//img.uscri.be/pth/fe3170e419adb78ee8ea4bfe41e52980e8424d34
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Discours à la louange de la maison de Bourbon, prononcé à l'hôtel-de-ville de Nancy, le 1er septembre 1814, à l'occasion de la distribution des prix faite aux élèves du lycée... par M. P. D. d'Regel,...

De
52 pages
Impr. de C.-A. Leseure (Nancy). 1814. Bourbon. In-8°.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

DISCOURS
LA LOUANGE
DE
LÀ MAISON DE BOURBON,
PRONONCÉ
A l'Hôtel-de-ville de Nancy, le Ier Septembre
1 814 , à l'occasion de la Distribution des
Prix faite aux Elèves du Lycée,
En présence de toutes les autorités, de plusieurs
Généraux, d'un grand nombre d' Officiers de
tous grades, et d'une élite de Citoyens,
PAR M.r P. D. D'REGEL,
Recteur de l'Académie, Docteur ès Lettres et en
Théologie de la Maison et Société de Sorbonne.
A NANCY,
Chez: Claude - Antoine LESEURE , Imprimeur de
l'Académie, rue St.-Dizier, n.° 392
.DISCOURS
PRONONCÉ
LA DISTRIBUTION DES PRIX DU
LYCÉE DE NANCY,
Le premier Septembre 1814,
Par M.r D'REGEL, Recteur de
l'Académie.
MESSIEURS,
C' EST pour la cinquième fois que j'ai
l' honneur de vous adresser la parole dans
une solennité pareille, et que, négligeant
les sujets dont l'intérêt ne tenait qu'au
temps, j'ai constamment fait choix de ceux
qui peuvent toujours être utiles : aussi j'ai
retiré cet avantage d'une telle méthode,
que les changemens presque miraculeux
survenus dans notre situation n'ont point
altéré la solidité de mes réflexions : elles
ne devaient rien aux circonstances, les
(2)
circonstances ne leur ont rien fait perdre.
Il n'est donc pas moins vrai aujourd'hui
que dans l'ordre de choses précédent,
que l'instruction publique est éminem-
ment propre à former de grands ta-
lens - et à développer de grands carac-
tères ; que l'éducation a une bien plus
puissante influence qu'autrefois , parce
que la destinée de la vie n'est plus soumise
au hasard de la naissance, et qu'une charte,
monument de sagesse autant que de libé-
ralité , admet tous les français à tous les
emplois ; enfin que la jeunesse est le temps
le plus précieux, parce que c'est alors
que l'esprit reçoit sa principale culture,
que le coeur se forme, et, qu'avec le goût
du travail, se contracte l'habitude de la
vertu.
Telles sont sommairement les vérités
que j'ai cherché à établir, et que je ne
craindrais pas de reproduire aujourd'hui;
il est vrai que je n'appuyerais pas mes
raisons de l'autorité des mêmes exemples :
ainsi lorsque guidé par mon coeur, je vous
aurais présenté le tableau si intéressant
des premières années du bon Henri, je
n'attirerais pas ensuite votre attention
(3)
sur les commencemens obscurs d'une vie
qui, pour le bonheur du monde, eût dû
l'être toujours; mais l'obligation de tout
rapporter à un seul, était un tribut qu'on-
payait alors à la nécessité; et dans ces
temps d'abjection et de servitude, où un
si petit nombre avait conservé sa dignité
entière, à qui pourrait-on faire un crime
d'avoir incliné la tête, lorsque les fronts
les plus fiers étaient si profondément
baissés ? Dans ces louanges d'ailleurs par
lesquelles on exaltait les exploits du chef,
l'opinion ne savait-elle pas retrancher de
la part immense qu'eût voulu s'approprier
un orgueil jaloux, ce qui revenait à nos
armées, nobles instrumens des plus éton-
nantes victoires ? Rien ne s'opposerait donc
à ce que je célébrasse encore leur gloire
immortelle, à ce que je m'associasse à ces
triomphes auxquels Louis XVIII dans
son exil ne demeura jamais étranger, et
dont les auteurs sont comblés par lui de
tant de distinctions et d'honneurs.
Le motif d'utilité que je n'ai jamais perdu
de vue, ne cessera pas de me guider en ce
moment, où l'ordre auquel nous sommes;
rendus, me fournit une matière si belle-,
et où je,puis rendre à la jeunesse un si
éminent service, en lui en fesant goûter
les avantages.,
Nés depuis la chute de ce. trône sur
lequel les siècles avaient empreint leur
majesté, et qui paraissait devoir en égaler
la durée, les jeunes gens ne connaissent
pas la Monarchie, ou l'idée que la plupart
en ont prise, ils la doivent à ses détrac-
leurs et à ses ennemis.
Pour les retirer de leur ignorance ou
de leur erreur, j'ai le choix de deux mé-
thodes : je puis mettre sous leurs yeux le
tableau déplorable des maux que nous
ayons soufferts depuis que nous nous
sommes soustraits à l'autorité tutélaire de
nos Rois ; ou leur exposer ce qu'était véri-
tablement cette Monarchie si cruellement
calomniée par ceux-mêmes dont elle avait
fait le bonheur. La première manière
d'éclairer la jeunesse serait plus facile :
d'abord parce que nous sommes plus sen-
sibles au mal qu'au bien ; ensuite parce
qu'il serait plus aisé de se laisser aller
aux mouvemens d'une indignation long-
temps concentrée, que de se rappeler un
bonheur éloigné. Je préférerai cependant
(5)
la seconde, parce qu'il est plus doux de
célébrer le génie, la vertu et la gloire,
que d'attaquer la déraison, l'injustice et
l'orgueil porté jusqu'au délire ; d'exciter
la reconnaissance envers une suite de Rois
français, bienfaiteurs de leur peuple, que
de poursuivre la mémoire de l'étranger,
et de peindre son règne , des couleurs
odieuses qu'il mérite.
C'est donc à montrer la Monarchie dans
son véritable jour, que vont tendre tous
mes soins, persuadé que par-là j'emploirai
le moyen le plus sûr de faire sentir les
avantages que promet son retour.
Je vais vous parler, MM., d'un ordre
de choses qui fut long-temps l'objet de
vos regrets, qu'ont ensuite appelé vos
voeux ; je ne puis pas plus douter de
votre intérêt que de votre indulgence.:
heureux toutefois si mes paroles peuvent
approcher de la dignité de mon sujet, et
si elles ne vous paraissent pas trop au-'
dessous de ce que vous vous croyez eu,
droit d' attendre.
Les novateurs qui avaient fait du renver-
sement du trône le but de leurs coupables
efforts, ne purent espérer de parvenir à
( 6 )
leur fin qu'en calomniant les institutions
qu'ils voulaient détruire. Ils mirent par-
tout le mensonge à la place de la vérité, et
ce fut par la diffamation qu'ils commen-
cèrent à sapper les fondemens de l'auto-
rité royale. Recueillant dans une longue
suite de règnes quelques traits épars qui
semblaient annoncer que nos Rois s'é-
taient quelquefois crus absolus, et, tirant
du particulier au général une conclusion
aussi mal déduite qu'elle était perfide, ils
donnèrent comme une vérité démontrée
que tous nos Souverains avaient été des
tyrans.
Ce n'était pas assez de les avoir rendus
odieux, il fallait les avilir : on les repré-
senta comme des despotes voluptueux
qui, loin des fatigues et des dangers,
consumaient dans la mollesse le fruit des
travaux et des sueurs de leur peuple.
Négligeant à dessein tout ce qui pou-
vait rendre les Rois recommandables aux
yeux d'une nation éminemment brave,
on garda un silence profond sur leurs
titres à la gloire militaire ; la Noblesse
compagne de leurs travaux, fut enve-
loppée dans la même injustice; elle fut
(7)
donnée comme un composé d'êtres amollis,.
efféminés; et il sembla vraiment que c'était
à dater des guerres de la révolution que
les français avaient commencé à se faire
un nom dans les armes.
Ces idées que présenta la mauvaise
foi, furent propagées par la crédulité,
et ce fut par de telles calomnies qu'on osa
attaquer la plus belle dynastie qui ait
jamais commandé aux hommes.
Dans notre constitution actuelle , le
mérite dont un Souverain pourrait le plus
aisément se passer, serait celui de la
valeur personnelle : cependant telle est
la force d'un préjugé naturel à un peuple
guerrier, que la vertu qui fait affronter
les dangers à la tête d'une armée, est
mise au premier rang des qualités royales.
Or, aucune suite de Rois, ne présente
autant de héros que la race des Bourbons.
C'est un tableau que j'offre avec complai-
sance aux braves dont la présence fait la
gloire de cette assemblée, et sur lesquels
je vois reluire de toute part les marques
honorables du courage et du dévouement.
Votre Majesté est le Roi des braves;
elle ne sera abandonnée que par les
( 8)
poltrons, disoit à Henri IV un de ses
capitaines. Je tiendrai le même langage
aux chefs de notre armée : Voyez, leur
dirai-je, cette succession non interrompue
de Rois, dont plusieurs furent de grands
hommes de guerre, mais dont il n'est aucun
qui ne brilla de l'éclat de la valeur, et si
vous trouvez un trône qu'ombragent plus-
de lauriers, de vouez-vous à sa défense.
Que ne puis-je, Messieurs, faire passer
sous vos yeux le tableau éclatant des
exploits de tous les Rois de la troisième
race!
Vous verriez d'abord Louis - le-
Gros abattant d'un coup de sa masse
d'armes l'insolent ennemi qui s'écriait ,
le Roi est pris, et donnant, par cet heu-
reux à-propos dans un moment critique,
la mesure de son intrépidité.
Louis VIII, par sa valeur, acquiert le
surnom de Lion. Son fils, dont la religion
a consacré l'immortalité, débute par deux
victoires remportées en quatre jours sur.
les Anglais. Il étonne ensuite les infidèles
par la hardiesse avec laquelle il passe à
leur vue ce fleuve fameux sur les bords
(9)
duquel les Français devaient élever, un
jour, d'aussi honorables qu'inutiles tro-
phées. Dans cette bataille même où il
perd la liberté, il donne de tels exemples
de bravoure, que les infidèles en sont
frappés : ils se précipitent aux genoux de
leur captif, et lui prodiguent leurs hom-
mages.
Le nom de Hardi donné au fils de
Saint-Louis, indique assez quel fut son
caractère.
Plusieurs de ceux qui m'écoutent ont
encore vu la statue de Philippe-le-Bel,
couverte de la même armure dont il était
revêtu, lorsqu'il vint dans Paris rendre
grâces à la Mère de Dieu, de la victoire
qu'il avait remportée sur les Flamands :
monument de sa piété autant que de sa
vaillance, que la fureur révolutionnaire
a pu détruire, mais sans porter atteinte
à sa gloire.
Philippe de Valois, Charles VI, triom-
phent, l'un à Cassel , l'autre à Rosbeck.
Charles VII est surnommé le Victorieux;
et Charles VIII, avec huit mille hommes,
en défait quarante mille à Fornoue : il
s'ouvre un passage à travers l'armée
(10)
ennemie, pour rentrer dans ses Etats,
n'ayant perdu que quatre-vingts des siens:
exploit que nous avons vu dernièrement
se renouveler, mais dont le rapproche-
ment est tout à son avantage.
Louis XII remporte une victoire signa-
lée à Aignadel : il combat au premier
rang, et le bon Roi répond à ceux qui lui
donnent le conseil intéressé de ne pas
aller si avant dans la mêlée : Que ceux
qui ont peur se mettent derrière moi.
François, ce Roi chevalier, est grand à
Marignan, plus grand peut-être à Pavie,
où tout est perdu, fors l'honneur.
Henri II défait les Impériaux à Metz :
une seule pensée l'occupe au milieu du
danger; il cherche Charles-Quint et veut
le combattre corps à corps ; mais sa
noble ambition n'est pas secondée par la
fortune, et la plus belle occasion d'acqué-
rir de la gloire, est refusée à son courage.
Charles IX, encore enfant, montre les
inclinations lès plus guerrières ; et son
frère, à peine âgé de dix-huit ans, gagne
en personne les batailles de Jarnac et de
Montcontour-
Le règne suivant est rempli de mer-
veilles ; ses annales sont les fastes de
la vertu guerrière ; et qui a nommé
Henri IV, a désigné tout ce qu'une race
féconde en héros a produit de plus vaillant
et de plus aimable.
Louis XIII, à qui on a tant de fois
reproché sa faiblesse, fut intrépide dans
les combats : il se couvrit de gloire au
siège de la Rochelle, où on le vit chaque
jour affronter la mort, et, pour terminer
son éloge en un mot, ce Prince, qu'on a
accusé de manquer de caractère, ne le
céda peut-être pas même à son père, sous
le rapport de la valeur.
Louis XIV devant Stenay et Louis XV
à Fontenoi refusèrent de se retirer d'un
poste dangereux : ils montrèrent par-là
que l'intrépidité était chez eux une vertu
héréditaire, et que le sang de Henri IV
et de Saint Louis coulait aussi dans leurs
veines.
Quelle suite de guerriers n'ai-je pas
déjà fait paraître devant vous, Messieurs !
et cependant je n'ai parlé que des Princes
de la troisième race qui portèrent la cou-
ronne. Quel accroissement ne recevrait
pas cette liste glorieuse, si je faisais
mention des héros du même sang, qui
n'occupèrent pas le trône, mais qui en
furent les appuis !
Je parlerais d'abord de vous, Robert
d'Artois, frère de Saint-Louis, prince
aussi vaillant qu'aimable, dont le carac-
tère s'est heureusement reproduit devant
ceux qui ont contemplé naguères avec
délices un autre comte d'Artois, frère
comme vous d'un Roi juste et sage. Le
premier périt à la Massoure, après des
prodiges de valeur; puisse le ciel conser-
ver long-temps l'autre à son Roi, dont il
est ami tendre autant que sujet fidèle, et
à l'amour des Français !
Je ferais mention ensuite de ce Gaston
de Foix , dont le triomphe fut changé,
en pompe funèbre, et dont la perte fut
déplorée par son oncle , le bon Roi
Louis XII, d'une manière si touchante
et si amère.
Sous le règne suivant, vous verriez le
Connétable de Bourbon, le plus grand
capitaine de son siècle, et qui avait tant
contribué à la victoire de Marignan. Ses
premiers exploits seuls appartiennent à la
(13)
France. ; mais sa renommée est restée
entière à sa maison. Ainsi on a vu, pen-
dant nos derniers troubles, des Français
suivre différens partis, mettre ensuite ea
commun la gloire qu'ils avaient acquise
sous des bannières opposées, et célébrer
des hauts faits dont ils avaient eux-mêmes
été victimes.
La branche d'Orléans nous offrirait
aussi des Princes recommandables par la
valeur la plus éclatante : ce fut presque
le seul trait saillant dans le caractère du
frère de Louis XIV; et son fils, si connu
pendant la régence par son amour pour
les plaisirs, avait aussi aimé passionné-
ment la gloire. Blessé à Steinkerke, il
courut cinq fois le danger d'être pris à
Nerwinde, dans les rangs ennemis, au
milieu desquels il s'était précipité.
. Nous arriverons enfin à cette branche
de Condé, si féconde en héros, qui ,
cadets dans les successions, obtinrent
dans le partage de la gloire une part si
considérable.
Le premier qui se présente à nous est
le chef de cette noble race : il fit des
prodiges de valeur à la malheureuse
( 14 )
Journée de Saint-Quentin ; et après avoir
été le soutien du trôné sous Henri II, il
en devint la terreur sous son fils. Dans
l'un et l'autre parti, il se fit toujours re-
marquer par sa bravoure et ses talens.
Nous voyons ensuite Henri I du nom
de Condé, à qui Henri IV, avant la ba-
taille de Coutras , adressa ces paroles
mémorables qui prouvent si bien ce qu'il,
attendait d'un Prince de son sang.
L'histoire du siècle suivant nous offre les
exploits de ce guerrier que la postérité,
dont nous faisons partie à son égard, ne
connaîtra que sous le nom de Grand.
A vingt-deux ans, il gagne une grande
bataille, et attache par - là une gloire
immortelle à ce nom d'Enguien, qu'une
éclatante infortune devait revêtir un jour
d'une déplorable célébrité.
C'est dans le grand Condé, Messieurs,
que vous reconnaîtrez véritablement un
héros français, brillant de valeur et d'au-
dace, gagnant les batailles par inspiration
et improvisant la victoire. Son fils, son
petit-fils marchent sur ses traces : spec-
tacle que nous offre rarement l'histoire,
et qui devait se renouveler sous nos yeux
sans un de ces forfaits dont un ambitieux,-
guidé par le génie du mal , put seul
concevoir la pensée. Père, aïeul infor-
tunés ! je ne vous parlerai point des
qualités qui vous distinguent, de la cons-
tance que vous avez montrée au milieu
des désastres de votre maison, des efforts
par lesquels vous avez cherché à en retar-
der la chute : n'ayant plus d'héritier à
qui vous puissiez laisser avec votre nom
l'exemple de vos vertus, quel effet pro-
duiraient mes discours, si ce n'est de
renouveler vos douleurs, et de rendre plus
abondantes ces larmes dont la source ne
doit plus tarir ? Je me contenterai donc
de pleurer avec vous ; nous répandrons
ensemble des fleurs sur la tombe de votre
petit - fils, et par ces pieux et inutiles
devoirs, si nous ne consolons pas cette
ombre illustre , nous aurons du moins
acquitté la dette des ames sensibles:
J'ai étalé avec complaisance, devant
nos guerriers , le tableau de la valeur
française, sous les Rois de la troisième
race, parce que c'est pour ceux, qui sont
si riches de leur propre fonds, qui ont
montré combien ils sont dignes d'une
(16)
honorable succession, qu'il est doux dé
connaître l'héritage que leur ont laissé
leurs pères.
Mais les qualités qui constituent les héros
et dont la suite des Souverains d'aucune
autre Nation n'offrirait une réunion si
belle, n'ont pas été séparées de celles qui
font les grands hommes.
Ici, Messieurs-, je pourrais produire
d'abord ce Philippe Auguste, qui avait
bien la conscience de son mérite, lorsqu'il
proposa aux seigneurs de sa cour de céder
la couronne à celui qui s'en montrerait
plus digne. Philippe fut grand politique
et prince juste ; deux qualités qui se
trouvent rarement unies.
Après lui, j'exposerais à votre vénéra-
tion ce Louis IX, dont les Vertus furent
le fruit d'un naturel heureux, exalté par
la religion. La philosophie lui a reproché
des qualités qui paraissent plutôt conve-
nir à un cénobite, qu'au souverain d'un
vaste Etat, comme s'il n'eût pas eu
celles qui sont nécessaires pour régner
avec gloire. Vous avez vu ce qu'il fut
à la tête des armées ; il ne montra pas
moins de courage dans les conseils, et
(17)
rien n'ébranla sa constance quand il eut
à défendre les droits de sa couronne.
Attentif à ne négliger aucun des devoirs
de la royauté, il rendait lui-même la
justice à ses peuples. Le chêne de Vin-
cennes nous rappelle ces premiers âges
du monde , où. l'autorité paternelle et
royale étant confondues dans la personne
des chefs de famille, on voyait ceux-ci,
assis à la porte de leurs tentes, terminer
les différents de leurs sujets, qui étaient
tous leurs enfans.
S. Louis ne fut pas exempt des préjugés
de son temps; mais il eut les vertus de
tous lès âges ; et si on décerne les hon-
neurs de l'apothéose à ces empereurs qui
unirent à de grandes qualités les plus
humiliantes faiblesses, qu'on use de la
même justice envers S. Louis; que, pour
ses qualités royales, on le place au rang
des grands Souverains, et qu'on lui,laisse
pour ses imperfections, toutes ses vertus
privées !
Charles V viendra ensuite réclamer nos
hommages ; et quand le règne de ce Prince
pourra-t-il mieux être apprécié que dans
ce moment où la sagesse est assise de
( 18 )
nouveau sur le trône? Parvenu à la cou-
ronne dans des circonstances à-peu-près
semblables à celles où nous sommes, il
trouva le Royaume dans un affreux dé-
sordre. Son père avait été obligé de céder
aux Anglais ses plus belles provinces
Charle, avec le secours de Duguesclin,
dont il sut diriger le courage, rendit à la
France tout ce qu'elle avait perdu. Les
adieux qu'il fit à son peuple en mourant,
furent les plus doux pour le coeur d'un
bon Roi : le jour même où il quitta la
vie, il fit rédiger l'édit qui supprimait la
plupart des impôts.
Louis XII ne fut ni un souverain habile,
m un adroit politique ; mais son carac^-
tère fut la bienfaisance et la générosité.
Dix ans de malheurs n'avaient pu altérer
sa bonté naturelle , et le premier acte de
son autorité fut un pardon général. Son
unique soin fut de soulager son peuple;
le cri par lequel on annonça sa mort,,
fut la plus éloquente des oraisons funè-
bres, et les pleurs des Français coulèrent
sur son tombeau. .
François 1 er eut de grandes qualités,
et ses malheurs vinrent de ce qu'il dédai-
(19)
gna les moyens qui firent triompher son
rival. Mais il fut le père des lettres ; et
quand, bannies de leur sol natal, elles
furent réduites à chercher un asyle dans
une terre étrangère, c'est par lui qu'elles
furent d'abord accueillies. Il fut aussi le
protecteur des grands talens dans les arts :
la manière dont il en usa à l'égard de
Léonard de Vinci et de Raphaël, prouve
combien il était supérieur à son siècle. Le
premier mourut dans ses bras, et il écri-
vit au second, que les hommes célèbres
dans les arts partageaient avec les Grands
l'immortalité. La Transfiguration fut un
monument de la reconnaissance de Ra-
phaël, et ce chef-d'oeuvre que nous ne
pouvions admirer sans un sentiment pé-
nible, en pensant à l'injustice qui nous
en avait rendus maîtres, ne doit plus nous,
rappeler que la générosité d'un de nos.
légitimes. Souverains.
L'éloge de Henri IV est dans tous lest
coeurs . et qui pourrait louer dignement
le seul Roi dont le pauvre ait gardé le
souvenir; dont personne ne peut contem,-
pler les traits chéris:, sans que les yeux
se remplissent;, de douces. larmes? C'est