Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Du Temps passé et du temps présent, ou Différence du 1er janvier 1814 au 1er janvier 1816, par J.-J. Proa,...

De
19 pages
Orilla (Niort). 1816. In-8° , 19 p..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

DU TEMS PASSÉ
E T
DU TEMS PRÉSENT,
O U
DIFFÉRENCE
Du 1er Janvier 1814 au 1er Janvier 1816.
PAR J.-J. PROA, propr., habitant des Deux-Sèvres.
« On le peut, je l'essaie,
» Qu'un plus savant le fasse. »
LAFONTAINE.
A NIORT,
De l'Imprimerie de P. ELIES, Imprimeur du Roi,
Et se trouve chez. Mad. ORILLAT , Libraire.
A V E R T I S S E M E N T.
COMBIEN je regrette , dans un sujet tel que celui que
j'entreprends d'ébaucher, l'insuffisance de mes moyens.
Mais le zèle , la bonne volonté ne peuvent, je le sais ,
remplacer le talent. D'autres ont pu ou pourront traiter
une pareille matière avec bien plus de succès : « On le
» peut, je l'essaie , qu'un plus savant le fasse. »
J'ai gémi sur notre situation passée ; mon coeur sent
plus que ma plume ne peut exprimer, et le coeur connaît
mal les règles de la méthode. Car pour cela, il eût fallu
traiter cette matière méthodiquement et dans une juste
étendue. Puis, par une suite de preuves, de consé-
quences rangées dans un ordre exact, et rapportées à
certains chefs , j'eusse pu faire un discours et un
ouvrage suivis. Mais ainsi que je le dis à mon début,
le mérite du sujet fera le seul mérite de l'ouvrage,
Enfin, je le soumets au Magistrat estimable qui régît
ce département 5 il a daigné y jeter un coup-d'oeil
favorable et le croire de quelqu'utilité , je reste plus
que satisfait.
Eh osant le présenter sous de tels auspices , je le
prie de souffrir que mes sentimens et ma gratitude
trouvent ici leur place. Il me permettra même de dire
que son équité jointe à ses talens , le fait aimer de
tous ses administrés , de tous ceux qui ont l'avantage
de le connaître ! Mon éloge n'est point flatteur ; ma
plume n'est point vénale. Je n'ai obtenu ni grâces ni
faveurs. N'étant rien sous Buonaparte, je me suis
borné à observer les hommes et les choses.
Je crois aussi pouvoir ajouter avec vérité ( et cette
idée est bien douce à entretenir ) que je ne fais que
partager avec tous les habitans des Deux-Sèvres, tous
ceux de la France entière, les sentimens d'amour , de
respect et de soumission que je ressens pour SA MAJESTÉ
et son illustre Famille. Heureux, cent fois heureux ! si
j'ai pu être l'interprète des sentimens de mes Conci-
toyens; je ne leur demandé, pour prix de ce petit
essai, que de l'indulgence.
DU TEMS PASSE
E T
DU TEMS PRÉSENT.
LE zèle que tout vrai Français doit avoir
pour son Roi et pour sa patrie, doit néces-
sairement le porter à chérir, à faire respecter,
aimer le Gouvernement et les lois qui en
émanent.
Le sentiment consolateur que l'on éprouve
en voyant luire sur cette France , naguères
Si malheureuse, des jours plus heureux et
une félicité durable, doit être un motif suffi-
sant pour excuser là témérité que j'ai d'écrire,
connaissant mon insuffisance et la faiblesse
de mes moyens. Mais si cet opuscule peut
avoir quelque mérite, il le devra au mérite
du sujet que je traite. Si, au contraire, ce
que j'écris est mauvais, ce sera ma seule
faute; alors être court, c'est toujours beau-
coup.
Mon ame va goûter une joie pure. Je vais
parler d'un Roi qui aime ses sujets. Qu'un
sentiment si naturel ait pu et puisse encore
(4)
distinguer un Roi; qu'il puisse n'être pas
toujours dans le coeur de tous les Souverains,
je ne le comprends pas sans doute : car nous
avons la triste expérience que la tyrannie
avait appesanti son bras de fer sur le mal-
heureux genre humain. N'avons-nous pas vu
la multitude immolée au petit nombre, et le
sang des hommes répandu sur la terre comme
l'eau ; enfin les tyrans nous dire : « L'huma-
» nité fut créée pour nous , qu'elle serve et
» qu'elle meure; ses biens, ses travaux, son
» sang, tout est à nous. » Le Ciel les entendit,
et la foudre les épargna. Mais enfin le Ciel
plus doux permet que l'humanité respire.
Un bon Roi alors est le plus précieux de ses
bienfaits. Il aima la France. Il lui donna le
pieux Louis IX, le sage Charles V, le vertueux
Louis XII, ce Henri IV, le plus aimé des
Rois , en qui tout fut aimable jusqu'aux
faiblesses': enfin son illustre et magnanime
successeur, notre Roi Louis- le Désiré.
Un Spartiate, entendant louer Hercule;
louer Hercule, s'écria-t-il, eh! qui est-ce
qui le blâme? Je devrais craindre aujourd'hui
ce mot énergique.
Français ! le Ciel, dans sa colère, vous
avait ôté votre Roi légitime ; mais le Ciel,
dans sa bonté, par les moyens que toute
la sagacité de l'esprit humain né pouvait
prévoir, vous l'a rendu. Les lis, aimés de
la France , et l'antique Maison qui règne
sur elle depuis mille ans et plus, y resteront
fixés pour toujours ; combien vous allez être
heureux!
Qu'un Roi, qu'un BOURBON, que SA MAJ.
LOUIS XVIII emploie tous ses moment a
faire notre bonheur ; que sa tendre sollici-
tude, que sa paternelle bonté aient pour
but constant la plus grande félicité de l'heu-
reux peuple sur lequel il règne : il suit en
cela l'impulsion de son amour envers ses
sujets, et leur attachement, leur fidélité à
son auguste personne seront, j'en ai la
certitude, sa plus douce récompense !
Mais que le Roi, qui, comme les Josias,
les Ezéchias , les Esdras , chez le peuple
juif , est envoyé du Ciel pour faire cesser nos
maux; qui, meilleur que Titus, ne perd pas
un instant pour panser et guérir les plaies
de l'État (1 ) , tandis que cet Empereur ,
si cher aux Romains, perdit un jour sans,
faire le bien. Oui ! que S. M. Louis-le-Désiré
ne cherche point à mettre en évidence toutes
ses vertus, ne cherche point à se prévaloir.
( 1 ) Paroles du Roi lui-même, répondant aux Députés ,
le 30 juillet 1814.
de l'énorme différence, de son Gouvernement
tout paternel, d'avec le gouvernement barbare
et dévastateur qui écrasait la France. C'est
là un trait sublime de modestie, c'est le
triomphe de la vertu !
Il importe, cependant, je crois, de mettre
en évidence et de comparer le tems passé avec
le tems présent ; il ne doit pas être difficile
ni inutile d'en faire sentir la différence , de
voir la somme des maux d'un côté, celle des
biens de l'autre, afin d'en aimer davantage
le bon père qui s'occupe du bonheur de la
grande famille ! En y ajoutant cette réflexion
consolante, que le passé est, déjà loin de
nous, qu'il ne peut revenir, que c'est du
présent seul dont on jouit.
Nous avions en 1813 un gouvernement
affreux ( qui par malheur reparut un instant
en 1815). Les impôts, l'administration civile ,
judiciaire , financière , tout était plus ou
moins arbitraire : levées d'hommes, d'ar-
gent; réquisitions d'hommes, de chevaux,
de denrées ; on n'avait rien à soi, Ce que
l'on possédait aujourd'hui , nous était enlevé
demain. Rien n'était certain que l'incertitude.
Le commerce anéanti, l'agriculture ruinée,
point de bras pour la culture : commerçans,
propriétaires, cultivateurs , tout était dans
la détresse.
(7)
Chaque semaine, nouvelle conscription,
nouvelle vexation. Celui à qui il en avait déjà
coûté 20,000 francs pour se faire remplacer à
l'armée , était ensuite requis sous d'autres dé-
nominations que celle de conscrit. Il lui fallait
encore acheter un homme pour tenir sa place
comme garde national, sur les côtes. Il se
croyait alors libre et parfaitement acquitté,
car il était censé servir dans deux endroits;
Non ! point du tout. Le gouvernement ,
fécond en ressources machiavéliques, le
demandait une troisième fois, comme garde
d'honneur ou autrement, les 20,000 f. étaient
perdus, et ce gouvernement dévorateur avait
trois hommes pour un (1 ).
A la voix et au vouloir d'un seul homme ,
tout se taisait, tout tremblait. Cet homme
( un parvenu ) voulait être craint, il s'inquié-
tait peu d'être aimé.
Il n'était pas assez de ces lois vexatoires;
la forme avec laquelle on les faisait exécuter,
était souvent, un autre malheur. Quelques
fonctionnaires (non pas tous ), je parlé de
la France en général, je ne désigne personne,
(1) S. M. a tellement senti cette injustice, qu'elle vient
de rendre une Ordonnance pour remettre aux parens. des
conscrits ce qu'ils peuvent encore redevoir, même la
portion de leurs biens qui aurait souffert.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin