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ÉLO G E
DE M. LE COMTE
DE MAUREPAS.
ÉLOGE
HISTORIQUE
DE M. LE COMTE
DE MAUREPAS,
MINISTRE D'ÉTAT,
Sous LOUIS XV ET LOUIS XVI.
Par M. l'Abbé GUYOT,
Prédicateur ordinaire du Roi.
A PARIS,
Chez DIDOT L'AÎNÉ > Imprimeur du Clergé en furv.
rue Pavée S. A.
Et ALEX ANDRE JOMBERT JEUNE , rue Dauphine.
M. DCC. LXXXII.
ELOGE
H I S T OR I Q U E*
DE M. LE COMTE
DE MAUREPAS.
E AN-FRÉDÉRIC PHEIYPEAUX,
Comte de Maurepas, naquit à Ver-
failles en 1701, de JÉRÔME PHELY-
PEAUX, Comte de Pont-Chartrain,
Secrétaire d'Etat de la Marine ; &
D'ELEQNORE DE ROYE DE LA RO
CHEPOUCAUD.
cet Éloge, bien plus l' ouvrage du fentiment
que celui de l'esprit, & que l'Auteur avoit tracé
pour sa satisfaction personnelle, fût toujours restç
inconnu, si, comme il l'avoit espéré, une main
plus habile eût rempli l'attente du citoyen,
6 E L O G E -
Un homme ne naît point Minis- ;
tre; mais, quand la Providence l'a des-
tiné à gouverner les hommes, il s'an-
nonce bientôt par le germe des grandes
qualités qui doivent un jour élever son
ame à la hauteur de ce sublime em-
ploi. Le Temps *, qui se traîne len-
tement pour façonner tant d'hommes
médiocres, prend ses ailes pour former
un homme d'Etat : celui-ci a une car-
riere trop étendue à parcourir, pour
rester long-temps enfant.
C'est à la fin de son troisième lus-
tre, ( Novembre 1715,) que le Comte
de Maurepas est dévoué à l'Adminis-
tration. Ce premier rayon de sa gloire
n'est point encore un hommage de
la confiance publique : on voit que,
B. Gracian j el Hombre in su punto. .
DE M. DEMAUREPAS. 7
par ce choix, l'Etat veut s'acquitter en
partie de ce qu'il croit devoir aux an-
cêtres du jeune Ministre. Mais, si l'on
fait attention à la main qui le place,
on reconnoît bientôt le génie de ce
grand Prince * qui, dans le premier
essor de l'esprit, en pénétrois tous les
succès ; voyoit l'homme pour ainsi
dire en entier dans les linéaments de
la jeunesse, & calculoit moins les an-
nées que les progrès du génie & de la
raison.
Tout jeune qu'étoit le Comte de
Maurepas, il dut plaire à ce Prince.
Une mémoire heureuse, une péné-
tration vive, un génie qui déjà se por-
toit à l'observation des hommes, le
goût de l'application, un esprit doué
Philippe, Duc d'Orléans.
8 EL Ò G E
de cette gaieté inaltérable qui dépouil-
le les affaires de leur aspérité, le sen-
timent noble d'un zèle épuré póuí
l'honneur de la Nation,une âme éga-
lement élevée au-dessus de la flatterie
& de la méchanceté des hommes, pla-
nant en liberté fur les intrigues péni-
bles & fur les querelles dés Cours s
donnoient à M. de Maurepas bien des
titres à l'affection du Régent, dont il
se rapprochoit par ce caractère.
Auffi, tandis qu'une Régence ora-
geuse préparoit par des coups- d'état la
richesse de la Nation & les douceurs
d'une Administration paisible ; tandis
que la Cour & Paris étoient en proie
aux révolutions les plus- étonnantes
dans les honneurs & dans les fortunes;
le jeune Comte de Maurepas culti-
voit dans la plus grande sécurité les
DE M. DE MAUREPAS. 9
sciences qu'il aima toujours, ses talents
dont il se sentoit comptable envers la
patrie, la connoissance des hommes,
qui fera toujours la première science
du Ministre : il protégeoit les arts ;
il entretenoit, il animoit dans les Ar-
tistes ce feu d'une noble émulation,
ce flambeau qui s'étoit allumé dans les
beaux jours de Louis XIV. Secrétaire
d'État au département de la Maison
du Roi & de Paris, cette place four-
nit un aliment continuel au goût, au
génie avide & curieux du Comte de
Maurepas.. L Académie d'Architec-
ture qui jusqu'alors n'avoit point eu
d'existence légale la reçut par les Let-
tres-patentes de 1717. On ne +pou-
voit le citer encore pour aucune opé-
ration politique ; mais les accroisse-
ments que prenoient fa rajson & son
B
10 ÉLOGE
génie, cet art qu'il avoit déjà d'inté-
resser à sa gloire & de faire pardonner
ses talents aux envieux, faifoient dé-
sirer de le voir à son poste. Le Régent,
qui d'abord avoit soumis la jeunesse
de M. de Maurepas à l'expérience d'un
ancien Ministre, le livra bientôt entiè-
rement à son génie. Six à sept années
niises à profit lui ouvrirent une car-
rière encore plus étendue*, en réu-
nissant à fa place le département deia
Marine , que le Marquis de la Vril-
liere remit entre ses mains.
Qu'on ne s'attende point à voir
cette partie de l' Administration autant
vivifiée qu elle eût pu l'être par le gé-
nie brillant & actif du Comte de
Maurepas, & par cet amour de la
* Août 1723..
DE M. DE MAU'REPAS. II
gloire qui saisit toujours un Ministre
en entrant dans fa carrière. Plus d'une
fois la France a dû à cette passion son
.bonheur & de grands succès.
II est des cas ou l'Administration
doit paroître avec éclat, pour tenir en
respect les Puissances voisines, & ren-
dre son pavillon redoutable. Ainsi,
lorsqu'après avoir épuisé toutes les res-
sources d'un génie conciliant, après
avoir fait au bien de la paix des sacri-
fices dictés par la sagesse, après avoir,
en repoussant quelques attaques in-
justes , économisé pour ainsi dire la
vengeance, on voit un Peuple orgueil-
leux prétendre maîtriser sur les mers
toutes les Nations, & appesantir sur
ses propres Colonies un joug de fen;
il est d'une Puissance accoutumée à
donner le ton à l'Europe, & célèbre
12 EL O,G E
par la protection qu'elle a toujours ac-
cordée aux opprimés, de déployer ses
forces & de rétablir, par des coups de
vigueur, une précieuse égalité.
Le Comte de Maurepas, à.son
entrée en exercice, trouva la France
heureuse & paisible.. Elle s'occupoit
de réparer ses pertes & de rétablir Tor-
dre , fous le ministère de ce vertueux
Prélat qui, par son économie & sa
fàgeffe, servoit plus efficacement la
Nation, que ne l'eût pu faire dans
ces circonstances une ame trop pas-
fionnée ou un génie tranchant.
Un Auteur * a dit que plusieurs
Princes eussent été les fils.de la renom-
mée , s'ils l'eussent été de la saison ;
parceque c'est celle-ci sur-tout qui,
* E. Gracian.
D E M. D E M AU R E PA S. 1 3
dans Tordre politique, imprime aux
actions leur caractère moral. Témoin
de beaucoup de révolutions, le Com-
te de Maurepas avoit appris à distin-
guer les temps, les occasions Sc les gé-
nies; mais il savoit, comme Pline le
jeune *, que les raisons de faire ou de
ne pas faire varioient dans la même di-
versité. II ne chercha donc point à don:
ner aux affaires fa propre impulsion;
il lui suffit alors de concourir à,celle
qui sembloit assurer-le bonheur des
François.
Malgré cette espèce de quiétude
politique, on pourroit citer plusieurs
coups d'Etat, qui, par des succès mar-
qués firent respecter à l' Angleterre le
pavillon françois, tantôt en protégeant
* Plin. 1. 6, ep. 27.