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r
ÉLOGE DE LOUIS XVI,
DE GLORIEUSE MÉMOIRE,
ROI DE FRANCE ET DE NAVARE.
ELOGE DE LOUIS XVI,
DE GLORIEUSE MÉMOIRE,
r ROI DE FRANCE ET DE NAYARE,
['PROCLAMÉ, en 1789, le Restaurateur de la Liberté
française, et mis à mort le 21 Janvier 1793, par
une faction impie, digne à jamais de l'exécration
de tous les peuples.
PAR M. L'ABBÉ MERMET,
: Professelu-émédte-Pensionnaire et Officier de l'Université de France ;
des Académies de Dijon, Montauban, Grenoble , Bourg, etc.;
Auteur du Supplément aux Principes de littérature de l'Abbé
BA TTEVX, et de plusieurs autres écrits en vers et en prose.
LONS-LE-SAUNIER,
DE L'IMPRIMERIE DE GABRIEL COURBET.
Octobre 1815.
A SON ALTESSE ROYALE
MADAME,
- À
•UCHESSE D'ANGOULÊME.
MADAME,
DAI G NEZ permettre à un Citoyen obscur, retiré à
l'extrémité d'une province , de vous offrir l'éloge du Roi-
Martyr , votre père et le nôtre. Cet hommage extérieur
n'ai qu'une foible image de celui que je lui rends chaque
jour au fonl de mon caw. En m'élevant vers cette ame
sublimemes regrets éprouvent un soulagement bien doux
lorsque je feporle mes regards sur l'Ange consolateur en
qui nous retrouvons tout son amour. Des vertus que nous
ne pouvons atteindre que par la pensée, des malheurs que
l'imagination peut à peine se peindre , un courage qui
sera le plus beau phénomène de notre âge, tous ces traits,
Afa.dm.me, vous composent une destinee auguste que la
France contemple avec admiration.
Héritière de Marie- Thérèse , vous avez été soumise à
les épreuves encore plus cruelles que celles qu'elle eut à
supporter.
Abandonnée de ses amis) persiçutée par ses ennemis )
attaquée par ses plus proches parents, elle n'eut de res-
jv 'I!
source que dans la fidélité de ses sujets. Elle leur pré
son fils qu'elle tenoit dans ses bras, et leur adres
mots qu'ils méritoient si bien : La Fille et le Fils (H
vos Rois attendent de vous leur salut. j
Aujourd'hui, Madame, c'est nous qui attendons ■
nôtre de vous. C'est nous qui remettons entre vos maimM
nos espérances et nos droits reconquis. A votre voix, t
les bons Français ont accouru , et les rebelles ont trembtM
Au moindre danger, nous volerions encore sous le iirape
chéri dont la vue enfante les héros; et fiers de combat
-vos côtés pour une si belle cause, nous dirions comme lesfidellcm
Hongrois : Mourons pour notre Roi Marie-Thérèse. L
plus belle royauté , Madame, n'est pas toujours celle q
s'annonce au bruit des armes. La royauté qui donne l'e
pire des cœurs est plus flatteuse encore, et c'est pam
celle-là que vous vous préparei à remplir les devoirs dm
l'autre. Prêt à verser jusqu'à la dernière goutte de moni
sang pour défendre le sceptre des Lis, daigrrei, Mn/ln^ç
abaisser sur moi le sceptre de la bonté. En me prosternZMià
devant ce signe sacré, je dépose à vos pieds le gage ded
sentiments qu'il m'inspire, et , avec lesquels j'ai l'honmeam
d'être, -
MADAME,
De Votre Altesse Rojale,
Le très-bumble, très-obiissant serviteur
et fidelle sujet, <■
MERMET,
Professeur - émérite - Pensionnaire et Officier J
l'Université, Autour du Supplément aux Jiffl
cipes de littérature de l'Abbi BATTLUX ,
de plusieurs autres écrits en vers et (LjBB
Saint-Claude , Dépt. du Juia, le 10 Août i 8i5.
ÉLOGE DE LOUIS XVI,
ROI DE FRANCE ET DE NAVARE.
« Concidisse Rempublicam, nihil spei reliquum clami-
» tabant, cùm versi ad ctzlum ac deos , integram illi
» soiolem ac superstitem iniquorum precarentur. »
Le corps de la nation s'écrioit que c'en étoit fait
-de l'état, qu'il ne lui restoit plus d'espoir! Ils levoieiit
les yeux au ciel, et conjuroient les Dieux de con-
server sa famille, et de la faire survivre aux méchants.
Annales de TACITE, Livre III.
Sl j'emprunte d'un historien célèbre quelques-uns des
traits sous lesquels il a représenté la douleur publique
à la mort d'un prince qui étoit l'idole des Romains ,
ce n'est pas que je veuille comparer la mort de
Germanicus à la mort de Louis XVI. Des qualités
rares, de grandes vertus leur avoient assuré à l'un
et à l'autre; l'amour de leur nation et l'estime des
peuples voisins ; mais l'un meurt victime de la mé-
chanceté d'un rival subalterne , secrètement soutenu
par un prince ombrageux et jaloux ; l'autre, en butte
aux vociférations de quelques factieux, après avoir
tenté tous les moyens de se soustraire lui et son
peuple à leur féroce tyrannie, plein de confiance
dans celui qui voit le fond des cœurs, conservant
jusques dans les fers la majesté d'un Roi, comme il
avoit conservé jusques sur le trône les vertus d'un
chrétien J résigné sans foiblesse J magnanime sans os-
( 6 )
tentation, intrépide contre le coup fatal qui s'apprêta
tend sa tête auguste au glaive homicide , et son dernid
soupir est encore un vœu pour le bonheur de ce
ple qui reste immobile d'étonnement et de re
l'aspect de cette grande catastrophe ! j
Vous qui voulez concevoir une idée de ce que p
vent sur un peuple vaillant et spirituel le génie-OM
magnificence d'un Roi, contemplez le rpyie dp 1 cii "TMI
Vous qui croyez qu'un Roi ne puisse pas être » V fnM wlill
héros et un grand homme, jetez les yeux sur Henri ryq
Vous qui n'imaginez pas comment, dans un siècle d
rance, un Roi peut concilier ce qu'il doit à l'EMiiiiii
avec ce qu'exigent la dignité de sa couronne et
dépendance de ses Etats, ouvrez l'histoire de St. Louis]
Mais si vous cherchez un Roi qui soit en butte à touta
la violence des passions sans les avoir, provoquées , j
toute la fureur des discordes civiles sans lai aWllil
excitées, à tous les outrages sans les avoir mérités..
et qui ne mettant point de bornes à sa longanimité
aime mieux perdre le trône et la vie que de les c £ |g
server au prix d'une seule goutte du sang tir 1M
peuples ; si vous cherchez ce grand phénomène q
tient encore aujourd'hui dans la stupeur et
le monde entier, vous le trouverez dans la vuulu ~~t
du pacifique, du trop généreux Louis XVI !
Un seul jour a suffi pour plonger dans un ab
maux la nation la plus lforissante, et ce jo fut^ë^
Qù Louis XVI n'eut plus le pouvoir de pHMrorriPT IflttPj
nation selon son cœur; nous nous eu convaincrons efl
suivant attentivement la vie de ce Prince. TQULW
événements qu'elle renferme se rapportent à trois
ques principales ; 1
1.0 Au temps qui précéda les troubles; -:
2.° Au temps qui se passa au milieu des ~nj~
3.° A celui qui s'écoula depuis qu'il eut ceiâ^^Q
fonctions royales, jusqu'à sa mort. j
Avant les troubles, nous .le verrons régner c
un sage i au milieu des troubles , se conduire
UIt père; précipité du trpne, conserver la dignité tiM
Roi, et mériter de mourir comme un saint.
( 7 )
Avant les troubles il régna comme un sage.
Pour mieux apprécier la sagesse de son gouverne-
ment , rappelons - nous dans quelles circonstances il
devint Roi. Jamais époque ne promit plus de biens et
n'amena plus de maux. Quatre grands talents venoient
ie briller dans le monde ; l'un avoit éclairé la législa-
tion en appelant l'histoire au secours de ses recherches ;
l'autre plus hardi, armé d'une logique séduisante ,
avoit essayé de reconstruire le monde moral sur des
bases nouvelles. Il accoutuma les esprits à la réflexion,
en donnant à plusieurs paradoxes les couleurs de la
yérité ; il fit rougir les hommes d'avoir cru ce qui avoit
été consacré par les hommages des temps anciens ; il
se flatta d'avoir trouvé la véritable science sociale,
parce qu'il dévoila quelques erreurs de la politique.
Dévoré du désir de dominer cette multitude qu'il af-
fectoit de mépriser, il voulut s'emparer de son siècle
par l'éducation, et traça à la génération naissante une
méthode singulière d'élever l'enfance , qui n'auroit
point eu de sectateurs, si l'on eût jeté moins de dis-
crédit sur les hommes estimables qui étoient alors
chargés- de ce noble ministère. Un troisième talent dont
l'imagination brillante porta la gaîté jusques dans la
métaphysique, corrompit la raison du peuple par une
fausse appréciation des choses ; il rabaissa le raison-
nement pour relever le mérite des bons mots, fit
violence à l'histoire pour en accomoder le langage à
ses opinions, rendit problématiques les vérités et les
faits qui contrarioient sa manière de philosopher, s'ar-
ma de cynisme contre les défenseurs des bienséances;
et fort habile à rapprocher les disparates et les extrê-
mes, il montra souvent le burlesque à côté du sublime
pour accoutumer insensiblement ses lecteurs à plaisanter
te ce qu'il y a de plus auguste, et à n'être pas surpris
quand il leur feroit paroître ridicule ce qu'il y a de
plus sacré. Lorsqu'on eut assez raisonné sur la législa-
tion , la politique et la morale, sur la littérature et
l'histoire, un quatrième talent non moins étonnant
( 8 )
que les trois autres, exerça sur les esprits une influence
prodigieuse, et tourna toute leur activité vers l'étude
de la nature. Cette étude si attrayante par la beauté
de son objet, par la facilité d'en approcher, par les
secours que l'homme en tire pour ses besoins , n'eut
pas de peine à exciter l'enthousiasme universel ; et
comme les premières connoissances qu'on y trouve
sont à la portée de tout le monde , le désir d'y péné-1
trer plus avant fut un nouvel aiguillon pour la curio-
sité. Mais à force d'étudier les corps, on oublia l'esprit
ou l'on crut pouvoir expliquer ses opérations par les
mêmes lois qui décident des mouvements du corps ;
on ne voyoit que matière, et on crut que tout l'étoit;,
on auroit voulu trouver dans les vérités morales et
religieuses la même évidence que dans les vérités
physiques ; et des esprits accoutumés à la clarté des
démonstrations rigoureuses , se dégoûtèrent bientôt d'une 1
science où la certitude fondée sur d'autres principes
ne peut pas avoir le même caractère. De là , l'indif-
férence pour tout ce qui appartenoit à l'enseignement
de la religion , à la doctrine de l'église , et aux de-
voirs qu'impose le christ'anisme ; de là , l'idée de1
discuter les devoirs mêmes prescrits par la morale,
de remonter à leur origine, de les révoquer en doute ,
de discréditer jusqu'aux lumières de la raison quand
elles contrarioient les passions, et de ne suivre en tout
que l'attrait du plaisir ou de l'intérêt personnel. Voilà
quel étoit le monde moral quand Louis XVI monta sur
le trône : on apperçoit déjà quel devoit être le monde !
politique.
L'intolérance religieuse avoit mis la Pologne en feu ;
la nation se divise en deux partis qui en viennent aux
mains; les Grands qui auroient dû appaiser les premiers
troubles, les augmentent par leur ambition ; et l'in-
tervention d'une grande Puissance n'ayant pu mettre
un terme aux dissentions domestiques, la Pologne épui- 1
sée par ses propres fureurs , tombe au pouvoir de ses
voisins qui se partagent honteusement ses dépouilles.
Au-delà des meis une autre révolution se prépare :
un
( 9 )
2
ijua nouvel impôt mis sur une - denrée dont l'habitude
sa feit un besoin , arme les Anglois d'Amérique contre
-¥es Anglois dfEurope : cette foiMe étincelle qui pro-
duisit un si grand incendie, auroit été promptement
Wteinte, si tous les Souverains étoient restés tranquilles
a spectateurs de ce démêlé; nuis de fausses idées dJindé-
jpendance et de liberté, nées au sein même de l'Angle-
j ferre, et répandnes chet ses voisins, portent deux
I puissants Rois à donner des secours- aux ins-urgents.
1 Ici l'humanité trompa la politique ; et l'expérience a
1 prouvé que si les Rois doivent quelquefois déférer
: à l'opinion publique , il seroit bien pW souvent à
s souhaiter qu'ils la dirigeassent ; disons même qu'il est
t des temps critiques où, lorsqu'il n'est pas en leur
(pouvoir de le faire, la sagesse veut qu'ils aient le
> courage de lui résister.
A peine l'indépendance des Américains est - elle
: assurée , que les Hollandais font éclater leur mécon-
tentement contre une autorité qui étoit tellement
iéglée et circonscrite, qu'elle ne devoit leur causer
aùcun ombrage. Il entroit encore dans la destinée de
la France de les soutenir contre le premier Magistrat
de leur République; mais un autre Souverain arrêta
les progrès de l'effervescence qui, en s'éloignant des
ports de Hollande, vint embraser les provinces Bel-
giquês. Ici ce fut le Souverain lui-même qui donna
à ses peuples l'exemple des innovations ; il change
la discipline ecclésiastique sans la participation du Chef
de légâse- ; une partie de ses sujets attachés aux an-
ciens usages, s'arment contre ceux qui suivent là
nouvelle doctrine ; le peuple, quoique jouet de ses
chefs militaires qui, tantôt unis et tantôt divisés le
font servir d'instrument à leurs vues particulières 3 le
peuple se. plaît dans des agitations qui lui donnent le
spectacle de la crainte qu'il inspire à ses maîtres ; cette
illusion qui le flatte prolonge la crise, et il ne rentre
dans l'ordre que parce qu'il ne peut plus continuer
la guerre. En vain le germe des mêmes désordres avoijt
été étouffé auparavant dans la Toscane; en vain le,
( 10 )
Brabant venoit-il d'en être délivré, le même esprit se
propage dans le royaume de Naples qui, comme les
peuples de la Belgique, ne recouvre son premier repos
et son bonheur, qu'après avoir renoué ses anciennes
liaisons avec le St.-Siège. L'incendie est aux portes de
la France , il s'avance à grands pas : Que dis-je ?.
c'est là qu'a été attisé le feu qui a déjà embrasé tant
de peuples ; c'est là qu'est le foyer du volcan qui doit
la renverser sur elle-même , et ébranler le monde ! --4
Une secte s'y étoit formée dans le silence , et for-
tifiée par l'étude. Eclairer les hommes étoit sa devise :
elle eut des chefs à qui leur science et leur génie
avoient fait une grande renommée ; ces chefs ne mon-
troient aux adeptes qu'une partie du plan à l'exécu-
tion duquel ils se vouoient. La révélation des grands
secrets étoit le prix de leur persévérance. Cette secte
ne disoit pas : Si tout n'est pas parfait, tout est sup-
portable; mais elle disoit : Tout est mal, et il faut tout
démolir pour tout reconstruire. Ella porta sur toutes les
parties de l'administration l'esprit de réforme qui l'ani-
moit ; tout fut soumis à ses calculs, la forme des habits,
le nombre des fêtes , le produit net d'un pied carré
de terre. Avant de faire présent au genre humain de
ses découvertes, elle attendoit que les esprits fussent
assez éclairés pour les comprendre , et assez raison-
nables pour en profiter. De nombreux ouvrages, les
uns sérieux, les autres comiques, ceux-ci plus étendus,
ceux-là plus superficiels , avoient parcouru toutes les
classes de la société pour caresser tous les caractères,
captiver tous les goûts, affoiblir tous les principes :
il ne lui manquoit plus que l'occasion de faire en-
tendre ses oracles dans les assemblées publiques;.
la convocation des États - généraux lui procura cet
avantage tant souhaité !.
Prince infortuné, qu'allez-vous faire ? N'avez-vous
pas assez d'autorité pour obtenir d'un peuple qui vous
aime , les secours que réclament les besoins de l'Etat ? 4
Vous ne voulq plus, dites-vous , ni emprunts, ni impôts!..
Vous voulez trouver ce qui vous manque dans le
( 1 1 )
^retranchement des dépenses de - votre maison, et dans
'Jl'économie. Ah ! vous n'avez déjà que trop diminué
;lla représentation du Trône. La simplicité à laquelle
vvous l'avez réduite enhardira bientôt les méchants à
7VOUS déclarer une guerre ouverte : toutes les classes
bde vos sujets vous offrent librement une partie de
)ce qu'elles possèdent ; parlez , et lorsque déjà le
1 tonnerre gronde , ne mettez pas en contact tous les
iéléments de la tempête ! L'histoire ne nous apprend-
Jelle pas que les États-généraux ont rarement produit
lie bien qu'on en attendoit ? Les temps sont changés,
i il est vrai , mais les passions des hommes ne le sont
r pas : tous ceux qui sont mécontents de leur naissance
) ou de leur condition , tous ceux qui ont cru être
[humiliés par les classes supérieures, vont chercher a~
ï se venger de la fortune , et à bouleverser les rangs.
Votre seul tort est de juger les hommes d'après votre
[ belle ame , vos sentiments généreux ne changeront pas
1 les leurs ; vos vertus et vos intentions mêmes seront
également méconnues !
Nous l'avons déjà fait voir, l'état moral des peuples
n'a que trop d'influence sur leur état politique ; et au
milieu de la fermentation des esprits égarés par tant
de causes, le caractère calme et vertueux du Roi ne
pouvoit paroître qu'un censeur incommode : ce carac-
tère ne pouvoit le conduire au bien que par des voies
honnêtes, tandis que ceux qui étoient appelés à le
seconder ne voyoient le bien que dans des innovations
destructives de tout ce qui avoit fait jusqu'alors la
gloire de la France. En effet, jamais Prince n'eut des
inclinations plus nobles et plus amies du bonheur de
ses sujets. Modeste jusqu'à l'excès , il se rendit inac-
cessible aux flatteurs ; s'il se trompa quelquefois, il
n'en rechercha pas avec moins d'ardeur la vérité. Il
ne crut pas, comme bien des Rois, que la bonne
foi n'étoit une vertu que chez les particuliers, il
remplit ses engagements et ceux de l'Etat avec une
fidélité qui alla jusqu'au scrupule ; elle étoit le fruit
de cette piété solide, éclairée qui n'est contente que
*
( 12 )
lorsqu'elle est utile , et qui , dans un Roi, est vraiment
l'image de la divinité sur la terre. Laborieux par
principes et par devoirs , il donnoit à l'étude tous les
moments que les soins du gouvernement lui laissoient:
personne ne sut mieux que lui la géographie et l'his-
toire; très-propre à l'étude des langues, il apprit avec
facilité le latin et l'anglois ; Horace Walpole avoit
écrit depuis peu l'histoire du règne de Richard III,
Louis XVI fit passer dans notre langue ce monument
historique où l'on voit le plus cruel des tyrans pré-
cipité d'un trône dont il s'étoit frayé le chemin par
toutes sortes de crimes (i). Les goûts de Louis XVI
le portoient vers la paix, mais il n'auroit point craint
de faire la guerre s'il l'eût jugée nécessaire pour
faire respecter la puissance de la Nation, ou pour lui
conquérir quelques nouveaux avantages politiques ; et
ce n'est que parce qu'il envisageoit la guerre d'Amé-
rique sous ce double rapport, qu'il s'y détermina. Il
ne profita point de la supériorité de ses forces pour
blesser les 1 intérêts de ceux qui avoient secondé ses
armes; après la paix de 1783 qui termina cette guerre,
il rendit généreusement aux Hollandois, ses alliés,
l'île de St.-Eustache que les Français avoient reprise
sur les Anglois pendant les hostilités. Jaloux de cou-
server dans toute sa splendeur le brillant héritage de
Louis XIV et de Louis XV , il n'eut rien tant à cœur
que la gloire de ce bel empire dont la prospérité
fdtiguoit les regards de tant de nations rivales ; il fit
ériger des statues à nos grands hommes , récompensa
avec éclat les services importants , fit creuser un nou-
veau port dans la Manche. Dès 1777, il s'étoit en
quelque sorte associé à la gloire du Capitaine Cook,
en ordonnant que son vaisseau fût respecté sur toutes
les mers. Neuf ans après, le même zèle pour le pro-
grès des sciences lui inspira l'idée de faire exécuter ,
par des Français, un voyage dont le but étoit de con-
(1) C'est le même événement qui a fourni a Sakespear le sujet
d'une de ses plus belles tragédies.
( 13 - )
i:tinuer les découvertes du navigateur Anglois. Il confia
rfau Capitaine Lapeyrouse cette grande entreprise dont
liil traça lui-même le plan. Il venoit de rouvrir une
•Ides principales sources de la prospérité du commerce ,
:Een concluant avec l'Angleterre un traité qui rétablis-
)ésoit la liberté de la navigation. Le premier usage
qu'il en fit ne fut pas de s'assurer à lui -même, ou
d'assurer à sa nation des intérêts passagers, sa vue
embrassoit les intérêts du monde entier ; et c'est pour
agrandir l'esprit humain par des connoissances nouvelles,
qu'il ordonna ce voyage fameux qui devoit ajouter
j'immenses conquêtes à celles que nous devions à l'au-
pace de Colomb et de Magellan. Pourquoi faut-il que
les malheurs plus grands que les leurs, viennent attris-
ter les souvenirs que nous a laissés une des plus nobles
expéditions qu'aient vu éclore les siècles modernes ?
Cette institution antique connue sous le nom de
Main - morte, étoit devenue odieuse, il la supprima
Mans ses domaines ; et comptant qu'un si bel exem-
ple seroit imité par tous les Seigneurs du royaume,
III ne voulut point leur dérober la gloire d'un acte
généreux, il se contenta de les y inviter; et en
ne portant aucune atteinte à leurs droits , il prou-
va qu'il n'étoit pas moins juste envers les grands que
( bienfaisant envers le peuple (2j. Mais ces grands ne se
0
a
1 (a) L'édit de Louis XVI qui supprima la servitude dans les domaines
jiu Roi, est du mois d'août 1779. Anciennement, lorsque le Seigneur
tilu Main-mortable ne trouvoit p"int de meubles dans la maison du
t; lécédé , on coupoit la main droite du défunt, et on la présentoit
1 m Seigneur pour marquer qu'il ne le serviroit plus. On lit dans les
Chroniques de Flandres, qu'un évêque de Liège nommé Albero ou
t idalbero , mort en 1142, abolit cette coutume qui était ancienne
lans le pays de Liège. Je suis bien aise de mettre ce trait sous les
eux de ceux qui sans songer au bien qu'ont fait les prêtres, se
laisent à leur attribuer toutes les institutions barbares. Qu'ils lisent
es plus anciens monuments de notre histoire , et ils y verront que
'est la Religion qui a policé les peuples ; que les moines en éta-
lissant la dévotion aux reliques des Saints, ont apprivoisé par là
es sauvages que les reliques attiroient dans les déserts ; c'est de cette
Inanière que ces déserts ont été peuplés , cultivés et transformés en
tes métairies délicieuses où promènent aujourd'hui leur orgueilleuse
fainéantise des hommes assez peu initiés atlx secrets de l'ordre social,
( i4 )
piquèrent point d'imiter leur maître : celui-ci n'en fut
que plus ardent à poursui vre le cours de sa bienfai-
sance ; il déchargea le peuple de l'injuste fardeau dfiM
corvées qu'il portoit tout entier, il voulut alléger
le poids de l'impôt en le proportionnant à la fortune-
pour ignorer que des déclamations contre les cultes, lors même qu'elle
seroient fondees, sont une atteinte portée à la moralité des cîtoyema,
et à la force du Gouvernement sous lequel on vit. Oui, les moines
ont été les fondateurs de toutes les villes et villages qui portent un
nom de Saint, et de beaucoup d'autres. Le premier devoir qu'ils s'im-
posoient, étoit de fuir le monde et de chercher les solitudes les plus-
reculées. Toutes les religions, tous les peuples ont eu leurs mqines^
les Celtes , les Chinois , les Egyptiens, les Gaulois , les Romair»y4«
Juifs avoient leurs moines, les Protestants même en ont pour Les deux
sexes , ils sont connus sous le nom de Frères Moraves. Les Mui«ÊS_ii
christianisme sont venus après les autres, et ils ont été les plus utiles^
Les Souverains des déserts où ils s'étaient retirés, en leur accordant
la propriété de ces lieux abandonnés , sous la condition qu'ils ter
mettroient en culture, firent un acte d'une haute sagesse ; ot la»
moines trop peu nombreux pour opérer par eux-mêmes tous ces Aàfm-
chements , eurent une grande pensée lorsque, dans le des-- de à
procurer les bras qui leur manquoient, ils entreprirent de donner dé
la célébrité à leurs sauvages retraites, soit par le genre L < ) ) irrnt
naire de vie qu'ils y menoient, soit par les. événements miraculeux
dus à la vertu des Saints qu'ils y honoroient. C'est donc avec un&
parfaite connoissance des temps anciens, que le Parlement de FiaschçE
Comté jugea, en 1772 , la cause des main-mortables di" la TfP (W
St.-Claude. Quelques contempteurs de la sagesse de nos pàaas^ ont
blâmé ce Tribunal d'avoir eu trop d'égard aux actes par lesquels cer-
taines communes avoient dérogé à leur affranchissement, parce qu'il
n'étoit pas vraisemblable que les descendants de ceux qui avoient
été autrefois affranchis , eussent voulu sciemment rentrer dans la ser-
vitude ; mais ces actes dérogatoires existoient, et la preuve que les
moines les eussent fabriqués n'existoit pas. La main-morte, dans les
temps où elle fut établie , étoit une institution très-raisonnable ; par
exemple , le droit de suite avoit été établi pour retenir dans l'éten-
due de la seigneurie, les hommes qui en cultivoient les terres. Cette
précaution étoit très-sage, elle étoit un obstacle aux émigrations,
car les bras n'étoient pas alors aussi communs qu'ils le sont aujourd'hui.
Dans le dixième siècle, j'aurois encore mieux aimé vivre sous cette
coutume que sous celle qui obligeoit les enfants à exercer la méma
profession que leurs pères, comme cela se pratiquoit chez les Egyp-
tiens. Le pays natal a des charmes pour tout le monde - mais il est
bien rare qu'un fils, par ses dispositions naturelles, ne soit pas au-
dessus ou au-dessous de l'état de son pére. Toutes ces réflexions ne
nous empêchent pas de reconnoitre que les changements introduite
dans la société par les progrès de l'industrie, de la population et du
commerce, rendaient necessaire la suppression de la main-morte, et
que cette suppression a été un véritable bienfait.
( - i5 - )
de chacun, étendre celui du timbre, alors très-modéré ,
aux provinces qui jusqu'alors en avoient été exemptes;
et couronnant tant d'actes de justice par le plus écla-
tait de aus:) admettre les non-cafcholiques à la jouis-
sance des mêmes droits que les autres citoyens.
qui eut cru que des résolutions si sages eussent rencon-
tré des «tstacles ? L'intérêt personnel opposa des sophis-
mes , et tâcha de donner une nouvelle force aux anciens
préjugés que la diversité de croyance avoit répandus contre
des sectes qui depuis long-temps rivalisoient de zèle avec
nwus p el ur le bien public. Déjà la cupidité des pre-
mières classes avoit fait échouer tous les projets que
le Rwi avoit proposés à la première assemblée des
NwtaMes, pour le soulagement du peuple : cette leçon
aurait dû éclairer le Souverain sur ce qu'il pouvoit
attendre d'une assemblée plus nombreuse. Dès ce mo-
ment il ne devoit prendre conseil que de lui-même
pour accomplir ses grands desseins, et il n'est pas
douteux que son autorité seule , dirigée par une main
ferme 3 ne fût venue à bout de tout. Il crut se rendre
plus agréable à la Nation à qui il demandoit quelques
sacrifices, en s'entourant de ceux que leurs dignités
au leurs lumières désignoient plus particulièrement à
la considération publique : il se défia trop de lui-même,
et son exemple est une nouvelle preuve que le meilleur
guide qu'on puisse suivre c'est soi-même, quand on
a su quelquefois faire le bien. Eh ! à qui cette belle
science étoit-elle plus familière qu'au Roi ? Que de
traits dans sa vie pourroient lui assurer le titre de
protecteur des foibles !.. Je me hâte de raconter ce
que j'admire :
Un jour un de ses Ministres lui présentoit la liste *
des sujets qu'il croyoit propres à remplir les places
qui venoient de vaquer à l'Ecole royale militaire. Plu-
sieurs de ces noms étoient accompagnés de la recom-
mandation de la Reine et de celle de quelques Princes.
A la vue de ces noms protégés, que dit le cœur
-paternel de Louis ? Ces jeunes gens ne manqueront
pas de places , ils ont de bons protecteurs; mais puisque
( 16 )
ceux-ci n'en ont point, c'est à moi à leur servir de père,
et ce sont ceux que je nomme. Quel sage sur le trône
a jamais mieux jugé !
Mais , dira-t-on , étoit-ce servir de père aux jeunes
gens qui n'avoient point de protecteurs , que de n'ad-
mettre aux emplois d'officiers que des nobles?
Ce que le Roi fit ici pour la noblesse , ne détruisoit
pas ce qu'il avoit fait en tant d'autres circonstances pour
le peuple; et la déclaration de 1784 n'empêcha pas que
nos armées ne vissent assez souvent des ofifciers nés hors
des classes privilégiées. Un Roi qui avoit approfondi
toutes les parties de l'art militaire, le Grand Frédéric,
Roi de Prusse , n'admettoit au rang d'officier que les
gentilshommes ; et l'exemple de ce grand Capitaine,
aussi versé dans l'art de gouverner que dans celui de
combattre , avoit pu induire en erreur un jeune Souve-
rain ébranlé d'ailleurs par les conseils d'un vieux Ministre
couvert d'honorables blessures , qui même avoit perdu
un bras au service de l'Etat. ( M. le Maréchal de
Ségur alors Ministre de la guerre. )
Combien plus furent nuisibles les conseils d'un autre
dépositaire de l'autorité royale, qui, à force de vouloir
populariser le Roi, le perdit, et qui parce que l'opinion
publique l'avoit porté au ministère, voulut faire de cette
opinion la règle de tout, y soumettre toutes les réso-
lutions du Conseil d'Etat, et même la conduite exté-
rieure du Prince.
Sans doute un Roi doit se faire aimer du peuple ,
et c'est ainsi qu'il se popularise ; mais pour se faire
aimer du peuple doit-il adopter toutes les folies de la
mode ,-toutes les nouveautés du moment, tous les pro-
jets enfantés par des hommes qui, étrangers aux af-
faires publiques , ne savent pas même administrer leur
propre maison ? Quand il seroit vrai que le peuple
abandonné à lui-même est toujours raisonnable , l'est il
quand des factieux le dirigent ? Sur quels objets le
peuple peut-il avoir une opinion saine ? Est-ce sur les
objets du Gouvernement dont jamais il ne s'occupe ?
Est-ce sur les questions de la politique qui sont hors
de
( - 17 >
de sa portée ? Est-ce sur les affaires de l'administration
dont il ne voit que la partie qui le touche ? Est-ce
sur les matières de la Religion qu'on n'attaque jamais
dans la partie que le peuple peut comprendre, mais tou-
jours dans la partie scientifique dont il ne peut juger?
Qu'est-ce donc que cette opinion publique dont on
voulut rendre esclave le meilleur des Rois? Ce n'est
jamais que l'opinion de quelques hommes qui s'empa-
rant de la presse, font penser comme eux la plupart de
ceux qui les lisent; et quand ces hommes égarent le
peuple , à qui appartient le droit de les réprimer -
si ce n'est à celui qui, placé au timon de l'Etat, a
reçu la mission de le soustraire aux déclamateurs am-
bitieux qui veulent lui faire prendre une fausse route.
Ce n'est pas que je veuille dire que l'opinion pu-
blique est toujours erronée; mais la véritable opinion
publique se forme dans le silence et non dans le trou-
ble ; elle est le fruit de la réflexion, des comparaisons
de l'esprit, des discussions paisibles ; elle est fondée
sur des faits qu'on ne peut contester, sur des résultats
dont l'utilité a été sentie ; ainsi elle est l'ouvrage du
temps, et non de quelques moments d'effervescence.
Telle étoit l'opinion publique qui décerna à Henri IV le
titre de Grand, à Louis XII le beau nom de Père du
Peuple. L'opinion publique est raisonnée, elle est un
jugement de l'esprit, et non une exaltation du sentiment;
elle se forme d'abord du suffrage des hemmes les plus
attentifs, ensuite du suffrage du grand nombre ; ce suffrage
lui-même est un fruit de la conviction intérieure produite
par une longue suite d'effets constamment attachés à
la même cause. Telle est l'opinion publique qui avoit
consacré la pratique de l'inoculation, et qui depuis a
sanctionné celle de la vaccine. En fait de gouverne-
ment, l'opinion publique ne se rallie véritablement
aux mesures administratives, que lorsque leur utilité
- est reconnue ; telle est l'opinion qui fait aujourd'hui
de l'égalité proportionnelle de l'impôt, une des bases
de notre bl-ic, comme un des axiomes de notre
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3
( 18 )
Avoit-elle ces caractères, l'opinion de ces Magistrats
qui indiquèrent au Roi la convocation des Etats-généraux
comme le seul remède à nos maux ? Les avoit-elle,
Vopinion beaucoup plus téméraire de ce Ministre qui
ne voyant que le présent, sans respect pour les an-
ciens usages de la monarchie, trop étourdi des applau-
dissements d'une foule passionnée pour viser au suffrage
impartial de l'avenir, ose proposer d'accorder au
Tiers-Etat un nombre de Représentante égal à ceux
des deux premiers Ordres ? Je conviens que ce Mi-
nistre avoit fort bien apprécié les changements qui
avoient donné au Tiers-Etat plus d'importance et diL
dignité qu'il n'en avoit en 1614, et qui devoient
contribuer à lui faire accorder plus de considération;
mais il avoit fort mal jugé de la disposition actuelle
des esprits. Les principes d'égalité que des sociétés
secrètes professoient, que tant d'ouvrages littéraires
avoient accrédités, dont nos troupes s'étoient imbues
pendant leur séjour en Amérique et en hollande , ces
principes avoient fait trop de progrès pour que les
députés du troisième Ordre ne cherchassent pas à en..-
vahir ou à détruire les prééminences sociales.
lumières du Tiers-Etat s'étoient accrues ; mais la 41
fiance et l'audace que les lumières inspirent à
corporation nombreuse dans une assemblée publique,
ne pouvoient être utilement contrebalancées que par
l'infériorité du nombre ; ainsi l'égalité de représentation
devoit nécessairement détruire l'équilibre de la société,
et amener, l'anarchie.
Quand l'opinion publique auroit été en faveur des
innovations que l'on proposoit, çe n'étoit pas un
motif suffisant de les adopter. Combien de fois l'opi-
nion publique n'a-t-elle pas consacré des erreurs dans
les sciences spéculatives et politiques ? Un Ministre
d'Etat qui veut dominer son Roi, lui fait peur de
l'opinion publique quand il ne peut pas lui faire adopter
la sienne ; et plus un Roi est sensible au bonheur
de son peuple , plus aussi il a de penchant à con-
descendre à ce qu'il croit être le vœu général. Les
( '9 )
Ministres qui ont besoin de caresser la multitude pour
se maintenir dans leur place , sont sujets à exagérer
l'importance de l'opill' publique, et cette exagéra-
tion peut entraîner un*n Roi dans de fausses démar-
ches ; mais il est bieiç plus commun de l'y entraîner
en lui faisant prendre pour l'opinion publique ce qui
ne l'est pas : c'est ainsi que dans les débats qui pré-
cédèrent la destruction d'un ordre religieux célèbre,
le prédécesseur de Louis n'avoit cru, en le supprimant,
déférer qu'à l'opinion publique, tandis qu'il n'avoit
réellement déféré qu'au vœu de quelques enthou-
siastes jaloux qui minoient secrètement son Trône, et
corrompoient son peuple.
En ne suivant que son propre mouvement, Louis XVI
Ja distingua beaucoup mieux, cette opinion publique ,
lorsqu'au commencement de son règne il s'occupa des
améliorations que pouvoit recevoir l'administration de
la justice. L'étude qu'il fit alors des lois des peuples
de qui nous avons emprunté la plupart des nôtres,
lui prouva que la question en matière criminelle de-
voit enfin disparoître de nos tribunaux. Il avoit reconnu
que les Grecs. ne l'employoient que dans les accusa-
tions de Lèse-Majesté ; que chez les Romains il n'y
avoit que les esclaves qui y fussent soumis; que le
même usage avoit été suivi dans les états de Charle-
magne ; que les Visigoths eux-mêmes y avoient déjà
mis des restrictions ; que depuis long-temps cette ins-
titution avoit été proscrite en Angleterre : à tant de
signes de réprobation , il sentit qu'elle ne devoit plus
subsister en France, il en prononça l'abolition.
Le même sentiment d'humanité le porta à adoucir
'le sort des prisonniers. Bien des Rois ont fait bâtir
des prisons, très-peu ont su leur donner une bonne
administration intérieure. Il ne suffit pas de mettre le
méchant dans l'impossibilité de nuire en le séparant
de la société, il faut encore que l'isolement où il
se trouve réduit, le fasse rentrer en lui-même , lui
inspire le désir de devenir meilleur. On dispose le
coupable qui a offensé ses semblables, à se rattacher