Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Discours sur l'éducation publique du peuple ([Reprod.]) / par Madame de Brulart, ci-devant Madame de Sillery

De
39 pages
Née de la Rochelle, libraire (Paris). 1791. Éducation -- France -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART
NBS 10100
IANSI ond ISO TEST CHART No.
20x
THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANÇAISE
MAXWELL --».
Headington Hill Hall, Oxford OX3 OBW, UK
L'ÉDUCATION PUBLIQUE
DU PEUUIî
far Madame DE Brulart ci-
devant madame de SillerX*
S9
Yt>&*cGit libraire rue S. V'i&ot
Chez J Née de la Rochelle, libraire i
C rue du Hurepoix n°.
*79l«
A
DISCOURS
SUR
L'ÉDUCATION PUBLIQUE
DU PEUPLE.
LES defpotes doivent defirer que les
nations qu'ils gouvernent foient plongées
dans une profonde ignorance pour em-
pêcher le peuple de ccnnoître i'es droits
& fa force il faut l'abrutir il faut l'en-
tretenir dans une fuperftition aufli op-
pofée la piété véritable qu'abfurde
aux yeux de la raifon il faut l'avilir
jufques dans les amufemens qu'on lui
procure pour le fubjuger il faut enfin
le dégrader Scie corrompre. Mais le chef
heureux d'une nation libre & généreufe
ne peut avoir cette odieufe politique
.(*̃>
plus le peuple eft éclairé, plus il fait ref-
pe&er des loix fages & un pouvoir le-
gitime. Eclairer un peuple, 3 c'eft lui âp-'
prendre à méprifer des préjugés ridicu*
les, c'eft lui donner des idées juftes
le goût des mœurs, de la décence, fa
connoiflance de la dignité de fon être
& de fes devoirs. C'eft enfin le rendre
ami de l'ordre de la paix & de l'é-
quité. Les véritables lumières condui-
fent fûrement à la vertu en la faifant
voir dans tout fon éclat,, en découvrant
que l'intérêt perfonnel bien entendu
pourroit feul engager à la fuivre en
anéantiffant tous les vains fantômes que
laftupidité prend pour elle. L'inftruftioh
qui ne rend pas meilleur n'eU. qu'une
fauffe lueur qu'une pernicieufe illufion
de l'orgueil un peuple qui s'affranchit
de l'efclavage fait un premier pas vers
la vertu, il s'en ouvre la noble car-
rière mais s'il conférve les vices de la
fervitude, il n'eft pas digne de fa Con-
quête il la perdra bientôt; ilefta^eu-
A 2
gle il eA méprifable il n eft fait que
rpoar ramper. 11 nefflera pas ain(i an
peuple François. Guidé par les repré-
fentans qu'il s'eft choies il en eft non-
feulement êclâlte pat 'les loix qu'il en
reçoit mais par la difcuflion qui les
précède. Il entend chaque* jour depuis
deux ans les cris tumuhueux des pré-
jugés s'élever vainement contre l.â voix
puiffante de la râifon & les décrets
qui réfultent enfin de ces combats con-
tinuels dont il eft le témoin lui pré-
sentent fans cène la plus utile des leçons
le triomphe éclatant de la vérité fur
TerretTr. Depuis que le 4,efpotifme a
fouillé la terre on a vu fouvent des
tyrans renversés du trône des rois ab-
folus privés de la puiflance arbirraire,
& des enclaves fecouer oybrifer leurs
chaînes. On a vu des hommes libéra-
teors de leur patrie réprimer quelques
abus, donner quelques loix mais tou-
jours avec timidité, toujours en ména-
geant des préjugés univerfelîement reçus
( 4 )
accré-
• duees. Je vois dans rWftoire beau
d'exemples de gouvernemens P
de revolunon complète & rapide ces-
quàla revokmon
teurs François viennent d'exécuter ce
̃ que nul légiflateur n'ofa tenter avant
eux Malgré les troubles & les ora.es
qm fc.fom élevés dans fbnfein l'f
^mblçe -Nauonale n'a jamais ïb^ndu
fes travaux agitée dans fes délibéra-
tions par des divifions internes, elle a
toujours montré la perfévérance & la
fécurité du courage & de la raifon
rien n'a pu retarder ou fufpendre fâ
marche lntrePide & fe les clameurs
des mecontens n'ont produit que des
murmures paffagers, inondes incerti
tudes ou des obftacles. Elle a conftam-
arrifi-
pofé avec le vice & les paffions s elle
( «')̃̃
a eu affez d'el1:ime pour la Nation qui lui
confioir fes intérêts,' elle a ofé compter
affez fur.elle pour détruire fans crainte
-fans- ménagement tout ce qui lui a
paru vicieux ou abfurde. Cette noble'
confiance, cette tranquillité majeftueufe
ont un caraélère de grandeur dont l'hif-
toire n'offre aucun exemple c'eft à
ces principes c'eft à cette persévérance
que le peuple- Francois devra fes lumiè-
res & fon bonheur. Le peuple ne lit point:
quand fon éducation fera plus foignée
il pourra lire davantage niais jamais la
lecture ne fera pour lui une véritable
fource d'inftruénon. L'éducation même
ne feroit,à cet égard, qu'un moyen in-
fuffifant û les loix & les uiages en con-
trarioient les principes. La véritable inf-
truftion pour le peuple la feule qui
puifTe lui donner des idées juftes '& for-
^mer fes mœurs c'eft un bon code de
loix c'eft le parfait accord de,la
gion de la morale & des loix. Le peu-
pIe aura de la piété,, quand des prêtres
vertueux lui donnant t'exempte du me-
pris du fafle & de l'orgueil lui prê.
cheront l'évangile il croira qu'il eft
généreux de pardonner les injures, quand
il. verra les dueMes flétris par des pei-
nes infamantes 5 il aimera la juftice &
la patrie,
ne croira point'
que la venu foit une chimère quand les
loix ne lui preferiront plus d'honorer
tel homme vicieux, parce qu'il eft dé-
coré d'un ruban ou parce qu'il porte
un certain nain, & lorfqu'au contraire
elles 1ui diront que les dînerions, les
retpeas & les hommages ne font dus
qu au mérite & aux talens. Enfin le peu.
pie prendra des fentimens élevés quand
on n exigera plus de lui des aftes avi-
liffans de fçrvitude & il aura de la dou-
ceur & de l'humanité, quand il ne fera
plus aigri par des vexations révoltan-
(7)
A4
tracer un bon plan d'éducation pour le
peuple rAffemblée Nationale en a pofé
les fondemens tes loix puifées dans la
nature & par conféquent d'accord avec
la raifort & la morale, offrent aux ïnC-
tituteurs de toutes les claffes le gage
éternel de la folidité de. leurs travaux &
les grands principes qui doivent tes di-
riger. C'eft une idée affez généralement
reçue qu'il eft impojjîble de faire un
plan d'éducation pour le peuple parce que
les appremijfages de métiers obligent de
terminer L'éducation long-temps avant le
terme où elle peut être finie. Il eft cer-
tain que l'éducation qui embraffe à là
fois la morale & les fciences doit. être
prolongée jufqu à l'âge de 20 rais celle-
là terminée plutôt fera toujours impar-
faite mais l'éducation don: on retran-
chera l'étude des langues &
peut être fans inconvénient abrégée de
trois ou quatre années. Ainfi dans les
écoles publiques formées pour le peuple,
les élèves auront
-8-
toute
leur -donner. Mais
fîx ans & dans ce cas
miner l'éducation à douze ou treize
Ce nefcroitpasla peine d'établir des cco-
les car une éducation qui
bauchée eft à-peu-près inutile. Voilà
pofer au projet d'induire
le peuple. Je 1'21 vue
dans de. boni, ouvrage (i),& jamais
on n'y a répondu parce qu'on adopte
généralement rerrcur de fait fur laquelle'
on lai fonde. J'ai déjà relevé cute erreur
il mon -cîifcôurs
fur l'éducation publique Se
je dois le rappeîler ici -avec tous les
détails qui peuvent démontrer une vé-
que je traite. J'ai fait faire à mes élèves
(0 Entre autre, dans Tour-rage de M. Necker qui a
l'Importance des opinions
un cours complet ce Toutes les manu-
factures qui exiiknt en France ce
cours a dure plus de quatre ans. L'inté-
,iêt particulier que je mets à tout ce qui
tient à l'éducation m'a fait entrer, avec
foin dans tous les détails .qui ont rap-
j'en outre-, mes
-élèves ont appris fous mes yeux dans
leurs récréations d'hiver, tous les métiers
qui ne demandent pas un grand appa-
reil enfin depuis vingt ans j'ai placé ou
fait placer en apprentiflage une quinzaine
-•d-enfans dont j'ai fuivi les progrès
iainjj. je dois avoir à cet égard quelques
lumières & j'ofe affurer qu'il n'exige
pas un feul métier dont on ne puiffe rai-
fonnablement abréger
moins de moitié & il y en a une très-
.grande quantité que Ton- pourroit abré-
ger infiniment davantage (i).
{i) Par exemple ,pour en(cigncrà raccommocf«/la
dentelle on c'ercande ou 6 ce -qui. peut très-
facilement s'apprendre en un an ou 18 mois. Les ap-
(la.)
Le défaut de méthode, la négligence
l'ignorance & la charlatanerie des maî-
tres, prolongent tellement ce genre d'é-
tudes qu'il abforbe une partie de fen·
fance & toute la première jeuncue des
élèves. Mais en réformant ces abus -on
pourra ne mettre les élèves en appren-
tiffage qu'à feize ou dïx-fept ans âge où
leur éducation fera finie & où ils feront
fufceptibîes d'apprendre mieux & plus
promptement. Car un enfant de douze ou
treize ans n'a pas affez d'intelligence pour
profiter autant qu'il eft poffible des fe-
cours du maître auffi les garçons de
boutique de cet âge pendant les pre-
prentiflages de couturière & de marchande de modes
font dans le même cas. Le métier de gainier c'eA-
à-dire, Fart de faire des porte-feuilles de maroquin
demande, dit-on un apprentiffage de plufieurs années
& trois jeunes personnes que j'élève l'ont appris par-
faitement en 10 mois, en n'y travaillant que deux fois
la femaine. J'ai vu la même chofe pour une infinité
de vannier, l'art de faire des fleurs
( 'Il )
fces années, n'ont-asd'amrewl
Ce celui de faire les commuons de la
ifon & c'eft «nfî que l'on paffe un
CftruaL. Là première chofeàfa.re,
ant d'établir des éeotes d'éducation
four le peuple eft donc de nommer
es commiffaires chargés d examiner fi
abus que je dénonce exifte ou non
"4 e»fuite,fur leurrapport, de fixer ou
u moins d'évaluer la durée des appren.
iffages.
A t'égard du plan d'éducation pour
Ile peuple il faut d'abord confidércr
ueltes font les vertus & les qualités mo-
ales &phyfiques qui feront, les plus
utiles aux élèves relativement à leur
bonheur
membres.. J'entends dire que les princi-
pes moraux doivent être abfolument les
tous
(Il)-
tirateur* doit présenter à fon
qu'il Íoit ) dans le cours de fon éduca-^
.tion la (ui;:e entière & complète de,,
toutes tes idées morales mais il doit
intiiler davantage iur celles, qui peu.;
vent le mieux graver dans' [on cœur
l'amour de Tes devoirs particuliers. C'eft
ainfi, par exemple, que à
rendre hbéral & généreux l'enfant héri-
tier d'une grande fortune qualiré qui
fera beaucoup moins néceffaire à celui
qui ne pourra s'apurer une médiocre
fubfifiance qu'avec la p!us révère éco-
nomie. En même temps j'infpirerois au
riche & au pauvre une égale horreur
pour la flatterie, afin de préferver l'un
de la plus dangereufe féduérion, & d'em-
pêcher l'autre de s'avilir en l'employant.
Mais la différence des (ituations en éta-
blit une extrême dans les leçons. J'af-
outré
pour le pauvre mais je punirois rigou-

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin