//img.uscri.be/pth/e528e775b3ca9478d847f92efe197e2dc558de17
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Élégies rhémoises, suivies de fragmens dramatiques et d'un essai sur les nouvelles théories littéraires, par Cyprien Anot,...

De
168 pages
Amyot (Paris). 1825. In-8°.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

ÉHÉOTg IBI&INDISBS.
IMPRIMERIE ET FONDERIE DE J. PINARD,
BUE »'.AÎW>L'-DiUriII.\E, S' 8.
ELEGIES RHEMOISES,
SUIVIES
DE FRAGMENS DRAMATIQUES
SUR LES NOUVELLES THÉORIES LITTÉRAIRES,
l'A H
MEMBRE DE PLUSIEURS SOCIÉTÉS SAVANTES , NATIONALES
ET ÉTRANGÈRES.
:.-^y A PARIS,
CHEZ AMYOT, LIBRAIRE,
RUE DE LA PAIX.
l825.
PRÉFACE.
LE poëme Élégiaque s'est long-temps borné à re-
tracer les peines de l'amour ; il a pris de nos jours
une autre direction ; il semble vouloir aggrandir
son empire et y faire entrer la religion elle-même.
Un Allemand célèbre soutient qu'il y a dans la
littérature deux genres de beauté ; l'un qui se rap-
porte au temps et à cette vie, et l'autre à l'éter-
nité : j'aurais voulu que mon ouvrage fût du der-
nier genre.
Les sentimens religieux prêtent un grand charme
a la poésie en général, mais surtout au poëme
Elégiaque. Les plus belles douleurs sont les dou-
leurs religieuses.
L'existence éphémère de l'homme entre le sou-
venir d'un bonheur perdu et le pressentiment
d'une félicité à venir, l'espérance au divin sourire,
vi
l'amour, ce vestige sublime de notre origine cé-
leste , la charité, ce lien de la grande famille,
cette chaîne mystérieuse qui joint toutes les gé-
nérations, la providence universelle, cette voix qui
répond à l'innocence que l'on immole, à la. fai-
blesse que l'on accable ; tous ces grands objets,
toutes ces belles idées, sources fécondes de tant
d'autres , peuvent devenir le domaine de l'Elégie.
Certes, elles ont droit de plaire aux esprits qui
ont quelque valeur, ces idées qui nous font ou-
blier les bornes de notre nature , et rêver l'infini,
qui nous arrachent à ce monde d'un jour pour
nous ravir, par la méditation et par l'espérance,
dans les régions célestes. Les beautés morales,
sous plusieurs rapports, sont aussi des beautés
littéraires. Il y a du génie dans toutes les pensées
religieuses. Le christianisme, a dit Mmc de Staël,
est le génie du monde et de chaque homme.
Dépouiller nos plus chers intérêts , le patrio-
tisme, la liberté, la gloire et l'amour, de ce qu'ils
ont de religieux, c'est leur ôter ce qu'ils ont de
grandeur. Oter aux idées de vieillesse , de mort, de
pudeur et d'innocence, ce qu'elles ont de religieux;
ce serait leur ravir ce qu'elles ont d'imposant et
d'aimable.
Il se peut que Gessner soit inférieur à Tibulle
pour le talent, et pourtant la muse religieuse du
poète Allemand a des charmes que le poète Romain
n'a pu donner à la sienne.
Changez en vierges païennes la pauvre Fille,
Elvire , la jeune Catalane; eussiez vous l'admirable
talent de leurs auteurs, il vous sera impossible de
ne pas les défigurer.
Enfin , le champ de notre littérature, cultivé de-
puis long-temps , a peut-être besoin d'être fécondé
par des moyens nouveaux.
La religion donne aux affections de l'âme une
force et une pureté nouvelle. Un homme religieux
est plus sensible qu'un autre ; car le vice dessèche
le coeur, et le méchant n'a d'amour que pour lui-
même ; voilà pourquoi les femmes sont plus ai-
mantes que les hommes.
^eatmc*
MON CHER AMI,
<Vou!> avez nouoté le wowt o/Le'uioia pat; yoô ouy-taoea ;
•fa aioize que <voui> avej acquisse £ej.ai/f&t ÔU« £a H>t££e où
CVOUÔ ave-j £eçu «votee e'ûucattow. otte eôt fière 3e <voui>
compte»; au womfize ôe ôea ewPaw», et te ue craittô pa6
cl êt*e ôe'iavoue paz ette, ew tue «eitôaitt ici t twtefcpfcèto
3o ÔCU ïecotwat^aucej ei^ do isor> acHuMsattor? pouir «VOA
tatewô.
W^iMen. -_./<0<?w/.
Mais toi, d'une fille adorée
Eloigne , ô mon Dieu , la douleur !
Etends sur son berceau ton e'gide sacrée,
Je veux pour moi tout le malheur.
Lord HTRON.
Ma mère, où doncest-elle?
Dit une faible voix
CAMPEMON.
TGCUTYI ,y£y/i6a xa^iX7]6r,|j,cu xaxwv.
EtiniriDE.
LA
MORT D'UN ENFANT.
IL touche à son heure dernière,
L'arrêt est porté sans retour,
Déjà sa mourante paupière
Se ferme à la clarté du jour ;
Déjà la mort, d'un voile sombre,
Couvre ses regards éperdus ,
Ses froides mains cherchent dans l'ombre
Une mère qu'il ne voit plus.
« Jeune ange exilé sur la terre,
« Revole en chantant vers les cieux ;
» Mais en t'éloignant de ta mère ,
» Souris à ses derniers adieux.
» Sur mon sein ton heureuse enfance
»~N'aura point eu de jours amers,
» Et pur avec ton innocence
U )
» Tu fuis loin d'un monde pervers.
» Malgré moi pourtant je soupire ,
» Mes pleurs inondent ton berceau.
» Le jour m'importune, et j'aspire
» Au calme oublieux du tombeau.
» Douces caresses de l'enfance
» Sourire ineffable d'amour !
» Rêve enchanté de l'espérance,
» Pour moi tout périt sans retour.
» Que vois-je? la jeune victime
» Que presse un sommeil éternel,
» S'éveille , et faible se ranime
» Au feu du baiser maternel !
n — Sèche les pleurs dont tu m'arroses,
» Je sens que Dieu va me guérir ;
» Ma mère , en la saison des roses
» Ton fils n'aura plus a souffrir !
» ■— Il dit, et mon âme ravie,
» Que beree un infidèle espoir,
» Au matin riant de sa vie
» Présage les rayons du soir.
» Hélas! mon bonheur fut un songe.
» Son courage, qui le prolonge,
» S'épuise en efforts superflus.
( 5)
u Du temps les secours attendus
» Sont vains : témoin de mes alarmes
» Il me dit encor d'espérer,
» Mais c'est les yeux baignés de larmes
» Qu'il me reproche de pleurer.
» Son coeur s'épouvante et soupire :
» Pareille au souffle du Zéphire
» Qui, faible , agite des rameaux,
» Sa voix, à l'ange des tombeaux ,
•» Déjà fugitive et mourante ,
» Murmure des mots inconnus ,
» Puis sur sa bouche frémissante
» Se perd comme un son qui n'est plus. »
Au pied du saule funéraire
L'ange mortel enseveli
Repose, et d'un bras affaibli,
Sur lui le chef de la prière
Jette la terre de l'oubli.
Seule bientôt la jeune mère
Le front courbé, verse des pleurs ;
Alors de leur tige ébranlée
Le Zéphir détache des fleurs,
Et fait sur l'humble mausolée
Pleuvoir une rose effeuillée.
Je l'aime encore aujourd'hui davantage ; hier, je
n'aurais pas cru que cela fût, possible.
J.
Ils s'aimaient avec innocence,
Comme l'on aime dans les cieux.
Congiunli eran' gl' alberghi
Ma pin congiunt' i cori
Conforme era létatc
Ma'l pensier' pin conforme.
MÉTASTASE.
Une voix, dont pour toi le son n'est point sensible,
Me dit qu'il faut partir ;
Le geste d'une main, à'tes yeux invisible ,
M'ordonne d'obéir.
TIEKEL.
VIRGINIE,
OU LE DEPART.
Vers la haute colline elle marche en silence,
S'assied près de la Croix ,
Porte au loin ses regards, et découvre à la fois
La casé maternelle et l'Océan immense.
De l'obscur avenir
Son prophétique effroi perçant le voile sombre ,
Sur l'abîme des mers, ouvert pour l'engloutir,
Semble entrevoir la mort qui s'avance dans l'ombre ;
De son coeur oppressé s'échappe un long soupir;
Elle incline son front voilé par la souffrance,
Et pleure au souvenir des jours de son enfance.
a
■ (io)
Séjour aimé des cieux,
Dit-elle; prés fleuris, vallon délicieux,
Bosquet riant, cabane solitaire,
Asile de tous ceux que j'aimais sur la terre,
Recevez mes adieux.
Palmiers contemporains, dont l'abri tutélaire
Nous rassemblait jadis pour les récits du soir,
Sous vos dômes de fleurs je n'irai plus m'asseoir,
Et présenter mon front aux baisers de ma mère.
Aux jeunes bengalis qui chantent leurs amours
Dans ces bois où leurs nids sont bâtis pour toujours ,
Je n'irai plus verser^au bord d'une onde pure ,
Sur le gazon fleuri la douce nourriture.
Dans les bras de ceux que j'aimais ,
Là s'écoulaient mes jours, au sein de l'innocence ;
Là du noeud le plus cher, en moi-même j'osais
Caresser en secret la timide espérance.
Hélas ! tout me livrait à des rêves d'amour !
La case où Paul a pris naissance
Est celle où j'ai reçu le jour ;
( 11 )
Les bras qui berçaient son enfance ,
Plus tard, m'ont bercée à mon tour.
Je suis sa soeur, il est mon frère ,
Le même lait nous a nourris ;
Je suis la fille de sa mère,
Et de ma mère il est le fils.
Le ciel, dans sa bonté suprême, '-., .
Avait mêlé la trame de nos jours ;
Tout semblait nous unir : nos mères elles-mêmes
Heureuses, souriaient à nos jeunes amours.
Je crus , de l'espérance ineffables délices!
Je crus que de mes voeux leurs voeux étaient complices :
Je ne résistai point, et je laissai mon coeur
Doucement se remplir d'amour et de bonheur.
Hier encore , au foyer de ma mère,
Je pouvais le nommer de ce doux nom de frère;
Dans mes bras caressans je pouvais le presser...
Demain , sur la i-ive étrangère,
Mon^regard cherchera le regard de mon frère ;
Mes bras seront en vain tendus pour l'embrasser.
( 12)
O Paul ! du moins ton image chérie,
Ce rêve d'un bonheur avec toi partagé,
Suivront dans son exil la triste Virginie ;
O Paul ! si jamais je t'oublie,
Mon coeur aura beaucoup changé.
Nos mères nous l'ont dit : aux jours de notre enfance ,
Je donnai près de toi dans le même berceau ;
Mais le destin m'entraîne aux rives de la France...
Nous ne dormirons pas sous le même tombeau.
Je pleure... envers le ciel peut-être c'est un crime ;
Je crains de l'offenser, et je n'ose souffrir.
Ils m'ont dit : Dieu le veut : c'est à moi d'obéir.
Obéissons , et, docile victime,
Loin de ma mère allons mourir.
LA LIBERTÉ.
JE tremble de l'aimer un jour,
Fuyons désormais sa présence;
Epargnons les peines d'amour
A ma paisible indifférence.
Mais du péril épouvanté
Vainement je fuirais sa vue :
Si je crains pour ma liberté ;
Ne l'ai-je pas déjà perdue?
A
UNE JEUNE FILLE.
LE doux sourire de l'Aurore ,
Que réfléchit un ciel d'azur,
A la rose qui vient d'éclore
Donne en vain l'espoir d'un jour pur.
Elle est fragile ; sur sa tête
L'autan se prépare à mugir,
Et sous l'effort de la tempête
Peut-être il lui faudra mourir.
Ainsi la vie à son aurore
Sans nuage brille à tes yeux ;
Ma fille, tu ne vois encore
Que des jours purs et radieux.
Hélas ! u ne aurore si belle
(20)
N'est pas un présage certain ;
Le soir peut n'être point fidèle
A la promesse du matin.
Comme on vante aujourd'hui la tienne,
Jadis on vantait ma beauté ;
De l'Amour, ainsi qu'Adrienne,
J'attendais ma félicité.
Hélas! cette beauté si chère,
Regarde, elle a fui pour jamais ;
Et sous la tombe solitaire
Repose celui que j'aimais.
Je te vois sourire aux hommages
Que l'on prodigue à ton esprit,
Et sur la foi de vains suffrages
Ton coeur en secret s'applaudit.
L'éclat d'une telle victoire
A jadis ébloui mes yeux;
Le temps m'a dérobé ma gloire,
Et m'a laissé mes envieux.
Une amitié fidèle et tendre
T'unit à la jeune Mirthé;
0EN0NE.
Ils ne se verront plus ;
PHEDRE.
Ils s'aimeront toujours.
Rouge-gorge fidèle ,
Voltige sous l'ormeau.
Où mon lit d'hyménée
Est-il, petit oiseau?
Ton lit, infortuné ,
Ne sera qu'un tombeau.
VAI.TER SCOTT.
Reviens ma mère , je t'attends
Sur la pierre ou tu m'as laissée.
SOUMET.
Que le sort nous sépare, ou bien qu'il nous rassemble,
.Te vous serai fidèle , ô mes jeunes amours.
Hélas ! nous n'avons pas jure de vivre ensemble,
Mais nous avons jure de nous aimer toujours.
JULES RESSEGIIER.
LA TOUR
DU MONASTERE.
DEPUIS douze printemps , c'est ici que je pleure,
Et ce lieu pour jamais doit être mon séjour;
L'arrêt est prononcé ; de ma sombre demeure
Le seuil est franchi sans retour.
Du courroux maternel déplorable victime ,
Il faut, pour échapper au destin qui m'opprime ,
Suivre aux pieds des autels un époux abhorré ,
Et m'enchaîner à lui par un lien sacré ;
Il faut, de mon amour étouffant le murmure,
Rompre des noeuds formés jadis sur mon,berceau ;
A celui que j'adore il faut être parjure
Lugubre souterrain, tu seras mon tombeau !
3
( 26 )
Présent d'amour cachépar une main furtive
Un jeune hôte des bois,
Fidèle , avait suivi sa maîtresse captive :
J'aimais ses doux concerts ; et de sa voix plaintiv*e
L'harmonieux soupir avait su quelquefois ,
Comme les chants du soir qui berçaient mon enfance ,
Dans mon âme paisible endormir la souffrance ;
Mais au jeune captif toujours venait s'offrir
De celle qu'il aimait la douce souvenance ,
Il était seul, et je l'ai vu mourir.
Sur la pierre fatale où je suis attachée,
Assise tout le jour,
J'aimais à contempler, sur l'abîme penchée ,
Le vaste champ des mers qui baignent mon séjour •
De la rive lointaine et du désert immense
Mon coeur impatient franchissait la distance ;
Mais à l'aspect du cygne voyageur
Que son rapide essor à travers l'étendue
Vers celle qu'il chérit porte loin de ma vue ,
Un souvenir d'amour assoupi dans mon coeur
Se réveille, et, tandis que d'une aile assurée
L'oiseau plane en chantant sur la plaine azurée ,
Pensive je le suis d'un regard envieux ;
( 27 )
Je soupire et des pleurs s'échappent de mes yeux.
Sur les ondes calmées
Alors que lentement la nuit du haut des airs
S'abaisse, et, secouant ses ailes parfumées,
Couvre d'un voile obscur le vaste sein des mers,
Souvent un bruit lointaîn que prolonge dans l'ombre
Le souffle du zéphir,
Au pied des murs de ma demeure sombre ,
Par degrés affaibli vient se perdre et mourir :
Immobile, attentive,
J'écoute , et les échos du lugubre séjour
Où je pleure captive,
Me répètent des chants de bonheur et d'amour.
Zéphir, écarte au loin cette barque fatale ,
Dérobe à mes regards cette heureuse beauté
Qui penche en soupirant sa tête virginale
Sur le front du pasteur assis à son côté
Leur chaste et pure ivresse,
Soulevant de l'amour le fardeau qui l'oppresse ,
Exhale du bonheur l'ineffable soupir ;
Et puis avec lenteur au feu qui les embrase,
Succède, savourant la coupe du plaisir,
( 28 )
Le silence ravi d'une immobile extase. ..
Et moi je vais mourir !
Comme la fleur de la prairie ,
Dont le calice allait s'ouvrir ,
Je tombe au matin de ma vi*e ,
Avant d'avoir connu les baisers du zéphir ,
Avant que l'infidèle aurore ,
Dont le premier sourire à mon front jeune encore
Avait promis la clarté d'un beau jour,
Ait fait luire à mes yeux un seul rayon d'amour.
Mourir—! Je n'aurai pas , à mon heure suprême,
Dans les bras de celui que j'aime ,
D'un seul de ses baisers savouré la douceur ,
Une fois appuyé son coeur contre mon coeur !
"Dans la chapelle obscure, au fond du sanctuaire
Fais préparer la pompe funéraire ,
Les funèbres linceuls et les pâles flambeaux ;
Mêle tes chants à l'hymne des tombeaux :
J'expire. J'ai rempli ton attente , ô ma mère !...
Mais peut-être au delà de ce monde d'un jour,
(29 )
Plus vive , plus heureuse , une clarté nouvelle
Doit briller à mes yeux dans le divin séjour ;
Peut-être dans son sein le Dieu qui me rappelle
Donne à sa créature une marque d'amour.
J'étais seule ici-bas, je vais avoir un père ;
Un tel espoir sans doute m'est permis ;
Le bonheur du ciel est promis
A ceux qui pleuraient sur la terre ;
Et déjà dans mon coeur un céleste pouvoir
Efface du passé la trace douloureuse :
Je touche au port où je vais être heureuse,
Heureuse... Cher Oscar, je vais donc te revoir.
LE TROURADOUR.
PLUS ne verrez le Troubadour
Parmi les fleurs de vos campagnes ;
Plus ne dira ses chants d'amour
Au doux écho de nos montagnes :
Il abandonne sans retour
Les champs heureux de la patrie.
Ne chante plus, le troubadour :
Las! il n'a plus sa douce amie.
Le Troubadour, dans les combats,
Enfant chéri de la Victoire,
N'ira plus aux lointains climats
Cueillir les palmes de la gloire.
Renom des braves chevaliers
Plus ne saurait lui faire envie :
Pour la parer de ses lauriers,
Las! il n'a plus sa douce amie.
Dans le torrent coule une eau pure;
Des fruits mûrissent au désert ;
Au fond de la caverne obscure
Le lit du pauvre m'est offert.
Et l'enfant s'en allait à travers les grands chênes,
Se tournant quelquefois et n'osant pas pleurer.
GUIRAUD.
Et son dernier soupir était un voeu pour elle.
GAULMIER.
Plaignez la gent de la chaumière,
Lorsqu'à l'heure delà prière,
Elle viendra , sous le beffroi,
Vous dire aussi : Priez pour moi.
MILLEVOTE.
LE
PETIT PELERIN.
L'ESPRIT.
LA foudre luit dans les ténèbres ;
L'autan gronde dans le lointain ;
Des bois sortent des cris funèbres :
Malheur au pauvre Pèlerin !
LE PÈLERIN.
'Je brave un funeste présage ;
A Dieu je dois me confier ;
Je suis jeune, j'ai du courage :
Pour ma mère je vais prier.
( 38 )
L'ESPRIT.
Pour toi la fatigue et la peine
Sont la menace du matin ;
Et la nuit sombre ne ramène
Que'des soucis au Pèlerin.
LE PÈLERIN.
Pour moi, les roses de l'Aurore
Sont la promesse d'un beau jour;
Et mon sommeil, heureux encore,
Rêve les baisers du retour.
L'ESPRIT.
Redoute l'affreuse indigence :
Le riche est souvent inhumain ;
Il voit avec indifférence
Les pleurs du pauvre Pèlerin.
LE PÈLERIN.
L'hôte indigent de la chaumière
( 39 )
M'offre son pain pour me nourrir ;
Et sous la crèche hospitalière
Parfois il me laisse dormir.
L'ESPRIT.
Le faible à ton jeune courage
Sourit avec un froid dédain ;
L'incrédule, sur ton passage
Maudit le Dieu du Pèlerin.
LE PÈLERIN.
Ma mère a pour moi des louanges ;
On me bénit dans les hameaux.
Vers Dieu montent la voix des anges
Et le chant des petits oiseaux.
L'ESPRIT.
' Vois-tu, sur l'aride bruyère
Qui couvre les bords du chemin,
Un fantôme creusant la (erre?
Malheur au pauvre Pèlerin!
( 40 )
LE PÈLERIN.
Contre les anges de l'Abîme
Un ange des Cieux me défend.
Pourquoi serais-je Leur victime?
Mon coeur est encore innocent.
L'ESPRIT.
Déjà ta faiblesse accablée
Mesure l'espace lointain ;
Aux jeux rians de la vallée
Retourne pauvre Pèlerin.
LE PÈLERIN.
Persuade un enfant timide ;
Moi, j'ai compté douze printemps.
Des hommes le bonheur rapide
N'est pas le bonheur que j'attends.
L'ESPRIT.
L'étoile aux prophétiques flammes
( 41 )
Tombe, et présage ton destin:
Jeune encore, au pays des âmes
Ira bientôt le Pèlerin.
LE PÈLERIN.
Je meurs pour toi, ma pauvre mère ;
Reçois mes fidèles adieux.
Pour toi je priais sur la terre,
Pour toi je prîrai dans les cieux.
Albe , où j'ai commence de respirer le jour,
Albe , mon cher pays , et mon premier amour.
CoRKEILLE.
Mes jours, sombres et courts comme des jours d'automne,
Déclinent comme l'ombre au penchant des coteaux ;
La pitié me trahit, la pitié m'abandonne ;
Et seule je descends le sentier des tombeaux.
LAMARTINE.
LA CANADIENNE
EXILÉE.
ROMANCE IMITEE DE CHATEAUBRIAND.
HEUREUX celui dont les jours oublieux
Coulent sans trouble au foyer de ses pères,
Et que jamais l'exil injurieux
N'a fait asseoir aux fêtes étrangères !
De nos forêts si les hôtes charmans
À l'oiseau bleu des bois de Virginie
Disaient : « Pourquoi ces longs gémissemens,
« Et ces regards tournés vers la patrie?
( 46 )
« Pour nous aussi, se lèvent de beaux jours,
« Pour nous aussi, les riantes Florides
« Ont, sur le bord des fontaines limpides,
« Des nids de fleurs pour les jeunes amours.
« Où sont, dirait l'oiseau de Virginie,
« Le bleu jasmin où j'ai reçu le jour,
« Le bois témoin de mon premier amour ,
« Et le beau ciel de ma douce patrie?»
Heureux celui dont les jours oublieux
Coulent sans trouble au foyer de ses pères,
Et que jamais l'exil injurieux
N'a fait asseoir aux fêtes étrangères !
Le poids du jour arrête l'exilé
Au pied du mont que frappe la tempête :
Sans un asile où reposer sa tète ,
Il porte au loin son regard désolé.
Le vent du soir roule sur la savane.
L'exilé frappe au rustique séjour ,
Suspend son arc aux murs de la cabane ;
Puis il demande un asile d'un jour.
( ^ )
Il a prié : la froide indifférence
A, par un geste , annoncé le refus ,
Et l'exilé baisse des yeux confus,
Reprend son arc , et s'éloigne en silence.
Heureux celui dont les jours oublieux
Coulent sans trouble au foyer de ses pères,
Et que jamais l'exil injurieux
N'a fait asseoir aux fêtes étrangères !
Rêves si purs et de gloire et d'amour!
Récits du soir à l'ombre du vieux chêne,
Plaisirs du coeur que je goûtais à peine,
Vous que mon coeur a perdus sans retour !
Aux seuls mortels que les destins propices
Dans leurs foyers retiennent pour toujours ,
Vous réservez d'ineffables délices ,
Et pour eux seuls vous faites de beaux jours.
En les frappant la mort les fait descendre
Dans les tombeaux où dorment leurs aïeux,
Un saint pontife a prié sur leur cendre ,
Et l'amitié leur a fermé les veux.
Jamais on n'eût osé me dire :
Renonce aux baisers dé ton fils.
GUIRAUD .
You sleep no more.
SHAKSI'EARE.
Ito sene pur !
TASSE.
LA
PAUVRE MERE.
Les yeux baignés de pleurs , le front humilié,
Je m'assieds sur le seuil de mon humble chaumière;
Et pauvre, je demande aux riches de la terre
Le pain de la pitié.
Hélas ! ma prière impuissante
Ne doit plus désormais implorer que les cieux ;
La foule indifférente
Passe, passe sans cesse, et détourne les yeux !
Oh! qu'il est accablant, le poids de la misère!
Près de mon (ils je l'ignorais naguère,
( 52 )
J'étais riche avec lui !
Mais, entraîné vers la rive étrangère,
Dans mon foyer désert il me laisse aujourd'hui :
Il s'est lassé de consoler sa mère !
Jadis, il m'en souvient, vers l'enclos solitaire ,
Dès que l'ombre du soir descendait sur la terre,
Ensemble nous allions nous asseoir et pleurer
Au tombeau de son père.
C'est là que tant de fois je l'ai vu me jurer
De prendre un jour pour lui le poids de ma misère,
De borner tous ses voeux au doux soin de me plaire ,
Et de m'aimer toujours autant que je l'aimais ;
Il le jurait au pied de la croix funéraire
Où pour lui je priais,
Où je m'applaudissais du bonheur d'être mère ,
Où j'irai seule désormais.
Lui, qui m'a fait bénir le jour de sa naissance ,
Lui, que j'ai tant aimé , de ce triste retour
Il a payé les soins donnés à son enfance !
Mes bras l'avaient bercé dans une autre espérance ,
Et j'avais, en l'aimant, promis à mon amour
Une autre récompense !
( 53 )
Oui, je croyais alors , hélas ! je me trompais ,
Qu'un fils avait pitié des larmes de sa mère ;
Que, pour tant de bienfaits ,
Il lui savait du moins pardonner sa misère ;
Je crus que nourri sur mon sein,
Lorsque le poids des ans chargerait ma faiblesse,
Il voudrait assurer aux jours de ma vieillesse
Un asile et du pain.
Mais pourquoi l'accuser? de ma triste fortune
Sa prudence a dû fuir l'abord contagieux ;
Hélas ! des malheureux la présence importune
Et fatigue les yeux !
Des maux affreux où sa mère est en proie
Je devais lui sauver l'aspect rempli d'horreur,
Et me parer pour lui de bonheur et de joie ;
Je devais repousser jusqu'au fond de mon coeur
De vains gémissemens, des plaintes impuissantes,
Et mettre, en étouffant le cri de la douleur,
Un sourire imposteur sur mes lèvres mourantes.
C'est moi dont les soupirs et les pleurs odieux
Ont exilé mon fils du toit qui l'a vu naître ;
C'est moi qui l'ai contraint d'aller, sous d'autres cieux ,
( 54 )
Chercher de plus beaux jours, et des périls peut-être.
O mère de douleurs !
Vierge , dont la bonté, sur les enfans des hommes,
Verse, du haut des cieux , des regards protecteurs ,
Qui, faible ainsi que nous, dans l'exil où nous sommes,
As répandu des pleurs !
Toi qui sais les peines amères
Du terrestre séjour ,
Et tout ce que nourrit de tendresse et d'amour
Le coeur des pauvres mères !
Ma voix, ô Vierge sainte ! implore ton secours.
Protège l'orphelin qui me laisse et m'oublie ,
Pour lui sème de fleurs le chemin de la vie ,
Et fais lui d'heureux jours !
Et moi, dans la sombre demeure ,
Bientôt à mon époux j'irai me réunir.
Dans cet exil d'un jour qui peut me retenir?
O mort ! hâte ma dernière heure !
Je cesse d'être mère : il faut bien que je meure. *
* Ziamore va mourir, il faut bien que je meure.
VOLTAIRE.
( 55 )
Mes regards éperdus,
Peut-être , en expirant, sur l'enfant que j'adore
Voudront se reposer encore
Ils ne le verront plus !
Et, seule avec moi-même,
Sur mon coeur vainement je voudrai le presser ,
Et, pour l'adieu suprême,
Mes bras seront en vain tendus pour l'embrasser !
Quoi ! seule , seule au monde,
Je n'ai pas un ami dont la voix me réponde !
Qui vienne recueillir, en me parlant des cieux,
Les voeux que pour mon fils en mourant je répète,
Les derniers pleurs qui coulent de mes yeux ,
Et mon dernier soupir sur ma bouche muette !
CHANT PREMIER.
Qu'il est doux*d'être belle alors qu'on est aimée!
DELPHINE G-A.Y.
Beautiful
" To be or not to be' tis tbe question.
H ami et.
5
LES FETES.
CHAHT PREMIER.
DES fleurs fraîches écloses
Ont couronné le front des vierges du hameau;
Un choeur, sous des berceaux de lilas et de roses,
Se forme aux doux rayons du nocturne flambeau.
La flûte bocagère, aux échos des montagnes,
Des jeux rians du soir annonce le retour ;
Jeunes beautés, autrefois mes compagnes,
C'est vous que l'on appelle au rendez-vous d'amour.
Pourquoi me presser de vous suivre ?
Pour vous suis-je encore une soeur?
L'espoir charmant qui vous enivre
Peut-il encor bercer mon coeur !
( 60 )
Le mal a sur mon front imprimé son outrage,
Et flétri sans retour les charmes de Mirthé ;
Partez ; ce n'est pas moi qu'on appelle au bocage :
Au rendez-vous d'amour on attend la beauté.
Laissez-moi près du saule, ami de la souffrance,
Le coeur d'aucun berger n'accuse mon absence.
Jeune Myrtis, dont je voyais l'amour
Croître jadis avec mes charmes ,
Toi qui sus prendre au doux piège des larmes
Un coeur facile et sans détour;
Jeune Myrtis, tu me fuis sans retour,
Pour ma rivale tu soupires ;
Pour moi ton coeur n'a plus d'amour,
Ta bouche n'a plus de sourires.
CHANT SECOND.
Elle pousse un soupir,
Larme d'amour vint mouiller sa paupière.
anonyme.
Comme une fleur méchamment effeuillée ,
Pâlit, tombe, s'efface une brillante erreur;
ïvre de toi, je révais le bonheur,
Je révais tu m'as éveillée.
DESBORDES VALMORE.
CHANT SECOND.
Elvire l'a charmé.
Elle adore Myrtis, et, plaignant son martyre, .
Myrtis, d'un feu pareil à son tour consumé,
Cède lui-même à l'amour qu'il inspire.
Et moi, ne l'ai-je point aimé!
NE crains pas, toutefois, que ma plainte importe
Trouble d'un inconstant le coupable bonheur :
Mirthé cache à tes yeux les secrets de son coeur,
Et, seule, au fond des bois pleure son infortune.
Ta foi fut acquise à Mirthé
Aussi long-temps qu'elle fut belle ;
Le sort lui ravit sa beauté,
Tu peux cesser d'être fidèle.
Je n'ai point de courroux ; et parfois, en secret,
( 64 )
Si j'accuse l'oubli d'un amant si volage,
Le cristal de l'eau pure où se peint mon visage,
Ainsi que toi, Myrtis, prononce mon arrêt ;
Et mon amour trahi, que je force au silence,
En poussant un soupir pardonne à l'inconstance
Du perfide qui m'adorait.
De la chaîne qu'il a brisée
Que ne puis-je me dégager !
Par son exemple autorisée,
D'où vient que je ne puis changer?
J'implore en vain la froide indifférence
Qui promet le repos au défaut du bonheur ;
Je ne puis imiter sa facile inconstance.
J'étais chère à ses yeux; il est cher à mon coeur.
CHANT TROISIÈME.
Les hommes , occupés d'une beauté nouvelle,
Ne me parleront plus , ou me parleront d'elle.
CASIMIR BONJOUR.
Vous êtes bien folles vous autres femmes de vouloir
donner de la consistance à un sentiment aussi fri-
vole et aussi passager que l'amour ; tout change
dans la nature, tout est dans un flux continuel, et
vous voulez inspirer des feux cous tans ; et de quel
droit prétendez vous être aimées aujourd'hui parce
que vous l'étiez hier? Gardez donc le même visage,
le même âge , la même humeur, et l'on vous ai-
mera toujours si l'on peut; mais changer sans cesse,
et vouloir toujours que l'on vous aime , c'est vou_
loir qu'à chaque instant on cesse de vous aimer,
ce n'est point chercher de coeurs constans , c'est
en chercher d'aussi changeans que vous.
.T. J.
L'ESPÉRANCE
TROMPEUSE.
CHANT TROISIEME.
LES bergers du hameau, que ma lyre captive,
Me demandent des chants de bonheur et d'amour.
Du pauvre troubadour
Je leur re'dis la complainte naïve.
Confus en écoutant la bergère plaintive,
Myrtis verse, des pleurs qu'il cherche à retenir ;
Aux accords d'une voix si douce à son oreille,
Comme un doux souvenir,
De son amour éteint la flamme se réveille ;
Je vois luire à mes yeux l'aurore du bonheur :