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E L O G E
C H RÈT I EN
DE MONSEIGNEUR
LOUIS DAUPHIN,
PRESENTE
A NOTRE SAINT PERE
LE PAPE
CLEMENT XIII
A ROME,
Chez S A L O M O N I, Imprimeur, vis-à-vis l'Eglife
de Saint Ignace.
Avec permiffion des Supérieurs
M. DCC. LXVI
A
NOTRE SAINT PERE
LE PAPE
CLEMENT XIII
TRÉS-SAINT PERE,
L' HOMMAGE que je fais de cet
Eloge à VOTRE SMNTETE est un tribut
de gratitude dont je m%acquitte pour ma
Nation. En mettant fous vos jeux le
tableau raccourci de la vie ifs de la
mort de notre Héros Chrétien , je n ai
voulu que publier votre douleur , ju-
ftifier la nôtre. Vous avez pleuré cet
A i
Enfant foumis, en Père ; daignez ap-
plaudir b ses vertus en Pontife . Un
fi refpectable suffrage sera pour elles le
sceau de s immortalité.
Je fuis avec untrès-ptofond respefâ )
TRES SAINT PERE9
DE VOTRE SAINTETÉ,
Le très-ìiumbîe, très-obéissant
& très-foumis enfant & ferviteuf,
L'ABBE' DE CAVEIRAC.
MESSIEURS,
A N DIS que la France
en pleurs, & que l'Euro-
pe en deuil rendent hom-
mage à la vertu; que les
temples & les villes re-
tentissent de cris lugubres & de louan-
ges , & que toutes les Nations oubliant
(6)
leurs jaloufies, se réunissent pour ne for-
mer qu' un choeur de regrets, fur la perte
que r humanité & la Religion ont faite,
la patrie commune des Chrétiens seroit-
elle la seule qui ne témoigneroit pas fa
douleur par ses éloges ? O Rome ! c'est
de votre suffrage que la vertu a toujours
reçu le sceau de 1' immortalité : Vos Ci-
toyens donnoient autrefois des couron-
nes périssables qui durent encore ■* & vos
Pontifes en donnent aujourd' hui d'éter-
nelles; faites donc que l'on prête Foreille
à ma voix 9 ôí que l'on juge si le Héros
Chrétien que nous pleurons, n'est pas plus
digne d'admiration & d'envie que de lar-
mes , Il a peu vécu, òç cependant il a rem-
pli la course dyune très-longue vie * C'est ainsi
que TEsprit-Saint loue celui qui a aimé
la sagesse dès ses jeunes ans ; ç3 est auífí
Téloge que je consacre à la mémoire de
TRE'S-HÀUT , TRES- PUISSANT & TRES-
EXCELLENT PRINCE LOUIS DAUPHIN.
Eh ! ne croyez pas , Meffieurs , que
pour louer ce Héros Chrétien, j'emprunte
(7).
le langage de l'adulation : je craindrais
que ses cendres , si elles étoient encore
fensibles, ne se troublassent à ma voix,
& qu?un cri sorti de la tombe où elles
reposent , ne vînt me reprocher d'avoir
oublié qu'il n'a jamais aimé la flatterie.
Laiffons ces ressources du génie aux Ora-
teurs qui ont des vices à cacher , des dé-
fauts à pallier , des vertus même à faire
ressortir par le secours de l' art . Celles
du Héros Chrétien que nous pleurons,
ont moins besoin d'un coloras brillant pour •
vous frapper , que d'une forte de voile
pour ne vous point éblouir, Òc ne pas
paroître incroyables : en les montrant à
vos regards étonnés, telles que la Fran-
ce les a vues orner son tendre coeur pres-
que dès le berceau 5 l'accompagner dans
toutes les circonstances de fa vie * & de->
scendre avec lui dans le tombeau, j'es-
péré que dans un de ces transports d'ad-
miration que la vertu excite, vous vous
écrierez tous avec moi : LOUIS, mal-
gré la brièveté de fa vie , avoit plus
acquis de cês lumières qui apprennent
a un Prince à commander aux hommes
& £ obéir à Dieu 3 que la plupart des
Rois qui ont le plus vieilli fur le trône .
Il a peu vécu; mais ce court espace
de t§ms , ces années écoulées comme
F eau , ces jours qui ont passé comme
l'ombre, employés fans relâche , & com-
me arrêtés dans leur course rapide par
F assiduité du travail , ont suif] á ce
Prince pour le rendre digne des éloges
de tous les Peuples , de de nos regrets
éternels.
Mais pourquoi le ciel n'a-1-il fait
que le montrer à la terre Mnterrogez,
Messieurs , la Sagesse divine , & elle
vous répondra : LOUIS é toit un fruit
mûr pour F éternité ; c est pourquoi le
Seigneur s'-efl-hàtè de P enlever du milieu
de f iniquité.
Semblables aux fleurs des champs, qui *
malgré la rosée céleste *, sont souvent mois-
Consummatus in brevi explevit: tempora mvlt*.»yn
propter hoc properavit Deus educere illum de medio Ml*
qiiitatum. Êccles, '
(9)
sonnées par l'aquilon ou desfféchées par le
vent du midi , les vertus du Chrétien ,
semées dans son coeur comme en un va-
se fragile , risquent toujours de se faner ,
& même d'être déracinées par le souffle
impétueux des tentations , si Dieu ne
les met â Fabri, en les transplantant de
bonne heure dans le Ciel. Ne soyez
donc pas surpris, Messieurs, s'il n'a pas
rendu LOUIS â nos voeux ; s'il Fa re-
fusé à nos besoins , à nos prières de à
nos larmes ; nous le lui demandions pour
nous, & il Fa pris pour lui. C'est pour
son salut éternel qu'il Fa enlevé de ce
monde , où les occasions font prochai-
nes 3 les chûtes fréquentes , les exem*
pies pernicieux : de ce monde où la ver-
tu timide est forcée de se cacher 9 pout
laisser la place " au vice qui se montre,
avec audace: de ce monde où l'on ne
connoît presque plus ni les liens du sang,
ni les droits de Famitié , ni. les loix de
la subordination, ni les devoirs de la dé-
pendance ; de ce monde où une fauíïe.
B
(10)
fageffe, élevant sa voix plus haut que celle
de l'Eglife , ose traiter impunément, la
foi de crédulité, l'efpérance de chimère,
la charité d'abus : de ce monde où une
raison aveugle, follement irritée contre
l'effence de Dieu S qui se refuse à ses
foibles lumières, lui dispute , lui enlevé
son éternité pour la donner à ses ouvra-
ges : de ce monde où plus la Providenr
ce se manifeste tour-à-tour par ses bien-
faits Bc par ses châtimens, de moins on
veut la reconnoître ; plus le bras de Dieu
s'appesantit sur les hommes, de moins ils
s* humilient fous ses coups : de ce monde
enfin , que le Seigneur, justement cour-
roucé , semble avoir déja abandonné aux
ministres de fa colère .
A la vue des différens écueils dont ce
monde est parsemé 3 ô vous qui souvent
n'évitez celui vers lequel le vent des ten-
tations vous pousse s que pour vous aller
briser contre un autre où les flots des pas-
sions vous jettent, pleurez fur vous, &
non fur les cendres de mon Héros Chré-
tien : ni lès connoiffances les plus profon-
des , ni les vertus les plus sociales ne vous
serviront de rien, si vous n'imitez LOUIS
dans l'ufage qu'il a sait des fiennes. Sa
vie , modelée fur celle du parfait Chré-
tien , a été une leçon continuelle pour
les petits de pour les grands, pour les
époux de les amis, pour les enfans de les
pères, pour les sujets de les Rois.
O LOUIS ! que votre modestie , íi
connue des François, ne souffre point de
ce que je vais révéler aux Romains ; je
veux moins vous donner des louanges,
qu'apprendre aux grands de la terre à en
mériter ; mais quelles font ces louanges
que je destine à ce Héros! N'attendez
pas, Messieurs 9 que je vous le représente
comme ces Conquérans qui ne se cou-
vrent de gloire qu'en se souillant de sang ;
qui ne cueillent des lauriers qu'en rava-
geant des moissons ; qui ne s'érigent des
trophées que fur les ruines de l'humanité,
de ne subjuguent les nations qu'après les
avoir détruites. Eh ! à quoi aboutiffent tant
B ij
de valeur & de travaux, de fatigues éc
■de succès ! à se rendre les maîtres d'un
coin de la terre , qui ne célèbre leurs
victoires que par des gémissemens.
LOUIS a étendu bien plus loin ses
conquêtes : il a triomphé du monde &
de ses erreurs, du monde de de ses vi-
ces; de ce double triomphe n'a coutéa
la nature que les larmes que nous ver-
sons aujourd'hui fur le tombeau du Con-
quérant . Inutiles pour lui, fasse le ciel
qu'elles ne soient pas stériles pour nous.
Mettons donc nos pertes de nos pleurs à
profit 3 en tâchant d'imiter LOUIS 3 qui,
par fa foi , a confondu Fincrédulité du
fiécle 3 de par ses moeurs en a condamné
la corruption.
O mon Dieu! qui voyez ia douleur
'de la Nation françoise 3 s'il est un tems
où votre grâce puisse pénétrer avec succès
tant d'ames désolées , c'eft l'inftant où
les larmes ont comme amolli les coeurs
les plus endurcis. Daignez donc donner
a mon ftile cette... énergie , qui en' pei-
un
gnant la vertu, sçait la faire aimer. Et
toi, chere Patrie S pour qui je formerai
toujours des voeux, puisse cet éloge, s'il
parvient jamais jusqu'à toi, faire revivre
dans tous les coeurs de tes enfans la sim-
plicité de la foi de des moeurs de leurs
pères,
PREMIERE PARTIE,
Vous concevez aisément, Messieurs,
quelle dût être la joie des François à la
naissance du DAUPHIN; il suffit de vous
rapeller leur tendre amour pourl'auguste
sang de leurs Maîtres : amour , qui en les
distinguant des autres Peuples, mêle de
confond leurs propres affeòtions avec celles
de leur Roi 3 pour ne faire de ce rare
mélange qu'une communauté de senti-
mens 3 de pour ainsi dire, une feule fa-
mille 3 dont le Monarque est le père.
LOUIS fut donc pour nous comme le
lys des champs qui réjouit de embellit la
nature. Ce désiré de la Nation avoit été
long-tems Fobjet de nos voeux ? il fu£
bientôt après celui de nos délices, par
ies charmes naissans de toute fa person-
ne . N'attendez pas de moi, Messieurs,
des détails fur les grâces dont FAuteur
de tous biens avoit pris plaisir de For-
ner ; ses traits nobles de gracieux ? quoi-
que présents à ma mémoire 5 se grave-
raient mal dans la vôtre par la foiblesse
de mès expressions. Eh ! comment pour-
rais-je vous peindre cette figure intéres-
sante , où Fon voyoit reluire plus de
vraie humanité que de fausse grandeur ?
Figure dessinée par le doigt de Dieu,
pour laisser percer à travers fa délicates-
se 3 la beauté de F excellence de F ame
du DAUPHIN : hélas ! la nature en com-
posant cette figure des traits les plus doux,
fans aucun mélange de fierté, sembloit
nous avertir que ce Héros, qui a toujours
régné dans nos coeurs, ne régnerait ja-
mais fur nos têtes,
II reçut du ciel tous les talens ; mais
distinguant bientôt ceux qui ne font qu'ai-
mables de ceux qui font utiles , il dé-
daigna les premiers fans les négliger, pour
cultiver les autres avec plus de foin, de les
mettre 3 pour ainsi dire , à usure. Grands
de la terre , apprenez de LOUIS, le cas
&l'ufage que vous devez faire des talens
purement agréables ; les uns donnés à
F homme pour rendre son corps agile,
ne doivent pas servir à rendre son ame
voluptueuse ; les autres faits pour délasser
Fesprit, ne doivent pas absorber le coeur :
LOUIS s'en occupa ; mais en Héros , il
les cultiva avec succès ; il les aima fans
attachement.
Ce Prince n'avoit pas encore atteint
Fâge où finit d'ordinaire la première édu-
cation des enfans de nos Rois, qu'il passa
à une école plus sérieuse. C'est là que
ses talens , dont on avoit déja apperçu
l'aurore , se développèrent avec tant
d'éclat, qu'ils étonnèrent plus d'une fois
ses maîtres
Parmi les personnes respectables aux-
quelles le Roi avoit confié son éduca-
tion , il en étoit une plus particulière-
(16)
ment chargée de l' instruire des vérités
saintes. L'illustre Duchesse , dont les sa-
ges mains surent destinées à façonner cet-
te terre vierge , y avoit déja jette les pre-
mières semences de la Religion. Un saint
Evêque , Fhonneur de Fexemple de ses
Confrères 3 en fit bientôt développer les
germes 3 de le Prince les cultiva ensuite
avec tant de soin de de succès 3 que ni
la séduction des livres pernicieux 5 ni la
contagion des mauvais exemples, ni les
railleries des libertins, ni les paradoxes
des mécréans, ni les sophismes des phi-
losophes, ni les subtilités des hérétiques ,
ni les malheureuses disputes qui se sont
élevées parmi nous , n'ont pu ébranler
fa foi ni altérer fa Religion.
Tel est, Messieurs , F heureux fruit
d'une éducation chrétienne. O vous ! que
la Providence a placés auprès des enfans
de LOUIS , pour perpétuer r en eux les
fentimens de Religion d'une longue fuite
d'ayeux , jettez à pleine main dans ces.,
tendres coeurs les semences des vérités.
éter-
(17)
éternelles ; dites-leur fur-tout de bonne
heure de fouvent, comment leur père les
. cultiva.
Les progrès surprenans qu'il avoit fait
dans les Belles-Lettres furent d'abord com-
me la clef des hautes sciences auxquel-
les il s'appliqua 3 fans perdre de vue la
science de Dieu : il sçavoit que Fintelli-
gence de tous les mystères de la namv
re ne sert de rien à F homme , s'il ne
rapporte ses connoissances à FAuteur de la
nature, s'il ne s*en sert pour adorer ses per-
fections; si en mesurant les espaces im-
menses de Féthérée , ou en calculant la
course rapide des astres, il ne s'écrie avec
le Roi Prophète dans un transport d'ad-
miration : * Les cieux racontent à la terre
la gloire de Dieu 3 & le firmament annonce
ses ouvrages .
Mais où m'emporte mon sujet ? Trop
plein de sa grandeur, je courois vers l'ob-
jet le plus intéressant 3 fans songer qu'on
coeli gltriam Det Gf opéra tngnuiim tfus
annuntrat firmamentum. Pfal.V .I V.I.
n'arrive aux connoiffances sublimes de la
Religion que par degrés. Arrêtons-nous
donc quelques inftans a admirer les pro-
grès que le DAUPHIN fit dans les fcien-
ces profanes ; ils nous conduiront natu-
rellement à ceux qu'il fit dans la fcien-
ce de Dieu.
Le soin de ses études avoit été confié
à des hommes qui en fçavoient infiniment
plus qu'on n'en apprend d'ordinaire aux
Princes ; mais ils n'en fçavoient pas assez
pour celui-çi qui vouloit tout fçavoir , où
plutôt ils étoient étonnés de trouver en
lui une facilité qui preffoit toujours de
devançoït souvent leurs leçons.
A peine lui eut-on enseigné les pre-
miers élémens des langues anciennes ,
qu'elles lui devinrent plus familières qu'à
ses maîtres; Poètes, Orateurs, Hiftoriens,
Philofophes Grecs & Latins 3 rien ne l'ar-
rêta dans la carrière que son génie lui
avoit ouverte , de où son goût le faisoit
courir avec rapidité.
C'eft dans les Poètes qu'il prit cette
19)
amenité qui le rendoit si aimable , il est
fucça le miel de ne toucha pas au poi-
son . Les Orateurs formèrent le style no-
ble 3 éloquent de concis qu'on admirait
dans ses conversations s dans ses lettres
de fur tout dans les Conseils du Roi.
La lecture des Historiens orna son esprit,
de celle des Philosophes perfectionna fa
raison.
Personne ne sut mieux instruit que lui
de Forigine 3 de Fétendue de des révolu-
tions des Empires 3 des intérêts des Print
ces 3 des loix de des usages des Nations,
des races illustres , des systèmes de des
ouvrages nouveaux 3 des querelles même
de des petites guerres intestines de la ré-
publique des Lettres : en un mot, de
tout ce que l'on peut désirer d'un hom-
me véritablement sçavant, de qu'on ne
doit ni attendre ni exiger d'un Prince.
Eh ! combien d'hommages son auguste
Père n'a-t-il pas rendu aux connoissances
historiques ou littéraires de ce Fils ? Père
tendre 3 de infortuné, dont ce cher en-
C ii
■(%<,)
fant he faisoit pas moins la gloire que les
délices : Vous qui vous plaisiez à lui pro-
poser des doutes , qui triomphiez pour
lui de la sagesse de de lâ précision de ses
réponses à vos difficultés ; vous qui tant
de fois avez désiré fa présence, pour ré-
soudre celles qui se sormoient dans vos
entretiens familiers avec vos courtisans ;
Hélas ! vous pourrez dire à présent mieux
que jamais, de pour toujours : SI MON
FILS ETOIT ICI.. » N'arrêtons pas plus
lông-tems la Vue , Messieurs, fur ce pre-
mier tableau attendrissant ; vous n'auriez
pas plus la force de m'écouter, que moi
celle de me faire entendre ; de ce que
nous donnerions à la juste compassion
qu'inspire le Père, nous le déroberions
à la gloire du Fils.
Je vous Fai déja montré comme un
prodige de science, de ce portrait n'est
point exagéré; un cri général de ma Na-
tion Fatteste ; mais vous ne vous imaginez
pas fans doute que LOUIS ait acquis tant
de connoissances dans le court espace de
(il)
son éducation : il n' apprit, en effet, que
F art d' étudier ; il le mit en pratique dès
qu' il devint le maître de ses études, de il
y employa vingt ans.* Si ce travail assidu
ne vous étonne pas assez dans un Prince*,
transportez - vous, Messieurs , en esprit
dans la Cour la plus brillante der F Eu-
rope : Cour agréablement tumultueuse par
F affluence de ceux qui y abordent, de
toujours agitée par les intrigues de ceux
qui F habitent : Cour où les hommages
des Courtisans font souvent importuns |
où leurs passions deviennent quelquefois
malgré nous, les nôtres ; où les dissipa-
tions permises font presqu' indispensables,
de où les plaisirs variés s' offrent d'eux-'
mêmes à ceux qui veulent les goûter.
C est-là que F héritier présomptif de ce
florissant Royaume vivoit en Philosophe
Chrétien : c' est - là que semblable à ce
célèbre Géomètre* de F antiquité, qui,
au milieu d' une ville investie **, cher-
choit tranquillement la solution d'un pro>
- * Archiraede. ** Syracuse,
(22)
blême 3 sans être détourné de ses calculs
ni par le bruit des assiégeans , ni par
îes allarmes des assiégés , le DAUPHIN
s* appliquoit à connoître la nature, Fhu-
manité de foi - même ; la nature , pour
s'élever par les créatures jusqu' au pied
du trône .du Créateur ; F humanité 3 pour
s'égaler au reste des hommes ; soi-même,
pour mieux sentir le néant de son être.
Monarques de Souverains, qui tenez
de votre noble origine ce que les pre-
miers de vos ancêtres qui ont régné ,
tenoient de leur valeur ou de F accord
des peuples, songez quelquefois que vous
êtes des hommes 3 de vous ferez pour
nous comme des Dieux. Ce n' est en
effet 3 Messieurs, que par urt retour fur
foi- même , qu' un Prince , au faîte de
la grandeur de au sein de F opulence ,
peut parvenir à commander à F orgueil,
a obéir á la raison , à être humain de
juste ; mais lorsqu' il a rempli ces grands
devoirs de la royauté , il ne lui reste
rien à faire pour porter la couronne avec
éclat, de en mériter une éternelle.
Ce n' etoit donc pas moins pour vous
que pour nous, Prince , que vous mé-
ditiez fur le néant des choses : mais ne
croyez pas que le DAUPHIN ne cherchât
que dans son coeur les principes des de-
voirs de Prince de de Chrétien ; s'il eri
trouvoit les preuves dans fa propre foi-
blesse, il ne les trouvoit pas moins dans
les égaremens de F esprit humain; il les
trouva encore, preíque fans les chercher 31
dans F étude de ces sciences 9 dont la va-
nité de F homme s' est servie plus d'une
fois pour affoiblir ces mêmes, preuves.
Osons 3 Messieurs, pénétrer en esprit dans
le lieu retiré où ce, Philosophe Chrétien ,
se dérobant à une Cour importune ou
à des amusemens frivoles, se livroit tout
entier au travail. C est dans ce sanctuai-
re des sciences , où chacune avoit, pour*
ainsi dire, son autel, qu'il leur rendoit
tour-à-tour une sorte de culte profane,
pour en tirer le motif indispensable d'un
culte religieux. C'est-là que mesurant
les distancés immenses que F Auteur de
F univers a mises entre le ciel de la ter-
re 3 le DAUPHIN concevoit que F immen-
sité de cet Etre suprême devoít être in-
finie : c est-là que calculant tous les tems
possibles, il s'effrayoît à la vue de Féter-
pité qui n a point de teins : c' est - là
.que dérobant avec plaisir quelques secrets
à la nature, cette sensation agréable lui
donnoit une idée de la félicité des Bien-
heureux 3 qui voient sans effort de fans
désir, fans interruption de fans satiété ,
la beauté de F excellence des ouvrages de
Dieu dans Dieu même.
O LOUIS ! vous aimiez trop ceux
qui vous pleurent, pour ne pas faire en-
trer dans ves études les moyens de les
tendre heureux ; mais vous ne croyiez
pas que la Religion dût être le prix de
ces avantages. Bien différent de ces hom-
mes à sistêmes qui ne sçavent peupler
un Etat qu en dépeuplant les cloîtres,
cultiver nos campagnes qu' èn dévastant
nos temples, faire fleurir le commerce
qu' en
qu 3 en fomentant le luxe , enfant de là
mollesse 8c père de la corruption j le.
DAUPHIN subordonnoit tous ces avanta^
ges à la Religion : selon ce sage Chré-
tien , le trône ne pouvoit trouver sa sû-
reté & sa gloire dans la multitude du
peuple a quJ autant qu' un même noeud
attacheroit cette multitude au Trône &c
â r Autel. V Agriculture ne devoit coû-
ter à la Religion ni larmes ni soupirs ,
ni festivité ni Lévites ; Sc le Commerce
qui enrichit une nation 3 ne devoit pas
en appauvrir les moeurs. Voilà, Messieurs,
comment LOUIS étudioit la Religion
pour nous : dans des projets de popula-
tion , d' agriculture &c de commerce, il
ne F y cherchoit pas ; mais il nJ y vou-
loit rien trouver de contraire aux inté-
rêts de Dieu; & pour peu que les moyens
proposés donnassent atteinte â la Religion,
il les regardoit comme les destructeurs
du Trône. Auíîì presque tous ces écrits,
enfans de la bonne volonté des François»
qui en ce genre n' est que trop fécon-
D
(26)
de, ont péri en naissant. Un seul regard
de LOUIS, son maintien, son silence,
étoient pouf eux urt arrêt de proscri-
ption, dont ils aufoient appelle en vain
au tribunal de son auguste Père.
Vous entriez auíïî dans ses études,
écrits modernes de tout genre, & loin
de jetter du trouble dans son ame, vous
augmentiez fa tranquillité. Il les lisoit,
Meffieurs, tous ces ouvrages ; mais com-
posés à dessein de faire douter, ils lui
fournissoient de nouveaux motifs de croi-
re : semblables á ces faux oracles d' où
forfóít quelquefois la vérité malgré l'am-
biguité de leurs réponses & lâ malice du
démon qui les dictoit, ces écrits lais-
soíent percer aux yeux du DAUPHIN les
vérités éternelles. Les fophismes &z les
paradoxes employés pour les cacher, ne
fervoient qu á les rendre plus éclatan-
tes ; c est ainsi qu' à la voix du Créa-
teur, la lumière sortit du milieu du ca-
hos & des ténèbres.
Celle qui a éclairé l' efprit de notre
(27)
Philosophe Chrétien, ne peut guères être
comprise que par les effets qu' elle a pro-
duits ; car fa vie cachée nous a dérobé
jusqu'ici les preuves immédiates de ses
connoíssances ; je veux dire , ses travaux
dans tous les genres de science. Celle de
Dieu est la feule qui se soit manifeftée;
son coeur ne pouvoit pas la contenir, &
fa religion a souvent trahi son humilité.
Que vos charmes font doux & puissans,
Religion sainte ! oh ! qu' ils ont d'attraits
pour une ame qui en est véritablement
éprise !
. Celle du DAUPHIN en étoit si péné-
trée , que le plaisir qu' il goûtoit á rem-
plir toutes les obligations d un parfait
Chrétien , fembloit moins être l' effet
d' une grace de secours que le fruit d'une
récompense anticipée.
C est de, ces attraits, toujours renaif
fans dans le coeur du jufte, que font sor-
ties fans interruption les vertus que nous
ne fçaurions contempler fans étonnement :
cette juste piété qu' aucune paffion, au-
Dii
cune foiblesse , aucun dégoût n'a pû af-
foiblir ; ce tendre respect pour ses au-
gustes Parens, dont il n3 a jamais con-
tristé le coeur; cet amour conjugal, qui
est descendu avec lui dans le tombeau
avec toute fa pureté; cette affection pa-
ternelle , qui nous retrace la belle ima-
ge des Patriarches toujours entourés de
leurs enfans, toujours occupés à les in-
struire , jamais las de leur présence &
de leurs innocentes caresses ; cette com-
passion pour les malheureux, dont Fin-
fortune faisoit la sienne.
De ces attraits découloient encore ,
comme d3 une source pure & tranquil-
le , cette paix , cette égalité d' ame de
LOUIS dans tous les événemens; de-
là enfin toute fa vie , qui fut un culte
intérieur & perpétuel, par l' ensemble de
less actions, toujours conformes à ce que
Dieu commande, toujours dirigées vers
les récompenses éternelles qu'il promet.
A l' égard du culte extérieur, par le-
quel tous les fens de l' homme rendent
(29)
hommage à la Divinité, LOUIS qui ne
voyoit rien dans la Religion de JESUS-
CHRIST , qui ne fût grand , qui ne fût
saint comme celui qui F a fondée , ne
croyoit pas qu 3 il fût au - dessous de fa.
propre grandeur, de concourir aux au-
gustes fonctions de F Eglise ; tel autre-
fois le glorieux Saint dont il tiroit son
origine , entra humblement dans Paris,
à la fuite des Prêtres & à la tête du Peu-
ple , portant fur ses épaules, comme un
autre Cyrenéen, les instrumens de la Pas-
sion du Fils de Dieu.
L3 héritier du nom de S. Louis, Fétoit
aussi de fa piété. Que ne puis - je, Mes-
sieurs, vous le montrer tel quil a paru
dans nos Eglises : vous le verriez proster-
né au pied de autels, pénétré de la sain-
teté du lieu, anéanti devant la Majesté
de celui qui y habite , aussi humble dans
fa prière que le Publicain , aussi persé-
vérant dans fa foi que le Centurion, plus
éclairé dans ses pieux désirs que les en-
fans de Zébédée ; vous Fy verriez, écou-
(.30)
tant la parole de Dieu avec l' avidité de
la multitude qui avoit suivi JESUS-
C H RI ST sur la montagne; chantant
les louanges de F Eternel ; comme s3 il
étoit déja devant le trône de F Agneau;
aimant nos saintes cérémonies & nos
festivités, autant que le jeune Joas aimoit
celles du Temple ; & ne se plaisant pas
moins dans la maison du Seigneur, que
Pierre sur le Thabor,.
Quoique ces pieuses affections de Famé
soient des signes certains de la Religion
du Chrétien , je ne bornerai pas à ces
seuls actes les preuves v de la piété du
DAUPHIN. Il sçavoit que notre divin
Maître prêt à quitter la terre pour aller
prendre une place éternelle à coté de
son Père, avoit établi des canaux de grâ-
ces, & il recouroit souvent à ces sour-
ces sacrées . C3 est ainsi que ce Prince
édiíîoit F Eglise,, tandis que des Docteurs
nouveaux dans F Eglise, travailloient à,
la. détruire ; C' est ainsi qu 3 il contredi-
foit par sa conduite des maximes erro-
nées qu 3 il a toujours condamnées pac
jfon maintien : maximes d3 autant plus
dangereuses , qu' elles se produisent fous
le dehors trompeur d' une morale faî-
ne , & fous le prétexte spécieux d' un
plus grand refpect pour le Saint des
Saints ; maximes par lesquelles les âmes
paresseuses de Foeuvre du salut, sont en-
tretenues dans la tiédeur, & les coeurs
enchaînés par les passions font retenus
dans F esclavage ; maximes, en un mot,
qui semblent n3avoir été introduites que
pour anéantir les Sacremens par le dé-
faut d3usage , n3étant pas possible de les
détruire par la force du raisonnement.
Le DAUPHIN ne voulant pas appro-
cher de ce sacré banquet comme cer-
tains Chrétiens que la simple habitude
y conduit, consacroit trois jours à ce
saint exercice , de manière que sa vie
spirituelle formoit une sorte de cercle
religieux qui ne laiffoit àucnne place à
la dissipation ou à la tiédeur ; & pour
remplir ces trois jours, il forma le plan
d' un ouvrage : c' est le seul écrit de ce
Prince , relatif à la Religion , qui soit
un peu connu , &: comme sauvé du nau-
frage ; mais combien d3 autres verront
le jour, si fa modestie ne les a pas con-
damnés à une nuit éternelle. Ce seroit
sans doute une grande perte pour la
postérité ; mais pour nous , qu3en avonsr
nous à faire ? la maladie & la mort de
LOUIS sont les plus fçavans livres qu3il
.ait pu nous laiíler.
Je sens qu 3 entraîné par mòn sujet
je vais avancer F heure de votre douleur
èí renouveller la mienne ; mais si nos
coeurs font susceptibles de quelque con-
solation , ce n3 est que dans F héroisme
chrétien de ce Prince qu'ils peuvent la
trouver. Ne détournons donc pas nos re-
gards de ce spectacle attendrissant, dont
je ne vous montrerai d' abord qu 3 une
partie : lui seul peut tarir nos larmes, si
.nous F envisageons des yeux de la foi.
C3 est ici, Messieurs, c3 est ici que cel-
le du DAUPHIN va paroître dans tout
son
(3 3)
son jour $è confondre F incrédulité dii»
siécle.
N3 ayant quetrôD cF objets asfligeans
à Vous présenter , jè passefai rapidement
sur le commencement de fa maladie ^ il
me feroit pourtant facile d'en tirer la
matière d3 un bel éloge : il suffiroit de
vous montrer ce cher Fils, plus atten-
tif à ne pas troubler la sérénité des jours
de ces augustes Pàrens, qu 3 à conserver
les siens. Il déperissoit, en effet, depuis;
ìotfg-tems , íms qu3il en témoignât fe
moindre inquiétude , lorsqu'enfin ses for-
ces» naturelles cédant à la violence du
mai, il fut contraint dé s3aliter. Dèsee
moment , LOUIS , qui avoit si sou-
vent déploré:Finfortune des Princes trom-
pés toute, leur vie, & comme poursuivis
jusqu'au tombeau par la flatterie ou le
mensonge , né voulut pas éprouver à la
mort ce qu'il avoit ,fçu si bien éviter
pendant tout le cours de fa vie, il fait
appeller ses Médecins, .& prenant pour
la première fois un ton d3autorité, il leur
E
ordonne de ne lui point dissimuler son
état. Ces hommes s à qui Dieu a don-
né une forte d3insénsibilité pour Favan^
tage de ceUx-mêmés qui la leur repro-
chent , sentent à ces mots que leur fer-
meté les abandonne ; mais célle de LOUIS
lès rassuré, leur arrache leur secret, &
les force à lui notifier son arrêt de mort.
Si l'on peut jugés de la situation d'une
ame par deÊ signes extérieurs, celle du
DÀUPËIN ne fut pòínt troublée : à son
visage serein * à son regard assuré & à
sa voix ferme, on eût cru que les Mé-
decins venoient de lui promettre une
guérison ptócháínë * Tel est Feffet de la
foi : Fexpérièrtce enseigne à tous les hom-
mes qu'ils doivent mourir; k foi leur
apprend qu'après la mort il est une au-
tre vie où le juste jouira d'un bonheur
éternel : C'efl pourquoi ce jufle, dit F Es-
prit-Saint i met son espérance Jans lot,
mort* *
Plein de cette confiance, LOUIS,
* Sperat autem fttstus inmorte fua . Prov. ch. 14.v.32«
au lieu de se troubler comme Ezéchias ;
se réjouissoit comme David , & sembloit
dire par son maintien tranquille : Ce que
V on ma annonce m* a rempli d3 allégresse ■>
, f irai dans la maison du Seigneur . * Dès
ce moment , Messieurs , il ne pensa
plus qu' à mourir ; mais comment s3 y
diípofa-t-il í Venez en être les témoins ;
& tremblez, ô vous tous qui ne songez
pas à la mort une feule fois en Ja vie!
vous qui croyez qu3une confession pré-
cipitée, une absolution arrachée par la
brièveté du tems, quelques mots d3édifi-
cation mal articulés par une voix expi-
rante, &z un acte de repentir errant fur
des lèvres moribondes, fans pouvoir trou-
ver le chemin du coeur , peuvent esta*
cer des iniquités fans nombre !
La nature du mal promettoit encore à
LOUIS quelque tems de vie , mais fa
foi les lui abrégeoit, U voulut recevoir
les derniers Sacremens de FEglife, non
* Latatuisum in bit qua diclafunt mihi, in dtmum
Domini ibjmus. Psal.iai. v.i.
Eij
ifï'í)
dans ces momens où tous les sens de
F homme , affaissés par la maladie , re-
fusent le secours de leurs organes aux
opérations de F ame ; mais lorsque la
sienne , libre des affections inséparables
cle la douleur , pouvoit sentir la gran-
deur du bienfait & la bonté infinie du
Bienfaiteur ; & il fe fait administrer les
jSacremens des mourans quarante jours
avant fa dernière heure., Quel triom-
phe , Chrétiens, pour la Religion ! quel
spectacle attendrissant pour ceux qui Fai-
ment J Auguste , mais trop infortunée
Camille, quel dût être alors votre ten-
dre effroi ! ,& vous, courtisans éplorés,
«dont les yeux noyés de larmes n'osoient
pas regarder Fillustre victime que Dieu
devoit bien-tôt frapper en haine de nos
péchés, racontez - nous les divers mou-
vemens dont vos âmes étoient agitées,
témoins d'un si triste appareil &c d3un si
cruel sacrifice ! Vous étiez tous dans la
consternation, vous soupiriez, vous gé-
fniíïíez , vous fondiez en larmes , yos
(37)
âmes étoient saisies de douleur <k d'effroi,
quand celle du DAUPHIN étoit feule
ferme 5c paisible ; mais d3où venoit ce
calme surprenant ? LOUIS étoit - il
donc né insensible ? hélas ! il fut le fils,
Fépoux , le père, le frère , Fami & Fhomr
me le plus tendre. O vous ! qui vous
étonnez de trouver tant de tranquillité
dans une ame environnée des frayeurs
de la mort , & attachée à ce monde
par les plus doux liens de la vie, apprer
nez quelle étoit la source de cette paix
intérieure : la nature ne perd jamais ses
droits, mais la Religion enseigne à Fhom-
me à en faire un sacrifice au Maître de
la nature. C3est la foi qui a sait vivre
le DAUPHIN en vrai Philosophe : cest
elle qui Fa faít mourir en véritable Hé-
ros . Et vous ! qui voudriez faire retom-
ber fur la Religion les jugemens qu'el-
le prononce contre vos erreurs & vos
vices, venez voir Fhéritier du plus beau
trône du monde que la mort va lui en-
lever ; indifférent à cette perte, \\ ne
(38)
soupire qu'après un regne dont * la vè-
rite eft la M , dont la charité eft le Roi ,
dont l' éternité eft la durée.
Fils tendre, enfant chéri, on diroit
qu'il n' a plus de parens fur la terre, du
moment qu' il s3 est jette dans les bras
du Pere de miséricorde qui est dans le
ciel : uni à une Epoufe par les noeuds
les plus doux, il les romps pour ne s3at-
tacher qu' à la Croix de JESUS-CHRIST;
& s'il tient encore au monde par les
liens de l' affection paternelle & de Fami-
tié, ce n' est que pour bénir ses enfans
à la manière des Patriarches , & pour
dire adieu à ses amis comme un voya-
geur s' en sépare. Quel spectacle ! quel-
le victoire ! la Religion triomphe déja
sans effort de toutes les forces de la na-
ture & des horreurs de la mort : elle
en triomphe, Messieurs, mais c' est par
la foi dans les récompenses éternelles
Sans elle la grande ame de LOUIS
Cujus lex veritas, eu jus Rex caritas, cujus modus
aternitas. Aug. epift. ad Marcell.