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DEUXIEME LETTRE
D'UN ÉLECTEUR DE PARIS
A QUELQUES
ÉLECTEURS DE DÉPARTEMENT.
SAINT-DENIS. IMPRIMERIE DE CONSTANT-CHANTPIE,
Rue de Paris, n, 8.
DEUXIEME LETTRE
D'UN ELECTEUR DE PARIS
A QUELQUES
ELECTEURS DE DEPARTEMENT,
SUR
LES RÉUMONS, LES SÉANCES, LES DISCOURS ET LES VOTES
DES MEMBRES
DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS.
Si la France le savait!...
PARIS.
CHEZ LEROSEY, LIBRAIRE, PALAIS-ROYAL,
GALERIE VITRÉE, N° 2l6, VIS-A-VIS CHEVET.
LEVAVASSEUR, LIBRAIRE, PALAIS-ROYAL.
1829.
DEUXIÈME LETTRE
D'UN ÉLECTEUR DE PARIS
A QUELQUES
ELECTEURS DE DÉPARTEMENT.
Messieurs, ne perdez point de vue l'objet de ces lettres.
Chercher le vrai sens des paroles équivoques et des phrases am-
biguës ; expliquer, autant qu'il est en moi, les énigmes de la tri-
bune etde la presse périodique; ouvrir une entrée à la lumière et
une issue au bruit, dans les lieux où lapolitique délibère loin des
échos et du jour, tel est le but que je me propose. Cette tâche a
ses difficultés : la route où je m'engage est bordée de ronces et
parsemée d'épines : on n'y peut faire un pas sans s'exposer aux
piqûres et aux acrocs.
L'idiôme de la vérité paraît à tous sec et dur; si pour
épargner votre temps et le mien , je m'avisais d'aller droit aux
choses et aux personnes , il s'élèverait de tous les coins de
Paris ce que Beaumarchais appelle un chorus universel d'horreur
et de proscription : je me ferais lapider. Nommer l'orateur
qui monte à la tribune, et ne pas ajouter : un profond silence s'éta-
blit, c'est presque omettre son nom. Citer textuellement ses
phrases et ne pas les couper par les parenthèses : Bravos à
droite : ou bravos à gauche ! l'orateur descend au milieu des
félicitations empressées de ses collègues, autant vaudrait le
mutiler à la manière des journaux du soir , ou comme le deman-
dait modestement un député bourguignon, se borner à dire : l'o-
rateur a parlé avec son éloquence ordinaire.
Toute candide, tout inoffensive qu'elle est, déjà ma première
lettre donne lieu à mille réclamations; je vais satisfaire à trois ou
quatre pour faire preuve de bonne volonté : et puis nous parle-
rons d'autre chose.
M. CASIMIR PERRIER.
M. Casimir Perrier (j'en suis marri sincèrement), n'est pas aussi
( 6)
complètement remis de sa longue indisposition que je l'avais jugé
à l'audition du discours qu'il prononça sur la tombe d'Alexandre
de Lameth. S'il continue à garder dans la chambre et sur toutes
les questions un silence obstiné, c'est par ordonnance des mé-
decins. Ses parens , ses amis l'affirment, aucun autre amour que
celui de la vie ne le soumet à cette hygiène de trapiste. Les
émotions de la parole lui sont si sévèrement interdites par ses
esculapes ; il se montre si fidèle à leurs prescriptions, que même
dans la commission du budget, il s'en est remis à MM. de Berbis
et Humann du soin de combattre les doctrines fiscales de M. le
ministre des finances ; depuis l'ouverture de la session on n'a
entendu sortir de sa bouche que ces paroles : Ecoutons les ponts
et chaussées.
Si au lieu de voter à la tribune , M. Casimir Perrier demeure
sur son banc, ou s'il lui arrive, comme au budget ecclésiastique,
de se trouver debout avec les membres de la droite, quand ceux
au milieu desquels il a pris place restent assis : c'est sa maladie.
Ni le philtre des mines d'Anzin ; ni le charme magique des fêtes
de Troyes, où, dans un quadrille législatif (1), il ne se montra
pas moins digne qu'à la tribune de représenter le peuple
français, ne lient sa langue et n'enchaînent ses pas.Voilà donc
les causes de son silence bien reconnues , bien constatées ; c'est
de santé et non de ministère qu'il s'agit : prenez-en note afin
d'éviter les méprises à l'époque prochaine ou reculée du renou-
vellement intégral.
M. PETOU.
Le maire d'Elbeuf est un magistrat actif et zélé, un député
consciencieux et assidu à ses devoirs; néanmoins à cette séance
du 25 avril, que lui-même qualifie de funeste , il se trouvait du
nombre des absens; je ne me suis pas trompé sur le fait. Mais, sur
la foi de témoins trop peu attentifs, je vous ai dit que M. Petou
était en tournée de fabrique, tandis qu'il avait pour s'absenter
(1) M. Eusèbe Salverte qui se trouvait à Troyes au moment de ces fêtes
dansantes, invité à figurer dans la contredanse des députés, s'en défendit
en disant qu'il n'avait pas l'honneur d'appartenir à la députatiqn du dé-
partement de l'Aube.
(7)
une cause plus grave et plus légitime, une maladie subite et
sérieuse de madame Petou. Il appelle en témoignage M. le comte
Lobau et M.Boissy d'Anglas ses collègues ; précaution superflue.
Sa simple assertion met hors de doute l'exactitude de cette cir-
constance : en toute affaire, M. Petou est croyable sur parole.
M. BENJAMIN CONSTANT. M. DE PRADT.
C'est l'avis des esprits observateurs que le talent qui se prodigué
est un talent qui s'affaiblit. J'ai tâché de faire tout doucement
parvenir cette vérité jusqu'à l'oreille de M. B. Constant'. S'il est
encore orateur plein de feu et de courage, depuis long-temps il a
cessé d'être un des plus jeunes athlètes de la cause nationale : lui-
même a écrit au président qu'il éprouvait le besoin 1 du repos et
qu'il voulait consacrer au dolce far niente les trois ou quatre
jours de vacances que la chambre s'est donnés à la fin du mois
d'avril. Mes salutaires avis ont été pris en mauvaise part. Vous
tirez sur vos troupes ! m'ont crié les amis de M. B. Constant,
qui sont aussi les miens. Je nie le fait-, mais fût-il vrai, ne
m'a-t-il pas induit à ce faire par son propre exemple ? Chaque
matin dans le Courrier Français ne faisait-il pas, de toutes les
pièces de sa dialectique, feu sur M. de Pradt ; lequel, dans le
même journal, et de tribord et de babord, lui lâchait des
bordées à couler bas.
Le trône est trop étroit pour être partagé ,
a dit un poète. Chaire, tribune, journal, tout point où se con-
centrent les regards et l'attention de la' multitude est un trône.
Vous avez pu voir M. de Pradt et M. B. Constant côte à côte
dans les colonnes du Constitutionnel: gênés par ce mutuel voisi-
nage , tous deux sont sortis en même temps pour aller chercher
place ailleurs ; et voilà que de nouveau ils se rencontrent et se
coudoient dans les colonnes d'un autre journal. Bien qu'il ait
agrandi son format, à son tour, le Courrier Français n'a pas assez
d'espace pour les contenir à la fois; j'attends l'un au Journal des
Débats, et l'autre au Journal du Commerce. Le lit de l'Etna a beau
être vaste, Encelade et Briarée s'y seraient trouvés à l'étroit.
(8)
Le dialogue de M. de Pradt et M. B. Constant, dans le Courrier
Français, a été long et vif; pour votre instruction je vais en
extraire quelques bribes.
M. DE PRADT.
» Je ne contiendrai pas plus long-temps l'expression de la souf
france dans laquelle me fait tomber journellement l'incurable
contre-sens de presque tous les orateurs et écrivains qui, d'une
bouche et d'une plume également infatigables, remplissent la
France des notions les plus fausses, des cris les plus vides de sens
sur la nature de notre position. Dans quel système le ministère
agit-il, sous quelles supériorités, sous quels antécédens impé-
rieux ? S'appuie-t-il sur la droite , il est perdu dans la nation ;
sur la gauche, il est perdu à la cour, il cesse d'être. Que peut-il
donc faire? ce que nous voyons des demi-élections communales
et des pensions de pairs.
M. B. CONSTANT.
"Le côté gauche et la France sont d'un côté, le côté droit et
la cour de l'autre ; rien n'est plus vrai. Mais la cour n'est pas le
roi constitutionnel ; la cour est au contraire ce qui sépare le
prince d'avec son peuple ; que cette vérité monte jusqu'au trône,
la cour sera vaincue.
M. DE PRADT.
» Ceci rappelle la naïveté des invitations au ministère, de s'as-
seoir au côté gauche, sous promesse de majorité, et celle de dis-
soudre la chambre, précisément pour en avoir une qui renfor-
cerait le côté gauche. Dans les trois royaumes britanniques , le
plus hypocondriatique de ceux qu'a atteints le spleen, serait guéri
radicalement par des vérités de cette intensité.,
M. B. CONSTANT.
» Je persiste dans ma naïveté.
M. DE PRADT.
« L'assemblée constituante
M. B. CONSTANT.
» Comparer la France de 1789 à celle de 1829, est un anachro-
nisme grave et] qui pourrait être fâcheux.
( 9 )
M. DE PRADT.
» Je n'ai pas confondu la France de 1828 , avec la France de
1789.
M. B. CONSTANT.
» Aurais-je eu le malheur de ne pas comprendre la pensée de
M. de Pradt? Si réellement je ne l'ai pas comprise, c'est ma faute
et non pas la sienne, ses idées ne manquent jamais de développe-
mens , il les reproduit sous plusieurs formes, et s'il était obscur,
ce qui n'est pas, ce ne serait point par laconisme. J'honore la per-
sonne, j'admire le talent de M. de Pradt, mais...
M. DE PRADT.
» Je ne répondrai pas à des éloges par d'autres éloges ni par des
remercîmens. En attendant les pauvres économies du budget,
ne pourrait-on pas faire économie de ce vain complimentage?
Nous surpassons le Bas-Empire en courtoisie , en l'égalant d'ail-
leurs en énergie.
M. B. CONSTANT.
» M. de Pradt blâme les préambules qui se composent d'éloges,
je me rends à ses raisonnemens. C'était une habitude dont il a
d'autant plus raison de vouloir me corriger, que je m'aperçois
comme lui que les éloges entraînent souvent à dire plus qu'on ne
pense. J'adhère à l'improbation qu'il exprime sur le langage de
plusieurs ministres , et dût-il m'en savoir mauvais gré, je ne puis
m'empêcher de m'écrier : que n'a-t-il dit ces choses à la tri-
bune !
M. DE PRADT.
» Une lettre, au moment de ma démission,a répondu d'avance
aux regrets exprobateurs qu'exprime M. B. Constant sur mon
silence à la chambre. Un homme n'affronte pas seul une armée
entière.
M. B. CONSTANT.
» En 1824, l'armée était compacte et nombreuse, nous étions
six ; nous n'avons pas cru qu'il fallût protester par la fuite : l'é-
vénement a prouvé que nous avions raison.
M. DE PRADT.
» Et puis, il faut tenir compte à un homme de toutes les par-

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