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Deuxième lettre de la cousine Madeleine à son cousin le journaliste de Paris

De
8 pages
impr. de Pilloy (Paris). 1861. Paginé 13-20 ; in-8.
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DEUXIÈME LETTRE
DE LA COUSINE MADELEINE
A SON COUSIN LE JOURNALISTE DE PARIS
Paris, 25 mai 1861.
Mon cher cousin,
.... C'est encore du père Nestor que j'ai à t'entretenir (1); il en
est de ses idées comme de son vin, quant il est tiré il faut le boire.
Une assez bonne inspiration lui a fait remettre en perce sa no-
blesse à bon marché, et je viens, à son invitation, t'en verser une
nouvelle rasade. — C'est une marotte, diras-tu ; peut-être bien,
résigne-toi; une de plus n'est pas une affaire, et puisque marotte
il y a, et qu'entre cousins il faut se passer quelque chose, eh bien,
De main en main
Passons-nous sa marotte.
N'est-ce pas, après tout le meilleur moyen de lui faire faire son
chemin ? J'ai compté sur toi pour la pousser ainsi à la ronde, et je
ne pense pas avoir trop présumé de tes bonnes dispositions à ce
sujet si j'en crois le petit entrefilet d'escarmouche que, sur tes
inspirations sans doute, l'un de tes collaborateurs a décoché dans
notre gazette (2), je l'ai lu avec une vive satisfaction et le père
(1) La lettre qui précède a été publiée le 14 avril 1861.
(2) Voici ce qu'on lit dans l'article Bulletin du jour du numéro du 20 avril de
l'Opinion, nationale.
« Le Sénat vient de discuter une grave question. Il s'agissait d'une pétition deman-
« dant qu'on déclare héréditaire les titres de noblesse accordés par Napoléon Ier. — La
« condition attachée à l'hérédité de ces titres, c'est-à-dire la constitution d'un majorat,
« n'a pas été remplie il est vrai, et la loi qui nous régit l'interdit formellement ; mais
« les pétitionnaires veulent qu'on passe outre sans se préoccuper du majorat.
« M. le comte de Casablanca, rapporteur de la commission, a fait ressortir avec une
« éloquence convaincue l'importance de la proposition, et le Sénat, après une discus-
« sion très-animée, a prononcé le renvoi au ministre de ta justice.
« La noblesse est une institution si vieille qu'elle doit être par ce fait même très-
« respectable ; les exegètes prétendent en retrouver la trace jusque dans l'Ancien-
« Testament, ce qui la ferait participer à la sainteté du peuple qui passa la Mer-Rouge
« avec Moïse. Nous nous garderons donc de la moindre irrévérence à sou égard.
" Mais si elle a toutes les vertus qu'on lui attribue, si elle est capable d'élever le sens
— 14 —
Nestor en a tressaillit d'aise, mais il espère que vous ne vous en
tiendrez pas là et que le moment venu tu ne ménageras ni ses
adversaires ni ta plume.
Si elle n'attendait pour donner cependant qu'une occasion favo-
rable, voici de quoi la faire naître : c'est une pétition au Sénat
dont il m'a instamment priée de te transmettre une copie, afin que
tu n'aborde pas le combat sans être armé de toutes pièces.
Il y a lieu de penser, en effet, que si notre auguste assemblée
ne se départ pas à son égard de l'impartialité avec laquelle elle
examine les pétitions, celle du père Nestor ne peut manquer de
soulever une discussion à laquelle il sera difficile à la presse libé-
rale de rester indifférente.
Il me semble que, pour ta part, tu ne saurais en cette ren-
contre ni t'abstenir ni le combattre sans déserter la défense du
principe d'égalité dont tu m'as plus d'une fois vanté les bienfaits
et l'excellence.
Ne te laisse donc rebuter ni par l'assurance des absurdes ni par
l'attitude des mauvais plaisants; il ne s'agit pas de se faire le dom
Quichote d'une ridicule idée du Toboso et d'aller briser des lances
contre les ailes d'une respectable institution, mais de délivrer
l'opinion des idées traditionnelles qui lui imposent un respect
exagéré pour les vestiges d'une institution condamnée, de guer-
royer contre les préjugés d'outre-révolution qu'elles entretiennent
et de faire à tout jamais justice des aspirations de l'ancien régime.
— Nuit et fantômes de la nuit que faut-il pour les dissiper? Du
courage et la lumière. Allons, mon cher cousin, allume ta lan-
terne, non pour chercher des hommes, mais pour les éclairer.
Voilà ce qu'attendent de toi aujourd'hui les principes de 89, le
père Nestor et ta cousine
MADELEINE.
« moral et d'inspirer à ceux qui en sont revêtus de généreux sentiments, pourquoi la
« réserver à un petit nombre de privilégiés? Ne serait-il pas plus sage de faire parti-
« ciper à ses bienfaits la nation entière et de la democratiser comme on a démocratisé
« l'instruction et la justice?
» Milosch l'a bien fait sur les bords du Danube, et nous avons lieu de croire que le
« gouvernement se rendrait très-populaire en imitant le chef de la nation serbe.
« Le vieux Milosch s'était dit que lotis ses sujets étant égaux en courage, en dévoue-
« ment, en patriotisme, il était contraire au droit et à la justice de les différencier par
« des titres. Un jour donc il les déclare tous nobles à la face de l'Europe ; tous, depuis
« les belliqueux Haydouks et les plus humbles pasteurs jusqu'aux sénateurs et aux
« ministres.
" Les Français ne valent-ils pas les Serbes? »

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