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Élégies / [Ramond]

De
84 pages
de l'impr. de la Société littéraire et typographique (Yverdon). 1778. 90 p. ; in-12.
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ÉLÉGIES
At vos exigea pecori, {hreTqQef lupiqne,
Earrite de uugno-eS: prxda peten ia. gregc*
-'̃̃'̃ Y VERD O,N.
de la Société Littéraire.
& TypograpMqne.
M. DÇ-Ç. LXXTIII.'
Aij
PARTIE.
Bats tbare My vafe, in teitnif (fny toit.
SHAKESPEAS- As yon like itr
Aiij
voila le fouhait de tous
les amans. IL ferait fi doux, d'avoir une
couronne à donner- J'ai fait fouvent des
vœux plus. modeftes vous lavez-, Sophie
s'ils ont été plus exaucés.
je dis. fi feulement j'avais été heureux
.mais je ne iuis qu'amant & poëte Se
je ne puis. vous donner que mon cœur
& mes vers.
Sophie, c'eft loin de vous, c'eft dans-
un autre climat que triftement aûîs à
l'ombre des mélèfes je me rappelle tant
de vœux rejettes tant d'efpérances déçues.
G'eft d'ici que je vous aarefTe quelques
feuilles légères "puiSent elles ne franchir
que pour vous l'enceinte gothique de
votre patrie
A iv
0SmÊ GIES;
A ZÉLIS.
-OLlmable enfant, charme de la nature
Dont le regard embellit l'univers,
Amour, reçois & mon cûeur & mes vers
Et les foupirs d'une ame tendre & pare
Star mon berceau tu répandis des fleurs;
j Iremiere. Partie.
Ta m'élevas l'ombre de tes xofes
En folatrant, tes lents demi clofes
M'apprenaient l'art des baifezs enchanteurs.
Novice encore, à l'abri de tes ailes,
J'ofe voler au fein de la beauté
Treffe pour moi des couronnes nouvelles
Amour, fouris à mon coeur enchanté
Zélis, tu fais fi de l'enfance
Mon cœur pour tes appas
Abjure l'indolence
Je brûle, & ne veax dans tes brajî
En canferver que l'innocence.
O Zélis de nouveaux defirs
Dans nos ames viennent d'éclore;
Oublions les jeux de l'aurore:
Un beau jour nous promet encore
Des jeux, & de plus doux plaifirs..
Eh! qu'eft-ce près de notre, ivreflfe r
Que le calme des premiers ans ?
Un fenl baifer, 6 ma déefle,
Un feulde tes baifcrs ardens
Elé g i e s
;.Donne le prix à la jeuneffe..
Baifons-nous cent fois, () zéus r
Baifons-nous mille fois encore;.
Que, fous ma bouche, un fein de lys
Du feu des. baifers fe colore
Qu'en nombre, ces baifers brûlans
Surpaffent les bouquets du parterre de Flore,
Et les aftres étinçellans
Qui s'éclipfent devant l'aurore.
Sur ce gazon loin des regards du jour
Nous nourrirons notre ardeur enflammée
Le doux Zéphir d'une aile parfumée,
.Ranimera le. flambeau de* l'amour.
Seul de, nos doux fecrifices,.
Il me verra, fur ton feisi agité,
Goûter, tantôt ltextafe dès délices,
Et tantôt le repos qui fuit la volupté..
'Ceft là que, d'une voix faciie,
Je formerai les pins doux chants
L'amour, à ma mnfe do.cile »
Seul, infpirera des accens;
Je" chanterai," dans juor. ivrefle?,
» t/ ÎÎE MI IE2 ïi"K Ilï,
Et les beaux jours de la tendreflc
Et Ies minutes du plaifîr;
L'oifeaa fufpendra fon ramage;
L'amonr, dans la coude volage,
S'arrêtera pour applaudir
O ma Zélis à mon hommage
Tu répondras par un foupir.
C'cft ponr toi déformais,qne ma lyre, en cadence,
De nos bofqnets ombreux troublera le filence
Ma mnfe, avec. tranfport, fous des berceaux de
fleurs,
Aux échos attendris redifant" tes faveurs,
Laiflera le génie aux ailes épandues
Épouvanter les ris en tonnant dans les nues.
Eh que m'importe à moi, dans cevafte univers
Quelle loi raie mouvoir tous ces globes divers?
Qu'au delà de nos mers-
L'Anglais'traîne au combat fa coupable milice?'
Un peuple de héros, armé de fes vertus.,
Peut écraser fans moi des bataillons vendus.
Que le fer étincelIé amour; dans nos boccages
De- tranquilles réduits foffiiront leurs'ombrages;
Là des larves hideux, par de Nombres foup&s
N'épouvanteront pas le fomméil' des plaifirsj
Il 6 ÏES il
Le cri de la terreur, dans cet épais feuillage,
Jamais du roffignol n'interrompt le ramage
Et des fleuves de fâng aux pieds de deux amans
Ne murmureront pas les plaintes des mourans.
Amour fans toi la terre eft dans la nuit profonde:
C'eft ton regard, c'eft ton flambeau vainqueur
Qui donne fon éclat au fpeâacle du monde;
C'elt lui qui prête un charme féduâeur
Au jour qui luit fur toute la natare;
Et des douceurs à cette nuit obfcure,
Dont l'affieux voile y répand la terreur.
Puifiè-je, dans Phyver de l'âge,
Conferver mon cceur & mes- feux!
Puiffe le tems dans fon ravage,
Oublïer-l'infiânt de 'nos jeux
Ibrfque, fur nos fronts,. les années
Changeront le myrte en cyprès,
Des fauvenirs remplis d'attraits,
Loin de nos couronnes fanées
Chafferont encor les regrets.
Sous nos rides, toujours plus tendre,
L'amour découvrira des traits
Aux quels il ne peut fe méprendre
$z Peï mi e.r e ? A R T 1 TE
Dans des yeux las de voir encor
Il nous fera trouver des charmes;
Les jeux erreront fans allarmes
Autour de Turne de la mort;
Et quand enfin la main du fort
Dans la nuit du tombeau nous aura fait defcendre,
Sur le marbre glacé, qui joindra notre cendre,
Que les amours en pleurs aux branches d'un
cyprès
Sufoendent en fèftons leurs myrtes & leurs traits.
Dans les rameaux çonr6és de ce trille feuillage,
Le roffignol,. en en long regrets,'
Tiendra prolonger fon ramagè;
Sur la moufle trille & fâucage,
L'amant en pleurs s'arrêtera;
Le ruifleàù' n'y murmurera
Que quelques .plaintes fugitives
Le fouffle embaumé des Zéphirs
Ne portera que d'ès Soupirs
Aux violettes de ces rives.
Mais quand l'aftre des nuits, de fou difque argenté,
Blanchira le fomraet de ce tombeau tranquille
Nos manes, en. filence â fâ pâle clarté
EJECTES IJ
Sortiront, s'3 fe peut,- du fonds de leur afyle;
Ds oferont fouler ce gazon regretté,
Ils fe joûront eacor dans ce vallon fanvage
Témoin des jeux de notre premier âge.
34 Première Par tii;
LE 1UISSEAU
%^J toi qui repofais dans une urne tranquille,'
Toi que mille rochers couvraient de leurs remparts,
Ruiffeau pourquoi fortir du fond de ton azyle?
Ah crains le jour & fes regards
Un foleil imposant, des campagnes riantes;
L'aurore qui fourit, & des nuits plus touchantes;
Tout promet le bonheur ,mais touta des hazards;
Tu t'échappes, tu fuis, guidé par Pefpérance;
Mais ce bonheur, dont l'apparence
Fait -frémir tes flots agités
Ce bonheur,que tu fuis, eft une ombre înfideHe:
Envain ton murmure l'appelle
Il fuira déformais tes canaux argentés.
Loin de ces tranquilles ombrages,
Hélas ne crois pas que toujours
les cieux, d'un rayon pur, éclairent tes rivages
Même au milieu des plus beaux jours
El, É6I.ÏS S
Il s'élève de noirs orages.
J'en ai vû d'effrayans en altérer l'azur
Soavent leur voile obfcur
Porte l'effroi dans nos boccages;
Bien fouvent, envain defiré
L'acre du jour, au milieu des nuages,
A fourni fon cours ignoré.
Ainfi battu par la tempête,
Quelque fois enchaîné par le froid des hyvers>
Captivé dans nos champs, perdu dans les défers,
En regrettant ta paifible retraite,
Tu vas parcourir l'univers
Mais, que dis.je? tu fuis le penchant qui t'entraîne
Vers la rive inconnue où; tu dois reposer;
Tu vas chercher.îa région lointaine,
Qui pourra te défab.ufer.
En cet înüant,. la. nature, eft parée
Des plus éclatantes couleurs;
Le foleil plane feul dans la route azurée
Tout fourit. Arnufé de préfages trompeurs
En murmurant tu fuis ce vallon folitaire
Et dans ton cours, ô ruiffeau téméraire
Tu ne prévois, que d'aimables erreurs.
Hé bien fuis ta pente invincible
'ii P R E u"i Te r e PARTIE.
Fuis ces bords enchanteurs
Puifle ton onde, enfa courfe paifible,-
H'arrofer que des fleurs
Que des vents orageux rimpétueufe haleine,
Que les torrens des ccleftes canaux,
Du fonds de leur tranquille arène
Ne foulevent jamais tes flots!
Puiffent les driades charmantes,
Sous un ombrage toujours frais,
A tes ondes errantes,
Confier leurs attraits!
Qpe ta fource {acres
Devienne, en les touchant le filtre du plaffir;
Qu'à tes flots careffans, la bergere livrée,
Trouve dans fon ame enivrée
le premier fentiment ou le premier defir.
Sans. fixer le but du voyage,
Trop heureux, fi tu peux toujours
.Amufer ainfi ton pailage
Par de charmans détouis
Avant que la mer écumante,
Bont l'abyme engloutit tant de fleuves divers,
Entraîne ton onde inconftante
Dans les noirs torrens des enfecs.
EticiEs
a
Mais fi jamais, traverfant ma patrie,
Tu. baignes dans ton cours'
Cette terre chérie,
Où j'oubliais mes premiers jours
Dans les bras de Sophie
O ruiffeau fortuné rallentis un moment
L'impatience qui t'entraînè;
Va murmurer aux pieds de celle qui m'enchaîne
Porte lui les foupirs, les voeux de fon amant.
Quand fur le gazon dé ta rive
Elle ira rêver ea facret
Si fur ton onde fugitive
Elle jette un-regard diftraït,
Ah qu'une émotion, que fon cœar interpréts
Lui dife que tu viens du fonds-de ma retraite!-
Avec les plus beaux de nos jours
Que mon image retracée '•
Du fouvenîr de nos amours
Occupe un moment fa penfée!
En- fongeant celui qui de fes premiers feux
Sut enflammer fon coeur, fi fenfible- & fi tendre,
Ses beaux yeux donneront une 'arme à nos
Qu'elle s'uniffe regret fait répandre
18 Psemiebe'Pajîtie.
A fon amant fidelie & malheureux;
Et que tes flots vers des mers inconnues
Roulent nos larmes confondues
Et les abyment arec eux
• Xji
B SI
H Y --M M;/£
A-MON AMI
nE s de la nuit!
Heures tranquilles du filence
Du tems rapide qui nous fuit,
Vous femblez fixer l'inconâance.
Dans les bras de. Morphée oubliant le moment:
Doucement enivré de pavots léthargiques,
Sous vos crêpes mélancholiques
IL s'envole plus lentement
J'ai vu jadis des nuits plus fugitives:
L'amour les amufait, & de £,on vol badia
• Entraînait les heures craintiTes,
Et Mtalt celles: du matin.
Heures tranquilles du filence
Heures paifibles de la nuit,'
.*̃&©• ÏKîHIIÏE PiiTIE
Vous étiez desinfîans, quand j'adorais Hortenfe;
Le jour feul était long je. craignais fa préfence
Maintenant le jour & la nuit
Et le tumulte & lefilence,
Tout pefe, tout eft long, toct m'amène l'ennui.
Ah s'il me faut d» nouveaux longes,
Tendre amitié, fource des vrais plans
Ou des plus durables menfonges
Satisfais d'irinocens7 defsrs
?rens ton flambeau, déefle bienraifanter
Prens ce flambeau pâle mais fur,
<$ûi ne brille jamais d'une flamme éclatante
Mais qui ne-, s'éteint-point dans un nuage oofcur-
Prens ce flambeau qui furvit à I'orage
Que le tems deftru&eur enflamme davantage r
Qui brille fur la tombe & n'en eft que plus pur..
Ecartant des ombres funèbres-,
précède moi dans l'horreur des ténèbres
Heures paifibles de la nnit
Heures tranquilles du filencei
Coulez plus lentement: dans fa fimple irmocenee
L'amitié peut encore amufer mon ennui.
Sans doute » ea cetinftant, d'agréables nienfowges-
E t, E G I I S 2r
.Biij
Careflent mon ami dans les bras -da fommeil;
O vrais plaifirsi volez fur les ailêsîdes longes;
En l'amufknt, retardez fe-n réveil
H eft des vérités, fi- douces,- fi touchantes,.
Que fon coeur peut les préférer
Aux chimères les plus brillantes.
Dites lui que, hâtant mes pas
J'efpère l'embraffer encore-
Et renouer un lien plein d'appas;'
Dites-lui que je vole, & précède l'aurore.
Ah î Vous le charmerez, doux ronges que j'implorc,
Et vous ne Te tromperez pas.
Redoubles, ô fommeil, ton ivrefle profonde
Livre moi mon ami, qui, dans l'oubli du mondes
A fon ami pourra fonger.
Que fes premiers regards vers la voûte éternelle^
En cherchant fa clarté-, fi touchante, & S bellc,
Rencontrent- un- ami fidèle
EC digne de la partager r
Alors, aux plus doux témoignage»
D'un fentiment rempli d'attraits,
Succéderont des entretiens volages,
Cfiarmans, puifquè le cœur cn aura fait les frais».
Nous parlerons de peines paflagères,
D'amufemcns momentanés
'ÎBEH.IEHE.Î- AS T 1 E.
D'illufions trop chères,
De plaifirs trop gagnes;
Un peu de bagatelle & de philofophic
Beaucoup, hétas de ces amanrs
Qui, peut être, feraient le charme de la vie
Si la méchanceté n'en corrompait le cours
Trop, fans doute, de vers, de ces tendres archives
'Où nos paffions fugitives
Confacrentles erreurs des plus beaux de nosjours.
En ces inftans fi chers des'ames fenfibIes,
Tendre amitié, fource des vrais plaifrrs,
Ainfi prépare nous des fentimens paiiîfales
Et fatisfais de tranquilles deGrs!
S'il eft vrai que nos jours s'écoulent dans les
fonges,
Si tout offre à nos yeux des tableaux peu réels,
A tant de préjugés futiles ou cruels
Nous faurons préférer de moins triiïes menfonga.
Heureux du moins, dans 17erreur du fommcQ,
Nous aurons cru- jouïr de la douceur de vivre,
Et qu'importe à nos coeurs le moment qui doit
fuivre
Un beau rêve, prépare un tranquille réveil
E-. va g i e s 23
fcBw
LE IOM DE ZÊLIE
Sous quel nom t'implorer. Compagne d'Apollon!
Toi dont la voix fimple & légère
Chante les noms confacrés à Cythère,
Sous les berceaux du faint vallon!
Erato, viergé du Permeffe,
Toi qui dans ta célefte ivreffe
Attendris la favante cour
Par les plaintes de la tendrefle
Et les cantiques de l'amour
0 mnfe prens ton luth amoureux & fonore 5
D'Uranie & de Terpflchore
Fais taire les bruyans concerts
Chante le nom de celle que j'adore,
Chante Zélie à l'oniTersi
S4 F K E M I E -Sç'-E F A- K T T E
Que les chœurs éternels du Pinde & cfîdalîe
Célèbrent avec^ toi le nom de. ma Zslie
La nataré êmbeilïe
A leurs accens s'animera;
Au dons nom de Zélie.
Le printems fe réveillera..
De boccage en boccage.»
Sur fon aile volage,
Zéphir le portera!'
L'écho du rocher folitairev
En (bupirant, me redira-
• Le nom chéri de ma bergère.
Ci nom charmant mes vers te fixeront
Sur l'écorce des jeunes hêtres
Les guirlandes champêtre
En chiffres s'entrelaceront.,
Sur Parêne de ces rivages.:
l'onde en careflèra l'emblème paC&ger.
Sur fon front menaçant l'audacieux rocher
Te portera, dans les nuages'
Sous les heureux préfages
De cet amoureux talifinan,
CroifiFez fombres boccages4"
V Errez ruifleau-charmant,1.
ElÉ GI ES 2j
Que tout aime fous nos ombrageas
Un doux enchantement
Nous promet des jours fans orages.
Coulez déformais, û beaux jours
Coulez fur les champs que j'habite
Que tout retrace, à mon ame féduite,
Un nom fi cher à mes amours!
Quand de mon ame défaillante
L'âge éclipfera le flambeau,
Qu'il couvre la voix effrayanfe
Qui s'élèvera du tombeau!
Que je le baife encor, que je :e lire,
Prêt à fermer les yeux;
Pour fes derniers adieux,
Sur mon bûcher, que l'amour le redire!
Qu'il le grave de fes traits,
Sur les marbres funéraires
Et fécorce des cyprès;
Longteais les jeunes bergères
L'uniront à leurs regrets.
Et fi l'amant heureux, i fa maitrefîe :almée,
A ma lampe funèbre allument leur flambeau
Qu'ils prononcent ce nom ma cendre inanimée:,
51a cendre frémira du fonds de fon tombeac.
PREMIERE Partie.'
.MES AGES.
IL fut un rems, 3 m'en fouvient encor
C'était le bon tems de ma vie;
Parmi les jeux, à l'abri de l'envie
Mes jours s'écoulaient fans effort.
Tout à mes yeux était prodige
Une fource qui jailliffait,
La fleur qui couronnait fa tige,.
Le Zéphir qui la carreffait,
Un nid d'e fauvettes, que dis-je?
Un papillon m'intéreffoit.
Aujourd'hui tou t eft grand; calculant leur balance
Les états attentifs croifent leurs mouvemens;
Le midi craint le nord, le repouffe en filence;
La paix vole,indécife,aux champs des mufulmaiw
Sur un roi défiré notre empire s'appuie;,
EriGiES ï7
le tîirône capitule avec nos parlemens.
Tout forme fcène & je m'ennuye. £.
il fut.tm tems, ce beau tems eftpafle',
Où mon dprit, aux voûtes étemelles
S'élançait d'un vol emprefle.
Audacieux aiglon, fur mes plumes nouvelles y
Imitant l'aigle aider qui traverfe les deux
Je fuivais fes fentiers & du flambeau des dieux.
Je- dérobais les étincelles.
Et l'algèbre & fes profondeurs,
Et les fecrets de la chymie,
Et les fyftêmesJedu&eurs
D'une pompeufe aftroaomie r
Je fondai tout, hormis la fdence des coeurs,
Jen avais un pourtant je l'appris de Thémirev
C'eft alors que dans mon délire
Je m'écriais tout eft erreur,
» Hors le fentiment qu'elle iafpire L
Sciences, montrez-moi les aftres. du bonheur
Les fecrets de l'amour l'art charmant de:
traduire
Un regard enchanteur,
Ou d'interpréter un fourire
Etais-je dupe de mon cœur?
28 PREMIERE PARTIE.
C'eft an lendemain à le dire. •
E fut ce tems, cet heureux tems,
Ou je difais ma maitreffe
Prens mon cœur & mes dix-huit ans
C'eft tonte ma richeffe
Ma Thémire, à fon tour, me donna fa tendreffe;
-'Elle me donna les appas,
Son innocence, fa jeuneffe.
Que ne me' donna-t-elle pas?
A cette union d'exiftençe
Lequel gagna? je n'en fais rien;
Nous étions jeunes, & l'on penfe
Que chacun y mit trop du lien.
3'y perdis ma jeuneffe, elle fein innocence.
Tantmieux difais-je, au fort de mon ardeur;
Perdons tout; c'eft pour lui qne l'amour nous
fit naître
Lui confacrer des jours dont il eft maître'
C'eft les placer au profit du -bonheur
Aujourd'hui j'ajoutc–Peut-être.
E L É G I E S, • Z9
V L
ASP ASIE»
A S 0 K A m d N T.
J. U te plains de mz rigoenr
Ah tu ne v.ois pas mes larmes
Tu ne combats que mon coeur;
Moi, le tien & mes aIlarmes..
Le remords fuit un faaiièr
Prens pitié de ma fàiblefîe
Ceflè, cruel amant, ceife:
Je ne pourrais refufer.
jo Ire MIE B. e- Partie;
A3LCIBIABE
A LA BELLE AS F ASIE.
Oin de ces lieux Afpafie où ton coeur
Soupire avec remords un amour plein. de char-
mes,
Où tu te crois coupable en le voyant vain.
queur
Tu le fais, loin de toi, je cède à la douleur;
Nous nous aimons, & nous verfons des lar-
mes
Dieux fi 17amour a des allâmes
Où trouver le bonheur ?
Tu te fouviens de ce moment terrible
Où, gémiflànt d'être fenfible,
Tu me repouffais de ton fein.
Trop crédule victime
D'un préjugé cruel & vain
Elégies 31
Dans l'amour le plus doux tu ne voyois qu'un
crime.
JUx! connais mieux ce fentiment vainqueur!
L'amour a'eft vicieux que dans les cœurs coupa-
bles
Quand le dévôt le peint fous des traits haîP
fables,
Il le juge d'après fan coeur.
L'amour, par nos penchans, s'avilit ou s'épure
Un. fourifa, un baifer n'eft que ce qu'on Ie
fait
Pour umame innocente & pure,
C'eft un plaifir peut-il être un forfait?
Non je ne connais- point de trompeufes déli-
ces
Le poifan n'eut jamais une fàuflè douceur
Contre l'impulfion du cœur
La nature n'a point prononcé de fupplices;
Toute loi n'eft qu'âbus tout précepte eft er-
reur,
Et les remords font des v.engeurs. factices.
J'interroge les tems & leurs variétés;
le parcours d'un œil fec dans leurs plates an-
nales
\z Première Partie.
Clinquante fieçles de fcandalés, 4
De fotti'fe & d'abfurdité.
Choquant les fots & les prétendus rages 7
Le vrai marche entouré du faux,
Toujours combattant les orages,
Toujours diffipant des nuages,
four en amafi'er de nouveaux
Qui ne' le fuivront pas fur l'abyme des âges.
Le cœur triomphe fsul tous les jours combattu
Sa viftoire doit nous fapprendre:
1 _Si l'amour ifeft pas la' vertu,
Il eft permis de s'y méprendre
Et peut-être, à' îavolupté
On doit, plutôt qu'à l'inexpérience
La couronne de l'innocence
Et l'encens de l'humanité.
Et, quel eft-il femme tremblante
Quel eft-il, ce timide amour
Dont les craintes forment ta cour,
Qui rampe, en criminel aux pieds de fon
amante ?
Ah!s'il recule, épouvanté,
A la porte du Sanétuaire
Elégies.'
c
S'il n'ofe s'élever à l'aftre qui l'éclaire,
Dis quelle cft fa divinité ?
Je connois un amour; dans mon cœur eft fba
temple
Il vit, il regne dans tes yeux.
Sur ce trône je le contemple
Et, pour moi l'univers a pris l'éclat des cieux.
Qu'on me Iaiffe fa flamme, & qu'on blafphême
impie,
Sur fon autel, craigne de Fobfcurcir
En embrafer mon coeur eft le bien que j'envie
C'eft ma gloire, mon fort; la honte eft d'en
rougir.
Si le blâme s'éveille, on rit de l'anathème;
Son eftime n'eti rien, le fentiment eft tout,
Par ce dédain l'on punit fon blasphème,
L'opinion rugit, & la nature-abfeat
L'opinion eh! qu'eft-ce donc qu'un bien
Qui doit au préjugé fa frivole importance ?
Dieu du moment, chaque jour a le G en.
Ce n'eu plus celui d'hier qu'aujourd'hui l'on
encenfe
Au Plus accrédité le fage ne doit rien
J4 PREMIERE PARTIE.
Pas même l'apparence.
Un jour, nous defcendrons aux rives du Léthé
Et, morts, fongera-t.on que nous avons été?
Occupés d'autres foins, peut-être, auffi futiles
Nos neveux, oubliant notre vie & nos. goûts
Ne nous fauront pas gré des vertus inutiles
Dont le vain fouvenir va s'éteindre avec nous.
Déja la tombe, hélas! appelle notre. cendre
Hâtons-nous.de jouir puifqu'il faut y defcendre.
Dans ce gouffre, bientôt, le trépas destructeur
Enfevelira tout fentimens & bonheur.
Alors, de Cède en Cède, augrédefon caprice,
Le hafard changera les vertus des mortels..
Triomphant des erreurs & de leur injnflice,
Un jour, la vérité peut avoir des autels.
Chère AfpaGe, un jour, fur nos tombes tranquilles
On v.erra foupirer la douce volupté
Alors pourtant d'efforts & de larmes. fténles,
Que nous reftera-t-il ? rinfenfibilité.
E L i G I E S
C ij
VIII.
CHANT' DE GUEEJLE,
ALSACIEN,
Du ONZIEME'SIECLE.
UNE Femme de la vallée
Plaifàit depuis long-tems, au bourgrave Mainfroy.
Ce comte était puïflant la plaine défolée
Voyait fes murs avec effroi.
Albert, le:;mari,.de:ïa' belle,
Albert grinçait les 'dénts;.lBÏ^"euljie tremblait pas:
Il tenoit le couteau levé fui l'infidelle..
Le comte était dans les combats.
Ah dit-eUe, fur ce nuage
s, Le corbeau te regarde, & paffe en croafïkntî

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