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Du commerce maritime, de son influence sur la richesse et la force des États, démontrée par l'histoire des nations anciennes et modernes. T. 2 / . Situation actuelle des puissances de l'Europe considérées dans leurs rapports avec la France et l'Angleterre, Réflexions sur l'armement en course, sa législation et ses avantages. Par Xavier Audouin. Tome I [-II]

De
265 pages
impr. de Baudouin (Paris). 1800. Commerce maritime -- Histoire. Course, Guerre de -- France -- 1789-1815. Europe -- Politique et gouvernement -- 1789-1815. France -- 1789-1799 (Révolution) -- Aspect économique. 2 t. ; in-8.
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DU COMMERCE
M A R 1 T 1 M E.
DU COMMERCE
MARITIME,
DE son influence sur la richesse et la force
des États
DÉMONTRÉE par l'histoire des nations
anciennes et modernes
SITUATION ACTUELLE
DES PUISSANCES DE L'EUROPE,
Considérées dans leurs rapports avec la Frànce
et l'Anbleterre
R É F L E X I O.N S
Sur l'armement en corirse, sa législati6n et ses avantages.
Par Xavier A U D O U I N.
^Q M E I I.
I S,
Bav do vin, Imprimeur de l'Institut national des sciences et des
arts, rue de Grenelle-Sajnt-Gernwin n°. n3i.
y RI MAITRE AN IX.
CET OUVRAGE SE TROUVE A PARTS,
Et cliez. les principaux Imprimeurs et Libraires des ports et
villes de commerce.
Prix, 6 francs.
Tome II, A
DU COMMERCE
MARITIME.
LE traité de Campo-Formio avantageux,
s'il eût eu sa prompte exécution, funeste parce
qu'il jeta le gouvernement de France dans
un long sommeil, ce traité étoit effacé par
le crime de Rastadt, et cependant la guerre
s'étoit rallumée, sans qu'aucun de ses élémens
fût préparé; il sembloit qu'un aveugle fa-
talisme eût seul présidé à nos destinées. La
désertion étoit dans nos camps, nos magasins
étoient vendus. On avoit dépouillé nos arse-
neaux comme si une paix éternelle eût dû
les faire fermer pour toujours.
L'armée d'Italie n'étoit plus l'armée victo-
rieuse. Son général,qui triompha des Austro-
Russes, qui humilia la cour de Naples, son
général tout couvert de .lauriers étoit traîné
dans les prisons ainsi Miltiade vainqueur
à Marathon chargé de fers par son ingrate
patrie, mourut des blessures qu'il avoit reçues:
en la défendant;
Situation da
la Républi-
que au 18
brum. au 3.
DU COMMERCE
Cette place de Mantoue qui sembloit être
la garantie de la liberté des peuples, cette
place fut abandonnée. Nos soldats, forcés de
rentrer dans leur pays, sans gloire et privés
d'honneurs détestoient le gouvernement qui
paralysoit leur courage. Les vastes contrées
de l'Italie, subitement évacuées, reçoivent des
maîtres. Une poignée de républicains, restés
seuls pour résister atax fureurs des coalisés
sont forcés de fuir sur les hauteurs; et néan-
moins, tout délaissés qu'ils sont comme
autrefois leurs pères retirés sur le mont Aven-
tin, ils font respecter encore leur liberté: ils
menacent, et Rome, et Ancone, et Civita-
Vecchia.
Notre situation au nord n'étoit pas moins
désespérée. Là,, comme sous les rois, pour
perdre un général, on perdoit une armée toute
entière; et cette armée; alors qu'on lui refuse
tout moyen de se mettre en mouvement pour
sortir de notre territoire un sot orgueil lui
donne la dénomination pompeuse d'armée
d'Allemagne.
En.Helvétie, des Français faisoient abhor-
rer leur nation. Les vertueux habitans de ces
contrées', si long temps paisibles étoient
réduits à demander qui des Autrichiens ou
MARITIM Et 3
A a
lies Français leur feroit porter des fers plus
pesans
La Batavie, menacée par les Austro-Russes,
auroit imploré sans effet le secours de notre
gouvernement, si la détermination du général
français et l'énergie de ses frères d'armes n'a-
voient vaincu tous les obstacles et bravé tous
les hasards.
Notre marine avoit reçu tant de coups à
Toulon au combat du mois de juin dans
la sortie d'hiver de aux expéditions
d'Irlande, au combat d'Aboukir, on faisoit
si peu pour réparer ses pertes qu'il lui étoit
impossible de faire respecter le pavillon &an-
çais.
Vainement les Conseils épouvantés de leur
situation avoient imaginé y porter quelque
adoucissement en opérant une révolution'
dàns le pouvoir exécutif: inutile ressource
on ne voulut pas convenir que les vices de
ce pouvoir étoient. autant dans son organi-
sation que dans ses membres. Ce système
d'équilibre étoit un système de guerre civile.
Le Directoire, au 22 floréal, avoit perdu
les Conseils, en y jetant des hommes trop
foibles on eût dit qu'au 3o prairial, les Con-
seils, pour s'en venger faisoient leur tour
4 D U COMMERCE
arriver au Directoire des hommes qui, propres
sans doute à beaucoup d'autres choses, se
montrèrent incapables de gouverner.
Forcé d'accéder au vœu unanime qui por-
toit aux différens ministères des citoyens re-
commandables, le nouveau Directoire les y
avoit appelés: mais ils furent investis de toutes
les séductions, leurs ordres furent souvent pa-
ralysés. Il fallut leur probité sévère et l'atta-
chetnent que leur vouèrent leurs collabora-
teurs, pour qu'ils pussent sortir de ces postes
difficiles avec tout leur honneur et toute leur
vertu. Aussi la reconnoissance nationale gra-
vera-t-elle le nom de plusieurs parmi ceux
peu nombreux des ministres contre lesquels
aucun honnête homme n'élève la voix.
L'opinion ce levier puissant des gouver-
nemens populaires, l'opinion étoit par-tout
dépravée: on essaya de la raviver, mais par
quel moyen ? Ceux même qui en comman-
doient l'emploi se préparoient à le con-
damner.
Cependant nous étions attaqués et sur le
continent et sur les mers. Nos flottes recevoient
peu de secours nos armées, malgré les talens
de Moreau, le courage de Masséna, la constance
de Bntne, le dévouement de Jouben, celui de
MARITIME. 5
A 3
Championnet et de tantd'autres si dignes de notre
reconnoissance et de nos regrets, nos armées
si long-temps invincibles voyoient encore
la victoire s'éloigner de nos drapeaux.
Dans l'intérieur, on parloit des succès de
l'ennemi, comme si la terre qu'il attaquoit
eût été à mille lieues de notre France.
Alors le corps politique sans amé et sans
mouvement n'étoit plus lié par aucun res-
sort l'incertitude du sort de l'Etat se com-
muniquoit à celui des particuliers; le com-
merce étoit interrompu; on s'attendoit à des
convulsions dont les symptômes devenoient
à toute heure plus efrrayans les capitaux
se resserroient il n'existoit aucune corres-
pondance entre les, négocians des différentes
places.
Chacun s'isoloit, et au milieu d'une grande
population, on vivoit comme si seul on eût
été jeté dans une contrée vaste et déserte.
Ainsi, menacé d'une trop prompte dissolu-
tion, l'Etat périssoit, lorsque, à travers les
espérances et les craintes de tous surgit
uri homme assez courageux pour, nouveau
Curtius se précipiter au milieu du gouffre
sa gloire militaire son âge, qui est celui de
la force et de la loyauté, son bonheur atta-
6 DU COMMERCE
choient les regards sur sa personne le com-
merce vint lui promettre de s'associer son
sort, et de seconder ses projets. Ses premiers
pas eussent été pour tous les Français un signal
de réunion, si, dès ses premiers pas, on n'avoit
porté l'inquiétude et l'épouvante, en lui dic-
tant une mesure plus arbitraire plus injuste
que toutes celles dont on devoit effacer le
souvenir. Les débris de tous les partis les
bourreaux de tous les temps, ces hommes
qui, à toutes les phases de la révolution,
surent toujours se lier aux forts, les aban-
donner dans leur foiblesse et marcher sur
leurs cadavres, pour courir répéter au vain-
queur les fallacieux sermens qu'il prêtèrent
au vaincu; tous ces lâches se pres'soient autour
de 1 Bonaparte. D'abord ils lui surprirent cette
mesure révolutionnaire où l'on déportoit en-
semble des hommes contre lesquels on n'ar-
ticuloit aucun fait il en étoit parmi eux qui
ne s'étoient jamais vus, d'autres dont les noms
n'avoie.nt pas même frappé l'oreille de leurs
prétendus complices; plusieurs aussi qui, dans
le cours de la révolution s'étoient signalés
par des principes et par une conduite dia-
métralement opposés. N'importe, les proscrip-
teurs à chaque époque veulent chacun une
MARITIME. 7
A 4.
victime. Aussi dans le nombre de ces der-
nières remarquoit-on des citoyens proscrits à
toutes les époques et toujours sans doute
désignés par les mêmes ennemis. Enfin Bona-
parte, après avoir eu la preuve des révoîtans
projets de ces bêtes fauves mit un terme
leur fureur. Il leur dit qu'il n'inculquoit pas
ses principes à coups de stylet; il renversa ces
tables de proscription et le conquérant de
l'Italie, le vainqueur d'Egypte fut aussi grand
par cette victoire remportée sur lui-même,
que par toutes celles que la renommée publie.
Ah puisse-t-il toujours en appeler à sa raison
des arrêts que lui arracheront ses ennemis qui,
à force de l'obsédér essayeront de le trom-
per, et trahiront l'Etat et lui!
Courtiers de tous les gouvernemens on les
vit se traîner sous les pieds de tous, comme
ces plantes parasites qui s'attachant à l'arbre
le plus vigoureux se nourrissent de sa subs-
tance, tandis qu'ils l'exténuent et causent sa
chute.
Assez et trop long-temps la haine et l'in-
trigue signalèrent des partis qui n'existoient
pas. Pourquoi celui des caméléons si dange-
reux et si nombreux ne fut-il jamais attaqué?
Ce fut lui qui créa ce fut lui qui perpétua
8 DU COMMERCE
toutes nos calamités c'est encore lui qui tente
de se partager les dépouilles. Les lâches ils
déclament aujourd'hui contre la République
en jouissant de ses richesses comme ces bri-
gands qui mettent le feu à une maison après
l'avoir pillée.
L'on redoute les fluctuations des gouver-
nemens. Le citoyen paisible frémit à l'idée
de toute innovation parce que jamais ces
crises violentes ne se terminent sans que cette
tourbe d'intrigans ne se signale ,par quelque
nouvel attentat mais, si la liberté civile est
respectée si l'égalité de droits n'est point
violée que nous importe d'ailleurs qu'un
pouvoir exécutif nous gouverne, ou que des
consuls lui succèdent? Rome dura cinq siècles
et Rome fitt successivement gouvernée par
ses tribuns, par ses consuls, par ses dictateurs.
Ces révolutions dans l'Etat trompoient' les
espérances des ambitieux; elles nuisoient peut-
être à quelques citoyens, mais enfin le inonde
étoit vaincu par les armes de la République,
et toutes les puissances recônnoissoient celle
de Rome.
Après avoir considéré la situation déplo-
rable de l'Etat au temps où les consuls en
saisirent les rênes, voyons ou ils nous ont
conduits.
M A R I T I M F.. 9
Louer tous leurs actes n'en blâmer aucun
seroit le langage d'un esclave ou d'un sot.
Ce langage trompeur fait pour les tyrans,
seroit indigne d'un homme libre. Disons donc
franchement ce que nous croyons apercevoir.
Il est un signe certain de la confiance qu'ins-
pire un gouvernement, c'est le mouvement
du commerce. Les autres états, les fonction-
naires sur-tout peuvent se croire forcés de ca-
resser la main qui les déchire mais, dans le
commerce l'intérêt seul dirige et le négo-
ciant n'est pas facilement trompé sur son in-
térêt. Or, sa nouvelle activité semble annoncer
qu'il n'est pas impossible d'obtenir un mouve-
ment sur et constant.
Le commerce maritime a reçu du gouver-
nement consulaire des preuves non douteuses-
de sa sollicitude,
Une des premières proclamations fut pour
rassurer les Colons sur les effets des change-
mens qui venoient de s'opérer il leur promit
que si des différences qui dérivent de la nature
des choses et du climat nécessitoient d'autres
lois la liberté des noirs n'éprouvaroit ni
atteinte, ni modification.
Il s'occupa d'établir un conseil d'amirauté
et un mode nouveau pour le jugement des
io DU COMMERCE
prises une section du conseil d'Etat reçut la
destination spéciale de diriger cette partie
importante de la force publique.; Il reste à
désirer qu'une autre division de ce conseil
veille particulièrement aux intérêts du com-
merce celle de l'intérieur est occupée de trop
d'objets pour que ses soins partagés suffisent
à cette première branche de l'économie po-
litique.,
Toutes les formes, toutes les vanités di-
plomatiques furent oubliées pour courir au
but déterminé par la volonté nationale et
assuré par la victoire. Il offrit il demanda
franchement la paix.
Les honneurs rendus à l'un des fondateurs
de l'indépendance des Etats-Unis rappelèrent
les temps où les Français combattoient avec
Washington, et disposèrent tous les esprits à
voir renaître cette ancienne union des deux
peuples.
La paix des, Etats-Unis, est seule un bienfait
assez grand pour fixer tous les vœux du com-
merce.
Que notre diplomatie donne toujours à ses
opérations une direction aussi utile et l'on
cessera de méconnoître son importance.
Déja elle avoit obtenu de la cour d'Espagne
MARITIME. il
que nos négocians ne Rissent pointpayés avec
des billets royaux qui perdoient.
Aujourd'hui les relations commerciales du
Levant peuvent se renouer. La régence d'Al-
ger nous rend ses concessions dans l'Afrique.
Elle fait cesser les saisies, elles sont restituées
aux Erançais et notre représentant près du
dey obtient la prééminence sur ceux de toutes
les nations.
La neutralité des puissances du nord n'est
point interrompue/De nouveaux traités .sem-
blent devoir nous donner bientôt des facilités
nouvelles. Déja le Russe se reposé sur ses
armés il semble du moins hésiter à rentrer
dans la sanglante arène où l'appeloit l'Anglais.
A la guerre, les armées fitrent réorganisées,
et la victoire ramenée sous nos drapeaux ne
les a point abandonnés.
Les honneurs rendus aux grands hommes
les monumens élevés à leur gloire et à celle
de notre République, l'instruction encoura-
gée, les sciences honorées la liberté indi-
viduelle respectée, les campagnes des dépar-
temens de l'Ouest cultivées et leurs chaumières
rétablies: ne sont- ce'-pas des signes d'une
amélioration dans l'administration intérieure ?
L'abondance de nos campagnes s'est com-
12 DU COMMERCÉ
muniquée à nos villes; les intrigues de l'Anglais
et les calculs des cupides exportateurs de nos
grains n'ont pu ramener le spectre hideux
de la famine. Le souvenir de la misère et
de la faim est déja tout-à-fait effacé la pré-
voyance gouvernementale paroît si assurée,
que l'homme, tranquille sur ses besoins, reçoit
le pain qui le nourrit avec aussi peu d'atten-
tion que le jour qui l'éclairé et l'air qu'il
respire.
Sans doute ce changement atteste un gou-
vernement et plus fort et mieux en rapport
avec les besoins des administrés.
Les finances aussi n'ont pas été négligées.
A ces légions de garnisaires vainement em-
ployés à la levée des impôts ont succédé des
moyens plus doux et non moins efficaces. On
honora les departemens dont le recouvre-
ment fitt plus actif, et leur' exemple excitoit
l'émulation de ceux qui étoient en retard.
L'établissement d'une banque nationale,
ressource saisie avec tant de succès par nos
voisins, donne un aliment nécessaire. Seule
et renfermée dans les limites de son institu-
tion, elle peut rendre des services plus grands
encore. La dette publique commence à ne
plus être une chimèr e les fonctionnaires sont
MARITIME. l3
payés les pensionnaires et les rentiers con-
çoivent enfin l'espoir de ne pas voir s'abîmer
dans une banqueroute tous les débris de
leur fortune. Si la paix mettoit une digue
au débordement des revenus de l'État, peut-
être leur espérance ne seroit pas vaine.
Dans la distribution de la justice les tribu-
naux sont ce qu'ils furent toujours la pureté
de la conscience de presque tous les juges
les a rendu indépendans des différentes for-
mes de gouvernement; leurs lumières et leurs
travaux rassurent les citoyens sur l'inextri-
cable difficulté des lois trop nombreuses et
trop incohérentes leur probité encore vierge,
et leur courage éprouvé sont la garantie
du foible et du pauvre. Il faut le dire les
tribunaux ont marché depuis dix ans au pre-
mier rang dans le sentier de l'honneur et de
la vertu.
Des actes de clémence rendirent à leurs
familles et peut-être à la patrie des enfans,
des époux, des pères, qui ne nourrissoient
plus l'espérance de presser, avant de mourir,
la terre natale. Le gouvernement consulaire
sécha bien des larmes il n'en fit point cou-
ler de nombreuses familles l'appellent leur
bienfaiteur aucune encore ne l'accuse de
14 frU. .COMMERCE'
ses maux. Qu'il soit long-temps semblable à
lui-même; que jamais il ne renonce au bon-.
heur de faire des heureux. Pour les gouver-
nans, il n'est qu'un pas du bien au mal. Une
force toujours croissante semble les éloigner
de l'un et- les précipiter vers l'autre j'ai
ébauché «le commencement de ses travaux,
puisse la fin ne pas effacer mon ouvrage
Telles furent dans la première année de
son institution les opérations du gouverne-
ment consulaire.
Si cet hommage solemnel rendu aux
actes utiles et louables donne le droit d'in- ̃
diquer ceux qu'on attend et qu'il est urgent
de ne pas suspendre plus long-temps j'ajou-
terai que l'ori a soif d'un code civil. La
Constitution manque de lois organiques.
Les institutions républicaines sont négligées.
Les intrigans qui dans tous les temps, pous-.
sèrent aux extrêmes tentent par l'excès de
tolérance accordé à un culte de ramener l'in-
tolérance pour tous lés autres. Les semences
de paix offertes par le gouvernement sont
converties par des hommes partis en fer-
ment de discorde. Les opérations conçues
avec des intentions grandes et dignes de la,
République sont trop souvent sans effet ou
Maritime i5
dénaturées par' des chargés d'exécution enne-
mis du gouvernement et ne s'immisçant dans
ses fonctions que pour miner sourdement
nos dernières ressources empêcher la paix
à l'extérieur, et perpétuer les troubles dans
l'intérieur.
Enfin, tous les Français veulent jouir de
leurs droits politiques: ils demandent la paix
et la liberté mais une paix honorable
digne des héros qui la scélèrent de leur sang
et une liberté dont la jouissance soit en pro-
portion des sacrifices que coûte sa conquête.
Cette disgression n'étoit pas étrangère au
commerce maritime; il est difficile de donner
l'idée de nos ressources sans examiner les
causes et les effets des, entraves qu'il éprouve.
Commerce.
Je reviens plus directement au plan que
je me suis tracé.
Déja, dans 'l'intention d'accélérer les tra-
vaux de la marine, les Consuls ont adopté
un mode nouveau pour leur direction. Cette
division de l'administration en six arrondis-
semens, présidés par des préfets, a éprouvé
des difficultés d'autant plus grandes que les
objections opposées étoient f6ndées. Le son-
venir ne peut en être effacé que par la con-
duite de ces nouveaux administrateurs. Tous;
b u COMMERCÉ
Examen des
ressources
de la France
ponde com-
merce et la
navigation.
sans doute se montreront dignes de Ia con-
fiance du gouvernement. Puissions-nous bien-
tôt, aux progrès qu'ils feront faire à notro
marine et à notre commerce reconnoitre
l'avantage de leur institution 1
Pourquoi notre république illustre par ses
guerriers ne le seroit-elle pas aussi par ses
marins ?
Tout nous appelle au premier rang des
.puissances maritimes.
Ce que notre climat nous refuse ce que
notre industrie ne peut nous donner, il faut
nous le procurer par les échanges du com-
merce. Les richesses du Mexique et de i'In-
dostan ne nous appartiennent pas; l'Espagne
a l'or de ses mines nous sans déchirer
les entrailles de la terre nous trouverons
dans nos travaux de quoi satisfaire à nos
engagemens.
Mais sans la marine le commerce feroit
de vains efforts. Eh que sert à l'agriculture
l'abondance des moissons ? Pourquoi nos ma-
nufactures multiplieroient-elles leurs travaux
quand nos ports, par-tout bloqués ne nous
présentent aucune facilité pour exporter et
échanger les fruits de notre sol et ceux de
notre industrie
M A R.I T I M E. 17
Tom'c Il. B
Sommes-nous donc si étranges à là merï
L'Océan n'est-il pas au Nord et à l'Ouest
de notre territoire ? Le Midi n'est-il pas bai-
bné par la Méditerranée ? De grands fleuves
le Rhin, la Seine, la Loire, le Rhône fèr-
tilisent notre sol, et étendent à i'intériew
les facilités de l'importation et de l'expQrta-
tion. Brest Toulon., Rochefort Loriént
Bordéa:ux Marseille, Dunkerque Nantes.j;
Baïônne offrent a nos alliés avantage eut
Nos géomètres, nos astronomes nos sa-
vans ne le cèdent ceux d'aucun peuple.
Comme les autres arts la construction na-
vale a;fait en France plus de. progrès qu'ail-
leurs et l'univers ne présente pas un cons-
tructeur égal à Sané /à ce vieillard modeste
et respectable, dont les Anglois démontent
les vaisseaux pour que .toutes les pièces
servent de modèle à leurs ingénieurs.
Bornée désormais parles fleuves les mon-.
tagnes .et l'Océan, la- France aura peu à
craindre pour ses limites: ses voisins n'ap-
préhenderont jamais qu'elle veuille les re-
culer, puisque la nature et son intérêt y met-
tront toujours obstacle.
Située, dans la partie occidentale de l'Europe
18 DU COMMERCE
entre lé quarante-deuxième et le cinquante-
unième degrés de latitude, les, peuples du
Nord et ceux du Midi peuvent s'accoutumer
à sa température. 1
Les produits de notre sol ceux de notre
industrie leur assurent des moyens d'échange
plus multipliés.
Yenise Amsterdam Hambourg essayè-
rent avec nous une lutte inégale il fallut
céder à des avantages réels et indépendàns
dès circonstances.
Le riche sol de la France son immense
population n'ont pas de point de compa- °.'
raison.
Nos récoltes déjà si abondantes, le sont
devenues davantage par le défrichement des
parcs et des vastes jardins dont la révolution
a changé la destination.
La .bière boisson nouvelle diminue la
consommation de nos vins laisse à l'étranger
plus de facilité de les acquérir, et augmente
les richesses de Bordeaux de Gravé de
13,eaune d'Arbois d'Orléans, de la Sciota.
D'abondàns pâturages rendent nos che-
vaux et nos bœufs préférables à tous les
autres.
Notre terre nous prodigue les métaux et
M A R I T I M E. I9
B a
:s sels. Où travaille t on mieux le fer et
acier qu'à St.-Etienne, à Nevers Tulles,
Chatelleraut-, à Langres? La manufac-
.ire d'armes de Versailles a-t-elle une rivale?
La fabrication de nos monnoies prouve
u plus de perfection ou plus de probité,
uisque les autres, perdent au change.
Au Midi on cultive les vers à soie et
on recueille des fruits qui semblent étran-
ers à notre climat.
Le lin et le chanvre croissent dans le
Jord, et les toiles et les dentelles y sont
lieux tissues.
Le centre est couvert d' établissemensutiles;
n fabrique des draps à Abbeville, à Sedan,
Elbeuf, à Châteauroux, Louviers.
Les tapisseries de verdure d'Aubusson,
elles des Gobeliris sont par-tout.
Les cuirs de Metz, de Limoges, de Sève,
e sont pas moins bons que ceux d'Angle-
:rre. Les papiers de Rouen d'Angoulême
e Niort de Saint-Léonard, d'Annonay,
rouveront combien la France excelle dans
e genre de fabrication.
Nos ports, il est vrai sont moins étendus
ue ceux de l'Angleterre. Ce n'est pas sous
feu du canon qu'il convient de creuser de
Porte.
ab DU COMMERCE
nouveaux bassins mais est-il impossible de
former'des projets et d'achever l'exécution
de ceux commencés? Par exemple, la.gloire
et l'intérêt national commandent de nétoyer
le port de Marseille et de se hâter de dé-
combler celui de Dunkerque.
Braves armateurs, tant d'humiliations ont
cessé. Ces murs de Dunkerque, insultés par
l'Anglais, ont vu de nos jours le fils de Geor-
ges III ce duc d'Yorck fuir devant eux
comme il a fui depuis devant les Bataves,
secourus par leurs fidèles alliés.
Vous ne verrez plus comme après la paix,
honteuse d'Aix-la-Chapelle en IL 740, vous ne
verrez plus des commissaires anglais. venir
s'opposer toute construction personne dé-
jqrmais ne vous privera des avantages que
vous ne devez qu'à, la nature et votre
courage.
Nos ports sur le canal de l'Océan occi-
dental, font le désespoir des Anglais ils
attireront vers nous toutes les nations. A
l'aide des canaux les communications seront
faciles et multipliées. Les habitans de tous
les points de la France deviendront pres-
que voisins on verra ceux des Pyrénées
échanger leurs productions avec ceux qui
MARITIME. 21
>ulon et ceux de Brest. B 3
abitent près de l'embouchure de la Meuse,
ceux des Alpes seront rapidement portés
ir les bords de l'Océan. Des télégraphes
lultipliés donneront avec la vivacité de
;clair du centre aux rayons et des rayons
i centre les avis utiles au commerce ou
;céssaires la sûreté de l'Etat. n..
Peut-être les naturalistes s'étonneront-ils
l'idée d'augmenter les réservoirs des eaux
rsqu'il paroît démontré que les eaux di.
inuent. Ce systême loin de nuire à ce
ojet en prouveroit la nécessité. Si la
iantité dès eaux diminue, il faut que -l'art
accélère le mouvement.
Les canaux sont à la navigation ce que
nt les artères à la circulation du sang.
L'hydraulique fera les mêmes progrès que
autres sciences physiques.
Canaux.
Ainsi plus de montagnes plus de mer
ils de nord plus de midi de tous les
ints de la France les habitans de ce ri-
e pays échangèroieut les. fruits de leur sol
de leur industrie par des moyens aussi
:iles que raphides.
Les canaux, en accélérant l'équipement,
rmement et les approvisionnemens de nos
ttes, lieraient aussi entr'eux les marins de
22 D U COMMERCE
Ils donneroient aux habitons de l'intérieur
ces idées de navigation, de pêche de com-
merce qui créent les matelots et disposent
au service de. mer..
Nos ressources minéralogiques sont aban-
données par le défaut de transport} nous
achetons à la Saxe et à la Suède des métaux
dont notre sol abonde.
Les bois de construction sont laissés dans
nos forêts .par la difficulté de les transporter
à la mer.
Si l'Etat ne peut en faire les avances des
compagnies, en leur garantissant un bénéfice;
en courront avec empressement les chances
avantageuses.
Le superbe canal de Languedoc, creusé par.
Andréossy, ne coûta que sept millions .com-
bien de fois en a-t-on retiré cette somme ?
Un canal pourroit être creusé à Dieppe,
et venir mouiller la !place où furent les tours
de la Bastille.
Un autre réuniroit le Rhin au Rhône.
Et si l'on suivoit un projet qui fut donné
à l'Assemblée constituante si l'on exécutoit
des canaux latéraux sur les rives gauches
de ces fleuves, il s'établiroit une commu-
nication-intérieure entre la mer Méditerranée
et la mer d'Allemagne-
M A R I T I M E. s3
B4
Oui, quand la paix ramenera nos guerriers,
des canaux multiplieront nos moyens 5 nos
forêts nos mines, notre culture abondent
de toutes les choses nécessaires à la construc-
tion ouvrons de vastes chantiers appelons,
y les arts, l'industrie et la force créons ces
villes ambulantes qui porteront au loin la
gloire du nom Français le drapeau tricolor
qui abaissa l'aigle orgueilleux, verra bien
enfin se courber le superbe léopard.
La France réunit toutes les matières néces-
saires à la construction et à l'approvisionne-
ment des vaisseaux; on récolte sur tous les
points et avec abondance le lin et le chanvre;
les arbres ornent le sommet de nos monta-
gnes., et croissent aussi dans nos plaines sur
les revers des fleuves qui arrosent notre sol
jusques sur les routes où ils ombragent le
voyageur îatigué par-tout la France présente
ces précieuses ressources.
L'administration forestière trop négligée
est une des causes des désastres de notre ma-
rine.
Il est facile de démontrer la nécessité de
sa prompte réorganisation.
Les propriétaires seroient encouragés aux
plantations si les terres plantées étoient
Construc-
tion. Bois.
s4 DU -COMMERCE
affranchies pendant quelques années de. toute
imposition et si dans tous les temps elle
étoit modérée car on ne peut nier que le
défrichement des forêts ne soit aussi nuisi-
ble à l'État qu'aux propriétaires il est nui-
sible-à la chose publique en ce qu'il empêche
là végétation, assure la sécheresse ôte aux
voyageurs tout abri et prive la marine des
moyens de construction.
L'atmosphère est plus humide là où les
arbres entretiennent une éternelle 'fraîcheur
et leur fraîcheur ne contribue pas peu à la
création des sources.
Sully Colbert' et Turgot montrèrent com-
bien l'homme d'état, dont les conceptions
embrassent le passé le présent et l'avenir,
met de prix aux plantations; .la. France .par
eux fut couverte dé ces arbres dont l'âge et
l'élévation n'ont pas été respectés par des
acquéreurs avides, qui trop peu confians dans
leurs nouvelles possessions se sont moins
montrés propriétaires que chargés de l'exploi-
tation de nos forêts.
Le maintien des lois contre les émigrés
peut seul encourager les acquéreurs aux plan-
talions tant que le sort de ceux qui ont droit
rentrer dans la cité et de ceux qui ne doi-
MARITIME. ? 25
vent plus la revoir ne ,sera pas définitive-
ment fixé. ni les fugitifs rentrés, ni les ac-
quéreurs jouissans ne se croiront en sûreté
tous pressés de jouir d'un bien qui peut leur
échapper, ne porteront point leurs regards sur
un avenir encore chargé de trop de nuages. On
répugne à, semer quand, on n'est pas certain
de la moisson.
Il seroit injuste d'accuser de ladégràdation
des forêts, les seuls acquéreurs de domaines
nationaux. Avant la révolution les seigneurs,
dont les revenus n'étoient jamais en propor-
tion avec leurs dépenses, ne voulant point
alïéner leurs propriétés, faisoient ce qu'ils
appeloient jouer du haut bois: la cour em-
ployoit aussi ces ruineuses ressources.
Sous le dernier roi un intendant du Béarn
soutint que l'on trouvoit aux Pyrénées des
mâtures plus belles que celles du Nord les
chefs des approvisionnemens de la marine
repoussèrent fortement cette assertion sui-
vant eux les arbres des forêts du Midi
venus sur un sol aride étpient trop secs ou
trop vieux ils n'avoient. pas le liant ni le
ressort des excellens sapins du Nord. Cepen-
dant le sommet des hautes Pyrénées presque
éternellement couvert de neiges et de glaces
Z6 DU COMMERCE
peut bien, pour la vigueur du climat ne pas
céder à la froide température du Nard aussi
se détermina-t-on à ordonner l'exploitation
de ces forêts.
Une superbe chaussée fut construite dans
la vallée d'Aspè près d'Oléron* et taillée dans
le roc presque par-tout de marbre; à gau-
che étoit le rocher coupé à pic à droite le
ravin en précipic.e au fond duquel coule un
torrent elle étoit conçue avec une telle har-
diesse que peu d'ouvrages des anciens méri-
tent de lui être comparés elle étoit assez
l'arge pour que sur un charriot attelé d'une
paire de boeufs sur le devant et de dix-huit
paires sur le derrière on pût avec facilité
descendre un mât de cent vingt pieds de
long.
Alors, comme aujourd'hui, la marine fran-
caise avoit dans la France même des ennemis
et des destructeurs contrariés de voir l'étran-
ger privé d'un si grand bénéfice ils trou-
vèrent dans l'exécution même d'un ordre irré-
sistible le moyen d'anéantir à jamais cette
richesse nationale au lieu de faire choix des
plus beaux arbres, de ceux que le temps
avoit amenés au dernier terme de leur crue,
on fit main-basse sur les forêts entières ec
1 M E.
cet abattis, presque général, détruisit en un
moment toute l'espérance d'une longue pos-
térité. A présent, des arbres épars dont les
racines ne s'étendent que dans les fentes des
rochers sont trop foibles pour résister aux
coups de vent et aux ouragans si communs
et' si violens à ces grandes hauteurs; le plus
léger tourbillon s'y engouffre et détruit tout;
et ces montagnes où un sage aménagement,
en rendant le service des forêts presque éternel,
aûroit présenté un abri contre les avalan-
ges, les grandes pluies d'orage et les courans
que forment les fontes des neiges; ces mon-
tagnes seront bientôt, réduites au même degré
de nudité et de dégradation où se trouve pres-
que par-tout le reste de la chaîne.
D'anciens préjugés ou des intérêts parti-
culiers aussi difficiles à combattre que les pré-
jugés, ont long temps avili les produits de
notre sol et de notre industrie ainsi l'on vit
les papiers de nos manufactures parcourir les
mers et rentrer dans nos ports comme acqui-
sition hollandaise on vendit à Londres les
armes fabriquées à St.-Etienne, et des Fran-
çais eurent la lâcheté de ne pas vouloir re-
connoître dans la perfection de nos ouvrages
la main de leurs compatriotes. Les grains
S8 DU COMMERCE
récoltés chez nous furent quelquefois ven-
dus Dantzick et aux États-Unis. Mais ce fut
sur-tout dans le commerce des matières néces-'
saires à la construction que ce délire anti-
national se manifesta d'une manière plus ré-
voltante on vit des bois achetés dans nos
départemens revenir après avoir parcouru
les mers du Nord et être vendus comme
étrangers les matières résineuses, d'un usage
si essentiel et si dispendieux dans la cons-
truction et l'entretien des vaisseaux, dans la
fabrication des cordages et des câbler, s'of-
frôient sur plusieurs points de là France; le
goudron que l'on récolte près d'Acqs et dans
tout le département des Landes, en l'épurant
avec les procédés adoptés dans le Nord, se-
roit d'une qualité supérieure à tous les autres;
néanmoins les corderies nationales le rejetè-
rent constamment, et la France est demeurée
tributaire du Nord.
Notre commerce doit enfin s'étendre à
toutes les branches il en est de moins lu-
cratives, mais toutes sont utiles à la naviga-
tion toutes, en multipliant les transports
multiplient, forment les matelots et augmen-«
tent notre marine.
Qu'on. ne dise plus que le commerce dé
MARITIME.
France n'est qu'un commerce de luxe. Sans
doute il ne fut que cela sous la. monarchie:
eh pouvoir- il être autre chose lorsqu'il re-
cevôit la direction d'une cour où- toutes les
futilités avoient du prix ,et ou rien d'utile
n'étoit honoré } Mais il en sera autrement.dans
la République. Les mêmes: bras qu'on voy oit
occupés à changer la soie et le lichen tissus
brillans, ceux qui avoient atteint dans le tra-
vail des métaux la perfection de l'art j et
ceux aussi qu'une; longue oisiveté sembloit
rendre inhabiles à toute occupation ne les
a-t-on pas vus au temps de la révolution se
porter tous dans les ateliers se livrer toute
sorte d'industrie fabriquer pour nos légions
des armes des vêtemens des chaussures
Là on vit forfévre français, devenu armurier,
surpasser les ouvriers étrangers des hommes
qui jamais n'avoient manié de ciseaux, cou-
poient des draps et confectionnoient des
habits pour nos volontaires; et sous les doigts
légers de ces foibles marchandes; de modes,
au lieu de gazes et de chiffons, l'on voyoit
se former des guêtres et des bonnets de police.
Le Français fait ce qu'il veut son génie, son
courage et sa force le rendent propre à tout:
il ne faut à cette Nation que d'habiles met-,
teurs en œuvre.
OO DU COMMERCE
Le préjugé divisoit les arts en libéraux et
mécaniques nos fabriques étoient rangées
dans cette dernière classe avilie par la sottise
parce que le travail manuel étoit devenu une
honte on oublioit que la manipulation dés
fabriques exige l'étude des mathématiques,
de là physique, de la chimie du dessein
le négociant qui ne créoit rien, parvenoit
aux magistratures le fabriquant en étoit ex-
clu les états étoient honorés en raison in-
verse de leur utilité,: quels temps.! quels hon-
neurs! quels hommes pourroient les regret-
ter ?
Il faut rendre aux ateliers toute leur acti-
vité. r
Un jouir, ces villes populeuses dont l'in-
dustrie inactive attend le signal du Gouver-
nement ces villes n'en doutez pas, applau-
diront à la révolution.
La vie des camps celle des vaisseaux étoit
insupportable à ces nombreux citadins les
fatigues de la guerre excédoient les forces de
ces ouvriers peu disposés aux hasards des
combats; mais dès long-temps accoutumés
des travaux utiles, une complexion délicate
servit mal le zèle de plusiéurs eh aussi
comment abandonner des familles malhcureu-
MARITIME. 3t
ses qui réclamoient leurs soins ? Ils ont gémi
sur les effets de la guerre qui coupoient toutes
les veines du commerce mais jamais non
jamais ils n'en blâmèrent la cause ils sont
malheureux, mais non aigris;.la République
peut les compter encore au nombre de ses
enfans les plus fidèles.
Le peuple n'est pas heureux, mais à quoi
sert d'aigrir sa douleur et de lui parler de son
mal, quand on ne lui propose aucun remède ?
D'ailleurs, comparez aux maux que l'on souf-
froit sous 'la. monarchie, ceux que l'on en-
dure à présent, sont-ils donc aussi grands ?
L'ouvrier, le cultivateur, le fermier font
des gains plus considérables qu'alors ils dé-
pensent davantage, leur vie est plus douce
la misère s'est reportée dans la classe'autrefois
aisée. Cette classe relativement à ses an-
cierines habitudes, supporte des privations
difficiles, mais les privations sont moins le
besoin que la non-jouissance le chagrin est
la., mais non pas la misère ce chagrin peut
cesser. De bonnes lois, une garantie à tous,
l'acquittement des pensions et des rentes des
moyens nouveaux de récupérer par le com-
merce les pertes dont la révolution fut l'oc-
casion voilà ce qu'il nous faut, ce qu'il faute
promptemenr.
32 D U COMMERCE
Que tous les capitalistes apprennent enfin,
qu'en faisant circuler leurs richesses, ils ver-
rônt leur. fortune augmenter et la détresse de
l'Etat cesser.
Ce ne sont pas ceux qui ont beaucoup de
fortune qui nuisent à la société, ce sont ceux
qui thésaurisent n'importe, à qui appartien-.
nent les richesses, pourvu qulelles' soient en
circulation, que: le riche se considère comme.
l'économe et le dispensateur ',Quelle jouis-
sance pourroit donciuiparoître préférable
celle d'activer, de récompenser les progrès
du travail et de l'industrie ? mais alors qu'il
paralyse,le cours des moyens dont la fortune
le rend dépositaire il nuit à la société il
justifie le mécontentement des malheureux
et s'expose aux entreprises du pauvre, auquel
la nature a donné le droit d'assurer son exis-
tence.
Vous qui confiez la terre des-trésors qui
mis en circulation vivifieroient l'État:, ne
savez-vous pas que cet argent est au com-
merce ce que les veines sont à votre corps
Malheureux en arrêtant ce mouvement sys-
taltique, vous devenez le bourreau de tant
d'êtres intéressans que le commerce alimente
Pour éloigner les craintes des capitalistes,
Intpûtsin-
'!in-c!s.
M A RIT'I M E. 33
Tome IL C
les droits indirects rie doivent être établis
qu'avec précaution.
Ils doivent ne peser que sur l'étranger il
faut donc qu'ils soient généraux il faut éviter
ces franchises qui paroissoient favoriser Mar-
seille, Bayonne et Dunkerque leurs droits
étoient plus onéreux qu'utiles, puisqu'ils éloi-
gnoient les vendeurs. Ces franchises étoient
bonnes pour attacher les sujets au maître
insolent qui leur distribuoit à son gré les dif-
férens degrés d'esclavage mais dans la Répu-
blique il faut ou franchise générale, ou droits
sans exemption.
Ces réflexions, au surplus ne s'appliquent
point à Marseille sa franchise, établie moins
pour 'son utilité que' pour celle de tous, est
aujourd'hui fondée sur un motif qui doit en
empêcher la suppression. Marseille, par Vëx-
périence qu'elle a faite de cet affreux fléau qui
ravagea sa population, et faillit anéantir son
commerce, Marseille doit avoir des habitudes
précieuses et des soins plus exacts pour éloi-
gner de son port les marchandises pestiférées
du levant. N'y auroit-il point de danger de
diminuer cette surveillance active, en l'éten-
dant à un trop grand nombre de ports ?
Ce qui est établi pour l'avantage général
34 DU COMMERCE
mérite d'être respecté mais il faut le dé-
montrer cet avantage, et ne pas se livrer
avec trop de facilité aux idées de certains
hommes qui force de nous accabler de
franchises, de taxes de droits rattacheroient
ainsi successivement tous les anneaux de la.
chaîne féodale.
Les droits sur les-fabricans paroissent oné-
reux le mode de perception sera toujours
vexatoire il sera une entrave à la liberté
nécessaire à la fabrication les frais de cette
perception particulière en absorberont le
revenu l'industrie, fatiguée de 'la tyrannie
des perceptions languira comme au temps
où les rois multiplièrent ces droits.
Sans doute le fabricant doit contribuer
dans la proportion de ses gains mais ne
sait-on pas que la frande si facile dans les
déclarations, et la collusion des préposés
empêcheront d'atteindre ce but ? et en sup-
posant tous les fabricans loyaux et tous
les préposés honnêtes en dernière analyse
ce droit n'atteindra point le fabricant, mais
bien le consommateur. Eh! peut-on soutenir
cet impôt indirect sur des choses de pre-
mière nécessité quoi l'ouvrer ? l'indigent,
tant de malheureux incapables de contri-
MARITIME. 35
C 2
buer aux charges publiques seroient donc
forcés de payer l'impôt pour leurs souliers
l'impôt pour leurs bas l'impôt pour leur
bonnet ?
Non. Si vous convenez que l'extrême
misère nécessite dans l'État cette classe de
prolétaires, exempts de tout impôt par l'im-
possibilité d'en acquitter aucun il est injuste
de les atteindre ensuite par des contribu-
tions indirectes qûijeurarracheroient la nour-
riture et le vêtement, auxquels tout homme
a droit.
Dans l'assiette et la perception de ceux des
impôts indirects déja rétablis. il est des
réformes nécessaires il est sur-tout impor-
tant d'en assurer l'emploi d'après la destina-
tion déterminée celui du droit de passe
par exemple seroit insupportable si les
réparations des routes ne consoloient les
contribuables.
L'administration des douanes est aussi sus-
ceptible d'amélioration. Sans doute il est
exagéré, le reproche qu'on lui fait de coûter,
sur quinze millions de taxes dix millions
pour les frais de. perception les accusations'
hasardées contre ses nombreux employés sont
aussi peut être dictées par l'odieux que l'on
Douanes.
36 DU COMMERCE
trouve, et dans la taxe, et dans les formes
de certains taxateurs. Néanmoins ces employés
ne sont pas inutiles à la garde des côtes et à
la sûreté de la navigation sans eux quel
moyen d'empêcher la fraude ? Des soldats
pourroient apporter plus de zèle mais au-
roient-ils autant d'aptitude à un service qui
exige des habitudes et des connoissances
locales et spéciales? C'est moins à détruire
yu'à perfectionner qu'il faut s'appliquer.
Quand le Gouvernement portera ses regards
sur cette branche de revenus publics, il fera
bien, s'il le peut, de démêler pourquoi la
régie perd constamment ses procès particu-
lièrement dans les départemens réunis ce
n'est sûrement pas la faute des tribunaux
seroit-ce de la part des préposés de la régie,
négligence ou nescience ou malveillance dans
l'observation des formes qui leur sont pres-
crires pour valider leurs saisies ?
Pourquoi chaque année nos ministres ne
donneroient-ils pas leurs soins à la confection
des états d'exportation et d'importation ? Si
la régie des douanes Fait son devoir, si les
agens des ministres ne violent pas les leurs
l'exactitude de ces états nous donnera chaque
année une idée des bénéfices de notre sol.
Importation
des grains.
M A R I T I M E. 37
C3
La France, nourricière de l'Angleterre, auroit,
par la seule récolte de grains, un moyen de do-
mination que la France ferme ses greniers,
et bientôt l'Angleterre lui ouvrira ses ports.
Toutes les théories sur l'exportation des
grains sont inapplicables aux temps de guerre;
vainement on objecteroit les ressources que
les transit présentent au Gouvernement les
sommes abandonnées pour cette tolérance
n'arrivent jamais intactes les entremetteurs
seuls, on le sait, en retirent d'incalculables
avantages.
La guerre en rompant les traités qui unis-
sent les peuples, les remet relativement les
uns aux autres dans l'état de nature et dans
cet état la richesse est non dans le signe
monétaire mais bien dans la chose représen-
tée. Imaginer combattre son ennemi par des
spéculations de banque seroit vouloir se
livrer à quelques agioteurs, sur tout quand
cet ennemi possède' à. lui seul presque tout
l'or de l'univers.
Favorisons dans tous les temps l'importa-
tion et hors des années de paix et d'abon-
dance j si nous ne prohibons pas au moins
surveillons sérieusement l'exportation.
Le commerce intérieur et extérieur ont un
38 DU COMMMRCE
Prpnvte-
mcns réunis.
égal besoin de la paix: tant que la guerre
durera notre commerce extérieur sera peu
fructueux; celui de l'intérieur, s'il ne reçoit
aucun encouragement, s'il est gêné dans ses
communications s'il est privé des grands
capitaux que la crainte fait resserrer n'ob-
tenant point la création de canaux et de
chemins nouveaux, ni l'entretien des anciens,
manquant de bras, et ayant par-tout un mou-
vement convulsif, il demeurera languissant
et foible..
Qu'il seroit cependant facile de lui donner
plus d'éclat et combien même au milieu
des feux de la guerre combien nos conquê-
tes lui offrent de moyens nouveaux et cer-
tains d'accroître ses relations
La. réunion des Pays-Bas autrichiens nous
ouvre l'Escaut; elle augmente notre naviga-
grtion par la .Sambre la Meuse la Lys,
et nous donne le port d'Ostende elle aug-
mente nos productions en grains et nous en-
richit par ses toiles et par ses dentelles.
Les départemens réunis produisent toutes
les matières nécessaires à la construction des
vaisseaux; les métaux, les bois, les chanvres
y abondent.
Notre marine gagne à leur réunion les
MARITIME. 09
C4
ports d'Anvers et d'Ostende celui de Fles-
singue ne peut plus nous être fermé.
Sur la Méditerranée, les descendaris des
Phocéens, ces Marseillois qui eurent tant de
part à la fondation de notre République ne
négligèrent pas les moyens de s'enrichir: elles
seront rétablies leurs relations avec l'Asie et
avec l'Afrique Marseille sera encore au dix-
neuvième sièle ce qu'elle étoit déja au temps
où Tarquin l'ancien régnoit à Rome.
Aux Pyrénées occidentales les habitant
du pays des Basques, ceux du Bigorre les
marins de Bayonne et les cultivateurs de
Fontarabie et d'Andaye, les Navârrois aussi,
tous ont montré alu'ils ne vouloient pas
cesser d'être Francais.
Ceux des Pyrénées orientales pourroient-
ils jamais oublier les héros qui s'immortali-
sèrent à la défense des Pyrénées? Dagobert
périssant excédé de fatigues Dugommier
mourant au champ d'honneur le brave la
Barre recevant la mort en forçant les redou-
tes espagnoles tant d'autres dont les noms
vivront toujours, apprendront aux habitans
de cette intéressante frontière comment on
sert son pays. Eh avoient-ils besoin d'exem-
ple eux-mêmes ils ont su le donner Rien
4o D U. C O M M E R C E
Corsc.
n'égale leur dévouement dans cette dernière
guerre si ce n'est la conduite de leurs pè-
res, ces pauvres Albigeois quand, sous le
dernier des comtes de Toulouse, on les vit
seuls lutter contre ces hordes d'intolérans
catholiques follement croisés en 1228 pour
tyranniser la croyance de ces malheureux.
Bayonne se souviendra des avantages que.
retirèrent ses armateurs de la pêche de la
baleine comme autrefois on verra de nom-
breux bâtimens sortir chaque année, et rame-
ner les matières si nécessaires nos manufac-
tures réunis aux Bataves, rien ne pourra les
arrêter.
La conservation de l'île de Corse n'est
pas une circonstance indifférente à notre com-
merce cette île est une guérite sur la Médi-
terranée les corsaires qui l'habitent ont sou-
vent montré dans cette guerre combien leur
surveillance est utiles. Si la possession de la
Corse étoit moins importante on n'auroit.
pas vu l'Anglais redoubler d'efforts pour en
corrompre les habitans et s'y former un parti;
ce parti ne prévaudra jam.iis tant que la
grande famille attentive à ne pas blesser
l'inquiétude naturelle à cette fille nouvelle-
ment adoptée, saura par des bienfaits et des
MARITIME,
attentions montrer que nulle part on appré-
cie mieux le courage, les moeurs simples la
sobriété, les vertus domestiques de ces répu-
blicains sévères leur attachement à la
mère-patrie croîtra lorsque la paix avec les
puissances barbaresques rendra aux Corses
leur pêche de corail dont l'interruption a
ruiné plusieurs familles et porté dans toutes
l'oisiveté dangereuse chez ces hommes in-
quiets. La Corse peut devenir une station et
un dépôt général pour tout le commerce de
la Méditerranée livrée à elle-même, elle
devoit être le jouet de ses voisins.; réunie à
la France, elle en partagera la splendeur., et
ne sera pas inutile à ses succès.
C'est ici le lieu d'observer que les dispo-
sitions à la vengeance que l'on reproche aux
Corses et dont on exagère les excès ont
moins leur cause dans le. caractère national
que dans les circonstances où les Corses se
sont trouvés. Long-temps en guerre, et toujours
divisés par les Génois, les enfans ont hérité des
querelles de leurs pères; les ressentimens de
famille ont formé les partis les partis sont
devenus atroces mais ces erreurs déplora-
bles, pourquoi les remarqtieroit-on chez les
Corses, a présent que tous les Français s'y
4a DU COMMERCE
sont livrés? Comme chez eux, nos réactions
politiques sont assez fécondes en fureurs,
en crimes en assassinats pour expliquer ce
que peut un peuple livré à des haines d'au-
tant plus violentes que la cause en est plus
grave. Au lieu de nous accuser tour à tour, et
souvent avec une injustice égale, songeons au
salutde notre patrie, trop long-temps déchirée;
et si le sentiment est trop foible pour nous
réunir, il est un lien plus fort, et que peu
d'hommes brisent, c'est celui de l'intérêt.
Que l'intérêt au moins nous empêche de
nonrir des haines qui ruinent l'Etat, et amè-
nent la désolation de la France l'intérêt réu-
nim entr'eiiK et les Corses et les Français
espérons que quand le temps aura assoupi
les souvenirs douloureux, des liens plus doux
remplaceront celui-là. Mais vous Corses
songez aux ressources que vous présente vo-
tre situation elles sont telles que sous le
dernier roi la Russie, qui voulut établir
sa marine et son commerce sur la Méditer-
ranée, fit offrir, pour la cession de votre îlé,
cent millions au cabinet de Versailles. Un
rapport fut fait au conseil d'État et sans le
w courage et la probité d'un homme qui vous
mit au-dessus de l'or, vous eussiez cessé d'être
MARITIME.
Français: Aujourd'hui sans doute on amélio-
rera votre sort il est dans notre législation
des choses, qui ne peuvent être exécutées
chez vous.. Peut-être la jurisprudence crimi-
nelle ne vous est pas applicable dans tous
ses détails les lois fiscales vous sont trop
onéreuses les droits du timbre ceux de
l'enregistrement ne peuvent être perçus dans
la même proportion que chez nous. On le
sait vos terres ont si peu de valeur que les
droits de deux ou trois mutations absorbe-
roient, s'ils n'excédoient pas le capital; mais
cette disproportion n'est pas seulement sentie
pour la Corse: il est d'autres points de la
France qui réclament les mêmes secours
tous seront entendus: car dans la distribution
des cliarges comme dans la jouissance des'
avantages si tous sont solidaires ils ne doi-
vent l'être que dans la proportion de leurs
ressources.
Pour encourager la population pour la
faire considérer comme un bien réel n'est-
il pas nécessaire de multiplier les avantages
de la navigation et du commerce ? Quel
autre moyen de donner un grand prix à
l'agriculture et à l'industrie ? Mais pour le faire
fleurir, ce commerce, pour rendre notre navi-
Colonies
44 DU. COMMERCE
gation fructueuse n'est-il pas indispensable
de porter nos regards sur nos colonies ?
Tant que la guerre ensanglantera les mers,
les possessions des Européens, hors du conti-
nent, seront peu productives elles seront in-
certaines l'impossibilité de communiquer avec
la métropole rendra les colonies presque in-
dépendantes. Je ne crois pas cependant qu'au-
cune ait jamais la lâcheté de se vendre aux
Auglais mais ceux-ci formant sur les mers
un mur impénétrable rompront bientôt
toute communication si bientôt les nations
indignées ne purgent les mers de ces oppres-
seurs du commerce tant que cette coalition
n'aura pas puni ces insulaires notre com-
merce réel sera réduit nos échanges entre
nous, et pour les productions coloniales elles
seront à la merci de l'Anglais.
Vainement on fait pour l'Espagne deux
récoltes par an au Ténériffe. L'Espagne n'en
profitera pas plus que des toiles et des épi-
ceries du Mexique ni de l'or de Panama.
La Havane ne sera plus le rendez vous-
des gallions au retour de Cartagène et de la
Vera-Crux.
f. Le commerce des Bataves aux Indes
orientales et occidentales sera livré aux An-
glais.
:M A R I T I M E. 45
Nos droits à la pêche de Terre-Neuve
seront méconnus.
Ce ne sera. plus pour les Portugais que les
torrens du Brésil rouleront les diamans et
le sable d'or.
L'Anglais dévore les sueurs et le sang des
hommes.
C'est pour lui que l'Africain travaille.
Les peuples de l'Asie font, pour secouer
son joug des efforts inutiles.
Au Mogol au Japon chez les Tartares
par-tout on est tributaire de cette usurpa-
tion universelle.
Le Chinois, malgré son isolement sévère,
verra bientôt détruire son immense popula-
tion, ou bien il faudra qu'il abandonne son
industrie et ses richesses.
L'Anglais dans son délire a dit « Nous
» ne possédons rien sur le globe, notre sol
» est improductif; il faut agiter les nations
» et asseoir notre domination sur les ruines du
» monde Aussi l'intrigue anglaise et la
mauvaise humeur de quelques colons ren-
dent momentanément nos possessions plus
onéreuses qu'utiles à la métropole.
N'est-il donc aucun moyen d'y rétablir
l'ordre et l'harmonie nécessaires à leur con-
servation ?
46 DU COMMERCÉ
Sans dqute la nature ne nous avoit pas
créés pour régner sur un autre hémisphère,
et l'habitant de l'Afrique ne fut pas des-
tiné par elle à servir l'Américain mais le
moyen d'user, autant que possible, des droits
de la nature n'est-il pas de concilier
l'exercice de ces droits avec les devoirs de
la société ? Ces devoirs ne nous imposent-
ils pas l'obligation de maintenir la propriété
du colon qui a sacrifié sa jeunesse et sa
force à cultiver pour la métropole une terre
dont les fruits lui sont devenus nécessaires?
Donner la liberté aux hommes de cou-
leur, c'étoit le voeu de la nature, c'étoit le
devoir d'une nation ennemie de l'esclavage
mais proclamer ce droit des hommes sans
en déterminer le mode de jouissance, mais
affranchir les esclaves sans présenter aux
colons des moyens de récupérer leurs pertes
n'étoit-ce pas poser la cause des désastres des
colonies* n'étoit-ce pas leur rendre ce bien-
fait aussi funeste que l'étoit leur servitude ?
Amis des noirs, ne vous effrayez pas.
L'Africain sera libre dans nos colonies
comme il le fut dans ses déserts; toutefois
il faut l'amener à ce bien par degrés. Celui
qu'un mal presqu'incurable entraînoit au
MARITIME. 47
tombeau, ne revient pas à la vie par une
guérison subite les soins et les ménagemens
d'une longue convalescence doivent assurer
sa santé., et prévenir les accidens du déve-
loppement trop subit de ses forces.
La découverte du Nouveau-Monde nous
fit contracter des habitudes qui pour être
plus nouvelles, ne sont pas moins difficiles à
vaincre.
D'ailleurs prétendre que le commerce des
denrées coloniales nous fut onéreux, seroit
une erreur suffisamment combattue par
l'exemple des richesses qu'en retirèrent les
nations qui les cultivèrent.
La splendeur des Portugais, la puissance
de Charles -Quint la prospérité de la Hol-
lande, l'usurpation des soudans d'Egypte,
prirent leur source dans le commerce co-
lonial et si durant la dernière guerre
notre France se montra sur les mers avec
tant d'avantage elle ne dut ses succès qu'à
la prospérité de ses colonies.
Dans nos guerres maritimes, en même-
temps que de tous nos ports il sortiroit des
flottes respectables le pavillon tricolor
sortiroit aussi de toutes nos colonies. L'Isle-
de-France, la Guadeloupe la Martinique,

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