//img.uscri.be/pth/e4216474431c431c81cc15e8e1c423b942cfd082
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Dieu et le roi / par M. l'abbé Courtès,...

De
24 pages
Mabilly (Marseille). 1873. France -- Politique et gouvernement -- 1870-1914. 22 p. ; in-8°.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

DIEU ET LE ROI
PAR
M. L'ABBÉ COURTES
CURÉ DOYEN DE BERRE
Auteur de la Brochure
SUR LA PEINE DE MORT
et de celle de
THIERS JUGÉ PAR LUI-MÊME
A MARSEILLE
CHEZ MM. MABILLY, CRESPIN, LEBON ET MICHEL,
LIBRAIRES
A AIX
CHEZ MM. SARDAT ET MAKAIRE, LIBRAIRES
1873
Marseille — typ. Marius Olive.
DIELl ET LE ROI
Nisi Dominus oedificaverit domum, in
vanum laboraverunt qui oediftcant eam.
Si le Seigneur ne bâtit la maison, c'est
en vain que travaillent ceux qui la bâ-
tissent.
Ps. CXXVII.
Il y a dans la vie d'un peuple qui s'égare des circonstances
remarquables dont il faut se servir pour le ramener au senti-
ment du devoir et réveiller en lui l'instinct de la conservation
et de la grandeur. Or, tout nous porte à croire que ces circons-
tances sont venues pour le peuple français. Accablé, en effet,
sous le poids de ses malheurs et se voyant sur les bords de
l'abîme où le précipitaient les fautes de ses chefs et ses propres
égarements, ce peuple, foncièrement bon, recule épouvanté et
se dispose, depuis le jour à jamais mémorable du 24 Mai. à
revenir aux principes qui l'ont rendu pendant quatorze siècles
si fort, si grand, si glorieux. Aussi nous permettra-t-il, nous
osons l'espérer, de lui montrer dans l'oubli de ces principes la
cause de sa décadence et dans le respect qui leur est dû le
moyen de s'élever, encore au premier rang des nations. Ces
principes sauveurs que nous invoquons ici, sont, comme l'in-
dique le titre de notre brochure, Dieu et le Roi. Dieu et le Roi,
disait Bayard, voilà nos maîtres, oncques n'en aurai d'autres.
Ce brave chevalier parlait d'or assurément, et c'est parce qu'il
fut fidèle à sa devise, qu'il tint à sa promesse jusqu'à sa der-
— 2 —
nière heure, qu'il fut toujours sans peur et sans reproche. Eh
bien ! comme lui la France sera non-seulement sans peur et.
sans reproche, mais encore heureuse au dedans et respectée au
dehors, si elle sait joindre d'une manière intime le service de
Dieu au service du Roi. Vous le voyez, la question est grave au
plus haut point. Il s'agit d'un arrêt de vie ou de mort pour
notre patrie. De là, pour tout enfant qui l'aime, le devoir de
prendre la parole ou la plume et de communiquer librement à
ses compatriotes, ses pensées, ses réflexions, le fruit de toutes
ses études, afin de contribuer autant qu'il est en lui à l'éclair-
cissement et à la propagation de nos deux principes : Dieu et le
Roi.
C'est ce devoir que, pour notre compte et dans les limites
de notre sphère bien modeste, nous allons essayer de remplir,
en payant le tribut que notre pays a le droit de nous deman-
der. D'autres le payeront sans doute en monnaie de meilleur
aloi, et bien sincèrement nous serons les premiers à nous en
réjouir ; mais cette conviction ne nous dispense pas de nous
acquitter.
Dieu et le Roi. Le service de Dieu vient tout naturellement
en première ligne, parce que Dieu est notre premier maître.
C'est presque une naïveté de le dire, aussi n'est-ce pas une
thèse de théologie que nous venons défendre dans cet opuscule,
ce n'est ni le temps ni le lieu. Notre unique but est de faire
voir à de pauvres égarés les terribles conséquences de l'oubli de
Dieu que leurs chefs de file, sortis des bas-fonds de la société,
leur prêchent chaque jour avec tant de perfidie. Ces consé-
quences sont la perversion de l'individu et le renversement de
la société. ,
Et d'abord, la perversion de l'individu : l'individu aban-
donne Dieu, c'est pourquoi Dieu l'abandonne ; c'est de la jus-
tice. Mais qu'est-ce que ce renieur et ce renié de Dieu livré à
lui-même, c'est-à-dire à ses propres faiblesses ? C'est un in-
sensé qui croit se rendre indépendant en secouant le joug
suave du Seigneur et qui devient l'esclave du vice, le jouet de
toutes les passions ; c'est un aveugle qui marche au travers des
précipices, par des voies égarées ; c'est un damné qui trouve
déjà l'enfer sur la terre et se livre sans remords à tous les excès
qu'enfante l'athéisme; aussi serait-il fâché qu'on lui prouvât
- 3 -
qu'il a une âme, qu'au-delà de cette vie il trouvera une autre
vie. Il croirait manquer de fermeté, de force et de génie s'il ne
s'élevait au-dessus de ce qu'il appelle les préjugés, les supers-
titions de nos pères. Enfin il adopte le néant ou si vous le vou-
lez le doute que pourtant il abhorre, comme une vérité qu'on ne
saurait nier. Mais ce n'est pas tout, le révolté qui vit loin de
Dieu, travaille par ses leçons autant que par ses exemples à
pervertir les âmes. Il n'est donc pas seulement l'artisan de sa
propre ruine, mais c'est encore un démon pour ses semblables.
Souvent, sous la protection d'un gouvernement athée, il parle
et il écrit contre tout ce qu'il y a de plus sacré au monde. La
morale publique, l'ordre, la famille et la propriété ne sont pas
mieux que la religion à l'abri de ses attaques. II se fait des dis-
ciples qui bientôt deviennent maîtres et répandent à leur tour
le poison des mauvaises doctrines. Voilà ce qui explique le
dépérissement de la société. Les moeurs découlent des croyan-
ces. Nous voyons en effet dans tous les temps comme chez toutes
les nations, les moeurs se corrompre à mesure que les croyan-
ces s'affaiblissent. Et que sera-ce donc lorsque ces croyances
feront place aux plus grossières erreurs et que l'instruction
publique sera répandue de la chaire de pestilence ? La con-
duite unanime et uniforme de tous les législateurs démontre
qu'il y a impossibilité de fonder les lois et la société civile sur
une autre base que la religion. Vous bâtiriez plutôt une ville
en l'air, dit Plutarque, que d'établir une république, c'est-à-
dire, un gouvernement quelconque sans religion, et puisque
l'homme n'a point été destiné par la nature à vivre sauvage et
isolé, il est évidemment né pour être religieux. C'est pourquoi,
il ne faut pas une forte dose de science en fait d'histoire pour
le savoir ; toujours et partout l'instruction religieuse a été la
base de renseignement public et la première cause de la pros-
périté des peuples ; aussi remarque-t-on que ceux qui ont né
gligé cette instruction dans leurs écoles ont fini par sombrer
comme le vaisseau qui a perdu son gouvernail.
La Grèce et l'Italie, par exemple, ne sont descendues au der-
nier rang des nations que parce qu'elles ont souffert que leurs
philosophes, enseignant le peuple, révoquassent en doute
l'existence des dieux. On a beau l'aire et beau dire, les siècles
des sophistes seront à jamais les siècles des grandes décaden-
ces, et ce sera toujours la barbarie qui coupera le fil de l'argu-
— 4 —
ment. Les corruptions de l'esprit seront toujours suivies des
corruptions du coeur, et ces corruptions, qu'on le remarque
bien, seront d'autant plus déplorables, d'autant plus instruc-
tives pour la société, qu'elles seront acceptées par les masses
comme les résultats nécessaires de la marche du temps. On
croit avoir tout excusé, même les excès les plus monstrueux,
quand on a dit : ce sont les progrès du siècle. Le siècle pro-
gresse, c'est vrai, mais, qu'on nous permette de le dire dans
l'intérêt de notre cause, le siècle progresse vers la barbarie et
le chaos. Aussi la corruption devient une lèpre presque géné-
rale. Elle n'appartient plus à quelques mécréants pervers ; elle
est tombée comme un fléau, dans le domaine public, et puis
faudra-t-il s'étonner si le corps social prend de temps en temps
des redoublements de fièvre qui font craindre pour ses jours.
Mais ne l'avons-nous pas dit ? C'est le philosophisme suivi du
dérèglement des moeurs qui amena le dernier siècle des gloires
de l'Attique et précipita la chûte de l'empire Romain. Athènes
n'eut des philosophes, c'est-à-dire des impies, que la veille de
sa ruine. Cicéron et Lucrèce ne permirent le doute pur des
discussions sur la nature des Dieux qu'au bruit des guerres
civiles qui creusèrent le tombeau de la liberté. Mais pour-
quoi allons-nous chercher dans les souvenirs de l'histoire
ancienne la confirmation d'un principe qui a été consacré par
les siècles? Ne sait-on pas, d'ailleurs, que la distance des
temps diminue toujours l'impression que doivent faire sur nous
les leçons de l'expérience. Ouvrons dans les pages de notre
histoire et nous y verrons une punition bien sensible du Ciel
dans les événements qui suivirent de près la substitution du
culte de la raison au culte de Dieu. Faut-il, pour laisser une
impression plus profonde dans l'âme de nos lecteurs, leur
mettre sous les yeux les horribles scènes de l'infernale tragé-
die de quatre-vingt-treize? C'est navrant pour un coeur français,
mais ce n'est pas sans importance. Eh bien ! puisqu'il le faut,
voyez les temples du Dieu vivant profanés ou détruits ; les
saints tabernacles enfoncés et vides ; le pain des anges foulé
aux pieds, livré aux flammes ou devenu la pâture de vils ani-
maux ; les vases sacrés servant à d'infâmes orgies et les prêtres
traqués comme des bêtes fauves. Ces prêtres, dit Danton, ne sont
pas coupables, mais il faut qu'ils meurent parce qu'ils sont hors
de place, entravent le mouvement des choses et gênent l'avenir.
— 5 —
Ces paroles supposent que l'innocence n'est rien et que
l'ordre moral peut être retranché de l'ordre politique sans le
faire périr, ce qui est faux ; car, comme une conséquence
naturelle de coups portés par l'impiété à la vertu et à la Reli-
gion, voyez passer la justice de Dieu, cette longue série de
têtes de Gorgones, ces tigres habillés â la française qui ont un
nom parmi les hommes historiques de la Terreur, mais qu'on
ne peut nommer sans se salir les lèvres; oh! quelle rude
besogne ces monstres là vont préparer au bourreau. Voulez-
vous vous en faire une idée, entendez le féroce tribun, dont le
poignard d'une jeune fille fera bonne justice, s'écrier avec un
demi-sourire satanique : Peuple, il te faut couper deux cent
soixante-dix mille têtes. Cette sublime harangue a de l'écho à
l'Assemblée législative qui adopte à l'unanimité la mécanique
sépulcrale sans laquelle les jugements sommaires, les assas-
sinats juridiques ne pourraient s'exécuter. Avides de sang et
de carnage, les ennemis de Dieu et des hommes se disputent à
coups de couperets les siéges du tribunal révolutionnaire et
envoient tous les jours à l'échafaud des milliers et des milliers
de victimes ; et qu'on ne croie pas que ce soit seulement à
Paris, la terre classique de l'émeute, le berceau de toutes les
révolutions que l'on trouve ces horreurs sans pareilles. Des
troubles et des désordres du même genre ensanglantent les
départements. Voyez à Caen, l'on se rassasie de massacres et
l'on mange le coeur de M. de Relzunce, le parent du saint
évêque de Marseille, dont les rouges de cette ville, qui ont un
estomac d'autruche, voulaient manger la statue au moment on
ils débaptisaient la rue qui portait son nom ; à Nantes, on fait
les fameuses noyades et les mariages républicains ; à Orange,
la machine à sang fonctionne nuit et jour, expédiant pour le
Ciel, à la suite du Roi martyr, des troupes innombrables de
jeunes vierges, que des brutes à figures humaines viennent d'ar-
racher de leur couvent. Enfin la guillotine est en permanence
sur les places publiques de nos grandes villes et le sang le plus
pur coule dans leurs ruisseaux. La voix de ce sang, comme
celui d'Abel, crie de la terre jusqu'au Ciel, selon l'expression
de la Genèse. Aussi plongez, plongez plus bas, plongez encore
le regard au fond de l'abîme, et vous y trouverez la société fran-
çaise avec le râle de la mort. Voilà où mènent par le plus court
chemin l'oubli de Dieu et le mépris des saintes doctrines ; c'est
— 6 —
ce qui nous porte à dire avec un illustre écrivain : que celui
qui parle ou écrit pour ôter un dogme national au peuple, doit
être pendu comme un voleur domestique. Rousseau même en
est convenu dans le Contrat social, sans songer à ce qu'il
demandait pour lui-même.
Mais il est temps, ce me semble, de détourner nos regards
de ces tableaux lugubres au suprême degré, pour les porter
sur des spectacles plus rassurants. Nous les trouverons chez
les peuples où la religion a été un besoin et la vertu un hon-
neur. Mais l'histoire universelle est là pour nous l'apprendre,
jamais les nations n'ont été si grandes, aussi prospères, que
lorsque se déclarant les vassales de Dieu, elles lui ont offert
dans les pratiques religieuses le tribut de leurs hommages.
Qu'est-ce, en effet, qui avait rendu si célèbres les peuples qu'on
appelait barbares? Qu'est-ce qui avait rendu si beaux, si
grands, si splendides les siècles de Périclès, d'Auguste, de
Léon X et de Louis XIV..? N'est-ce pas le sentiment religieux
qui régnait en souverain dans tous les coeurs et s'exprimait
ensuite d'une manière si solennelle dans les cérémonies du
culte? Qu'est-ce qui avait donné tant de lustre à la France?
Voyons, qu'on soit franc et sincère; n'est ce pas son ardent
amour pour le Dieu de Clotilde et l'observation de sa loi sainte
qui en avait fait la première nation du monde? Mais n'est-
ce pas encore parce qu'on l'appelait si justement la fille aînée
de l'Eglise qu'elle devint l'instrument de Dieu pour l'exécution
de ses desseins et de ses oeuvres, gesta Dei per Francos ? N'est-
ce pas parce qu'elle a marché sous les drapeaux de la Croix,
qu'elle a repoussé du sol européen, d'une manière si glorieuse,
les armées du faux prophète? Oublierons-nous ce déborde-
ment d'héroïsme qui alla inonder l'Orient alors que ces con-
trées infidèles menaçaient de tout envahir? Eh! quel temps
fut jamais plus fertile en grands courages que ces siècles de
foi où le Roi et le peuple, les bourgeois et les preux chevaliers,
la croix sur la poitrine, se levaient comme un seul homme
pour la défense des lieux saints? Oui, c'est par la Croix que se
sont opérés ces prodiges de bravoure et de dévouement. C'est
par elle enfin, pourquoi ne le dirions-nous pas, c'est par
la Croix et par la Croix seule que la France, aujourd'hui si mal-
heureuse par notre faute, a prospéré pendant quatorze cents ans,
alors que cette Croix brillait sur le front de nos Monarques, sur
- 7 -
les remparts de ses villes, sur les mâts de ses vaisseaux et sur
la cîme de ses temples. Voilà de l'histoire et de l'histoire au-
thentique, s'il en fut jamais. C'est la Croix quia fait la France,
comme c'est l'abeille qui a fait la ruche; mentez, mentez,
Voltaire et Compagnie ; jamais vos mensonges ne détruiront
cette vérité.
Il est donc certain, d'après ce que nous venons de dire, que
le service de Dieu est absolument nécessaire pour faire arriver
la France au comble du bonheur, au faîte de la gloire. C'est
la première condition qu'elle doit remplir pour cela ; la seconde,
qui n'est pas moins indispensable, c'est le service du Roi. Il
ne sera pas difficile de le prouver. Mais pourquoi, nous dira-
t-on, ne voulez-vous pas de la République? Pourquoi? Mais
pour une raison bien simple et qui en vaut mille autres. Nous
ne voulons pas de la République, parce qu'un homme sensé ne
doit vouloir que ce qui est possible. Or, nous pouvons le dire
bien haut, la République n'est pas possible en France. Certes,
il nous semble que les épreuves que nous en avons faites et
l'essai loyal que nous en faisons, devraient convaincre ses
plus chauds partisans, que ce mode de gouverner ne vaut rien
pour nous. Bien certainement, si Monsieur Thiers n'était pas
né pour la contradiction, il ne se serait pas contredit lui-même
en conservant plus de cinq minutes après la défaite des com-
munards, un régime constitutionnel qui, d'après lui, mène
toujours au sang ou à l'imbécillité, et dont le nom seul, quand
il est prononcé sans rire, serait capable de faire reculer notre
pays jusqu'aux antipodes. Ce bon Monsieur, peut-être, comme
le père Mallebranche, ne se lève pas à cinq heures du matin
pour dire comme les autres. Dans le paroxisme d'une sainte
colère, il nous a défié de faire la Monarchie. Dieu merci nous
la ferons et nous n'aurons pas besoin de lui pour la faire;
mais avec le calme le plus profond nous le défions lui-même
de faire la République ; il ne la fera pas, parce qu'il ne pour-
rait la faire sans nous, qui comptons bien pour quelque chose
dans l'Assemblée Nationale et dans l'opinion publique. Ici,
soyons de bonne foi, il ne s'agit pas de se fâcher tout rouge
comme à la tribune, encore moins de se vanter pour faire triom-
pher son opinion en grossissant comme avec un microscope,
les services rendus à la patrie ; il s'agit seulement de raisonner,
si l'on est raisonnable, et d'avoir au fond du coeur et non sur
— 8 —
le bout des lèvres, assez de patriotisme pour ne pas com-
promettre les intérêts de la France, en s'obstinant à la faire
vivre côte à côte avec la République. Quelle union, grand
Dieu ! la nuit avec le jour, le ciel avec l'enfer. C'est bien le
cas ou jamais de faire un légitime divorce. Mais est-ce que
notre ancien Président n'a jamais lu Rousseau, Montesquieu
et les encyclopédistes ? Ah ! nous connaissons assez les ten-
dances de son esprit pour être autorisés à croire qu'il a choisi
plus d'une fois les livres de ses sceptiques pour faire sa lecture
spirituelle. Eh bien, alors, pourquoi ne voit-il pas que la
République n'est possible qu'à Monaco, et encore pour peu de
temps; car à peine la convention en aura fait avec plaisir la
connaissance, qu'elle disparaîtra comme frappée de la peste.
Monsieur Thiers, sachez-le bien, vous et les vôtres, quelle que
soit votre nuance dans la couleur politique, vous nous faites
l'effet d'un homme qui, malgré sa taille de nain, veut toucher
la lune avec les doigts quand vous vous démenez pour l'éta-
blissement de votre République conservatrice. L'examen des
conditions fondamentales que les publicistes les moins suspects,
les économistes les plus impartiaux regardent comme l'essence
du gouvernement républicain, nous donne le droit de vous dire
et de vous dire bien haut, comme plus d'une fois vous l'avez
dit vous-même, que ce gouvernement n'est pas fait pour nous.
Vous allez en juger.
La première condition pour que la République puisse s'im-
planter dans un pays quelconque, c'est que la probité et les
vertus soient les qualités dominantes des citoyens. Il est bon
de faire observer que la vertu, comme l'entend Montesquieu au
troisième chapitre du troisième livre de l'Esprit des lois, c'est
le désintéressement et l'abnégation personnelle. Un vrai répu-
blicain, celui probablement que Diogène chercherait encore
sur la place publique et une lanterne à la main en plein midi,
doit faire peu de cas des richesses et être toujours prêt à quitter
les plus hautes fonctions pour rentrer dans la vie privée. Cette
vertu fut celle d'Aristide et de Phocion à Athènes, de Caton
l'ancien, de Cincinnatus et de Curius à Rome.
La seconde condition, c'est que le pays qui veut être républi-
cain n'embrasse qu'un très-petit territoire où le peuple puisse
facilement se réunir dans ses comices et où chaque citoyen
connaisse tous les autres ; nous aimons encore à citer à l'appui