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Éloge de M. le Cte de Kergariou,... prononcé dans la séance publique du congrès de l'Association bretonne, à Morlaix, le 10 octobre 1850 , par M. Ath. Saullay de L'Aistre,...

De
43 pages
impr. de L. Prud'homme (Saint-Brieuc). 1851. Kergariou, de. In-8° , 44 p..
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ÉLOGE
DE
M. DE KERGARIOU.
DE
M. LE COMTE DE KERGARIOU,
ANCIEN PAIR DE FRANCE , ETC. ,
PRÉSIDENT D'HONNEUR DE LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DES CÔTES-DU-NORD ;
PRONONCÉ ,
Dans la séance publique du Congrès de l'Association Bretonne,
à Morlaix, le 10 Octobre 1850 ,
M. ATH. SAULLAY DE L'AISTRE ,
PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DES COTES-DU-NORD ,
CHEVALIER DE LA LÉGION-D'HONNEUR.
SAINT -BRIEUC ,
IMPRIMERIE DE L. PRUD'HOMME.
1851
PROEMIUM.
Si M. le comte de Kergariou était mort
sous le manteau de Pair, quelque voix cé-
lèbre se fût fait entendre pour honorer sa
vie, au sein de la plus solennelle assemblée
des notabilités de la France.
Une parole inconnue s'élève seule ici :
du moins s'adresse-t-elle à des âmes sym-
pathiques , respirant, pour la Bretagne et
ses souvenirs, l'amour filial et fervent que
M. de Kergariou leur a gardé jusqu'à la fin.
Son coeur n'en eût pas demandé plus.
PREMIÈRE PARTIE.
« Tous ses actes furent empreints du zèle
» le plus sincère pour la chose publique ; et,
» durant le cours de sa longue carrière, il ne
» s'est pas départi un seul instant de ce pur
» amour de l'humanité. »
( D'AGUESSEAU. )
MESSIEURS ,
LA Bretagne a perdu, il y a plus d'un
an déjà, l'un des hommes qui, de nos jours,
l'ont honorée davantage par leurs lumiè-
res, par leurs services, par leurs vertus.
Pair de France, Conseiller-d'Etat, mem-
bre de plusieurs sociétés savantes, M. le
comte de Kergariou , dont le docte patro-
nage honorait la société archéologique
des Côtes-du-Nord , avait parcouru une
longue et brillante carrière , avec ceci de
remarquable , Messieurs, que chacun des
hauts emplois qu'il occupa, chacune des
dignités dont il fut revêtu, furent, aux
yeux de tous, des récompenses en harmo-
( 6)
nie parfaite avec son mérite; et l'opinion
publique, la voix de son pays applau-
dirent constamment aux rémunérations
dont il fut l'objet. L'on peut ajouter que
M. de Kergariou mesura lui-même sa
fortune politique, puisque, à deux épo-
ques importantes , les portes du minis-
tère lui furent ouvertes, sans qu'il voulût
les franchir.
Au moment de rappeler devant vous ,
Messieurs , les faits principaux , les cir-
constances caractéristiques de cette vie si
dignement remplie , j'ai d'abord à solli-
citer votre indulgence , et j'ai besoin de
compter sur elle.
Comment parler , en effet, d'un homme
qui a marché si longtemps et si loin dans
la vie publique, où. de nombreux et féconds
services gardent les traces de son passage,
quand on n'a pu soi-même offrir à son
pavs que de la bonne volonté, et répondre
à des bontés augustes que par quelques
efforts fidèles, interrompus et oubliés ?
Comment faire apprécier les qualités si
élevées, le rare mérite d'un homme e'mi-
( 7)
nent que son âge , sa haute expérience et
tant d'autres supériorités séparaient de
moi, quand j'ai seulement le sentiment
des lumières qui brillaient en lui, sans
rien de ce qu'il faudrait pour les réfléchir?
Qu'il me soit donc permis d'attendre de
vous, Messieurs, une partie de cette
bienveillance que j'ai trouvée dans la fa-
mille de M. le comte de Kergariou , et
chez un si grand nombre de nos collè-
gues, lorsqu'en vue de ce suprême hom-
mage , dans cette solennité nationale, on
a pris pour la mesure de mes forces la
sincérité de ma reconnaissance et la pro-
fondeur de mes regrets !
Ce fut le canton de Paimpol, du dé-
partement des Côtes-du-Nord, qui ou-
vrit , pour ainsi parler , le monde poli-
tique à M. de Kergariou , en l'élisant,
au mois d'Octobre de l'année 1808, mem-
bre du collège électoral.
M. de Kergariou s'était préparé par de
fortes études à la vie publique ; et sa
jeunesse s'était émue des luttes entre
le pouvoir ministériel et les parlements.
A dix-sept ans, il écrivait à la marge du
Lit de Justice de 1770 des notes qui
prouvent quelle était son aversion pour le
despotisme, ou , du moins, pour ce qui en
recevait alors le nom et en avait l'odieux.
Les remontrances du Parlement contre
l'édit du 7 Décembre 1771 avaient excité
son admiration : admiration fondée et légi-
time , appliquée au savoir, à la loyauté,
aux intentions qui les inspirèrent.
M. de Kergariou se destina d'abord à
l'Ecole polytechnique; après le 13 Ven-
démiaire , il suivit à Paris des cours d'éco-
nomie politique, de physique, de chimie.
Son imagination était vive ; ses senti-
ments pour la gloire nationale ardents et
profonds. L'expédition d'Egypte le séduit :
elle lui semble libérale et glorieuse. Na-
poléon lui apparaît comme l'un de ces
hommes forts destinés à lutter pour la pa-
trie , tant qu'elle est privée de l'élément
naturel de sa puissance et de sa prospérité.
Les passions publiques , la justice di-
vine peut-être , retirent par fois aux na-
tions l'intelligence du principe tutélaire
(9 )
qui fit leur grandeur et dont elles ont
méconnu les bienfaits !
M. de Kergariou désirait servir dans la
diplomatie; la politique qui prévaut alors
le fait renoncer à ce projet.
En 1808, le système change : beaucoup
d'hommes honorablement connus par leurs
principes et leurs épreuves sont appelés
aux affaires. M. de Bonald recommande
éloquemment la vie publique aux classes
élevées de la société ; il la présente à leur
esprit, et presque à leur conscience , com-
me une dette patriotique, comme une
mission providentielle , comme une sorte
de sacerdoce.
Ce fut alors que M. de Kergariou fit partie
de la députation envoyée au chef de l'Etat
par le collége électoral des Côtes-du-Nord.
Nommé Chambellan , il demande à
suivre l'Empereur dans la campagne qui
va s'ouvrir , celle de Wagram : « Pas
» cette fois , répond Napoléon ; cela fe-
» rait des jaloux. »
Rentré dans sa famille , M. de Kerga-
riou reprend sa vie d'études ; l'économie
( 10)
politique , l'économie commerciale sont,
avec l'histoire , les sujets successifs de ses
sérieux et nombreux travaux.
Le 30 Juin 1811 , M. de Kergariou est
nommé chevalier de la légion-d'honneur,
et, le 14 Juillet suivant, sous-préfet du
Havre. Il fait, en cette qualité, un rapport
sur les subsistances, qui révèle ce qu'il est
déjà , ce qu'il doit devenir en administra-
tion. Ce rapport est mis sous les yeux d'un
maître attentif. « Tout est remarquable
» dans l'arrondissement du Havre , pour
« la bonne direction des affaires, » écrit,
le 11 Décembre, M. de Montalivet, mi-
nistre de l'Intérieur ; et, le 26 du même
mois, M. de Kergariou est nommé préfet
d'Indre-et-Loire.
Messieurs , ce n'était point ici de la fa-
veur , c'était du discernement, de ce dis-
cernement dont parle un penseur profond:
« Gouverner, c'est choisir. »
M. de Kergariou signala son début dans
le département d'Indre-et-Loire par des
actes administratifs empreints d'un esprit
d'équité, d'initiative éclairée et féconde ,
(11 )
de noble et convenable indépendance. Il
proteste, avec dignité, la correspondance
officielle en dépose , contre l'obéissance
passive en administration ; il se montre ,
dès lors, fidèle au mérite , même frappé
de défaveur : « Ce n'est point une chose
» commune, lui écrit un haut fonctionnaire
» révoqué , que de demeurer fidèle aux
» disgraciés; mais je devais l'attendre de
» la noblesse de votre caractère. »
La disette fut une épreuve qui trouva
son habileté , son énergie , sa charité au
niveau de ses obligations. Il donne l'exem-
ple de tous les genres de sacrifices ; et,
pendant la durée du fléau , il ne paraît
point de pain sur la table du Préfet.
Les établissements, les oeuvres de bien-
faisance , la restauration , l'agrandisse-
ment , l'assainissement des hôpitaux et des
casernes , le sort du pauvre et le sort du
soldat, devinrent l'objet de ses travaux as-
sidus et de son active sollicitude.
L'horizon politique devenait de plus
en plus chargé de nuages, les destinées
de la patrie plus incertaines, les perple»
( 12 )
xités plus profondes et plus justifiées :
« On ne sait, comme de coutume, rien
» sur les projets de l'Empereur , écrivait
» confidentiellement à M. de Kergariou
» le duc de Dalberg. » Il ajoutait : « On
« parle , avec quelque fondement, de la
» grossesse de l'Impératrice ; cet événe-
» ment serait rassurant : je préfère
» moi, dans les souverains , le dynasti-
» que à l'héroïque. »
M. le duc de Dalberg pensait ainsi,Mes-
sieurs , que le pouvoir héréditaire est puis-
sant , parce qu'il apporte au présent toute
la force du passé ; parce qu'il a la vertu de
l'âge viril , même sur la tête d'un enfant 5
mais, l'héritier nécessaire à l'efficacité du-
rable du principe, n'est point l'affaire d'un
sénatus-consulte , d'un caprice ou d'un
entraînement politique, même protégé par
une haute habileté , même secondé par la
plus héroïque fortune !
Les jours des grandes épreuves arri-
vaient ; les rigueurs croissaient avec les
revers. L'armée française 3 dont l'imper-
turbable valeur des Slaves n'avait pu que
( 13)
retarder la marche intrépide tombait
alors sous les éléments conjurés contre
elle, et mourait comme pétrifiée dans ses
lauriers ; et cependant des milliers de
prisonniers Russes, Espagnols, des bles-
sés , des malades arrivaient en foule et
venaient dans nos villes témoigner à la
fois de nos succès et de nos désastres.
On dut , à bref délai , établir à Sainte-
Anne plus de 3000 malades ou blessés :
l'activité, l'humanité du Préfet suffirent
à toutes les tâches.
Les mesures acerbes, seules, ne pou-
vaient trouver un ministre docile dans un
magistrat tel que M. de Kergariou : il pro-
posa sa démission et fit connaître , dans un
lumineux et courageux rapport, ce qu'on
devait attendre de ces rigueurs , et par
quels tressaillements soudains se révélait
l'esprit public si longtemps comprimé.
Il ne faut pas, Messieurs, qu'un sen-
timent , si généreux qu'il soit dans son
principe , nous fasse altérer l'histoire
ni méconnaître la vérité : la France n'a
point à rougir de ces aspirations qui ,
( 14 )
après tant de glorieuses luttes, de succès et
de revers, de sacrifices sans nombre comme
sans limites , lui firent tourner lés yeux ,
avec espoir, vers un avenir de paix et de
liberté.
Malgré le douloureux abandon de nom-
breuses conquêtes et de patriotiques espé-
rances ; malgré des appréhensions et des
répugnances sincères ou simulées ; malgré
le froissement des amours-propres et des
intérêts ; malgré les fautes , les injustices
et les erreurs , inévitables et déplorables
effets de toutes les révolutions, le mouve-
ment politique de 1 814 fut populaire en
France , et le retour de la dynastie natio-
nale salué d'innombrables acclamations.
Pendant toute son administration ,
M. de Kergariou n'avait pas ordonné
une seule arrestation politique ; et ,
néanmoins, en adoucissant les mesures
rigoureuses, il avait fermement contenu
ou réprimé les témérités , marchant droit,
hardiment, se reposant sur la Providence
et sur les bonnes intentions qui l'inspi-
rèrent constamment dans l'accomplisse-
ment de ses devoirs.
( 15 )
Il faudrait voir, Messieurs, dans les
correspondances authentiques et particu-
lières quels hommages et quelles actions
de grâce sont rendus , après ces jours
d'anxiété , au courage , à la probité poli-
tique du digne magistrat !
« Si tous ceux de vos administrés qui
» sentent le bonheur d'avoir eu un préfet
» tel que vous , pendant la cruelle agonie
» que nous venons de traverser, éprouvent
» le même besoin que moi de vous expri-
« mer leur reconnaissance , cette lettre
» sera suivie de bien d'autres : bonté, pa-
» tience, humanité, fermeté pour le bien,
» voilà, Monsieur, les épithètes que les
» heureux et les malheureux ajoutent à
» votre nom ! »
Cette lettre d'un homme haut placé, fut,
en effet, suivie de beaucoup d'autres, Mes-
sieurs, et toutes remplies de cette effusion
qu'inspire si naturellement la vérité.
Le Roi, dans une audience particulière,
du 23 Mai 1814, reconnut, par les plus
flatteuses paroles, les services rendus au
pays par M. le comte de Kergariou.
( 16)
M. de Kergariou n'y demanda rien pour
lui-même, rien pour les siens ; mais il
eut la respectueuse franchise d'appeler
l'attention du Roi sur les dangers qui me-
naçaient , dès le début , un gouvernement
mal organisé. Dans plusieurs entretiens
politiques avec des hommes influents, et
notamment dans une longue conférence
avec M. Lanjuinais, il développa cette
pensée , qu'il ne fallait à la France qu'une
constitution brève, réglant , rassurant les
grands intérêts; que le temps, l'expérien-
ce, les circonstances compléteraient suc-
cessivement et utilement cette constitution.
Il insista pour la stricte exécution, avant
tout, de la parole donnée par la déclara-
tion de Saint-Ouen.
Le jour de l'arrivée à Tours de M. le
duc d'Angoulême , une femme , inspirée
par un vif mouvement de reconnaissance ,
et se faisant l'interprète des sentiments
populaires, se jeta aux pieds du Prince et
lui exprima, avec énergie, de quelle gra-
titude et de quelle confiance le peuple
payait les services du préfet. Dieu avait
béni les efforts du courageux magistrat, à