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DISCOV RS
IOYEVX EN
FACON DE SERMON, FAICT
AVEC NOTABLE INDVSTRIE PAR
deffunct Maistre Iean Pinard lors qu'il viuoit
trottier semiprebendé en l'Eglise de S. Estienne
lec", , sur les climats et finages des Vignes
"d a. l' Pt.1
dudiotliè^.
? ;':
Mus y est âdùtfistê de nouueau le Monologue du bon ---
; Vigœrop sortant de sa Vigne et retour-
nant le soir en sa maison. (
; ;. -ytteueu, corrigé et augmenté.
A AVCERRE,
Par PIERRE VATARD, Imprimeur et Libraire".
demeurant en la grand ruë S. Simeon,
à l'enseigne de l'Imprimerie
1607.
li y
Aij
PIERRE VATARD
i')IVR ET LIBRAIRE,
>/' à jttessieyrs d'Aucerre et
i \âutres ) bons Vigne-
','' y vous de l'Au-
cerrois.
M
ESSIEFRS, ie vous prie croire
que depuis que ie me suis habitué
par mariage en ceste ville d'Au-
cerre (ily a vingt-six ans ou enui-
ron ) mon intention et dessein a
tousiours esté et est eneorest de
m'employer du tout à faire en mon estaI, et toute
autre chose, ce que ie pense vous agreer : et auez
dés-ja veu quelques quasi préludés et commencemens
de ceste mienne bonne volonté. Mais pour vous faire
cognoistré que ie veux continuer. de bien en mieux
(s'il plaist à Dieu m'en faire la grace) ie vous diray
qu'fin bon seigneur d'entre vous, prié auec instance
par quelques siens amis de plus grande qualité que
luy, de reuoir fin vieil discours des finages et climats
de vos vignes, de long-temps composé auec grand
artifice et plaisante inuention par Maistre Iean Pi-
nard lors qu'il viuoit semiprebendé trottier en l'Eglise
Sainct Estienne (duquel les plus anciens se peuuent
eneores ressouuenir) leur ayant obey (comme honneste-
4
ment ne les pouuoit-il refuser) et me l'ayant à leur
adueu inis en main, auec fin Monologue du bon Vi-
gneron, propre pour estre accouplé au discours sas-
dict des climats de vos vignes, ie ne l'ay osé ne voulu
refuser, tant pour l'honneur et amour que ie vous veux
deuoir, qu'à luy. Vray est que lay n'ayant point de
vignes, et consequemment peu curieux de rechercher
les noms particuliers desdicts climats, par mon moyen
et aduertissement il en a adiousté quelques fJns, qui,
ou par inaduertence, ou mesme par ignorance auoient
estez obmis par ledit Pinard, comme encores y en
peut-il auoir plusieurs, qui ne me sont cogneuz ius-
ques à present. Quoy que ce soit, Messieurs, puis
que le temps des façons de vos vignes bien proche, ou
presentt m'inuite à ce deuoir, pour vous resiouyr
quelque peu parmy vos peines ordinaires visitons vos
vignes et Vignerons (principalement au temps des
vendanges, couppant vos raisins ou pressourans, et
entonnans vos vins à vostre mode, ie tous prie receuoir
ce petit present de celuy qui le vous presente du tout
esloigné de vouloir offenser ou scandaliser personne
soit au discours desdits climats ou dudict Monologue.
Ce qu'ayant gaigné sur vous, ie prieray Dieu, Mes-
sieltrS qu'il vous face la grace d'accroistre en vos
héritages les fruicts que vous en esperez, pour en vscr
et faire profit tel que Dieu le commande, et le deuez
vouloir. A Dieu. D'Aucerre, ce premier iour de l'an
mil six cens sept.
5
A iij
FOEMINEIS ABVS
sociabitur, vt do mi nab us.
Alexandria I. Cap.
il]
ESSIEVRS i'ay dés-ja recité
Ce que maintenant i'ay cité
Et dy par le theme prédit,
Quod omnia male vadit.
Et poursuyuant telle matiere
(Qui est pesante, et non legere)
Pour consoler pauures coquuz
le dy, fœmineis abuz.
Ce mot fut prins d'vn cordonnier
Qui se sçauoit bien delier
Des femmes et bigotteries :
Car il craignoit les mocqueries.
Pourquoy rescript aux jouenseaux,
Qu'on trompe comme ieunes veaux,
Fussent-ils à ieun ou embuz,
Disant, fœmineis abuz.
Les hommes selon mes raisons
Sont plus sots que ieunes oysons.
Car pour culler fines ou sottes
S'en vont aux Saulcis, aux Caillottcs.
Puis se trouuent en Champolin,
Plus barbouillez qu'vn gros vilain.
le trouue cela assez sot,
De laisser Beaune, et le Turot,
Coste Arnoul et les Fontenottes,
L'Are, Coste d'Or, et Mignottes
6 Discours ioyeux
Pour se loger comme vn meschant
En Bouynau, ou en Grand-champ.
Mieux vaudroit se prendre à la Cheiure,
Que d'auoir vne telle fieure :
Car de Chaumont meurt l'homme en Platte,
Mieux prins que Souris d'vne chatte.
Yoyla comment les frobisseurs
Suyuant le train des gaudisseurs,
Sont plus tourmentez qu'en la Roue,
Où larrons font souuent la moue.
Voire mais, te dira vn sot,
A vn baril, faut le Bouschot.
Ha, lourdaut, ta parole est sotte,
Contente toy de la Golotte, * •
A qui tu donnas Coste-neufue.
Car pour certain si tu t'espreutie
A suyure Creusy, Vaux-profonde,
Folle-pensée, qu'on me tonde
Si d'vn desir Mont-embrasé
Tout ton bien n'est bien tost rasé :
Puis à Poûille-cul à la fin
Tu t'en iras comme vn coquin.
Alors mangeras (tu peux croire)
D'angoisse et de douleur la Poire.
Mieux vaudroit manger choux cabus,
Disant, fœmineis abus.
Mais cuides-tu estre plus sage
Que Samson, qui perdit l'vsage
De force par fœminin sexe?
Holofeme fit-il pas cesse
De regner pour semblable cas?
D'Aucerre l'vn des Aduocats
en façon de Sermon. 7
N'a-il pas sassé la farine?
Helas qu'il faisoit bonne mine
Quand sa femme en fut aduertie,
Elle en rompit bien la partie.
Virgile Poëte sçauant
Dedans vne corbeille au vent
Se vit publiquement pendu.
Penses-tu mieux estre entendu
Que ceux-là n'ont esté? non non.
Cuides-tu auoir bon renon
D'ensuiure telles femmes folles?
Elles parlent par paraboles
Et par circonlocutions.
Brief, ce ne sont que fictions
Parquoy resouz comme dessus,
Disant, fœmineis abus.
Tant de simples gens sont trompez,
Voire qu'on pense bien huppez,
Qui perdent esprit et conseil.
Tu seras en Guette-Soleil,
En Piedaloüe, ou Bechereau,
Et ce pendant vn Dauereau,
Vn moine, ou autre baboin
Sans penser de Mont-ardoin
Des Giroüars, ny de Pory,
Tiendra la place du mary.
Et puis à son retour la gouge
T'appaisera de Pome-rouge,
Ou d'vn baiser tant seulement,
En disant, Mon amy, comment
Vous va? Faictes-vous bonne chere :
Suis-ie pas bonne Boteillere
8 Discours ioyellx
D'auoir gardé ce bon vin cy?
Lors le pauure homme tout transy
D'estre en Vaux-froide, ou Champferré,
Le hume comme vn restauré,
Sans demander que couste l'once,
Mieux pris à Montmain qu'à la Ronce,
Car ainsi comme ie rumine,
Elle faict à la Coüillemine,
Dont elle a cela pratiqué.
Tel coupaut deust estre piqué
En Brelon. Car c'est Pain-perdu
De donner à tel morfondu.
Tel mary pas ne Vaut-nonain
Voire fust-elle vne putain.
N'entendant pas les mots conclus
Disans, fœmineis abus.
le pense que menus et gros
D'icy sont de Venus suppos,
A mondanité sont enclins.
Qui faict cela? Sont les bons vins.
Qu'il faict bon voir en la saison
Fruict de Bouffaut, ou Vauboron.
Puis pour resiouyr vn voisin
On le pourmene en Champ-raisin,
En Gastebled, ou en la Roche,
Où bien souuent l'arc on decoche.
Mais quand la femme se rembarre,
Et qu'on trouue de loz la Barre
Prés d'entrer au Pertuis au Borgne,
Auec chandelle faut qu'on lorgne
La coste prés de Gratery.
Lors tu te trouuerras marry
Si
en façon de Sermon. 9
B
Si sans y voir tu Heurte-Bise,
En culletant soit blanche ou grise :
Et ne fais point de différence
Qu'auoir te faudra la potence.
Lors tu seras d'argent Mont-blanc,
Et n'auras pas vn Grain-d'argent,
Ny vn liard, ainsi que ie croy,
Laissant Champlis, et Chastenoy,
Pour t'en aller droit en Morot.
N'est pas doncques celuy bien sot
Qui à ce mestier tant s'abuse?
Il n'y a rien qui plus l'homme vse
Que de frequenter les Genisses,
Les matines, et les Nourrices
Qui ont le ventre de Champeaux.
Pour vray telles gens sont bien veaux
D'oublier Laloüette et Presle,
Quoy qu'ils soient subjects à la gresle :
Saincte Nitace en est aussi,
Qui donne bien souuent soucy
Aux maistres, quand le mal aduient.
Mais patienter il conuient.
Dont ie conclu comme dessus,
Disant, fœmineis abus.
Vn Varigaut depuis trois mois
Au temps que l'on cassoit les noix
Fut sur le faict bien acuilly
En Champ-Renaut, prés Bequilly.
Mais apres grande mocquerie
Se cacha à la Tuillerie :
D'où après le pauure amoureux
Se retira tout marmiteux.
10 Discours ioyeux
Et confessant ce que dessus
Disoit, fœmineis abus.
Pour euiter les mocqueries
Des femmes, et les tromperies,
Croy moy qui ne suis qu'vn Coquard,
Retire toy plus tost Que-tard.
Ou tu lairras Croix, et Croisotte
Pour robbes, pour ioyaux, ou cotte.
Briau, et le Champ des Araines,
Font de bon vin bouteilles pleines.
Et les Isles et Belestain,
Font quelques fois parler latin,
Ceux qui ont debile cerueau
Encor' qu'ils soient proches de l'eau.
Laisse Bossicas, et les Plantes.
Retire toy, plus ne les hantes :
Ou tu auras douleur ou peine,
Et en la teste vne Migraine.
Mange bons morceaux, et Boy-vin
Du meilleur auec ton voisin,
Bon jambon, cuit auec la saulge,
Nourris-toy comme vn porc en Lauge :
Aux Bordes, et à la Chapotte,
Taille, bisne, porte la hotte,
A la Chenotte, et au voisin
Cloz, qu'on appelle sainct Germain.
Ce faisant, tu me peux bien croire,
Tu ne pourras meilleur vin boire,
En tout le finage Aucerrois,
Ou la veille, ou le iour des Roys.
l'en croiray les Religieux
Du Conuent, soit ieunes ou vieux.
en façon de Sermon. 11
B ij
Tu ne craindras point le Roiiart,
A la Perriere, ou Cassoiiart
Non pas du diable Les Fourneaux :
Mais tu verras les bons et beaux
Champs Elisees, Champ le Roy,
Cultiué en tres-bel arroy,
Ou l'œil Clery ont les heureux
Loing du Cry, Iudas malheureux.
Si veux-ie encor laisser en don
Gerbe-dorge, et Champ-chardon
Aux asnes, pour leur nourriture.
Et à ceux d'vne autre nature
(Comme les estourdis hyboux)
le laisseray la Coste aux Loups.
le laisse aussi Pied de Bouquin,
Quoy qu'il soit d'assez bon raisin.
Si vous nottez bien ces finages,
Vous en pourrez estre plus sages.
Et m'excuserez, mes amys,
Si i'en ay quelques vns obmis.
I'estudiray à l'aduenir
Afin de m'en mieux souuenir,
Pour les prescher à mon retour.
Mais ie ne sçay pas à quel iour.
Ce pendant Dieu vous gard de mal,
Des pieds et des dents d'vn cheual,
De ry d'asne, et femme trop aise
Qui à vous desplaire se plaise.
Il n'y a point plus grand abus
Suyuant, fœmraeis abus,
De nostre theme. Pax vobis,
Et (pour ne m'oblier) nobis. Amen.
12
LE MONOLOGFE DF
bon Vigneron sortant de sa Vigne,
et retournant soupper en
sa maison.
à
1EV soit loué, mes vignes ont
Toutes leurs façons, et si font
Monstre de rapport bien passable.
Tantost quand ie seray à table,
l'en boiray dauantage vn coup.
le ne me soucy pas beaucoup
S'il plaist à Dieu qu'à bien tout vienne.
Certainement douce est la peine
Que contentement suit de près.
On en trauaille mieux après:
Mais on dit que nous Aucerrois
Vignerons, sommes au soir Roys ;
Et le matin assez souuent
Petits bourgeois en nous leuant.
C'est quand nos vignes sont gelées
Fn Tuer, ou l'Esté greslées :
Ou quand par quelque autre moyen
Nous recueillons bien peu de vin.
(Car Dieu a des moyens assez
Pour punir nos pechez passez)
Mais ce mal est commun à'tous,
Quoy qu'on ne parle que de nous,
Pour equiuoquer sur le nom
1
ïl se resiouyt
de ses Yi-
gnes bien
faictes et
belles.
La peine est
aggreable
quand elle est
suiuie de
plaisir et
proffit.
Aucerrois
au soir Boys,
et le matin
-petits bour-
geois.
Le bon Vigneron. 13
B iij
Des Aucerrois de grand renom.
Si ne se trouue homme qui soit
loyeux du mal'heur qu'il reçoit.
Au contraire chacun espere,
Et ayme fortune prospéré :
Aux pays de bleds, force grains,
Et aux vignobles force vins,
Auec la bonne et prompte vente.
Car autrement de peu se vante
Qui n'a argent. On ne vit pas
De faire en vn iour trois repas.
L'homme a bien besoin d'autre chose
Que l'argent donne, et se repose,
Ou peut reposer qui en a.
Qui n'en a maintenant, rien n'a
Qu'en mendiant, ou empruntant,
Qui n'est pas pour estre contant,
Ne pour estre bien à son aise.
Car les marchans (ne leur desplaise)
Ne sont gueres bons aumosniers,
Et ne prestent pas volontiers.
Celuy qui se peut passer d'eux
Peut dire qu'il est bien heureux,
Viuant petitement du sien,
Se gouuernant selon son bien,
Comme ie fais à mon possible :
Dont bien me prend. Car impossible
Il me seroit de supporter
De voir mes meubles transporter
Par vn Sergent, à la requeste
D'vn créancier rude et moleste :
Tels que la plus part du iourd'huy
Personne ne
se plaist en
son mal et
perte.
L'argent est
nécessaire à
plusieurs
choses.
Les Mar-
chans du
iourd'hui
sont rudes
creaneiers,
14 Le Monologue
Sont, dont ie porte grand etiriuy
Pour les pauures debteurs, qu'on met
Prisonniers, et ne leur permet
On sortir, que par cession
De biens, à leur confusion.
Mais il vaut mieux quitter son bien
Que tousiours trainer son lien,
Et viure en prison miserable,
Sans espoir d'aucun secourable.
Or ne me seruent ces propos
Sinon de rompre mon repos
Puis que ie n'y puis donner ordre.
C'est assez qu'on ne me peut mordre,
Et que ie fais à mon pouuoir
Plaisir du mien, sans receuoir
De plusieurs quelque recompense,
le n'en dy pas ce que i'en pense,
I'espere pour le moins que Dieu
M'en sçaura gré en temps et lieu.
Mais puis que ie suis de loisir
le me veux donner du plaisir
A discourir tout à par moy
S'vn laboureur vaut mieux que moy,
Qui suis aussi bon Vigneron,
Que ie suis vn bon biberon,
Encor que ie ne sois yurogne,
Comme le mot tourné tesmoigne,
Selon qu'on a subtilisé,
Dont ie me sens scandalisé.
Et voudrois sçauoir en quel liure
Se trouue, qu'vn Vigneron yure
Soit suffisant pour donner nom
Il fautestre
liberal, non
auaricieux,
pour plaire à
Dieu et au
monde.
Comparaison
d'vn vigneron
et laboureur.
Les lettres
de vigneron
tournéet,
(ont yurogne,
du bon Vigneron. ï5
D'yurogne, à l'autre vigneron,
Souz couleur que les lettres d'vn
Rapportent les deux en commun-
Aussi me desplaist qu'on appelle
Vn vigneron, vne jauelle,
Puisque nous taillons son serment.
Et dit-on ordinairement,
Mettons au feu vn vigneron,
N'y a-il pas grande raison?
Tels petits discours sans tesmoings
Feront mon chemin durer moins,
Et diray ce que ie voudray.
Ioinct qu'en cela ie m'apprendray
A mieux parler en compagnie
Des gens de bien, que Dieu benie,
Où ie me trouue quelques fois
Peu parlant, et à basse voix,
Recognoissant ma qualité
Entre les gens d'authorité :
Auec lesquels ie ne doy pas
Contester de quelque grand cas.
Mais premier qu'entrer plus auant
le mettray vn poinct au deuant
Qui sera commun à nous deux,
Puis que comparer ie nous veux.
C'est que les vignerons plus riches,
Voire les plus gros, et plus riches
Ne sont pas ceux qui (courbez) taillent,
Ou en autres façons trauaillent
Aux vignes ou d'eux ou d'autruy,
Tels qu'on les estime au iourd'huy.
Comme aussi le sont-ils de vray.
Yne jauelle
appellec vi-
gneron.
Discretion dit
bon vigneron.
Qui sont les
vrays vigne-
rons.
16 Le Monologue
Mais sans crainte ie soustiendray
Que ce sont les gros de la ville :
Quoy qu'il semble chose inciuille
De les appeller vignerons
Pour estre trop secs biberons,
Et plus sobres en leurs repas
Que les vignerons ne sont pas :
Auec ce qu'ils sont trop debiles,
Au froid, et au chaud inutiles
Pour n'y pas estre accoustumez,
Mais en leurs maisons consumez.
Tels sont aussi les laboureurs,
Non pas ceux desquels les sueurs
Lauent le corps et le visage
Peinans apres leur labourage.
Car il faut que l'on me confesse
Que ceux de l'Eglise, et Noblesse,
Ceux de la Iustice, et Marchants
Possèdent les vignes et champs.
Du moins il en reste si peu
Pour nous autres, voire si peu
Que la plus part de nous ne sont
Que closiers, qui les vignes font
Pour autruy : ou bien sont metais
Qui non sans grande peine et fraiz
Trauaillent pour gaigner leur vie
En quelque bonne métairie
Des susdits milours, dont souuent
Ils ne rapportent que du vent,
Estans chargez d'vne moison
Plus grosse qu'il n'est de raison.
Si m'esbahy-ie veu la peine
Que
Qui sont les
vrays labou-
reurs.
Les vigne-
rons et labou-
reurs posse-
dont le moins
des y ignés et
des terres.
La plus part
des vignerons
ne ^sont que
closiers, et
des labou-
reurs , me-
tais.
du bon Yigneroll. 17
Que la vigne auec elle ameine
Pour tant de fraiz en ses façons,
Est à d'autres qu'aux vignerons.
Aduocats, Procureurs, Marchans
Les bonnes vignes vont cherchans.
Les Prestres, et Religieux
Mesmes, en sont bien curieux.
Chacun veut estre vigneron
Pour boire (comme il dit) du bon.
Qui me fait dire nouueau cas
Qu'au nombre de nos Aduocats
(Ayans moyen) vn seul se trouue
Qui le faict des autres n'approuue
Touchant les vignes, pour le soin
(Dit-il) dont elles ont besoin :
Et qu'il a moyen de choisir
Du vin tout fait à son plaisir
Soit à la ville, soit aux champs
Ce peu qu'il luy faut tous les ans.
Les autres loüent bien son faict,
Et disent qu'il a tres-bien faict
De donner ses vignes à rente
Raisonnable, qui le contente,
Moyennant qu'on le paye bien
Soit en argent, ou soit en vin :
Et que les vignerons deuroient
Auoir les vignes, qu'ils feroient
Mieux, et plus seurement pour eux
Que pour autru^M^iî^pàs ^n d'eux
, 1 l, .J ",
N'ensuit sa màniére^ de faïrêj.
Quoy qu'ils djnt, assez lçùr plaire.
1
De moy, ie rièf suis pas fasché i
La vigne est
de grands
frais et pei-
tw, et neant-
moins chacun
en veutanoir.
Yllseul Ad-
uocat d'Au-
cerre n'a, et
ne veut point
de vignes.
c
i8 Le Monologue
Que le vin soit à bon marché.
le me contente, Dieu mercy,
Et me puis vanter iusqu'icy
Que ie ne vend pas mon bon vin
Pour en acheter de moyen
Pour moy, comme i'en sçay qui font,
Tant chiches et auares sont.
Mais comme peu de nous se trouuent
Qui de leur meilleur vin s'abreuuent,
Aussi tous laboureurs n'ont pas
Du meilleur pain à leurs repas.
Et quoy qu'ils ayent bien moyen,
Si sont-ils chiches de leur bien.
Telle est la mode du païs,
Dont plusieurs gens sont esbahis,
Et font bien se mocquans de nous,
Voire suis de l'aduis d'eux tous.
Celuy ne doit planter la vigne,
Qui d'en boire se rend indigne :
Et qui seme le bon froment,
En peut manger honnestement.
On l'a assez souuent presché,
Mais chacun se trouue empesché.
Que chacun donc face à sa mode,
La mienne me semble commode.
Mais ie me ry qu'en ceste ville
Cinq cens vous diront, voire mille
Qu'en tout Aucerre n'est meilleur
Vin, que se trouuera le leur.
Chacun loüe tousiours le sien.
l'en dy possible autant du mien.
Mais plusieurs dç ces grands vanteurs
Plusieurs
vendent leur
ion vin pour
en auoir de
moyen pour
eux.
Qui plante
la vigne, et
seme la terre,
à bon droit
peut boire de
bon vin et
manger de
bon pain.
Mot commun
à Aucerre :
i'ar le meil-
leur vin de
la ville.
du bon Vigneron. 19
Cij
En cela se trouuent menteurs.
Vin se boit. Et ne doit on croire
Quel il est, si ce n'est au boire :
Et neantmoins les Corratiers
D'en abuser sont coustumiers,
Et par argent, ou par faueur
Preferent le pire au meilleur.
Ceste pratique est de tout temps
Dont plusieurs sont tres-mal contens,
Et ne peut-on à tel desordre
Que difficilement mettre ordre :
Non plus qu'au taux qu'on fait des œuures
Des pauures vignerons maneuures,
Souz couleur qu'vn mois ou deux l'an
Ils gaignent vn peu. Mort d'Adam
Noz Messieurs gaignent tous les iours
Bien plus sans peine, et ont tousiours
Quelque present de venaison
Qu'on leur apporte en leur maison.
Ils ne voudroient pas pour gaigner
Dix escuz, demy iour peiner
Apres la vigne : et veulent bien
Que les pauures soufrent la faim
Auec leurs femmes et enfans
A leur besogne par les champs
En yuer, n'ayans d'ordinaire
Que six ou sept sols pour salaire.
Ce n'est pas pour auoir du bois,
Du pain, du vin, du lard, des pois,
Du sel, de l'huile, des soliers,
Et ce que des autres mestiers
Ils sont tous contrains acheter,
Les Corra-
tiers font
trouuer le vin
tel qu'ils veu-
lent.
Du taux
qu'on a voulu
mettre aux
iournées des
vignerons.
Vn mestiage
ne peut bien
viure de six
ou sept sols.