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Discours prononcé à Strasbourg, le 1er vendémiaire an VII, jour de la fête anniversaire de la fondation de la République française ; par le Cen Bottin,...

De
21 pages
F.-G. Levrault (Strasbourg). 1798. 22 p. ; in-8.
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DISCOURS
Prononcé à Strasbourg, le i. er
Vendémiaire an VII, jour de
la fête anniversaire de la fonda-
tiOll de la République française;
PARLE C.En BOTTIN,
Secrétaire en chef de l'Administration centrale,
du Département du Bas - Rhin.
Imprimé par ordre de l'Administration centrale.
STRASBOURG,
Chez F. G. LEVRAUIT, Imprimeur du Département
du Bas - Rhin.
An VII do la République française.
A 2
DISC OU R S
Prononcé à Strasbourg, le l.er Vendemiaire
an VII, jour de la fête anniversaire
de la fondation de la République fran-
çaise (1).
Vive la Liberté ! vive la République ! vive le
Constitution de l'an III !
CITOYENS,
Nous célébrons aujourd'hui la sixième fête
cominémorative de la fondation de la République.
Chargé par votre administration centrale de vous
entretenir en son nom des grandes choses qni
caractérisent cette fête auguste, pourrais-je ne point
débuter par ses propres paroles?
„ L'état républicain, vous disait-elle , il y a
„ quelques jours, avec cet accent qui caractérise
„ la sollicitude paternelle (2) ; l'état républicain
,, est l'état naturel des peuples. Les hommes en
,, société forment de grandes familles, qui ne doi-
,, vent être gouvernées que par ceux que rendent
„ recommandables leur expérience et leurs vertus.
( 4 >
„ Tel est le vœu de la nature, qui s'indigne qu'un
„ homme se. prétende né pour gouverner ses sem-
„ blables.
„ C'était cependant, continue-t-elle, ce dernier
„ et affreux principe qui décidait du sort de nos a-n-
„ cêtres. Pendant quatorze siècles, le Français habi-
,,' tant du plus beau sol de l'univers, naissait dans
„ l'humiliation et les malheurs de l'esclavage. Pen-
u dant quatorze siècles, des hommes, le plus sou-
„ vent farouches ou ineptes , faisaient peser sur sa
„ tête la verge flétrissante de la royauté.
0;' Elle n'est plus , cette oppressive royauté.
„ Blessée à mort en 89, c'est en vain qu'elle
„ s'était débattue , espérant ressaisir son empire ;
„ ses ruses, ses crimes ont pour cette fois été
„ inutiles : le 1 o août l'a détruite , et la République,
„ proclamée solennellement le premier Vendé-
„ miaire , a mis entre elle et les Français un mur
,, d'airain. „
Le premier Vendémiaire !. Ah ! Citoyens,
de quelle masse de souvenirs imposans ce grand
jour ne va-t-il pas charger la mémoire de l'histoire !
il redira, ce témoin à charge dans l'éternel
procès des peuples libres contre les - rois , il
redira aux siècles étonnés les circonstances
extrêmes dans lesquelles se trouvait la patrie à
l'époque où la République a été proclamée.
Au nord, l'étranger, introduit par la trahison ,
envahissait nos frontières , bloquait Thionville,
occupait Longwi et Verdun ,qu'il avait achetés (3),
çt se précipitait en masse dans les plaines fertiles
( 5 )
A 3
qu'arrose la Marne. Paris, menacé de sa fureur,
tendait ses antiques barricades, et s'environnait de
fossés et de retranchemens formés à la hâte.
L'ouest était dans la fermentation de la guerre
civile. Les chevaliers du poignard, mis en fuite
au 10 août, parcouraient, écumans de rage, les
départemens de l'est et du midi, s'associant les
prêtres rebelles , et provoquaient hautement la
levée de bouclier de la révolte, tandis que les
émissaires sacrés semaient, avec une activité infa-
tigable , le trouble de conscience, la division des
familles, les haines, le désespoir. D'un autre côté,
les assemblées électorales occupées de la nomi-
nation de la Convention nationale fuyaient de
villes en villes , pour se soustraire à la fureur de
l'ennemi (4). Les rois, furieux de l'atteinte portée
à leur prétendue inviolabilité dans la personne du
parjure Louis XVI; les rois, frappés tout à la fois
et d'une terreur stupide au seul nom des Français,
et de ce trouble qui les saisit toutes les fois que
le mot liberté vient frapper leurs oreilles , se fai-
saient, pour se distraire , présenter, tous les matins
à leur lever, la carte de la France, pour y choi-
sir leur lot de ce beau pays, dont le partage en-
trait dans tous leurs rêves. Pour tout dire en un
mot, l'Europe étonnée se disposait à effacer l'em-
pire français de la liste des nations. Il semblait
que nous n'avions plus que quelques minutes
d'existence ; que , placés entre la mort ou des
fers mille fois plus affreux, il ne nous restait plus,
pour conjurer l'orage, que d'ouvrir les prisons du
( 6 )
temple , de lâcher le tyran et de nous jeter dans
ses bras. Malheureux, qui que vous soyez, qui,
sur la fin de l'an VI de la République, avec le
souvenir des crises qui ont environné son berceau
et le sentiment des prodiges qui les ont dissipées
pour jamais, au milieu des triomphes inouis qui
sont devenus familiers à ses défenseurs et ont ren-
du ses destinées immuables, osez encore dire dans
votre cœur, il nous faut un roi !. vous qui
provoquez encore à son retour par vos actions,
ou vous y préparez, à tout événement, par une
conduite équivoque ! écoutez et rougissez. La
Convention nationale se forme : les mandataires
du peuple, obligés de traverser les districts enva-
his et de prendre des détours pour échapper aux
embuscades dont leur route était semée (5),
avaient vu les soldats étrangers, que guidaient de
féroces émigrés, exécutant froidement, contre tout
ce qui était soupçonné patriote, les assassinats, les
horreurs commandées par les rois (6). — Un
morne silence prélude à leur première séance -
ils se regardent mutuellement — l'indignation,
la douleur sont peintes dans les yeux — les cœurs
se gonflent, et cessent de suffire au sentiment. —
Quoi, s'écrie-t-on , des rois féroces prétendraient
nous intimider !. quoi, des rois osent venir
jusque chez nous, nous dicter des lois !. Non ,
hommes libres ! non , ne le souffrons pas !.
périsse plutôt la royauté !. Le mot est dit : d'un
mouvement spontané , l'assemblée se lève toute
entière ; elle décrète que la royauté est abolie
( 7 )
A 4
en France ( 7 ). Etre suprême ! il reçut ta puis-
sante sanction, ce décret solennel : tu souris à la
République naissante des Francs; sans cela l'aurais-
tu placée en si peu de temps à la tête des siècles
et des nations ?
Aussi prompt que l'étincelle électrique, le cri
de République se communique des voûtes du Sénat
aux extrémités de la France, et couvre chaque
are de sa surface d'un défenseur armé. Il va
frapper le Prussien aux plaines de la Champagne (8)
et devantThionville : les vieilles bandes fuient, éper-
dues , devant nos soldats de deux jours : le théâtre
sanglant des combats quitte le sol français ; et bien-
tôt ceux de ces mêmes potentats qui naguères se par-
tageaient en idée ce beau pays et, qui ne se sont pas
empressés de rechercher l'amitié de la République
naissante, ou perdent leurs états, ou ne tiennent que
de la grande nation la permission de régner encore.
Ce n'est là, Citoyens, que le moindre résultat
de la journée du premier Vendémiaire. Dès les
premiers jours de notre révolution tous les peuples
avaient applaudi à notre courageuse entreprise ;
admirateurs secrets de nos efforts, ils souriaient à
nos succès , partageaient nos alarmes et brûlaient
de l'impatience de s'associer à notre sort : mais
aucun n'osait se prononcer. Ils voyaient encore un
roi parmi nous ; ils lisaient son nom sur les pages
de notre constitution, et ils savaient qu'un roi,
chez un peuple qui veut être libre, ne peut être
qu'une source de calamités, puisque le gouver-
nement royal est incompatible avec la liberté : c'est
1 (8 )
ce qui les retenait. Mais à peine l'abolition de la
royauté a-t-elle été prononcée, à peine cette
plante a-t-elle été retranchée du sol français, où
elle lie pouvait plus être que parasite et véné-
neuse. alors quel élan des peuples vers nous!
guelles instances pour être réunis à la grand e nation,
ou associés à ses destinées (g) !. Savoie, Bel-
gique, principauté de Salm, Porentrui, pays rive-
rains du Rhin et de la Moselle, Muhlhausen,
Genève, et vous, îles fortunées 4e la Grèce, ren-
dez grâce au premier Vendémiaire ! c'est lui qui a
dressé l'acte de votre réunion !..,.». Isle de Malthe,
r •
« belle Egypte, c'est lui qui vous a affranchies d'un
joug'ou ridicule ou étouffant!. Républiques
batave, cisalpine, ligurienne, helvétique, dont je
vois sur cet autel de la patrie flotter les couleurs
réjouissantes autour de la statue de la liberté fran-
çaise , rendez grâces, au premier Vendémiaire!
il fonda la République par laquelle vous existez
.(lo)L.. Rome, cité célèbre, qui fus si long-temps
réduite à n'être que l'épitaphe d'un pays libre ;
Rome, cité respectable par les cendres des grands
hommes que tu conserves sous ton sol, rends grâce
au premier Vendémiaire ! c'est lui qui t'a affranchie
.de la domination immorale des prêtres, et rendue
à tes antiques destinées (n).
Et toi, gouvernement fameux par la haine pro-
fonde que tu portes à notre liberté et les moyens
atroces dont tu l'assouvis depuis 1789, que n'as-tu
pas à redouter du premier Vendémiaire ? En fon-
dant la République française, il jeta dans ton sein.,
1
A 5
pour prix de tes longues perfidies, les germes de-
la destruction. C'est envain que tu te débats contre
le glaive qui te perce, exécrable gouvernement
anglais ! c'est envain que, dans tes horribles con-
vulsions, tu épuises la fatale boîte de Pandore sur
l'espèce humaine! tu vas être puni : la grande nation
est arrivée à sa troisième époque (is), celle des
vengeances ! Vois-tu l'arbre de la liberté? comme
il est grand et majestueux sur le sol français! comme
son vaste ombrage atteint déjà les rives que tu op-
primes ! comme ses racines, pjeines d'une sève
vigoureuse, serpentent à travers les mers, vont
chercher le sol irlandais, prennent terre et s'y pro-
pagent ! Que dis-je? tandis que les derniers des
sicaires(i3) que tu avais semés dans nos départe-
mens de l'ouest, avec la mission de corrompre et
d'égorger, tombent sons la hache vengeresse de la
loi; des Français intrépides n'ont-ils pas déjà su
tromper tes espions, se glisser à travers tes flottes
et tes mâts croisés, et s'élancer sur tes plages, appor-
tant aux cnfans trop long-temps opprimés d'Erin
des armes, la victoire et la liberté (14)? et ce Buona-
parte qui a intéressé sa gloire à ta destruction, le
vois-tu, dans ce moment, punissant les antiques
injures. des Beys oppresseurs de l'Égypte , ba-
layant devant lui ces brigands tes mandataires,
pressant du pas de charge le chemin que se fraya
jadis le conquérant Alexandre, pour aller te frap-
per au cœur dans ton commerce des Indes?
Et. ne crois pas, gouvernement aveugle, nous
intimider par le nombre de tes .vaisseaux: nous

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