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Discours à la gloire des armées françaises, pour la célébration de la mémorable paix de Tilsit, par Dubroca

De
59 pages
l'auteur (Paris). 1807. In-8° , 61 p..
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DISCOURS
A
LA GLOIRE
DES
ARMÉES FRANÇAISES,
POUR LA CÉLÉBRATION
DE LA MÉMORABLE PAIX DE TILSIT.
DISCOURS
A
LA GLOIRE
DES
ARMÉES FRANÇAISES,
POUR LA CÉLÉBRATION
DE LA MÉMORABLE PAIX DE TILSÏT.
PA,, DUBROCA.
A PARIS,
CHE Z
L'AUTEUR, rue Christine, nO. 10, faubourg Saint-
Germain ;
LENORMANT , Libraire, rue des Trêtres-Saint-Germain.-;
, l'Auxerrois.
1807.
DISCOURS
A LA GLOIRE
DES ARMÉES FRANÇAISES ,
POUR la Célébration de la Mémorable Paix-
de Tilsit.
Attum igitur prœclarè vobiscum, fortissimi milites ,
quod vestra virfus , nec oblivione eamm qui nunc sunt.:
nec reticent-iâ posterorum insepulta esse poterit. CIC.
Philip. i4.
En rendant de tels services à votre patrie, braves guer-
riers , vous avez encore travaillé pour les intérêts de,
votre gloire : car votre valeur ne pourra jamais être ense-
velie , ni dans l'oubli de vos contemporains, ni dans le.
silence de la, p.ostéritélo.
C'EST ainsi, MM, que s'exprimait un des,
plus grands hommes de l'antiquité, en s'a-
dressant aux armées romaines dont Invinci-
ble valeur venait de fixer les hautes destinées,
de l'empire. Ce n'est point assez pour lui de,
relever l'éclat de leur célébrité par l'impor-
tance de leurs services y ni par les suites qu'ils
doivent avoir pour la prospérité de lçuç
(6)
patrie ; entrainé par un noble enthousiasme,
il prophétisé leur gloire immortelle, et il leur
montre, jusqu'aux générations les plus re-
culées, les siècles attentifs à rendre hommage
à leurs vertus guerrières, et à perpétuer par
une constante admiration la mémoire de
leurs hauts faits.
Guerriers français ! je viens vous adresser
aujourd'hui le même langage, parce que vos
immenses travaux et leur glorieuses consé-
quences sont les mêmes: comme ces fières
ïégioiifv de l'antique Rome, vous avez élevé
votre patrie au premier rang des nations;
vous. a,vez fixé par votre valeur héroïque ses
hautes destinées : mais en même temps vous
avez travaillé pour les intérêts de votre
gloire; car l'univers est plein de votre re-
nommée, et la postérité ne cessera jamais
d'admirer le siècle que vous avez illustré
par vos magnanimes travaux. Oh ! que ne
m'est-il donné de pouvoir exposer dignement
ici les titres que vous avez à cette immortelle
célébrité ! Mais, faibles orateurs que nous
sommes ! nous ne pouvons rien pour la
gloire des ames extraordinaires ; leurs
seules actions suffisent pour les célébrer;
( 7 )
toute autre louange languit auprès de celle-
là , et quels que soient nos efforts pour en
parler avec dignité ; prévenus par les pensées!
de ceux qui nous écoutent, nous avons
toujours à répondre au secret reproche
qu'ils nous font d'être demeurés beaucoup
au-dessous de notre tâche. ,p"
Faudra-t-il cependant se taire ? faudra-t-il,
parce que nul langage ne saurait exprimer les
vertus guerrières des héros de no!re patrie,
qu'aucun Français n'ose élever la voix pour
raconter ta gloire de nos armées et procla-
mer leur honorable immortalité ? Loin de
nous ce silence pusillanime;, une stérile
admiration ne peut plus suffire à l'étendue
de nos sentimens. Quand la gloire de la
patrie est le fruit du sang de ses défenseurs,
le premier besoin de tous les cœurs est dé
manifester la reconnaissance qui les anime
et de la publier. <
C'est donc, généreux guerriers, pour vous
offrir le pur hommage de ce sentiment, que
je viens parler de vos services, de vos tra-
vaux, de vos campagnes immortelles, de
votre dévouement héroïque, de tout ce que
VDus avez fait pour la gloire et pour la
(8)
prospérité de votre patrie. Vous le dirai-je?
un autre sentiment aussi irrésistible m'anime
encore dans ce grand projet : c'est l'orgueil
national qui s'approprie avec charmes tout
ce qui tend à le justifier et à l'élever. Quel
Français en effet n'est pas orgueilleux en
quelque sorte de la gloire des héros de sa
patrie? Qui de nous n'a pas senti , son âme
s'ennoblir à. l'aspect de leur généreuse
audace , de leur valeur invincible, de leurs
magnanimes efforts ; et comment ne pas
célébrer des vertus auxquelles on attache
ainsi sa propre gloire ? -
Mais par où commencer l'éloge- de nos
armées ? comment fixer votre attention sur
tant de héros à la fois? comment appeler
vos regards sur tant d'actions de dévouement
et, de valeur dont la moindre eût honoré les
annales si pompeuses de l'antiquité ? Quels
lieux de la terre n'ont pas été les témoins, de
l'héroïsme de - nos guerriers? quel fleuve
n'a pas été rougi de leur sang? quelles mon-
tagnes, quels, abtmes ont pu, arrêtef leur
marche victorieuse ? quels âpres climats ,
quelles tempêtes, quelles saisons rigole uses
ont abattu ou- même étonné leur Couragç ?
( 9 )
Essayons cependant,. MM., de mettre
quelqu'ordre dans un sujet qui semble en
comporter si peu. Pour y réussir, traçons,
à grands - traits1 les principales époques de
l'histoire si glorieuse des armées françaises,
depuis celle où FEurope entière voulut
engager une lutte contre la France, et lui
-contester son indépendance ; jusqu'à nos
joqrs, où la paix de Tilsit a couronné tant
d'années de travaux;> de dévouement et de
gloire, :
Jeunes guerriers !, c'est ici le grand tableau
qui doit fixer toute- votre attention et
redoubler l'intérêt que vous inspire l'ho-
norable profession que vous exercez. C'est
ici quil y a sujet de s'enorgueillir d'être
soldat français, d,e marcher dans un-e carrière
illustrée par tant de vertus héroïques, et
d'appartenir h dep corps que tant de grands
tommes ont immortalisés. •
l 1
Lorsque la France se vit menacée, en 1792,
par une grande partie des puissances de
l'Europe ,, tans les regards se portèrent sur
les armées qui-pouvaient alors la défendre.
On y vit des soldats et presque-point de
( 1Q )
généraux. Quelques ames timides portèrent
leurs alarmes à la tribune législative : « Eh
quoi ! répondit un des orateurs les plus dis-
tingués de l'assemblée (1), eh quoi! parmi
tous ces soldais1 si fiers' de leur caractère,
pensez-vous qu'il ne se trouve -pas des
hommes qui devinent Fart- de la guerre^
des peuples libres; deshammes qui s -achent,
avec le courage qu'on ne srupplée £ bint,
suppléer à tout? On manque, <Hit-on , cFoffi-
ciers-généraux ; consolez-vous ; le secret
de les former est trouvé : suspendez la règle
de Tavanceinênt militaire l'émulation
l'espoir des couronnes aura bientôt mûries-
talens, et vuus aurez des humynes. »
Jamais paroles ne furent pîus prophéti-
tiques , ni Suivies d'effiets pins rapides ét
plus étehems. Deux mors après, la France-
entière,, réveillée au Bruit des dangers
dont elle était menacée , était couverte"
de combatians qui, de toutes les parties de
l'Etat, se précipitèrent vers lèpoint qui était
envahi. - H -- L
C'est alors que s'avancèrent au milieu
_! l'i i ■ - ! lit ■ "■
(i) BrissoU:
( 11 )
de leurs bataillons, ces hommes extraor-
dinaires qui devaient étonner l'univers par
la grandeur de leurs exploits, par la force
de leur génie, et qui, confondus pour la
plupart dans les rangs des simples soldats,
ne songeaient qu'à défendre leur patrie aux
postes qu'ils s'étaient eux-mêmes choisis.
Mais la carrière était ouverte auxtalens,
à la bravoure et au mérite ; et en peu de
temps ces guerriers furent distingués et
élevés au rang - que la nature leur avait
assigné.
Alorss'opéra, MM., dans les armées fran-
çaises la plus étonnante révolution qui ait
jamais marqué dans les fastes militaires
des peuples. Voyez l'art de la guerre se
perfectionner et s'agrandir sous ces hommes
nouveaux , que leur mérite seul avait
élevés au commandement. Voyez-les au
milieu des camps, n'étudier, ne méditer
que l'art de faire triompher leur patrie,
et de vaincre les généraux expérimentés
qu'ils avaient à combattre. Que de ressour-
ces inventées! que de manœuvres habiles
et. inusitées, employées avec succès ! que
de moyens simplifiés ou améliorés! ces guer-
( 12 1
ners , enfans du génie" ne voulaient res-
sembler en rien aux ennemis qu'ils avaient
a vaincre : com bien de fois ils. les déconcer-
tèrent par une tactique nouvelle I combien
de fois ils les avaient écrasés, tandis que des.
formes militaires et de routine suspendaient
encore leurs mouvemens !
L Je ne vous retracerai pas ici, MM., 'les
grandes scènes - de courage, de dévouement
€t de générosité qui marquèrent cette
première époque de la glq^r^de nos armées..
L'intrépidité dans les combats, fut sans,
doute la vertu des Français dans tous les
temps; mais jamais jusqu'alors on n'avait^
vu autant d'exemples de ce courage iné-
branlable qqi fait braver les plus grands,
dangers, ni de cette fermeté stoïque qui
fait-supporter avec constance 4s incommo-
dités des saisons, les marches pénibles, 1&
pénurie des subsistances, et exécuter touSj
les ordres avec la résignation la plus absqlue.3
Quand l'histoire s'occupera, à recueillir
les. traits de grandeur d'ame, qui .ont.
illustré les guerriers français pçndant ces.
l.
premiers temps, elle élevera un mopument^
que la postérité .ne pourra se lasser d'ad^
( i3 )
mirer t ni les dangers les plus affreux, ni les
revers les plus accablans, ni les situations
les plus alarmantes ne pouvaient abattre le
courage de ces premiers défenseurs de la
liberté de leur pays. Les plus beaux élans
de magnanimité éclatèrent souvent jusqu'au
milieu des horreurs du trépas. Des milliers
de héros sont tombés , en se félicitant
d'avoir pu donner leur sang à leur patrie.
Combien ont préféré la mort au déshon-
neur d'une lâcheté quelconque ! combien
qui, au milieu des tourmens, de la misère,
de la nudité, des privations de toute espèce
et du ridicule outrageant dont on cherchait
à les couvrir, ont conservé cette attitude
imposante, cette fierté noble que donne la.
grandeur d'ame, et qui forçait à l'admi-
ration leurs ennemis les plus acharnés ! La
mort de presque tous les guerriers que la
France eut à regretter alors fut grande et
sublime.
C'est ainsi que vous terminâtes votre illus-
tre carrière, Français généreux, dont les
noms se montrent les premiers sur les co-
lonnes immortelles de la gloire ; Brave Dam-
pierre qui trouvas dans les rangs le sort du
( 14)
Turenne (i);sage et intrépide Dugommier,
qui t'endormis avec charmes dans les bras
de la victoire (2); valeureux Beaupuy, si jus*
tement nommé par tes compagnons d'armes,
le nouveau Bayard de la France (3); coura-
geux Abatucci9 amant passionné de la gloire,
qui ne donnas aucun regret à ta mort, parce
qu'elle était digne de ton courage (4) ; il-
lustre Meusnier, dont la bravoure et les ta-
lens méritèrent l'admiration et l'estime de
tes ennemis même (5) : et toi, jeu ne Marceau,
(1) Il eut la cuisse emportée d'un boulet de
canon, au combat du 6 mai 1793 , et mourut le
lendemain.
(3) Il fut tué par un obus, le 27 brumaire an 2>
dans un combat contre les Espagnols. Le premier
mot d'ordre donné par Bonaparte, lorsque le voeu
du peuple l'eut nommé premier consul, fut: Fré-
déric Il et Dugommier. Quel éloge de ce dernier!
(5) Il fut tué dans la fameuse retraite de l'armée
de Rliin-et-Moselle, en l'an 4.
(4) il reçut à l'attaque du pont d'Huningue, en
fructidor an 4 , une blessure à laquelle il ne sur-
vécut que quelques heures.
(5) Il mourut, le 13 juin 1793, des suites d'utie
blessure qu'il avait recue à la défense du fort dw
( 15 )
vaillant guerrier que la patrie opposait avec
orgueil à ses fier ennemis, que le Dieu des
combats guidait à la victoire, tu succombas
aussi au champ d'honneur, comme meurent
les héros, en face de l'ennemi (L).
Et pourquoi, MM., cette régénération si
étonnante dans les dispositions guerrières
de nos armées? Parce qu'alors furent jetées
les premières bases de cette organisation
militaire qui est devenue depuis la source
de tant de gloire pour la France ; parce
qu'alors, comme aujourd'hui, les armées
étaient remplies de soldats qu'animaient
à la fois l'amour de la patrie et de la
gloire. Attirés sous les drapeaux par des lois
justes et puisées dans les premiers élé-
mens de la société qui appelle à sa défense
tous ses membres , ils y portaient pour la
plupart, non les sentimens d'une ame mer-
cénaire qui a vendu pour un peu d'argent
Cassel. Les ennemis joignirent leurs regrets à ceux
de l'armée française; et, par une salve d'artillerie,
firent connaître l'estime qu'il avaient conçue pour
la bravoure et les talens de cet officier.
(i) Il fut tué en l'an 2 , pendant la retraite de
l'armée de Sambre-et-Meuse, sur la Lahn.
1
( 16 )
son existence et sa liberté; mais ceux
d'une ame élevée qui combat pour faire
triompher sa patrie, et qui s'honore de
son dévouement dans quelque poste que
les circonstances la placent.
Avec quel sentiment de reconnaissance
et d'admiration je me plais à relever encore
un autre genre de gloire qui caractérise
particulièrement cette première époque de
l'histoire de nos armées ! toutes les vertus
généreuses que devait produire la révolu-
tion semblaient s'être réfugiées dans les
camps. Tandis que les factions, pour s'arra-
cher les tristes lambeaux de leur patrie dé-
chirée , s'entr'égorgeaient mutuellement et
couvraient la France de deuil et de larmes ;
tandis que le fanatisme et l'ambition creu-
saient le vaste tombeau de la Vendée, et
que l'organisation sociale dépérissait sans
retour sous les coups des partis opposés, les
armées seules marchaient dans la carrière
de rhonneur, résistaient aux intrigues des
factieux et couvraient d'un voile de gloire
les plaies de la patrie et les crimes de ses
enfans.
Et pourquoi ne m'est-il pas permis de
( 17 )
nommer ici ces guerriers illustres devenus
à si jqste titre aujourd'hui les premiers
soutiens du trône de Napoléon, et qui,
pendant que les factions appelaient de
toutes parts les Français sous leurs san-
glantes bannières, pour les rendre complices
de leurs fureurs, ne voulaient entendre par-
ler autour d'eux que de tactique, de mar-
ches, de combats, d'ennemis à terrasser ,
de victoires à remporter? Du moins je puis
citer, et tous les cœurs français y applaudi-
ront, l'immortel Desaix, qui, dans sa ver-
tueuse et noble simplicité, ignorait jusqu'aux
dénominations de ces époques dont se
glorifiait tour à tour chaq ue parti. Honneur
à tous ces premiers modèles des vertus
guerrières, chez qui l'amour de la patrie resta
pur et sacré, qui n'eurent de" haine que
contre les ennemis' de leur pays, d'autre
ambition que celle de les vaincre, et qui,
par des actions généreuses, par des actes
d'héroïsme et de vertu , sauvèrent ens
quelque sorte la France d'une infamie géné-
rale!
Teliesétaient, MM. , les armées françài-
Ki31-w lq4-è-lç plus grand des guerriers vint
2
( i8)
ouvrir à leur valeur une nouvelle carrière,
et commencer la seconde époque de leur
gloire.
• Les ennemis de la France, toujours vain-
cus, mais jamais accablés, avaient enfin
réuni toutes leurs forces pour effacer s'il
était possible la honte dont ils avaient été
couverts dans les champs célèbres de Jem-
mapes et deFleurus; et ils avaient transporté
en Italie le théâtre de leur vengeance.
Malheureusement la France, agitée par les
dissensions les plus funestes, n'avait à leur
opposer à cette époque que des' armées tom-
bées dans le dépérissement et dans la fai-
blesse- Celle des Alpes sur-tout, chargée
par sa position des destins de l'Etat, était
composée de soldats bravant encore à la
vérité le fer ennemi, mais succombant
sous la multitude des maux qui les acca-
blaient jde toutes parts. Privés de tout,
manquant de pain, de vêtemens et même
d'armes, ces honorables guerriers ne comp-
taient plus que sur les ressources de leur
courage inépuisable, et, sans renoncer à
l'espoir de sauver leur patrie, ils cherchaient
vainement quel génie puissant pourrait les
( !9 )
arracher aux maux qui rendaient leur
valeur et leur constance presq ue inutiles.
Aussi, à l'aspect du jeune héros sur le
front duquel brillaient déjà les présages de
la gloire immortelle qu'il allait recueillir,
leur confiance se ranime, leur courage se
réveille, et cette armée de soldats abattus,
consternés, se change tout à coup en une
armée de héros.
Qui pourrait décrire ici les hauts faits
d'armes des guerriers français livrés à l'im-
pulsion nouvelle qui les entraîne aux
combats? Ils s'élancent du haut de l'Ap-
pennin, et, comme un torrent, ils culbutent,
dispersent ou détruisent tout ce qui s'oppose.
à leur passage ; les fleuves du Pô , du
Tésin , de l'Adda, ces redoutables barriè-
res de l'Italie, ne peuvent les arrêter un
jour, et l'armée qui les menaçait avec tant
d'orgueil, vaincue dans tous les combats
qu'elle ose livrer, poursuivie, à moitié
détruite, ne trouve plus de position qui
la rassure contre leur courage (1), En vain
(x) Dans un de ses rapports, Bonaparte parlait
ainsi de ses soldats : a Ils jouent et rient avec la
( 3° )
elle est secourue et renforcée ; en vain des
généraux plus expérimentés viennent la
commander, elle succombe , ou périt
par-tout où elle veut réparer ses désastres,
et bientôt l'armée française, n'ayant plus
d'ennemis à combattre, promène ses éten-
dards victorieux dans toute l'Italie, étonnée
d'avoir vu se réaliser sur son territoire tous
les prodiges des siècles héroïques.
Champs à jamais célèbres de Millesimo, de
Lody, de Mantoue, de Roveredo, d'Arcole, et
de Rivoli, vous fûtes témoins de cet en-
thousiasme généreux qui précipitait les sol-
dats français sur les pas du héros qui les com-
mandait. Gh ! que de guerriers ont illustré
mort; ils sont aujourd'hui parfaitement accoutu-
més à la cavalerie dont ils se moquent. Rien
n'égale leur intrépidité, si ce n'est la gaieté avec
laquelle ils font les marches les plus forcées. Ils
chantent tour à tour la patrie et l'amour. Vous
croiriez qu'arrivés à leurs bivouacs ils vont au
moins dormir ? Point du tout ; chacun fait son
plan d'opération pour le lendemain, et souvent
l'on en rencontre qui voient très-juste. »
( 21 )
ces théâtres à jamais fameux de la gloire de nos
armées ! que de scènes d'un dévouement sans
exemple, d'une intrépidité plus qu'humaine,
y ont été offertes à l'admiration de l'univers !
Là se formèrent ces capitaines qui devaient
bientôt remplir le monde de l'éclat de leur re-
nommée : là se développa cette énergie de la
bravoure française quine devait plus souffrir
de rivalité : là se disposèrent aux victoires
mémorables qui devaient affermir le plus
grand empire du monde, ces phalanges de
soldats dont les travaux devaient être sans.
exemple dans les annales des peuples..
Jamais impulsion plus forte n'avait été
donnée à la bravoure française. Ce n'est pas
l'armée d'Italie seulement qui se couvre de
gloire ; une noble émulation entraîne de
toutes parts les bataillons français, et les
précipite bouillans d'ardeur dans l'arène des.
combats. Par-tout où l'ennemi s'offre àleurs.
cou ps, il est battu, repoussé, anéanti; et les
armées françaises, depuis les champs ita-
liques jusqu'aux rives du Danube, des.
monts Pyrénées aux bords de l'Océan,
reprennent en tous lieux cet ascendant
tenille et redoutable qui porte. la terreur
( 22 )
parmi leurs ennemis, et les force à demander
la paix (i).
Avec quelles acclamations la France revit
ses enfans, chargés de trophées, vainqueurs
de l'Europe, et reportant dans son sein
l'olivier de la paix! Son indépendance recon-
nue , son territoire agrandi, sa puissance
respectée : tels étaient les fruits de leurs.
travaux et de leur constance. Mais son
admiration et sa reconnaissance devaient
être excitées par des motifs bien pîtis puis-
sans encore. Un nouveau champ est ouvert
à la bravoure des Français déjà fatigués
d'un instant de repos, et aussitôt une
généreuse émulation les précipite sur les
pas du héros qui doit les y conduire.
Quels travaux ont jamais surpassé ceux
de cette armée que l'Afrique vit descendre
sur ses bords, avide de nouveaux lauriers
et de nouveaux combats ! Sur cette terre
lointaine et barbare, où elle avait à vain-
cre, plus encore les obstacles de la nature
que la férocité des hommes; où un soleil
brûlant desséchait autour d'elle toutes les
( 4) Le traité de Campo-Potmio^
f «5 ï
sources de là vie ; où nul asile rafraîchissant
ne tempérait ses souffrances : au milieu dest
vastes et affreux déserts qu'il fallait tra-
,
verser; jamais aucune plainte, jamais aucun
découragement ne vint suspendre sa. mar-)
che, ou ralqntir son courage; l'amoùr de la
gloire et l'espoir de là victoire servaient d'ali-*
ment à ces grandes ames ; il suffisait d'un;
jour de combat ppur effacer le sentiment
de tous leurs maux: aussi jamais peut-être,
la valeur française ne déploya, tant d'éner-
gie , jamais tant d'actions d'éclat ne brillè-
rent à la fois j n'imprimèrent aux travaux
de l»^uerre plus de grandeur et de force (i).
Que la gratitude du peuple français soit
éternelle comme ta gloire, brave grmée d'O-
ïient ! tous les soldats qui formaient tes batail-
lons, ont bien mérité de la patrie. Sa recon-
naissance si posé sur les fronts des vainqueurs
du Nil une couronne immortelle. La nation
française conservera toujours le souvenir des
héros que le destin lui ravit, le jour même
(i) Les batailles des Pyramide&, du mont-
Tliabor , et sur-tout la bataille d'Aboukir, seront
des- monumens. éternels, de la,valeur française.
( 24 )
où, par un noble dévouement, ils soutene-
naient sur des rives lointaines l'honneur na-,
tiouaI. !
Oui, vous vivrez à jamais d-ans la mémoire
des français, brave Dupuy que frappa le fer
de la sédition au moment où tu voulais sau-
ver tes ennemis de leur .propre fureur (1) ;
intrépide Dommcirtin, généreux Caffarelfy,
courageux Bon (3), brave Lanusse (3), mo-
dèles éternels de dévouement et d'héroïsme.,
Et toi aussi tu resteras à jamais gravé dans les
Souvenirs de ta nation, illustre Kléher. Les
guerriers français parleront toujours de toi
avec orgueil : ils diront avec quel ernpiff l'a-
mour de la patrie et de la gloire maîtrisait
ton ame; quels étaient ton courage inébran-
lable en présence -des ennemis, ta franchise
avec tes égaux, et ta noble fierté devant un
pouvoir oppresseur : ils te peindront au mi-
lieu d'un combat sous l'emblème du Dieu
(i) Il mourut au Caire des blessures qu'il avaiÇ
reçues en voulant appaiser une sédition.
(2) Tués au siège de Saint-Jean-d'Acre.
(3) Tué à la bataille d'Aboijkir.
( 25 )
des batailles (1); mais en même temps ils dé-
ploreront avec larmes le coup fatal qui te
précipita tout à coup dans la tombe.
Ah! si le sort d'un guerrier est digne en
effet d'envie lorsque, après la plus belle dé-
fense , couronné par la victoire, il est, en
présence de ses braves frères d'armes, au
fort de la mêlée, au champ d'honneur, frap-
pé du coup mortel : combien est affreuse et
cruelle la destinée qui se sert du poignard
d'un vil assassin pour ravir à la patrie un
héros digne de toute son estime et de tous
ses regrets? Tel fut, ô généreux Kléber ! ton
sort affreux: ni ton courage, ni ta jeunesse
ni tes rares vertus ne purent te sauver des
trames ourdies par un fanatisme exécrable ;
tu tombas sans défense sous le fer d'un mons-
tre armé par ses mains. Ah! console toi d'une
mort aussi déplorable, ombre genéreuse ! nos
annales diront à la postérité combien tu fus
cher aux Français; elles transmettront aux
siècles futurs le souvenir de tes vertus, de ton
(i) Bonaparte , qui l'avait vu plusieurs fois au
champ d'honneur, disait de lui : Un jour de combat,
rien n'est si beau que A léber.

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