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1
ELOGE
DE TRES-HAUT, TRÈS-PUISSANT
ET TRÈS-EXCELLENT PRINCE
LOUIS XVI,
Par la grâce de Dieu, Roi de
France et de Navarre.
A TOULOUSE,
Chez Augustin M A IV A VIT, imprimeur du Roi
rue Saint- Rome.
18 1 5.
Tout écrit est une propriété que la loi protège,
l'auteur met son ouvrage sons sa garantie.
Chaque exemplaire de l'Eloge de Louis XVI
sera marqué des lettres initiales du nom de l'au-
teur et de son parafe.
Se trouve à Toulouse chez Augustin Manavit,
imprimeur du Roi, rue Saint-Rome.
Et chez Senac et Bonnefoi, libraires 1 près
la place Rouaix.
Le prix est 3 fr., et 3 fr. 5o centimes par
la poste.
AVERTISSEMENT.
LES divers ouvrages publiés par l'auteur depuis
la restauration , ont été distribués à peu près gra-
tuitement, on peut le dire. Il n'en sera pas ainsi de
l'Eloge de Louis XVI. Le produit de son édition est
destiné au soulagement des espagnols réfugiés qui
éprouvent le plus de besoins. Ces hommes endurent
toutes les privations : Homo surh nihil à me alienum
puto , a dit l'auteur. Ils souffrent ces hommes ; ce
n'est pas le moment de considérer leurs erreurs
politiques ; graciables (*) ou non , il faut les secourir j
le dénûment de quelques-uns d'entr'eux est effroya-
ble ; et si S. M. Ferdinand le Magnanime connaissait
Ja rigueur de leur sort, -digne petit fils de notre bon
Henri, qui jetait du pain à des sujets rebelles par
dessus les remparts de .sa capitale , il donnerait ses
ordres , et des tartanes chargées de froment vien-
draient s'échouer sur la rive droite du Bidassoa.
L'auteur a été l'ami des Ximènes de Lerida, des
Fernando , des Domingez de Ciudad Rodrigo. Il a
consolé de son mieux ces vénérable proscrits dans
( * ) Dès leur entrée en France, les réfugiés
foulèrent aux pieds la décoration dite l'Ordre-Royal
d'Espagne; et M. le marquis de Guardia - Réal,
qui jouit d'une existence infiniment honorable, leur
en donna l'exemple.
leur longue infortune t si c'est un tort de plaindre
les réfugiés , l'auteur a de quoi s'en justifier peut-
être.
Un grand ministre ( M. de Ceballos ) , que de
hautes vertus ont fait l'émule de Mécène ra menera
sans doute son roi, de la juste sévérité d'Octave, à
la douce clémence d'Auguste , en faisant retentir
dans son cœur généreux le sage aphorisme d'Horace :
Vim tcmperatam di quoque provehunt in majus. Un
cœur vertueux a tant de moyens pour émouvoir une
belle âme ! Nada mas ay que decir, Muchos Castel-
lanos padecen ; encerranndose en su dignidad no
hablan, y de hambre se mueren ; çiertamente no
lo save su rej
Alla Sanlità di Noslro Signor
P I O VI I.mo
BEATISSIMO PADRE,
Sin' alr ultimo de' giorni miei, rimbom-
beranno nel mio cuore queste , piene di
bontà , troppo amabili parole, di cui degnossi
di favorirmi, V. Santità nel breve, altrettanto
grazioso quanto onorevole) che , sei mesi
sono, ricevetti da lei ; non riportero qui le
lodi cliella si è piaciuto di concedermi, sopra
le mie religiose considerazioni, solamente
verro a rammemorarle il suo dolce : Qua-
propter , dilecte fiIi, tibi ex. animo gra-
tulamur et benedictionem apostolicam liben-
tiùs et amantiùs quam unquam anteà tertio
impertimur. Lusingratici parole ! quanto
grate , quanto piacevoli mi sono !. Fece
meno Benedet. XIV , d'mclita memoria ,
a favor di Voltaire.. Nel pronunziar quel
nome avro io Vardire di dirle : anch'io sono
pîttore ? benchè. di molto minor rilevanza ;
sia quai si voglia di questo, ho intrapreso
una tragedia sacra. Annuziarla a Vostra
Santità è un fargliene l'omaggio , se mi
verra fatto di riuscirvi. Oh me beato , s'ella
non mi rifiuterà il suo autorevole patrocinio !
In tanto, per grazia, nou isdegni lei la
dedicazione di quel debol elogio del piu
giusto , non che infelice , de' Principi.
Tutti queUi che hanno sentito il mio
discorso hanno , la Santità vostra rico-
nosciuto y sotto il nome di Eleazaro , come
il y di lei, predecessore in quello d'onia ;
per cio vostra beatitudine , ne gradwà for se
il tributo con benevolenza.
A' voti di Vostra Santità quanto dob-
biamo, BEATISSIMO PJDREl non
siamo piu sventurati in Francia , godianw
in pace il riposo dopo tante procelle, cosi
possono dirle tutti li sudditi del tanto sos-
, pirato Luigi diciotto « colle preghiere della
Santità Vostra , Ludovicus nobis haec otia
fecit. Cosi parlava il Virgilio la, di cui ,
Zingua conosce lei cosi bene ; il torquato
direbbe :
Veramente è costui nato al impero ,
Si, del i egnar del commandar , s& l'arti :
Ma del doppio valor tutte ha le parti y
E non minor che duce è cavaliero.
Che felicità, BEATISSIMO PADRE,
è il suo ritorno ; si vede qui la mono celeste ;
disselo 3 altre volte, un autor di gran grido,
la fortuna è in vero la gran madré degli
avvenimenti nel mondo, ma ella e" - pero la
gran figlia della Providenza , corne n" è
Vostra Santità il figlio maggiore.
Per ordine delVarciepiscopale grandezza,
verrà ringraziata q/ due difebbrajo , la Pro-
videnza nelle chiese di Tolosa in commemo-
razione del passagio di Vostra Beatitudine
Solto le nostre mura ; mentre tutti < cuoii la
richiamavan nel loro seno. Possa lungamente
serbarci iddio , colla, di lei, carissima vit a le
tanto utili virtu, che, tutti quanti, nel mondo
christiano , ammiriamo in lei.
Alla Santità Vostra inchinandomi e
baciandole i sacti piedi , mi dichiaro con agni
piu ossequiosa riverenza,
DELLA SANTITA' VOSTRA,
Tolosa à ventitre di gennajo 1815 ,
Umiliss. , divotiss. ,
obbligatiss. servo,
Il cavaliere di PORT-DE-GLV.
2
ÉLOGE
DE TRÈS-HAUT, TRÈS - PUISSANT
ET TRES-EXCELLENT PRINCE
LOUIS XVI,
Par la grâce de Dieu, Roi de France et
de Navarre,
Erudimini qui judicatis terram.
UN grand meurtre a déchiré la Francej
désolé l'Europe et troublé l'univers. Les
plaies d'un roi martyr saignent encore, et
chaque cité en deuil demande une apo-
théose et des larmes. Pleurons donc sur
le trépas inouï du plus juste des princes;
consacrons - lui librement nos douloureux
regrets. Devenus les instrumens de la Pro-
vidence , les arbitres du monde en ont
brisé le fléau. (i) Ressuscitant l'esprit monar-
chique , leur main généreuse relève enfin
des frères , des amis, des rois malheureux.
Saint Louis a prié, sa glorieuse dynastie
recommence^ et le sceptre bienfaisant de
( )
Henri va nous régir à jamais. Nos pensées
ne sont plus captives y l'âme souffrante a
besoin de gémir ; exhalons sans contrainte
l'expression de nos anciennes amertumes.
Nous avons tous vieilli dans le silence des
chagrins , que nos langues ne soient plus
muettes ; le cœur rajeunit et se soulage en
parlant de ses maux. Mais il ne suffit pas
d'en rappeler la violence , d'en peindre
l'horreur, d'en mesurer la funeste étendue y
ce n'est pas assez d'en exprimer, d'en sentir
tout le poids, il en faut dignement célébrer
le sujet et la cause. Ici cependant se con-
fondent les intérêts du trône et de l'autel,
eh quelle plume téméraire en l'absence de
Bossuet et de Jérémie , osera continuer les
hymnes douloureux de Sion. Jérusalem a
revu ses jours de calamité, l'enfant bien-
aimé s'est armé contre son père, les princes
de Juda sont retombés dans les mains des
idolâtres ; les anciens de la loi ont mis en
justice la pudeur n'ayant pu la corrompre ;
la cité sainte a tremblé devant Samarie,
Israel triomphant a sacrifié sur les hauts
lieux , le sang de Zacharie a coulé dans
le sanctuaire ; digne successeur d'Aaron ,
te saint Ouias a été massacré, Eléasar a
péri dans les persécutions , les Corée, les
1Jathan, les Alcime , les Menelaus 7 les
(")
Antiochus, les Joas n'ont pas craint de se
reproduire ; les pseudoprophètes se sont re-
montrés, les philosophes du i8.c siècle ont
ressuscité les hérésiarques des anciens temps,
l'abîme de l'apocalipse s'est entrouvert, la
vapeur de tous les crimes s'en est exhalée ;
Dieu, les pontifes et les rois ont été méconnus
et crucifiés, et le schisme et l'hérésie sou-
doyés par le sanguinaire athéisme , ont
couvert de leurs horribles exploits la face
de la terre ! Tous les mortels se sont vau-
trés dans la fange des profanations et des
forfaits ; un roi seul resta debout devant
le Seigneur : était-ce un Manassès , un
Achab, un Géroboam ? Non , c'était un
Josaphat environné d'impies ; c'était un
roi puissant, un roi généreux , un roi
saint ; l'ami, le protecteur , le père de son
peuple. Ce roi juste a connu toutes les
peines. Précipité du trône, il s'est vu livré à
lui-même dans le malheur : il a éprouvé
toutes les horreurs de la captivité , de la
calomnie et de l'inj ure ; tout ce que les
enfans des hommes peuvent inventer de plus
barbare , on en a rassasié son cœur ; il est
mort sous des mains imfâmes, et ses restes
sanglans, dérobés à nos pleurs , n'ont pas
joui de leur tombe. Tel est l'argument de
la plaintive élégie que le cœur conçoit
(-12 )
aisément, mais qu'il est si difficile d'écrire;
la matière en est éminemment tragique ; et
pourrons-nous exprimer jamais tout ce que
nous éprouvons à ce sujet dans le fond de
notre âme ? Commençons.
Les hommes anciens et de bonne foi se
rappellent constamment l'excellence du
prince infortuné qu'ils pleurent encore.
Ce n'est pas envers ceux-là que dans l'apo-
logie d'un roi odieusement immolé, nous
considérerons une tâche difficile ; leurs
cœurs sont convaincus d'avance de la légi-
timité de nos louanges. A leur conscience
équitable , le langage de Pline sera tou-
jours conforme à l'histoire de Trajan. Mais
nous avons à désabuser une descendance
pervertie par la malice invétérée ou la doc-
trine des cœurs ingrats ; et voilà l'écueil
de notre entreprise. Si la ieune génération
n'avait pas eu le temps de croître depuis nos
affreuses disgrâces, l'éloge de Louis XVI pré-
senterait peu de difficultés : son biographe
n'aurait qu'à commenter ses paroles suiprê-
mes: le testament du juste est son panégyri-
que. Le style est l'homme , a dit un grand
naturaliste ; et Louis XVI dans son dernier
écrit s'est montré tout entier : quelle piété !
quelle grandeur ! quelle clémence ! Mais
ces fautes qualités sont des vertus essen-
( i5)
tiellement religieuses ; et tout ce qui dé-
coule de la morale évangélique (2) est un
objet de dérision pour les esprits turbulens
et mal gouvernés du dernier âge. Façonnés
de bonne heure à l'impiété, à l'oubli de
tous les. devoirs, ce n'est pas dans la théorie
profonde et dans la pratique rigoureuse de
ces mêmes devoirs que nos jeunes contempo-
rains reconnaissent le mérite des hommes
que Dieu dans la sagesse de ses conseils
prépose à l'administration des empires. La
vertu toute pure n'a rien qui les captive ;
l'esprit d'ordre" l'amour de la paix, le
soin de l'économie politique , le respect au
droit des gens, la vénération du culte, la
crainte de Dieu, toutes ces vertus des grands
rois sont passées de mode pour notre admi-
ration.
L'édifice de la morale fut renversé avec
le trône. Des hommes qui participaient de
la nature des démons détruisirent tous nos
principes, et ce n'est plus que dans le ren-
versement de nos vieilles institutions , dans
les oeuvres du trouble et de l'anarchie que
nos esprits égarés ont trouvé du sublime
et du merveilleux. Etrange aveuglement
des hommes, qui voient couler sans recon-
naissance le fleuve tranquille qui féconde
leurs guerets , et qui se laissent saisir d'une
( >4)
respectueuse terreur à l'aspect des torrens
impétueux qui labourent leurs champs et
ravagent leurs moissons. 0 vous qui êtes
nés avec nos erreurs dans le tumulte de
nos dissen tions civiles , jeunes français,
qui devez être un jour les ministres de nos
autels, les dispensateurs de la justice, les
gardiens de notre gloire militaire impérissa-
ble à jamais, ne soyez plus séduits par le
vain fracas des factions ! La magie des mots
avait remplacé la réalité des choses ; la
liberté licencieuse n'est pas le bonheur des
peuples ; la félicité des nations est dans
l'unité des pouvoirs. Nous le répétons après
un grand génie ; le pire -des états est l'état
populaire. Une existence politique plus
triste peut - être , c'est la condition que
reçoivent les hommes que le malheur tient
asservis au despotisme guerrier ; ce qui
revient à dire , que si le nom de législateurs
ne fait pas des Lycurgue, les hommes d'épée
sont souvent des Sylla ; les renverseurs de
remparts ne font pas le bonheur des peu-
ples , et les bons rois, sans manier le glaive,
peuvent éclipser par leur valeur person-
nelle les plus renommés conquérans. Le
prince malheureux dont nous célébrons la
mémoire en à donné de fréquens exemples,
et c'est précisément l'endroit par ou la
( 15 )
calomnie l'a le plus outragé , qui nous sera
favorable à faire ressortir d'autant mieux
le rare assemblage" de ses immenses mérites.
Mais quand nous aurons prouvé que son.
grand cœur fut d'un courage inébranlable ?
et supérieur peut-être à tout ce que nous
admirons dans les fastes des grandes âmes,
la valeur n'est pas la qualité que nous loue-
rons le plus en lui : il est aux rois des vertus
bien autrement essentielles. Notre Charles V
ne sortit jamais de son cabinet, il n'en res-
taura pas moins la monarchie délabrée, et la
postérité l'a surnommé le Sage. François I. er
eut sans cesse les armes à la main, et son
intempérance des combats pensa perdre son
royaume et lui-même. Louis XII, son pré-
décesseur, s'est moins fait remarquer dans
la guerre que dans la paix, et ses vertus
domestiques lui ont valu la qualification la
plus précieuse. Louis-le-Magnanime, Henri-
le - Grand, Philippe - Auguste, tous ces
grands rois , si recommandables par l'éclat
tumultueux de leurs victoires, l'ont été
davantage par les bienfaits de leur repos.
Parlerons-nous de Louis IX? sa justice vaut
mieux que sa gloire , quelque brillant qu'il
soit par ses lauriers ; qu'il est bien plus
vénérable sous le vieil ormeau de Vincennes
que sur ses trophées de Ptolemaïs
(16)
Un roi est un père de famille, c'est sotis
ce titre sacré que se considéra toujours
notre infortuné monarque ; et il en aurait
rempli toutes les conditions si des mains
parricides ne l'eussent arrêté au milieu de
sa carrière* Les hommes les plus contraires
à ses intérêts , ne lui ont pas dénié le mérite
de la bonté par excellence ; mais le beau
titre que celui de père de famille, s'écriaient
ironiquement ses moindres ennemis ! Quelle
impiété ! Insensés, qui pensiez outrager le
modèle des princes par cette dénomination
vulgaire, bien vous en a valu que son grand
cœur en fût digne y vous n'existeriez pas
s'il l'eût moins méritée. Enfans cruels
d'un père trop miséricordieux, il fallait des
Caligula, des Néron, des Tamerlan sur le
trône de Louis pour en imposer à votre
audace et confondre vos cœurs dénaturés :
le bon roi outragé eût obtenu vos serviles
hommages si , peu soucieux des intérêts de
l'état, si, violateur de toutes les chartes ,
si ? le tyran de ses peuples , il eût boule-
versé le royaume et porté hors des terres
saliques, toutes les fureurs de la guerre
pour y ramener la désolation et la mort.
Vous l'eussiez trouvé grand dans ses folles
entreprises et vous l'auriez loué ; mais Louis
consacrait, comme Titus 7 ses veilles à la
prospérité
( 17 )
5
prospérité publique, le bien-être général
s'opérait sans bruit, on en méconnaissait
la source , et le père de famille travaillait
pour des ingrats. Quel titre saint nous
avons insulté dans notre délire.; et, quelles
folies nous avons canonisées ! Rendus à des
idées plus saines, que dirions-nous aujour-
d'hui d'un chef de maison , qui, poussé par
un esprit de vertige , irait provoquant cha-
que jour des' querelles, susciter contre soi
mille affaires fâcheuses et se perdre avec
les siens ? Qu'ils sont malheureux, dirions-
nous , les enfans d'un tel père !
Il s'est commis de grands crimes. Le
temps des illusions est passé , et voici le
jour des remords; ils sont déchirans, mais
-ils ne pèsent pas tous sur nos consciences ; -
- la corruption du règne antérieur à celui de
l'auguste victime, nous est comptable ou
dumoins responsable solidaire devant la
Providence du meurtre de Louis. La France
même n'en est pas seule coupable ; l'Europe
est sa complice. Tous ses rois -de la géné-
ration éteinte ont mis en crédit -et payé
au poids de l'or les livres funestes des scien-
ces occultes ; et déplorables adeptes d'une
secte qui dévorait l'autel « et les trônes y
leurs yeux éblouis par le prisme de la
déraison, n'ont pas su voir qu'en y cher-
( >8)
thant la pierre pliilosophale , ils se fesaient
fcnfans de Saturne. Dieu permit leur aveuJ
glement, la perversion de l'univers avait
comblé la mesure, ét, dès-long-temps, celui
qui dispense les couronnés , préparait aux
peuples comme aux rois, un grand témoi-
gnage de son courroux et dé sa puissance.
Que je plains mon successeur , s'écriait
Louis XV, dans ces moméns de relâche
que lui laissaient à la dérobée les empoi-
sonneurs de sa cour ; le venin de leur
démoralisation qui se glissait dans toutes
les âmes lui faisait entrevoir de loin la
gangrène du corps politique , il en pré-
voyait la prochaine dissolution et cetté
pensée désolait ses plaisirs. Le mal n'était
peut-être pas sans remède) mais n'ayant
plus d'ennemis à vaincre , le héros de Fon-
tenoy perdait de sa vigueur dans ses délas-
seméns ; Esculape trop complaisant, il mania
mollement le scapel politique, il nétoya
trop humainement les plaies d'une nation
dès long-temps, corrompue, il lui appliqua
des palliatifs sans vertu radicale ; et ce n'est
pas avec des cosmétiques innocens qu'Hyp-
pocrate extirpait les ulcères. Louis XV était
subj ugué par des courtisans pervertis, il
les conserva dans son palais , et la contagion
continua ses ravages. Trop faible pour
( 19 )
érrêler le mal que le régent n'avait pas
prévenu à sa naissance, le pupille de Phi-
lippe s'endormit dans les distractions , n'es-
pérant plus rien de ses sollicitudes ; et le
philosophisme qui n'avait encore attaqué
la morale que par des voies secrètes , se
montra de front et triompha sans obstacles.
D'une stature d'abord médiocre, grandissant
à vue d'oeil, il se fit géant tout d'un coup ;
-et ce colosse imposant traita les hommes
d'état de pigmées , ou ne les reconnut pour
des êtres raisonnables qu'en les imprégnant
de ses vices ; l'inoculation de la .mécréance
fit les plus rapides progrès. On traita de
puérilité le refus de son germe, les minis-
tres durent vivre sans foi, sans loi pour n'être
plus enfans, et, jaloux de s'affranchir de
la lisière , ils se firent impies. Dès-lors, plus
de respect à l'autorité plus de frein à la
licence, plus de retenue aux prévarications,
plus de gêne au scandale, plus de censeur
à l'iniquité. Une mort prématurée par
le crime , sans doute , enleva aux bons
français le caton royal qui lui promettait
des destinées heureuses ; semblable au Dau-
phin de Fénélon , le petit fils du vertueux
Stanislas étudiant dans sa retraite la science
de régner, opposait par ses vertus austères
une digue au torrent, des désordres : Bil
( .20 )
gênait les indépendans ; ef l'auguste père
de Louis XVI cesssa de vivre. A son trépas
la confusion fut universelle , la perversité
des méchans ne garda plus de mesure, "tout
fut interverti, le trône et l'autel se virent
au pillage. Par une association révoltante
l'adultère audacieux et l'athéisme trafiquè-
rent des grâces royales ; ils firent un hon-
teux monopole des biens de l'église ; le tré-
sor de l'état fut dilapidé. Louis XV mourut.
L'impiéLé couvrit la France de ses banniè-
res , la France avait pleuré le duc de
Bourgogne, et le règne de Louis XVI com-
mença.
Sous quels plus funestes auspices un jeune
roi pouvait-il monter sur le trône ? Sous
ses pieds , il en dut sentir trembler les
marches, les fondemens en étaient sapés de
toutes parts. Qu'elle était effrayante cette
place ! Mais, selon les conseils d'un grand
pape à un prince du bas-empire , de digne
émule du plus vertueux père y avait travaillé
dès son enfance à élargir les voies du Sei-
gneur, son âme était pure , il-aimait son
peuple ; fort de ses principes, il ferma les
yeux au péril, son cœur à la crainte, et
courut à travers des abîmes , s'asseoir avec
calme sur un volcan fleurdelisé. Cette prise
de possession demandait l'âme d'un César,
( ai )
le cœur d'un Alexandre : le saut du Rubi-
con , le passage du Cidnus n'ont rien de
plus hardi ; et Louis XVI en osant être roi y
égala d'un seul trait les héros de Pharsale
et. d'Arbelle. Mais poursuivons : ce m'est
pas le moment de faire éclater cette magna-
nimité sublime qui eût été si funeste à des
ennemis étrangers si Louis XVI en avait
eu à combattre.
Les premiers actes de son administration
furent marqués au coin de la sagesse.
Escorté de toutes les vertus, il se montra
înodeste et magnifique. La générosité fut
l'âme de toutes ses actions. La clémence
èt le désintéressement ouvrirent les portes
de son règne , et dès les premiers pas il
gagna tous les cœurs. Jusqu'aux ennemis
du sceptre tout fut subj ugué à l'instant.
Un enthousiasmé soudain s'empara de toutes
les âmes , on ne pouvait sortir d'étonnement
et d'admiration à. l'aspect d'un roi si équi-
table et si jeune ; d'un roi qui avait vécu
obscur, ignoré même au sein de la cour ;
il ne s'était fait connaître jusqu'alors que
des hameaux et des chaumi ères, où, suivi
de son auguste compagne , il allait chaque
jour répandre des bienfaits. L'excellent
prince ! de quels traits charitables respleiu
dissait sa belle âme ! Nous en ferions les
(22)
brillans de son apologie, s'ils n'étaient deve-
nus les diamans de l'histoire. Les bonnes
actions étaient ses habitudes ; après un long
apprentisage des œuvres royales , pouvait-il
-n'être pas un grand prince en montant sur
3e trône. Il en écarta les pervers et n'appela
à lui que les élus de l'opinion publique. Le
philosophisme en proféra quelques mur-
mures, son austérité lui ferma la bouche,
Louis XVI était sévère dans l'intérêt du
ciel ; la religion reprit sa splendeur , l'har-.
monie politique fut rétablie , les finances
se restaurèrent, tout rentra dans l'ordre et
les peuples ne furent plus foulés ; heureux
temps de prospérité que n'avez-.vous coulé
jusqu'à nous sans obstacles, nos neveux n'au,
raient pas à déplorer comme nous un jour
les hideuses souillures de notre génération.
Elles seront épouvantables, et notre coeur
souffre mille morts à les décrire ; ce n'est
qu'avec horreur que nous allons en retracer
le tableau ; nous reculons d'effroi devant un
avenir terrible, mais entrons puisqu'il le faut
dans cette époque funeste, dans cette région
électrique où sont déjà formés les orages
précurseurs de la foudre.
Si le philosophisme craigpit long-temps
de lever sa tête orgueilleuse en la presencQ
d'un roi ami de Dieu" il n'en travailla pas
t25)
thoins dans le silence à ruiner tôutes les
Opérations de sa sagesse ; les écrits les plus
séditieux, les plus impies eurent de la vogue
Sous le manteau , on en fit dès distributions
gratuites dans les provinces , la ville et la
cour en furènt inondées et la maladie des
innovations amortie quelques temps res-
saisit les esprits. La malveillance épiait
toutes les occasions de nuire , uné circons-
- tance trop favorable aux perturbateurs de
l'ordre public venait de paraître , elle fut
saisie avec empressement. Fière de Sa pros-
périté , vaine de ses richesses , une colonie
étrangère méconnut sa métropole et secoua
le joug de la mère patrie , les indépendafls
français justifièrent sa rébellion et s'en décla-
rèrent les protecteurs et les arbitres. Dans
son fanatique enthousiasme , l'athéisme ,
cette maladie endémique d'une capitale
corrompue, l'athéisme préconisa avec audace
la sainteté des insurrections. Paris et Ver-
sailles retentirent des maximes les plus
funestes ; et, jusque dans lè cabinet du
monarque , des courtisans qui notaient
encore qu'évaporés demandèrent à grands
cris l'honneur d'aller répandre outre-mer
leur sang pour le républicanisme. Trop
sage pour approuver une effervescence si
déréglée, Louis XYllui refusa son assenti*
( 24 )
ment ; il combattit fortement des projets
qui lui parurent trop justement condamna-
bles et s'en expliqua avec assez d'énergie
pour qu'on n'en parlât plus ; mais le minis-
tère était séduit. Des hommes qui avaient
frondé les écarts de la vieille cour , étaient
devenus les collaborateurs , les conseils de
Louis XVI, le bon roi les jugeant selon son
cœur les crut toujours dans la droiture ; ils
s'adressèrent au prince , ils furent écoutés.
Ces hommes aveuglés ou pervertis lui firent
entendre que la considération maritime de
l'Angleterre , si contraire aux intérêts de
la France , allait décliner sensiblement par
l'affranchissement de ses possessions occi-
dentales. Ils rappelèrent les violences exer-
cées sur le Canada, les malheurs de Pondiché-
ry , l'existence précaire de Chandernagor,
et la guerre anti - sociale (3) fut résolue ;
Louis XVI en prévoyait les funestes conséï
quences , mais un danger plus voisin l'in-
quiétait justement. Il crut de sa prudence
de ne retenir pas-contre leur gré des brouil-
lons qui pouvaient troubler le royaume.
Il donna son aveu à la guerre d'Amérique,
l'expédition mit à la voile, les jeunes adep-
tes du philosophisme partirent, et ce que
Louis s'était promis de leur absence arriva
comme il l'avait prévu j la paix intérieure
- de
(=5)
4
de ses états commença à renaître, la suite
de son règne reprit l'éclat dont il avait brille
à son principe et la prospérité nationale
refleurit plus que jamais. La France était
heureuse, mais enfin, le nom de Washing-
ton devint un jour le cri de la renommée*
- Le bruit de ses exploits remplit le conti-
nent de Christophe Colomb ; -il traversa
l'Atlantique; et le mot de liberté vint
remuer les coeurs de la capitale. L'esprit
d'indépendance se répandit dans toutes les
classes, les extravagants auxiliaires des Etats-
Unis, reparurent , ils se montrèrent fiers et
hautains de leur vaine gloire, chacun devint
jaloux de leur petits trophées et le ruban
de Cincinnatus, glorifié par le philosophisme,
fut préféré par ses sectaires au grand cordon
du Saint-Esprit ; il fut éteint' dès-lors ce
beau feu de la chevalerie qui avait fait
durant tant de siècles la gloire des français;
elle n'exista plus cette noble émulation des
grands de servir à l'envi et d'honorer leur
prince ; épris des principes les plus perni-
cieux, ils en infectèrent la cour, plusieurs
d'entr'eux s'en iso l èrent, pour se cac h er
dans l'ombre et conspirer sa perte. Le reste
des courtisans n'y fixa ses pas que pour la
mieux trahir. Le mot d'ordre des ennemis
ile Louis XVI) avait passé de bouche en
(aB)
.bouche, une guerre à mort était déclarée atf
meilleur des rois; et bientôt Louis XVI dans
son palais ne fut plus environné que des sen-
tinelles avancées du philosophisme. Au nom
du peuple, si puissant sur son cœur, on écarta
de lui tous les amis de sa gloire. On Fim*
portuna sans cesse, on l'excéda sans mesure.
Le prince était généreux ; du plus spécieux
prétexte , l'avide courtisan se fit un titre
à sa munificence , et le trésor particulier
de Louis XVI s'épuisa à enrichir des mons-
tres qui tramaient contre ses jours. Ses
économies dévorées, on lui demandait
encore ; il fallait bien le contraindre à ris-
quer l'amour de sa nation dans le jeu des
impôts, mais Louis XVI n'était pas de ses
rois qui , les vampires des peuples , boi-
vent dans des coupes d'or les pleurs de
l'infortune ; il pouvait bien consentir à se
dépouiller lui-même pour satisfaire à l'avi-
dité de ses ennemis, mais son cœur était
trop juste pour nourrir des ingrats de la
substance, des sueurs, du sang de ses sujets;
il ne voulut jamais qu'on en exigeât de
nouveaux subsides : cependant les vieilles
dettes de l'état, subsistantes encore, accrois-
saient chaque jour ses besoins d'une manière
alarmante, Louis XVI en versait des larmes
amères et son coeur affligé ne voyait quI
( 27 )
des mécontens autour de lui. Sa belle âme
en était pleine de douleur et nul ami fidèle
ne versait dans son sein déchiré le baume
des consolations. En des perplexités sembla-
bles , Henri IV pleurait avec Sulli, ces deux
grands cœurs, si dignes l'un de l'autre, sup-
portaient ensemble le fardeau du chagrin ;
mais Louis XVI n'est entouré que d'indif-
férens ou, de traîtres , il a trop de vertus
pour avoir un ami (4). Dans ce dénûmenfc
d'affection dont son cœur paternel était si
avide, il sentit le besoin de s'environner
de son peuple , la perfide proposition lui en -
avait été faite, il la saisit avec transport.
Le grand acte de Philippe-le-Bel fut renou-
velé. Les états généraux s'assemblèrent. Epo- -
que solennelle et funeste tout ensemble, quel-
tristes et cruels souvenirs vous reveillez en
nous ? ils ne s'effaceront jamais de la mé-
moire des hommes. Que de bienfaits auraient
pu répandre tant de lumières réunies si
les principes éternels de la justice en avaient
dirigé les intentions ; mais le grand coup
était porté; les brigues du philosophisme
avaient surpris le choix des peuples, et lé-
trône de Louis ne fut entouré que de facé-
tieux, Armés des paralogismes de la dérai-
son , ils pensaient régénérer le monde, ils
Je rèplongèrent dans le chaos. Appelés pour
(28)
ranimer le corps politique, ils lui donnèrent
la mort ; tout fut confondu par leur soufle
sacrilège : les insensés ! ils vinrent semer
des vents et des orages , pouvions - nous
recueillir autre chose que des tempêtes et
des foudres. Souvenir déchirant , quand on
compare par la pensée , le traitement odieux
que ces hommes barbares préparèrent au
meilleur des princes ; quand on le compare
disons-nous à cet accueil touchant et vrai-
ment paternel qu'ils reçurent de lui. Les plus
ingrats y furent sensibles, et leurs mauvais
desseins sortirent de leurs cœurs ; mais le
charme qui les subjugua ne fut pas durable,
par la raison que la malveillance qui s'en
laissa séduire, ne lui pardonna point d'avoir
été vaincue.
Louis XVI était l'image de toutes les
vertus : le bon roi si son siècle eût valu
quelque chose ! qu'il était digne de faire
le bonheur d'une nation , de le goûter lui-
même ! Hélas ! cet excellent prince, abreuvé
de mille amertumes , n'a été heureux qu'un
moment : ce moment fut celui où, envi-
ronné des envoyés de son peuple , il put
exprimer à leurs yeux les sentimens de sa
royale tendresse. Qu'ils en furent vérita-
bles les doux épanchemens ! Louis"n'avait
connu jusqu'alors que les soucis du trône,
( 29 )
et pour la première fois l'allégresse venait
réjouir son cœur et sa cour. Cette cour,
long-temps - plongée dans le silence de la
tristesse et des ennuis , entendit encore
une fois le tumulte des plaisirs et des fêtes;
elle redevint brillante cette cour malheu-
reuse, moins de l'éclat de ses somptueux
festins que des vertus de son roi et des
grâces de sa reine. Princes cbarmans , que
l'admiration publique combla de suffrages, ,
d'amour et de respect, vous fûtes dans ces
beàux jours les délices et l'orgueil de vos
peuples ; leurs représentans eux-mêmes vous
couvrirent d'encens et de vœux; objets de
leurs adorations, vous leur rendîtes les plus
tendres éloges, vous les comblâtes d'affec-
tion; vos Majestés bienfaisantes descendi-
rent jusqu'aux termes les plus sensibles, et
leur bonté ne trouvait pas d'expressions
assez touchantes. Ah ! prinçes trop géné-
reux , que dans nos cruels souvenirs nous
croyons encore entendre , modérez ces
transports de votre royale gratitude , elle
est trop quitte envers nous ; cessez de
caresser des ingrais; ils vous vendront bien
cher un jour les vains hommages qu'ils vous
rendent ! Frappés encore de l'éclat dont
rayonnent vos fronts augustes , ils sont
humbles devant vous et se couvrent de
(5°)
poussière ; mais leur audace naturelle v8
se familiariser bientôt avec la suprême
bonté de vos âmes ; ces hommes que le
peuple a cru choisir dans sa vertu pour
vous assister dans l'oeuvre d'une régénéra-
tion salutaire ; ces hommes affreux, por-
tent dans leurs cœurs impies le plan d'une
6ubversion sacrilége : ils paralyseront dans
peu toutes les forces du trône , que l'impé-
ritie ou la forfaiture du ministère vient
d'affaiblir ; ils séduiront vos soldats , ils
insurgeront vos peuples , ils vous charge-
ront d'outrages et vous conduiront à la
mort. Quelle récompense à tant de vertu !
Ah ! repoussez loin de vous , il en est temps
encore , rejetez de votre sein paternel ces
:fils dénaturés ; grand roi, ne consultez que
votre noble cœur , n'en croyez que vos
sages pensées ; vos lumières profondes vous
viennent d'en haut ; comptez sur leur infail-
lible secours, improvisez tout seul le bonheur
de la France , bonheur que le crime cher-
chera vainement dans ses longues fureurs !
Qu'un ami fidèle lui eût parlé ainsi, et la
France était sauvée ; mais cet ami, où le
prendre ? Louis XVI l'avait sous ses yeux.
Qu'importe que le philosophe de Lamoignon
ne fût pas encore le vertueux Malesherbes ;
il devait à son prince un avis sage , il le
13.?
3onna sans doute ; mais la modèstie du
prince le plus éclairé de son siècle repoussa
toujours la bonne opinion que la France
avait de ses mérites, et le malheur de ne
s'estimer pas assez le perdit avec nous. Que
n'a-t-il pu s'apprécier davantage et moins
aimer son peuple ! la France eût été heu-
reuse , nous serions innocens j et le prince
le plus aimable vivrait encore.
Mais dans les décrets du ciel sont écrits
les destins des rois et le sort des empires:
ils sont immuables ses arrêts. Le ciel était
irrité de nos fautes , nos crimes avaient
lassé sa patience. La France était mûre pour
le châtiment; les instrumens en étaient
réunis, les états-généraux ouvrirent leurs
séances : avec quelle majesté le prince des
quatorze siècles y vint faire entendre son
éloquente parole ! avec quelle franchise il
dévoila son cœur ! avec quelle candeur il
én exprima la peine : Mes sujets ne sont
point heureux , cette idée empoisonne ma,
vie. Tel fut le premier discours du roi
que nous pleurons : Je vous ai rassemblés
autour de moi, poursuivit le monarque au
milieu des députés de la nation, pour aviser
aux moyens de rendre meilleure la condi-
tion de mes peuples. Quand j'arrivai au trône
tgut était confondu ; j'ai remédié de tou;
(5a)
mon zèle aux vices de l'administration ; j'ai
renoue' autant qu'il a été en moi les liens
relâchés de la morale y j'ai ressuscite de tout
mon pouvoir les principes d'une sainte reli-
gion méconnue ; j'ai donné tous mes soins
à la restauration des finances ruinées ; j'ai
créé des forces maritimes, favorisé les aiïs,
protégé le commerce , encouragé l'agricul-
ture ; j'ai diminué les impôts) j'ai détruit
les abus ; les effrayantes dettes de l'état,
je les acquittées en partie; mais il reste un
déficit à combler ; j'attends de la libéralité
de vos cœurs des sacrifices nécessaires : vous
n'en supporterez pas tout le poids , je 111 'en
imposerai la charge la plus forte. Je dépose
en vos mains tous les intérêts de mon sceptrc;
reglez-en dans votre sagesse les privilèges et
les attributs. N'épargnez rien de ce qui a
trait à ma personne : tout ce qui pouira
concourir au bien de l'état, je Vapprouverai
san s restriction, et je lui donne ma sanction
d'avance. Oui, fra n ais , ajouta le prince
avec ce touchant organe qui allait au cœur ;
fors l'honneur de ma couronne , sur qui votre
loyauté ne saurait entreprendre, j'abandonne,
tout ce qui me concerne à l'équite de vos
décisions; ma confiance en vous les laissera
libres et indépendantes : j'en attends la pros-
périta

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