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Discours sur la question proposée par l'Académie des Jeux floraux pour l'année 1761 : La lumière des lettres n'a-t-elle pas plus fait contre la fureur des duels, que l'autorité des loix ? (Seconde édition, augmentée d'une lettre sur les avantages et l'origine de la gayeté françoise)

De
84 pages
A. Delaroche (Lyon). 1761. Duel -- Ouvrages avant 1800. VIII-78 p. ; in-8.
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̃̃ DES' JÇUX FrORAXTX, •
fcpt cent foixaiite-un
ea lumière des Lettres pas plus
̃̃̃_̃•;̃; Jait. contre la fureur des Duels 3 qui
Loix ?,
SECONDE EDITION^
Lettre Jur les avantages
l'origine de
Alton;
-du Gouvernement, & de l'Hôtel de Ville,
̃̃"̃• aax Haltes de la Greneae.
M..DC C" L X I.
JLvtc Approbation & PermiJJion.
aiî
AVIS
DU LI BRAIRE.
LE prompt débit -que vient d'avoir
la premiere Edition de ce Difcours
m'engage en donner une féconde. Je nè
crois pas qu'il foit befoin pour le faire
eflimer de rapponer ici tous les éloges
dont les Journaux lont honoré je me
contente de tranfcr-ireie jugement qu'en a
porté F Auteur des Affiches de Province
Si ce Difcours a, réellement
concouru, il doit, dzi-il, nous donner
une grande idée de l'Ouvrage qui a
remporté le Prix., Un Le<5leur attentif
y trouvera de l'éloquence de la cha-
leur, de l'expreffion des traits de
génie.
La Lettre qui fuit le Difcours efl
du même Auteur il fa détachée d'un
recueil de Lettres en ce genre qu'il
compte mettre aujour3fuppofé que celle-ci
(*) Feuille 38.
v
P R É F A C E.
E Difcours a été préfenté à
l'Académie des Jeux Flo-
raux, où bien loin de remporter
le Prix il n'a pas même été
jugé digne d'y prétendre. ( )
Par quel principe les Juges fe
font-ils conduits ? Ce n'eft point
( ) Le Difcours ayant pour devise
Afptra tum pojitis mitefccnt fœtuta bellis
n'eft point monté au Bureau général de l'Aca-
démie c?eft ainfi que s'exprime M. le Secrétaire,
dans un billet figné de fa main. C'eft-à-dire ,J»
que les Juges des Bureaux particuliers chargés'
de revoir les Pièces pour çhoifir celles qui
méritoient d'être examinées au Bureau général
de l'Académie refuferent cet honneur à 14
mienne. '̃'
vj PRÉFACE.
ce que j'examine ni de quoi je
m'embarnuTe. J'avois travaillé fur
ce fujet parce qu'il nravoit
paru fort beau j'avois envoyé
mon Ouvrage au concours, parce
qa'il m'avoit paru affez bon. Je
ne l'en eftime pas moins, pour
avoir été ou méprifé, ou irnmolé
par l'Académie comme je ne
ren efHmerois pas apurement
davantage s'il avoit eu un fort
plus favorable.
Quoi qu'il en foit le Publie
fera mon Juge. Il n'eft ni aveugle
ni partial. S'il condamne mon
Difcours au mépris je l'aurai
PRÉFACE. vii
mérité; s'il l'approuvé & demande
pourquoi on ne l'à pas mêmes
cru digne de disputer la Cou-
ronné j'en aurai obtenu une
pour le moins auffi flatteufe
que celle dont l'Académie auroit
pu me décorer.
Au refle on pourroit s'ima-
giner que j'ai refondu mon Dif-
cours après l'envoi. Je peux
affurer le contraire & je défie
l'Académie des Jeux Floraux des
trouver que j'y aie fait le moindre
changement. Ce n'efi pas qu'il n'y
ait plusieurs endroits que j'auroa
voulu pouvoir retoucher mais
viij PRÉFACE.
la juftice exigeoit que je m'èn
abftuuTe & je me fuis bien
gardé de tomber moi-même dans
la faute dont j'ai à me plaindre.
DISCOURS
O)
A
DISCOURS,
La Lumiere des Lettres n'a-t-elle par plus
fait contre la fureur des Duels que
l'autorité des Loix?
Elle efl la grande. &
importante quîerKoh, que
l'amour du bien publiera
propose, & que l'amour du bien
public va réfoudre. Elle contient ;le,.
plus bel éloge qu'on puiflè faire des.
Lettres, &. une des plus folides.in-.
ftru£ions qu'on puifTe adonner aux:
Rois.. Elle èft- toute propre faire.
CO:
fentir les avantages que le Gouverne-
ment retire des Lettres, & les fecours
que les Lettres ont droit d'attendre
du Gouvernement.
De tous les maux- qui ont affligé
l'Europe & en particulier- la Nation
Fraaçoife durant les fiecles de bar-
fcarie & d'ignorance aucun n'a dû
le faire avec plus d'opiniâtreté que
la fureur des Duels. Trois obftacles
prefque invincibles s'oppolbient a fâ
guérifo», l'empire du Préjugé, l'em-
pire de la Paflion l'empire de la
Coiitume. Le. Préjugé en faifoit un
honneur} laJPaflion en -un, plai-
ûc.; la Coutume^ en. faifoit un devoir..
Les; Lettres &ies Loix fefont élevées
de concert contre troisprincipes fîfu-
neflaesi Jugeons par les- différent*
moyens qu-eiles ont pris poup les-
C3
Aij
combattre du diffèrent fuccès avec
lequel elles les ont combattus.
Les Loix ont eflayé de détruire le
Préjugé les armes à la main & d'un
feul coup moyen peu sûr les Lettres
ont eifayé de le décréditer avec art Se
peu à peu; moyen prefque, infaillibles
Les Loix n'ont pu attaquer la.¥aC-
ton que dans fes effets; moyen bornée
les Lettres l'ont attaquée jufques dans
fa fource moyen plus étendu.
Les Loix ont pourfuivi la Coutume
vivenrent dans un- temps, foiblëmenc
dans unîtutre moyen qui fe détruit'
kïi-même les Lettres Font pouxfui-1
vie en. tout temps & chaque jour àvë&
de nouvelles forces^moyen qui air=
tous les>~autresr moyens.
Qtâ pôu^roit douter après cela quel
l*lumiôK des Lettres vSait plus ùdc
(4)
contre la fureur des Duels que l'àuto-.
rité des Loix ? Développons ces pre-
mieres idées expofons dans fon plus
grand jour un fujet qui ouvre un fi
vafte champ à la vérité & à l'élo-
quence. Si nous n'avons pas le bon-
heur de mériter le prix deviné
l-'éloquence méritons du moins le
prix deftiné à la vérité.
PREMIERE PARTIE.
RIEN n'a plus contribué à main-
tenir fi- long-temps chez les François
la fureur exécrable des Duels que
l'empire du Préjugé. Ce préjugé con-.
iiftoit à croire. que rien n'empêchoit.
de venger un affront par un meurtre 5
que c'étoit à la force & non à la raifon
déjuger, un différend que l'emploi
des gladiateurs., étoit lé plus bel
(5)
Aiij
emploi des héros & qu'ainfi tout
Duel étoit également permis nécef
faire, honorable.
Quelque infenfé, quelque horrible
que fut un pareil préjugé, tout devoit
cependant concourir l'accréditer
-dans des temps où l'on étoit fi éloigné
d'avoir des idées nettes fur l'Humani-
té, fur la Juftice fur FHéWïfine dans
des temps où l'ignorance & la férocité
perfuadoiént à la Nation que l'Hé-
roïfme n'étoit que. pour la bravoure,
la Juftice que pour la foiblefle, l'Hu-
manité que pour'.l'amour.
Eh! que pouvoit-il y avoir dans
ces temps déplorables qui s'armât
contre le Préjugé ? La politique des
-Souverains ? Elle lui applaudîflbît
danHe deÏÏèin de le feire ièrvir d'ali-
ment.. la., valeur, peut être auffi. 4e
(6)
Supplément à la police elle efpérok
-de trouver en lui, d'un côté le plus
ferme foutien des braves, de l'autre
le fléau le plus redoutable des bri-
gands (aj. Les Oracles delà Religion?
Ils étoient muets ou ne parloient que
d'après ceux du Préjugé ils le jufti*
fioient ou du moins ne le condam-
noient pas (b). La lumiere des Lettres ?
«Ile ne brilloit pas encore, à -moins
qu'on ne la confonde avec ces faunes
lueurs jetées de temps en temps dans
la nuit de la Barbarie, comme des
çclairs au milieu d'une tempête* pour
aen redoubler Eharreuiybien plus que
ipour la difiiper (c)*
Soutenu par l'ignorance, toléré par
Ja. Religion, encouragé par la politi-
4uê le Préjugé ne trouvait par-tout
a^ue des efdaves
(7)
à ion empire. Personne n'auront evfé
s'y fouftraire. A £a voix le Labou-
r.eur étoit forcé de^itter fes ehatops,
l'Artifte fon attelièr, le Militaire ion
poile, le Courtifan fon Prince 9 le
Prêtre même quelquefois, &n Dieu
pour aller gaiement s'égorger &f l'a-
rene(</).Lés uns y venaient chercher
la gloire 5 d'autres la -vérité,;
l'innocence. Le Préjugé aveugioijE
tellement les
ne.défèlpéroientpa« d'y rencontrer JLa
vainqueur 3 en jretiirant fon épée^ei
entrailles de fon ? iyal fe profiërnejr
par terre & ofErir à Ja Religioji mx&
yicl:tme :qu?il yenoit
Que.dj$rang
facrifiçs.^
(8)
cet horrible préjugé Les Souverains
qui l'avoient pris fi long-temps pour
le défenfeur de leurs états, s'âpperçu-
rent enfin qu'il en étoitledeftru&eur.
Touchés de £es ravages alarmés de
fes progrès ils longèrent à les arrêter.
Ils s'appliquerent à renverfer le Pré-
jugé avec le même zele qu'ils l'avoient
foûtënu, mais non avec les mêmes
armes» Ils l'avoient foutenu par les
récompenses, par l'eftime, par-l'hon*
ïieùr: pour le renverfer ils eurent
recours à l'autorité, aux châtiments,
à-la -violence. Ils tirèrent contre lui
le- -glaive de la Loi(y): ils -firent
gronder fur fa tête le tonnerre de la
Vengeance: ils ouvrirent fous-fes
pieds les abymes de l'infamie ils le
citèrent publiquement au tribunal de
la ^uftice ils le livrèrent entre les
(9)
mains des bourreaux ils crurent que
le bon moyen de détromper les
efprits, c'étoit de les épouvanter.
Moyen odieux qui n'étoit propre
qu9à les irriter. Car il ne faut pas que
l'autorité s'aveugle jiiiqu'à pehfer
qu'elle ait fur nos idées le même pour-
voir que fur nos biens ni qu'à fa voix
nos préjugés tombent âufïî pronipte-
ment que nos têtes. Une erreur, fur-
tout fi elle eft générale brave les
Rois, lorsqu'elle ne les affervit pas.
La Vérité eft fille de ïaperfuafiqn &
compagne de l'indépendance on né
l'apprend ni dans un édit, ni fur Un
échaflàud il n'y a que l'induftriè où
que le temps qui puiflènt faire changer
de lit à un fleuve il n'y à que lèrémps
ou que- l'induftrie :qui puiflèntifairé
chan un Peuple d'opinion, ;2Lâ
(la)
yioleace eft ici comme par-tout ail*
leurs,, une reffource auffi infuffifante
que tyrannique elle fera des martyrs
jamais elle ne fera des disciples &
jamais quelque formidables quelque
multiplies qu'ils fbient, des châti-
,ment:; ne fuppléeroht à des raifons>
Ce fut en vain que pour frapper fur
le Préjugé des coups plus terribles
̃& plus décififs l'autorité imagina
de joindre à -iès armes celles de la
Religion. Le- Préjugé fe forgea de
^'approbation que l';Eglife ayoit paru
lui accorder j,ufques-là une espèce
de
^éremênt -les anathêmes elle
çfaei&hok l'accabler. Il fit- plus
profitant des (auffes idées qu'on avoit
de ja:Religion & de l'honneur U
fi loin de l'autre qu'il crut
(II)
pouvoir braver ou que même il
cefla d'entendre dans la carriere de
l'honneur, les foudres redoublés qu'on
lançoit contre lui du fan&uaire de la
Religion.
Malgré tous les efforts de Pauto-
lité, le Préjugé auroit donc fubfifté
le même qu'auparavant., û tandis que
les Loix eflày oient ainfî de le détruire
lesarmes.à la main & d'un feul coup,
les Lettres n'avoient trouvé le moyen
de le décréditer avec an & peuàpeu.
comment cela ? en répandant de: tous
jcôtés fur la Nation leur lumiereJbien-
Cette lumiere .que1 que
-forte -fut la France- ce qu'avoit fait
fur la terre .enfevelie autrefois dans
-les eaux la lumière enflammée du
foleil. ;Peu à peu 1'océan-de la Bar-
iiarie s jécaula, 'Un terrein tfptn^p^
(12)
propre recevoir le germe de la
vérité fut découvert & cultivé par
la Philofophie. La connoiflance de
l'Univers, premier fruit de fes tra-
vaux, la conduifitàcelle de l'homme;
& la connoifiance de l'homme à celle
de £es -devoirs. Auflitôt forcirent
comme du néant les véritables prin-
cipes de l'Humanité de la Juflice &
de l'Héroïfme.
• L'Humanité franchit les bornes que
lui avoit prefcrit l'amour pour
mieux reipecler celles que lui impo-
•foit -la..nature. Elle ne. fe diftirigua
;plus.: de -cette bienveillance. univèf-
tfeïïe îquehous devons a tous: nos ferii-
r Là r.-JtifHce défàvoùa, toute ven-
-geancè pèribnnelle & lui fubftitua fa
yëngeanéepubliquë. Elle ne reeonnur
O3)
plus d'autre pouvoir légitime ni
d'autre jugement décifif que -ceux de
la Loi. r>
L'Héroïfme fe fépara de la brutalité;
n'admit le courage, qu'raccompagné
de la raifon rejetta le crime aufli
conftamment que le déshonneur 3
exigea enfin des hommes qu'ils .fuf-
fent déformais également prêts atout
facrifier au devoir & à tout refufer à
la Pafîion.
Ce n'eft pas que des idées fi peu-
conformes aux opinions reçues Ce
foient établies fans peine & tout,
coup dans la Nation. La Vérité de-,
meura quelque-temps cachée auprès
des Philosopher qui avoierit .été-lest,
premiers â l'accueillir. Encouragée:
par eux à fe montrer au grand jour j.
elle vint trouver les Poëtes ,&.les
(14)
Orateurs. Les Poëtes s'appliquerenr
à l'embellir & à lui foumettre par le
double attrait de l'imagination & de
l'harmonie ce fexe & cet âge chez
qui le vrai n'eft fouffert qu'à côté de
l'agréable. Les Orateurs s'armèrent
du flambeau de la raifon & de celui
du fentimentpour la conduire comme
en triomphe dans les Académies, dans-
les Tribunaux, dans le Sanctuaire,
parmi les acclamations d'une vafte
affemblée de Savants de Magiflrats
de Prêtres. Du milieu de cette aflèm-
blééelle fe répandit dans les Cours,
à' l'Armée & ju-fques dans les places
publiques, ou quoique méconnue
d'abord du cupide vulgaire, elle ne
tarda pas- long temps- à s'en faire?
ûtivre eu- du- moins- et s?ert faire: rei-
OJ>
A cette époque la lo-mier-e devient
générale les vraies idées de PBùma-
nité, de la Juftice de THéroïfme
chaffent de tous les--efprits les faufles-
idées qu'on en avoit. Le Préjugé féroce
des Duels qui devoir à- ces derniëres-
le mafquefbus lequel il en- impofoir.
à la Nation, paroit à découvert.. Les
François- préparés inienfîblement à
Venvifàger tel qu'il eft" en lui-même,
irémiflènt à fon- afpeéV: ils n-avoient
nourri ce montre ft long-temps- dkns
lèurfein que faute de lé- connoître
ils ne le connoiflènt que pour le re-
jetter avec horreur. -Alors un cri
général s'éleve contre leDuel.L'Hé-
roïfme réclame contre fës eruaatés,-
là Juftice contre fes violences, l*Hu-
mankéicontre fes fureurs; -On avoue-
qu'un- Diielliffe peut bien être m*
Clé);
gladiateur intrépide mais qu'il ne
fauroit être un héros que la place
d'un héros eft au milieu des efcadrons
ennemis & non fur le cadavre d'un.
concitoyen immolé que braver la
mort par devoir efl d'un grand
homme mais que braver la mort par
vengeance eft d'une bête féroce. On-
avoue que la force ne peut tenir lieu
de raifon, à un brave non plus qu'à
tout autre qu'il n'a pas réparé fa
gloire ni démontré fon innocence par
cela feul, qu'il a tué fon accufàteurj
que s'il eil un homme flétri ou un
ma-lhonnête homme, il .ne ,ce{fera
jamais de l'être en devenant-un aiïa£-
fin. On avoue que les liens de l'hon-
neur ne dégagent perfonne de ceux:
de la nature; qu'il ne fut jamais permis
de verfer le fàng d'un homme,fous-
prétexte
(17)
B'
prétexte que c7 eft le fang d'un ennemi;
que pour écarter un rival ou pour punir
un railleur, il eft monftrueux de maf
facrer quelquefois un ami. On avoue
:en un mot, que le Duel n'eft, au juge-
-ment de lâfaine raifon, ni honorable,
ni. nécefTaire ni rrtême permis &c
que l'opinion contraire qu'on en avoit
eu jusqu'alors, étoit le comble de
l'extravagance & de la barbarie.
Un préjugé ainf démafqué pour-
roit-il être encore un préjugé domi-
nant ? Et les Lettres n'ont-elles pas
trouvé le moyen de le décréditer, en
trouvant celui dé le faire connoître?
Ce moyen de détruire un préjugé en
éclairant les hommes, &:en changeant
peu à -peu leurs idées > eft infaillible.
Comme les erreurs fe tiennent étroi-r
temeAt unies enfemble, la
<i8)
l'une ne peut manquer d'entraîner
celle des autres. De jour en jour les
ruines s'accumulent, & bientôt dé-
pourvu de tous fes appuis, le Préjugé
lui-même s'écroule, a peu près comme
ces tours antiques bâties fur le pen-
chant d'une haute montagne, qui
après avoir réfifté aux auauts conti-
nuels du temps & aux foudres réitérés
de la guerre fe précipitent enfin
d'elles-mêmes dans la plaine avec le
-tacher qui les portoit.
Seconde PARTIE.
• La fureur des Duels n'étoit pas
-léïilement un préjugé 5 c'étoit de
plus une paffion. J'en attefle le goût
•exeeffif & opiniâtre de la Nation
-pour ces horribles combats cette
de hoonte
B ij
de Inhumanité venoient animer de
leur préfence le courage des com-
battants les applaudiffements la
vénération univerfelle qui étoilent
le prix du vainqueur 5 l'efpèce de
tanatijfme avec lequel tout ce qu'il
y avoir alors de braves fe dirputoit
à qui méiiteroit le plus [auvent uné
jpareille réfeompenfe. jamais fans la
^âifidii le Préjugé eût-il fuffi pour
frapper tellement les efprits que dans
l'appareil & l'image d'un meurtre on
ne rrût voir que l'appareil & l'image
d*unefêœf pôtir maîtrifèrô fort l'aîné
des comtfattàntsr & des
que foorde' aux cris plaintifs delà
mort die- ne fit attentive qu'au*
acGlaja^tkKîs de la vi&oïrej powè
faire da théâtre der la
cruamé iô & des
(20)
fureurs de quelques particuliers l'amu-
fement de tout un peuple?
Empire de la Paillon empire auffi
'étendu & cent fois plus redoutable que
celui du Préjugé!-Le Préjugé vouloit
vaincre la Paffion vouloit exterminer:
l'un étoit avide d'honneur 5 l'autre
Tétoit de carnage l'erreur faifoit
qu'on inimoloit la juftice; l'empor-
tement faifoit qu'on immoloit jufqu'à
la pitié.
Il ne fufEfbit donc pas, .pour
défarmer le Duel d'arracher aux
braves le poignard qu'ils tenoient de
l'erreur il falloit encore leur arracher
celui qu'ils tenoient de Femportemenr.
N*eft-ce pas ce que les Lettres ont
fait, en gagnant le fentiment auffi-tôt
que la raifori; en calmant les eiprits
en même temps qu'elles les jéelai-
(21)
B iij
roient en changeant tout à la fois
les idées qui -fervoient de bafe au
Préjugé & les mœurs qui étoient la
fource de- la Paffion?
Un caractère intraitable & féroce
étoit dans les mœurs de nos ancêtres
le premier aliment qui fut offert à
la patfion -des, Duels un cara&ere
humain & flexible eft dans nos mœurs
le premier bienfait que nous ayons
reçu du commerce des Lettres.
C'étoit à la férocité de leur cara-
&ere que nos ancêtres dévoient cette
arrogance & cette hauteur quidédaî-
gnoient les ménagements, & par-là
multiplioient les querelles qui fo-
mentoient parmi.. eux une guerre
éternelle en foulevant fans cefleL
contre la licence, la fierté contre
(22)
l'orgueil. C'eft au commerce des
Lettres que nous devons cette douceur
& cette complaifance qui nous por-
tent à facrifier nos privilèges $cnotr$
vanité en quelques occafions pour
ne pas facrifier en mille autres notre
repos & nos plaifirs; qui nous rendent
les maîtres deceux-mêmes dojK-etfes
feinblent nous rendre les efclayesÂ
"C'étoit à la férocité de leur cara-
&ere que nos. ancêtres devoientt cet;
cSpa'a d*intolérance par une fuite
duquel ils vouloient être obéis -fans
réserve, crus- fans examen-, .chéris.
ni refus,
ni partage. C'eft au commerce- des.
Lettres que nous-cfevons^cet esprit de.
modéracioQ pair duquel
$hitèt-<
<*5>
B iv
qu'à celle de l'amoUF propre nos
préjugés y nos droits, & nos attache-
ments nous favons mieux apporter
un adversaire, plus accorder à un
rival, moins exiger d'un ami.
Et n'étoit-ee pas auflSt à-la-férocitc
de leur cara&ere epe nos ancêtres
dévoient cet excès de franchife qui
plus voinn de l'impudence que de la
naïveté, bleuit en voulant irtftruire,
revoltoit en croyant amufèr, poitqk
en quelque forte de la même main
la difeofde & eelui
d^ la vérité? Et n-'eft-ee pas auflâ- «a*.
commercedesLettres quernoas deviot^
cette difcrétionf y cotte réfèrve; $ù$
arac hoEciaaiesavejé
l&ïefpeék dm àrlàrvéricé;, ne vïïulâat
ni outrager fierfonnej
iibatf
inutiles les adoucifTant s'ils font
fréceflaires fongeant moins à faire
connoître le vrai qu'à le faire aimer?
N'étoit-ce pas enfin à la férocité
de leur caractère que nos ancêtres
dévoient cette groffiéfeté & cette
rudefTè qui hériffoient les efprits plus
encore que les manières qui répan-
doient dans les difcours & dans les
procédés un ton d'aigreur tout
propre a repeupler la confiance,- à
préparer la défunion, à-rendre l'in-
fulte plus vive en la rendant plus
ouverte & la réparation moins fàtif
faifante en la rendant moins-adroite ?
N'eftr-ce pas enfin au commerce des
Lettres que nous devons cette poli-
teife & cette urbanité qui embeUiflent
toujours les manières fi elles n'em-
belliflent pas les ièntiment? 5 quj
O5>
mettent dans nos procédés & dans
nos difcours finon la droiture du
moins la bienféance 3 qui toujours
annoncent la bienveillance & l'amitié,
& qui quelquefois les amènent qui
fans être de l'efprit & de là vertu,
en tiennent lieu; qui ne font pas, -en,
un mot, le principal foutien de la
fociété, mais qui en forit fans concredir-
le principal agrément?
Peut-être, à force de polir le.càra-
éiere. national, les Lettres ont-elles
eu, le malheur de l'affoiblir y mais
ce que nos fentiments ont- pu perdre
du côté de la force & de'l'élévation;:
ils ForitTegagné du;côté,de lardouoeur.
& de l'équité .'Se
ne font-elles pas préférables à
8ç. en par^
des Duels?-
C.a6>
Une partie des mœurs eft dans le
emétere, une autre eft dans l'édu-
cation. DanslesjBceurs de nos ancêtres
l'éducation eontribuoit encore plus
que le caraéfcere à leur inspirer cette
pafîion barbare qu'ils avcàent pour
les Duels. Quelle:étoit leur éducation?
une éducation toute guerrière. Les.-
premiers principes qu'on inculqûoît
à la jeunefïe, c'étoient des principes
de bravoairer la bxavoaire fàifo'a le
fyftême dominant de la Nation: le
fujet principal des eonverfàrions &
des romans, Pâme du point d'hoa*
neut, Se la mefoue exacte de Petiote
qu*on- accordôic h chaque citoyen»
On ne. demandait pas <^un homme
s'&avoft des. talents mais s?il avoir
dttcotu-âge'j s?ik fa-voit bien vivrez