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Devant la croix, poésies, par H.-F. Juillerat,...

De
316 pages
C. Meyrueis (Paris). 1859. In-12, XVI-300 p..
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DEYANT LA CROIX
POESIES
PAU
H.-F. JUILLERAT
fïH DES PASTEURS 1) K L Elil.ISE «EFflllMEF. Il K I' Wt 1H
PARIS
LIBRAIRIE DE CH. MEYRUEIS ET (>. EDITEURS
HUE Dr; UIÏOLI, 1 " \
1859
DEYANT LA CROIX
POESIES
PAR
H.-F. JUILLERAT
—-t+TS-CES PASTEURS DE L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS
. i'V \
Tu me feras connaître le chemin de la
vie ; ta face est un rassasiement de joie ; il
y a des plaisirs à ta droite pour jamais.
(Ta. XVI, 11.)
PARIS
LIBRAIRIE DE GH. MEYRUEIS ET 0=
RCE DE RIVOLI, \7h
1859
PRIERE DE L'AUTEUR
Dieu de l'Eglise, accueille ma prière.
Répands tes dons sur ces chants inconnus ;•
Assure-leur une heureuse carrière ;
Fais-les nommer du nom de bien-venus.
Aux Livres saints se trouvent leurs modèles.
Qu'ils soient aimés, des huttes aux palais.
Oui, bénis-les dans les mains des fidèles,
Et dans les mains des mondains, bénis-les !
Qu'édifiés aux accents de ce livre,
Si tu lui veux accorder ta faveur;
Nous nous disions en marchant pour te suivre ;
Comme il est doux de suivre son Sauveur !
— VI —
Et que ton nom, le nom du salut même,
Jésus, Berger des agneaux que tu pais,
Soit notre guide et notre amour sxiprême,
Lui, par qui seiù l'avenir est la paix.
Chantez son nom, rachetés du Calvaire.
Croyez, marchez, grandissez sous sa loi ;
Le chrétien croit, pratique et persévère.
Aimez ! l'amour doit survivre à la foi.
Descends, Seigneur, jusqu'au fond de leur être.
Rassure-les en leur disant à tous :
Lisez ces chants sous l'oeil de votre Maître;
Lisez. Voici, je vais lire avec vous.
Paris, août 1858-1S59.
Le réveil religieux qui dès le commencement du siècle
a éclaté dans plusieurs pays par des symptômes évidents,
et qui se continue encore aujourd'hui, a fait naître égale-
ment, sur divers points à la fois, l'idée assez naturelle de
travailler à l'amélioration du chant sacré. Nul n'ignore
qu'il a eu toujours une grande part dans l'oeuvre de l'édi-
fication publique et dans l'avancement du règne de Dieu.
En France plus qu'ailleurs, peut-être, une pareille en-
treprise était nécessaire, mais nulle part plus difficile : les
suites de la Révocation, d'une part, et de l'autre le règne
d'une philosophie irréligieuse, suivie de la révolution
— VIII —
de 89, rendent raison de cette difficulté. Il a fallu que
l'initiative en vînt chez nous de l'étranger. Nous l'avons
reçue de la Suisse française. Elle s'est fait jour d'une ma-
nière sérieuse parmi nous aux conférences pastorales-an-
nuelles de l'Oratoire, en 1857. On résolut alors de la sys-
tématiser, de la centraliser, de l'effectuer enfin et sans
retard. Une commission de pasteurs du nord, du centre
et du midi de la France, fut chargée de préparer un choix
de psaumes et de cantiques fait avec l'intelligence et le
soin nécessaires pour en assurer le succès. Toutes les
Eglises de langue française en furent informées. Ce re-
cueil est maintenant prêt à paraître. Il sera substitué par-
tout, à ce qu'il paraît, à notre Psautier actuel, dont on
conservera un certain nombre de psaumes et de versets
de psaumes, et les quinze ou seize cantiques en usage
dans nos Eglises pour les solennités ordinaires. Tout le
reste sera écarté. Le retranchement de la plus grande
partie du Psautier qui date de l'époque de la Réformation,
est un fait d'une gravité particulière et qui excitera des
regrets légitimes. On n'en chantait plus, il est vrai, qu'une
partie. Tous cependant sont la reproduction des psaumes
divinement inspirés ; ils ont combattu dans le bon combat
de la foi avec nos pères, sous la croix; il en est un, le
CXXXVIIe, qu'ils n'entonnaient pas sans penser forcément
— IX —
à Rome, acharnée à la destruction de leurs temples, de
leurs établissements religieux et charitables, et à celle des
protestants de toutes les classes, au temps des guerres
de religion du seizième siècle, et au dix-septième durant
la rude guerre des Camisards dans les Cévennes. Ce
psaume, où le Psalmiste s'écrie : Fière Babel, qui réduis
tout en cendre, etc., et quelques autres, étaient, si l'on
peut le dire, la Marseillaise des réformés, lorsqu'ils vo-
laient en chantant avec enthousiasme à la bataille et à la
victoire, tellement enflammés et intrépides, que dans leur
dédain ils comparaient les balles de l'ennemi à des flocons
de laine incapables de les arrêter '. Oui, tous les versets
de ces chants sacrés ont eu leur part dans l'histoire, c'est-
à-dire dans les triomphes et les défaites, les joies et les
douleurs de nos héroïques devanciers. Ils n'en seront pas
moins bannis du Recueil et voués à l'oubli. Les Sociétés
Bibliques répandent chaque jour par milliers le Psautier
en prose, sans en retrancher un seul verset ni un seul
mot, tandis que les vers, qui présentent des avantages
particuliers pour la commodité de la mémoire, sont mu-
tilés et sacrifiés. Ne sait-on pas cependant que, dans les
campagnes surtout, il est des fidèles qui ne retiennent pas
1 On avail proscrit leurs conducteurs spirituels cl^'Evangilc.
une ligne de prose et qui disent de mémoire une foule de
versets mesurés et rimes ?
Ceci dit en passant, j'en viens au présent Recueil, que
je place aujourd'hui, et non sans hésitation, sous les yeux
des fidèles.
Rien de ce qui est destiné à l'édification de l'Eglise ne
saurait m'être indifférent. Les cantiques chrétiens y sont
en faveur : est-il surprenant qu'il me soit revenu en mé-
moire que, parmi les manuscrits poétiques de mon porte-
feuille, il se rencontre un nombre de cantiques suffisant
pour en composer un Recueil que je crois pouvoir offrir
au public sur la fin de ma carrière! Ils datent déjà de loin
pour la plupart, comme il en est qui ne datent que d'hier.
J'en ai redemandé à nos journaux religieux, à divers re-
cueils, même au Psautier de Paris. Rassemblés, ils forment
le volume fort humble que voici, et qui était à peu près
en état de paraître dès le milieu de l'année dernière. Au
déclin de celle-ci il n'a pas encore vu le jour. Le verra-t-il
avant l'année prochaine? J'allais ajouter : Le verra-t-il ja-
mais? C'est qu'il y a loin, en effet, de ma demeure à celle
de l'imprimeur et du libraire, et chaque pas qui m'en rap-
proche peut amener d'autres idées dans mon esprit, d'au-
tres résolutions dans ma volonté. Pour être quelque peu
digne de se montrer, mon volume n'a-t-il pas besoin de
corrections, soit sous le rapport du fond, soit sous le rap-
port de la forme? Il les désire, sans doute; cependant il
ne les obtiendra pas. Je crois entendre au dedans de moi
une voix qui me dit : Tout serait à refaire, et bien souvent
les corrections et les remaniements refroidissent et déco-
lorent au lieu d'améliorer et de vivifier.
Ainsi, outre le désavantage, à la vérité assez douteux,
de n'être point paternellement corrigés, ces vers auront
de plus le malheur de ne se voir accompagnés d'aucune
musique : ils ne seront pas chantés ; ils ne paraîtront s'a-
dresser qu'à des lecteurs, à de rares amateurs de poésie,
et de poésie religieuse ; en un mot, à un public des plus
limités. On me dit, j'en conviens, on me répète : Qui sait
s'ils ne tenteront point quelque compositeur habile, bien
qualifié, qui se sentirait disposé à les enrichir de mélodies
heureusement inspirées, à la faveur desquelles ces vers
pourraient être recherchés pour les réunions de chambre
et le culte domestique ?
Il en est dans le nombre qui ont été embellis des notes
de M. Le Mire, de M. B. Wilhem, de M. Niedermeyer :
pourquoi les autres, en totalité ou en partie, seraient-ils
moins favorisés? Ce n'est point à moi de répondre à une
pareille question, et tout ce qu'on me permettra peut-être
de dire à mes risques et périls sur ce sujet, c'est qu'il
XII
faut que les vers soient faits de telle façon qu'ils se puis-
sent suffire à eux-mêmes.
P. S. Le vrai motif de cette publication est celui-ci :
c'est qu'il est bon, selon moi, que le chrétien, en quittant
ce monde, y laisse un témoignage de sa foi, dont l'Eglise
puisse recevoir quelque édification, à une époque surtout
comme la nôtre, où des hommes, qui passent pour ver-
tueux et sages, y laissent au contraire des témoignages
écrits de leur incrédulité, et se font une monstrueuse
obligation d'attaquer l'Evangile, et jusqu'à la Personne
divine de Jésus-Christ. Des hommes de bien, ose-t-on
dire ! Qu'on dise plutôt des hommes animés en secret
d'un subtil et satanique orgueil, des propagateurs affreux
d'irréligion et de désespoir dans la société, des ennemis
implacables du genre humain, et, si l'on veut, des mal-
faiteurs de bonne compagnie. Pour moi, je le dis avec
sincérité : si j'avais dans la main une preuve démonstra-
tive et invincible de la vérité de l'athéisme, je me garde-
rais bien de l'ouvrir, et, fussé-je appelé à vivre de longs
siècles sur la terre, je mourrais certainement la main tou-
jours fermée. — Veuille le Père de notre Seigneur et Sau-
veur Jésus-Christ, dans les richesses de sa bonté infinie,
— XIÏI —
faire grâce et miséricorde à. ces hommes vertueux et sages !
Ils en ont véritablement besoin.
A Pari», le 2S mai 185!), la veillu de In ^élûbratiuii pieuse et paisible
du troisième jubilé insulaire do l'organisation de notre Eglise
j'éfonné» en France.
NOTE. Foir page vin- — Ce Recueil osl soumis au Conseil presby-
téi*al, invité à l'examiner et à en l'aire l'objet d'une délibération. J'es-
père qu'elle sera favorable. J'en dirai pourtant ici un mot, au seul
point de vue des corrections que je fis, en 4840, au Psautier complet,
psaumes et cantiques, publié à Paris, où il est en usage depuis cette
époque.
Ces corrections n'ont point été admises dans le nouveau Recueil.
Je me bornerai à citer deux exemples de ces corrections. La pre-
mière a pour objet le '2u verset du psaume Iri\
Voici le texte ancien et reproduit :
Tel que l'on voit sur le bord d'un ruisseau.
Croître et fleurir un arbre toujours beau,
Et qui ses fruits en leur saison rapporte.
Sans que jamais sa feuille tombe morte.
Tel est le juste, et tout ce qu'il fera,
Selon ses voeux toujours prospérera.
Voici le texte corrigé :
Tel que l'on voit sur le bord d'un ruisseau,
Croître et fleurir un arbre toujours beau.
Et qui, fidèle a sa riche nature,
Donne ses fruits »aiis perdre fia verdura.
Tel est le juste, il prospère, et ses jours.
Bénis de Dieu, le seront & toujours.
— XIV —
On voil que la correction dit les infimes choses, exccplé qu'elle
emploie la eonslruction directe au lieu de l'inversion grimaçante, et
yui ses fruits, et qu'elle t'ait disparaître l'erreur matérielle contenue
dans ce vers : Sans que jamais sa fcititle tombe morte, erreur dont on
peut voir la preuve au pied de l'arbre toujours vert, dont les feuilles
se dessèchent et tombent périodiquement, mais sont incessamment
remplacées par des feuilles nouvelles qui auront, selon leur essence
particulière, deux ou trois ans à vivre; elle fait aussi disparaîlre, à la
fin du dernier vers, ces deux syllabes rocailleuses : rcra.
Le deuxième exemple est pris du psaume XXVe, aux deux premiers
vers:
A toi, mon Uieu, mon coeur monte ;
ICn toi mon espoir j'ai mis.
Je ne critique point absolument cette image du coeur qui monte,
mais bien l'inversion, mon espoir j'ai mis, et je pense que le mot Toi
placé en répétition à la fin du second vers donnait à ce mouvement
plus de force et de grâce :
A toi, mon Dieu, je m'adresse,
J':ii mis mon espoir en toi.
Une seule remarque de plus. Au psaume CXVIII', le mol bien long
de perpétuellement est répété cinq fois, aussi peu agréable à dire qu'à
chanter ; on le chante du-re per-pé-tu-elle-ment. Je l'avais remplacé
avec avantage. On l'a rétabli. J'avais, par le même motif, écarté le
mot perpétuité qui se rencontre ailleurs.
Au dix-septième siècle, Conrart avait fait d'utiles changements aux
vers de Clément Marot et de Théodore de Bèze. Il est à regretter qu'il
n'ait pas fait ceux dont je m'étais chargé, ils subsisteraient. J'avais
mis à la tête du Psautier de Paris, en 1840, une préface qui pourrait
Être consultée et que, pour cause d'économie, le libraire éditeur a
t'ait disparaîlre après la première édition, qui est, je le répète, de 1840.
I
SUJETS DIYERS
1
SUJETS DIVERS
DIEU
Dieu ! Le voilà le mot suprême,
Le nom divinement divin
Qu'on ne doit jamais dire en vain,
Et qu'avec tremblement on aime !
Mais nul ne saurait pénétrer
Dans les profondeurs de sa gloire;
11 faut se contenter de croire,
FJ de bénir, et d'adorer.
— 2 —
L'homme ne peut le voir et vivre.
Partout présent, partout voilé,
Il n'est nulle part révélé
Que dans les pages de son Livre.
Les continents, les mers, le feu,
Les astres, les groupes d'étoiles,
Les immenses soleils sans voiles,
Ne sont que les ombres de Dieu.
Pourtant c'est avec évidence
Qu'il fait rayonner à nos yeux,
Sur cette terre et dans les ci eux,
Sa magnifique Providence.
Tout a son but et sa raison
Dans ses créations sans nombre :
La lumière répond à l'ombre,
Et le regard à l'horizon.
Les êtres nés de sa parole,
Etres que nul ne sait nombrér,
Courent d'eux-mêmes figurer
Au rang assigné pour leur rôle.
— 3 — .
Mus par un instinct sûr et fin,
Ce qu'avec art les uns produisent,
D'autres avec art le détruisent,
Dans un équilibre sans fin.
A son image il créa Fâme.
C'est en nous qu'il faut le chercher,
Ailleurs il aime à se cacher;
Ici, lui-même il se proclame.
La conscience entend ses lois;
La raison le voit et l'explique;
Le coeur le sent et se l'applique,
Emu des appels de sa voix.
Ainsi la faible créature
Connaît son puissant Créateur.
Dans la nature il est l'auteur,
Nulle part il n'est la nature.
L'âme vole et s'élève à lui
Hors des voiles de la matière,
Et libre elle atteint tout entière
Son immatériel appui.
_ 4 —
Aux yeux de la sainte colère
Notre âme offre un objet impur :
Une tache au fond de l'azur
Résiste à l'astre qui l'éclairé ;
Elle obscurcit le firmament ;
Point noir précurseur de l'orage,
Elle est le signe d'un outrage
Et le gage d'un châtiment.
L'arbre fatal de la science,
Où le démon s'était caché,
A fait fléchir vers le péché
Sentiment, raison, conscience,
L'homme tout entier est privé
De son innocence première.
L'orgueil lui ravit la lumière :
Il est perdu s'il n'est sauvé.
Jusqu'en nos hostiles demeures
Le Dieu de pardon est venu.
Qui connaît son Fils l'a connu.
Le salut remplira ses heures.
L'Eternel est donc avec nous;
11 habite en nous par sa grâce.
Dieu visible, mon coeur t'embrasse.
Mets l'univers à tes genoux!
LES AUTRES NOMS DE DIEU
Ce nom, que les enfants d'Israël n'osaient dire ;
Le nom de Jéhovah qu'ils devaient s'interdire,
Même en lisant, de prononcer,
Ils avaient à le remplacer
Par un autre aussi tutélaire,
Qui ne recelât point la foudre ou la colère,
Et les intimidât, mais sans les terrasser.
0 Jéhovah, Seigneur, Eternel, Jésus, Père !
Ces noms sacrés et doux en qui notre âme espère,
A notre bouche ils sont permis ;
Dans notre coeur tu les as mis
Comme tu les mis dans ton Livre.
— 7 —
Dans l'amour et la paix ces grands noms nous font vivre.
Tous sont des noms divins, mais tous des noms amis.
Chacun d'eux, dans sa gloire, est plus grand que le monde;
La foi de l'univers sur chacun d'eux se fonde.
Excitant l'amour ou l'horreur,
Objets de joie ou de fureur,
L'enfer craint leur majesté sainte,
Et des cieux sans limite ils remplissent l'enceinte,
Ici donnant la paix, là frappant de terreur. -
Adorons-les ces noms que sans cesse on répète,
Quand brille le soleil, quand rugit la tempête,
Quand le bonheur s'épanouit
Sous le toit où nous réjouit
L'accord des coeurs nés de la grâce,
Où le monde a passé sans y laisser sa trace,
Où le vieil homme, enfin, change et s'évanouit.
Sommes-nous affligés, prononçons-les encore
Ces noms consolateurs dont le ciel se décore.
Oh ! qu'ils tempèrent nos regrets,
Nous font marcher dans le progrès
Qui mène du deuil à la joie,
Et d'un pas humble et sûr vers le but nous envoie,
Comme un navire au port joyeux sous ses agrès!
Oui, louons Jéhovah, le Seigneur Dieu fait homme ;
Louons notre Jésus en qui tout se consomme
Pour le salut du genre humain.
Bénis de sa puissante main,
Bénissons sa croix méritoire,
Et vivant à jamais du fruit de sa victoire,
Aspirons à le voir au soleil de demain.
SATAN OU LE PECHE
Le Seigneur a marché nuit et jour sans relâche
Sous le poids douloureux de la divine tâche
Que pour nous racheter il venait accomplir.
Dans le jeûne et l'angoisse on le voyait pâlir.
Une fois il pleura : c'était à Béthanie,
Et non point sous sa croix ni dans son agonie.
Son abnégation pleine d'activité,
Dans la langue du ciel se nomme charité.
Cette venue en chair de l'Eternel fait homme,
Ce miracle profond plus que tous ceux qu'on nomme,
On ne l'a point compris si l'on n'a pas cherché
A se rendre raison des grandeurs du péché.
— 10 -
Satan, pour être ignoble, est trop impitoyable.
Orgueilleux, il est fier d'être appelé le diable ;
Il veut, tyran cruel, armé d'un joug de fer,
Pour ôter l'homme à Dieu le donner à l'enfer.
Sa tactique en Eden ne fut que trop parfaite.
Vaincu de Dieu, sur l'homme il vengea sa défaite.
Sa victime abattue et vouée à la mort,
S'abandonne au péché qu'elle aime et qui la mord.
L'homme, dans cet état, à soi-même contraire,
Est séparé de Dieu comme il l'est de son frère.
L'égoïsme l'étreint, l'impiété l'abat ;
Il marche dans le mal et le mauvais combat.
Le Rédempteur paraît dans cette immense lutte,
Pour arracher Adam aux suites de la chute.
A quel prix, cependant, dut être racheté
Le triste genre humain à l'enfer disputé ?
Ce prix, c'était Jésus, Jésus sur le Calvaire !
Et comme en ses instincts le pécheur persévère,
11 faut que dans son coeur, envoyé par Jésus,
Le Saint-Esprit y règne et forme les élus-
— 11 —
Ah ! le Titan biblique est un rude adversaire !
II imprime à ce monde une peur nécessaire :
Les cris de Golgotha nous le disent assez.
Nous ne sommes pas morts, mais nous sommes blessés.
Cette blessure au coeur, c'est Jésus qui la panse;
Que nous soyons guéris, il a sa récompense.
Riche dans son amour, dans sa grâce puissant,
Il pardonne au coupable et le crée innocent-
Attachés au salut, le suivant sans contrainte,
Redoutons le péché pour vivre exempts de crainte
Dans les bras de Jésus, le vainqueur du serpent,
Le salut du pécheur qui prie et se repent !
Empressons-nous d'aller, sur ses pas, vers nos frères,
Pour nous entretenir des communes misères,
Et du bonheur futur que Jésus a promis
A ses chers rachetés qu'il a faits ses amis.
CANTIQUE DU MATIN
Une voix dans mon coeur s'éveille
Pour me dire dès le matin :
Cherche ton Sauveur de la veille,
C'est le même le lendemain.
Me voici cherchant ta présence,
A l'instant où renaît le jour,
Heureux de sentir l'existence
Et de retrouver ton amour.
Mon oeil se plaît à la lumière
Moins que mon coeur à t'adorer,
Lorsque cédant à ma prière,
Ta grâce me vient éclairer.
_ .J3 —
Qu'elle abonde en moi, qu'elle abonde
Durant le beau jour que je vois,
La grâce puissante et féconde
Qui soumet les coeurs à ta voix.
Ce jour paisible qui se lève,
Pour les uns rempli de faveurs,
Avant que sa course s'achève,
Aura vu couler bien des pleurs.
S'il me faut répandre des larmes,
Préserve mes yeux d'en verser
Pour le monde et pour ses alarmes :
Garde mes pleurs de t'offenser.
Si dans ta bonté tu m'envoies
Des sujets de me réjouir,
Garde aussi mon coeur de ces joies
Que doit suivre le repentir.
11 est en ce monde oh gémissent
Nos coeurs enclins à s'égarer,
— 1-4 —
Des peines qui nous réjouissent,
Des plaisirs qui nous font pleurer.
Ta grâce est la flamme où s'épure
Un coeur vers la terre penché ;
C'est l'eau qui lave sa souillure,
C'est Dieu vainqueur de son péché.
Ranime les feux de mon zèle,
Eclaire ma vie à jamais,
Sainte lumière du fidèle,
Soleil de justice et de paix!
AUTRE
MÊME SUJET
Quand la terre éveillée,
Et de grâce habillée,
Sort fraîche et dépouillée
Des ombres de la nuit,
Alors il est en elle
Une voix solennelle,
Dont la force éternelle
Nous frappe et nous instruit.
Alors elle est en proie
Aux éclats d'une joie
Qui chante et se déploie
En mille bruits divers,
— •](> —
Sur les plaines fécondes, '
Au sein bruyant des ondes,
Dans les routes profondes
Du vaste champ des airs.
Ce concert d'allégresse,
De vie et de tendresse,
C'est à toi qu'il s'adresse,
0 Dieu ! seul Eternel !
Toutes tes créatures,
Exemptes de murmures,
Elèvent des voix pures
Au pied du même autel.
Serons-nous donc moins qu'elles
Empressés et fidèles,
Sous l'ombre de tes ailes,
Seigneur, à t'honorer?
Dieu Sauveur, d'âge en âge,
N'auras-tu pas l'hommage
De l'homme, à ton image
Formé pour t'adorer?
— 17 —
Le boeuf connaît son maître :
Et moi, que tu fis naître,
0 Dieu, pour te connaître,
Je m'éloigne de toi !
Ta gloire est infinie ;
L'univers la publie,
Et moi seul je l'oublie,
Quand tu fis tout pour moi !
Heureux, quand ma paupière
Se rouvre à la lumière,
Si ma faible prière
Touchait mon Créateur!
Ta grâce en moi sommeille.
J'étais pécheur la veille,
Et quand je me réveille
Je suis encor pécheur.
Comme tu rends au monde
La lumière féconde
Qui l'éclairo et l'inonde
De feux et de bienfaits,
— 18 —
Rends la vie à mon âme;
Donne-lui cette flamme
Que sa tiédeur réclame,
Et qui produit la paix.
Qu'elle soit fortunée,
0 Dieu, cette journée
Qui m'est encor donnée
Pour m'approcher de toi;
Qu'elle aspire à te plaire ;
Qu'à mes yeux, qu'elle éclaire,
L'horreur de ma misère
Grandisse avec ma foi.
Si le soir, en ta crainte,
J'ai reçu la paix sainte
Qu'avec joie et sans feinte
J'implorais le matin,
Sûr de ma délivrance,
Je dirai ta clémence,
Des coeurs dans la souffrance
Ineffable festin !
—■ 19 —
Homme, il faut que tu meures.
Le temps, sur nos demeures,
Jette, en fuyant, les heures
Rapides à vieillir.
II vole, il faut le suivre :
Son cours jaloux nous livre
Peu d'espace pour vivre,
Assez pour bien mourir.
Sous le toit que j'habite,
Que ta grâce visite
Un coeur qui sollicite
Sa divine faveur.
Qu'elle me sanctifie !
Heureux qui s'y confie !
Heureux qui glorifie
Le doux nom du Sauveur !
LE SOIR
A la fin de cette journée,
Que tes bienfaits ont couronnée,
Et qui ne doit pas revenir,
Seigneur, chargé de tes largesses
Et plein de foi dans tes promesses,
Je m'arrête pour te bénir.
Tous les dons, soutiens de la vie,
Les plaisirs qui l'ont embellie,
Mes jeux, mes progrès, ma santé,
Mon bonheur de fils et de père,
Les biens que j'ai, ceux que j'espère,
Je ne les dois qu'à ta bonté.
— 21 —
Si j'ai repoussé l'artifice,
Si j'ai pu triompher du vice
Au fond de mon coeur soulevé,
Si malgré lui, fuyant le blâme,
J'ai gardé la paix de mon âme,
C'est ta grâce qui m'a sauvé.
Devant ta majesté divine,
Mon coeur humilié s'incline;
Aux dangers du jour arraché,
Mille dangers, jusqu'à l'aurore,
Me peuvent menacer encore,
Et m'abîmer dans le péché.
Pourrais-je, dans ces heures sombres
Où la nuit nous jette ses ombres
Comme des vêtements de deuil,
Oublier le Saint et le Juste,
Qui, sur son tribunal auguste.
M'attend au delà du cercueil ?
22
En présence de ces ténèbres,
Assiégé d'images funèbres,
De fantômes environné,
Frappé de ce triste silence,
Sans raison, sans foi, sans prudence,
Que je me sens faible et borné !
Si tu créas le jour sans ombre,
Tu créas aussi la nuit sombre,
Comme lui riche de tes dons :
La nuit fait parler ta voix sainte,
Pour nous pénétrer de ta crainte
Et du besoin de tes pardons.
Me voici donc, ô Dieu que j'aime,
Implorant ta bonté suprême,
Dans les mystères de la nuit;
Me voici, faible et solitaire,
Appelant la main salutaire
Qui me rassure et me conduit.
— 23 —
Des sens et du jour séparée,
Aux secrets du sommeil livrée,
Mon âme vivra sans flambeau;
Et mon corps, comme elle paisible,
Pressera la couche insensible
Prête à le livrer au tombeau.
Veille pour moi quand je sommeille.
Si mon âme à demi s'éveille,
En proie aux songes mensongers,
Garde-la de t'être infidèle,
Et daigne alors prendre soin d'elle
Par des songes purs et légers.
Que muet et sourd, sur ma couche,
J'aie encor ton nom à la bouche,
Dans les profondeurs du sommeil,
Et que ce saint nom que j'adore,
Seigneur, soit le premier encore
Que je retrouve à mon réveil.
J'abandonne ainsi tout mon ôlre
Au Dieu qui découvre et pénètre
Les secrets de l'obscurité.
Ta grâce sur moi se déploie
En trésors de paix et de joie,
D'innocence et de vérité.
Loin des objets de ma tendresse,
Bannis les périls qui sans cesse
Nous cherchent la nuit et le jour.
Viens sous le toit de nos demeures,
Avec le sommeil sur nos heures,
Verser la paix de ton amour.
Que cette nuit touche et console
Ceux qui méditent ta Parole,
Les pauvres et les affligés;
Qu'elle soit douce à la souffrance;
Qu'elle ouvre un long champ d'espérance
Aux captifs de chaînes chargés!
— 23 —
0 Seigneur, prends pitié du monde !
Il est une nuit plus profonde,
Que ta grâce peut dissiper :
Couvre les pécheurs de ton aile,
Avant que la nuit éternelle
Tombe et les vienne envelopper.
4"
DÉLIVRANCE
0 mon Sauveur, j'ai mis mon espérance
En ton amour tant de fois éprouvé;
C'est de toi seul que vient la délivrance :
Je veux bénir le Dieu qui m'a sauvé.
Il faut aimer le Dieu qui nous délivre;
Dès qu'on l'invoque on le voit accourir.
C'est pour l'aimer, c'est pour lui qu'il faut vivre,
Et c'est en lui surtout qu'il faut mourir.
J'ai vu la mort, j'ai senti sa présence;
Elle glaçait et mes os et mon coeur.
Seul, entouré de deuil et de silence,
Faible et mourant, j'appelais mon Sauveur.
Dans cet abîme où gisait ma misère,
Quel bras humain m'apporta du secours ?
— 27 —
J'ai des amis ; quel ami sur la terre
Sut le danger qui menaçait mes jours?
0 mon Sauveur, tu pouvais seul entendre
Le cri perdu dont je frappais les airs.
Tu l'entendis, ta main divine et tendre
Me vint répondre au fond des lieux déserts.
Chante, ô mon âme, et bénis sa clémence :
Il m'affranchit des horreurs du trépas.
Bénis-le encor d'une autre délivrance :
Dans ses sentiers il affermit mes pas.
Son Evangile est là qui me redresse,
En m'éclairant sur mes fausses vertus ;
Son sacrifice est ma grande richesse,
Et les péchés qu'il lave ne sont plus.
O Père, ô Fils, ô Saint-Esprit! j'embrasse,
En l'adorant, mon unique trésor.
Je veux l'aimer dans ce monde qui passe,
Dans l'avenir l'adorer mieux encor,
GUERISON
Aux portes des sombres demeures
Avant que je n'eusse touché,
Les faux plaisirs comptaient mes heures,
J'étais esclave du péché.
Insensible à ma conscience,
Dans une folle insouciance
Et de délices abreuvé,
Je ne vivais que pour un inonde
Dont la perversité profonde
Insulte au Dieu qui l'a sauvé.
Tu m'as trompé, monde éphémère,
Dans le mensonge enveloppé :
Ta riante coupe est arrière;
Monde-fatal, tu m'as trompé!
29
Je confiais à tes promesses
Les ignorances, les faiblesses,
D'un coeur à te plaire occupé.
Au fond des mortels précipices,
Où m'attiraient tes artifices,
Dieu me l'a dit : tu m'as trompé !
Toi, toi, pour qui seul je veux vivre,
Seigneur, tu ne trompes jamais.
Ta main s'étend et me délivre
Des biens ennemis que j'aimais.
Ta vérité m'est apparue;
Aussitôt j'ai porté ma vue
Sur les misères de mon coeur.
Quel tableau de honte et d'alarmes !...
Mais ta main vient sécher les larmes
Et guérir les maux du pécheur.
Heureux qui connaît sa misère !
Sur un lit de mort arrêté,
Par son courroux qui régénère,
Le Dieu Sauveur m'a visité.
— 30 —
Elles sont douces ses blessures.
Dans les coeurs remplis de souillures,
Il ouvre des sources de pleurs.
J'avais erré loin de ses voies :
Il me fait connaître les joies
Du repentir et des douleurs.
Que je les bénis ces souffrances
Qui m'ont approché du trépas !
Combien de péchés et d'offenses
Que mon coeur ne soupçonnait, pas !
Que d'illusions dissipées !
Que de misères échappées
Jusqu'alors à mes yeux distraits !
Je vois mes maux et leur remède.
Un Dieu Sauveur vient à mon aide :
Quand il frappe il donne la paix.
Sur ce lit où l'homme décline,
Miné par un mortel poison ;
Quand l'astre de ses jours s'incline,
Prêt à tomber sous l'horizon ;
— 31 —
Lorsqu'aux souffrances il succombe
Et voit s'ouvrir l'obscure tombe
Où son corps doit être enfermé,
Comme avec mépris sa pensée
Pèse alors la gloire insensée
Du monde qu'il a tant aimé !
Source de justice et de grâce,
Eclairé de tes vérités,
Seigneur, à tes pieds que j'embrasse,
J'adore tes sévérités.
Sur la terre tu me rappelles,
Quand aux demeures éternelles
J'allais entrer pour y périr.
Plus tard la mort viendra me prendre.
En attendant, je veux apprendre
Près de ta croix à bien mourir.
UNE CONFESSION
Oh ! qu'il me donne de l'aimer,
Qu'il me donne ainsi de lui plaire,
Ce Dieu qui pourrait m'abîmer
Sous les éclats de sa colère.
Ma conscience me le dit :
En me frappant jl serait juste;
J'ai fait le mal qu'il a maudit,
Et bravé sa colère auguste.
Pour connaître sa volonté,
Me suis-je mis à la poursuivre
Dans les trésors de vérité
Que nous découvre le saint Livre?
— 33 —
Ma main l'a bien souvent ouvert,
Mes yeux en ont lu maint chapitre;
Mais le Livre est resté couvert
Aux regards de mon libre arbitre.
Est-ce pour qu'il soit méprisé,
Que Dieu jadis l'a fait écrire?
N'a-t-il pas cent fois maîtrisé
Les hommes forts qui l'ont su lire?
Ai-je quelquefois répondu
Aux appels sacrés du dimanche,
Et devant la chaire entendu
La vérité fidèle et franche?
Je suis enclin à rebuter
Son enseignement salutaire :
Mon esprit saurait écouter,
Si mon orgueil savait se taire.
Fais taire ce fatal orgueil,
Toi, devant qui l'univers tremble;
'ms,
— 3-4 —
Anéantis ce grand écueil
De toutes les vertus ensemble.
Seigneur, tu peux me convertir,
Et me transformer, et m'absoudre,
Sans me contraindre au repentir,
Par les grondements de ta foudre.
Oh ! que j'entende une autre voix,
Plus forte encor que le tonnerre,
Celle qui, du haut de la croix,
Redit sans fin : Paix à la terre !
LE BONHEUR
Ils sont heureux ceux qui reçoivent
Dans un coeur humble et plein d'amour,
Les saints commandements qu'ils doivent
Pratiquer, Seigneur, chaque jour.
On ne les voit jamais esclaves
Des ordonnances du péché;
Dans le bon combat ils sont braves ;
C'est avec toi qu'ils ont marché.
Ils sont heureux ceux qui respirent
L'air épuré de tes parvis;
Ce n'est pas en vain qu'ils aspirent
Aux vrais biens dont ils sont ravis.
— 30 —
Ta volonté, ta paix, ta gloire,
Ont chez eux la place d'honneur.
Attachés à ce qu'il faut croire,
Us y trouvent tout leur bonheur.
Ils sont heureux ceux que rassemble
Le repas de la charité;
Rien dans le monde ne ressemble
A leur haute félicité.
Le ciel s'ouvre, ils quittent la terre,
Ayant entrevu le saint lieu.
C'est la paix, ce n'est plus la guerre,
Ni l'homme, mais l'enfant de Dieu.
Ils sont heureux ceux que visite,
Même dans ses sévérités,
Le Dieu Sauveur qui ressuscite
Les pécheurs qu'il a rachetés.
C'est sans amertume qu'ils pleurent,
Devant la croix agenouillés;
C'est dans la paix de Dieu qu'ils meurent,
Du vieil homme tout dépouillés.
— 37 —
Ils sont heureux ceux dont la vie
S'écoule active et sans vains bruits,
Exempte de gloire et d'envie,
Mais riche de fleurs et de fruits.
Ils suivent humblement les voies
Du Seigneur qui règne sur eux.
Le siècle ignore ou fuit leurs joies,
Eux ses plaisirs, pour être heureux.

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