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Éclairez-nous ! par Ch.-J. Dérisoud. 2e édition

De
15 pages
impr. de Chambaud (Bourg). 1871. In-8° , 14 p..
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ÉCLAIREZ-NOUS !
PAR
CH. -J. DERISOUD
DEUXIEME EDITION
PRIX : 40 CENTIMES
ÉCLAIREZ-NOUS !
PAR CH. J. DERISOUD
DEUXIEME EDITION
DÉDIÉ A GAMBETTA
I
Il y a quelques mois, lors de nos revers, les
trembleurs se sont écriés: la France est perdue !
Le Voe victis retentit partout comme un glas ; les
journaux sonnèrent le tocsin. L'historien compa-
rait la patrie malheureuse à l'empire romain crou-
lant sous les efforts des barbares ; — l'empereur,
efféminé et lâche, devait nous entraîner dans sa
— 2
chute. Des fantaisistes prédisaient à notre territoire
le morcellement général et la fin de la Pologne.
L'allemand se frottait les mains. Les rois, nos voi-
sins, attendaient leur part du grand gâteau.
Un seul homme, Gambetta, — l'histoire lui ren-
dra justice — ne désespéra pas du salut du pays.
Il releva l'étendard sacré, trouva des armées et nul
doute que, sans les efforts des ennemis intérieurs
de la République, il n'eût repoussé l'invasion.
On fit une paix honteuse et les poltrons gémirent
plus fort que jamais.
Mais ils avaient oublié deux choses : l'imprimerie
et quatre-vingt-neuf.
Les barbares avaient pu rendre les Romains
esclaves; les rois avaient pu se diviser la Pologne ;
mais on ne peut anéantir la patrie des philosophes
et des droits de l'homme. Les prophètes de mal-
heurs ne s'étaient trompés que de cinq siècles.
La cause de nos désastres, c'était l'opium que
nous a versé pendant vingt ans un abominable scé-
lérat ; mais la dose n'a pas été assez forte pour
nous tuer. Aujourd'hui le poison a produit son effet,
nous sortons de notre torpeur. Nous n'étions pas
morts, nous n'étions que tombés en faiblesse. La
vieille Gaule s'est réveillée républicaine.
Bismark pensait nous avoir ruinés.... et voilà
qu'un gigantesque emprunt est couvert en un ins-
tant.... Les Allemands se retirent peu à peu, dé-
sappointés.
Il croyait avoir tari les sources de notre exis-
tence ; et déjà tout reprend une vie nouvelle
le commerce, l'industrie retrouvent leur activité ;
les arts eux-mêmes reprennent leur vigueur... La
résurrection est partout.
Elle serait bien plus active si les monarchistes,
qui sacrifient sans remords la patrie à leur amour
de domination, n'entravaient de toutes parts les
efforts des honnêtes gens. On les a vus, les terri-
bles courtisans, faire des voeux pour la Prusse et
agir secrètement pour elle. On les a vus envoyer
— 3 —
nos armées à la mort inutilement — car ils ne vou-
laient pas que la République fût victorieuse — et
masquer leur crime d'une bêtise suprême. On les
voit aujourd'hui lutter contre les patriotes qui
veulent relever la France. On les verrait couvrir
la patrie de ruines s'ils savaient pouvoir régner sur
ces ruines. Qu'ils soient maudits, eux et leurs
maîtres !
II
Non, la France n'est pas morte !
Aussi, les sinistres cousins et leurs valets com-
mencent à trembler et une grande guerre se pré-
pare, celle des rois contre les peuples. A l'aspect
de notre République qui, après quelques années
d'existence, pourrait bien faire le tour de l'Europe,
le czar, Guillaume, l'autrichien, l'anglaise, le pape,
tous sont en communion d'idées et cherchent à se
serrer les uns contre les autres. Craignons-les, car
ils ont entre leurs mains la stupidité humaine et
les millions volés a leurs peuples. Avec leurs en-
couragements, Chambord, d'Aumale, Bonaparte
conspirent. Que sortira-t-il de cette lutte ? Ou
l'asservissement des peuples ou la liberté défini-
tive. Républicains, tenons-nous bon !
Mais, pour combattre, ce n'est pas assez d'avoir
du patriotisme et du courage... L'héroïsme ne
suffit pas. Il faut encore savoir faire une guerre
intelligente. La France avant tout a besoin d'ins-
truction.
Oh ! plaignons l'homme ignorant, car il ne peut
être un vrai citoyen. Il comprend l'intérêt : voilà
tout, et encore le comprend-il mal. Il passe au mi-
lieu de la nature avec une profonde indifférence.
Il ne voit pas les peuples qui sont sous ses pas ; il
ne lève pas les veux vers les mondes des étoiles.
Il trace péniblement son sillon côte à côte avec le
boeuf. Il ne comprend rien à l'humanité, à sa mar-
che vers le progrès ; il ignore la liberté et c'est à
— 4 —
peine si la servitude lui pèse. C'est à lui que nous
devons les plébiscites et les empereurs, les césars
grands et petits..., nous lui devons la guerre et
notre humiliation.
L'homme instruit, au contraire, marche d'un
pas assuré dans la vie. Il sait les effets, et les cau-
ses. Il a à sa portée les chefs-d'oeuvre des maîtres.
La nature lui parle et il la comprend. Il vit double-
ment. Il cherche la vérité dans la philosophie et
dans la science. L'histoire lui tend son livre plein
d'enseignements. Il aime la liberté, car il sait s'a
valeur. Lui seul peut appliquer le droit. C'est
l'homme complet. C'est le vrai citoyen.
La classe la plus ignorante est, hélas ! la plus
nombreuse. L'ouvrier des villes progresse chaque
jour; il comprend la nécessité de l'instruction, il lit,
il étudie, il veut savoir.
Mais le paysan reste stationnaire.
A l'aurore de l'immortelle révolution, le paysan
était l'homme du monde le plus opprimé, le plus
bâtonné, le plus pendu. Les Jacqueries avaient
toutes avorté. Il n'osait lever la tête aux cris de dé-
livrance que poussaient les villes. Il hésita long-
temps avant de prêter l'oreille aux principes nou-
veaux. Quand on lui disait qu'il était l'égal de son
maître, il s'enveloppait de sa prudence ordinaire.
Mais quand il vit les seigneurs trembler à leur tour,
tous les sentiments de haine, de vengeance qui
s'accumulaient dans son coeur depuis des siècles se
firent jour à travers sa rude écorce. Il éclata enfin :
sa voix sauvage troubla le silence des champs. La
bête de somme devint bête féroce. Il brûla les châ-
teaux de ses oppresseurs et dansa la carmagnole à
là lueur des incendies qu'il avait allumés. Ses pères
furent vengés.
Enfin elle fut à lui, cette terre aimée, humide de
ses sueurs qu'il avait embellie, enrichie pour d'au-
tres. Le vieux soldat du travail dit avec orgueil :
mon champ ! mon bois! ma vigne! Il était enfin