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Éclaircissement d'un point essentiel de morale politique, par G. Boullay,...

De
30 pages
Dentu (Paris). 1865. In-8° , 31 p..
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ECLAIRCISSEMENT
D'UN POINT ESSENTIEL
LE
MORALE POLITIQUE
PARIS. — IMP. SIMON RACON ET COMP., RUE D'ERFURTI, 1.
ÉCLAIRCISSEMENT
D'UN POINT ESSENTIEL
DE
MORALE POLITIQUE
PAR
G. BOULLAY
Auteur de la Réorganisation administrative, de la Société mécénienne de France, etc.
PARIS
E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
PALAIS-ROYAL, 17-19, GALERIE D'ORLEANS
1865
ECLAIRCISSEMENT
D'UN POINT ESSENTIEL
DE
MORALE POLITIQUE
I
Dans un écrit intitulé Politique internationale, qui
sera prochainement publié, nous attribuons à la poli-
tique de l'Empereur de notables changements surve-
nus dans la situation de l'Europe. Nous établissons
que, par la sagesse et la modération de sa politique,
l'Empereur, après avoir plus d'une fois écarté de nous
les dangers d'une coalition imminente, a rendu à peu
près impossible le renouvellement d'un concert qui
— 6 —
fut longtemps le noeud de la politique européenne. La
preuve de cet heureux dénoûmenT réside pour nous
dans la convention du 15 septembre 1864, passée avec
notre illustre et chevaleresque allié, le roi Victor-
Emmanuel. Or, il y a quelques années, un traité
pareil eût causé un ébranlement général suscité par
les absolutistes, par ceux des membres des diverses
aristocraties européennes appartenant au parti du
progrès rétrograde et par les fanatiques de toutes
sortes (chefs des jésuites, ultramontains, parti de la
croix, etc.), en un mot par tous les fauteurs de la
coalition. Aujourd'hui, tout est calme ; notre ciel est
pur, et l'orage ne s'essaye pas à gronder, même
dans le plus obscur lointain. Non-seulement nous
n'avons plus aucun sujet d'inquiétude, mais tout
tourne en notre faveur, jusqu'à la réponse de nos
adversaires. Rome, que l'Autriche même abandonne,
nous adresse une bienheureuse Encyclique dont nous
avons tout lieu de nous féliciter. L'Encyclique nous
fait entendre que le Pape, loin d'avoir à renoncer à
ses États, est le souverain spirituel et temporel de
toute la terre. Cette doctrine, qui ne fut jamais celle
de l'Église universelle, soulève en effet une univer-
selle répulsion. Beaucoup de personnes, qui la favo-
risaient sans le vouloir et faisaient de l'ultramon-
tanisme sans le savoir, reculent effrayées. La petite
secte ultramontaine se voit réduite à ses meneurs.
7
L'impuissance, telle est. désormais sa doctrine, et,
pour les sectes, quelque audacieuses qu'elles soient,
l'impuissance c'est le ridicule et la mort. L'ultramon-
tanisme agonisant va céder la place au gallicanisme,
c'est-à-dire à la religion reconnaissant la souveraineté
du peuple pour un de ses dogmes essentiels. Suivant
le même principe, la politique traitera le Pape en
monarque constitutionnel de l'Église et le catholi-
cisme reconnaîtra là sa véritable doctrine. Le gou-
vernement, dès lors, et les pères de famille n'accor-
deront plus leur confiance qu'à des ecclésiastiques
gallicans, et la paix toujours troublée par les excès
de l'ultramonlanisme va renaître dans l'ordre civil et
religieux et durer indéfiniment.
Cette question ainsi résolue, nous arrivons à notre
objet essentiel, traité, comme nous venons de le dire,
dans notre Politique internationale, et produit ici par
extrait. Nous avons nos raisons pour procéder ainsi
dans cette publication.
Dans l'écrit en question, nous pensons prouver que
l'Empereur en viendra, et plus tôt que plus tard, à ses
fins, c'est-à-dire à réaliser son projet de congrès eu-
ropéen. La paix sera consolidée, comme elle doit
l'être, par la reconstitution des nationalités. Tel est,
vraisemblablement, le but de Sa Majesté, qui ne parle
ni n'agit en vain, et tel sera le fait du congrès. Du
reste, quiconque souhaiterait qu'il en fût ainsi aurait
— 8 —
tort de parler à ce sujet autrement que nous. Le
moyen que le fait ait lieu, c'est que tout le monde
l'affirme. Or, tout le monde, ou peu s'en faut, est ami
des nationalités. Que l'affirmation universelle soit
aussi résolue qu'elle doit l'être, la politique des États
s'y conforme et la paix en Europe nous est assurée
pour un avenir indéfini.
La pensée de l'Empereur ne peut pas manquer
d'être comprise par tous les gouvernements, puisque
déjà le plus grand nombre d'entre eux l'apprécient
comme elle mérite de l'être, et l'exécution en sera
secondée par l'opinion publique européenne, près de
laquelle nous nous mettons en instance.
Depuis le jour, en effet, où l'empereur a lancé sa
lameuse proposition, Sa Majesté a grandi plus rapide-
ment encore dans l'opinion, qui commençait déjà à
être moins prévenue contre lui. On a vu enfin que
son désir de la paix, depuis si longtemps exprimé,
était sincère. Naguère abusés par ses ennemis, les
peuples ne peuvent plus l'être sur le compte du chef
d'État qui propose de s'entendre avec lui au grand
jour, en présence de tout le monde. A ce sujet, il y a
lieu de remarquer combien il est fâcheux que l'Em-
pereur n'ait pas été compris dès les premières années
de son règne ; s'il l'eût été, que de victimes de moins,
que de tristes spectacles épargnés à l'Europe, que de
maux à l'humanité!
— 9 —
Or, non-seulement l'Empereur n'a pas été com-
pris dès l'abord, mais il y a eu une méfiance gé-
nérale à son égard. Nous demandons alors : Pour-
quoi cette méfiance? et nous répondons : C'est à
cause de l'origine de son pouvoir. Appréciant avec
des lumières morales insuffisantes, l'opinion s'est
complètement fourvoyée en ce qui concerne le 2 dé-
cembre.
Tout le monde a profité du coup d'État, et tout le
monde l'a blâmé. Les partisans même du gouverne-
ment impérial, fût-ce les plus éclairés et les plus dé-
voués, hésitent encore à ce sujet ; ou bien ils n'hésitent
pas, mais ils emportent la difficulté de haute lutte, en
déclarant que ce qui fut nécessaire à ce point fut
moral. Ils ont raison, mais ils ne le prouvent pas. Ils
n'établissent pas en ce point l'accord de la morale et
de la nécessité. Par suite, ils ne répondent pas à l'ob-
jection des personnes qui déclarent qu'il n'y a qu'une
chose nécessaire en ce monde, c'est de faire son de-
voir, et n'admettent pas les oppositions de la morale
et de la politique ; or, nous sommes profondément
de l'avis de ces personnes. Nous n'admettons non
plus aucune opposition entre la justice et l'utilité,
qui ne sont que les faces diverses d'un même fait,
la vérité, laquelle n'est jamais en contradiction avec
elle-même.
C'est pourquoi, considérant le 2 décembre comme
— 10 —
« un acte sauveur 1 » nous prétendons que cet acte
est moral dans toutes ses parties.
Il nous fallait disculper l'Empereur sur ce point vis-
à-vis de l'Europe, et nous n'éprouvons aucun embar-
ras à le faire-, assuré que nous sommes de justifier ce
coup d'État de la manière la plus absolue. Or, quand
on comprendra que l'acte dont on a fait si longtemps
un crime à l'Empereur, non-seulement n'est pas un
crime, mais, ne pouvant pas être une chose indiffé-
rente, est une grande et belle action, le malentendu
entre lui et l'Europe cessera complètement, et la gra-
titude prenant la place des accusations malveillantes
l'aidera à poursuivre l'oeuvre de son congrès, pour
laquelle l'Europe ne lui devra pas moins de recon-
naissance. Ainsi donc, tant que le 2 décembre n'aura
pas été moralement justifié, il y aura opportunité à
revenir sur ce coup d'État. Une justification pareille
importe à l'honneur de nôtre gouvernement, de
notre pays, de notre histoire. En présence de cet
intérêt patriotique, on doit se sentir de l'ardeur pour
une telle entreprise, ou avoir le désir qu'elle ait un
plein succès.
En France pourtant nous rencontrerions l'objection
des personnes qui se plaindraient de ne pouvoir nous
répondre. Cette objection ne détruit pas notre thèse.
1 Expression du maréchal Pélissier.
— 11 —
Si le 2 décembre est justifié vis-à-vis de l'Europe, il le
sera pour tout le monde, avec ou sans le droit de ré-
ponse. N'est-il pas possible, en effet, que l'évidence se
fasse sur cette question, bien qu'il soit interdit de nous
répondre. Si nous y atteignons, rien n'empêchera qu'on
ne le reconnaisse et qu'on ne l'avoue. De la nécessité
de l'acte nous déduisons sa moralité et par consé-
quent l'erreur de ceux qui le blâment. Mais qui-
conque n'admettrait pas cette nécessité, malgré nos
preuves, ici n'est pas en cause; nous n'attaquons pas
les gens qui ne peuvent se défendre.
Après la justification d'un fait contre lequel exis-
taient de si grandes préventions, il paraîtra peut-être
vraisemblable que nous soyons en mesure de justifier
également l'absence de liberté de discussion sur ce
point. Quoique ce ne soit ni bien difficile ni bien
long, nous le ferons ailleurs; ici ce serait hors de
notre sujet.
II
Les révolutions sont les coups d'État des peuples, et
les coups d'État sont des révolutions opérées par les
pouvoirs. L'un comme l'autre fait peut être criminel
ou méritoire. Dans ce dernier cas, on le juge con-
forme à l'une des formules de l'éternelle justice,
inscrite dans notre code et dans celui de toutes les
nations : la légitime défense de soi-même et d'autrui,
spécialement d'autrui, dans l'un et l'autre cas. Pour le
pouvoir ou pour les citoyens, le motif qui fait ap-
pliquer le principe de légitime défense est le même,
le danger que court ce pays. Le coup d'Etat a lieu
lorsque la société se trouve menacée par la violence
de minorités factieuses auxquelles la majorité n'a
pas su imposer un frein, — la révolution, lorsque la
société est conduite à une catastrophe par la mau-
vaise gestion des gouvernants.

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