Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Discours prononcé, le 15 août 1858, jour de la fête nationale,... par l'abbé Juge-André Giudicelli,...

De
29 pages
impr. de Fabiani (Bastia). 1859. In-8° , 30 p..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

DICOURS
Prononcé le 15 Août 1858
JOUR DE LA FÊTE NATIONALE ANNIVERSAIRE
DE LA NAISSANCE DU
GRAND NAPOLÉON Ier
EMPEREUR DES FRNCAIS
PAR L ABBE
JUGE-ANDRÉ GIUDICELLI
Curé de Prunelli-de-Fiumorbo, Membre correspondant de l'Institut historique
de France, Ancien professeur de Dogme et de Philosophie
à l'École Paoli, etc. etc.
Principem dat Deus, qui ergà omne hominum genus vice
sud fungatur. (PLIN in Paneg. Trajani. )
BASTIA,
IMPRIMERIE FABIANI,
1889.
DISCOURS
PRONONCE LE 15 AOUT 1838, JOUR DE LA FETE
NATIONALE ANNIVERSAIRE
DE LA
NAISSANCE DU GRAND NAPOLÉON IER
EMPEREUR DES FRANÇAIS.
» Domine salvum fac Imperatorem; et exaudi
» nos in die quâ invocaverimus te. »
« Seigneur, sauvez l'Empereur; et exaucez -
» nous au jour où nous vous invoque-
rons. » (Psalm. XIX 10.)
C'est là le texte sacramentel de la Liturgie, la
prière affective que dans l'effusion de nos coeurs,
dans l'épanchement de nos affections, nous adres-
sons à Dieu tous les jours!
L'Église et la Nation, Messieurs et mes très-
chers Frères, joignent à la célébration dé l'As-
somption triomphale dé la Mère de Dieu au ciel,
la fête anniversaire de la Naissance du Grand Na-
poléon. En effet, il y a quatre-vingt-neuf ans que
l'homme extraordinaire, cet enfant de la Corse,
ce fils du tonnerre, vint au monde; celui dont les
_ 4 —
exploits feront à tout jamais l'étonnement des
générations de tous les siècles. Le nom de ce
héros, plus glorieux que celui des Alexandre,
des César, des conquérants les plus fameux, les
plus redoutés, a franchi les pôles ( 1 ) ; et la terre
tout entière se tut devant lui! (2) Oui, la terre
tout émerveillée, fléchit le genou devant lui (3),
et les rois des nations, selon l'expression d'Isaïe,
se prosternaient en l'apercevant de loin et ado-
raient la trace de ses pieds!
Oui, Messieurs! Le dieu des armées l'avait sus-
cité, prédestiné pour opérer des prodiges, et com-
me à Cyrus, lui avait dit: « Je marcherai devant
toi, j'aplanirai les chemins tortueux , je romprai
» les barres de fer, je briserai les portes d'airain.
» Je te donnerai des trésors cachés, tu pénétreras
» dans le secret des conseils, et tu sauras que je
» suis le Seigneur, le Dieu qui t'ai appelé par ton
» nom. Je suis l'Éternel, et il n'y en a point d'au-
» tre ; hors de moi il n'y a point de Dieu. Je t'ai
» armé, et tu ne m'as pas connu, afin que l'Orient
» et l'Occident apprennent que rien n'est sans
» moi : je suis le Seigneur; et il n'y en a pas
» d'autre. Je forme la lumière et je crée les ténè-
» bres, je fais la paix et crée la guerre, je suis le
» Seigneur, moi seul ai tout fait. » (4)
(1) Nominatus usquead novissimum terra. (I. Mach. m. 9.)
(2) Et siluit terra in conspectu ejus. (Ibid. i. 5.)
(3) Et admirata est universa terra. (Apocal. XVIII. 3.)
(4) Isaïe XLV. 2, 3, 5, 6, 7.
«C'est Jéhova, disait Daniel aux Chaldéens,
» qui change les temps et les siècles, qui trans-
» fère les royaumes et les établit, qui donne la
» sagesse aux sages et la science à ceux qui ont
» l'intelligence et la lumière.
» C'est lui qui relève les choses les plus pro-
» fondes et les plus cachées, qui connaît ce qui
» est dans les ténèbres : et la lumière est avec
» lui. » (5)
Et encore pouvons-nous, sans contredit, appli-
quer à Napoléon 1er ces paroles prophétiques que
Daniel lui-même adressait à ce fameux roi de Ba-
bylone; « Tu es le roi des rois, lui disait-il, et
» le Dieu du ciel t'a donné en partage le royaume
" et la force et l'empire et la gloire. » (6)
La gloire qui paraît accompagner les grands
hommes pendant les phases de leur vie, les quitte
et les abandonne au tombeau. (7)
Mais la gloire du Grand Napoléon, préconisée
par la renommée aux cent bouches, descend avec
toute sa célébrité dans le séjour des morts, brise
le sceptre d'ébène de la mort, et s'affranchit des
horreurs et des humiliations inhérentes. Dès lors,
tel que le feu souterrain d'un volcan, s'ouvre un
cratère à travers les montagnes , pour s'élever
vers sa sphère, sa gloire à lui, identique, indivi-
(5) Daniel, ll 21, 22.
(6) Tu es rex regum; et Deus coeli regnum et fortitudinem
et gloriam dédit tibi. ('Daniel, ll. 37.)
(7) Periit memoria eorum cum sonitu! ( Psal. IX. 7. )
— 6 —
duelle, immortelle de sa nature, lui tient compa-
gnie dans l'éternité! (8)
Ce sont ces doctrines sacrées, Messieurs, que je
me propose de vous prêcher aujourd'hui, à savoir:
Le respect que l'on doit à la Majesté Impériale ;
1er point. — La monarchie-héréditaire, c'est la
seule qui convient au peuple français ; 2e point. —
Le gouvernement démocratique ne saurait jamais
se perpétuer en France; 3e point.
Ce sujet mérite toute votre attention. Implorons
d'abord les lumières du Saint-Esprit, par l'inter-
cession de Marie notre Patronne vénérée, disons
Ave Maria!
1er POINT.
Dieu, mes frères, est la souveraine essence, il
n'est circonscrit en aucun lieu; il n'est sujet à au-
cun changement; sa durée est l'éternité : il rem-
plit tous les lieux par l'immensité de sa grandeur.
Immuable dans le sein de son être (9), il impri-
me le mouvement à tout ce qui est mobile (10);
(8) Et erit sepulchrum ejus gloriosum (Isaïe XI. 10.)
(9) Immotus in te permanens
Lucis diurnce tempora
Successibus determinans.
(Hym. Notice).
(10) ..... Definiens statuta tempora, et terminos babitationis
eorum. In ipso enim vivimus, movemur et sumus. ( Act. XVIII.
26, 28.)
éternel, il assigne des limites à tous les temps. Il
fixe la durée des empires, brise l'échelle des suc-
cessions dynastiques , pesant à la balance de son
sanctuaire les oeuvres des rois de la terre ; et
pourrait-on leur appliquer les paroles prophéti-
ques que le saint vieillard Siméon , rempli de
l'esprit de Dieu, fit entendre dans le temple de
Jérusalem au sujet de l'Enfant Jésus : « Dieu les
établit pour la perte comme pour le salut des na-
tions , soit qu'il les donne dans ses miséricordes
ou les suscite dans sa colère. (11)
La France, Messieurs et mes très-chers Frères,
est la fille aînée de l'Église de Jésus-Christ; et
Dieu protège la France! Elle est grande, puis-
sante, redoutable; mais elle ne saurait conserver
la renommée de grande nation que Napoléon 1er
lui a léguée , que sous le sceptre d'or, le sceptre
paternel de la dynastie Napoléonienne. Le peuple
français, qui, tel que Tite-Live appelait les Ro-
mains, c'est le peuple-roi, fier de sa prééminence,
adore en action de grâces le Très-Haut dans l'hom-
me providentiel qui vient de régénérer, de sauver
la France!
Oui, Messieurs, nous sommes reconnus dans
l'univers, je suis fier et heureux de le dire, pour
(14) Ecce positus est hic in ruinam et in resurrectionem
multorum in Israël. (Luc. ll. 54.)
Quidquid delirant reges, plectuntur Achivi.
Les peuples sont punis des folies de leurs princes.
(Horat. epist. 2. 1)
— S —
ce peuple héroïque, glorieux, invincible, qui seul
fait et défait les rois, enfante et couronne les em-
pereurs , et parfois, sinistrement, improvise les
républiques! (a)
La France l'a assez senti pendant ses comices
sympathiques pour porter d'emblée sur le trône
Napoléon III. Mais, si la joie des Romains fut
grande, au rapport de Pline, pour l'élévation de
Trajan à l'empire : notre joie, à nous, est exubé-
rante à l'avènement d'un souverain, si digne de
nos voeux et de nos prédilections! (12)
Élie monte au ciel enlevé par un tourbillon,
sur un char de feu, et le double esprit du grand
Prophète, vient se reposer sur son disciple, le fi-
dèle Elisée. (13)
Or, la grande âme de Napoléon 1er, par- une
métempsycose du prodige, se transfuse soudai-
nement dans l'âme de son auguste neveu, Napo-
léon III, qui, à l'heure qu'il est, c'est l'axe, le
pivot sur lesquels tourne, roule, s'harmonise toute
la politique des rois! Et encore est-il le baromè-
tre magique, marquant à son gré la guerre et la
paix! Lui, ange tutélaire de consolation et d'al-
liance, nouvel Iris après la tempête, ne fait que
se montrer, et soudain les scènes tragiques qui
(a) Les rois chez les Gaulois avaient si peu d'empire,
qu'Ambiorix, l'un d'eux, disait à César. « Le peuple a autant
d'autorité sur moi, que j'en ai sur lui. »
(12) Pline, Paneg. de Trajan.
(15)Obsecro ut fiat in me duplex spiritus tuus. (IV. Reg.u.9.)
Et ascendit Elias per turbinem in coelum. (Ibid. u. 11.)
— 9 —
ensanglantent le sol de la patrie, changent de
drame! L'Aigle de son Empire, au bec d'airain,
aux serres de fer, au signe de sa main, quitte
son aire, plane sur Paris, descend sur les bords
de la Seine, saisit, étouffe, met en pièces l'Hydre,
l'Amphisbène à deux têtes des révolutions ! Et
la France est sauvée, l'anarchie vaincue ! Ainsi,
a-t-il brisé les arcs, il a rompu les lances et livré
les charriots aux flammes (14). Alors sous d'aussi
beaux auspides, la miséricorde et la vérité, pour
parler le langage des livres saints, se sont ren-
contrées sur le chemin du salut ; la justice et la
paix se sont données l'accolade d'alliance (15).
Maintenant, le navire de l'État, poussé longue-
ment par les furieux autans des passions, sur des
gouffres aboyeurs des Scylla et des Charybde, est
conduit par des mains habiles. Un vent favorable
remplit ses voiles, et pavoisé de ses couleurs
triomphales, est venu jeter l'ancre de sûreté au
port du salut, fortiter occupat portum! Un calme
soudain a succédé à la tempête ! Car, il n'est pas
dans l'univers de plus grand acte de sagesse, dit
Cicéron, que de donner à un État une constitu-
tion durable telle que celle que Napoléon III vient
de sanctionner. (De Repub. lib. lll. 3.)
(14) Arcum conteret et confringet arma, et scuta comburet
igni. (Psal. XLV. 10.)
(15) Misericordia et veritas obviaverunt sibi : justitia et pax
osculatoesunt. (Psal.LXXXIV.11.) Orietur in diebus ejus ju-
stitia et abundantia pacis, donec auferatur luna. (Ps. LXXI. 7.)
1
— 10 —
La souveraine puissance des rois, Messieurs et
mes très-chers Frères, est une émanation de celle
de Dieu, qui les élève à cette éminente dignité
pour présider au gouvernement des États, pour
juger les peuples, pour les tenir dans l'ordre et
le devoir. Conséquemment leurs prérogatives sont
l'autorité suprême, le pouvoir législatif, la vindicte
publique ; et nous leur devons l'hommage, l'obéis-
sance, la fidélité, le tribut.
La Religion nous enseigne qu'il n'y a point de
puissance qui ne vienne de Dieu, et que c'est
Dieu même qui a établi celles qui sont dans le
monde. Aussi, ceux qui résistent aux puissances,
résistent à l'ordre de Dieu (16). C'est par moi, dit
Jéhovah, que régnent les rois (17) et il leur a mis
dans les mains la balance et le glaive!
Le caractère impérial est saint et sacré, même
dans les princes infidèles, et nous voyons dans
les Livres Saints que Cyrus est appelé l'oint du
Seigneur. C'est pourquoi, le peuple de Dieu priait
pour la vie de Nabuchodonosor, roi de Babylone,
d'Assuérus et de Balthasar. C'était sous Tibère,
non-seulement infidèle, mais encore méchant, que
Notre Seigneur disait aux Juifs : « Rendez à Cé-
(16) Omnis anima potestatibus sublimioribus subdita sit;
non est enim potestas nisi a Deo; quoe autem sunt, a Deo or-
dinatae sunt. Itaque qui resistit potestati, Dei ordinationi re-
sislit. (Rom. XIII. 12.)
(17) Per me reges regnant, et legum conditores justa decer-
nunt. Per me principes imperant, et potentes decernunt justi-
tiam. (Prover. VIII 15, 16.)
— 11 —
sar ce qui est à César. (18) » II faut prier pour
l'empereur, quoique l'empereur qui régnait du
temps de cette ordonnance fût Néron, le plus im-
pie et le plus méchant de tous les hommes (19).
Saint Pierre comme saint Paul commandent aux
fidèles d'être soumis aux puissances qui exis-
taient, lorsque ces deux saints Apôtres faisaient
respecter ainsi l'ordre de Dieu.
Il faut écouter, dit Bossuet (20), les premiers
chrétiens, et Tertullien qui parle ainsi au nom
d'eux : « Nous jurons, non par le génie des Cé-
» sars, mais par leur vie et par leur salut, qui est
» plus auguste que tous les génies. Ne savez-vous
» pas que les génies sont des démons? Mais nous
» qui regardons dans les Empereurs le choix et
» le jugement de Dieu qui leur a donné le com-
» mandement sur les peuples, nous respectons
» en eux ce que Dieu y a mis, et nous tenons cela
» à grand serment (21). » C'est pour cela que le
savant prêtre de Carthage appelle l'Empereur
dans un autre endroit, une seconde majesté, qui
ne le cède qu'à la première (22). Témoin la Lé-
gion thébaine, composée de soldats chrétiens, qui
(18) Matth. XXII. 21.
(19) I. Timoth. ll. 1.
(20) Politique tirée de l'Ecriture Sainte.
(21) Tertul. Apol. n° 55.
(22) Religio secundre majestatis. Colimus Imperatorem sic,
quomodo et nobis licet, et ipsi expedit, ut hominem a Deo
secundum, et quidquid est a Deo consecutum, et solo Deo
minorem. (Ibid. n° 55.)
— 12 —
sous l'impie Maximien se laisse égorger plutôt
que de se révolter contre leur empereur.
« Quel mouvement se fait, dit saint Augustin,
» à un seul commandement de l'Empereur! Il ne
» fait que remuer les lèvres, il n'y a point de plus
» léger mouvement, et tout l'empire se remue.
» C'est, dit-il, l'image de Dieu, qui fait tout par
» sa parole. Il a dit, et les choses ont été faites :
» il a commandé, et elles ont été créées (23). »
Si nous lisons, Messieurs, les annales des na-
tions, nous y trouvons que tous les peuples, mê-
me les plus sauvages, ont universellement rendu
de grands hommages au prince régnant. Et pour-
quoi cela? Parce qu'ils respectaient en lui le ca-
ractère de la Divinité, dont il était l'image vivante
et tenait la place ici-bas. C'est ainsi que parlaient
et que pensaient les païens même (24). Dieu est
le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs (25).
Dès-lors, le trône de l'Empereur n'est pas le trône
d'un homme mortel; mais celui de Dieu même,
dont il est l'agent seul et le représentant. C'est
la doctrine des théologiens les plus orthodoxes et
des philosophes les plus sages de l'antiquité (26).
Nouveau Constantin, Louis-Napoléon III, le
(23) August. in Psal. CXLVIII.
(24) Principem dat Deus, qui ergà omne hominum genus
vice sua fungatur. (Plin. in paneg. Trajan.)
(25) Apoc. XIX. 16.
(26) Le ciel entre les mains des rois
Dépose sa justice et la force des lois.
(P. CORNEILLE, se. 5.)

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin