (nos. 2a et 2b) employées pro-
bablement pour le saint office. Elles datent des
5e et 6e siècles. La plus ancienne représentant
des chérubins portant l'auréole, offre des couleurs
moins bien conservées que l'autre avec, le portrait
de St. George entouré de chérubins.
Quant à leur âge il faut joindre à ces deux pièces quatre
émaux sur cuivre incrustés dans une planche de
bois encadrée à gauche de la fenêtre (no.* 38),
savoir a. une flagellation, b. un crucifiement, c. un
Christportantla croix (ouvrages français du 15. siècle)
et d. une peinture emaillée sur argent, travail excel-
lent dans le stile et dans le gotit d'Antonio del Polla-
32 Salle de la cheminée.
juolo (né à Florence 1426 t 1498). On y voit la
Vierge assise avec l'enfant sous des arbres, à droite
quelques hommes, à gauche le baptême de Jesus-
Christ, au milieu une grande arbre. Les couleurs
d'émail employées pour cette pièce sont aussi
transparentes que le fluor.
Comme produits de l'école de Limoges nous signalons
à gauche de la porte un vase (no. 1.) portant le
monogramme P(ierre) R (exmon) 1571 et l'inscrip-
tion Exodus XVII (la victoire des Israélites sur
les Amalékites, Moïse levant son bâton avec Aaron
et Hur sur la montagne voisine); un bassin
(no. 2) avec le même monogramme et l'inscription
Exodus XIII. (la perte de Pharaon); no. 3 une
écuelle à boire sans monogramme (au fond: la perte
de Pharaon, sur le bord: la procession des Israé-
lites sauvés, sur le couvercle: le sacre des Israé-
lites, sur la base: l'adoration du serpent d'airain,
Moïse avec les tables de la loi en colère auprès
d'Aaron); no. 4 écuelle à boire sans monogramme.
Au fond: Neptune entouré de dauphins et de mon-
stres marins. L'anse est formée d'une Victoire de
bronze. Sur la base: Triomphe de Vénus, avecl'inscrip-
tion: Venus vit en liesse. Sur le couvercle: Bac-
chus, Silène et bacchantes. Des arabesques forment
les ornements. No.4b Écuelle avec le monogramme
L C. Au fond: l'adoration du veau d'or, au dehors
arabesques grotesques. Tous ces cinq nos. sont
émaillés gris en gris, soi-disantes grisailles.
Sur la console inférieure au milieu de la glace il y a
un grand bassin en émail de très vives couleurs. La
dame Babylonienne, vêtue d'une robe de pourpre, est
Salle de la .cheminée. 33
3
montée sur l'animal apocalyptique de couleur rose,
à gauche il y a un groupe de figures à genou ado-
rant la femme; L'inscription porte: Apocal. XVII.
Au rebord et au revers on voit des dieux marins et
fluviaux planant en festons. Cette pièce admirable-
ment coloriée est çà et là endommagée.
-No. 6. Vase d'émail en couleurs, représentant au
milieu Diane, Lune et chasseresse, avec sa suite, et
au-dessus une procession d'enfans.
No. 7. Grisaille avec l'inscription: Judic. VII. Gidéon
triomphant des Midianites.
No. 8. Grisaille. Vase représentant un combat de
personnages nus. Les teintes des carnations sont
de couleur de cuivre.
No. 9. Grisaille. Bassin avec le monogramme: a
Limoges par Pierre Courteys M. F. (cet émailleur
vivait de 1498-1568). Au-dessus au rebord on
voit des monstres marins et des dauphins combat-
tant, au fond Cérès sur un char de triomphe avec sa
suite. Les carnations rosées sont de toute beauté.
No. 12. Aiguière d'émail 1) en couleurs avec le mono-
gramme J(ean JJ(e) C(ourt). En haut Bacchus
sur un char tiré par des boucs et entouré de
Bacchantes, au milieu la perte de Pharaon et le
passage des Israélites.
Au-dessus de cette pièce il y a deux écuelles, nos. 13
et 14, avec le monogramme-Jo C. (Jean de Court
') Un aiguière de J. Courtois très semblable est reproduite
par Labarte, Hist. d. arts industr. (Paris 1864)
Album T. n. Pl. CXVII.
34 Salle de la cheminée.
dit Vigier 1556) en grisaille. La première repré-
sente Adam dormant au paradis terrestre et sur
un fond d'or le seigneur le bénissant, sur le cou-
vercle Dieu le père, l'introduction d'Adam dans
l'Eden et la création d'Eve, puis de très curieux or-
nements en monstres et en arabesques. La seconde
avec des ornements pareils représente au fond lé
pommier avec le serpent et Ève mangeant le fruit
défendu, et sur le couvercle Dieu le père punissant
Adam et Eve, leur expulsion du paradis terrestre et
leur condamnation au labeur à la sueur de leur front.
No. 14b. Salière en émail de couleur avec le mono-
gramme J (ean) Z(imosin 1597 —1625.) En haut
dans la cavité il a le portrait d'un guerrier romain
avec des cheveux bruns et des moustaches (à la
François I.), dans les six compartiments du corps
de la pièce Mars, Vénus, Junon, Mercure, Minerve
et Diane debout sur des socles, au bas une bor-
dure de fleurs et d'oiseaux, le tout peint avec
des couleurs vertes et bleues d'une splendeur ad-
mirable.
No. 15-18. Quatre médaillons d'empereurs et d'im-
pératrices romains, savoir: 1. Cornelie. 2. Marc
Antoine. 3. Cajus César. 4. Faustine épouse
d1 Antoine.
Au pilier à côté de la fenêtre on a rangé cinq assiettes
de Courteys (nos. 22-27) l'une au-dessus de l'autre
avec les inscriptions suivantes: a. Vita divae
Mariae Virginis; b. Maria in templo praesen-
tatur; c. Divae Mariae nativitas; d. Angelus
Joachimo apparet; e.DivaeAnnae conceptio
Salle de la cheminée. 35
3*
sub aurea porta. Les armoiries sur le rebord,
probablement l'écusson du commettànt nous sont
inconnues.
No. 19. Le repas de Cléopatre. Cet ouvrage moderne
du célèbre émailleur Dinglinger a échoué dans
la cuisson.
No. 18. Une grotte d'ours, appartenant au même artiste.
No. 29. St. Marie Madeleine. Cette pièce a été peinte
par un artiste resté inconnu.
No. 30. Tablette avec cinq petits tableaux incrustés
représentant en teintes très luisantes, a. la fille de
Cimon; b. Thétis et Vulcain; c. Diane et Actéon;
d. Vénus et Mars; e. Pan enseignant l'appeau à
l'Amour. -
No. 31. Six portraits en camayeu par Dinglinger,
dont plusieurs doublettes, représentant à ce qu'on
dit des maîtresses d'Auguste le fort.
No. 32. Six émaux en teintes très vives, savoir: a.
la Madonne avec l'enfant; b. Venus avec la pomme
et Cupidon avec l'arc; c. la Madonne avec l'enfant
et St. Jean; d. le jugement de Salomon par Pin-
gart, e. le jugement de Paris; f. Europe et le
taureau.
No. 33 et 36. Un Ecce-homo et une Ste. Madeleine
l'un et l'autre par Raphael Mengs (né à Aussig 1728,
t à Rome 1779).
No. 35. Une table avec sept portraits incrustés, sa-
voir: a. etc. deux portraits de dames, pendants du
no. 31; b. portrait du grand-duc Alexis fils de
36 Salle de la cheminée.
Pierre le grand (t 1718) par 1Jinglinger; d. la mère
de Rembrandt, copie d'un tableau de Rembrandt
au Belvédère à Vienne par Ismael Mengs (une
autre copie par Dietrich se trouve à la galerie de
Dresde); e et g. deux Madeleines par un des frères
Jean Pierre et Ami Huault émailleurs à la cour de
Berlin 1) de la fin du 17. Siècle et f. le repos de
Cléopatre par Dinglinger. No. 34. Portrait de
Pierre le grand. No. 37. Portrait d'Auguste le
fort dans sa jeunesse par Dinglinger.
Vis-à-vis nous rencontrons encore les émaux suivants
no. 39, bouquet de fleurs par Pierre Chartier (18.
siècle); no. 40, Enée quittant avec son père, le vieux
Anchise, et avec le petit Ascanius la ville de Troye
en feu, grisaille sans monogramme, attribuée à
Pierre Penicaud (né en 1515); no. 41, Alexandre
et Diogène par ifsmaël Mengs; et no. 42. Escar-
mouche de cavaliers grecs et persans (au milieu
une tête de Minerve, antique) par Noël Laudin de
Limoges (1667-1707), pièce en couleurs très
brillantes, mais non dans le stile ancien de Limoges.
Sur la table est placé le no. 43, une écuelle destinée
a recevoir des bijouteries dans ses différents com-
partiments. Elle est ornée de grenats de Bohème
et représente dans le fond le jugement de Salo-
mon en émail rehaussé, les couleurs étant appliquées
sur l'argent, façon vernis.
Les mosaïques forment la seconde classe des objets
exposés dans cette salle. Nous signalons d'abord les
1) Voir Kugler, Berlin er Kunstkammer p. 280.
Salle de la cheminée. 37
fameuses tables florentines de marbre avec des
incrustations. de pierres dures (pietra dura). La
plus élégante — car la plupart en sont un peu trop
chargées — est placée entre les deux premières
fenêtres; elle présente une magnifique guirlande de
fleurs. La seconde-table entre la 3. et 4. fenêtre
est travaillée avec le plus grand soin, mais elle est
surchargée de fleurs et de fruits, raison pourquoi
l'on prefère la troisième avec les fruits en haut-
relief à droite de la porte d'entrée. Le grand
reliquaire dans la caisse vitrée est travaillé dans
le même stile.
Les portraits en mosaïque romaine sont moins impor-
tants, savoir à gauche le sauveur d'après G. Reni
et vis-à-vis St. Pierre pleurant (d'après Rubens) et
la 'fille avec le hibou, allégorie jusqu'ici inexpliquée,
et aux deux côtés de la 3. et 4. fenêtre les apôtres
St. Paul et St. Barthélemi et vis-à-vis Auguste le
fort (no. 7) et une madonne (no. 13) pièce médiocre.
On rencontre aussi plusieurs exemplaires de la
soi-disant mosaïque à ruines, ainsi qu'une mosaïque
contre faite, peinte sur serpentine, représentant un
arbrisseau (no. 6). Cependant on regarde, comme un
chef d'oeuvre de cet art la cheminée placée au
milieu de la salle dans une grande caisse vitrée. Cet
ouvrage, qui a donné son nom à la salle (salle de
la cheminée) a été composé à Dresde par J. Chr.
IVeuber (f 1808 âgé de 73 ans) en 1782 d'après le
dessin de Mr. Schonau membre de l'academie de
peinture. Elle consiste principalement de porce-
laine saxonne et ce fut le sculpteur Er. Gotth.
Matthaei (né à Meissen en 1779, t 1842) inspecteur
38 Salle de la cheminée.
du musée de Mengs, qui en avait moulé les figures
et les reliefs en biscuit et en porcelaine glacée. Des
minéraux saxons en ont fourni les ornements, savoir
les cailloux de Zabeltitz, les améthystes, les agates
rouges, bruns, verts et gris, les agates dits agates
de ruban et agates herborisées, les jaspes rouges
et jaunes, les petrosinex dendritiques, les cornalines
et les topazes trouvées sur le Schneckenstein près
de la ville de Voigtsberg ainsi que les célèbres
perles de Saxe (coupées en deux). Des Cyclopes
forgent le fer sur l'âtre de la cheminée.
Les ouvrages d'ambre 1) ont été placés à gauche de
la porte suivante. Le plus gros morceau d'ambre
que nous possédions c'est le groupe des Grâces et
des Amours (très laids, dont l'un a été brisé)
taillé d'une espèce d'ambre transparent roussâtre,
très recherchée aujourd'hui et surnommée l'ambre
de Mr. de Bismarck. Nous signalons deux cruci-
fix, admirablement taillés et appartenant à des
artistes du 16. siècle, une cannette à bière ornée
de joyaux, sur laquelle les figures des sept arts
libéraux sont finement taillées, de plus une petite
cruche offrant huit divinités et un cruchon taillé
d'un seul morceau. Le grand bassin baptismal est
orné de médaillons, d'armoiries, de scènes de chasse
et de chevalerie peintes en dessous. Attachés à la
glace on remarque deux grands couteaux de table
avec des manches d'ambre. La grande armoire à
côté de la porte est travaillée en bois de chêne
') Voir sur ces ouvrages Schorn, Kunstblatt 1829 no. 96.
Salle de la cheminée. 39
plaqué d'ambre en dehors et en dedans et est re-
gardée comme la plus grande mosaïque d'ambre
: connue. Elle a été donnée en cadeau à Auguste le
fort en 1728 par Frédéric Guillaume I. roi de Prusse
(elle a 21/a' de h., 1' 19" de 1.) Son intérieur ren-
ferme 18 tiroirs garnis de glaces qui contienent
,une infinité d'objets d'ambre sculptés ou travaillés
au tour p. ex. des tabatières, des étuis, des pommes
de cannes, des colliers et des jouets. Aux deux
côtés de la grande armoire on voit plusieurs reli-
quaires ou écrins d'ambre, ornés d'ivoire, qui da-
tent du 16. siècle, et vis-à-vis une petite armoire
plus ancienne que la grande à 16 tiroirs.
A l'autre côté de la salle on a placé vis-à-vis près des
deux portes un grand nombre de vases et d'ouvrages
de fantaisie, composés d'oeufs d'autruche -montés
en vermeil, parmi lesquels on rencontre des bocaux
railleurs en forme d'autruches ou de pélicans, dont
les ailes détachées donnaient sur le nez du buveur
quand il les élévait pour boire le vin qui n'y était
pas. D'autres pièces sont ornées d'images colo-
riées ou de gravures à l'eau forte ou de reliefs
artificiellement sculptés; ce sont probablement des
ouvrages orientaux. Sur la console au milieu de
la glace à côté de la porte d'entrée on remarque un
bocal formé d'un oeuf d'autruche pondu, d'après
son inscription, à Mauricebourg en 1734. Il est
monté en or et soutenu d'une base de porcelaine
de Saxe.
Au même côté on remarque plus de cent vases formés
de conques pour le plupart nautiles (nautilus
40 Salle de la cheminée.
Pompilius Linné) travaillés par des artistes fla-
mands ou allemands en imitation d'ouvrages orien-
taux de ce genre. Nous signalons les nos. 11 et 12
deux coupes par Belekins1) orfèvre et sculpteur
hollandais au 17. siècle, montées en argent par
Dinglinger, orfèvre à la cour d'Auguste II., et deux
salières pareilles placées aux deux côtés de la
grande marqueterie. Un singe y est assis, tandis
qu'un paysan va abattre un arbre à coups de
hache pour s'emparer des fruits (no. 30, reprod.
par Gruner Pl. VII. A.). A la même glace on voit
plusieurs objets de fantaisie, formés de la même
matière, p. ex. un flacon plaqué en écailles de pois-
sons, formées de petits morceaux de nacre, représen-
tant une perdrix (cette pièce se trouve au trésor de-
puis 1640, elle est reprod. par Gruner Pl. X), un
vaisseau à voiles etc. A la seconde glace il y a un
vase sur la conque duquel sont gravées des figures
diaboliques dans le goût des Songes drolatiques de
Rabelais. La monture forme un dragon à queue de
corail sur lequel se repose un homme cuirassé ayant
un pied de Satyre et l'autre formé d'une queue de
poisson en pédale; il est monté sur une tortue qui
lui sert de bat et soutient le nautile, surmonté
d'un dragon ailé (reprod. chez Gruner Pl. VI). Un
vase pareil (no. 8) à la même glace est regardé
comme un travail italien.2) Un Faune assis soulève
1) Il y en a deux exemplaires pareils à Berlin avec l'inscrip-
tion: C. bellekin F. (voir Kugler, Die Berliner
Kunstk. p. 267).
2) Le monogramme B. G. acompagné d'un petit lion signifie
le nom de l'artiste. Un bocal pareil, où Neptune monté
42 Salle de la cheminée.
le nautile de ses bras, la tête d'un Satyre' riant
décore le front de la pièce surmontée d'une pan-
thère couchée et garnie de pampres (voir la pl. V.
de Mr. Gruner), attributs d'un bocal. ,
Les deux gobelets renversés, nommés bocaux aux vier-
ges (Jungfrauenbecher) 1), dont les inventaires de
l'électeur Maurice font déjà mention, sont du même
genre. Ils représentent une dame debout en costume
du 16. siècle portant le corset et la jupe de baleine
de cette époque. Elle tient élévées au-dessus de la
tête deux branches en argent ciselé, entre lesquelles
est suspendue une petite conque nautile. On renr
versait la figure, pour remplir de vin jusqu'au
bord la grande coupe, formée de la robe, puis la
petite coupe qui tourne sur elle-même, et alors une
dame l'offrait à son: voisin de table qui devait vider
la grande coupe rubis sur l'ongle, de manière que
la petite conque conserva sa position verticale et
resta pleine. En cas qu'une seule goutte de vin en
sur un cheval marin porte le nautile, tandis que Jupiter
monté sur l'aigle lance ses éclairs du couvercle, est reprod.
dans le Art Journ. Lond. 1851. T. III. p. 28. Il y
est attribué à Benvenuto Cellini. Un autre pareil datant
des a. 1540-70 est reprod. par Hefner-Alteneck,
Gerâthschaften des M. A. T. I. Pl. 70; un troisième
dont on s'était servi à Mayence vers 1514-45 comme
d'un reliquaire, est représ. chezHefner, Trachtendes
M. A. T. III. Pl. 76.
1) Deux gobelets pareils sont conservés à Weimar (reprod.
par Vulpius, Curiositâten T. VI. p. 54.) Un autre
est reprod. p. Hefner, Gerâthschaften T. I. Pl. 32.