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Discours prononcé par M. Casimir Périer dans la première séance de la réunion de la République conservatrice

De
12 pages
impr. de A. Chaix (Paris). 1873. In-8° , 12 p..
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DISCOURS
PRONONCÉ
PAR M. CASIMIR PERIER
Dans la première séance de la réunion
DE LA RÉPUBLIQUE CONSERVATRICE
MESSIEURS ET CHERS COLLÈGUES,
Au moment où nous allons constituer cette réunion, ceux
de nos collègues auxquels vous avez bien voulu m'associer
pour préparer la formation de notre groupe m'ont fait
l'honneur de penser qu'ayant trouvé ailleurs l'appui de
vos suffrages, j'étais naturellement appelé a exposer les
motifs qui nous ont déterminés et les vues qui nous diri-
geront. Permettez-moi donc de vous dire comment je
comprends notre rôle et comment j'estime qu'eu restant
fidèles à des convictions dans lesquelles nous n'avons pas
varié, nous pourrons, ici, les servir utilement.
— 3 —
De la cohésion et de l'homogénéité d'un groupe parle-
mentaire, plus encore que du nombre de ses membres,
dépend son influence. Le propre des réunions de ce genre.,
fondées sur la présomption de beaucoup d'opinions et de
sentiments communs, est que les nuances s'y fondent et
que l'entente y règne ou s'y établisse assez pour amener
habituellement des résolutions communes.
Nous n'avons plus trouvé ces conditions à un degré
suffisant près des collègues dont nous séparent des dissen-
timents qu'il importe tout à la fois de préciser et de
limiter, et au sujet desquels nous devons empêcher que les
rôles soient intervertis et les responsabilités déplacées. Ces
dissentiments sont de deux sortes : les uns résultent de
l'appréciation différente de tout un ensemble de faits
récents qui, en modifiant l'attitude des partis, ont ouvert,
suivant nous, une phase nouvelle dans notre existence
parlementaire; les autres prennent leur origine dans une
question de conduite, dans notre refus de continuer plus
longtemps, avec la fraction la plus avancée de la gauche,
des relations formellement condamnées depuis deux mois
et dont nous ne pouvions ni accepter la solidarité ni ajour-
ner indéfiniment la rupture.
Nous venons donc ici serrer nos rangs dans des cir-
constances que nous pouvons regretter, mais auxquelles
nous devrons des garanties d'union durable. Nous avons
fait ensemble la preuve de notre fermeté, et les discussions
même qui nous ont rapprochés, les résolutions qui les
ont suivies, nous dispenseraient presque de dire ce que
— 3 —
nous voulons et ce que nous tenterons de faire, si nous
ne parlions ici que pour nous seuls. Mais nous avons le
désir et nous pouvons avoir l'espoir de voir se joindre à
nous plusieurs de ceux qui sont disposés à trouver, comme
nous, qu'une situation nouvelle résulte tout à la fois du
Message, — des démonstrations qui l'ont suivi, — de la
formation d'une grande commission chargée de remédier
aux imperfections du statut du mois d'août 1871, d'affermir,
d'élargir les bases du gouvernement. — Ajoutons la cam-
pagne de la dissolution, l'appel à une pression extérieure
parti des bancs de la gauche radicale, enfin la séance du
14 décembre et les déclarations qui y ont été échangées.
Malgré la diversité des impressions dans cette séance, il
n'est pas possible de contester que ce soient les idées de
la partie du centre gauche que nous représentons qui y
aient prévalu. Nous n'y changeons rien et nous en pour-
suivrons la défense sur un terrain qui ne prête point aux
équivoques.
Inébranlablemenl attachés aux principes de préservation
sociale, d'ordre et de liberté, tous ceux qui sont ici,
quelle que soit leur origine, reconnaissent qu'aucun pro-
gramme monarchique ne pouvant, réunir les partisans de
la forme monarchique sous le même drapeau et dans la
défense des mêmes doctrines politiques, un seul gouver-
nement est possible, — celui de la République.
Organiser des pouvoirs qu'un juste équilibre, que des
garanties de contrôle et de responsabilité, sérieuses mais
appropriées aux nouvelles institutions, mettent à l'abri des
- 4 -
conflits et des crises, tel nous paraît l'unique moyen d'as-
surer à la France un lendemain.
Je sais qu'on a traité cette entreprise d'illusion. Il y a
des hommes convaincus que l'Assemblée nationale est trop
dominée par les idées exclusives départi pour qu'on puisse
y faire jamais autre chose que du provisoire. Et, en effet,
si jusqu'ici raccord s'est établi aisément et avec des majo-
rités considérables pour la défense des principes de conser-
vation sociale, le dissentiment sur l'organisation d'institu-
tions politiques susceptibles de durée, est au fond de tous
les débats et les domine tous.
Il y a d'un côté des scrupules invincibles; il y a, de l'autre,
la négation du droit de cette Assemblée de faire quoi que
ce soit, môme la République. On ne s'est, d'un cô é, ni
mis d'accord pour proposer à la France une monarchie,
ni, jusqu'ici, résigné à laisser s'établir autre chose; on
attend, sans que. rien autorise à prévoir les suites et le
terme de l'attente. De l'autre côté on attend aussi, mais
on sait pourquoi et l'on ne s'en cache pas; c'est pour
trouver dans notre abdication volontaire, prolongée jus-
qu'à l'heure tôt ou tard inévitable de notre séparation,
l'occasion de mettre eu pratique les doctrines que nous
connaissons. Les difficultés sont donc grandes et aveugle
qui ne les verrait pas. L'illusion consisterait à ne pas
prévoir la possibilité de l'échec et à ne pas y être préparés;
notre devoir est de nous efforcer de le prévenir. Au lieu
de périr dans l'inaction, au lieu de laisser venir le désordre
et l'anarchie que ne détourneront ni de stériles regrets ni

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