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Discours prononcé à l'Assemblée des États [de Bourgogne], en 1787, sur la mendicité ([Reprod.]) / par M. Delachaize,...

De
47 pages
chez A. M. Defay (Dijon). 1787. Mendicité -- France -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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25X
MiCROCQiw RESOLUTION TEST CHART
NBS 1010a
(ANSI and ISO TEST'CHART No. 2)
THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LESARCHIVESDELA
REVOLUTIONFRANÇAISE
5 BBIDGE STHEET MUJL ̃ BMÏK.E STREET
WITNEY OXPOROSH1KEOX8«H
Tplephone: (099S) Faœ (0M3) 779043
DISCOURS
SUR
EXTRAIT du Regiftre des Délibérations de la
Chambre du Tiers-Etat de la Province de Bour-
Du Novembre du matin*
JVI.'MoussiER, Vicomte-Maïeur de la Ville de
Di jon Préfident de la Chambre du Tiers-Etat, a prié,
au nom de lad. Chambre M. Delachaize Maire de la
Ville de Montçenis, de vouloir bien lui faire leéture
du Difcours qu'il a prononcé dans les Chambres du
Clergé & de la Nobleffe, ayant pour objet les incon-
vénients de la Mendicité. & les moyens d'y remédier.
M. Delachaize ayant fait Ie&ure de fon Difcours,
MM. de fa Chambre du Tiers-Etat onr unanimement
applaudi au zele patriotique, à l'efprit d'humanité &
de bienfaisance qui le lui ont infpiré & aux vues fages
qu'il a développées dans ce Mémoire Sur quoi
LA CH AMB R E délibéré, que M. Delachaize
feroit invité à remettre à M. le Préfident, fon Mé-
moire manufcrit pour être imprimé, aux frais des
Membres qui la compofent: ce fait; M. Delachaize
a déféré au vœu unanime dé la Chambre, en lui
témoignant-fa reconnoiflance & fa vive fenfibilité.
Par extrait. Signé M OU S SI ER.
DISCOURS
̃<
P R 0 NO N C É
A L'ASSEMBLÉE DES ÉTATS,
'En 1787,
Par M. DELACHAIZE, Orateur Je la Chambra
du Tiers -État $-
s\jr'la mendtcité.
A DIJON,
Chez A. M.-Defay, Imprimeur de S. A. S. LE
PRINCE DE CONDÉ, & des États. 4
M. D C C. IXXXV1I,
Aiij
D 1 SC O U R S
5 U R
LA MENDICITÉ.
Messieurs,
DES le moment que j'ai été appelle r
à l'honneur de porter la parole devant
cette augure Aflemblée, j'ai cru enten-
dre l'humanité réclamer mon rniniftere
(6)
& me charger de la cauïe de%malheu-
reux.
Aint Messieurs je ne vous par-
lerai ni de la fplendeur de cette Pro-
vince, ni de l'excellence de fon adminif-
tration. Je ne retracerai pas à vos yeux
Jçs vertus des Sages qui nous gouvernent
je n'arrêterai point vos regards fur les
brillantes qualités du Prince qui nous
préfide. Ceft de l'indigence, que je me
propôfe de vous entretenir. Je viens vous
offrir un objet qui -a fixé l'attention des-
pte^grands Légiflateurs & qui, depuis
Charlemagne, jufqù'à nous, a échauffé
le zele de prefque tous nos Rois. La
caufe ,que j'embrafle intéreffe tous les
Ordres de l'Etat, regarde toutes les
Nations, affefte l'humanité entière.
C'eft la profcription de la mendicité;
c'eft ce monilre que je dénonce à votre
Tribunal. Je viens vous découvrir fon
ignominie fa corruption fes dangers
& fes ravages.
(7)
A iv;
J'effaierai enfuite de vous mettre fous.
les yeux une inftitutiori qui adouciroit
le fort des vrais indigents, les rendroit
utiles à la Société, fans les rendre mal-
heureux,. En un mort, les dangers de la
mendicité, les moyens de la Supprimer.
Tel eft MESSIEURS, le plan que je
me propofe de vous développer.
Je ne me diffimule pas la grandeur
ni la difficulté de cette er'treprife mais
puis-je êtres- effrayé quand je n'afpire
qu'à la gloire d'être utile à ma Patrie ?
Dois-je craindre de plaider la caufe de
l'indigence, de faire retentir les cris de
l'humanité aux oreilles des âmes fenfi-
bles ? Non non Messieurs entre
d'un pas affuré dans une carrière où me
devance déjà votre patriotifine.
La richeire de mon fujet fuppléera à
l'éloquence, & l'intérêt de ma caufe
donnera de l'énergie à ma toiblefle.
Le premier malheur qu'entraîne ia"
(8)
tnendieité, ell de ternir la gloire d'une
Nation. La France cette fuperbe Mo-
narchie du globe, fe trouve inondée
d'une,fourmilliere de mendiants qui dé-
folent Ses Provinces. Toutes nos Cités
font fouillées par l'hideux afpecl: de mi-
férables dégradés par les befoins *&
fouvent mutilés par l'ardente fourberie
qu'ils emploient pour furprendre notre
commifération. Rien n'eft à l'abri de ces
fordides infe&es ils troublent de leurs
çris importuns les fêtes les plus- brillan-
tes la fainteté de nos Temples eft le
théatre de leur convoitife & de leur
ignominie.
Comment une Nation, qui commande
à tant de Peuples, par fon éloquence
fon luxe & fa magnificence peut-elle
voir Son Sein flétri, déshonoré & rongé
-par ces vermines humaines, la honte &
l'opprobre de la Nature
Tandis que tous les êtres célebrçnt la
grandeur de la Nature, & contribuent à
l'ornement de fes ouvrages, le mendiant
en flétrit l'éclat & la fait rougir de fon
exiftence. Ses membres livides fon
vifage defféché, femblent accufer le Ciel
d'injuftice ou d'impuiffance il traîne
honteufement dans la fange, un corps
qui devoir faire fa force & fa richefle
& courbé en pofture de fuppjiant des
rnembres que le travail & l'ijiduftrie
dévoient ennoblir.
C'eft. en wain que fAgriculture lui
offre le foc vivifiant de la charrue; c'eft
en vain que les Arts & les Manufactures
l'appellent dans leur fein.
Inutilement un fage Gouvernement.,
ou une charité éclairée dreffent des
atteliers j & l'invitent au travail fes
mufcles macérés dans les marais fangeux
de la mendicité, ne favent plus fe redref-
fer, que pour affiéger la porte du Citoyen
laborieux ou bien replié accroupi
dans les angles lucratifs des carrefours
& des'places il ne fait que déchirer par
(w).
fes cris, les entrailles des paffants.. L'ai-
guillon de la faim aura beau le preffer
il redoublera fes clameurs mais il ne
travaillera pas. Le befoin peut bien abré-
ger, trancheur même fes jours; mais il
ne pourra l'arracher à l'oifiveté.
Quelles moeurs doivent éclorre de ces
êtres Gagnants & corrompus ? L'hypo-
crifie le vice des ames baffes.
Qui jamais fut poulier plus loin
qu'un mendiant, les rufes, le raffinement
de la fourberie Qui fut mieux affeâer
des besoins, feindre des infirmités ac-
centuer la douleur
Voyez ce mendiant de profeffion
qui veut arracher une aumône ramper
devant vous imprimer à fon corps un
air fuppliant, contourner fes membres,
étouffer fa voix, ne moduler que fan-
glots que lamentations.
Jadis les poltrons fe coupoient:\ le
pouce pour fe difpenfer de porter les
armes le mendiant feint d'être mutilé,
(II)
pour fe fouftraire au travail mais l'om-
bre des retraites &%s tavernes guérit
fubitement toutes fes maladies, deffeche
fes plaies, & rend à fes membres le
mouvement & la vie.
Ceft dans ces antres affreux, que,
proftituant à la débauche les dons de la
bienfaisance il fe fouille de tout ce que
la crapule a de plus honteux, & s'aban-
donne à tous les excès de la lubricité.
Tout le monde, fait que la plupart de
leurs mariages, ne font que des conjonc-
tions éphémères, formées, à l'ombre des
bois & confacrées par le libertinage
qu'ils ont porté la licence jufqu'à pro-
faner la fainteté conjugale, en établiffant
parmi eux la communauté des femmes
ils ofent même fe vanter de goûter les
douceurs du mariage fans en avoir les
charges. Hélas il n'eft que trop vrai
que foulant aux pieds les loix de la na-
ture, ces montres expofent au hazard,
les fruits de leurs criminelles amours, qui,
ainfi abandonnés, périment consumés par
la mifere ou Surchargent les Maifons
de charité & peut-être cet abandon eft-
il encore moins funefte à ces tendres vic-
rimes, 'que les foins barbares qu'ils en
prennent.
N'a-t-on pas vu des meres affez dé-
naturées, pour en venir à cet excès de
cruauté de contourner les membres de
leurs enfants, pour leur former ce qu'elles
appellent les bras de Dieu c'eft-à-dire,
capables d'attirer d'abondantes aumônes?
Quels principes! Quelles leçons Quels
exemples peuvent-ils puifer dans le rein
de parents fi corrompus Je frémis
MESSIEURS ma langue fe glace dans
ma bouche, à la feule idée des horreurs
qu'entraîne après foi une éducation fi pér-
verfe.
Le moindre alheur que ces trilles
rejetons tmbnfflent la condition de leurs
peres allaités fur les places, nourris d'un
pain accorda e importunité, leurs
premiers pas font de fe traîner aux portes
& leurs premiers accents de demader l'au-
mône. Accoutumés aux opprobres de ce
vil métier, fouvent hors d'état, par la
cruauté de leurs parents, d'en embraffer
un autre, ils perpétuent lamendicité avec
toptes fes horreurs.
Encore, fi les mendiants ne faifoient
que tranfmettre la mendicité à leurs en-
fants ils ne feroient que la honte de
l'humanité, ils n'en feroient pas le fléau.
Mais de. quoi ne font pas capables des
ames avilies par la crapule, dégradées
par l'oisiveté? Celui qui, étouffant la voix
de la nature n'a pas craint de déformer,
mutiler le corps de fon malheureux en-
fant, refpeftera-t-il fes moeurs ? Non,
MESSIEURS. Les mendiants s'empreffent
de familiarifer leur côsur avec le crime;
&, loin d'être les protecteurs, le rem-
part de leur innocence ces monftres
fouvent pour une foible piece de mon-
noie, les livrent à toutes les horreurs de
la proftitution & étouffant dans leurs
orgies, les cris de la pudeur expirante
ils immolent la vertu fur l'autel de l'in-
tempérance.
Faut-il s'étonner, après cela, fi. les
mendiants font les agents les plus ordi-
naires de la corruption, s'ils fervent de
minières à l'intrigue, & s'ils font les
courtiers du libertinage ?
Qui ne fait que la plupart de leurs
maifons font des pelles publiques, le re-
paire de la licence, & le tombeau de
l'honnêteté, où la vertu même la plus
pure, ne fauroit être fans flétrifiure ?
Que n'a pas à redouter la fociété de
ces hommes dévoués à la débauche!
fufceptibles de toutes les imprefflons
finjuilice ne les trouve-t-elle pas tou-
jours prêts à fe livrer à fes iniques pr.o-
jets ? Ne vendront-ils pas au prix le plus
vil, le menfonge, le faux, la calomnie ?
Quiconque voudra attenter à la for-
tune, à l'honneur, à la vie même de
oo
fes concitoyens, ne les trouvera-t-il pas
également difpofés a lui prêter leurs bras?
Je ne dis rien, MESSIEURS, qu'urne
malheureufe expérience ne confirme.
Où trouve-t-on de faux-témoins ? Ou
l'oppreffion va-t-elle chercher fes inf-
truments, fes complices ? N'eft-ce pas
dans cette lie de misérables & de vaga-
bonds, qui fe croient affranchis de tous
devoirs, qui regardent les propriétaires
comme des débiteurs odieux qui leur
enlèvent tout ce qu'il ne leur donnent
pas; & fe permettent, en conféquence,
tous les vols toutes les déprédations
qu'ils peuvent fouftraire aux yeux de
la Police aflez dépravés pour regarder
non feulement comme licite mais
comme méritoire le brigandage qu'ils
exercent contre ce qu'ils appellent les
mauvais riches.
Les mendiants ne font pas feulement
l'opprobre des villes ils font encore
pour les campagnes, un fléau auffi &
plus redoutable même que la grêle. Ce
n'eft plus l'aumône c'eft un tribut qu'ils
lèvent le feu le fer le poison à la
main. Incendiaires, ils brûlent la grange
du cultivateur qui refufe de les loger
empoifonneurs fous le mafque odieux
du fortilege ils font périr les troupeaux
de ceux qui ne donnent point à leur
gré voleurs, ils débutent par des vols
de baffe-cour, & finiffent par être des
voleurs de grands chemins & fouvent
affaffins.
Si l'on compulfe les Greffes criminels
de nos Tribunaux l'on verra que les
trois quarts des crimes qui défolent la
fociété, ont pour auteurs ces vils fai-
néants. Si l'on confulte les teilaments
de mort dès Cartouche, des Mandrin,
de ces fameux fcélérats, on verra que
c'eft toujours dans ces hordes vagabon-
des qu'ils ont trouvé leurs complices,
& tranfmis leur génie malfaiteur.
Les mendiants ne font pas moins dan-
gereux
B
gereux pour la tranquillité de l'Etat que
pour la fécurité des Citoyens. Avides
de nouveautés, ils ne demandent que
des révolutions, qui feules peuvent chan-
ger leur fort. D'autant plus audacieux,
que n'ayant rien à perdre, familiarisés
avec l'idée des punitions, qu'ils méritent
chaque jojur-j-ib^iliflent toutes les occa-
fions d'exciter les troubles de hunier
par-tout le feu de la fédition de la
révolte.
Les émeutes qui, de nos jours, ont
inquiété le Gouvernement au fujet des
grains n'ont-elles pas eu de vils men-
diants pour fuppôts ? Enfin fi l'on
confulte' le Nécrologue criminel on
verra que fur presse cent mille mal-
heureux, qui tombent fous le glaive de
la Juftice en France il y en a plus des
deux tiers, qui font fortis de la claffe des
mendiants. Le nombre des voyageurs
affaffinés, n'eft peut-être pas inférieur.
«̃• La nature a-t-elle produit des tigres

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