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Échos de France, par Eugène Boquet,...

De
211 pages
impr. de Vallée (Paris). 1871. In-18, 250 p..
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ÉCHOS
DE FRANCE
l'\H
RU GÈNE BOUUKT
Av-ocat à la Cour de Paris
PARIS
IMl'liiMKlUK A. YAI.UCK, l(i, Ul'K HT CROISSANT
187 1
IBCHOS
DE FRANCE
PAU
EUGÈNE BOQUET
Avocat à la Cour de Paris
PARIS
IMPRIMERIE VALLÉE, 16, RUE BU CROISSANT
LES D'ORLÉANS
RAPPELLE-MOI
Rappelle-moi sous ton ciel, ô patrie !
Que je m'approche encor de mon berceau,
Que je l'embrasse encor notre drapeau
Laissé, par moi, vainqueur en Algérie.
France ! c'est d'Orléans, un soldat qui réclame
L'honneur de s'engager sous ton saint oriflamme ;
C'est un enfant proscrit
Qui te demande abri ;
Rappelle-moi!
Rappelle-moi sur ton sein, ô ma mère !
Je n'ai pas pris les armes contre toi,
Je t'ai gardé mon épée et ma foi,
J'ai.cru toujours en ta justice austère.
10 LES D'ORUÎANS
Après plus de vingt ans, lève ton bras, pairie,
Contre qui t'a ravi ta liberté chérie,
A proscrit l'innocent,
S'est couvert de ton sang ;
Rappelle-moi !
Rappelle-moi sur la terre natale ;
Que j'y repose avant mou dernier jour.
Rappelle-moi, rends-moi tout ton amour,
Mes biens, mon sceptre, et Paris capitale,
France! je mettrai fia h tes guerres civiles,
Je ramène avec moi les libertés viriles,.
Les lois d'égalité,
Et de fraternité ;
Rappelle-moi !
LA REINE MARIE-AMELIE
0 Marie-Amélie!
Qu'en mortelles douleurs votre vie est remplie,
Que vous dûtes souffrir,
Épouse, mère et reine avant que de mourir.
Un Fieschi se signale
En faisant éclater sa machine infernale,
Un Lecomte, un Meunier,
Par un assassinat qui n'est pas le dernier.
La mort, la mort fatale
Frappe un prince du sang" près de la capitale,
Et vous menez le deuil
De votre premier né, votre espoir, votre orgueil.
C'est la douce Marie,
L'artiste qui s'en va vers le ciel, sa pairie;
1"2 LES D'ORLÉANS
C'est d'Aumale et Nemours
Dont un plomb criminel veut abrég-er les jours.
Dans un jour de panique,
Se croyant délaissé, le roi Philippe abdique,
Et sur le dur chemin
Qui conduit à l'exil, vous lui donnez la main.
Loin du pays de France,
Le vieux roi pense encore au jour de délivrance,
Et voyant le trépas,
Il sourit doucement, en vous tendant les bras.
Ce sont les épousées
A d'Orléans, Nemours, qui tombent, fleurs brisées,
Au souffle des autans :
Leurs âmes ont quitté la vôtre pour un temps.
Sur la terre étrangère
S'élève aussi pour vous la croix dans la fougère;
Et vos enfants proscrits
N'ont pu rentrer encore en triomphe à.Paris.
LA PRINCESSE MARIE
Salut a toi, héroïne de France,
Qui combattis pour notre délivrance
Lorsqu'Orléans allait se trouver pris,
Lorsque l'Anglais était maître à Paris.
Salut à toi, la vierge patriote,
Qui nous sauvas de l'étranger despote,
Sus le forcer à demander merci,
Venger Poitiers, Azincourt et Grécy.
Salut à toi qui, tombant prisonnière,
Te vois instruire un procès de sorcière
Par Cauchon, Pierre, évêque de Beauvais,
Traître à son Dieu, traître à l'honneur Français
Salut à toi qui, marchant au supplice,
Sans qu'un instant ta grande âme faiblisse,
14 . us D'ORIGANS
ê
Te sens ravie au ciel, pleine de foi,
Priant encor pour la France et son roi.
Salut à vous, ô princesse Marie,
Qui, pour donner l'amour de la patrie,
Avez sculpté l'image de l'enfant
Qui fit sacrer Charles sept triomphant.
LES EXILÉS
Qu'ils sont longs tous les jours que l'on passe en exil,
Comme la vie est triste et d'avance tarie,
Et comme on craint pourtant d'en voir rompre le fil,
Tant qu'où n'a pas revu le ciel de la patrie.
France : qu'ont-ils donc fait de criminel en soi,
Les enfants d'Orléans, des proscrits à cette heure?
Us te donnaient leur saDg, faisaient aimer ta loi,
Et tu les as bannis, chassés de ta demeure.
Les vois-tu demander pitié pour le malheur,
Un abri protecteur à la libre Angleterre,
Tomber agenouillés, seuls avec leur douleur,
Quand le seigneur rappelle et leur père et leur mère.
Les vois-tu se lever au signal des combats,
PrOts toujours à partir, à montrer leur vaillance,
1G LES D'ORLÉANS
A suivre ton drapeau, comme simples soldats,
Et, refusés par toi, pleurer dans le silence.
Les vois-tu s'en aller aux pays allemands,
Gravir les Apennins, les monts de l'Ibérie,
Te suivre du regard, ainsi que des amants
Qui soupirent après leur maîtresse chérie.
France : rappelle-les tous ces enfants de roi,
Qui t'ont gagné jadis mainte et mainte victoire,
Qui n'ont jamais tourné leurs armes contre toi,
Qui demandent à vivre, à mourir pour ta gloire.
Qu'ils sont longs tous les jours que l'on passe en exil,
Comme la vie est triste et d'avance tarie,
Et comme on craint pourtant d'en voir rompre le fil,
Tant qu'on n'a pas revu le ciel de la patrie.
LA COLONNE DE, JUILLET
Quel Français n'a. jamais appris de sa famille
Que Paris autrefois
Avait une Bastille
Où tombaient dans l'oubli les favoris des rois,
Que plus d'une maîtresse
R.oyale y retenait son éternel censeur,
Que cette forteresse
Etait la tombe ouverte à tout libre penseur,
Qu'un jour la nation,
En révolution.
Se porta toute armée au secours des victimes,
Les délivra, rasa ce repaire de crimes, j
Quel Français ne sait pas que, quarante ans après,
Le peuple, qu'un Bourbon traitait par ses décrets
En véritable îlote,
. Se leva patriote,
18 LES D'ORLEANS
Se battit trois grands jours
Pour défendre les lois, les libertés publiques ,
Balaya pour toujours
Les rois de droit divin et leurs vieilles reliques.
Que pour nous rappeler juillet, mois glorieux,
Philippe et sa famille
Prirent le soin pieux
De dresser un autel, place de la Bastille.
Quel Français aujourd'hui ne se trouve arrêté
S'il met une couronne
Au pied de la colonne
Où dorment les héros morts pour la Liberté :
Honorer les victimes
Moites en défendant les libertés, les lois,
Est le premier des crimes
Sous le règne brutal de Napoléon trois ;
Comme l'autre empereur,
Celui-ci veut encore régner par" la terreur
Une épée à la main, faire rougir l'histoire,
Nos cités, notre gloire.
LA CONFISCATION
Il eut sur d'Orléans l'arme toujours levée
De la proscription;
Il eut des d'Orléans la fortune privée
' Par confiscation.
Il tenait à dater son règne de Décembre,
Le César prétendant,
Il devait violer les lois avec la Chambre
Le Prince-Président ;
Il tenait abattus Paris et les provinces
Sous son glaive vainqueur,
Il devait révéler à la France, à ses princes
Quel était son grand coeur.
Il eut sur d'Orléans l'arme toujours levée
De la proscription ;
Il eut des d'Orléans la fortune privée
Par confiscation.
20 LES D'ORLEANS
Il les remerciait d'avoir séché des larmes,
Répandu des bienfaits,
D'avoir pris en pitié sa famille en alarmes
Après ses deux forfaits ;
D'avoir été chercher l'homme de Sainte-Hélène
Dans son obscur tombeau,
De l'avoir ramené sur les bords de la Seine
A son brillant bsrceau.
Il eut sur d'Orléans l'arme toujours levée
De là proscription ;
Il eut des d'Orléans la fortune privée
Par confiscation.
Il se vengeait sur eux des Bourbons, branche ainée,
Ayant proscrit les siens,
Ayant eu par deux fois leur tête couronnée,
Ayant repris leurs biens ;
Comme si d'Orléans avait pris part aucune
A ces proscriptions,
Comme si d'Orléans avait dû sa fortune
Aux confiscations.
Il eut sur d'Orléans l'arme toujours levée
De la proscription ;
LA CONFISCATION 21
Il eut des d'Orléans la fortune privée
Par confiscation.
Il savait bien qu'avant de ceindre la couronne,
Philippe d'Orléans
Avait distribué sa fortune en personne
Entre tous ses enfants,
Qu'après plus de vingt ans un acte de la sorte
Ne serait pas sans cris
Déchiré, regardé comme une lettre morte
Vis-à-vis de proscrits.
Il eut sur d'Orléans l'arme toujours levée
De la proscription ;
Il eut des d'Orléans la fortune privée
Par confiscation.
11 verra s'il avait le pouvoir pour proscrire,
Voler des citoyens,
Quand le peuple l'aura mis au ban de l'Empire,
Aura repris ses biens,.
Quand il implorera merci, miséricorde
Pour lui, pour son enfant,
Quand, nous ramènera la paix et la concorde,
D'Orléans triomphant.
22 LES D'ORLÉANS
Il eut sur d'Orléans l'arme toujours levée
De la proscription.;
Il eut des d'Orléans la fortune privée
Par confiscation.
A LA FRANCE
0 France, ô ma pairie :
Ta liberté chéri»
ViDgt ans fut mise en croix
Par Napoléon trois.
Rappelle-toi le coup du Deux-Décembre,
Qui viola la Chambre,
Les citoyens arrêtés et proscrits
En province, à Paris ,
Rappelle-toi le cri des barricades,
Celui des fusillades,
Tes défenseurs traités comme insurgés,
Comme tels égorgés ;
Rappelle-toi qui commît tous ces crimes,
Le nom de ses victimes
24 LES D'ORLEANS
Pour les jeter au front de l'assassin
Qui déchira ton sein.
Vois tes enfants, sauvés de la tuerie,
Partir pour l'Algérie
En déportés/pleurer, prier, souffrir,
Et tour à tour mourir ;
Vois la police, empruntée à la Corse,
Faire ses coups de force,
Vois la justice, asservie au pouvoir,
Oublier son devoir ;
Vois les chassés de la terre natale,
Par la force brutale
Les d'Orléans que vola par édit
Napoléon, bandit.
Entends l'appel des femmes en alarmes,
Des citoyens en armes,
Quand les obus pleuvent de toutes parts
Sur les forts, les remparts ;
Entends l'appel des cités héroïques,
Se défendant stoïques,
Couvrant de gloire et Paris, et Strasbourg,
Belfort, Bitche, Phalsbourg;
A LA FRANCE
Entends l'appel de chaque patriote
Maudissant le despote,
Le jour ou fut proclamé Président
Le lâche de Sedan.
0 France, ô ma patrie :
Ta liberté chérie
Vingt ans fut mise en croix
Par Napoléon trois.
LE COMMERCE
Depuis que je suis au monde
J'entends crier sur mes pas,
J'entends crier à la ronde :
Le commerce ne va pas.
L'un est en pleine déroute
Pour un billet protesté,
L'autre, en faisant banqueroute,
Vit à l'étranger, rente.
C'est ma fille, c'est ma femme,
Qui vont trop au bal, l'hiver;
C'est une petite dame
Qui me met à découvert.
C'est le crédit qui me mine,
L'impôt qui me met à sec;
C'est mon fils qui me ruine
Et qui m'appelle Gobseck.
28 LES D'ORLEANS
Celui-ci trouve la guerre
Un malheur, universel ;
Celui-là n'approuve guère
Un calme continuel.
Que faut-il donc au commerce
Pour vivre en sécurité?
Froid, neigé, chaleur, averse,
République ou royauté-
Dieu répand sur la nature
Les saisons en temps divers,
Autrement sa créature
Agirait tout de travers.
Sous le roi Louis-Philippe,
Le système protecteur
Était le premier principe :
On se priva du tuteur.
La seconde République
Fit trembler chaque marchand ;
Elle fit de sa boutique
Partir vite le chaland.
LE COMMERCE
L'Empire est libre-échangiste,
Sans profit pour ses sujets ;
Que n'est-il économiste
Pour ce qui touche aux budgets !
Depuis que je suis au monde
J'entends crier sur mes pas,
J'entends crier à la ronde :
Le commerce ne va pas.
M. PRUDHOMME EN 1848
Monsieur Prudhomme est un marchand
Qui n'aime pas la République :
Elle lui donne la colique
A.tout bout de champ.
C'est le bruit de la fusillade
Qui réveille tout le quarlier,
C'est le cri de chaque émeutier
A la barricade.
Monsieur Prudhomme prendra-t-il
Le chemin qui mène à sa cave?
S'exposera-t-il, comme un brave,
Aux coups de fusil?
Il met sa tunique de laine, -
Son bonnet à.poil de soldat,
Et court, au signal du combat,
La giberne pleine.
">9
LES D ORLÉANS
Monsieur Prudhomme est un lion
Qui répand partout les alarmes : •
Il est cité pour ses faits d'armes
Dans sa légion.
Mais, le plus beau de son histoire
Est d'avoir sauvé l'insurgé
Qui s'en allait être égorgé
Après la victoire.
Monsieur Prudhomme désormais
Peut tenir sa boutique ouverte,
Payer à caisse découverte :
Il a fait la paix.
Il met de côté l'uniforme,
Et fait le serment, in petto,
De ne plus crier de si tôt :
Vive la Réforme !
M. PRUDHOMME EN 1870
Monsieur Prud'homme est un épais
Marchand qui vote pour l'Empire,
Car l'Empire, c'est la paix
Pour la-quelle il soupire.
La paix de l'Empire a produit
La guerre du Mexiqne, à Rome,
Avec la Prusse aujourd'hui...
Qu'en pense monsieur Prud'homme ?
Ah, dit-il, entrant en fureur,
« Il me doit un terrible compte,
L'ex-tyran, l'ex-empereur
Qui cache en Prusse sa honte.
Et je crus en ce président
Qui fit le coup du deux décembre,
Je crus en ce prétendant
Qui viola lois et Chambre.
LES D ORLEANS
Honte à toi, l'ex-commandant
De troupes prêtes à se battre,
' Qui leur fit mettre à Sedan
Bas les armes, sans combattre.
Lâche, si tu reviens jamais
En France produire ta race,
Au pilori je te mets,
Je te crache en pleine face. »
Monsieur Prud'homme, après avoir
Fait ce morceau de rhétorique, .
Demande au nouveau Pouvoir
A porter fusil et trique.
Le fusil, pour marcher dessus
Le PrusiieD, la Commune rouge;
La trique, pour tomber sus
La Sedantaire, s'il bouge,
LART SOUS LOUIS-PHILIPPE
J'entends parfois des rapins en retard
Se demander, en fumant une pipe, \
S'il exista des maîtres, en fait d'art,
Quand on avait pour roi Louis-Philippe.
Qu'ils aillent donc sur nos places publiques ;
Ils y verront la file des portiques
Où sont les noms de Fontaine et Percier,
De Rude, Elex, de David et Pradier.
Qu'ils aillent donc visiter nos musées :
Ils y verront inscrites les pensées
D'Ingres, Vernefc, de Léopold Robert,
De qui fit Dante et Virgile en enfer.
Qu'ils suivent donc Hugo, roi sur la scène,
Qui nous donna la Comédie-Humaine,
36 LES D'ORLEANS ,
Et Lamennais cherchant la Vérité,
Et Béranger chantant la Liberté.
Qu'ils suivent donc cette muse divine
Parant de fleurs le front de Lamartine,
Dont le regard enflammait tant Musset,
Consolant, seule, Hugo dans Guernesey.
Et maintenant, les rapins en retard,
Demandez-vous, en fumant une pipe,
S'il exista des maîtres, en fait d'art,-
Quand on avait pour roi Louis-Philippe.
LES D'ORLÉANS ET NAPOLÉON III
D'Orléans, héritiers du sceptre de nos rois,
Quel mal aviez-vous fait à Napoléon trois
Pour que, pendant vingt ans de règne, il prît à lâche
De vous montrer combien il était ingrat, lâche ?
Vous aviez fait tomber sur les siens vos bienfaits,
Vous l'aviez laissé vivre après ses deux forfaits,
Vous aviez ramené sur les bords de la Seine
Le héros qui dormait captif à Sainte-Hélène.
Et lui, quand il devient, grâce à son at'entat
De Décembre, le maître absolu de l'Etat,
Il ne vous permet pas de revoir la patrie,
Il confisque vos biens, il se les approprie.
A quoi vous sert, hélas ! votre indignation
Contre l'acte odieux de confiscation ?
38 LES- D'ORLEANS
César ne reconnaît d'autre droit que la force,
Il n'en vole pas moins vos biens, en bandit corse.
A quoi servent, hélas? vos plaintes, ô proscrits?
César arrête, met au pilon vos écrits ;
Il vous accuse encor d'entretenir l'émeute
Avec votre or qu'il jette en pâture à sa meute.
LES D'ORLÉANS ET LA RÉPUBLIQUE
Qui donc aurait pensé que l'homme de Décembre
Finissant à Se3an, les hommes de Septembre
Gouvernant, à sa place, en province, à Paris,
Auraient encor dressé des listes de proscrits?
N'avaient-ils pas porté leur croix assez meurtrie,
Les d'Orléans, bannis vingt ans de la patrie,
Pour revenir en France au jour de liberté,
Au jour où triomphait la sainte égalité?
N'aviez-vous pas, comme eux, assez maudit l'Empire
Qui vingt ans but votre or, votre sang, en vampire,
Pour être, après.sa chute, équitables, humains,
Aux d'Orléans proscrits qui vous tendaient les mains?
Et c'est quand, essuyant son sang avec ses larmes,
La France tout partout fait un appel aux armes,
40 LES D'ORLEANS
Que vous, républicains, les maîtres de céans,
Vous traitez en suspects les princes d'Orléans.
C'est quand ils viennent tous, ces enfants de la France,
Combattre dans nos rangs, pour notre délivrance;
Que vous les contraignez encore à s'éloigner ;
Que vous allez jusqu'à lés faire emprisonner.
Ah ! les entrepreneurs de défense publique,
Est-ce en chassant les rois de votre République
Que vous avez chassé de France l'étranger,
Que vous avez sauvé la patrie en danger !
CRI DE SOUFFRANCE
D'Orléans fait entendre aux échos de la France
Un long cri de souffrance :
L'empire lui répond par la proscription,
La confiscation ;
Policiers, magistrats, soldats du deux décembre,
S'unissant à la chambre,
Lui refusent vingt ans ses droits de citoyen,
De rentrer dans son bien.
D'Orléans, entendant les charges des mitrailles,
Les chants des funérailles,
Vole pour secourir la patrie en danger
Et chasser l'étranger ;
A sa rentrée il voit Paris, en République,
Rejeter sa supplique,
L'empêcher de combattre auprès de son berceau,
. De s'v faire un tombeau.
42 LES D'ORLEANS ■
D'Orléans, refoulant dans son âme stoïque
Son élan héroïque,
Part demander ailleurs des armes, des soutiens
Pour ses concitoyens,
Part chercher des vengeurs pour notre dé'ivran:e,
Part avec l'espérance
De voir toute la France en armes se lever,
Dieu l'aider, la sauver,
LES FORTIFICATIONS DE PARIS
Premier roi-citoyen qu'ait possédé la France,
C'est à toi que Paris devra ta délivrance,
Si jamais l'étranger réunit ses efforts
Pour passer par-dessus ses remparts et .ses forts.
Philippe d'Orléans: c'est toi qui fis construire
Ces remparts et ces forts que rien ne peut détruire,
C'est toi qui nous laissas ces souvenirs amis,
Murs de granit dressés contre nos ennemis.
Trente ans, voici trente ans que ces hautes murailles
S'élevaient, défiant les éclats des mitraille?,
Laissant passer le flot des révolutions,
Ne regardant venir que les invasions.
Un Bonaparte, hélas, déchaîne sur la France
Le fléau de la guerre et sa longue souffrance,
Un Bonaparte encore amène l'étranger
Sur nos terres, il met la patrie en danger.
-iï LUS D ORLEANS
La Pru; se, c'est la Prusse et ses hordes sauvages
Qui viennent dans nos champs exercer leurs ravages,
C'est la Prusse, qui vient à l'en tour de Paris
Si répandre, et qui croit d'avance l'avoir pris.
Arrnez-A'ous, forts, remparls; lancez, tous, vosmitrailles,
Dans les rangs des Prussiens semez les funérailles,
Faites-les reculer, faites-lss.se sauver,
Qu'ils tombent, pour ne plus jam&is se relever.
Orgueilleux potentat venu de l'Allemagne
Pour prendre le manteau porté par Charlemagne :
Arrière; nos remparts, nos forts, nos corps sont là ;
Arrière, hors Paris, ô nouvel Attila.
Patriotes Français : bourgeois, ouvriers, princes,
Levez-Vous, armez-vous dans toutes les provinces,
Défendez votre sol et son intégrité,
Défendez vos foyers et votre liberté.
En avant : chassepots, ôbusiers, mitrailleuses,
Lancez sur les Prussiens vos balles radieuses ;
Forts, remparts de Paris : tonnez, crachez sur eux,
Creusez un cimetière à leurs spectres affreux.
LE RÉVEIL
Je le savais bien, moi, qu'en voyant notre France
Ouverte à l'étranger,
D'Orléans s'armerait pour notre délivrance,
Prendrait part au danger.
Est-ce que République, Empire, Monarchie,
Oubliant le pays,
Oseraient élever le drapeau d'anarchie ?
Devant nos ennemis ?
Non, non, tous les partis n'ont plus au coeur de haines
Que contre l'oppresseur ;
Tous les partis sont prêts à repousser les chaînes
Que tend l'envahisseur.
Non, non, à ton appel ils se lèvent en armes,
France, tous tes enfants,
Et la Prusse, baignant dans le sang, dans les larmes,
Les verra triomphants.
3.
46 LES D'ORLEANS
En marche, d'Orléans ! en marche tous les princes:
11 n'est plus de proscrits.
En marche: accourez tous, soldats de nos provinces,
Et délivrez Paris.
A UN AMI
Ami, mon coeur renaît à l'espérance :
L'exil finit pour tous les d'Orléans ;
Ils sont en marche, ils rentrent triomphants,
Le coq gaulois chante leur délivrance.
Rappelle-toi, Philippe, homme de bien,
L'élu du peuple après les trois journées,
Donnant la paix pendant dix-sept années,
Se contentant d'être un roi-citoyen ;
Rappelle-toi qu'aux jours.de février,
Voyant l'émeute assiéger sa demeure,
Il ne mit pas, le roi mort à cette heure,
Ses mains au sang, ne fit pas mitrailler.
Ami, mon coeur renaît à l'espérance :
L'exil finit pour tous les d'Orléans ;
48 LES D'ORLEANS
Ils sont en marche, ils rentrent triomphants ,
Le coq gaulois chante leur délivrance.
Vois donc Joinville et d'Aumale, et Nemour
Et Montpensier, héros de l'Algérie,
La conquérir pour la mère patrie,
Et recevoir le triomphe au retour ;
Vois donc encor Joinville qui se rend
Sur les rochers qui bordent Sainte-Hélène,
Et qui ramène aux rives de la Seine
Celui qui fut Napoléon le Grand.
Ami, mon coeur renaît à l'espérance ;
L'exil finit pour tous les d'Orléans ;
Ils sont en marche, ils rentrent triomphants,
Le coq gaulois chante leur délivrance.
Vois s'avancer, à l'ombre du-drapeau
Qui les ramène au sein de la patrie,
Tous ces enfants qu'un César en furie
Avait jetés dehors de leur berceau ;
Vois s'avancer le futur rorFrançais
Que le malheur sacra dès le bas âge :
Il reparaît, après vingt ans d'orage,
Faisant briller l'arc-en-ciel de la paix.
A UN AMI 49
Ami, mon coeur renaît à l'espérance :
L'exil finit pour tous les d'Orléans ;
Ils sont en marche, ils rentrent triomphants,
Le coq gaulois chante leur délivrance.
LE COMTE DE PARIS
Salut, terre de France, à ma seconde mère,
A mon premier berceau ;
Salut, Paris et Dreux : je puis enfin, mon père,
Prier sur ton tombeau.
Père, lorsque j'arrive à ta chère dépouille
Apporter quelques fleurs,
Le sang me monte au coeur, ma paupière se mouille
Il me tombe des pleurs...
Hélas, il m'en souvient : j'avais quatre ans à peine,
Le jour de ton trépas,
Quand.je fus sur ta bouche aspirer ton haleine
Qui ne répondit pas.
Je n'avais pas dix ans quand la Réforme en armes
Fit abdiquer le Roi,
52 LES D'ORLEANS
Quand je fus à la Chambre, avec ma mère en larmes,
Revendiquer mon droit,
Quand une voix jeta du haut de la,tribune
Les mots : Il est trop tard!
Quand je partis, laissant le sceptre, ma fortune
Dans les mains du hasard.
Pendant plus de vingt ans j'ai vécu de douleurs
Sur la terre étrangère;
J'ai vu mourir mon Roi, j'ai vu mourir ma mère,
J'ai versé tous mes pleurs ;
J'ai vu tous nos soldats sur les champs de bataille
Se montrer triomphants,
Et je n'ai pu les suivre au fort de la mitraille,
Moi, prince d'Orléans-
Après plus de vingt ans, la France malheureuse
Rappelle ses proscrits,
Acclame, pour régner et pour la rendre heureuse,
Le comte de Paris ;
Et je reviens, mon père, offrir à la patrie
Un coeur toujours aimant,
Offrir la douce paix, la liberté chérie,
Un entier dévouement.
LE COMTE DE PARIS 53
Salut, terre de France, à ma seconde mère,
A mon premier berceau ;
Salut, Paris .et Dreux : je puis enfin, mon père,
Prier sur ton tombeau.
LES DEUX MORTS
Quels sont ceux qu'accompagne, acclame sur nos bo: ds
Une foule attendrie ?
Ce sont des exilés qui ramènent leurs morts
Au.sein de la patrie;
Ce sont des fils pieux qui conduisent le deuil
De leur père et de leur mère,
Ce sont les d'Orléans, qui s'en vont à la terre
Rendre un double cercueil.
Us furent bienfaisants jusqu'à l'heure dernière,
Pour chaque malheureux,
Les époux qui s'en vont se reposer à Dreux
Sous une même'pierre :
Ils avaient vu jadis leurs vertus couronnées
Par le peuple Français;
5G LES D'ORLEANS
Ils avaient fait régner la liberté, la paix
Peniant dix-sept années ;
Ils prévirent qu'un jour un drapeau rouge et noir
Flotterait sur les villes ;
Ils ne voulurent pas par des guerres civiles
Conserver le pouvoir :
Ils allèrent chercher sur la terre étrangère
De paisibles abris,
Ils passèrent avec tous leurs enfants proscrits
Dans la libre Angleterre
Elle ne sonna pas l'heure de délivrance
Pour la Reine et le Roi,
Ils ne revinrent pas faire régner le droit
Sur le sol de la France :
Seuls, leurs enfants ont pu dans Paris capitale
Rentrer victorieux,
Seuls, ils ont rapporté leurs restes précieux
A la terre natale.
Quels sont ceux qu'accompagne, acclame surnos bords,
Une foule attendrie ?
Ce sont des exilés qui ramènent leurs morts
Au sein de la patrie,
LES DEUX MORTS
Ce sont des fils pieux qui conduisent le deuil
De leur père et leur mère,-
Ce sont les d'Orléans qui s'en vont à la terre
Rendre un double cercueil.
YIYE ORLÉANS
Vive Orléans ! c'est le cri de la France,
C'est le cri de sa délivrance,
C'est le cri de la liberté ;
Vive Orléans ! vive la royauté !
A moi d'Orléans, mes enfants,
Mettez fin à mon long martyre,
Mettez fin au second empire,
Pcentrez en France triomphants ;
A moi... secourez la patrie,
D'Orléans, héros d'Algérie, ■
Faites enfin régner la paix,
La justice avec ses bienfaits;
Vive Orléans ! c'est le cri de la France,
C'est le cri de sa délivrance,
C'est le cri de la liberté ;
Vive Orléans ! vive la royauté !
60 LES D'ORLÉA.NS
A moi d'Aumale, à moi Joinville,
Nemours, Montpensier, la famille
D'Orléans proscrite jadis;
La France reprend tous ses fila ;
A moi... voyez mon coeur qui saigne
Depuis que Napoléon règne ;
Il est devenu mon tyran,
En usurpant le premier rang.
Vive Orléans I c'est le cri de la France,
C'est le cri de sa délivrance,
C'est le cri de la liberté;
Vive Orléans ! vive la royauté !
A moi les d'Orléans, mes braves,
Ramenez le vieux coq gaulois,
Les vieilles libertés, les lois
Que Napoléon fit esclaves ;
A moi... finissez l'anarchie,
Rétablissez la monarchie;
Mes enfants, reprenez vos biens,
Plus de haine entre citoyens.
Vive Orléans ! c'est le cri de la France ,
C'est le cri de sa délivrance,
C'est le cri de la liberté ;
Vive Orléans ! vive la royauté !

Un pour Un
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