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Éloge de Louis XVI, qui a concouru pour le prix proposé par l'Académie de Toulouse . Par M. R.

De
27 pages
Bonnet fils (Avignon). 1817. France (1792-1795). 28 p. ; in-8.
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- ÉLOGE
DE
LOUIS XVI,
QUI A CONCOURU POUR LE PRIX PROPOSE PAR
L'ACADEMIE DE TOULOUSE.
PAR M. R.
Si fractus illabatur orbis,
Impavidum ferient ruinae.
Hor, od. lib. 3.
A AVIGNON,
Chez BONNET fils, Imprimeur - Libraire.
1817.
ÉLOGE
DE LOUIS XVI.
EN osant m'élancer dans la carrière ouverte par
l'Académie, plus elle est vaste à parcourir, plus
sans doute je présume trop de mes forces; mais je
cède au plaisir de rendre hommage a la vertu. En-
couragé par elle , la tâche qui m'est prescrite
me paraîtra moins difficile ; et si le succès ne doit
pas couronner mes efforts, moins jaloux des ta-
lens de mes rivaux, que flatté d'avoir trouvé des
émules de mon zèle, j'aurai toujours la satisfacr-
tion intérieure de n'avoir pris pour guide qu'une
constante fidélité.
Il ne s'agit point ici d'un de ces conquérans
célèbres par des victoires toujours fatales, toujours
trop chères, puisqu'elles ne sont achetées qu'aux
dépens de l'humanité ; c'est un Roi puissant, avili 9
détrôné, qui donne un exemple mémorable des
vicissitudes de la fortune. Les uns ont rempli d'ef-
froi l'Univers, n'ont traîné après eux que la mort,
l'incendie, en un mot tous les genres de destruction :
Louis XVI, modèle de bonté sur le trône, de
résignation dans les fers, s'il n'a pu fléchir ses
bourreaux, les a du moins étonnés par sa patience.
(4)
Quelle étrange destinée ! les uns, prodigues du
sang humain, n'ont pu voir leur ambition éteinte
dans les flots qu'ils en ont fait répandre , ont un
moment ébloui leurs contenqporains à l'aide d'une
bisarre superficie de.talens , après les avoir scan-
dalisés par leur immoralité, et avec toute l'au-
dace du crime, n'ont pas eu le courage de mou-
rir en soldats. Louis XVI, avare du sang de ses
peuples, a voulu leur bonheur, et ses vertus l'ont
conduit à l'échaffaud !.
Contemplons aujourd'hui ce prince, d'abord
environné de gloire et de puissance, de tout l'éclat
du faste et de la pompe qui frappe le vulgaire t
et dont il nous a cruellement prouvé le néant ;
ce prince heureux en apparence , dont les moin-
dres gestes sont des ordres, les plus faibles re-
gards des récompenses; simple dans ses goûts,
aimant le travail, les plaisirs vrais et purs , cette
douce jouissance d'une amc honnête et sensible ,
appelé au trône dans un âge tendre , en butte à
toute la dépravation d'un siècle indigne de lui,
qui l'a méprisé et osé le punir de ses vertus.
Nous le verrons ensuite uniquement occupé du
bonheur de ses peuples , victime de ses efforts
pour y parvenir , ne sachant qu'aimer ceux qu'il
aurait encore pu effrayer , rassasié d'outrages,
buvant jusqu'à la lie dans la coupe des afflictions
Ct de l'amertume, forcé de s'y soustraire par la
( 5 )
fuite pour éviter un nouveau crime à des sujets
rebelles , trompé dans ce désir naturel par la tra-
hison réunie à tous les excès de l'audace, n'of-
frant qu'un innocent encore plus persécuté , et
consommant son sacrifice au milieu des larmes
proscrites , des regrets stériles de quelques servi-
teurs fidèles, aux yeux d'une populace abrutie par
la férocité.
Voila donc votre ouvrage, novateurs dange-
reux , qui respiriez l'indépendance et vouliez
jput asservir à vos caprices; qui 7 sans avoir étudié
la marche de l'esprit humain, osiez vous croire
en état de le diriger, ne cherchiez qu'à faire adop-
ter vos sytèmes séditieux, pour vous tirer du
néant.
Vous avez égaré une multitude stupide, sous le
voile trompeur d'une idéale égalité journellement
démentie par la nature et par la politique, et
sous prétexte de réformer tous les gouvernemens,
vous avez entrevu le moment de les détruire tous ;
heureux lu moins , si, contrains de venir à réci-
piscence par la triste expérience de vos talens et
de votre vanité, vous pouviez en provoquer 7 en
mériter l'indulgence par la sincérité du repentir.
Louis XVI naquit à Versailles, le 23 août
1754, de Louis, dauphin, et de Marie-Josephine
de Saxe , sa seconde femme. La cour était alors à
Choisy. Aucun éclat ne marqua sa naissance. Un
( 6 )
événement funeste mêla quelqu'amertume à la
joie naturelle qu'elle aumit ii produire. Le
courrier chargé d'en porter la nouvelle à la cour ,
tomba de cheval et mourut sur-le-champ, sans
avoir pu remplir sa mission. Ce fidèle serviteur
De trouva donc que la mort dans son empresser
ment à manifester son zèle , et peut-être la Provi-
dence voulut-elle nous faire entrevoir d'avança
les suites cruelles d'une naissance arrivée sous de
tristes auspices.
Les premières années de Louis, duc de Berri,
furent consacrées à son éducation. Rien de si na-
rcl sans doute, même dans un ordre ordinaire,
parce que dans la suite de la vie on n'est équita-
ble, bon fils, bon citoyen, qu'en raison des prin-
cipes dont on s'est imbu dans sa jeunesse.
Sous les yeux de son père , ce vertueux dau-
phin , dont la mort prématurée causa tant de re-
grets, Louis profitait de ses leçons , de ses exem-
ples dont il ne s'écarta jamais. Devenu lui-même
dauphin en 1765 7 il épousa, en 1770, Marie-
Antoinette d'Autriche.
Sans vouloir partager ici tout le respect du
vulgaire pour les lois de la fatalité, j'ose rappro-
cher l'époque de sa naissance de celle de son
mariage. Les tristes cyprès qui avaient environné
l'une, étendirent leur ombrage funeste sur cette
ynion d'où la France attendait son bonheur.
( ? )
Le joiir de la fête que la ville de Paris donna à m
cette occasion, une infinité de personnes culbu-
tées, étouffées paWe défaut de précautions, pé-
rirent à la place de Louis XV , a cette même
place où tous les crimes déchaînés sont ensuite
venus exercer leur fureur 7 et transportées au
cimetière de la Magdelaine, où depuis. mais
je m'arrête ; je n'aurai que trop tôt l'occasion
d'ouvrir la source de nos larmes.
Le dauphin 7 vivement affligé de ce cruel événe-
ment, envoya pendant plusieurs mois au lieute-
nant de police, une partie de ses revenus pour
en secourir les victimes.
Au mois de mai 1774, Louis XV est enlevé a
la France et à sa famille. Son jeune successeur
se voit à Pimproviste accablé d'un terrible far-
deau, et dans toute l'effusion de son cœur, ne
suspend ses larmes que pour se plaindre de son
malheur particulier f inséparable à ses yeux du
malheur général.
Tout entier à ses nouveaux devoirs , ayant
franchi tout l'intervalle qui l'avait d'abord séparé
du trône , il s'entoure des ministres que l'opinion
publique lui désignait. Il renonce au droit de
joyeux avènement que l'amour des Français pour
leurs Rois avait établi, que l'usage avait consacre;
il ne voit que le soulagement de ses peuples ; sa
bonté lui en fait une loi, un besoin ; et il en
( 8 )
trouve alors la double récompense dans la recon-
naissance publique 1 et dans son honorable sensi-
bilité.
Sous le règne de Louis XV , un enchaînement
varié d'intrigues avait produit une. révolution gé-
nérale dans la magistrature. Sous prétexte du bien
public, dont se couvrent toujours des novateurs
hardis , des vengeances particulières avaient ourdi
des complots iniques. On avait effrontément em-
prunté les traits envenimés de la calomnie , les
moyens les plus lâches et les plus insidieux. Les
parlemens refusent de souscrire à leur déshon-
neur. Nous périrons, Sire, répétaient-ils unani-
mement , mais nous périrons en vous disant la
vérité.
Ce courage fut le signal de leur perte , elle
fut consommée. Louis XV mourut dans l'inter-
valle. L'opinion publique n'avait pas en général
secondé cette révolution; la source en était im-
pure, les moyens dont on s'était servi , trop
odieux. Les princes du sang, plusieurs pairs de
France n'avaient pas craint de consigner leur refus
d'adhésion dans des protestations éloquentes.
Louis XVI croit donc céder à la force de
cette même opinion , et rappelle les parlemens.
Ce n'est point ici le cas d'examiner si ce rappel,
juste au fond, était bien politique par rapport
aux suites qu'il pouvait tôt ou tant entraîner.
Tout
c 9 )
2.
Tout rodieux de cette révolution était étranger a
Louis XVI. Un ministre, éloigné à son avènement
au trône, en avait fait jouer tous les ressorts. Les
mêmes sentimens ne doivent pas toujours être
tenus par les mêmes personnes ; mais selon ce que
demandent la situation présente d'un état, la dif-
férence des conjonctures, et le Lien de la paix.
Peut-être sans ce rappel, la révolution de la
magistrature, alors en quelque -sorte affermie par
quatre ans de stabilité , la plupart des anciens
magistrats fatigués de leur exil et de leur inac-
tion , n'aurions-nous pas à rougir aujourd'hui des
écarts dirigés par la cupidité, qui s'est armée du
glaive des lois et du respect dû à la religion,
pour écraser des citoyens dont elle espérait usur-
per les dépouilles ; parce que les peuples sont
toujours les dupes de quiconque entreprend de
les tromper. Mais encore une fois Louis XVI
croit céder a l'opinion publique, et le rappel des
parlemens est décidé. -
Les premières années du nouveau règne sont
marquées par des établissemens utiles 7 par la
suppression des corvées , par celle de la torture
qui toujours interrogeait cruellement ; pour n'en-
tendre que les accens de la douleur :
La torture interroge , et la douleur répond.
Persuadé que le principal esprit de la liberté
doit être celui de ne pas la ravir aux autres 7 le
( ia )
Roi s'empresse de mettre fin à la servitude dans
le Jura : et c'est contre ce bon prince que 4es
rebelles ont osé dans la suite se plaindre d'atten-
tat contre la liberté publique. Mais il ne faut pas
anticiper sur un délire brutal auprès de qui la
raison ne pouvait rien, et dont l'affreux résultat
sera toujours un objet d'opprobre et de deuil pour
la nation.
Les finances étaient épuisées ; les dépenses ex-
cédaient les recettes. On proposait au Roi des
emprunts, de nouveaux impôts ; il ne pouvait
s'y résoudre. Dans ces pénibles circonstances,
Lo uis XVI, toujours guidé par son amour pour
ses peuples, convoque la première assemblée des
notables qui ne remédie à rien.
Mr. de Calonne, ministre des financei, avait pro-
posé l'impôt du timbre et la subvention territo-
riale. Mr. de Brienne, depuis long-temps ambi-
tieux du ministère , à force d'intrigues, parvient
à remplacer le ministre Calonne, et par une in-
conséquence incompréhensible 7 si l'on n'en avait
pas été le témoin, il n'a d'autre ressource que
celle d'invoquer le génie inventif de son prédé-
cesseur , et il reproduit les mêmes projets d'im-
pôts qui l'avaient soulevé lui-même contre le mi-
nistre dont il enviait la place, sans pouvoir y ap-
portai les mêmes talens.
On réclame de toute part les états généraux.
( II )
L'archevêque de Sens, convaincu de son insuffi-
sance , est à son tour obligé de céder la place au
Génevois NECKER, plus financier qu'administra-
teur , et qui devient lui-même, mais trop tard ,
victime Ae ses intrigues, de son ambition et de sa
vanité.
Eifin les états généraux s'ouvrent à Versailles
le 5 mai 1789. Les germes de division ne tar-
dent pas d'éclater; les ordres se séparent, l'ai-
greur s'en mêle. Louis XVI, toujours de bonne
foi, rempli de probité, n'ayant qu'un seul objet,
le bien de ses peuples, veut terminer cette scis-
sion dangereuse.
Il répond à toutes les objections de Mr. le duc
de Luxembourg, président de la noblesse, que
« si ce n pas assez de sa prière , il ordonne
à la noblesse de se réunir. Quant à moi f ajoute-
t-il., je mis. déterminé à tous les sacrifices; à
Dieu ne plaise quun seul homme périsse jamais
pour ma querelle.
Et voilà la source de ses malheurs. La bonté,
la vertu sur le trône en redoublent l'éclat ; mais
quelquefois la faiblesse devient bien cruelle par
ses résultats.
La Bastille est prise le 14 juillet 1789. Les
Ministre effrayés ne savent plus à quel parti-
arrêter. La malveillance profite de toutes les