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Éloge historique de Louis XVI, roi de France et de Navarre ; par M. l'abbé Verninac,...

De
104 pages
Ponthieu (Paris). 1825. 101 p. ; in-8.
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1
ELOGE
HISTORIQUE
DE LOUIS XVI.
_1 : 1
h C*.
IMPRIMERIE DE HIU1R0-C0URCIER-
ÉLOGE
HISTORIQUE
BI L&'U'JS XT'I,
GËOI bt §!«»»« et bt re ;
FAIl
M. L'ABBÉ VERNINAC,
ASCIE* VICAIRE GÉNÉRAL DE M" CHAMPION DE CICÉ,
ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX-
r~ .�,,/ � *
V> */<V/parw,
BECHET AÎNÉ, LIBRAIRE-ÉDITEUR
QUAI DES AUGUSTINS, No 5"
PONTHIEU, LIBRAIRE, PALAIS-ROY AIL, GALERIES DE BOIS.
1825
1
ÉLOGE
DE LOUIS XVI,
i
ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE.
LA mort tragique de Louis XVI avait fait l'impres-
sion qu'elle devait produire; mais la faction qui avait
donné cet affreux spectacle promenait le fer sanglant
sur toutes les tètes, pour empêcher qu'on ne mani-
festât l'horreur qu'on éprouvait, et qu'on n'arrosât
de pleurs le tombeau d'un si bon Prince.
Un guerrier à jamais fameux arracha l'autorité
des mains de la faction régicide ; il plaça sur sa tête
la couronne des Bourbons. On sait combien est om-
brageuse une dynastie qui s'élève sur les débris d'une
autre dynastie. La France parut avoir oublié l'au-r
guste victime. On ne vit ni honneurs rendus à sa
cendre, ni expiations solennelles. Les regrets, le
souvenir des vertus, la fidélité, tout était comprimé
au fond des coeurs.
Ombre malheureuse de Louis XVI, console-toi!
les hommes qui te poursuivaient ont été renversés.
Le trône des Bourbons est rétabli. Entends la Nation
a ÉLOGE DE LOUIS XVI.
qui t'appelle! entends-la s'écrier : Trop faible que
j'ai été, j'ai laissé immoler le plus vertueux des
princes ! et c'est à moi qu'on offrait cet affreux sa-
crifice ! à moi qui en avais horreur !
Admirons la force de la légitimité. Une tempête
extraordinaire avait renversé la plus grande et la
plus ancienne dynastie de l'univers; la légitimité
l'a relevée , la légitimité lui a donné un nouvel
éclat et une nouvelle vigueur.
Admirons la vertu de nos princes; ils sont moins
touchés des grandeurs qu'ils recouvrent, que de
l'image sanglante qui se présente a leurs regards.
Admirons les transports de joie qui ont rendu si
belle et si touchante la rentrée des Bourbons. Qu'on
n'attribue point à la force et à la politique, les
sentimens qui ont éclaté. La force et la politique
ont Seulement fait disparaître les obstacles qui em-
pêchaient la manifestation de ces sentimens.
La meilleure inspiration pour l'éloge de Louis
XVI, c'est de s'attacher à la vérité, c'est d'éviter
la flatterie qui ternirait le caractère moral de ce
prince, c'est d'éviter l'esprit de parti qui jetterait
un faux jour sur son règne.
Cet éloge doit beaucoup plus approcher de l'his-
toire que du genre académique. Les faits doivent
plus parler ici que l'imagination. il faut louer les
vertus de Louis XVI, il faut déployer pour elles
toutes les beautés de l'éloquence. Mais il faut aussi
ÉLOGE DE LOUIS XVI. 3
1
expliquer comment ces vertus ont été si malheu-
reuses-; il faut expliquer l'ppouvantable catastro-
phe qui a ternliné la vie de ce prince ; il ma sem-
blé qu'elle ne pouvait .l'^tyç que par }a pejLn,^^
fidèle des évènemens.. i
Le fUfi unique de Louis XV, le Dauphin çle
France ,, avait épousé une princesse de Saxe. Au*-
guste hyrçiénée, dans lequel l'esprit et les vertus
baillaient encore plus que les sceptres et les coût
ronnes ! C'est de ce mariage que naquit le prince
dont je fais l'éloge. Le Rpi lç fit présenter à la
France, sous le nom de Louis, duc de Berry. Augusfà
et malheureux enfant ! dans quel lieU tw commences
tes jours, et dans quel lieu tu les ifniras ! Mais ne
levons pas le voile qui couvre l'avenir, et ne faisjQj,u5
pas frémir çe berçe^i?. ~a.ns lequel reposent l'injio-
çence et la grandeur.,. ~a grandeur de la naisj
sancp il ç|t0 tyajtée de préjugé. Ah Lsaps doute ,
ce sont les grandes vertus, les grande talons, les
gfaiids ^erv jces rendus à la patrie, qui i constituent
la véritable grandeur. Celui qui a vaincu les pnne-
niis de son pays et qui a été juste et humain dans
la victoire; celui dont le génie a éclairé les hommes,
et qui leur a donne de sages lois; celui qui les a
gouvernés avec sagesse, avec force et avec bonté ;
celui qui a ouvert de nouvelles sources de pro^péri-i
té publique, tous ces hommes sont grands, soit qu'ils
soient nés dans un palais, ou dans une chaumière.
4 ÉLOGE DE LOUIS XVI.
La véritable grandeur a excité dans tous les
temps l'admiration et la reconnaissance des peu-
ples; dans tous les temps ils ont décerné aux
grands hommes des honneurs, des titres pompeux,
des récompenses éclatantes ; ils se sont attachés à
leur nom, et ils ont accordé des distinctions à leur
famille. Les peuples ont voulu par-là exciter les
enfans à marcher sur les traces glorieuses de leurs
pères; ils ont voulu inspirer une noble émulation
à toutes les familles.
Considérée sous ce point de vue, la grandeur
de la naissance n'est point un préjugé. On la voit
dans les républiques comme dans les monarchies;
elle peut être utile dans les unes comme dans les
autres 1
Mais on a abusé de la plus belle des institutions.
Les enfans des héros ont jeté les yeux sur leur noble
origine, et sans examiner s'ils ressemblaient à leurs
ancêtres, ils ont dit : Nous sommes grands, que
les autres hommes se courbent devant nous ; la
cour du prince, lesgraces, les faveurs, les digni-
tés, les commandemens, les honneurs sont notre
apanage; qu'aucun autre mortel n'ose y prétendre.
On ne doit point voir un Marius à côté des Jules,
des Scipion, des Marcellus. Ce sont les grands noms
qui soutiennent les empires. Voilà le préjugé;
voilà ce qui humilie une nation; voilà ce qui l'em-
pêche de déployer ses facultés; voilà ce qui allume
ÉLOGE DE LOUIS XVI. 5
la guerre dans son sein; voilà ce qui produit les
révolutions.
Le monde a vu des dynasties commencer par un
soldat heureux ; celle des Bourbons a commencé
par une famille illustre et puissante , dont l'origine
se perd dans la nuit des temps. Cette tige superbe
a donné, depuis mille ans, des rois à la France;
elle a étendu ses rameaux sur plusieurs autres trônes.
Combien de dynasties éteintes sur la terre ! Où sont
les races des demi-dieux de la Grèce? Où sont les
Césars de Rome? Où sont les enfans de Mérovée et
de Charlemagne ? Les Bourbons ont été plus forts
que le temps. Il y a dans cette puissante dynastie
un principe de vie extraordinaire. Ce principe de
vie, c'est l'attachement à la religion, c'est la jus-
tice, c'est la bonté, c'est le courage, c'est un carac-
tère assorti au caractère de la nation , c'est le gou-
vernement paternel, c'est le génie de la civilisation.
Il ne faut pas regarder un prince, un règne en
particulier, ce serait une mauvaise manière de juger;
il faut voir l'ensemble, il faut voir les résultats.
I La France était à demi-barbare , lorsque les
Bourbons montèrent sur le trône. A ces rois ap-
partient la gloire de l'avoir civilisée. Ce sont leurs
armes et leur politique qui ont donné au royaume
les limites qui lui convenaient. Les temples et la
splendeur du culte, les lois et les mœurs, l'agricul-
ture et l'industrie, le commerce et les beaux-arts,
G ÉLOGE DE LOUIS XVI.
lek canaux et les routés magnifiques, les rempàrts
des frontières et les beaux ports de FOcéàn et de la
Méditerranée, les Vaisseaux et les colonies > la feû-
l'été au-dedans et la considérâtiOh au-dehors ; lotit
fcst leur ouvrage : ils ont tout ci*éé ; ils ont tout
embelli. Semblables à eéfe divinités auxquelles le
maître du 'ciel confiait le soill des différentes con-
trées de la terre, ils ont glorieusement rempli leur
destinée. A la vue de ces empires qui but langui
sans honneurs et sans vie, et qui sont toiïibés dans
là poussière, nous disods - "Cefe empire^ furent mal
gouvernés. Soyons justes; en voyàïït cette France
'si belle et si puissante, disent : Là A attire a répandu
ici toutes ses faveurs ; mais disons fen inertie temps :
Les princes ont encore plus fait ici 'que la hature.
Tout cet éclat de là maison <dc Bourbofo vint se
placer sur la tête du duc de fierry, au moment de
sa naissance. s ',,'(
Ce prince' fut dessiné eh grand par la nature.
Elle lui dûttïïâ une beauté mâle > et une forcé de
d..
corps extraordinaire. K <
La timidité et la bonté furent les premiers traits
qu'offrit l'âme de Cè prince. Ses goûts étaient simples;
, ils le portaient plutôt vers les occupations utiles qué
vers les jeux èt les plâisirs bruyans. Là vérité était
toujours sur ses lèvres. Plus Séreux qu'on riè iësl
tiails l'eàfarice, il semblait avoir déjà le pressenti-
ment dé sa destinée. it ;' ,:' ¡ ,!). : ¡ } t
ÉLOGE DE LOUIS XVI. 7
Bossuet et Fénélon avaient fait époque dans l'édu-
cation des enfans de France. Ils s'étaient principa-
lement attachés à la religion et à la morale, qu'ils
regardaient, avec raison, comme le fondement de
la politique. Le duc de Berry et ses augustes freres,
le comte de Provence , et le comte d'Artois, furent
élevés d'après les idées de ces deux grands hommes.
Cette éducation eut l'avantage d'être dirigée par le
Dauphin et la Dauphine ; quoique moissonnés l'un
et l'autre à la fleur de l'âge, ce prince et cette prin-
cesse eurent le temps de donner la première culture
à l'esprit de leurs en fans, et de jeter dans leur âme
les germes de la véritable grandeur (i).
Le duc de Berry reçoit après la mort de son père
le titre de Dauphin ; il est à peine sorti de l'enfance,
et déjà s'allument pour lui les flambeaux de l'hy-
(1) Les trois Princes eurent pour précepteur M. de Coet-
losquet, ancien évêque de Limoges, et pour gouverriè'ûr ,
M. le duc de Lavauguyon. Ils sont recommandés, l'un tt
l'autre, dans les instructions que Monseigneur le DaupMa
laissa en mourant, pour celui de ses enfans qui régnerait
un jour.
« Quant à M. l'ancien évêque de Limoges, sa vertu, sa
» candeur, sa délicatesse, parlent assez en sa faveur.
» M. le duc de Lavauguyon est trop connu pour avoir
» besoin d'être recommandé. Il avait trop à cœur de rendre
» ses élèves des Princes probes, éclairés et Capables, pour
1» qu'il soit jamais oublié. »
8 ÉLOGE DE LOUIS XVI.
men. C'est à l'Autriche que Louis XV avait demandé
une princesse pour l'héritier présomptif de la cou-
ronne de France. L'archiduchesse Marie-Antoinette
parut à la cour de Versailles; elle y parut avec tout
l'éclat de la jeunesse et de la beauté, avec toutes les
graces de son sexe, avec la fierté de son rang, avec
la bonté et l'affabilité la plus séduisante. Le Dau-
phin fut sensible aux charmes de cette princesse.
A l'amour le plus pur on ne verra point succéder
les amours qui avilissent à la fois l'union conjugale et
le diadème. Jamais prince ne fut plus éloigné de cette
espèce de vice. Ses mœurs furent celles de l'âge d'or.
C'est un trait de génie de Fénélon d'avoir fait
descendre du ciel une divinité pour apprendre au
fils du roi d'Ithaque à régner. Minerve, sous la
figure de Mentor, ne se borne pas à donner au
fond d'un palais, au jeune Télémaque, des leçons
de sagesse et de politique. Elle le conduit dans les
camps et dans le conseil des rois. Elle le place
dans ces situations difficiles où s'acquièrent la con-
naissance des hommes, la prudence et le courage.
Elle lui fait distinguer, par des expériences sensibles,
les vraies et les fausses maximes du gouvernement.
Elle lui montre le but et les écueils de la royauté.
Le Dauphin ne fut pas aussi heureux que le
fils d'Ulysse. Il ne connaît encore que l'extérieur
de la royauté, et Louis XV, par politique, le
tient éloigné du conseil et des affaires. Comment
ÉLOGE DE LOUIS XVI. 9
apprendra-t-il à gouverner la France ? Le Dauphin
se formera lui-même. D'abord il porte ses regards
sur les écrits que son père lui a laissés en mourant.
La sont tracés les vrais principes du gouverne-
ment, et les principales affaires du royaume. Le
tout intéresse l'esprit et le cœur du Dauphin. In-
sensiblement ses idées se fortifient, et s'étendent.
Déjà il a fait assez de progrès pour puiser dans
les grandes sources.
Je vois dans ses mains les plus beaux ouvrages
de l'antiquité et des temps modernes.
Poètes, historiens, philosophes, n'importe. Tous
les grands auteurs l'instruisent. Horace, Tacite,
Montesquieu, lui offrent, chacun à leur manière ,
la science sublime qu'il cherche. Il est surtout
frappé des leçons que Minerve, sous les traits de
Mentor, donne au jeune Télémaque. Il grave dans
son esprit et dans son cœur ces leçons immortelles.
Le Dauphin ne se borne pas à ces nobles études.
Il observe la marche du gouvernement; il observe
l'esprit et les mœurs de la cour; il observe l'opi-
nion publique. Quelques années sont à peine écou-
lées, et déjà il sait penser et parler en roi. Il
règnera plus tôt qu'il ne croit, il règnera plus tôt
qu'il ne désire.
Louis XV meurt. Le Dauphin monte sur le
trône, sous le nom de Louis XVI. Ce prince s'était
accoutumé à contempler la royauté sous son véri-
10 ÉLOGE DE LOUIS XVI.
table point de vue. Aussi n'éprouva-t-il pas cette
ivresse dont les jeunes princes sont si susceptibles.
Ses regards s'arrêtent à peine sur la cour brillante
et voluptueuse qui l'environne. Vingt-cinq millions
de Français qui font retentir le royaume de leurs
acclamations, qui offrent à leur jeune Roi leur
soumission, leur amour, leurs biens et leur vie, et
qui ne lui demandent que de les gouverner avec
justice, avec bonté; voilà le spectacle qui touche
- le plus Louis XVI.
Les ministres du règne précédent n'avaient point
la confiance de la nation. Le premier usage que
Louis XVI fait de sa puissance, c'est de les éloigner
de son trône. Du fond di* son exil, Choiseuil a vu la
couronne sur le front de Marie-Antoinette. Le ma-
riage de cette princesse fut rouvrage de sa politique.
Il vole vers cette cour de Versailles où il fut si puis-
sant. C'est Choiseuil dévoué à l'Autriche. Louis XVI
aime la reine, mais il aime encore plus la France.
Choiseuil ne sera point son ministre. Les Maure-
pas , les du Muy, les Vergennes ont déjà servi l'État
avec distinction. Louis XVI voit leur nom parmi
ceux que son père lui a recommandés en mourant.
Il leur donne sa confiance, mais il ne leur aban-
donne pas les rênes du Gouvernement. Dès le pre-
ttiier jour, il porte ses regards sur toutes les par-
ties de l'administration ; il se fait rendre compte
des affaires importantes, et il les décide.
ÉLOGE DE LOUIS XVI. n
On n'a point assez cohnti l'esprit de Louis XVI.
D'autres princes brillèrent par l'imagination. Dans
celui-ci, c'est le jugement, c'est là variété et l'eteti-
due des connaissances, c'est le talent de la com-
position. Louis XVI rédigea les instructions pour lé
voyage de l'infortuné Lapeyrouse autour du niondé ;
on crut d'abord que ces instructions étaient sorties
de l'Académie des Sciences. Ce prince avait cru
devoir s'attacher aux connaissances géographiques
dans un siècle où tous les peuples de la terre cher-
chent à se donner la main ; où la navigation et lé
commerce sont devenus les grands ressorts de la
politique; où une île et un petit point du globe
peuvent devenir le sujet d'une guerre générale , et
influer sur le sort de toutes les nations. Louis XVI
avait ébauché un ouvrage sur la Monarchie tempé-
rée. Il traçait lui-même les observations qui de-
vaient faire admettre ou rejeter les projets de tout
genre qui lui étaient présentés. Tous ces écrits an-
noncent un prince éclairé.
Fénélon avait tracé les qualités d'un bon Roi.
Les couleurs étaient si belles, les sentimens étaient
si sublimes, qu'on regarda cette peinture comme
le beau idéal de la royauté, comme une fiction qui
ne se réaliserait jamais.
Le bon Iloi parut, il parut dans Louis XVI. Ce
prince ne se croyait jamais plus grand que lors-
qu'il se prosternait aux pieds des autels, et qu'il
12 ÉLOGE DE LOUIS XVI.
donnait à ses peuples l'exemple de la piété. Ses
mœurs et sa politique étaient fondées sur la reli-
gion. Mais loin de lui les idées et les pratiques
superstitieuses. Il aurait rougi de ressembler à cet
Hussein, roi de Perse, que ses sujets appelaient
par dérision le moine Hussein. Plus loin de lui en-
core ce zèle aveugle et barbare qui veut établir par
la force l'unité de croyance et de culte. Sous le règne
de ce Prince, les Français jouirent de la liberté de
conscience qu'ils ont placée, depuis, au premier rang
de leurs libertés. Il protégea tour à tour les protestans
et les catholiques contre l' intolérance etla persécution.
Louis XVI ne sillonna point la terre de ses mains
royales, comme les empereurs de la Chine; mais il
visitait les chaumières ; honneur qu'elles n'avaient
point reçu depuis Henri IV; il créait dans ses do-
maines particuliers des établissemens qui devaient
servir de modèle à l'agriculture; il protégeait, il ré-
compensait les savans qui dirigeaient leurs travaux
vers les progrès de cet art qui est le fondement de la
vie humaine; il assurait à jamais les subsistances du
peuple, en consacrant le principe de la liberté du
c ommerce des grains dans l'intérieur du royaume.
Quel évènement se présente ici à mes regards ! des
hommes jaloux du ministère; des hommes qui s'en-
richissent par le monopole, excitent la révolte dans
Paris et dans quelques provinces, pour empêcher
c ette libre circulation des grains que Louis XVI
ÉLOGE DE LOUIS XVI. 13
voulait établir. Ce prince eut recours à la force.
Mais à travers les mesures sévères qu'il fut obligé
d'employer, on vit toujours son humanité. N'avons-
nous rien à nous reprocher? disait-il dans le conseil
qui fut tenu dans cette circonstance. Louis XVI af-
franchit les serfs qu'on voyait encore dans quelques
domaines de la couronne. Il supprima les jurandes
qui nuisaient à l'industrie; il protégea de toute sa
puissance les intérêts du commerce. Il abolit le sup-
plice de la torture. Il détruisit les corvées. Ses re-
gards pénétrèrent jusque dans les hospices et les
prisons. Un régime plus humain fut introduit dans
ces lieux de souffrances. Les malheureux s'écriè-
rent, quel est le dieu qui a pensé à nous? On leur
répondit, c'est le jeune roi qui vient de monter sur
le trône. Faisons connaître d'un seul trait l'huma-
nité de Louis XVI. Ce prince fit élever des statues
aux grands hommes de la France; et au milieu des
Turenne, des l'Hôpital, des Fénélôn, des Montes-
quieu, on voit Vincent de Paule, ce prêtre bienfai-
sant, cet homme né dans une chaumière, cet homme
qui ne possédait rien sur la terre, et qui, dans des
temps de famine, nourrissait la Lorraine et la Cham-
pagne; cet homme qui donna un asile et du lait aux
enfans trouvés; cet homme qui créa des anges pour
servir les pauvres et les malades ; cet homme, enfin,
qui eut encore plus d'humanité que la nature n'a
de douleurs et de misères. -
14 ÉLOGE DE LOUIS XVI.
Louis XVI avait dit avant de monter sur le
trône : Je serai Louis le sévère, Dans la houche d'un -
prince qui était naturellement bon et indulgent
comme tous les princes de sa race, cette parole ne
pouvait point avoir un sens odieux. La sévérité de
Louis XVI était cette vertu que les peuples désirent
le plus dans celui qui les gouverne. C'était la justice
au milieu du pouvoir absolu dont il avait hérité de
ses ancêtres. Ce prince reconnut les devoirs de la
nation. Dans son premier travail avec ses ministres ?
il leur adressa ces paroles :
J'ai des lois sages à proposer à mes peuples. Lors-
que je les aurai fait discuter dans l'non conseil, et
que les représentans de la nation les auront approu-r
vées, je les ferai exécuter. Je ne veux régner que
selon elleset par ellep. Louis XVI fut à peine sur
le trône, qu'il fit mettre en liberté les Français qui
avaient été renfermés dans les prisons d'état en vertu
d'ordres arbitraires. Les créanciers de l'état crai-
gnaient pour leur fortune ; ce prince les rassura,
en déclarant solennellement qu'il n'y avait rien de •
plus sacré pour lui que la dette publique. Les pro-
testans étaient privés des droits civils et politiques,
Louis XVI les en fit jouir. Ce prince ne pouvait re-
tenir son indignation à la vue d'une injustice. C'est
alors qu'il était Louis le sévère, même avec ses
ministres. Il fallait que l'injustice fût réparée
sur - le - champ. C'est surtout sous son règne
ÉLOGE DE LOUIS XVI. 15
que l'homme opprimé pouvait dire : si h ! si le
Roi le savait.
Les princes doivent être justes dans leur politique
extérieure comme dans leur politique intérieure.
Ici j'entends reprocher à Louis XVI la guerre d'A-
mérique ; cette guerre dans laquelle il mêla ses armes
avec celles d'un peuple qui était en révolte contre
son souverain légitime.
Je ne répondrai point à ces reproches en mon-
trant les lauriers qui couronnèrent la tête des Fran-
çais dans le Nouveau-Monde. N'accordons point à la
victoire de tout justifier. Mais je dirai qu'il ne faut
point juger ici Louis XVI d'après les actes extérieurs.
Il ne faut pas eroire que ce prince regardât le droit
des gens comme une chimère, et qu'il ne connût en
politique d'autre principe et d'autre règle que Fin-
térêt et la force. La France ayant son homieur a
venger, la France ayant la liberté des mers à dé-
fendre, Louis XVI ne balança point à déclarer là
guerre k l' Angleterre ; mais il voulait une guerre
franche et noble. L'alliance avec les Américains,
dans cette guerre, blessait ses principes et sa loyauté;
il lutta long-temps contre ses ministres. Quelle si-
tuation! disait ce Prince. Faut-il que des raisons
détat, et une grande opération guerrière com-
mencée, m'obligent de signer des ordres contraires à
mon cœur et à mes opinions?
Louis XVI est le premier Roi dont on ait dit qu'il
16 ÉLOGE DE LOUIS XVI.
était le plus honnête homme de son royaume. Pa-
role vraie, et qui peint à elle seule la probité de ce
Prince. La flatterie n'osait approcher de son trône;
il lui montra toujours un front sévère. Quand on
vit qu'il avait l'ame assez élevée pour entendre la
vérité, il se trouva des hommes qui eurent l'ame
assez élevée pour la lui dire. C'est à ces hommes
qu'il témoignait le plus d'estime et de confiance.
Louis XVI succédait à des rois qui avaient voulu
que l'éclat du trône répondit à la grandeur de la na-
tion. Ils lui avaient laissé la cour la plus magnifique
de l'univers. Cette représentation si noble et si né-
cessaire en elle-même avait dégénéré en profusions
qui absorbaient la fortune publique : au milieu des
palais enchantés Louis XVI fait entendre les mots
d'ordre et d'économie. Simple et modeste dans ses
goûts, il ordonne à ses ministres de retrancher tout
ce qui n'est pas nécessaire à la royauté, il fait le sa-
crifice de la plus grande partie de sa garde, de cette
garde si fidèle, si courageuse, et si brillante. Rien
n'est pressé pour moi; bon, à condition que cela n'oc-
casionera pas de nouvelles dépenses. C'est ainsi que
ce Prince s'exprimait pour tout ce qui le regardait
personnellement. On le vit transporté d'indignation
contre le surintendant des bâtimens de la couronne,
parce que cet administrateur avait dépensé trente
mille francs pour la réparation d'une pièce obscure
des petits appartenons du château de Versailles.
ÉLOGE DE LOUIS XVI. 17
Avec cet argent, disait ce Prince, j'aurais rendu
trente familles heureuses. Louis XVI, en réduisant
les dépenses de sa maison, avait non seulement en
vue de soulager ses peuples, mais encore de modé-
rer la passion du luxe qui, des princes et des grands,
se communiquait à toutes les classes de la société.
LesTite, les Marc-Aurèle, les Trajan, ne furent
ni plus éclairés , ni plus vertueux que Louis XVI ;
et ils régnèrent heureusement, et ils furent les dé-
lices des peuples. Pourquoi la destinée de Louis XVI
fut-elle si différente de celle de ces empereurs? Il y a
des causes générales qui agissent sur les rois et sur
les empires. C'est à ces causes générales qu'il faut
remonter pour expliquer la destinée de Louis XVI
et celle de la France.
Le seizième siècle fut marqué par deux événe-
mens extraordinaires. Luther et Calvin levèrent l'é-
tendard contre l'Église romaine. Le Nouveau-Monde
fut découvert. Ces deux évènemens changèrent la
face de l'Europe, et particulièrement celle de la
France.
A la voix de Luther et de Calvin, les esprits se
réveillèrent, et une fois en mouvement ils ne s'ar-
rêtèrent plus. Il n'avait été question en commen-
çant que des abus de la puissance ecclésiastique.
Bientôt on raisonna sur les mystères et sur les dog-
mes. ta à l'origine des cultes. On jugea
toujfc^rèngf^s ; les principes de l'état social fu-
CI', /4- -
2
i8 ÉLOGE DE LOUIS XVI.
rent retirés du chaos et exposés au grand jour. Ou
signala les préjugés et les institutions qui étaient
contraires à la nature. Le génie de l'antiquité parut
au milieu des ténèbres. On admira la civilisation
d'Athènes et de Rome. On vit que la liberté avait été
le principe de la grandeur et de la prospérité de ces
peuples. Un art merveilleux fut inventé ; un art qui
répandit les connaissances, comme le soleil répand
la lumière.
Tandis que la philosophie agissait sur les esprits,
l'Asie et l'Amérique agissaient sur les sens. Tous les
trésors, toutes les voluptés de ces deux grandes
parties du globe coulaient dans le sein de l'Europe ;
les nouvelles sources d'industrie et de commerce,
les nouvelles richesses et les nouvelles jouissances
créèrent une nouvelle France. Aux générations igno-
rantes et dégradées succédèrent des générations in-
struites et puissantes ; un peuple qui avait recouvré
sa fierté naturelle, ne put rien supporter de ce qui
lui rappelait son ancienne servitude. Il ne cessa de
lutter contre les priviléges et les prétentions de la
noblesse; il ne cessa de lutter contre l'intolérance
du clergé. Les richesses avaient enfanté le luxe et les
beaux arts ; les mœurs n'étaient plus en harmonie
avec les institutions; l'autorité royale avait franchi
ses limites ; plus d'états-généraux ; les lois, les sub-
sides, la liberté des Français, tout était au pouvoir
de la couronne; la monarchie avait dégénéré eu
ÉLOGE DE LOUIS XVLf 19
2..
gouvernement militaire ; la nation n'avait plus d au-
très garanties que la justice et la bonté de ses Princes.
Un fantôme de représentation s'était élevé sur les
débris de la véritable représentation nationale. C'é-
taient les parlemens, magistrature dépendante, am-
bitieuse , et par conséquent susceptible de toutes les
influences de la cour. Lorsque ces grands corps ve-
naient à se roidir, le monarque se montrait à eux
dans le redoutable appareil du pouvoir absolu; et
là, était étouffée la voix de l'opposition. Des chocs
perpétuels, de vaines remontrances, des secousses
violentes et dangereuses; voilà les seuls effets que
produisait cette combinaison politique. j "'If
Les hommes de génie qui avaient réfléchi sur
ces grands événemens et sur l'état de la France,
avaient prédit une révolution. Ils la voyaient dans
les idées et dans les mœurs dans la communica-
tion des peuples, dans les restes de la féodalité,
dans les priviléges et la domination des nobles,
dans les richesses et l'intolérance du clergé, dans
le pouvoir sans bornes de la couronne , dans les
abus, dans le désordre des finances, dans les guer-
res continuelles de l'autorité royale contre les par-
lemens ; ils la voyaient dans les victoires mêmes
que le gouvernement remportait contre l'oppo-
sition. �
Louis XV avait dit vers la fin de son règne : La
machine durera autant que moi; mais je suis dans
20 ÉLOGE DE LOUIS XVI/T
une grande incertitude sur le sort de mon succès-
seur. Voilà la révolution annoncée par un prince qui
avait tenu pendant un demi-siècle les rênes de l'é-
tat. Voilà en même temps la destinée de Louis XVI
mise à découvert. Les révolutions se font avec du
sang. Princes et sujets, tout périt dans ces mou-
vemens extraordinaires.
Que devait faire Louis XVI à la vue du volcan?
Que devait-il faire sur le trône d'où étaient sortis
les oracles sinistres qu'on vient d'entendre? Devait-
il assembler les états - généraux, et entreprendre
avec eux la régénération du royaume? Il était à
craindre que la révolution ne trouvât dans cette
assemblée le foyer qu'elle cherchait depuis long- (
temps. Louis XVI devait de sa propre autorité ré-
générer la France, et devait la régénérer insensi- j
blement. Telle fut la politique de ce prince. La
régénération eût été facile , s'il eût trouvé dans le's
grands corps de l'état le bon esprit et le noble
désintéressement qu'il avait lui-même. * "j
Le plus grand des abus aux yeux de la nation,
celui qu'elle regardait comme la source de tous les ij
autres, celui qui produisait les plus fortes secous- j
ses, celui qui faisait le plus craindre une révolu-
tion, c'était que l'autorité royale eût franchi ses
limites. Les premiers regards de Louis XVI' se
portèrent vers cette partie du volcan. Dans la j
constitution du royaume, les états-généraux étaient
ÉLOGE DE LOUIS XVI. 21
le contre-poids de l'autorité royale; Louis XVI vou-
lait les rétablir; mais les circonstances n'étaient
point favorables. Il était prudent de différer, afin
de pouvoir préparer les esprits à ce grand change-
ment.
Les parlemens avaient été regardés comme une
barrière contre le pouvoir ; mais cette barrière ve-
nait d'être renversée par Louis XV. Ce prince avait
dit, en détruisant ces grands corps : Je ne change-
* rai jamais. Paroles mémorables, auxquelles il fut
fidèle. Il était dangereux de rétablir les parlemens.
Louis XVI le savait; mais les murmures de la na-
tion lui parurent encore plus dangereux; il rap-
pela les parlemens, en attendant qu'il pût rétablir
les états-généraux. r
Lorsque Louis XVI mettait lui-même des bornes
à son autorité, les grands corps auraient dû ouvrir
les yeux. Ils auraient dû seconder de toutes leurs
forces un prince si sage et si généreux.. Au. lieu
de ce noble usage de leur influence, ce fut de leur
part une opposition hostile ; il se trouva dans le
sein de ces grands corps, des élémens révolution-r
naires avec lesquels Louis XVI eut à lutter avant
de lutter avec la révolution elle-même.
Les parlemens reviennent comme des vainqueurs
superbes. Le Roi, en les rétablissant, leur avait im-
posé des conditions, pour qu'ils ne pussent plus
troubler l'État. Le premier usage qu'ils font de
21 ÉLOGE DE LOUIS XVI.
l'autorité que Louis XVI 'leur a rendue, c'est de
protester contre les volontés de ce Prince; Ils ich cra-
chent à se liguer avec les princes du sang, et avec
les pairs du royaume. Ils excitent un mouvement
dans Paris, pour s'y maintenir dans l'état où ils
étaient avant leur destruction. Ils refusent d'enre-
gistrer les édits par lesquels Louis XVI abolit les
corvées et les jurandes; ils repoussent toutes les
améliorations, toutes les réformes. Bientôt ils son-
neront d'un bout du royaume à l'autre le tocsin
de la sédition et de la révolte.
Les finances étaient aussi à régénérer. Malgré la
quantité toujours croissante des subsides, maigre
les réductions dont les créanciers de l'État avaient
été frappés sous le règne précédent, il existait un
déficit de vingt-cinq milliorîs entre les recettes et
la dépense. Les anticipations sur les revenus s'éle-
vaient à quatre-vingte millions; il y avait un im-
mense arriéré dans tous les ministères. De là le
mécontentement des peuples, et la difficulté de
pourvoir aux services publics. Louis XVI voulut
retàblir l'ordre dans une partie si essentielle du
gouvernement.
Un homme s'était fait remarquer dans la haute
administration du royaume par une austère pro-
bité, par une grande force d'esprit, par un carac-
tère ferme , par l'amour du travail et du bien pu-
blic. A ces traits, on reconnaît Turgot. Louis XVI
ELOGE DE LOUIS XVI. 23
le rappelle d'une province qui retentit de ses ver-
tus et de ses bienfaits ; il le nomme ministre des
finances.
Point de banqueroutes,
Point d'augmentation d'impôts,
Point d'emprunts :
Voilà les conditions auxquelles Turgot accepte
le ministère. C'est en diminuant les dépenses, c'est
en créant de meilleures combinaisons , qu'il se
propose de rétablir les finances. Son désintéresse-
ment n'inspire pas moins de confiance que ses prin-
cipes. On le voit refuser trois cent mille francs que
les fermiers - généraux étaient en usage d'offrir au
ministre des finances lorsqu'ils renouvelaient leur
bail.
Deux années sont à peine écoulées, et déjà le
niveau entre les recettes et la dépense est presque
rétabli; déjà a disparu une grande partie des an-
ticipations et de l'arriéré. Comment la restauration
ne fut-elle pas achevée?
Turgot était un de ces génies modernes qui ont
pensé que la civilisation n'a point de bornes, et
qu'elle ne doit jamais s'arrêter. Plein de cette idée,
et voyant un Prince ami des hommes, il déroule
des plans qui tendent à changer la constitution du
royaume.
C'était la révolution qui cherchait à se faire jour.
Louis XVI la reconnaît, il frémit de la voir si près
24 ÉLOGE DE LOUIS XVI.
de son trône. Les finances avaient encore besoin
de Turgot, niais Turgot était devenu dangereux
dans le gouvernement; Louis XVI retire la con-
fiance qu'il lui avait accordée.
Le génie des innovations s'était donc montré
dans le ministère. La main prudente de Louis XVI
l'en avait à peine écarté qu'il y pénétra de nou-
veau; et ce fut encore par le ministère des fi-
nances.
Les successeurs de Turgot ne remplissaient
point les vues de Louis XVI ; Necker, ministre de
la république de Genève près la Cour de France ,
se présente ; il se présente avec des plans de finan-
ces qui séduisent ceux qui ont été chargés par le
Roi de les examiner. Mais Necker est étranger;
Genève est sa patrie ; la religion de Genève est sa
religion. Les convenances nationales seraient bles-
sées, s'il était admis dans le conseil et dans le mi-
nistère. Louis XVI croit tout concilier en le nom-
mant d'abord simple directeur du trésor public, et
quelque temps après directeur-général des finances.
Le début de Necker fut brillant. A la voix de
cet étranger, une pluie d'or et d'argent tombe dans
le trésor public; il fait face à tous les engagemens,
aux dépenses ordinaires, et à la dépense extraor-
dinaire de la guerre d'Amérique ; il pourvoit à tout
sans créer aucun nouvel impôt. Sa baguette ma-
gique est le crédit. Cette nouvelle opulence est
ÉLOGE DE LOUIS XVI. 25
factice, et dangereuse ; mais n'importe, elle pro-
duit un effet extraordinaire. A la faveur de cet en-
chantenlent, Necker franchit le cercle dans lequel
Louis XVI l'avait sagement renfermé; ce cercle lui
a paru trop étroit pour son génie, et pour son
ambition ; sa politique se trouva empreinte des
idées populaires de Genève, et des idées réforma-
trices de la philosophie moderne. Affaiblir l'éclat
du trône par la suppression de tout luxe dans les
dépenses de la cour ; diminuer l'autorité royale en
substituant des assemblées administratives aux in-
tendances; affaiblir l'aristocratie, en donnant au
tiers-état dans les assemblées provinciales et dans
les états-généraux une représentation égale à celle
de la noblesse et du clergé, et préparer par-là le
renversement du système politique des trois or-
dres; introduire la publicité dans le Gouverne-
ment : tels furent les premiers projets de Necker
sur la monarchie française ; c'était encore la révo-
lution. Necker la présentait avec des couleurs sé-
duisantes. Parlant toujours comme inspiré par
l'humanité , sa voix excitait l'enthousiasme.
Déjà le novateur est jugé par Louis XVI; mais ce
Prince craint de toucher à l'administration des fi-
nances au milieu de la guerre qu'il a entreprise.
Necker précipita lui-même sa chute. Au moment
où les ennemis de ses doctrines et de ses opérations
le poursuivent avec le plus de fureur, il écrit au
26 ÉLOGE DE LOUIS XVI.
Roi pour être fait ministre d'état. L'entrée au con-
seil assurait son triomphe. Louis XVI la lui refuse,
en disant : Je ne veux pas faire de mon royaume
une république criarde, comme la ville de Genève.
Necker regarde ce refus comme une disgrâce. Il se
retire emportant ses plans avortés et son ambition
en pleurs.
Arrêtons-nous un moment' sur cette époque. Le
règne de Louis XVI sembla vouloir s'élever au-
dessus des funestes présages. La guerre d'Amérique
avait effacé les revers des guerres précédentes, et la
honte des derniers traités. La marine française,
noble rivale de la marine anglaise, avait combattu
avec gloire pour la liberté des mers. Les guerriers
français avaient retrempé leurs armes dans le Nou-
veau-Monde ; leurs brillans exploits retentissaient
à travers l'Océan dans toute l'Europe. Cette guerre
avait rendu à la France l'éclat et la considération
que lui avaient fait perdre quelques évènemens de
la fin du dernier règne. Le commerce et les colo-
nies florissaient à l'ombre d'une paix honorable.
La France brillait par les sciences et par les arts.
Louis XVI avait fait triompher les principes monar-
chiques, en éloignant de son trône les Turgot et les 1
Necker. Les vertus de ce Prince le faisaient respecter
et chérir, non seulement en France, mais encore
dans toute l'Europe. Il pressait contre son sein Louis-
Joseph-François-Xavier, Louis-Charles et Marie-
ÉLOGE DE LOUIS XVI. 27
Thérèse-Charlotte, les plus beaux des enfans nés
sous la pourpre. Le Prince et les sujets étaient heu-
reux. Ce bonheur va disparaître. Ils vont dispa-
raître ces beaux jours, malgré les efforts que fera
Louis XVI pour les prolonger.
Necker avait procuré de l'argent, mais il n'avait
pas rétabli les finances. La guerre d'Amérique avait
englouti huit cent millions. Il avait fallu créer une
marine qui répondît à la grandeur du commerce et
des colonies. Il avait fallu affranchir les mers. Pour
un si grand but, Louis XVI avait été prodigue. Ce
Prince avait dicté les conditions de la paix. Il se pro-
posait de rétablir les finances avec les richesses du
sol, avec les produits immenses du commerce et
des colonies, avec l'ordre et l'économie. La cour fit
échouer ce beau dessein. Elle fonda ses intrigues sur
le caractère généreux de la Reine , et sur la ten-
dresse que le Roi avait pour son auguste épouse. Du
sein de ces intrigues sortit Calonne. Sous ce minis*>
tre, esclave de lafaveur, l'or, l'argent, s'écoulèrent
par mille canaux différens. Il ne faut pas croire
cependant que les trésors de la France fussent livrés
à l'Autriche. Cette calomnie fut inventée par les
ennemis de la Reine. La Reine, des ennemis 1 Ah !
devait-elle en avoir, cette Princesse qui, à la plus
noble bonté, à la grandeur la plus affable, et à l'in-
dulgence la plus douce, joignait tous les charmes de
son sexe ? Expliquons cet étrange phénomène,
28 ÉLOGE DE LOUIS XVI.
C'est la politique qui avait marié l'héritier pré-
somptif de la couronne de France avec l'archi-
duchesse Marie-Antoinette. Louis XV et l'impéra-
trice Marie-Thérèse voulurent cimenter par ce ma-
riage l'alliance qu'ils avaient formée quelques années
auparavant ; cette alliance de la France avec l'Au-
triche était regardée en Europe comme une alliance
monstrueuse. Les Français qui aimaient le plus leur
pays regrettaient qu'on eût abandonné la politique
qui avait été suivie depuis Henri IV; cette poli-
tique à laquelle la France devait l'accroissement de
son territoire et de sa considération au dehors,
cette politique dont le but avait été d'abaisser la
grandeur de l'Autriche.
La Prusse et les puissances du second ordre de
l'Allemagne voyaient avec douleur que la France,
leur alliée naturelle; que la France, qui devait être
le contre-poids de l'Autriche, eût fait alliance avec
elle; elles étaient effrayées du rapprochement de
ces deux grands empires.
L'Angleterre voyait avec plus de chagrin encore
l'alliance de la France avec l'Autriche; c'est dans le
parlement britannique que cette alliance fut appelée
une alliance monstrueuse. Cette alliance enlevait à
l'Angleterre un puissant auxiliaire dans ses guerres
contre la France ; elle craignait que la France n'é-
tant plus occupée sur le continent ne tournât toute
son ambition et toutes ses forces vers la mer.
ÉLOGE DE LOUIS XVI. 29
Telle est l'impression que firent sur l'Europe les
traités de 1756 et de 17-58. Marie-Antoinette ayant
été placée à Versailles comme gardienne de ces
traités , Marie-Antoinette destinée par son auguste
mère à soutenir les intérêts de la maison d'Autriche,
au désavantage de tous les intérêts européens, devint
l'objet d'une haine politique dont il n'y a point
d'exemple dans l'histoire. C'est de là que partirent
tant de traits contre cette princesse; c'est là ce qui
fit dire qu'elle envoyait à l'empereur Joseph II,
son frère, l'or et l'argent avec lesquels ce premier
faisait la guerre contre les Turcs.
Le mauvais état des finances s'expliquait assez
sans le secours de cette calomnie. Les guerres et la
magnificence des règnes précédens avaient laissé
des traces profondes. La dette contractée depuis
plus d'un siècle , absorbait une grande partie des
revenus publics. Le gouvernement avait augmenté
les impôts il avait fait subir des réductions aux
créanciers, sans que jamais les recettes et les dé-
penses fussent de niveau. Le déficit était de vingt-
cinq millions , lorsque Louis XVI monta sur le trône.
Ce prince ordonna des réformes, il ordonna l'éco-
nomie. Mais la guerre d'Amérique, cette guerre
que l'honneur et les intérêts de la France l'obligè-
rent d'entreprendre, déjoua tous les projets d'amé-
lioration qu'il avait conçus. La guerre fut soutenue
.avec les brillans emprunts de Necker. Ces emprunts
30 ÉLOGE DE LOUIS XVI.
donnèrent d'abord un air d'opulence; mais il y eut à
la paix une plus grande masse d'intérêts à servir ;
il y eut un déficit plus considérable ; jamais les fi-
nances n'avaient eu besoin de plus de ménagemens,
et c'est alors qu'elles éprouvèrent les grands ravages
du ministère de Calonne.
Le déficit s'éleva à cent millions. Il fallut le faire
connaitre au Roi; il fallut lui annoncer que les
finances ne se soutenaient plus que par une espèce
d'artifice ; il fallut lui annoncer que l'Etat était à la
veille de ne pouvoir payer ni ses créanciers ni ses
différens services.
Quelle situation pour un Prince qui ne respirait
que la justice et l'amour de l'ordre ! Louis XVI ne
l'a pas plus tôt connue, cette situation, que son cœur
se flétrit; il déplore sa destinée; il n'y a plus pour
lui ni bonheur, ni repos.
La Nation demandant un compte sévère de l'or
et de l'argent qu'elle a versés dans le trésor public ;
les mécontens , les ambitieux, les novateurs faisant
retentir l'étrange déficit pour soulever l'opinion pu-
blique contre le Gouvernement; les puissances ja-
louses de la France triomphant a la vue de sa dé-
tresse; un orage terrible qui va éclater, et qui fera
éclore tous les germes révolutionnaires qui sont dans
le sein de la nation : voilà les images qui se présen-
tent à l'esprit de ce Prince.
Calonne avait abusé de la confiance du Roi ; si
ÉLOGE DE LOUIS XVI. 31
quelque chose pouvait l'absoudre , ce serait d'avoir
présenté à Louis XVI la mesure la plus grande et
en même temps la plus juste pour faire disparaître
le déficit.
Les plus belles terres du royaume, les terres du
clergé et de la noblesse, étaient des terres privilégiées.
Faire cesser ce privilège, c'était faire cesser une
grande injustice ; c'était ouvrir en même temps une
mine féconde pour les besoins de l'État. Louis XVI
approuve cette mesure, et, à l'exemple des rois ses
ancêtres qui, dans les circonstances difficiles, avaient
consulté les notables du royaume, il les convoque;
il met sous leurs yeux le projet de l'impôt territo-
rial, sans distinction, ni privilèges. Ce Prince offre
en même temps quarante millions de réformes sur
sa cour : c'était plus qu'il ne fallait pour combler le
déficit; c'était le combler sans rien ajouter aux 1
charges publiques.
Le clergé et la noblesse dominaient dans l'assem-
blée des notables. Ces grands corps ne devaient-ils
pas renoncer à l'injuste privilège dont ils jouissaient?
Le clergé et la noblesse, qui avaient reçu tant de
bienfaits de la main des rois de France, ne devaient-
ils pas se montrer reconnaissans envers la couronne ?
Le clergé et la noblesse, qui avaient tout à perdre
dans un bouleversement, ne devaient-ils pas con-
courir de tous leurs moyens pour éloigner ce qui
pouvait le produire? Si le clergé et la noblesse
32 ÉLOGE DE LOUIS XVI.
avaient dit : Foulons aux pieds les richesses , et sau-
vons la monarchie, la Nation entière eût suivi cet
élan généreux. Je suis forcé de le dire : il fallait
être juste, et les notables ne voulurent point l'être;
il fallait faire des sacrifices, et les notables ne vou-r
lurent point en faire; il fallait avoir des égards pour
la probité du Roi et pour la situation délicate dans
laquelle il se trouvait, et les notables ne voulurent
point en avoir; il fallait soutenir la confiance en
montrant les ressources de la France, et les nota-
bles ne s'attachèrent qu'à faire ressortir la grandeur
du mal, qu'à irriter la Nation contre la cour. Mé-
connaissant à la fois leurs devoirs et leurs véritables
intérêts, entraînés par des passions qu'ils couvraient
du voile du bien public, ils rejetèrent toutes les
propositions du Roi, et demandèrent les états-gé-
néraux.
C'est alors que, tristement penché sur le tombeau
de Vergennes, son ministre et son ami, et les yeux
baignés de pleurs, Louis XVI prononça ces paroles :
Que je serais heureux de reposer en paix à côté de
vous ! 0 mon Prince ! pourquoi sur ce tombeau,
qui te prédit ta destinée, ne brises-tu pas ta cou-
ronne ? Pourquoi reviens-tu dans ces palais funes-
tes? Ah! plutôt un désert sauvage, où n'ait jamais
retenti le nom de roi, ce nom que tu reçus pour
ton malheur.
: Ce qui se passait dans l'assemblée des nota-
ÉLOGE DE LOUIS XVI. 33
3
bles, annonçait ce que seraient les états-généraux.
Louis XVI sentit plus que jamais qu'il ne devait pas
les convoquer encore. Le plan de finances qu'il avait
fait proposer était entièrement conforme aux intérêts
de la nation. L'assemblée des notables ne refusait de
l'adopter, que parce qu'il faisait tomber les privi-
léges du clergé et de la noblesse. Louis XVI résolut
de déployer l'autorité royale pour le faire exécuter.
Il Calonne était odieux. Il fallait, dans les circon-
stances où l'on se trouvait, un ministre qui n'eût en
vue que le bien public et les droits de la couronne.
Tel s'était montré Loménie de Brienne, archevêque
de Toulouse. Louis XVI lui accorde sa confiance. On
a reproché à ce Prince de n'avoir pas été assez ferme,
lorsqu'on commença à attaquer son autorité. On a
dit qu'il aurait dû être populaire à la manière
d'Henri IV, la main toujours sur son épée.
Qu'on vienne le contempler au milieu du parle-
ment de Paris et des pairs du royaume, dans la fa-
meuse séance où il fit enregistrer ses édits sur les
finances. Qu'on écoute les paroles qui sortent de sa
bouche. La demande des états-généraux était deve-
nue le cri de ralliement des ennemis du Gouverne-
ment. Quant aux états-généraux, dit Louis XVI,
c'est à moi seul à juger de l'utilité et de la nécessité
de ces assemblées, et je ne souffrirai jamais qu'on
me demande avec indiscrétion, ce qu'on doit attendre
de ma sagesse. '* ■* 1
34 ÉLOGE DE LOUIS XVI.
Le duc d'Orléans ose protester, en face du Roi,
contre ses édits. Le Roi parle à son garde-des-sceaux,
le fidèle et courageux Lamoignon, pour que l'au-
torité royale soit à l'instant vengée. Le premier
Prince du sang eût été arrêté dans le lieu même où
il s'était élevé contre elle, si l'on avait pu se con-
certer pour l'exécution de l'ordre qui avait été donné
du haut du trône.
Des membres du parlement, Mont-Sabert et d'Es-
préménil, ont prononcé des discours séditieux. Le
Roi ordonne qu'ils soient renfermés dans des pri-
sons d'état. Poursuivis dans leurs demeures, ces
magistrats se réfugient dans le Palais de justice. Ils
se font un rempart de la magistrature assemblée
autour d'eux. Qne dis-je ? ils la déchaînent contre
l'autorité royale ; ils lui font allumer le feu de la
révolte. Louis XVI fait attaquer cette espèce de
camp. A la vue des troupes royales qui les cernent
de toutes parts, à la vue des armes qui brillent dans
le lieu de leurs délibérations, les membres du
parlement s'écrient : Nous sommes tous des Mont-
Sabert et des d'Espréménil. C'est comme s'ils avaient
dit : Nous sommes tous des rebelles. L'ordre du Roi
est exécuté. Mont-Saberl et d'Espréménil sont enle-
vés de leurs sièges, et conduits dans des châteaux forts.
Ce qui rendait les parlemens si puissans et si
audacieux, c'était l'étendue de leur ressort; c'é-
tait l'espèce de sanction qu'ils donnaient, sous le
ÉLOGE DE LOUIS XVI. 35
3..
nom d'enregistrement, aux édits émanés du trône.
Louis XVI diminue leur juridiction, et augmente
celle des tribunaux subalternes; il réduit le nombre
des chambres. Il affaiblissait par là les forces parle-
mentaires, et il rapprochait la justice des justicia-
bles. Louis XVI rétablit la cour plénière des pre-
miers âges de la monarchie. Cette cour devant à
l'avenir enregistrer les édits royaux, les parlemèns
se trouvaient réduits à leurs fonctions de juges, ils
ne pouvaient plus faire la guerre à la couronne. ;
Voilà le prince auquel on a reproché de n'avoir
pas été assez ferme dans le commencement. C'est
vous, grands corps de l'État, qui lui avez fait ce
reproche. Sur les débris de vos temples, à la vue
de vos palais et de vos châteaux embrasés, au fond
des prisons, sur les échafauds, et au sein des terres
étrangères, vous vous êtes écriés : Louis XVI fut
trop faible ! Injustes que vous êtes, parliez-vous
ainsi dans la séance royale, lorsque Dagoult, à la
tête des gardes-françaises, exécutait les ordres du
Roi? Vous reprochez à Louis XVI de n'avoir pas
assez fait sentir à la France l'autorité royale, et
vous criâtes au despotisme aussitôt qu'il voulut la
déployer. Vous reprochez à Louis XVI d'avoir as-
semblé les états-généraux; et plus il voulut les
éloigner, plus vous les demandâtes avec ferveur.
Vous reprochez à Louis XVI de ne vous pas avoir
couvert du bouclier royal, et ce bouclier, vous le
36 ÉLOGE DE LOUIS XVI.
brisâtes dans ses mains. Louis XVI trop faible !
vous avez donc oublié tout ce que vous fites pour
remporter contre lui la plus funeste des victoires?
Je ne les rappelle qu'à regret ces temps, où les
premiers corps de l'État furent frappés de vertiges;
ces temps, où ils foulèrent aux pieds leur devoir et
leurs véritables intérêts ; ces temps qu'ils ont cher-
ché à effacer non seulement avec leurs larmes, mais
encore avec leur sang. Je ne les rappelle ces temps
déplorables que pour faire voir ce qu'on doit penser
du reproche de faiblesse qui a été fait à Louis XVI.
L'assemblée du clergé de France disait au Roi,
par l'organe de l'évêque de Blois : Sire, le peuple
français n'est pas imposable à volonté. Les Francs
étaient un peuple libre. Les princes vivaient de leurs
domaines et des présens qu'on leur faisait, aux
champs de Mars. Sous saint Louis., le roi ne pou-
vait étendre ses règlemens sur les terres des barons,
sans leur consentement. Lorsqu après l'affranchis-
sement des serfs, la nature humaine commença à
reprendre sa dignité, et le peuple à se compter pour
quelque chose, les trois ordres parurent aux états-
généraux, « où les subsides et les aides sont octroyés
* de la bonne volonté et grâce spéciale par libéralité
* et courtoisie qui ne peuvent tourner à préjudice
» ni à servitude contre ses sujets, ni à nouvel droit
>> pour le souverain. » Telles sont les expressions
de ces antiques assemblées : tel est l'ancien droit
ÉLOGE DE LOUIS XVI. 37
du Royaume. C'est sous le règne d'un prince, ami
de l'ordre et de l'économie 3 dont les passions n'ont
rien coûté à ses sujets, que nous avons vu l'excès
des impôts et des emprunts s'ouvrir un abîme mémo-
rable dans notre histoire. Nous vivons dans un eln-
pire tempéré y qui se régit plutôt par des communi-
cations, par des rapprochemèns et des conseils que
par des exécutions soudaines, qui mettent la crainte
à.la place de la confiance et de l'amour. Le droit de
gouverner par votre puissance et par votre sagesse,
de diriger le temps et les événemens, dassurer la
paix et le bonheur au-dedans, la confédération au-
dehors : voilà l'apanage sublime de votre majesté.
Porter le poids des charges publiques, les acquitter
à la sueur de leur frontet vous offrir librement
une partie de leurs veilles et de leurs travaux: voilà
le partage de vos sujets. Donner le consentement
libre pour les subsides, faire des remontrances, des
plaintes} des doléances} tel est le testament de nos
ancêtres, gravé dans tous nos monumens , et cet hé-
ritage est le seul garant de la prospérité publique.
La soumission majestueuse des souverains aux rè-
gles et aux lois donne aux empires une fondation
stable, et aux lois un caractère sacré et immortel.
Le ciel fait régner les rois sur nous et pour nous.
Notre félicité est leur devoir. Si tu es un dieu, di-
sait un peuple barbare à un conquérant célèbre, tu
dois faire du bien aux hommes.
38- ÉLOGE DE LOUIS XVI.
La noblesse du Dauphiné, rassemblée à Vizille sur,
le tombeau de Bayard, faisait le serment de refuser
tout impôt, jusqu'à ce que les états-généraux fussent
convoqués et les parlemens rétablis. Elle faisait le
serment de repousser par la force les troupes royales,
si elles se présentaient.
- La noblesse du Béarn faisait le même serment
sur le berceau d'Henri IV. ■*** *
O '"N ■
La noblesse de Bretagne s'assemblait malgré la
défense du Roi. Elle déclarait infâme et traître à la
patrie, tout Breton qui accepterait un emploi dans
les tribunaux de nouvelle création ; elle envoyait
des nobles en députation vers la cour, avec ordre
ne point communiquer avec les ministres. Ces
nobles députés sont surpris dans des réunions se-
crettes avec les mécontens; le Roi les fait enfermer
à la Bastille; à l'instant, la noblesse de Bretagne
prend les artnes, elle fait partir de nouveaux dépu-
tés,1 elle menace de marcher tout entière vers le
trône, si le monarque ne fait rendre la liberté aux
députés qu'il a fait arrêter, et s'il ne révoque pas
ses édits.
S** ,.,c.', Vf ,:" '�.
Échos les uns des autres, les parlemens faisaient
retentir le royaume de leurs arrêtés contre la cour ;
ils soufflaient dans toutes les provinces, le feu de la
révolte. r *�
Le clergé, la noblesse et la magistrature, avaient

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