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Discours prononcé par M. Castanet,... le... 19 octobre 1826 (au service de M. de Pagèze de Lavernède)

De
11 pages
Impr. de Durand-Belle (Nîmes). 1827. Castanet, Abbé. In-8°, 11 p..
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PRONONCÉ
PAR M. CASTANET ,
CURÉ DE LA PAROISSE DE MALBOSC,
9 octobre 1826 (1).
Justicia tua abissus multa.
Les jugemens de Dieu, dit le Prophète royal au
Ps. 35, sont un abîme dont il est impossible de pé-
nétrer la profondeur. Ps. 35, v. 6.
J'étais donc destiné à rendre ce triste et dernier
devoir à Messire. JEAN-LOUIS-ANDRÉ-CLEMENT DE
PAGEZE , Chevalier DE, LAVERNÈDE ; il faut clone que
je me détermine à. toucher à la plaie la plus sen-
(1) Ce discours a été prononcé lors de la translation
des restes',de M. de Lavernède, de l'endroit où il fut im-
molé , dans l'église de Malbose. A cette cérémonie assis-
taient MM. les Curés des Vans , de Brahic, du Travers
de Banne , d'Aujac, de Coury , M. le Vicaire de Banne ,
-M. l'Abbé Coren-Fustjer. On,partit processionnellement
- de l'église pour se rendre sur le lieu qui est. à une dis-
tance de plus d'une heure de chemin. Tous les habitans
de Malbose et beaucoup d'étrangers étaient accourus , mal-
gré que le temps ne fût pas favorable , et témoignaient
par leur présence le souvenir religieux que l'on gardait
à la mémoire de cet homme de bien : on y voyait des
( 2 )
sible de mon coeur, en rappelant à ma mémoire
le souvenir'd'un ami que le plus terrible supplice
vint enlever presque entre mes bras; la piété chré-
tienne l'ordonne , et tout sentiment naturel doit se
taire devant les considérations inspirées par le de-
voir- et la religion: il restait, en effet, à Tnotre
piété et à notre reconnaissance , une dette à ac-
quitter envers une, victime malheureuse, dette sa-
crée pour un chrétien, et qui ne peut dignement
être payée qu'aux,pieds des autels.
Tandis que la religion et les beaux-arts travail-
lent de concert à perpétuer fi dans la postérité la
plus reculée, la mémoire glorieuse des martyrs de
Quiberon , que notre piété aussi élève , dans nos
coeurs, un autel de prières pour une victime que
les'malheurs et son dévouement à la religion ont
associé à leur gloire.
Ici, au souvenir d'un seul objet de douleurs ,
s'unissent à la fois une foule de souvenirs qui tous
viennent remplir notre coeur d'amertume ; ce tom-
beau nous rappelle celui des milliers de martyrs qui
furent immolés au trône et à l'autel ; tant de tê-
tes si chères et si augustes que la faux révolution-
naire enleva à la consolation des chrétiens et qui
semblaient avoir laissé l'église de France dans un
désespérant état de viduité.— Loin de nous ce-
pendant des réflexions qui seraient des murmures !
Abaissons-nous humblement sous la main de celui
vieillards se traînant à peine sur leurs crosses , empres-
sés de venir porter le dernier tribut de leur reconnais--
sance a celui- qui fut leur bienfaiteur. Cette cérémonie
avait été si long-temps différée parce que ce n'a été qu'a»
lors que l'on est parvenu à connaître d'une manière pré-
cise l'endroit de l'inhumation ; et, malgré un laps de temps
si considérable, on a recueilli beaucoup d'ossemens.
(3)
qui frappe, quand il lui plaît, les rois et les peur-
pies: reconnaissons avec le Roi prophète que les
jugemens de Dieu sont des abîmes où il n'est pas
permis à, l'oeil de l'homme de pénétrer : Justicia
tua abissus multa*
Dieu, dans ses impénétrables desseins , devait af-
fliger et punir la France par elle-même ; il la li-
vre aux aveugles fureurs de son impiété, afin de
lui faire prendre , sous sa main, de dures mais
solides leçons et qu'elle sut , par sa propre expé-
rience , ce qui constitue le vrai bonheur. Au reste
quand ce grand Dieu a choisi quelqu'un pour être
l'instrument de ses desseins, a dit un grand ora-
teur (I). d'après le prophète Jérémie, rien n'en
iarrête le cours : ou il enchaîne , ou il aveugle ,
ou il dompte tout ce qui est capable de résistance.
Je veux, dit le Seigneur , que ces peuples lui obéis-
sent..... jusqu'à ce que le temps des uns et des au-
tres vienne ; Et seraient ei et seraient filia ejus, etc.,
donec veniat tempus terroe et ipsius : Jérémie xxvil.
Voyez, chrétiens, ajoute le même orateur , comme
les temps sont marqués , comme les générations
sont comptées: Dieu détermine jusqu'à quand doit
durer l'assoupissement et quand aussi doit se rér
veiller le monde.
Tel, et plus funeste encore ,a été le sort de la
France; le Seigneur détourne ses regards de des-
sus elle; il arme l'Ange'exterminateur de son glaive,
et la terrible prophétie de Zacharie s'accomplit :
Que ce qui doit mourir, aille à la mort, que ce
qui doit être retranché, soit retranché ; et, ajoute-
t-il, que ceux qui demeureront se décorent les uns
les autres: Et dixi, non pascam vos, quod mo-
(I)Bossuet, Oraison funèbre de la reine d'Angleterre
ritur, moriatur: et quod succiditur ; succidatur :
et reliqui décorent unusquisque carnem proximi
sui (1).
O prophétie trop réelle et trop véritablement
accomplie ! Souvenez-vous M. F. de ces temps
de trouble et de discordé où les grandes divisions
intestines qui déchiraient notre malheureuse patrie ,
ensanglantèrent le sol des provinces les plus recu-
lées , où, par une interversion monstrueuse de droits,
la vertu fut citée au tribunal du* crime , où, pour
mieux dire, tout était crime , excepté le crime
même (2). La France fut arrosée et purifiée par
le sang de ses martyrs; ainsi les desseins de Dieu,
s'exécutent; le ciel enlève à la terre une:partie dé
ceux qu'elle n'est pas digne de posséder. Quibus
dignus non èrat mundus , dit St. Paul , et ceux qui
survivent à tant de désastres, sont destinés, comme
lés'vieux Israélites après * le retour delà captivité ,
à raconter à leurs neveux la belle structure de
l'ancien temple.
Vous m'avez compris, sans doute, MM., et dans le
tableau général dés malheurs de notre infortunée
patrie, votre esprit a aussi aperçu l'expression de
nos malheurs particuliers.
Parmi les coups qui nous ont frappé de plus
près, que de droits n'a pas à nos regrets la triste
et déplorable fin dé M. le Chevalier de Lavernède ?
—Je ne m'arrêterai point à faire de lui Un long
éloge: cet éloge est placé dans le coeur de tous
Ceux qui l'ont connu : soit que nous le considérions
dans sa conduite privée, soit que nous l'envisagions
dans sa conduite publique, partout nous trouve-
(1) Zacharie, cap. II , V. 9 .
(2) M. de Chateaubriand a employé cette expression.