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Du Croque-mitaine de M. le comte de Montlosier, de M. de Pradt, et de bien d'autres , par M. le Vte de Saint-Chamans,...

De
138 pages
J.-G. Dentu (Paris). 1826. 134 p. ; in-8.
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DE M. LE COMTE DE MONTLOSIER,
DE M. DE PRADT,
CROQUE-MITAINE
ET DE BIEN D'AUTRES.
DU
IMPRIMERIE DE J. C DENTU
DU
CROQUE-MITAINE
DE M. LE COMTE DE MONTLOSIER,
D!s ai» mm ipr&idh»
ET DE BIEN D'AUTRES.
£cw cAh. L CP1* de cK^it-âSaïuaiw 1
8IoiT"" DlEt IlIEQtI..y.lS ao (:OI(5&IL nai
La. CI. nI., DI:"VT..I
PARIS,
J. G. DENTU, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
HDE ÙV COLOMBISK, H° 3i;
IT ..l.l!f i,u,U| D. 1O1S, K>. ,6S IT >«6
JUILLET 1826.
i
CROQUE-MITAINE
DE M. LE COMTE DEMONTLOSIER,
DE M. DE PRADT,
ET DE BIEN D'AUTRES.
CHAPITRE PREMIER.
Introduction.
QUELQUES personnes se formaliseront
peut-être du titre de cette brochure; elles1
supposeront, d'après ce titre, que j'ai eu
l'intention de faire un ouvrage plaisant, et
elles penseront que quand il s'agit d'un
homme aussi grave que M. de Montlosier,
aussi recommandable par son caractère et
par son âge; quand il s'agit d'un sujet aussi
grave que celui qui est traité dans son ou-
vrage et dans celui-ci, la plaisanterie est bien
peu de saison, et que le ton sérieux n'est
pas moins dans l'intérêt de la thèse que je
défends que dans les convenances. Je suis
DU
tout à fait de cette opinion aussi me suis-je (~
Lien garde de chercher à plaisanter: je. n'en
ai ni le talent ni le projet et/si je me suis
servi du mot qui se- tj-ouvp â Içjt-Çlc i\e cet
écrit. c'est que je n'ai pu trouver, parmi tous
ceux que je co(inai£., un, autre mot qui rendit
aussi exactement ma pensée, qui pût pein-
dre aussi bien l'effet que produisent tous les
jours sur moi ces textes à la mode des enn-
vefs'âtîons~d'es articles dë*y6ufnâux,"tles dis-
cours de tribune, des petites hro,cbures et
des gros livres, tels que la peur de la dépo-
sition des rois par Igs, ppp.es, la crainte du
pouvoir du clergé l'effroi des jésuites, la ter-
reur de la congrégation n'ai jamais ni, lu
ni entendu une phrase qui exprimât ces fu-
pestes appréhensions, sans que Croque-Mi,
taine, se présentât aussitôt à ma pensée et à
ma bouche. Et je lei demande, est-il possibLe
de n'y pa& songer, quand un homme qui a
a i| Uni d'esprit que ]\jl. de Montlosier, nous
pai;le. d,'u«. système^ qui parait épouvantable,
considéré dans chacune de ses parties. prises à
part, et qui, considéré dans son ensemble, de-
vient plus épouvantable encore.
Si, je vois ensuite dans un journal annon-
cer un nouveau trait de la malice des jésuites,
tt que je trouve qu'il s'agit d'un bâtiment
acheté par le pacha d'Egypte, qui reste à
moitié che.niii) lorsqu'on veut le lancer à
l'eau si le même journal me parle, du ton
le plus sombre, de ce pouvoir occulte qui
règne dans un souterrain, ne croyez- vous
pas, comme moi, voir Croque-Mitaine dont
les libéraux font peur aux grands enfans?
Et ne le voyez-vous, pas encore, quau'don,'
vous dit que le ministre consultcra les jésui-
tes pour choisir les officiers qui doivent'
montrer à Constantinople la tactique euro-
péenne ? comme s'il n'était pas plus simple
de rechercher ceux que Buonaparte y a déjà
envoyés dans la même but. J
Quand un autre journal regarde le nom de
jésuite comme plus difficile à prononcer que
celui de jacobin, et qu'il en donne pour
preuve que tel lieu, en dépit de Jacques Clé-
ment et de Robespierre, s'appelle encorde1
marché desJacobins, tandis que si on deman-'
dait où était le collége des jésuites, qui ose-
rait répondre? quand il ajoute que ce mot
sinistre est dans toutes les bouches, mais
pour y être maudit qu'il est répété avec
l'expression de la crainte et de l'épouvante;
enfin que ce mot parcourt la France entière
sur les ailes de la terreur qu'il inspire qui
peut empêcher qu'il ne se présente aussitôt
à sa pensée ces deux mots (non moins sinis-
tres peut-être) Croque-Mitaine et pathos?
Quand ce même journal nous assure qu'il a
une grande aversion pour le scandale! et que
s'il ne s'agissait pas d'une si grande affaire et,
du salut de la patrie, il se tairait snr. cette
grande aventure; quand je poursuis en trem-
blant, déjà tout attristé de voir quelque hor-
reur de la nature humaine commise sous un
saint habit, et que je trouve qu'il est ques-
tion d'un vieux jésuite de quatre-vingts. ans'
qui a laissé sa petite fortune à un jésuite de
ses amis, pour servir à ses confrères; et quand
j'apprends que pai ce que cet ami n'a pas
voulu mentir en assurant que cette fortune
lui était donnée- pour son propre usage, elle
a été enlevée à la destination que lui avait
donnée !e bon vieillard, pour être remise à
des collatéraux, puis-je ne pas rire en>m'a-
percevant que voilà tout l'effroyable scan-
dale annoncé avec tant de précautions ora-
toires et de solennité? Il ne me reste qu'à
douter si je dois voir dans cette occasion
des libéraux faisant des dupes, ou des roya-
listes pris pour dupes, et croyant fermement
que Croque-Mitaine est là derrière le rideau,
tout prêt à les prendre.
Mais pour le coup, ce n'est plus un vain
fantôme c'est Croque-Mitaine en personne
dans tout son terrible aspect. Faites atten-
tion, vous tous qui habitez la France une
vaste conspiration vous est dénoncée elle
couvre tout le pays de son immense réseau
c'est la plus redoutable organisation qu'on
puisse voir il y a des centpries, des décu-
ries toute la nation est enrégimentée on a
pourvu è toul; de formidables moyens de
finances sont préparés, et chaque associé a
fait serment de grossir le trésor général de
cinq centimes par semaine. Quel homme ha-
bile a pu faire cette importante découverte?
il faut que les journaux aient 'aussi leur po-
lice secrète, et une police admirablement
bien servie; où ont-ils été déterrer cet épou-
vantable complot? dans les antres de la terre
sans doute? Non c'est dans le catéchisme
qui est officiellement publié par un evé-
que, et qui, dans son diocèse, est dans les
mains de tout le monde. Il s'agit d'une as-
sociation de chanté pour la propagation de
la foi, et de l'engagement de quelques fidè-
les de donner un sou par semaine pour
l'encouragement des missions étrangères.
Notez que les deux journaux où j'ai pris
mes citations, spnl peut-être ceux à la ré-
daction desquels sont attachés le plus de
gens d'esprit. En vérité, peut-on concevoir
un tel enfantillage! Et quand le siècle des
lumières est ainsi tombé en enfance, n'est-
on pas forcé, pour le caractériser, de cher-
cher ses expressions dans le dictionnaire
des bonnes? P
Avant d'entrer dans l'examen de ces dan-
gers dont on nous fait peur, je dois com-
mencer par déclarer que je ne suis pas jé-
suite, ni de robe longue, ni de robe courte,
ni en frac, et que les jésuites n'ont pas eu
l'occasion de me prévenir l'esprit, car je
n'en ai jamais vu, et n'ai jamais parlé à au-
cun, que je sache; je déclare, de plus, que
je ne connais point les apologies des jésuites;
et je crois n'avoir jamais lu, en fait d'ouvra-
ges où il fût question d'eux, que les Lettres
provinciales et Candide en livres anciens, et
M. de Pradt et M. de Montlosicr en livres
nouveaux.
Je déclare également que je ne suis point
et n'ai jamais été de la congrégation, et même
que je ne me reconnais point les mérites né-
eeasaircs pour en faire partie, ayant tou-
jours été, suivant l'expression d'un dr nos
poètes
Ami fie la vertu, plutôt que vertueux.
Qu'on ne voye donc pas en moi un théo-
logien ou un casuiste qui veut défendre ses
doctrines, mais un homme du inonde acr
coutume à ne, pas croire sur prfrolé, et'ù se
faire une opinion fondée sur quelque njotif;
lequel ne s'est pas enfui dès qu'il â entendu
crier Il y a là un précipice; mais qui s esl
avancé avec précaution, a bien regarde, ël
qui, ne voyant pas même un fossé, s'est mis
à rire de la peur des autres.. Je me suis ef-
forcé, dans cet écrit, de considérer la ques-
tion uniquement en législateur ( litre qu'on
ne peut pas me disputer, au moins pour
mon 43oe) j'ai voulu m'assurer des dangers
qui étaient dénoncés; je les ai rherchés avec
toute l'attention dont je suis susceptible, et
je serais le premier à en réclamer le remède,
si je les avais trouvés quelque part; mais j'a-
voue qu'habitué à craindre depuis dix ans
les progrès et les succès du libéralisme, et
par conséquent le triomphe de la philoso*
phie moderne et de l'irréligion, je n'ai pas
été médiocrement surpris de cette brus-
que transition quand on est venu tout à
coup m'annoncer qu'il n'y avait plus rien à
redouter en France que l'excès de la religion
et de la piété. Pour croire à ce changement
soudain, il me fallait des preuves je les ai
demandées je vais examiner, et je ne veux
point d'autre secours, pour cet examen, que
le lion sens naturel auquel je cherche à m'éle-
ver, parce qu'il suffit pour résoudre les ques-
tions de toute espèce, et le calme, l'impar-
tialité, la bonne foi que je suis sûr d'appor-
ter dans toutes les discussions auxquelles je.
prends part.
CHAPITRE IL
Du pouvoir du clergé en France.
TOUTES ces peurs qui ont saisi tout à coup
une nation, intrépide la peur des jésuites,
la peur des ultramontains, la peur de la con-
grégation, la peur du parti-prêtre, ces quatre
grandes calamités signalées par M. de Mont-
losier, aboutissent en résultat à une seule
peur, à la peur du pouvoir du clergé, de sa
participation aux affaires de l'État, de son
envahissement sur le temporel. Avant d'ob-
server séparément les trois premiers moyens
de parvenir au but, je vais examiner s'il est
probable que ce but puisse être atteint, et
quelle chance de succès aurait l'entreprise
(si elle existe réellement) de faire entrer le
clergé dans la direction des affaires publiques.
Mais d'abord afin de mieux apprécier ce
qui cause un si grand effroi, je veux sup-
poser l'entreprise réelle, et même le succès
obtenu. Je suppose, pour un moment, le
clergé parvenu à avoir quelque influence dans
la politique et quelque participation aux af-
faires de J'État; \oyons s'il en résultera un
mal capable de justifier l'excès d'épouvante
dont paraissent frappées tant de personnes.
Ce mal qu'on redoute a toujours existé en
France jusqu'en 179t. Le clergé a toujours
eu beaucoup de moyens d'influence dans le
gouvernement, et de plus, une participation
légale et constitutionnelle dans les affaires
de l'État. Le clergé formait un des trois or-
dres, il était le premier de Ces trois ordres
dans les États-Généraux, et il avait, de droit,
le tiers du pouvoir qui appartenait à ces as-
semblées de la nation. Le clergé s'assem-
blait fréquemment pour établir ses rapports
avec le budget de l'Etat, et voter l'impôt
dont il consentait à être chargé. Le clergé,
par la tenue des registres de l'état civil, avait
part à l'administration comme à la législa-
tion. Le clergé n'était donc pas borné au
spirituel, et, sans envahissement, il avait sa
part du temporel. Eh bien! cette puissance
qui nous paraît si effrayante, qui est aujour-
d'hui l'objet de tant d'épouvanté, nous a-t-
elle été si fatale P La France s'est-elle si mal
trouvée de ce gouvernement, parce que le
clergé y participait A-t-elle été treize cents
ans sans gloire et sans prospérité avec ce
gouvernement? Qu'a fait de la France cet
ordre de choses, et dans quel état l'a -t -il il
laissée? Il a fait une nation noble, brillante
et glorieuse, qui a plusieurs fois fait crain-
dre à l'Europe sa domination, et qui a tou-
jours opposé une barrière insurmbntabl'c à
toute autre domination universelle; qui peut
prétendre à juste titre, au premier rang
parmi toutes les nations du monde, puis-
qu'elle est la seule qui soil distinguée à la fois
dans tous les genres de gloire et d'avantages
qui dans la gloire militaire sur terre et sur
mer, dans les lettres, dans les arts, les scien
ces, l'éloquence, pour la valeur et le génie
la civilibation et l'industrie, le talent d'em-
bellir la vie par les charmes de la société et
les plaisirs de l'esprit, dans toùs les genres de
mérite enfin, soit souvent placée au premier
t'ang et ne descende jamais au -dessous'du
second. Voilà ce que cet ordre de choses
avait fait de la Frànce; et si l'on demande
d'ans quel état il l'avait remise aux généra-
tions présentes, nous dirons qu'il l'avait lais;
sée dans un tel état, que brisée, ruinée,
bouleversée il a suffi de ses débris pour
conquérir l'Europe.
J'ai donc mis les choses au pis j'ai sup-
posé que l'entreprise de rendre quelque pou-
voir au clergé était réelle j'ai supposé qu'elle
avait réussi ou qu'elle réussirait, et cepen-
dant même, dans ce cas si éloigné de nous,
j'ai prouvé que nous ne serions pas pour
cela perdus, avilis, anéantis, et que par con-
séquent les craintes générales sur ce point
étaient exagérées et ridicules. Si cette ré-
flexion a un peu rassuré les trembleurs, j'es-
père que leurs terreurs ne les empêcheront t
pliis d'approcher du précipice dont on les
menace, pour en considérer la profondeur,
et que n'étant plus troublés par de si violens
battemens de cœur, leurs regards plus nets
pourront voir le mal tel qu'il est.
Je remarquerai d'abord que !e clergé avait
une grande part, et l'on peut dire la princi-
pale part au gouvernement de l'Etat sous les
deux premières races. C'était là qu'étaient
alors les lumières c'est là que se trouva né-
cessairement l'autorité. Cette autorité, si
puissante sous les deux premières races, n'a
fait que décroître graduellement depuis cette
époque. Il ne s'agissait pas alors d'établir
cette influence elle était tout établie, et ii
n'était question que de la conserver. Et ce-
pendant, sous la troisième race, le, clergé a vu
s'affaiblir graduellement son influence dans-
le gouvernement de la France.
Voilà donc un premier motif de nous ras-
surer le clergé, avec tous les avantages qu'il
possédait, a vu sans cesse décroître cette in-
fluence politique que la force des choses lui
avait donnée jadis.
Voyons cependant quels étaient ces avan-
tages, qui n'ont pas suffi au clergé pour main-
tenir sa possession, et comparons ce qui lui
restait dans le dernier siècle de cette puis-
sance déjà si diminuée, avec l'état où il se
trouve aujourd'hui.
La propriété est un grand moyen de pou-
voir dans toutes les sociétés, et a partout
une participation plus ou moins directe au
gouvernement. L'on sait quelles immenses
propriétés possédait autrefois le clergé l'on
sait aussi que le clergé actuel n'a rien de
l'influence que peuvent donner la propriété
et les richesses.
De plus, comme je l'ai dit, le clergé était
alors l'un des trois pouvoirs légaux organi-
sés par les constitutions de l'Etat. Magistra-
ture civile, il tenait les registres de l'état des
citoyens; corps politique, il avait des as-
semblées, des finances, des délibérations,
des tribunaux, des prisons même. Le clergé
actuel n'a rien de tout cela.
J'ajouterai que toutes les grandes familles
de France plaçaient quelques-uns de leurs
membres dans l'état ecclésiastique; que.le
clergé, abondamment recruté dans Ia> no-
blesse, formait, par l'effet de cette union in-.
time,i des relations qui facilitaient beaucoup p
sa participation dans les affaires.; C'est en-
core un moyen d'influence qui lui manqué
aujourd'hui; et il faut remarquer que cette'
influence, qu'il ne peut plus tirer des liens
de la parenté, il ne pourra pas la retrouver!
dans les relations du monde; car loin d'être
répandu dans la société, et d'y acquérir ainsi
des amis et des soutiens, le clergé actuel
mène une vie très-retirée et est tout à fai^
étranger au monde.
Eh bien! dans le dernier Siècle, avec tous
ces avantages, le clergé, loin de gouverner
l'Etat, pouvait à peine soutenir la lutte contre
les parlemens. Il n'a pu empêcher la destruc-
tion d'un ordre qu'il voulait conserver; il n'a a
pu préserver ni ses biens, ni ses privilèges,
ni même les autels du Dieu qu'il servait; il ue
s'est trouvé au moment du combat aucune
force efficace. Et l'on craindrait que quelques
prêtres obscurs et dispersés; <lue des indi-
vidus qu'on ne p£Ut pas appeler un clergé
ni uncorpsquelconque,,puis.se,nt aujourd'hui,
sans aucun des avantages et des,moyens d'in-
fluence qui existaient autrefois, prendre une
part inquiétante au gouvernement de l'Etat,
et s'emparer de l'autorité. Cette crainte n.e
pourra entrer dans aucun esprit raisonnable,
dès qu'il aura impartialement observe les
circonstances que je viens de rappeler.
Je ne citerai plus qu'un fait, mais un fait
décisif, pour démontrer aux moins clair,
voyans combien nos mœurs actuelles sont
loin de faire craindre le succès de toute
entreprise du clergé, pour participer aux
principales affaires de l'Etat. En 1789 et
1790, au moment même du succès des doc-
trines philosophiques, trois cents prêtres
siégeaient dans l'Assemblée, constituante, et
le. clergé possédait ainsi un quart du pouvoir
dictatorial et souverain qui régnait seul alors
sur la FrancelàLa Chambre actuelle des dé-
putés a été élue au moment du triomphe le
plus complet des amis des doctrines reli-
gieuses et monarchiques, et cependant pas
un seul ecclésiastique n'a été élu pas nu
seul sur quatre cent trente députés à nom-
mer. Ce seul fait suffit pour faire voir et l'en.
tier changement de nos mœurs sur ce point,
et la vanité de ces craintes répétées avec
tant d'hypocrisie d'un côté, et avec tant de
crédulité de l'autre sur les prochains enva-
hissemens du pouvoir ecclésiastique, et sa
future influence dans le gouvernement du
pays. V
J'aurais pu en rester là de cette brochure,
et c'est le conseil que je donne à ceux qui
n'aiment rien de ce qui est surabondant, et
qui savent qu'il ne faut qu'une raison sans
réplique pour persuader un homme sensé;
car prouver combien le clergé entier, pris
en masse, est loin de pouvoir entreprendre
sur l'autorité temporelle, c'est prouver de
reste qu'une portion quelconque de ce clergé,
prise à part, n'aura pas ce pouvoir dange-
reux. Quand une armée entière ne peut se
faire craindre en réunissant toutes ses for-
ces, qu'a-t-on a redouter de chaque régi-
ment séparément quel que soit son uni-
forme ? Mais après avoir rassuré les esprits
ombrageux sur la possibilité du succès d'une
pareille tentative, si elle était faite, il ne sera
pas inutile d'examiner en détail les diverses
espèces d'épouvantail dont un parti a voulu
a
nous effrayer pour donner le change, et peut-
être pour distraire les bons Français d'en-
treprises et de dangers plus réels.
Je vais donc passer en revue les trois prin-
cipaux objets des terreurs vulgaires, les jé-
suites, les ultramontains la congrégation.
CHAPITRE IH.
Des jésuites.
JE n'avais aucune opinion sur les jésuites,
et je n'ai presque jamais entendu que leurs
ennemis. J'avoue toutefois que la passion fu-
rieuse avec laquelle ils ont été poursuivis de
1760 à 1765, et l'animosité évidente d'une
secte rivale qui régnait dans les parlemens,
et qui fut secondée par la domination nais-
sante du parti philosophique, et par des intri-
gues de cour, m'avaient donné pour eux cette
prévention qu'il est naturel d'éprouver en fa-
veur de ceux qui sont persécutes. Lorsqu'il
y a peu d'années on a recommencé à s'oc-
cuper des jésuites, la mauvaise fui et le va-
gue des reproches qu'on leur a faits, l'affec-
tation avec laquelle on a été fouiller partout
pour rechercher des accusations fausses ou
exagérées, et qui, fussent-elles vraies, ne
pourraient pas plus s'appliquer aux jésuites
de nos jours, que les déclamations contre
les seigneurs féodaux ne sont applicables
aux gentilshommes du temps présent, voilà
ce qui a encore contribué à faire incliner
mon opinion pour les jésuites, et surtout
contre leurs ennemis. Enfin, l'ouvrage de
M. de Pradt sur le jésuitisme a mieux éclairç
la question pour moi, m'a démontré l'utilité
des jésuites, el le peu de craintes qu'ils peu-
vent inspirer, et m'a déterminé tout à fait
en leur faveur. Je rais détailler mes motifs.
Commençons par le plus terrible repro-
che, et le plus répété. parce qu'il est le plus
propre à faire impression sur les simples,
et à inspirer l'horreur des jésuites à ceux
qui sentent avant de raisonner je veux par-
ler de l'inculpation d'être des régicides, qui
font métier de provoquer à l'assassinat des
rois, et de les assassiner eux-mêmes. Cette
seule accusation suffira pour persuader à
tout homme raisonnabie qu'il n'y a rien de
sérieux à reprocher aux jésuites. Quand on
a des reproches réels à faire à quelqu'un,
l'on ne va point gâter une bonne cause en se
livrant à des imputations si improbables, si
impossibles, si ridicules, pour me servir du
mot propre.
A On a dit que les jésuites enseignaient, dans
leurs écrits et dans leurs colléges, l'assassi-
nat des rois, et qu'ils avaient souvent mis
ces préceptes en action on a parlé de Jac-
ques Clément, de Ravaillac, de Damiens
pourquoi, à ces noms hideux, n'at-on pas
joint celui de Louvel? Il y aurait eu autant
de raison Jacques Clément appartenait à
un autre ordre religieux Ravaillac n'avait
aucun rapport avec les jésuites, pas plus que
Damiens/Mais, Châtel, dit-on, avait étudié
quelque temps chez les jésuites. Qu'on faut-il
conclure? A-t-on jamais prétendu que dans
les maisons d'éducation, où passent succes-
sivement tant d'individus, les instituteurs
puissent répondre de tout ce que leurs élè-
ves feront par la suite? Si l'on raisonnait
ainsi, il faudrait poursuivre tous ceux qui
faisaient partie de nos collpges d'autrefois,
comme enseignant le brigandage, l'impiété,
l'assassinat; car certainement il n'y a pas une
maison d'éducation de ce temps d'où ne soit
sorti quelqu'un des monstres qui ont rivalise,
à la fin du dernier siècle, à qui t'emporterait
dans cette carrière de crimes./Mais quand
quelques jésuites auraient écrit qu'il est per-
mis d'assassiner un roi hérétique quand Châ-
tel aurait été lui-même jésuite, qu'en doit-
on conclure contre les jésuites d'à présent?/
A-t-on jamais fait tomber sur tout un corps
le crime d'un individu, et cela dans la suile
des siècles? Dans ces temps de fanatisme,
la plupart des hommes étaient poussés par
la même frénésie et en demander compte
aujourd'hui, c'est rendre un homme qui sort
d'un accès de fièvre chaude, responsable de
ce qu'il a dit ou fait pendant qu'il avait îe
transport au cerveau. Tous les hommes pas-
sionnés des divers ordres religieux, et même
des deux partis contraires, professaient alors
les mêmes doctrines. Poltrot, aprèsavoiras-
sassiné le duc de Guise, disait qu'il avait
cru faire une chose utile à sa religion et agréa-
ble à Dieu. Clément, de l'ordre des jacobins,
était, dit-on, poussé par ses supérieurs. Une
simple réflexion montrera le ridicule de ces
récriminations tirées de la poussière de nos
vieilles archives. Certes, s'il fallait chasser
les jésuites à cause des excès de quelques-
uns d'entre eux lors de la ligne, il faudrait
aussi chasser les protestans, à cause du Il
crime du protestant Poltrot, et des cruau-
tés exercées par plusieurs autres sur les ca-
tholiques il faudrait aussi chasser tous les
catholiques, à cause de la cruelle nuit de la
Saint-Barthélemi il faudrait encore chasser
les philosophes et les incrédules, à cause de
cette Saint-Barthe'lemi de deux ans, ouvrage
de ceux qui professaient la même impiété
et la même incrédulité; d'où l'on voit qu'a-
près avoir chassé les protestans et les ca-
tholiques, les croyans et les incrédules, il
ne resterait plus personne en France pour
jeter la pierre aux coupables.
Le reproche fait aux jo'saites (l'enseigner
dans leurs colléges des doctrines dangereuses
et une morale relâchée, me paraît tout aussi
coricluaut et de la même force que celui du
régicide. II n'y a pas eu, depuis le commen-
cement du monde, une école où on ait en-
seigné de mauvais principes, à moins qu'ils
ne fussent sans contestation ceux de toute
la nation. Les élèves auraient bientôt trahi
le secret de pareilles leçons; devenus hom-
mes, ils auraient dénoncé à la société l'édu-
cation dont ils auraient par eux-mêmes re-
connu le danger.Voltaire, qui avait été élevé
dans leurs colléges, et qui les aurait aimés,
s'ils n'avaient pas été si bons chrétiens, n'au-
rait assurément pas gardé le silence sur les
doctrines qu'ils enseignaient, s'il y avait eu
le moindre fondement aux reproches qu'on
reur fait sous ce rapport. J'ajouterai ici le
suffrage d'un homme aussi respectable que
cher à tous ceux qui l'ont connu, aussi es-
timé pour ses vertus et ses talens que pour
sa modération. J'ai entendu plusieurs fois
M. le çardinal de Beaussct, qui avait été
élevé à la Flèche, et qui n'en était sorti que
par suite de la suppression des jésuites, faire
l'éloge de l'éducation qu'on recevait dans
leurs colléges. Quant à la morale relâchée,
extraite des ouvrages de quelques-uns de ces
rêveurs qu'on a nommés casuistes, je citerai
ce que dit M. le cardinal de Beaussct dans
son histoire de Bossuet, au sujet des cen-
sures prononcées contre quelques -"unes de
leurs propositions « II était d'autant plus af-
fligeaut pour la société des jésuites d'avoir
« à expier les torts de quelques-uns de ses
« membres, que l'on convient généralement
« que nul ordre religieux ne se rendit plus re-
« commandable par la régularité des moeurs
• et par la sévérité de son régime. » Laissons
donc ces reproches; la plupart même de
ceux qui les font n'y croient pas.
On a reproché aussi aux jésuites de s'in-
troduire dans les familles et d'y porter du
trouble. Mais n'a t-on jamais vu des prêtres
appartenant à d'autres ordres religieux
n'a-t-on jamais vu des curés ou des abbés
prendre quelque empire dans des familles,
et y occasionner des dissensions? Ce mat
n'est point particulier aux jésuites tout di-
recteur de la conscience d'un chef de familie
peut en être la cause, et il est de l'essence
même de la religion catholique, parce que
les hommes ont pu abuser (comme ils abu-
sent des meilleures choses) de cette admi-
rable institution, la plus puissante qui ait
existé sur la terre pour contenir l'homme
dans le devoir.
On a accusé aussi les jésuites d'être ultra-
montains. La preuve que cette doctrine n'est
point générale ni constante chez eux, et ne
tient point à leurs institutions, c'est que lors
de la déclaration du clergé de 1682, les jé-
suites soutinrent avec ardeur la doctrine du
clergé de France, et les quatre articles.
Reste le grand reproche qui a le plus de
rapport au but de cet écrit, celui de l'am-
bition, de l'envahissement sur le temporel
et sur le gouvernement de l'Etat. J'ai déjà
fait voir le peu de chances de succès qu'au-
rait le clergé en général, s'il faisait quelque
tentative de ce genre: voyons ce qui regarde
les jésuites en particulier. Une chose paraîtra
extraordinaire au premier coup-d'œil, c'est
que cet ordre, qu'on représente comme si
ambitieux, se soit interdit les dignités ecclé-
siastiques, et l'on pourrait dire même les
dignités dans l'État. L'on ne voit en France
ni évêques ni cardinaux jésuites; et si nous
comptons depuis deux cents ans cinq ecclé-
siastiques premiers ministres et gouvernant
le royaume avec une autorité absolue il est
assez singulier qu'il n'y en ait pas un seul qui
fût de cet ordre à qui on attribue tant d'am-
bition et tant de puissance. Mais on a fait
grand bruit de ce qu'ils se sont réservé ou
plutôt ne se sont pas interdit le confessionnal
des rois. Ils en ont souvent profité, dit-on,
pour conduire le roi, et par suite l'Etat.
D'abord cela est arrivé beaucoup plus rare-
ment qu'on ne l'a dit mais si cela a eu lieu
réellement, voyons bien en quoi consiste ce
malheur. Un roi est par son caractère des-
tiné à régner par lui-même, ou à être mené.
S'il règne par lui-même, qu'importe son
confesseur. S'il doit être mené, est-il plus
fâcheux qu'il le soit par son confesseur, jé-
suite ou non, que par un mignon ou une
maîtresse? J'avoue que j'aurais beaucoup
mieux aimé voir la France gouvernée par le
Père Lachaisc que par Joyeuse, Concini ou
M""Dubarri. Le reproche, sous ce rapport,
est tout à fait sans fondement, parce que la
chance du pouvoir du confesseur existera
toujours avec ou sans jésuites, attendu que
les rois catholiques auront toujours un con-
fesseur parce que, s'il faut un favori, il
vaut autant que ce soit le confesseur que
tout autre, d'autant plus que le confesseur
du roi est en génrral un homme pieux et
vertueux, et qu'on n'en a attaqué aucun sous
ce rapport. J'ajouterai que l'inconvénient de
voir un homme s'emparer de l'esprit du sou-
verain, est bien faible dans un gouvernement
représentatif comme le nôtre, et que les fa-
voris, de quelque espèce qu'ils soient, ne
tiennent pas long-temps devant des Cham-
bres.
Comment donc s'effrayer de l'ambition de
ces jésuites qui renoncent aux grands emplois
religieux ou civils, dont la destination est
d'être missionnaires ou maîtres d'école, et qui
(comme le dit M. de Pradt) mènent la vie la
plus dure et la plus pauvre, pour aller finir
leur carrière dans l'obscurité d'un collége;
qui poussés au travail tant que durent leurs
forces, sont oubliés relégués dans quelque ré-
duit obscur, quand elles sont épuisées.
Mais, dira-t-on, si les jésuites sont peu
ambitieux et inoffensifs, pourquoi toutes ces
querelles, pourquoi ce déchaînement géné-
ral, pourquoi tant d'expulsions? Il y en a
une très -bonne raison t emploi principal
des jésuites a dû, dès le premier moment de
leur institution, les constituer dans cet état
de guerre. Ils étaient voués à l'enseignement
de l'enfance. L'enseignement est aussi une
branche d'industrie, et peut exciter autant
de rivalité que les autres c'est ce qui a tou-
jours élevé contre eux ce qu'on nomme la
jalousie de métier; c'est ce qui a partout sus-
cité tant d'obstacles à leur introduction;
c'est ce qui fait que l'Université de Paris, et
le Parlement, poussé par l'influence alors
très-considérable de ce corps nombreux, se
sont, dès l'origine, opposés à leur admis-
sion. De plus, la propagation de la foi, qui
est un de leurs devoirs particuliers, leur a
fait en tout lieu des ennemis de tous les en-
nemis de la religion catholique, c'est-à-dire
des hérétiques, et encore de beaucoup de
gens qui figurent dans les statistiques comme
catholiques.
De là tant de luttes et d'expulsions, De
toutes ces suppressions récapitulées avec
tant de soin, il faut ôter celles des villes par-
ticulières, qui n'étaient qu'une dispute de
colléges celles des pays non catholiques
qui ne sont qu'un titre d'honneur pour les
jésuites; celles du seizième siècle, époque
où ils commençaient à peine à exister où
à peine introduits, ils furent souvent forcés
de céder aux intérêts froissés et à la jalou-
sie où des intérêts politiques, mêlés à des
guerres de religion, formaient des partis et
des haines qui mettaient le vaincu à la merci
du vainqueur il restera la grande expulsion
des principaux Etats de l'Europe, au der-
nier siècle. Or, l'ancienne haine des parle-
mens, échauffée par l'animosité des jansé-
nistes, qui y dominaient; la haine des philo-
sophes, qui, ne pouvant abattre d'un seul,
coup la religion et tous les ordres religieux,
étaient enchantés du moins' d'en voir frap-
per un, et encourageaient ce premier pas
vers l'accomplissement de leurs desseins; des
intrigues de cour, et l'appui donné à leurs
ennemis par M™* de Pompadour les décla-
mations, appuyées ou sur des suppositions,
ou sur des crimes isolés, dont aucun corps
composé d'hommes ne peutgarantirque quel-
qu'un de ses membres ne se rende pas cou-
jiablc la passion du moment, qui entraîne
si souvent les hommes, et leur fait suivre ie
torrent en aveugles en voilà plus qu'il ne
faut pour expliquer et faire apprécier cette
expulsion de 1762, que l'influence de la
France et l'inimitié personnelle de M. de
Pombal rendirent commune à tous les Etats
catholiques, et parvinrent enfin à faire con-
sommer par le pape
Ce qui me parait témoigner le plus forte-
ment l'injustice et la fausseté des allégations
qui ont servi de prétexte à l'expulsion des
jésuites, c'est la gravité même de ces alléga-
tions. S'il y avait eu le plus léger fondement
dans ces accusations, s'il y avait eu la moin-
dre possibilité de voir dans les jésuites des
assassins, des provocateurs au régicide, des
hommes corrompus, professant la morale
la plus relâchée, etc., etc., etc., croit-on
que la presque unanimité des évêques de
France, consultés sur cet objet, eût émis son
opinion en faveur de la conservation de la
société des jésuites? croit-on que les deux
grands souverains qui régnaient alors en
Prusse et en Russie, Frédéric II et Cathe-
rine II, les eussent appelés dans leurs Etats?
Ces deux faits suffisent pour attester que,
même à cette époque, l'on ne croyait pas à
la réalité des griefs entassés contre les jé-
suites.
L'on objectera qu'après avoir été appelés
dans ces deux Etats, ils en ont été renvoyés.
Cela devait être, et j'y vois un sujet d'éloge
pour eux il était impossible que des prê-
tres catholiques qui appartiennent à une re-
ligion dont la doctrine est qu'il n'y. a point
de salut hors de leur Eglise, à une société
fondée avec l'intention positive et la mis-
sion expresse de propager la foi catholique,
se trouvassent placés au milieu d'un peuple
livré à l'erreur, sans ramènera la vérité quel-
ques-unes des personnes qui les entouraient.
Quand ils auraient promis et tenu exacte-
ment la promesse de ne point chercher à
faire des prosélytes, il était impossible que
l'exemple de leurs vertus et la contempla-
tion de leurvie austère et pure n'engageassent
pas à s'informer de leurs doctrines, et qu'ils
refusassent de les expliquer à ceux qui vien-
draient à eux. Si donc leur établissement,
sur la demande des souverains eux-mêmes,
dans des Etats hérétiques ou schismatiques,
est un argument puissant en leur faveur, et
prouve l'opinion qu'on avait dans toute l'Eu-
rope de l'éducation qu'ils donnent, leur ren-
voi,à raison des conversions qu'ils opéraient,
ne peut pas être un sujet de blâme et de cri-
tique contre eux. Si j'avais donné mon fils à
élever à un précepteur protestant, je n'ac-
cuserais que moi, s'il ne me le rendait pas
bon catholique.
L'on dira peut- être Pourquoi examiner
si les reproches faits aux jésuites £ont fon-
dés ou non? a-t-on besoin d'eux en France?
à quoi serviront-ils? Je répondrai d'abord
A nous faire profiter des avantages que tout
le monde leur reconnaît à donner aux en-
fans l'éducation religieuse, jointe à l'instruc-
tion. -Vous voulez donc, dira-t-on, qu'on
remette l'éducation aux mains du clergé seul?
-Point du tout je veux ce que veulent si ra-
rement ceux qui s'intitulent les amis de la li-
berti; jeveuxla liberté, la liberté pour tous:
la liberté, pour ceux qui préfèrent l'éduca-
tion des laïques, de mettre leurs enfans dans
les collèges de l'Université; et la liberté, pour
ceux qui préfèrent l'éducation des ecclésias-
tiques, d'envoyer leurs enfans aux colléges
des jésuites; je veux que, dans un pays libre,
chacun puisse faire ce qu'il lui convient. El
qu'on ne juge pas du nombre de ceux à qui
conviennent les colléges de jésuites par ce
qu'on nousraconte tous les jours de l'horreur
que la France a pour eux. Je ne sais pas tou-
jours qu'elle est cette France au nom de la-
quelle parlent les journaux mais je sais que
je trouve, dans un relevé des vœux expri-
més en 1&22 par les conseils-généraux, que
vingt-quatre départemens demandent que
l'instruction publique soit remise à des con-
grégations religieuses je sais aussi qu'on se
plaint de la grande quantité d'élèves envoyés
dans leurs collèges ce qui prouve que l'hor-
reur n'est pas si générale qu'on voudrait nous
le persuader.
M. de Pradt convient que les jésuites fu-
rent très-utiles à l'époque de leur création.
Le jésuitisme, dit-il, se présenta pour faire face
à tous les besoins. Et quels étaient ces besoins?
Les voici La foi était ébranlée, Rome outra-
gée et menacée, les catholiques attaqués dans
les objets de leur croyance la plus sacrée; l'Inde
et l'Amérique étaient idolâtres, inconnues, étran-
géres à la domination de l'Europe.
Eh bien! ce temps-là était-il si différent
du nôtre? Se peut-il que la foi ne soit pas
ébranlée dans un pays où naguère l'impiété
a élé ordonnée par la loi, sous peine de mort?
3
Les catholiques ne sont-ils pas attaqués dans
les objets dp leur croyance la plus sacrée,
quand on se glorifie que cent mille exem-
plaires de Voltaire ,ont été répandus, en
France depuis dix ans, renouvelant à tous
les prix et pour toutes les classes tant de dan-
gereuses altaques contre le christianisme? t
Quant aux idolâtres, M. de Pradt en compte
quatre cent millions dans le monde; et l'on
voit qu'il reste encore à faire pour ceux qu'il
nomme lui-même les héros, les dictateurs des
missions, théâtre incontestable de leur gloire.
L'on voit donc que nous ne sommes pas si
loin des circonstances où l'un des plus vio-
lens adversaires du jésuitisme en reconnaît
l'utilité.
Mais en supposant que les jésuites puis-
sent être utiles, ne. peuvent-ils pas être en-
core plus nuisibles? M. de Pradt n'a pas l'air
de le penser, ce qui indiquerait l'inutilité du
gros volume qu'il a publié à ce sujet. Que
peut être Je nouveau jésuitisme? se demande-
t-il il n'existe plus rien de ce qui a fait la
fortune de l'ancien. Que lui reste-t-il donc?
Le thermomètre jésuitique ne pourra plus s'éle-
ver au-dessus des degrés de la direction de quel-
ques colléges, d'un petit troupeau dévotieux
enfin de quelques ménages dont il régentera les
obscurs foyers. Une plus haute ambition n'est
plus permise au jésuitisme le temps a rabaissé
son vol à ce niveau il avait fait l'élévation du
premier jésuitisme, Use refuse à celle du vol du
second; et quand les jésuites nous traçaient le
tableau de la situation des bonzes à la Chine
sans le savoir ils peignaient d'avance celle qui
les attend à cette heure; ils sont destinés à res-
ter les bonzes de l'Europe.
Le voilà, cet ennemi si redoutable dont
l'auteur et son parti veulent nous faire tant
de peur! Qu'on joigne à ce tableau, dont je
ne contesterai pas la vérité, l'impossibilité
qu'aucune portion du clergé puisse aujour-
d'hui obtenir une grande influence dans no-
tre gouvernement, et l'on sera convaincu,
comme je le suis, que si la présence des jé-
suites dans notre pays y a fait seulement cent
chrétiens de plus, ce peu de bien l'empor-
tera sur tout le mal que pourrait faire leur
ordre dans l'état actuel de la France, et au
dix-neuvième siècle.
Mais, dira-t-on, il ne s'agit pas aujourd'hui
de savoir si les jésuites seraient utiles ou
nuisibles il s'agit de l'exécution des lois. La
loi a prononcé l'expulsion des jésuites, et
leur a défendu d enseigner or, il faut avant
tout obéir aux lois. Il faut s'entendre sur ce
mot, expulsion des jésuites. La loi a supprimé
l'ordre des jésuites, mais n'a pas expulsé de
France les individus jésuites. Quand la loi
l'aurait fait, cette loi aurai! été détruite par
les lois rendues depuis la révolution, et d'ail-
leurs ne pourrait plus subsister, comme con.
traire à la Charte. L'ordre des jésuites est
supprimé en France s'il ne l'avait pas été
en 1762, il le serait en vertu des 'ois qui ont
supprimé tous les ordres reiigieux. Des lois
rendues depuis la Charte ont ordonné qu'au-
cun ordre religieux ne pourrait être rétabli
en France qu'en vertu,d'une loi ainsi les jé-
suites se trouvent absolument dans le même
cas, et régis par les mêmes lois que les autres
ordres monastiques ou congrégations réguliè-
res. Ainsi, ils ne peuvent pas être reconnus
comme ordre religieux, ils ne peuvent pas
acquérir, ni posséder, .ni recevoir comme
corps; mais de même que des religieuses
s'étaient réunies dans une maison possédée
sous le nom de l'une d'entre elles, et usaient
en cela de la faculté qui appartient à chacun
de vivre où veut. avec qui il veut, etcomme
bon lui semble en se renfermant dans les-
limites prescrites par les lois de même que
les oratoriens possédant aussi le collége de
Jnlly sous le nom de l'un d'entre eux, y ont
rétabli leur enseignement, en s'y livrant
comme individus, et non comme corps, et
en se conformant aux lois universitaires; de
même les jésuites peuvent comme individus,
et non comme corps, sans acquérir, ni pos-
séder, ni recevoir, pratiquer l'enseignement,
soit dans les colléges, soit dans les petits sé-
minaires, en se conformant aux lois ou or-
donnances, en recevant des diplomes ou de
l'Université ou des évoques.
L'cxistence individuelle des jésuites en
France est reconnue par nos lois; l'Assem-
blée constituante les traite absolu ment comme
les autres religieux supprimés. Le décret des
ig-26 février 1790, dit que les ci-devantjé-
suites résidant en France; recevront un 'com-
plément qui rende leur revenu égal à ce-
lui qui est accorde: aux autres religieux de
la même classe. Un autre décret ordonne
le paiement en entier des pensions qu'ils
avaient sur les économats. Il y a donc des
jésuites en France, comme il peut y avoir
individuellement des religieux de tous les au-
tres ordres monastiques, comme il pourrait
y a^ir des chevaliers de Malle, ou des francs-
maçons affiliés à une loge étrangère. Pourvu
qu'on n'agisse point comme corps, qu'on ne
fasse point d'acte public comme membre
d'un corps, tout Français peut individuelle-
ment être ou se faire jésuite, et personne n'a a
le droit de fouiller ni dans le secret de sa
conscience ni dans sa vie intérieure. – Mais
ils sont réunis ensemble pour tenir des col-
léges. Ils le sont comme les oratoriens à
Jully, qui forment une aggrégation d'indivi-
dus, et non pas un corps; quelques orato-
riens ont fondé un'collége, avec t'autorisa-
tion du chef de l'Université; quelques jésui-
tes conduisent un petit séminaire, sous la
direction immédiate de l'évêque c'est la
même position. Mais un édit a défendu
aux jésuites d'enseigner. – Oui, d'avoir des
colléges comme corps, mais non point d'être
individuellement maître ou professeur dans
un collége. Un jésuite peut, comme tout au-
tre homme, être appelé à ces fonctions, dans
un collége par les chefs de l'Université,
ou dans un petit séminaire par l'évêque. Si
l'édit avait fait cette défense, il ne serait plus
en vigueur, comme incompatible avec nos
lois actuelles, pas plus que l'édit ou- l'arrêt
qui décidait que toute personne élevée dans
un collége de jésuites, même hors de France,
ne pourrait être appelée à aucune fonction
publique. Tout Français qui remplit les con-
ditions exigées par la loi de l'Université pour
enseigner, a le droit de le faire, s'il est ap-
pelé par les autorités compétentes. Dans
quelle inquisilion nous entraînerait le sys-
tème contraire! est-ce par l'espionnage, est-
ce par des sermens exigés qu'on pourrait
s'assurer que tel maître de pension, tel pro-
fesseur qui a obtenu son diplome de l'Univer-
sité, n'est pas jésuite? L'on prétend que nous
vivons sous le gouvernement le plus libre,
et l'on veut aller chercher des entraves dans
les temps antérieurs! Je demanderai pour la
seconde fois à ces amis de la liberté qui pro-
voquent les poursuites contre les jésuites,
de nous permettre d'être libres, et d'accor-
der aux jésuites cette liberté civile et reli-
gieuse qu'ils réclament pour tous les peuples.
Je terminerai ce chapitre' en faisant re-
marquer toutes les contradictions dans les-
quelles on tombe au sujet des jésuites.
Ainsi les jésuites sont régicides, et profes-
sent des doctrines régicides; et leurs plus
grands ennemis sont les amis de cette révo-
lution qui a produit tant de scélérats méri-
tant la même accusation.
Ainsi Jes jésuites veulent envahir,le pou-
voir des rois les déposer, les assassiner
et partout ils ont été appelés et protégés par
les rois.
Ainsi les jésuites empiètent sur les droits
des évêques, et ne veulent pas se soumettre
à t'ordinaire et ce sont les évoques qui ont
demandé l'admission de la société en France,
au seizième siècle, qui en ont demande la
conservation au dix-huitième, et qni em-
ploient individuellement les jésuites au dix-
neuvième.
Ainsi les Cours, héritières du zèle des par-
lemens à défendre le pouvoir royal contrç
les envahissemens du clergé, sont opposées
aux jésuites, pour garantir de leurs attaques
l'autorité royale et les libéraux accusent les
jésuites de vouloir détruire la Charte au profit
de l'autorité royale.
Ainsi les jésuites sont amis du pouvoir ab-
solu et cependant l'Autriche et la Russie
ne veulent pas du jésuitisme, quoique ait
de la bonhomie à attendre des institutions là oi~ in-
Jluent des ambassadeurs d'Autriche et de Russie.
Ainsi, M. de Pradt dit, page 259 Sainte-
Alliance et jésuitisme sont deux mots qui répu-
gnent entre eux; et M. de Pradt dit, pageagg:
Point d'ordre constitutionnel ou point de jésui-
tisme et cependant on se plaint que la Sainte-
Alliance n'est point favorable à l'ordre cons-
titutionnel comment alors n'y aurait-il pas
accord entre la Sainte-Alliance et les jésuites?
En voilà beaucoup sur les jésuites; mais
il était nécessaire d'éclairer les hommes de
bonne foi, sur toutes les calomnies qui pro-
viennent ou de vieilles passions, ou de la
crainte qu'inspirent aux ennemis de la reli-
gion ceux qui peuvent la servir utilement.
ïl faut qu'on sache que l'éducation des jé-
suites a toujours été vantée et recherchée
partout; et que d'ailleurs ceux qui l'aiment
n'ont pas beaucoup à en espérer, ni ceux
qui la redoutent beaucoup à en craindre
puisque sur près' de onze cents maisons d'e'-
ducation qui existent en France, ils n'en di-
rigent que sept.
CHAPITRE IV.
Des ultramontains.
DES diverses questions traitées si souvent
depuis quelque temps à propos de la reli-
gion et de ses ministres, celle-ci est assu-
rément la plus indifférente. Jamais sans
doute on n'a été plus loin de voir les papes
disposer du trône des rois. C'est aujourd'hui
une question tout à fait oiseuse et spécula-
tive, et il n'y aurait pas plus d'inconvénient
à laisser appeler les papes souverains des
rois, qu'il n'y en avait dans les dix-septième
et dix-huitième siècles à laisser les rois d'An-
gleterre s'intituler rois de France. Du reste
quoique cette prétention des papes (si elle
existe encore) n'eût aucune importance pour
le fonds des choses, et quoique cela soit ré-
duit à une affaire <je pure courtoisie je ne
pense pas que cette prétention puisse être,
admise ni soutenue en France, et nos lois
y ont suffisamment pourvu.
Mais l 'assertion qu'il n'est pas permis d'ê-
tre ultramontain en France présente au pre-
micr coup-d'œil des résultats qui paraissent
bien absurdes. Qu'autrefois, dans un pays
qui ne reconnaissait que la religion catho-
lique, une décision du clergé français fût
déclarée loi de l'Etat cela se conçoit mais
que, depuis la révolution, et surtout depuis
la Charte, dans un pays où la liberté des
cultes est proclamée, il soit défendu d'être
ultramontain, voilà ce qui me paraît im-
possible à croire. Quoi, l'on peut être juif,
mahométan payen déiste quoi l'on peut
être arien, luthérien, calviniste, anglican,
quaker, presbytérien, puritain, anabaptiste,
spinosiste, janséniste, hussite, pyrrhonien,
iconoclaste, socinien, quiétiste et de mille
autres sectes en iste et en ien, l'on peut être
schismatique grec, méthodiste, manichéen,
tout enfin, excepté ultramontain. Toutes les
religions, toutes les sectes qui peuvent être
séparées par quelques nuances de notre re-
ligion, sont permises, et peuvent être discu-
tées, à l'exception de la seule nuance qu'on
désigne sous le nom d'uitramontains! qui
peut le croire i*
Mais, dira quelqu'un, je conviens qu'il y
a là quelque chose d'extraordinaire et même
de ridicule mais vous voulez donc qu'on
puisse soutenir et même pratiquer au besoin
la doctrine qu'il v a un pouvoir sur la terre
qui peut déposer nos rois et délier leurs su-
jets du serment de fidélité ? Non, assu-
rément heureusement vous n'avez pas ce
risque à courir. Toutes les religions sont
permises, mais leur exercice est défendu
dans tout ce qui est contraire aux lois du
royaume car la première condition pour
tout ce qui habite la France, est de se sou
mettre aux lois du pays. Ainsi quelqu'un dira
Les cultes sont libres, je suis mahométan, et
je veux prendre quatre femmes. On lui ré-
pondra Vous êtes bien le maître d'être ma-
hométan mais la loi défend d'avoir plu-
sieurs femmes ainsi vous ne pouvez pas
avoir quatre femmes, ni même deux. ou
vous serez puni. Un autre dira:Je suis quaker,
ma religion me défend la guerre et je ne
veux pas tirer à la conscription. On lui ré-
pondra A vous permis d'être quaker; mais
la loi ordonne pour tous le service mili-
taire vous tirerez au sort, et vous rejoin-
drez comme tes antres, ou vous serez puni
-comme déserteur. Un troisième dira Je
suis ultramontain, et je soutiens que le pape
peut déposer les rois. On lui répondra
Ayez la doctrine religieuse qu'il vous plaira;
mais si vous vouliez mettre en pratique
cette doctrine vous seriez en vevlu de nos
lois fondamentales, traité comme un révolté,
et puni comme criminel de lèse-majesté; si
vous vouliez soutenir en théorie cette doc-
trine, vous seriez, en vertu de nos lois sur
la presse, puni comme tous ceux qui atta-
quent par leurs écrits la souveraineté héré-
ditaire de nos rois.
Von voit que si telles et telles opinions
religieuses peuvent avoir des inconvéniens
comme contraires à nos lois, ces lois mêmes
remédient à ce mal et les forcent à rester
cachées, comme des opinions spéculatives,
dans la croyance de chacun; que le maho-
rnétan, le quaker, l'ultramontain sont suf-
fisamment contenus par les lois mêmes du
pays, sans qu'il soit nécessaire de leur in-
terdire des opinions religieuses dont notre
pacte fondamental leur laisse le choix.
Ceci bien entendu examinons si l'article
5 de la Charte qui reconnaît toutes les re-
ligions, ne s'oppose point à ce que les quatre
articles de 1682 Soient aujourd'hui consi-
dérés comme loi de l'Etat. J'entends par loi
-de l'Etat une loi générale, obligatoire pour
tous car s'il s'agissait ici d'une loi spéciale
particulière seulement aux ministres de la
religion de l'Etat dans l'exercice de leurs
fonctions, la question devrait être envisagée
sous un anj.re point d,c,.vtje comme nous Iq
verrons.
Les quatre .article^ peuvent-ils être en
France une loi générale, .ojjligatojire^pour
tous ? Ces quatre article? fornjeni; la décla-
ration du clergé de France en 1682. Or, une
déclaration du clergé catholique toi de
l'Etat dans un pays où la libçr^é dçs, cultes
fait partie de la loi fondamentale! la décla-
ration des évêques, loi de l'Etat, obliga-
toire pour tous par conséquent,- pour les
juifs, pour les protestans, etc.! Ce simple
énoncé suffit pour faire sentir combien ce
système est insoutenable. La lecture de ces
articles rend la chose encore plus choquante.
Le premier, qui présente le pouvoir tem-
porel des rois comme indépendant dç toute
puissance spirituelle, est certainement une
loi pour tous, et le serait toujours, quand
les quatre articles n'auraient jamais gjcisté
quand les évêques ne l'auraient pas décidé. Le
deuxième dit que la plénitude de la puissance
du pape sur les choses spirituelles est telle
qu'elle a été établie par les décrets du saint
concile œcuménique de Constance. Ainsi
voilà les protestans obligés de croire à la
puissance du pape et aux décisions des con-
ciles. Il en est de même des deux autres ar-
ticles le quatrième, par exemple, reconnaît
que le pape a la principale /)t~ dans les ques-
tions de foi, et que ses décrets regardent toutés
les églises et chaque ~<° en ~y/a/ Peut-
on forcer un protestant à obéir à cette toi
de tEtat, et peut-on l'empêcher de com-
battre cette croyance? On ne peut pas même
y forcer un catholique car s'il peut différer
sur des points de dogme, à ptus forte raison
le peut-il sur un point qui n est que d'o-
pinion.
Un dernier argument frappera tous les
hommes de bonne foi. Je suppose que les
quatre articles n'aient jamais eu force de loi,
et qu'on propose aujourd'hui a)]X Chambres,
comme une toi à faire, l'édit du roi qui de*
fend d'enseigner et d'écrire rien de contraire
à la doctrine exprimée par ces quatre arti-
cles. Dans la discussion du premier article,
relatif à l'indépendance des rois du pouvoir
des papes, on prouvera aisément qu'il est
inutile, puisque nos lois fondamentales et
nos dernières fois sur la presse ont suffi-
samment pourvu à ce qu'on ne pût soutenir
aucune doctrine qui pût porter atteinte à la
souveraineté héréditaire,incontestable,et in-
dépendante de tout pouvoir humain qui ap-
partient à nos rois. Mais lorsqu'on arriverait
à la discussion du second article, qui établit
que la plénitude de la puissance des papes
sur les choses spirituelles est telle que l'a re-
connue le concile de Constance, quels cris
contre cette proposition quelles accusa
tiens d'infraction à la Charte, de violation
de la liberté des cuttes! Avec quelle force
les membres appartenant aux sectes sépa-
rées du pape, soutiendraient-ils qu'ils ne
croient pas cet article, et qu'ils continue-
ront, tant que la Charte subsistcra, à ensei-
gner dans leurs colléges, et à soutenir dans
leurs écrits, des doctrines contraires à celle
qui est exprimée dans ie second article. Il
en serait de même pour les troisième et qua-
trième articles et il est certain qu'une telle
proposition de loi serait rcpoussée dans
l'une et l'autre Chambres, comme contraire
à la Charte. Or, comme la Charte n'a main-
tenu que les lois qui ne lui sont pas contrat-
res, il en résulte évidemment que cette loi,