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Éloge de M. Henri Marotte, prononcé dans la séance publique de l'Académie d'Amiens, le 21 août 1859, par M. Berville

De
11 pages
impr. de Vve Herment (Amiens). 1860. In-8° , 11 p..
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ELOGE
DE
M. HENRI MAROTTE,
PRONONCÉ '
Dans la Séance publique de l'Académie d'Amiens,
LE 21 AOUT 1859,
Par M. BERVILLE ,
MESSIEURS ,
Le 12 avril de cette année , une foule émue se pressait
dans notre ville autour d'un cercueil sans ornement. Les
administrations, les compagnies savantes , l'élite des ci-
toyens s'étaient fait un pieux devoir de rendre hommage
par leur présence à l'homme de bien qui n'était plus. Dans
ce nombreux concours d'hommes de tout rang et de tout
âge, pas un mot qui ne fût un éloge, pas un sentiment
qui ne fût un regret. Et pourtant, le héros de cette so-
lennité touchante n'était ni l'héritier d'un nom illustre, ni
un favori de la fortune, ni l'un des hauts dignitaires du
Département ou de la Cité. Fils d'un simple aubergiste ,
longtemps humble employé, sa vie s'était écoulée dans
des fonctions utiles, mais sans éclat. Depuis quelques
années, retiré dans un réduit modeste, il venait d'y finir
ses jours au sein d'une indigence volontaire, donnant tout
1860
et ne se réservant rien. Et toute une population accourait
à ses funérailles , non pour contempler quelque pompe
mondaine, mais pour saluer en lui, avec la haute distinc-
tion de l'intelligence, l'exquise bonté du coeur, l'intégrité
de la vie, la candeur des moeurs , l'aimable simplicité du
caractère !
Henry-Gabriel-Antoine MAROTTE naquit en cette ville le
28 mai 1788. Son père y tenait, au haut de la rue des
Jacobins, l'auberge du Soleil d'or. De bonnes études clas-
siques développèrent ses heureuses dispositions. Pauvre,
il lui fallait embrasser une carrière laborieuse ; il obtint
un emploi dans les bureaux de la Préfecture. Lié dès ce
temps avec Marotte , j'avais parlé pour lui à mon père ,
alors secrétaire-général, mais avec la timidité d'un jeune
homme qui craint d'être indiscret, et j'ai souvenir qu'a-
près quelques jours d'épreuve, mon père, qui se connais-
sait en hommes, me dit avec l'accent d'un léger reproche :
« Tu as été bien réservé en me parlant de ton camarade :
c'est un de nos meilleurs sujets. »
La suite n'a pas démenti ce jugement. Quoique bien peu
habile à se faire valoir , le jeune Marotte fut remarqué de
tous les chefs d'aministration qui se succédèrent dans
le Département. Son intelligence , sa conduite , son assi-
duité au travail le firent monter de grade en grade. De
simple employé, il devint successivement Chef de bureau,
Conseiller de Préfecture et enfin Secrétaire-général. Il
n'eût même tenu qu'à lui d'aller plus haut. Frappés de
son rare mérite , plusieurs préfets de la Somme, notam-
ment, en 1826, M. de Tocqueville, et plus tard MM. Didier
et Fumeron d'Ardeuil l'invitèrent à les suivre, promettant
de se charger de sa fortune administrative. Un instant il
avait accepté, lorsque , prêt de partir, il vit ses parents
un larmes. « Ah ! dit-il, mon départ vous afflige ; eh bien !
— 3 —
ne pleurez plus ; je reste avec vous et je ne vous quitterai
jamais. » Ainsi dès lors ce noble coeur préludait à cette
vie d'abnégation qu'il a continué jusqu'à ses derniers mo-
ments.
Et cependant cette fortune, qu'il n'avait pas voulu pour-
suivre aux dépens de ses affections de famille, parut un
instant venir elle-même au-devant de lui jusque dans sa
ville natale. Une révolution avait éclaté : l'administration
départementale se trouvait dissoute, et, par une chance
rare en temps de révolution, les premiers Commissaires
qui vinrent provisoirement la réorganiser se trouvèrent
être des hommes honorables et modérés. Le corps muni-
cipal fut consulté, et d'une voix unanime il émit le voeu
qu'Henry Marotte fût investi des fonctions de Préfet. Qu'on
juge si son coeur dût être touché d'un tel témoignage de
confiance, donné dans un tel moment. Le Préfet provisoire,
entra en fonctions aux applaudissements de tous. C'est un
commun dicton qu'en France il n'y a rien de définitif que
le provisoire, et cette fois du moins le Département n'au-
rait pas demandé mieux que de voir ce dicton devenir une
vérité. Il n'en fut pas ainsi. De nouveaux Commissaires
survinrent, animés d'autres pensées. L'esprit de l'admi-
nistration changea, et Marotte reprit sans se plaindre sa
première position.
Cette position , par quelles qualités, par quels services
ne l'avait-il pas honorée !... Tous les jours au travail long-
temps avant les autres, bien des soirs au travail longtemps
après les autres, consacrant encore au travail une partie
des jours que l'usage consacre au repos , affable et patient
dans ses réceptions, scrupuleux dans ses examens, impar-
tial et judicieux dans ses conclusions, il était devenu pour
toute la contrée un objet d'affection et de respect. Dès
1846, le Gouvernement, interprète de l'opinion publique,
l'avait décoré du ruban de la Légion-d'Honneur. Une in-
firmité fâcheuse , et dont le progrès fût rapide , interrom-
pit trop tôt sa carrière administrative. Marotte perdit le
sens de l'ouïe , et l'heure de la retraite dût sonner préma-
turément pour l'utile et laborieux fonctionnaire. Le jour
où cette retraite fut annoncée fut un jour de deuil pour le
Département. Ses mandataires ne voulurent pas que de
si bons services restassent sans récompense, et sur la pro-
position du Préfet, le Conseil général maintint au Secré-
taire en retraite le traitement d'activité. Il n'en devint pas
plus riche, car, tant qu'il vécut, tout ce qu'il put posséder
d'aisance fut pour d'autres que pour lui ; mais il en fut
heureux, car il put continuer de répandre des bienfaits.
D'autres n'ont trouvé que l'ennui dans la retraite. Mais
Henry Marotte était prémuni d'avance contre un tel dan-
ger. Dès sa jeunesse il avait cultivé avec succès la musique,
les lettres et la poésie. Devenu maître de son temps, il
put se livrer sans contrainte à ses goûts favoris. Son repos
ne fut pas oisif: il ne fit que changer d'occupations , et le
libre emploi de ces instants que le service public ne ré-
clamait plus, c'est à vous surtout, Messieurs , qu'il a pro-
fité.
Admis en 1831 dans votre compagnie, Marotte n'avait
cessé d'y apporter le tribut d'une collaboration active et
fructueuse. Des rapports pleins de conscience et de lumière,
des poésies empreintes d'une aimable sensibilité, et qui
plus d'une fois ont mérité d'être applaudies dans vos so-
lennités annuelles, de bons travaux de statistique et de
science administrative, tel fut le contingent par lui fourni
à vos séances, et dont une grande partie occupe une place
honorable dans vos Mémoires. Président à l'une de vos
séances publiques, il y prononça un discours sur le Devoir,
et tous convinrent qu'à personne mieux qu'à lui n'appar-