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Éloge de Pilâtre de Rozier, lu, le 14 juillet 1785, dans une assemblée du 1er musée, établi en 1781 [par Roederer]...

De
15 pages
L. Jorry (Paris). 1786. In-8° , 16 p..
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D E
Mufée , etabli en 1781 , fous
la protection de MONSIEUR & de
MAD A M E.
A P A R I S,
De l'imprimerie de L. JOR R Y , Libraire-Imprimeur de
Monseigneur L E DAUPHIN & des Enfants de France,
rue de la Huchette.
M. DCC. LXXXVI .
ÉLOGE
D E
PILAT RE DE lOZIER.
IL faut avoir des talens connus , pour oser se
charger de l'éloge d'un homme dont la froide
bravoure & l'active intelligence intéreffent toutes les
ames généreufes. Je n'ai point calculé mes forces ;
j ' ai seulement écouté mon coeur. J'ai cru que, sans
être éloquent, on pouvoit tout tenter quand on étoit
vivement ému.
Vous avez cru, MESSIEURS, que le témoin
de la mort de Pilâtre de Rozier avoit quelques droits
à vous parler de fa vie.
Vous avez daigné encourager cet effai, ouvrage
de la reconnoiffance ; fi favois réuffi, je dirois : la
fensibilité peut donc quelquefois fuppléer aux talens
& au génie,
A 2
S'il eft difficile de louer dignement celui sur le
fort duquel les larmes coulent encore, il est au moins
bien doux d'être l'organe d'un fentiment universel.
Oui, MESSIEURS, le nom de Pilâtre de Rozier
a droit ici d'émouvoir tous les coeurs, & le prononcer-
en ce lieu doit être feul un éloge Un jour, est
voyant ce nom confacré par la Gloire, je m'écrierai :
fi ses dernieres expreffions de sentiment furent pour
moi, le premier j'ai jeté quelques fleurs fur fa tombe.
Il naquit au mois de Mars 1757 ; la ville de
Metz fut fa patrie, & ce fut à Paris qu'il consacra
ses talens. Presqu'ignoré dans son propre pays,
dont il étoit éloigné depuis long temps, la ville
où il est né ne le connoît que par les rayons
de gloire qu'il répand fur elle ; & tandis que ses
Concitoyens ont le droit de s'enorgueillir de sa
naiffance, il ne nous reste à nous que celui de pleurer
fa mort.
Je ne m'arrêterai point fur l'origine de Pilâtre
de Rozier ; qu'il nous suffise d'apprendre qu'il dut
le jour à des parents vertueux & honnêtes. Le
préjugé de l'orgueil fut toujours la reffource de la
médiocrité.
Le Savant, l'Artiste & le Poëte font les enfants
de leurs oeuvres, & l'homme célèbre appartient à
toutes les claffes de Citoyens.
Le plus grand défavantage de l'indigence est de
nous ôter quelquefois les reffources de l'éducation
distinguée.
L 'hómme riche , fans talens, est d'autant plus
coupable, qu'il a eu tous les moyens pour se les
procurer ; ainsi l'homme fans fortune , qui, comme
Pilâtre de Rozier, devient son propre ouvrage, à
d'autant plus de droit à notre eftime, qu'il lui a
fallu vaincre plus d'obftacles pour la mériter. Il
fortoit à peine de l'enfance, qu'il fut employé dans
les Hôpitaux Militaires ; l'étude de l'Anatomie
l'intéreffa fans l' attacher . Un attrait auquel il ne put
réfifter, l'èntraîna vers la Physique & la Chymie, &
bientôt il se livra, si j'ose m'exprimer ainsi, à cet
élan heureux qui porte les grands hommes à la
place qu'ils doivent occuper.
A l'âge de dix-sept ans, fans fecours, fans moyens
affurés, il vint en cette Capitale , attiré par l'ardeur
de s'instruire. Il crut, avec raison, que Paris étoit
le centre de toutes les lumières, & puisant dans son
infortune une nouvelle énergie, il résolut de tout
tenter pour y étendre ses connoiffances.
Les laboratoires de deux habiles Pharmaciens de
cette Ville furent fucceffivement les ports où fa
jeunesse se mit à l'abri pendant ces premiers temps
d'orage. Courant toujours avec une égale ardeur à
fon but, les difficultés disparaiffent devant lui, &
ses occupations journalières ne peuvent arrêter ni ses
travaux , ni ses progrès. II trouva dans la Pharmacie
les premiers éléments de cette fcience à laquelle
fon génie l'appelloit. Si la théorie , l'avoit féduit
d'avance , quel charme n' éprouva-t-il pas en fe
A 3
livrant aux expériences de la Physique & de la
Chymie !
Il s'attache à tous les Cours, écoute toutes les
leçons, dévore tous les livres ; intelligent, docile
& ftudieux, il marche à pas de géant dans cette
carrière nouvellement ouverte.
La nature avoit accordé à Pilâtre de Rozier tous
les dons qui forment le Physicien & le Chymiste.
Laborieux, audacieux peut-être, qui pofféda mieux
que lui, l'amour de la gloire qui fait entreprendre,
la patience qui fait exécuter, & le courage qui fait
réuffir ?
Réuffir ! Ah ! MESSIEURS, je vois combien
ce mot vous étonne. Il vous rappelle & fa chute,
& fa mort cruelle.
Que cet événement funeste, effet de l'infortune,
& non de l'imprudence , ne vous faffe pas oublier
des fuccès réitérés & des triomphes dans plus d'un
genre ; mais n'anticipons pas fur ces moments de
gloire, trop courts, hélas ! & femblables à ces rêves
enchanteurs que termine le réveil le plus terrible.
En 1780, la ville de Rheims eut besoin d'un Savant
éclairé, capable de porter des lumières dans fon
sein , & d'y donner un Cours public de Chymie
intéressant & instructif.
M. Sage eft chargé de nommer un Profeffeur;
c'est parmi ses Élevés qu'il le choifit, & Pilâtre vole
donner des leçons à l'âge où l'on commence à peine
à les recevoir avec fruit.