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Éloges de Monsieur de Tournadre... et du Père Sauvade, Minime, lu dans l'assemblée publique de la Société des sciences, belles-lettres et arts de la ville de Clermont-Ferrand le 25 août 1772 / par M. l'abbé Micolon de Blanval,...

De
34 pages
impr. de P. Viallanes (Clermont-Ferrand). 1772. 35 p. ; in-12.
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/70205
DE MONSIEUR ^?™
TOURNADRE,
AVOCAT,
E T D U PERE
s -A TT V jl jd js,
MINIME,
L US DANS L'ASSEMBLÉE
publique de la. Société des Sciences
Belles- Lettres & Arts de la Ville de
Clermont-Ferrand, le z5 Août tJJZ-,
PAR M. L'ABBÉ MICOLONDE BLANVAL,
Abbé de Beaulieu Chanoine de l'Eglife de
Clermont, Vicaire Général du
crétaire de l'Académie.
A CLERMONT-FERRAND}
Chez P. VIALLANES, Imprimeur des Domaine
du Roi près l'ancien Marché au Bled.
[t)
A 2.
ELOGE
DE M. TOURNADRE;
AVOCAT.
A mort d'un Citoyen ver-
tueux, qui a fait fervir à la
Société les talents que lui
avoit prêté la nature eft un
malheur public qui devroit couvrir nos
Villes de deuil,répandre latrifteffe dans
nos cercles qui devroit affliger nos
âmes, que nous devrions honorer par
nos regrets & par nos pleurs. Mais, ô
infenfibilité! ma'heureux.fruit de notre
frivolité, & peut-être de la corruption
de nos mœurs! la mort nous enleve un
homme vertueux, un homme qui nous
fut utile, & nous ne parlons de faperte
que comme d'un événement ordinaire;
la reconnoiffance l'eftime publique
s'il eft vrai qu'on ne lui a pas refufé ces
-[4l
Sentiments pendant fa vie, périlrent avec
lui; & fes fervices fon fouvenir & fa
perfonne vont enfemble fe perdre dans
l'oubli du tombeau. Je pourrois remar-
quer ici qu'on commet quelquefois à
fon égard une autre injuilice la médi-
fance ou la calomnie déchirent fa mé-
moire, comme fi fon mérite qui ne
ceffe de lui furvivre, ne ceffbit d'humi-
lier la vanité & l'amour propre de ceux
5lui manquent de force & de courage
pour imiter fes vertus ou des talents
néceffaires pour arriver à fa gloire. On
s'efforce d'abbaiffer celle-ci par de ma-
lignes cenfures; & par un principe de
legereté peut-être aufli blâmable que
l'ingratitude & la jaloufie font crimi-
nelles, on donne des louanges, on ac-
corde des regrets à l'homme vain &
frivole qui ne pofféda que le talent
d'amufer l'oifiveté qui regne dans les
cercles, ou qui fit gémir la fociété de
fes vices & de l'inutilité de fon être.
Affreufe injustice qui regne dans no-
tre fiécle plus qu'elle n'a regné dans
aucun autre, parce que nous avons plus
de vices que n'en eurent nos peres, qui
outrage le vrai mérite qu'elle mécon-
noît pour n'accueillir que de vains ta-
lents ou des talents mal employés.
r< 1
A3
Je veux venger aujourd'hui, par l'é-
loge d'un homme vertueux & qui fut
utile des mépris de la frivolité de
l'injufîice de la jaloufie, de l'oubli de
l'ingratitude des talents & des vertus
qui nous ont profité, qui ont illuftré
cette Ville qui ont peut-être fervi à
tous ceux qui m'écoutent. Si des hom-
mes frivoles manquent aux devoirs de
la reconnoiflance une Société moins
nombreufe, mais qui honore l'humani-
té, qui ennoblit cette Cité, obéira avec
joie à la loi qu'elle.s'efl faite d'acquit-
ter par des louanges ce que doit le pu-
blic à ceux qui lui ont rendu des fer-
'vices & quelle gloire pouf moi d'être
l'interprete de cette Société & le pa-
négyrifte des talents qu'elle a admiré
& qu'elle s'étoit fait un devoir de cou-'
ronner dans la perfonne de M. Tour-
nadre, mort au commencement de
cette année académique.
Il étoit né a Saignes, près de Bort:
dans les premiers temps de fon en fa ri ce
il ne laiffa appercevoir que des difpo-
fitions; fes talents n'eurent rien alors
de plus remarquable & de plus décidé
que ceux des autres jeunes gens avec qui
il occupoit les loifirs de fon âge mais
ii avoit des parents qui eurent pour lui.
[ 6
de l'ambition qui le jugèrent capable
de réufïir, s'ils lui ouvroient la route
des fuccès & s'ils le faifoient entrer
dans une carrière oh il pût trouver des
objtts d'émulation qui excitaffent fes
talents & qui nourrirent le feu du gé-
nie dont ils avoient quelquefois apper-
çu dans fes difcours, jufques dans fes
amufements mêmes, les premières étin-
celles. Il falloit des mains habiles pour
le diriger & le conduire, des yeux at-
tentifs pour le préferver dans les pre-
mieres études de la parefle ou desplai-
firs qui corrompent la jeunefTe, des liai-
fons qui ne la rendent habile pour l'a-
venir que dans le vice.
Affreux dangers de l'éducation pu-
blique, dont le zéle des Maîtres les plus
vigilants ne fuffit pas à préferver les jeu-
nes gens livrés à eux-mêmes pendant le
cours de leurs études, & qui n'ont, après
les leçons des écoles qu'eux-mêmes
pour guides, leur parefle & leur oifi-
veté pour confeil leurs mœurs leur
fcience, leur fanté même, leur religion
font alors expofés aux plus grands rif-
ques. M. Tournadre eut l'avantage d'en
être préfervé fous les yeux d'un oncle
respectable par fon état, par fes vertus,
par le rang qu'il occupait dans cette Vi1
r 7 1
A 4
le dont la tendrefle & la religion fe'
réunirent fans ceffe pour écarter de fon
Eleve tous les dangers qui auroient pu
le menacer celui-ci parcourut avec
fuccès la carriere des Humanités, de la
Rhétorique & de la Philofophie. Le
goût & l'amour de l'étude s'emparèrent
dès lors de fon ame, fes talents fe dé-
ciderent, & l'émulation qui lui avoit
fait vaincre l'ennui qu'infpirent quel-
quefois pour les Sciences les exercices
des Col leges le fuivit à Paris, où elle
lui fit mettre à profit tous les moyens
qu'on y trouve pour fe former à l'élo-
quence du Barreau & à la connoiffance
des Loix.
L'émulation quelle plus noble paf
(¡on! les autres n'enfantent que des vi-
ces, n'engagent qu'à commettre des
crimes, celle-ci n'infpire que des ver-
tus, elle fert à l'ame d'éguillon pour fe
préferver de la pareffe & de l'oifiveté,
elle ramené des ténèbres de l'ignoran-
ce, elle rappelle des égarements oû
précipite quelquefois dans la jeuneffe
le défaut d'expérience, elle prévient les
écarts de la raifon. C'elt l'émulation qui
allume ce feu dont furent animés autre-
fois les Peres du Théatre, les Maîtres de
la Chaire & du Baxreau toutes lesSden*
r 8 1
ces, tous les Arts, tous les Etats lui
doivent leurs progrès leur perfection
& leur gloire M. Tournadre lui dut
des mœurs pures, de vailes connoiffan-
ces qu'il rapporta de la Capitale des
fuccès brillants qui le diftinguerent à
Clermont aufü-tôt qu'il s'y montra. Il
y parut & il y fixa les fuffrages du Pu-
blic, ceux des Magistrats l'eftime de
ceux-ci lui acquit toute la confiance de
celui-là bientôt chargé de prefque tous
les intérêts ceux qu'il ne pouvoit con-
cilier dans fon cabinet, on vouloit que
ce fût lui qui eût à les difcuter devant
les J.uges & je dois à la délicateffe de
fon ame de dire qu'il n'entreprit jamais
de défendre ceux qui lui parurent équi-
voques & ceux qu'il ne croyoit pas fon-
dés fur l'équité & fur la juftice il a pu
quelquefois fe tromper, mais fes erreurs
ne furent jamais volontaires, jamais el-
les ne furent infpirées par cet intérêt
fordide qui avilit la plus noble des pro-
feffions & que la probité condamne.
La vie de l'homme de lettres, d'un
homme livré aux fciences,eft fouvent
fans éclat l'étude lui fufEt il cultive
la fagefTe dans le calme & le repos que
lui offre fon Cabinet là comme dans
un Sanctuaire inacceffible il jouit de
r t
A$
ltli-méme, des facultés de fon ame de*
richeffes de fon génie & de celles qu'il
puife dans les lectures dont il nourrie
foin efprit heureufe folitude qui le dér
robe au tumulte de ces partions qui agi-
tent la fociété, qui la troublent, & qui
n'en font fouvent que le théatre du
defordre &r du crime. L'ambition ne
dévore pas un fage qui fait s'occuper
de l'étude l'étude lui apprend au con-
traire à en réprimer les fentiments, el-
le l'établit dans une forte d'infenfibilité
pour tout ce qui excite la cupidité, pour
tout ce qui flatte l'orgueil a laquelle la
confiance publique ne l'arrache que par
des violences & des efforts auxquels fa
modeftie réfifte long-temps avant de
fe laiffer vaincre.
M. Tournadre l'éprouva & donna
fouvent cet exemple du mépris que fait
faire le fage de tout ce qui n'eft que vain
& frivole. S'il accepta des Emplois ho-
norables, c'eft qu'ils le mettoient en
état de fe rendre utile. bn ne le vit ja-
mais briguer la faveur, enlever par des
follkitations importunes la confiance
qu'on ne s'empreflbit pas de lui offrir:
jaloux de mériter l'eftime publique, il
borna là fes defirs; il s'arrêta à ce point
fi difficile & fi délicat où il eft prefque
[1°J
ordinaire de prétendre à tout, parce
qu'on croit pouvoir tout obtenir. Con-
tent de s'être rendu digne d'être em-
ployé à toute efpece de travail il at-
tendit qu'on vint le chercher & le con-
traindre de s'en charger. C'eft ainfi Qu'il
parvint à exercer cette partie de l'admi-
niftration publique que lui confierent
fùcceflîvement plufieurs Intendants
qu'il devint l'oracle & le confeil ordi-
naire du Clergé de ce Diocefe qu'il
fut aflbcié à cette Académie prefqu'à
la première époque de fon établifle-
mfent c'eft encore ce qui détermina en
âa faveur le choix & les fuffrages du
premier Chapitre de cette Ville, qui le
chargea d'exercer cetteancienneportion
de puinance dont il jouit dans l'ordre
des Juridictions civiles puifTance que
respecta une Reine célébre ( Catherine
de Medicis ) lorsqu'elle rétablit dans
Clermont la fouveraineté de nos Rois
fur les débris de l'autorité qu'y avoient
acquis nos Evêques ou par des con-
«eflîons trop libérales, ou par une ufur-
pation trop ancienne pour être repré-
henfible.
Livré à un travail que l'habitude avoit
CefTé de rendre pénible mais que la
confiance publique rendoit tous les jours
néceflaire & conilant M. Tournadre
fe refufoit à tous les amufements qui
eurent pu le diftraire jj. fe çefufoit à
tous les plaiiîrs dgs fopiétés de la Ville;
le feul qu'il fe permettoit étoit celui
d'aller jouir par iptervalles des agré-
ments d'une habitation champêtre qu'il
s'étoit procuré à JJlan^ac $t fouvent
epcore il fe faifoit volontairement fui-
vse dans cette retraite par les occupa-
tions de la Ville, fouyent onvenoity
troubler fpn repos, non pas par l'attrait
des plaifirs qu'po cherchoit à lui pro-
curer, mais par le férieux des affaires
fur lefquelles on croyoit devoir préfé-
rer fon confeil. Que dç fois il fe vit là,
comme ici, accablé fous Iç poids de fa
réputation des clients nombreux, de
tout état & de tout rang, le recher-
choient avec emprefTementpour recueil-
lir fes avis peut-être jamais aucun ne,
fe rerira mécontenç ou lfans être faxis-
fait, Il infpiroit aqx ups une jufte cojw
fiance dans les moyens qpi appuyoienÇ
leurs droits ;1 ôtoit aux autres la pré..
fon-ption & cet efpoir tron peur qui
engage quelquefois à fouten r tfs pré-
tentions injures il fani^ct î'efpéranr
ce, des malheureux, & eç le chargeant
de leur défeufe ij. leur apprepoit à
r ix]
compter fur l'autorité de la légiflatioli,
fur l'équité des Juges, fur la force & la
protection de la Juflice.
Trop de travail, un travail trop fui-
vi pendant plufieurs années altéra fa
fanté. Dans un âge où l'homme eft en-
core fort & robufie M. Tournadre
éprouva une diminution fenfible de la
vigueur qui l'avoit foutenu jufqu'alors
de cette vigueur du corps qui permet
qu'on fe livre à toute l'activité d e l'ame,
& que l'efprit fane fans cefTe ufage .de
fes forces: il fentit que celles de fon tem-
péramment commençoient à s'affoiblir,
dès tors il funbla ramafler toutes celles
de fon ame pour les fixer vers les grands
objets de la Religion dont pendant fa
vie il avoit rempli avec exactitude tous
les devoirs. Si l'habitude le goût la
confiance du public le ramenoient par
intervalles aux affaires,il ne faifoit plus
que s'y prêter d'une maniere indifféren-
te & paffagere & il en détournoit
promptement fon efprit pour l'appli-
quer aux idées fublimes que lui donnoit
la foi fur le néant d'un monde qui fein-
bloit lui échapper à chaque infant, &
les profondeurs d'une éternité immen-
fe qui s*offroit fans ceffe à fes regards.
Péja de fréquentes attaques & l'inutilité
C !3 ]
des remedes Pavoient averti que les
portes de cette éternité formidable al-
loient s'ouvrir pour lui, lorfque la ten-
dreffe paternelle l'engagea à faire un
dernier facrifice à l'élévation d'un Fils
qu'il aimoit, à qui il avoit déja tranfmis
fes vertus, fes connoiffances, & qui par
l'éclat qu'avoit l'exercice de fes talents,
paroiffoit dans tout digne de lui libre
alors de tous les foins qui l'avoient oc-
cupé pendant la vie il n'eut plus que
ceux que la religion ordonne à la mort,
& qui rendent celle-ci douce & tran-
quille.
Pour confirmer tout ce que j'ai dit
jufqu'ici à la louange d'un Confrere,
que tous les Membres de cette Société
doivent également regretter je dois
obferver que M. Tournadre étoit né
avec tous les avantages du corps & de
l'ame qui peuvent donner de la diftinc-
tion aux talents & les accréditer. Des
traits dont la force annonçoit celle de
l'efprit, une taille avantageufe,une élo-
cution facile l'organe de la voix mâle
& fonore, une gravité décente dans tout
fon extérieur, une fanté floriffante; avec
de tels dons de la nature, qu'on entre
avec confiance dans la carriere qu'ont
ennobli les Orateurs, fur-tout lorfqu'on
[ '4 )
joint à taus ces avantages la fécondité
des penfées, cellé des expreflions, une
mémoire heureuse, une imagination vi-
ve, un efprit pénétrant & folide de la,
juftefle & de la précifion dans le juge-
ment, un difcernement exacl: qui écar-,
te toutes les erreurs pour ne voir que
la vérité un coup d'oeil fur qui faifit
toujours le vrai au milieu de tous les
préjugés & de tous les menfonges qui
en obfcurcifTent l'éclat l'efprit d'ana-
lyfe & de méthode l'efprit de la rai-
fon telle eu l'idée qu'on doit fe former
& que je voudrois que tous ceux qui
m'écoutent remportaffent des talents de
M. Tournadre. Que celle que je pour-
rois donner de fes connoiifançes eft
magnifique aucune de celles que doit
pofféder un Avocat n'échappa à fep re-
cherches. Les fleurs de l'éloquence, il
les avoit cueilli dans les ouvrages des
plus célébres Orateurs l'art du raifon-
nem nt il l'avoit appris dans une étu-
de réfléchie des régles de la Logique
lafciencedes loix il s'en
étoit inftruit dans la kclure des Hifto-
riens facrés & des plus habiles Cano-
nifles, & en méditant fur cette fcience,
en s'efforçant d'en pénétrer les obfcurt-
tés, en combinant les faites avei les pxin-

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