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Du mariage des prêtres

De
23 pages
(A Dijon, de l'imprimerie de Defay) [1791?]. 1791. 22 p. ; in-8.
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D U- R 1 A G E
'--.. -.-..- --_d'
DES PRÊTRES.
(I)
1
OPINION
DE CLAUDE BASIRE,
SUR L E
MARIAGE DES PRÊTRES;
Prononcée à la société des amis de la Constitution;
établie à Dijon, le dimanche y août lygu
«"«IN I« N « F F ||. PMIWN IIHNWFF>FTWI M*
Qu'eit-ce qu'une vertu qui ne produit rien
MONTESQUIEU*
J E vais examiner si le célibat ecclésiastique
est d'institution divine ; s'il remonte aux pre-
miers temps de l'église ; ou s'il n'est qu'un
point de discipline réglé par les ministres du
culte eux-mêmes, long-temps après l'établis-
sement du christianisme.
Cette question me semble devoir précéder
toute discussion sur la proposition du mariage
des prêtres.
Il ne nous appartiendroit pas, sans doute,
(2)
puisque nous professons tous içi la religion
catholique, de nous élever contre la volonté
de Dieu, si elle s'étoit clairement manifestée;
mais nous ne sommes pas tenus à une pareille
déférence pour les institutions humaines, de
quelque part qu'elles viennent.
Je ne serai pas long sur cette première
partie de mon opinion.
Dieu nous a dit expressément : » croissez
» et multipliez, remplissez la terre et - assu-
» jettissez-la ».
Nous ne voyons nulle part qu'il en ait
formellement dispensé les prêtres.
Il n'est pas édiilant que les ministres de
Dieu se fassent un mérite de lui désobéir,
en substituant un article de leur discipline à un
commandement exprès qui émane aussi évi-
demment de la divinité même.
La bible est remplie de traits de la colère
du créateur sur ceux qui négligent de se re-
produire : souvent il y reproche à des fils
de. n'avoir pas soutenu la maison de leur père
et fait revivre son nom. » Enfin, s'ec rie-t-il
>> amèrement dans Isaie, un jour viendra où
t, les hommes seront si rares, que chacun
» d'eux sera recherché par sept femmes à la
p fois; - toutes se disputeront son co^r et sa
(3)
2
w
» main, et lui diront : nous ne demandons
» rien, nous offrons de nous habiller et de
» nous nourrir ».
Par-tout il frappe la stérilité d'opprobre et
d'anathème. Aussi les talmudistes qui ont tant
médité et commenté l'ancien testament, décla.
rent-ils semblable à un homicide celui qui ne
s'occupe pas de sa postérité. Les rabbins ont
cru devoir en conséquence fixer l'âge du ma-
riage à dix-huit ans pour les hommes ; et celui
qui en passe vingt, sans avoir satisfait à cette
obligation , est coupable aux yeux de leur loi.
Le nouveau testament n'a point contredit
ces préceptes sacrés : il n'a jamais pu être
considéré que comme l'accomplissement du
précédent.
Les disciples de Jésus-christ, les apôtres,
les premiers évêques qui nous ont transmis
les livres saints, et de qui nous tenons la doc-
trine évangélique , devoient, ce me semble ,
la connoître mieux que les modernes, et per-
sonne n'osera nier qu'ils fussent presque tous
mariés.
Saint Paul écrit à Tite : » choisissez pour
» prêtre celui qui n'aura qu'une femme ayant
» des enfans fidelles et non accusés de luxu-
n re » ; il dit la même chose à Timothée.
(4)
Ce qui arriva dans le fameux concile de
Nicée , mérite sur-tout une grande attention.
Quelques évêques proposèrent une loi qui
défendît aux évêques et aux prêtres de toucher
dorénavant à leurs femmes. Saint Paphnuce le
martyr, évêque de Thèbes, qui n'étoit point
marié, s'y opposa fortement, en disant que -
coucher avec sa femme est chastetét et son avis
fut suivi par le concile.
C'est à ce même concile que nous devons
le symbole de notre foi, et certes nous n'y
voyons point que le célibat soit une vertu
pour personne : il nous est donc bien permis
d'en douter.
Saint Jérôme , qui le considéroit comme un
état de perfection , ne pensoit pas qu'il fût
nécessaire pour l'exercice du sacerdoce. Il prit
hautement le parti de Carterius, évêque d'es-
pagne, qui s'étoit remarié deux fois. » Si je
» voulois nommer, dit-il, tous les évêques
» qui ont passé à de secondes noces, j'en trou-
» verois plus qu'il n'y eut d'évêques au concile
» de Rimini » ; ce concile étoit cependant
composé de plus de six cents personnes.
Les exemples des clercs mariés et vivant
avec leurs femmes, pendant les dix premiers
sikies de l'église chretienne, sont innombrables.
(5)
3
Ten citerai peu , pour ne pas abuser de la
complaisance de l'assemblée.
Sydonius, évêque de Clermont en auvergne;
l'un des plus grands écrivains de son temps,
épousa, cinq cents ans après l'établissement
du christianisme, la belle Papianilla, fille de
l'empereur Avitus, et la maison de Polignac
prétend en descendre : j'aimerois bien autant
que son épouse eût été ftérile ; mais enfin il
étoit marié , et voilà ce qu'il nous importe
de savoir dans la queftion que nous traitons.
Grégoire, évêque de Naziance, eut trois
enfans de la vertueuse Nonna ; et parmi ces
enfans, se trouve saint Grégoire, qui lui suc-
céda dans l'épiscopat.
Le sous-diacre Etienne fut père du pape
Osius. Le pape Boniface I". étoit fils du prêtre
Joconde.
Felix III, l'un de ses successeurs, devoit le
jour au prêtre Félix, et devint lui-même l'un
des aieux de Grégoire le grand.
Dans le quinzième siècle, Pie II, avant d'être
pape , soutint publiquement la validité de
l'élection d'Amédée de savoie, par le concile
de Basle, au siège de Rome , quoique cet
Amédée fût marié et qu'il vécût avec sa
femme. » C'est une démence, disoit-il, de vou-
1 (6)
v loir fraudfer la nature, qui est l'ouvrage
» de Dieu; il faut la guider, mais non pas.
» l'anéantir »,
J'entends d'ici les docteurs s'écrier que Jésus-
christ aimoit saint Jean parce qu'il étoit vierge,
& que dès-lors c'est l'Homme-dieu lui-même
qui a prêché la doctrine du célibat.
Belle conséquence ! ce raisonnement fait
pitié ; mais il n'a rien qui m'étonne de la
part des docteurs. f
Jésus-christ aimoit saint Jean plus qu'aucun
autre de ses disciples : cela peut être ; quoiqu'il
ait préféré saint Pierre pour le gouvernement
de son église ; mais qui vous a dit que cet atta-
chement n'avoit d'autre cause que la virginité
de saint Jean ? Jamais le Messie ne s'en est
expliqué.
Saint Jean étoit le plus jeune de ses disciples.
Jésus-christ aimoit sa candeur et l'innocence de
son âge. L'entrée cTun jeune homme dans le
monde excite toujours un vif intérêt. Un esprit
ouvert à toutes les impressions qu'on veut lui
donner, au printems de la vie, appelle plus par-
ticulièrement le sage : c'eû une heureuse loi de
la nature. Le Messie se plaisoit dans la conversa-
tion de cet homme ingénu ; il l'aimoit, parce qu'il
n'étoit point encore aux prises avec les passions
(7)
5
orageuses qui agitent si puissamment l'homme
d'un âge plus avancé. Il se reposa délicieu-
ment sur son sein, pendant la cène , comme
le père d'Origène, qui, pendant le sommeil
de son fils encore enfant, alloit doucement
lui baiser la poitrine, en disant que c'étoit
le sanctuaire de l'innocence ; mais a-t-il voulu
par là instituer le célibat? Il faut être théo-
logien, pour prétendre aveugler le monde par
de pareilles équivoques.
Jésus-christ n"a-t-il pas pris plaisir, au con-
traire, à assister aux noces de Cana? N'a-t-il pas,
dans cette occasion, déployé sa puissance en
faveur des convives, par le changement mira-
culeux de l'eau en vin ? N'à-t-il pas ouverte-
ment blâmé ceux qui répudioient leur femme
sans nécessité ?
Lorsque Dieu nous a dit de peupler et remplir
le monde, peut - on su pposer, sans crime ,
que son fils soit venu sur la terre pour nous
faire une vertu du célibat?
» Je comprendrai que le célibat est une vertu >
» dit Montesquieu, quand vous m'aurez expli-
» qué clairement ce que c'est qu'une vertu.
» qui ne produit rien ».i
Pourquoi prêter au fils de Dieu une doc-