Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Entretiens d'un père de famille, sur les événements de 1814 et 1815 , par M. C. A.

114 pages
P. Périaux (Rouen). 1815. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

D'UN PÈRE DE FAMILLE ,
S U R
LES ÉVÉNEMENTS DE 1814 ET 1815.
A ROUEN, DE L'IMPRIMERIE DE P. PERIAUX.
ENTRETIENS
D'UN PERE DE FAMILLE ,
SUR
LES ÉVÉNEMENTS DE 1814 ET 1815.
PAR M. C. A.
Malheur au siècle qui produit de ces hommes
rares et merveilleux ......................
Ces hommes si vantés expient souvent dans la
honte d'une chute éclatante , l'injustice des
applaudissements publics ......
MASSILLON.
S E V EN D
A ROUEN,
Chez P. PERIAUX , Imp.-Lib., rue de la Vicomté ;
Et chez les principaux Libraires ;
Et A PARIS , Chez les Marchands de Nouveautés ;
JUILLET 1815
NOTE DE L'ÉDITEUR.
AUTREFOIS le Lecteur, habitué à ne fixer ses
regards que sur les volumes décorés d'un titre
imposant et d'une enveloppe éclatante , mépri-
sait une humble brochure. Les temps sont
changés : on sait par expérience que tout ce qui
brille n'est pas or, et qu'un extérieur modeste
donne souvent plus qu'il ne promet. On ne dé-
daignera donc pas de parcourir les Entretiens
d'un bon Père avec ses Enfants. Il faut tôt
ou tard revenir en famille. Malheur à ceux:
qui oublient pour jamais ce sentiment !
L'esprit a joué un trop grand rôle parmi nous-
On sent le besoin de la raison ; non pas de cette
prétendue raison à laquelle la folie à rendu pen-
dant quelque temps un culte ridicule ; mais de
ce jugement sain qui est vraiment la sagesse.
Les savants abondent en France : on le répète
tous les jours ; mais n'est-il pas plus vrai de dire
que les personnes sensées sont rares? Notre ré-
volution , trop fameuse dans l'histoire , reproduit
la preuve de cette triste véritéà chacune de
ses époques.
Les passions égarent ; toutes, viennent assail-
lir l'homme en place , comme ceux qui l'en-
vironnent.
Il faut donc descendre quelques degrés pour
éviter le tourbillon et n'en point être entraîné.
C'est à cette marche rétrograde que je dois
la connaissance d'un Père de famille qui ins-
pire le plus vif intérêt par son exacte probité ,
surtout par la méthode particulière qu'il s'est
créée pour diriger ses enfants suivant le cours
des grands événements qui agitent la France.
Dès le commencement de nos troubles po-
litiques , il fut effrayé des conséquences funestes
qui devaient résulter d'un bouleversement gé-
néral. Croyant ses six enfants au-dessus des pre-
miers besoins , par d'anciennes économies et
par les produits d'une industrie laborieuse mais
profitable , il n'était fortement occupé que des
moyens de les préserver , et lui-même , de la
contagion dont, il sentait parfaitement tout le
danger , et contre laquelle il cherchait un pré-
servatif efficace.
Il lisait peu, mais il méditait beaucoup , et
recueillait dans le passé des leçons pour l'avenir.
Toujours environné de ses enfants, il les pré-
parait , dès leur plus jeune âge , à l'étude , et
provoquait leur application par des entretiens
qui piquaient leur curiosité , et qui étaient tou-
jours inspirés par le coeur et la raison.
Dans les plus violentes crises , lorsque toutes
les têtes fermentaient , la famille se groupait
autour de son chef, et les conférences se pro-
longeaient. Il s'attachait alors à leur faire sentit
iij
la nécessité de terminer une suite si effrayante
de malheurs. Il leur démontrait, que tous les
individus étaient tombés dans un état de souf-
france continuelle ; qu'un aveuglement funeste
écartait tous les citoyens du vrai sentier ; que
tout était perdu si des mains sages et habiles
n'arrêtaient pas dans sa course le torrent qui
nous entraînait. Il soupirait après le retour à
l'ordre et à l'obéissance , comme on le verra
dans ses discours. Il n'avait rien plus à 'coeur
que de voir la France délivrée de ses oppresseurs.
Au moment où tout paraissait désespéré ; lors-
que tous les fléaux se débordaient sur la France ;
quand une immense abîme était ouvert pour
l'engloutir, un coup miraculeux de la Provi-
dence a repoussé la tempête et sauvé le vaisseau
de l'Etat.
C'est à cette époque de salut que le hasard me
fit rencontrer le père N...... L'expression de sa
ligure n'était point altérée ; il ne paraissait point
avoir été surpris par cette horrible tourmente ;
on jugeait , au contraire , que , pénétré d'une
seule pensée , il la voyait se réaliser tout na-
turellement.
Le coeur long-temps serré s'épanche facile-
ment. Nous nous trouvions l'un et l'autre dans
cette disposition si favorable à là confiance. Je
connus son secret , dont j'ai déjà communiqué
une partie. Je crois plus convenable de lui lais-
ser la parole , bien convaincu que le Lecteur
iv
partagera mon opinion , et jugera utile de pro-
pager les principes d'un bon Père , qui va se
faire apprécier dans les derniers Entretiens dont
il m'a permis de disposer, sur l'assurance que je
lui ai donnée qu'il n'en pouvait résulter que du
bien.
Le Lecteur observera que le père N... suit
les événements. Ses Entretiens roulent d'abord
sur l'heureux rétablissement des Bourbons au
trône de France ; puis sur les dispositions de
l'armée au milieu des changements si désirés ,
.enfin , sur les scènes affreuses de la dernière
révolte.
Pour ne rien laisser ignorer au Lecteur , je
dois lui dire un dernier mot sur le père N... :
Ses Entretiens étaient sous presse lorsque la
.proclamation du Roi, du 28 juin, s'est répan-
due dans le public ; il n'a pu la lire sans
verser des larmes de joie et d'attendrissement.
Quelle bonté ! quelle sagesse ! et quelle justice !
« Monsieur , a-t-il ajoute , né m'accordez
« aucun mérite pour avoir développé d'avance
« les principes que Sa Majesté consacre au-
« jourd'hui. Le coeur de Louis XVIII est ouvert
« aux Français ; tous ses mouvements sont sen-
« sibles et connus : il n'y a que la pensée
« des méchants qui soit toujours cachée, »
ENTRETIENS
D'UN PÈRE DE FAMILLE
Sur les Evénements de 1814 et 1815.
PREMIER ENTRETIEN.
LE PERE.
D'
EPUIS quelque temps , mes amis , vous gémissez
de mon silence ; vous êtes impatients de m'entendre
aujourd'hui : vous semblez me dire que le. bonheur
commun doit compenser les peines privées, et je
suis comme vous porte' à le croire, puisque je jouis
de l'heureux dénouement de notre affreuse tragédie.
Quelques larmes s'échappent encore de mes yeux ,
.mais elles ont moins d'amertune. Si je garde le
souvenir religieux d'une compagne fidèle, de votre
tendre mère ; si je regrette un de vos frères , victime
innocente d'une ambition désordonnée ; si je ne puis
me défendre des plus vives inquiétudes sur le sort
A
( 2 )
d'un second , que la loi fatale de la conscription
nous a aussi cruellement enlevé , cependant , je
l'avoue, l'espoir que j'ai de conserver le troisième
et de donner à ses soeurs des maris vertueux, ra-
nime mes forces et me permet de reprendre le
cours de nos entretiens.
Une suite continuelle d'entreprises gigantesques
et monstrueuses creusait le précipice dont je vous
faisais en tremblant considérer la profondeur. Le
mal allait toujours croissant; nous voyions l'univers
en feu , les nations levées en masse , la disette suite
inévitable des ravages de la guerre , l'oubli de tous
les devoirs sociaux, l'abandon de tous les arts unies....
Dans un dénuement aussi absolu quelles consolations
pouvais-je vous apporter?
Nous avions précipité notre ruine ; mais des mains
généreuses nous en ont préservé : ceux que nous
n'avions pas honte d'appeler barbares, lorsque nous
l'étions nous-mêmes, se sont montrés si grands, si
magnanimes , qu'ils ont réveillé nos premiers sen-
timents ; nous avons cru reconnaître en eux nos
FRANÇOIS, nos HENRI , ces Rois, preux Chevaliers,
dont je vous ai tant de fois répété l'Histoire. Quelle
plus grande preuve pouvaient-ils nous donner de
leur sollicitude , qu'en nous rendant ces lys qu'ils
ont conservé si soigneusement ? Comment pouvaient-
ils mieux détruire nos folles idées de gloire, qu'en
nous remettant en famille, et nous rendant un
Père , gage assuré de la paix générale ?
(3)
HORTENSE.
Mon bon papa, qu'entendez-vous par les lys et
par un Père ?
LE PÈRE.
Tu étais trop jeune encore lorsque j'expliquais
à tes frères et soeurs ces deux points essentiels dé
notre Histoire; tés questions ne m'étonnent point*
et je vais y satisfaire révenant moi-même avec
plaisir sur des détails qui doivent intéresser si vi-
vement les Français , et les circonstances nous y
ramenant si naturellement.
Les Bourbons gouvernaient là France ; leurs droits
étaient sanctionnés par les siècles et par leurs bien-
faits ; nous ne formions qu'une grande famille , dont
le Roi était le père ; tous le respectaient et l'aimaient
Comme vous me respectez et m'aimez: c'est l'effet
de l'habitude des soins et du bonheur. Ils avaient
pour emblème cette fleur si noble et si pure qui
frappe aussi agréablement la vue que l'odorat, sa
blancheur peint l'innocence , aussi leur coeur fut-il
toujours exempt de crime. Les deniers rejetons
de cette tige illustre ne sont point dégénérés, vous
verrez au contraire qu'ils sont perfectionnés par de
longues années d'études ; vous admirerez .sur-tout
lé digne héritier du trône, bon par caractère, sage
par goût et par principe, économe par raison, libé-
ral par l'impulsion de son coeur, zélé partisan de
A 2
( 4 )
la vraie philosophie , qui est l'amour de ses sem-
blables , et qui sait se conformer aux temps et aux
moeurs, évitant les innovations brusques et subites
et ménageant des transitions heureuses.
CÉCILE.
Ce portrait de la philosophie n'est plus le même
que vous nous traciez autrefois.
LE PÈRE.
Non certainement. Pendant nos discussions exas-
pérées , lorsque tout le monde parlait et que per-
sonne ne s'entendait ; dans ces foyers de sédition ,
où les systèmes les plus outrés étaient toujours les
meilleurs , on détruisait tout et on ne créait rien.
Ces énergumènes se qualifiaient de philosophes ,
d'amis du genre humain ; cependant ils se dévo-
raient entre eux lorsque leur rage ne trouvait plus
d'aliment hors l'enceinte de leurs clubs. L'anarchie
était leur élément : on répétait avec eux les mots
de philosophe et philosophie ; mais c'était une
profanation. Ils avaient tant de fiel dans le coeur
qu'on a pu désespérer de les ramener à des pas-
sions douces ; mais l'extravagance de leurs pre-
mières mesures est si manifeste qu'ils n'oseront ja-
mais y revenir ; et, s'ils y revenaient., leurs efforts
seraient impuissants. Nous devons croire que ces
temps d'horrible mémoire sont passés , c'est pour-
quoi je m'abstiens de vous donner de plus grands
(5)
développements sur cette matière ; elle est trop
sombre et trop en opposition avec nos pensées ac-
tuelles.
DÉSIRÉE.
On dit que le Roi revient avec sa Famille ? (1)
LE PÈRE.
Heureusement pour nous , car la tranquillité ne
peut être assurée que par de nombreux héritiers du
trône ; et, pour retremper un peuple démoralisé, il
n'y a jamais trop de vertu.
DÉSIRÉE.
Ils sont donc tous aussi bons que le Roi?
LE PÈRE.
Aussi bons, serait beaucoup dire , car Louis XVIII
est si supérieur qu'il n'est pas donné à- tous de lui
ressembler; mais ils ont partagé nos malheurs, ils
ont gémi sur nos fautes , ils ont conservé le coeur
français, et leur bonheur comme leur gloire dépen-
dront toujours de la prospérité réelle et constante de
leurs sujets.
ARMAND»
Cependant, tout le monde s'accorde à dire le.plu»
grand bien du Roi, et on se permet quelques doutes
même des réflexions défavorables sur ses neveux.
(1) Retour des Bourbons en 1814.
A 3
(6)
LE PÈRE.
Comment ne rendrait-on pas justice entière au
Roi ? Ses ennemis , c'est-à-dire les nôtres , car il a
toujours fait cause commune avec nous, s'humilient
devant lui, et sont terrassés par l'ascendant irrésis-
tible de ses vertus. Défiez-vous, mes amis , de cette
tactique honteuse du vice qui, n'osant pas attaquer
en face , prend des détours et s'efforce de souiller
les derniers degrés, dans l'espoir d'étendre son poison
jusqu'au premier. Vous avez un moyen sûr pour
Vous préserver de ces atteintes perfides: jetez un
coup d'oeil sur ceux qui, depuis vingt ans, ont usurpé
les premiers emplois ; reposez-vous ensuite sur les
Bourbons, et jugez.
CÉCILE.
Il n'y aura plus de conscription.
LE PÈRE.
Ce mût est à jamais proscrit de notre langage ; les
guerres de caprice et d'ambition sont éteintes par la
prudence, par la sagesse et par l'humanité. Nos
enfants ne seront plus moissonnés à la fleur de l'âge ;
ils ne perdront plus au milieu des camps les fruits
de leur première éducation ; une plus douce mission
leur est confiée : ils rendront à leurs parents les soins
qu'ils en ont reçus ; vrais citoyens, ils feront fleurir
les arts et l'industrie ; bons époux, ils formeront
( 7 )
d'heureux ménages, et, rien ne troublant leur féti-
che intérieure , elle s'étendra sur leur postérité.
ARMAND.
Nous avons perdu Victor, mais il est possible que
Félix revienne ; cependant , nous ne pouvons pas
espérer le conserver long-tems : il y aura toujours
une armée; comme officier, il sera obligé de suivre
son corps, et d'ailleurs l'habitude lui a fait.contrac-
ter le goût militaire.
LE PÈRE.
Tel est le résultat d'une combinaison atroce î
Félix , avec un caractère doux et l'amour de l'étude ,
à été entraîné, comme tant d'autres, par l'appareil
des évolutions , par le son du tambour ; il entendait
toujours vanter des exploits dont on cachait le côté
dangereux , parler d'avancement rapide lorsqu'on
masquait les pertes énormes qui le provoquaient y.
il voyait ces décorations qui enflamment le courage-
et qui ne sont qu'un appât trompeur : car, la guerre
étant injuste , le soldat peut être brave sans que la
cause devienne meilleure. Toute notre jeunesse était
détournée du bien-être essentiel de la Société ; ceux
qui devaient la conserver, en étaient les destructeurs ;
nous perdions toutes nos espérances, et, pour satis-
faire l'ambition d'un seul, l'Etat s'appauvrissait en
hommes et eu finances..
A 4
(8)
ARMAND.
Nos finances sont-elles en grand désordre ?
LE PÈRE.
Comment pourrait-il en être autrement, la dépense
n'étant jamais calculée sur la recette? Malgré les con-
tributions arbitraires que l'on exigeait des étrangers,
dont on ne se contentait pas de ravager les provinces
et d'exterminer la population ; malgré les taxes énor-
mes qui nous étaient imposées et qui croissaient tous
les jours, on anticipait sur tous les revenus: dès 1813
toutes les recettes de 1814 étaient absorbées, ainsi
notre arriéré ne peut être moindre de toute la per-
ception d'une année , et encore faudra-t-il faire la
compte de tous les fournisseurs qui, sans doute, ré-
clameront des sommes exhorbitantes.
En opposant à une si grande dilapidation l'éco-
nomie la plus sévère , on sera obligé de réduire les
charges du Gouvernement, de maintenir des impôts
extraordinaires ; leur produit sera nécessairement
employé à la liquidation de notre dette , les états
du ministère le prouveront ; cependant vous enten-
drez des plaintes , car les hommes sont rarement
observateurs et justes : ils imputeront au Roi, qui
ne veut que le bien , les fautes de ceux qui ont
causé tous nos maux.
CÉCILE.
C'est un terrible fléau que les révolutions, puis-
(9)
qu'elles laissent après elles des suites si funestes et
si prolongées.
LE PÈRE.
Quand on calcule tous les désastres qu'elles pro-
duisent et le peu de bien qu'elles opèrent, on est
effrayé de la corruption des hommes et de ce faux
orgueil qui les domine. Ce qu'on fait nos pères n'est
jamais bon, les temps sont changés , les anciennes
vues sont trop bornées , les lumières ont fait des
progrès, etc. , etc. Dites plutôt, vils imposteurs ,
que par inconduite vous avez dissipé votre patri-
moine ; que vous n'avez pas le courage de travailler ,
ayant, été oisifs toute votre vie ; que vous êtes de-
venus à charge à vous-mêmes et à la société ; que ,
repoussés par elle , il vous faut , pour y rentrer ,
des circonstances extraordinaires , et que vous les
provoquez : quelques têtes en feu s'établissent votre
écho , et de proche en proche pervertissent la jeu-
nesse , le peuple et les grands ; car vous remar-
querez , mes enfants , que les secousses de l'état ,
les déchirements intérieurs n'ont jamais l'approba-
tion des personnes réfléchies qui luttent toujours
contre les effets de la dépravation. La majorité
trop long-temps abusée reconnaît enfin le piège
affreux qui lui a été tendu , elle revient à ses pre-
mières idées ; c'est un fait mille fois prouvé , que
nos derniers événements attestent encore.
( 10 )
CÉCILE.
Ce sont donc les mauvaises moeurs qui entraînent
la ruine de la société ?
LE PERE.
Sans doute ; depuis long-temps la morale était un
objet de dérision ; les livres n'avaient de vogue qu'en
raison de leur opposition avec tous les principes ;
le poison s'insinuait dans toutes les classes , et le mal
était à son comble lors de nos premières assemblées
dites constituante , conventionnelle, etc. Quelques
têtes fortes soutenaient encore la lutte , mais les
premiers chocs ayant fait connaître la puissance de
chaque parti , la cabale fut mise en jeu et les sages
écartés. Comme il n'existait plus de frein, le sacrilège
porta ses coups sur tous les objets de notre véné-
ration : la conséquence de ces attentats devait être
le malheur de la France et de l'Europe.
ARMAND.
Je conçois nos désordres , mais qu'avaient-ils de
commun avec les autres états ?
LE PÈRE.
Il est impossible qu'un peuple aussi nombreux et
aussi puissant que le Peuple français soit tombé dans
l'anarchie sans propager une doctrine subversive de
( 11 )
l'ordre : comme il existe dans tous les pays des in»
dividus qui n'ont rien à perdre et que l'ambition
domine , ils s'enthousiasment et recueillent avide-
ment ce qui peut leur procurer des chances favo-
rables ; c'est ainsi que la contagion se répand et
que les révolutions se préparent. Les Gouverne-
ments sont obligés de repousser avec énergie les
premiers frissons qui doivent bientôt dégénérer en
fièvre ardente ; car les maladies du corps social se
manifestent par les mêmes symptômes que celles du
corps humain. Cette résistance et les mesures de
précaution sont donc indispensables ; les souverains
prennent une attitude ferme et imposante : or ,
comme les moteurs des troubles veulent détourner
l'attention et masquer l'odieux de leur conduite ,
ils prêchent l'indépendance et précipitent leurs con-
citoyens dans des divisions et des guerres intermi-
nables , dont ils profitent pour se rendre nécessaires
et abuser de l'espèce de fanatisme qu'ils ont soufflé
dans les esprits. Sans cette exaltation et cet aveu-
glement , pourrait-on concevoir l'existence , comme
hommes publics , de ces êtres dépravés , dont le
nom seul est une injure pour tout autre que pour
eux-mêmes! Les moyens qu'ils emploient pour s'é-
lever entraînent donc la nécessité, pour les voisins,
de s'armer et de combattre.
ARMAND.
Heureusement le nombre des révolutionnaires est
très-éclairci ; ils se sont détruits les uns par les
autres,
( 12)
LE PÈRE.
Cela devait être ; beaucoup ont péri par le monstre
qu'ils avaient enfanté ; ceux qui restent sont moins
dangereux , parce qu'ils sont mieux connus. Cepen-
dant le mal se prolongeait au physique et au moral;
le scandale était toujours le même. Au nom de la
liberté nous étions devenus esclaves ; les rênes de
l'état étaient tombées dans les mains du premier
venu qui avait voulu s'en emparer : sans aucuns
droits il a trompé l'armée qui est devenue sa force
et l'instrument de la servitude la plus honteuse.
Comment ne pas rougir lorsqu'on est soumis aux
caprices d'un étranger qui a sacrifié notre génération
pour se maintenir , et qui ne pouvait employer que
le mensonge et la perfidie pour se créer des partisans l
ARMAND.
Il est étonnant que des écrits sages ne nous aient
pas éclairés.
LE PÈRE.
La sagesse doit toujours opérer le bien ; mais il
faut qu'elle se possède elle-même , et qu'elle trouve
des auditeurs disposés à entendre son langage. Or,
les tyrans, affectant de proclamer la liberté, per-
sécutent réellement ceux qui invoquent la raison:
alors l'indignation exalte les idées, et la vérité ne
perce que difficilement à travers la passion.
( 13)
ARMAND.
Les gens de bien ne peuvent-ils pas se réunir et
repousser la force par la force?
LE PÈRE.
C'est la guerre civile, de tous les fléaux le plus
grand, puisque les familles se divisent , les frères
combattent leurs frères, les enfants assassinent leurs
pères , et les pères détruisent eux-mêmes leur gé-
nération. Ce tableau n'effraie point la tyrannie,
mais il désarme les bons citoyens.
ARMAND.
Quel parti faut-il donc prendre?
LE PÈRE.
Celui que nous avons adopté ; faire des voeux
dans le silence, et préférer le sort des victimes à
celui des bourreaux. Il vient un temps où la justice
reprend son cours. Un état violent ne peut pas
toujours durer ; les ressorts s'usent promptement par
un frottement trop répété. Je vous le disais, mes
enfants, et vous voyez eue je ne me suis pas trompé.
CÉCILE.
Le récit de nos malheurs me fait encore frémir.
( 14)
LE PÈRE.
Par les soins paternels du Roi , ils n'existeront
bientôt plus qu'en souvenir. Toutes nos plaies se
cicatriseront ; la paix intérieure éteindra toutes les
haines; il n'y aura plus d'esprit de parti. La bonne
foi rétablira l'harmonie entre les nations ; plus de
ressentiments; une louable rivalité leur succédera;
les relations amicales se consolideront par le temps
et par le bonheur général.
ARMAND.
Je conçois parfaitement que tous les peuples sen-
tent , comme nous , le besoin de la paix. Mais je
me demande comment les Français exilés depuis
si long-temps , pourront se familiariser avec nos
opinions actuelles? De quel oeil ils verront leur pro-
priétés et tous les emplois passés dans d'autres mains?
LE PÈRE.
Un très-grand nombre a succombé sous le poids
d'une longue infortune , laissant après eux des héri-
tiers qui n'ont connu que les malheurs de leurs
pères , et qui ont du prendre des habitudes con-
formes à leur situation présente. Ceux qui ont sur-,
vécu ne peuvent ignorer les changements survenus ;
ils les ont suivis peut-être mieux que nous-mêmes ;
car les objets aperçus de loin se présentent dans
leur ensemble , tandis que, placés au centre , on
( 15 )
ne distingue souvent que ce qui est plus près de
soi. Sans doute ils fixaient les objets avec un
grand intérêt, mais ils étaient exempts de ces craintes
continuelles qui détournent l'attention et ne per-
mettent de.veiller que pour sa propre conservation.
Ils sont donc au moins autant au courant que
nous de tout ce qui s'est passé ; leur esprit n'est
point neuf sur les événements. Comme l'espoir ne
se perd jamais, ils ont pu se préparer à loisir pour
la fin de leur exil. Des regrets se manifesteront *
et cela est naturel , peut-être même s'échapperont-
ils avec aigreur , avec emportement, de quelques
individus que vingt-cinq années de privation n'ont
point mûris ; mais s'ils ont pu vivre si long-temps
loin de leur patrie , sans doute leur existence sera
plus supportable en y rentrant. Ils doivent faire
reposer toute leur confiance dans la justice du Roi
et dans la générosité nationale ; je crois devoir dire
générosité , car il ne faut pas ici s'arrêter sur un
seul point ; tous les Français ont souffert ; toutes les
classes, tous les individus; le courage fut égal chez
les uns et les autres ; les victimes des assassinats ju-
ridiques ne faisaient-elles pas de sang-froid leurs
adieux à des familles éplorées et dépouillées de leur
patrimoine par d'injustes condamnations ? Ne mar-
chaient-elles pas à l'échafaud en prononçant, dans m»
noble transport : Périssent les tyrans ! vive le Roi !
Etait-ce sans efforts que chacun supportait la perte
de sa fortune mobiliaire , l'incarcération de sa per-
sonne et des siens , le séquestre et la confiscation de
(16)
ses propriétés , leur ravage par les guerres intes-
tines ou étrangères ? Ces droits sont aussi sacrés
que les autres. Toute la France serait donc fondée
à se demander des indemnités h elle-même. Mais
un autre point se présente sous un aspect plus inté-
ressant encore ; qui pourra jamais compenser le
vide si triste qui se manifeste dans notre population ?
Qui rendra le père à ses enfants, les enfants à leur
père ? Ce sont là des pertes irréparables auxquelles
la nécessité soumet toutes les familles. Eh ! (ruelles
sont toutes les autres pertes en comparaison ! Si donc
on supporte celle-ci sans aucune espérance de sou-
lagement , combien n'est-il pas plus facile de s'étour-
dir sur les autres !
ARMAND.
Quelle était l'intention des émigrés en s'expatriant ?
LE PÈRE.
Je ne parlerai point de ceux qui ont fui le danger,
abandonnant la partie et devant la perdre. Il eu
est de plus méritants qui , se voyant disséminés ,
ont pu croire qu'il fallait rassembler ses forces sur
un même point, et chercher le remède à tant de
maux dans une opposition armée. Les plus louables
sans doute furent ceux qui partagèrent le sort du
Roi et voulurent périr avec lui : c'était le poste
d'honneur. Le torrent révolutionnaire a tout ren-
versé ; les combinaisons les mieux raisonnées ont
eu
( 17 )
feu le même sort que les coups du hasard ; c'était
Une force surnaturelle qui n'admettait aucune ré-
sistance. Le résultat , mes amis , est toujours ,
omme je vous l'ai dit, le malheur général: nous
ommes tous à plaindre par les erreurs que nous
vons commises et par les pertes que nous avons
prouvées. Espérons que, ramenés à ld raison par
'influence de la sagesse qui nous gouverne , nous
ourrous un jour trouver dans les économies
ubliques et particulières des moyens suffisants
our rendre justice à tous par des indemnités
également distribuées ; ne demandons point des
esures partielles et de faveur , car elles sont injus-
es et ne tendraient qu'à jeter dans les esprits un
ouveau ferment de discorde. Chacun se fait illu-
ion et croit avoir les plus grands droits j mais en
éalité ils sont tous égaux. Qu'importe à celui qui
si ruiné par une force majeure , que ce soit par
uite d'émigration , de condamnation , du désordre,
les finances , des ravages de la -guerre civile ou
étrangère, de la perle des colonies, etc. , etc.? Le
ort de tous doit exciter le plus vif intérêt ; mais il
e suffit pas de sentir et de vouloir , il faut pouvoir.
e sera pour moi une bien douce jouissance, si je
ois luire ce beau jour d'ordre et de munificence
ationale qui aura été préparé par les soins paternels
e Sa Majesté , et qui fermera toutes les plaies sus-
eptibles de guérison. Quant à nous, mes enfants
ous ne cesserons pas de pleurer sur la mort préma-
urée de votre mère et de votre frère, sur les dan-
B
( 18 )
gers de Félix ; mais nos douleurs seront moins vives
puisque nous verrons autour de nous diminuer le
nombre des malheureux.
ARMAND.
Personne ne peut réclamer de préférence pour les
indemnités , mais n'en doit-il pas exister pour les
emplois?
LE PÈRE.
La seule préférence admissible pour les emplois
est, sans contredit, le mérite personnel; s'il est uni
à d'autres titres , il brille d'un plus grand éclat et
fixe davantage les regards ; mais des titres sans mérite
tombent infailliblement dans l'oubli. L'honneur du
Roi et le bien-être de l'Etat le veulent ainsi. Cette
vérité , bien approfondie , fera naître une noble
émulation ; tous sentiront la nécessité d'une étude
suivie de chaque partie de l'administration et
des sciences et des arts; le génie , excité par une
récompense glorieuse et assurée , prendra le plus
grand essor. C'est ainsi qu'une génération passe des
ténèbres à la lumière , et prépare le bonheur et la
gloire de la postérité ?
CÉCILE.
On dit que le Roi a des connaissances très-éten-
dues.
LE PÈRE
Doue' d'un jugement sain et d'un esprit avide de
( 19 )
science , Louis XVIII annonça , dès ses premières
années , qu'il ferait honneur à la France. Nos
malheurs, en l'éloignant , ne l'ont livré à lui-même
que pour préparer dans le silence notre régénération.
Admiré chez l'étranger , il reparait au milieu de
nous environné de leur confiance , comme de la
nôtre; ses premiers actes sont des bienfaits signalés,
puisqu'ils nous procurent une paix solide et durable
avec toutes les Puissances. Il ramène l'abondance
par la liberté du commerce ; il repeuple nos pro-
vinces en leur rendant les bras que l'agriculture et
l'industrie réclamaient depuis si long-temps ; la source
de nos maux est tarie ; si nous sentons encore des
charges trop onéreuses , ce n'est pas lui qui les im-
pose , elles ne sont qu'une suite inévitable des dé-
sordres antérieurs. Les finances d'un grand peuple
sont bientôt dévorées, mais elles ne se rétablissent
qu'avec le temps. Déjà l'époque de la restauration
est fixée par un budjet solennel ; toutes les mesures
sont prises ; une révolution commencée dans le trou-
ille, poursuivie avec fureur, trouve sou terme' dans
les voies de douceur. Nous entrevoyons enfin, après
tant de jours de calamités , un ciel serein , et c'est au
Roi que nous en sommes redevables.
ARMAND,
Quelle différence entre le départ de mon frère et
son retour ! car nous espérons toujours le revoir.
B 2
( 20 )
LE PÈRE.
Votre mère n'aura pas cette consolation : emportée
parla douleur, lorsque nos enfants ont été arrachés de
nos bras , je la suivais au tombeau ; mais vous étiez-
sans cesse devant moi , et j'ai dû conserver le der-
nier appui qui vous restait. Environné d'amis qui
répondent à ma tendresse par leurs soins, je sens
que je n'ai pas tout perdu. Vous serez bons , car
TOUS savez que je n'ai plus de force pour suppor-
ter les peines du coeur , et que le moindre chagrin,
eu comblant la mesure , vous priverait de votre
père. Embrassez-moi , mes enfants; nous repren-
drons une autre fois la suite de cette conférence.
( 21 )
DEUXIEME ENTRETIEN.
LE PERE.
HÉ bien, mon cher Félix, depuis deux mois
tu es avec nous; que penses-tu de ton changement
de vie ?
F E L I X.
Mon plus grand désir était de vous revoir, après
une si longue absence et les dangers sans nombre
que j'ai courus ; j'ai retrouvé dans mon frère et
mes soeurs l'amitié la plus tendre , et je les paie
du plus sincère retour ; cependant je sens que »
si je n'étais pas environné d'objets aussi chers , le
passage d'une vie très-active à la plus parfaite tran-
quillité eût été difficile pour moi.
LE PÈRE.
Entré au service simple soldat , tes premières
armes n'ont pas du t'offrir de grands appâts ?
FÉLIX.
Il est vrai ; je me croyais au-dessus de mon état,
je me sentais humilié ; mais des circonstances favo-
rables et d'honorables blessures m'ont procuré un
R 3
( 22 )
avancement rapide ; monté de grade en grade je
suis capitaine et chevalier.
LE PÈRE.
Victor n'a pas eu le même bonheur ; il fait partie
de ces milliers de victimes qui servent de gradins,
pour exhausser quelques élus , lesquels doivent
faire place à leur tour.
FÉLIX.
Son souvenir m'a troublé bien long-temps; j'étais
tourmenté de l'idée que je pouvais subir le même
sort, et qu'Armand devant comme nous vous être
enlevé , il ne vous resterait aucun de vos fils ; mais ,
sans espoir de congé , il fallait se soumettre à la
nécessité.
LE PÈRE.
Heureusement tu nous est rendu , et ton frère
ne partira point ; les lois sont changées, nous jouissons
enfin d'une paix générale.
F É LIX.
Cette paix bien désirable sans doute doit combler
de joie les particuliers ; mais ceux dont la fortune
militaire était assurée, réduits maintenant à demi-
solde et sans emploi, ne peuvent voir sans chagrin
s'évanouir toutes leurs espérances.
( 23 )
LE PÈRE.
Je le conçois; mais ils sont hommes , ils voudront
contribuer au bonheur de leurs concitoyens ; n'étant
plus étourdis par le fanatisme de la gloire , ils sen-
tiront qu'il existe dans la société de plus douces
jouissances.
FELIX.
J'ai peine à croire que la majorité approuve de
coeur les événements actuels. Formés pour la plupart
au milieu des camps, ils ne sont aptes qu'à la guerre ;
leurs livres sont les journaux et les bulletins, hors
de là rien ne leur inspire un vif intérêt.
LE PÈRE.
C'est-à-dire qu'ils n'ont que de fausses idées, et
que ces mots famille, patrie , liberté , sont pour
eux vides de sens ; cependant on leur répète tous
les jours que c'est pour'elles qui versent leur sang
et sacrifient leur existence.
FÉLIX.
Tout est illusion pour le militaire , il. ne connaît
que des jouissances passagères ; jamais il ne pénètre
au-delà de son cercle et dans un avenir qui est pour
lui trop incertain.
LE PÈRE.
Cette disposition d'esprit n'est point naturelle,
B 4
( 24 )
il faut pour la faire naître un concours de circons-
tances extraordinaires ; lorsqu'elles cessent on doit
rasseoir ses idées , les fondre dans l'opinion générale ,
autrement on resterait étranger au milieu des siens ;
et, n'étant plus en guerre avec les nations, on se
perpétuerait en opposition avec le genre humain. Si,
comme personne n'en peut douter , la guerre est un
fléau , tous les efforts de la sagesse doivent tendre
à l'éviter , c'est le voeu des peuples. Trop long-
temps , pour satisfaire l'amour-propre et l'ambition
de quelques individus , on a prodigué les généra-
tions naissantes.
FÉLIX.
Il y a toujours eu des armées , et il y en aura
toujours.
LE PERE.
C'est un malheur ; si la bonne foi reprenait sou
empire , tontes les Puissances étant désarmées , au-
cune ne porterait ombrage à l'autre; toutes les vues
se dirigeraient vers des établissements utiles et per-
manents ; chaque état prospérerait , et les charges
étant réduites , on ne serait plus forcé de recourir
à des impôts., vexatoires. Mais on s'est trop éloigné
de ce principe , et il ne tient pas à nous seuls d'y
revenir : toujours est-il qu'il faut se mettre sur le
pied de paix, puisqu'on n'est plus en guerre.
FELIX.
C'est ce qui désespère une grande partie des
officiers.
( 25 )
LE PÈRE.
La proportion des chefs aux subordonnés étant
d'un à quarante , peuvent-ils se flatter que le Gou-
vernement sacrifiera la multitude pour satisfaire les
goûts d'un très-petit nombre ? Etendant le calcul
jusqu'à sa dernière conséquence , nous dirons que
l'armée , supposée au complet de 500 mille hommes,
est le cinquantième de la population. Or , comme
les officiers donnent le quarantième de l'armée , ils
ne représentent que le quatre - vingt - dixième des
Français. Si nous réduisons les 500 mille à 250 mille,
ce qui est encore forcé pour un temps de paix
générale , nous dirons que chaque officier est aux:
Français un cent quatre-vingtième , ce serait pour
complaire à un seul que 180 seraient continuellement
souffrants. Cette prétention est tellement déraison-
nable qu'elle ne peut se soutenir,
FÉLIX.
Ils trouvent la gloire nationale attaquée.
LE PÈRE.
C'est encore une suite de l'illusion dans laquelle
en les entretient. Qui pourra jamais détruire l'éclat
des victoires remportées depuis vingt ans? Qui effa-
cera le courage et le dévouement des Français pen-
dant une guerre si prolongée contre toutes les na-
tions ? Chacun n'était-il pas un héros ? C'est une
justice rendue et dont retentit toute l'Europe.
( 26 )
F É L IX.
Cependant nous avons terminé tant d'exploits par
une défaite. La France a vu l'ennemi faire la loi dans
sa capitale.
LE PÈRE.
Ne l'avez-vous pas faite chez tous nos voisins, en
vous arrogeant le droit de conquête ? Ils ont été plus
généreux que vous, car, forcés, pour leur conser-
vation , de se lever en masse, ils vous ont prouvé,
3es armes à la main , votre injustice , en laissant à
la France ses anciennes limites , et se contentant de
rentrer dans leurs domaines. Ouvrons enfin les yeux ,
comme les autres nations , et soyons convaincus
qu'un peuple ne so nourrit pas de gloire ; que les
grandes armées ne se forment que par la dépopu-
lation et l'épuisement; que la consommation augmente
toujours quand les moyens de reproduction s'affai-
blissent. Rappelons-nous sans cesse cette leçon de
l'expérience : que les conquêtes sont faciles , mais
que leur conservation est impossible. On attaque
en force , mais on ne garde qu'en se disséminant.
Convenons , l'histoire à la main , que c'est la vaste
étendue des états qui cause leur ruine ; que plus
ifs paraissent avoir de force , moins ils en ont réel-
lement , parce que des provinces arrachées à leurs
anciennes habitudes , sont toujours disposées à se-
couer le nouveau joug ; que la première étincelle
trouve toujours matière à un embrasement général ,
( 27 )
qui dévore non-seulement les extrémités , mais pé-
nètre jusqu'au coeur. Nous avons parcouru toutes
les capitales : qu'en est-il résulté? Que nous y avons
laissé des traces de nos ravages ; ce souvenir est
plus fâcheux que consolant; que, par représailles,
nous avons été envahis, et que le théâtre des dé-
vastations a été transporté chez nous. De part et
d'autre on peut vanter ses triomphes et gémir sur
ses malheurs ; le sort est égal. Aujourd'hui nous
demandons tous moins de gloire et plus de repos ;
cessons d'immoler la génération présente à la pros-
périté chimérique des générations futures. Il en a
trop coûté pour être tenté de recommencer une lutte
aussi dangereuse pour toutes les parties : après avoir
détruit il faut réparer.
FÉLIX.
Les limites du Rhin étaient si naturelles qu'il est
permis de les regretter.
LE PÈRE.
Ceux qui , dans leur délire conquérant, veulent
étendre notre territoire , ignorent sans doute qu'ils
rompent pour jamais la balance de l'Europe ; qu'ils
allument un foyer de discordes et de jalousies ; qu'ils,
provoquent des regrets continuels chez toutes les.
puissances voisines. Que ferait donc à notre bon-
heur cet envahissement , puisqu'il nous exposerait
à de nouveaux combats? L'ambition ne met point
( 28 )
de frein à ses désirs , si nous étions assis sur les
bords du Rhin , nous verrions au-delà des provinces
qui nous tenteraient ; les ayant déjà parcourues eu
vainqueurs, nous voudrions encore y faire la loi.
Renonçons donc, et de bonne foi, à cette convenance
idéale ; réglons - nous sur la sagesse de notre
Monarque.
F É L I X.
L'armée n'a vu qu'avec peine le retour des Bour-
bons ; clic tient à un chef de son choix.
LE PÈRE.
L'armée n'étant qu'une petite fraction de l'Etat, sa
voix ne doit point prévaloir contre celle de tome la
France; mais je m'arrête à ton objection. Délivrés
de ce prestige qui les aveuglait, nos militaires pour-
ront-ils se dissimuler que celui qu'ils ont porté sur
le pavois n'a rien fait de lui-même , et qu'il serait
demeuré dans l'oubli , s'il n'avait pas été entouré
d'un état-major qui traçait tous ses plans et dirigeait
tous les mouvements ; si les ordres n'eussent pas été
exécutés par les plus intrépides guerriers , dont l'au-
dace franchissait des obstacles insurmontables pour
des hommes ordinaires, et forçait la fortune dans les
entreprises les plus hasardées? Les grands capitaines
doivent se juger par ce qui leur est personnel.
Qu'a-t-il fait de son armée d'Egypte? Quel compte
rend-il de la guerre d'Espagne et de sa fuite précipi-
( 29 )
tée de Madrid? Qu'est devenue l'élite dé nos héros
qu'il a précipités dans les glaces de la Russie , et qu'il
a honteusement abandonnés à plus de 300 lieues
de leurs foyers ? Il ose faire un appel aux braves et
les rassembler dans les plaines de la Saxe , mais c'est
pour les rendre témoins de son imprévoyance et de
son impéritie ! Qui oubliera jamais cette lâcheté
cruelle qui, pour son propre salut, lui fit rompre le
pont de Leipsick et sacrifier la majeure partie dès
corps et tout le matériel de l'armée ! Il lui manquait
d'étaler aux yeux de la France le spectacle de sa
démence et de l'entêtement le plus brutal. Nos pro-
vinces sont ravagées sans qu'il leur porte aucun se-
cours ; non content de livrer à une mort certaine le
peu d'hommes qui lui reste, il prétend faire lever,
en masse et sans armes , toute la population , pour
la pousser , sans défense, sous le fer vainqueur; il
refuse toute proposition de paix, comme si la destruc-
tion était son seul désir. On pouvait croire qu'il
ne survivrait pas à tant de barbarie, à la honte de
la déchéance et de l'abdication; mais, comme l'a
proclamé un de ses généraux , celui qui fit périr tant
de millions d'hommes , n'a pas su mourir en soldat.
Et des braves , des Français regretteraient un chef
qui ne présente que l'assemblage criminel de la
lâcheté jointe à la perfidie ! Si telle est leur idole ,
qu'ils cessent de prétendre à l'honneur ! Il est incom-
patible avec des sentiments aussi dépravés.
Ce n'est, sans doute, pas comme politique profond
qu'on admirera cet homme , aussi étranger à nos
( 30 )
moeurs qu'à notre sol. Fourbe par instinct et par
calcul, il n'a jamais su que tromper et diviser ; dans
l'intérieur , il balançait les partis les uns par les
autres, flattant les grands et le peuple tour-à-tour,
suivant le besoin et le caprice du moment ; pour-
suivant avec opiniâtreté les hommes d'un mérite
réel qui lui portaient ombrage ; ne dédaignant aucun
moyeu pour leur perte , poussant même l'impudeur
jusqu'à les traduire en justice , lorsqu'il ne don-
nait pas ordre à ses siccaires de trancher leurs jours
dans l'ombre des cachots. Tyran farouche , sur le
simple soupçon d'insurrection , il convoquait des
commissions qui n'étaient qu'une forme donnée k
ses tables de proscription. Dissipateur de la fortune
publique, il était avide de contributions. Poussé par
une vanité puérile, il faisait apposer son cachet sur
chaque pierre de nos monuments; chaque planché
d'un échafaud recevait la même empreinte, comme
si tout eût été sa propriété: H ignorait que la faulx
du temps détruit d'un seul coup tout ce qui n'a pas
été consacré par le coeur ; que la violence précipite
les choses , mais ne les conserve point. Vil histrion,
il se plaisait à recevoir les leçons des tréteaux. N'ayant
pas même le soupçon de la grandeur, il se vantait
lui-même et salariait un comité pour assaisonner à
son goût les prétendues offrandes des peuples. Jamais
assez d'encens ne brûlait à ses pieds , jamais la servi-
tude n'était assez rampante; cependant il osait pro-
noncer les mots de république et de liberté, comme
si la chose publique n'était pas devenue sa proie ,
( 31 )
comme si les fronts n'avaient pas été courbés jusque;
dans la fange. Les provinces n'étaient que des mé-
tairies qu'il exploitait, reléguant les maîtres dans la
basse-cour, car il se trouvait offensé si on s'oubliait
au point de reconnaître devant lui un propriétaire.
De quels dégoûts n'a-t-il pas abreuvé ceux qui l'ap-
prochaient ! Avec quel dédaigneux mépris il cherchait
à les avilir! Combien de fois l'a-t-on vu , dans ses
accès frénétiques, faute d'être sensible , s'attaquer
à des objets inanimés ! Détournons les yeux de ce
tableau , il est trop fatiguant.
Un homme qui n'a aucune idée juste de l'ad-
ministration intérieure , doit porter sa manie dans
tous ses actes extérieurs. Tantôt , au nom de la
religion , il dépouille le Saint-'Père de ses états ;
tantôt, invoquant Mahomet , il se dit envoyé de
Dieu ; Calviniste et Luthérien eu Allemagne ; Pa-
triarche grec en Russie ; par-tout il tourne en ridi-
cule les opinions les plus sacrées des Peuples ; ce-
pendant il fait violence au Pape , vieillard septua-
génaire , qui est obligé de faire 600 lieues pour la
cérémonie du sacre , et, pour dernière scène de celte
infâme parodie, le vertueux Pontife est traîné de
ville en ville , hors de chez lui , subissant le sort
d'un captif ! Sans respect pour le Chef de l'église,
quels ménagements pouvait-il avoir pour les Monar-
ques ? Sa conduite envers tous les princes d'Espa-
gne est trop connue pour qu'il soit nécessaire d'entrer
ici dans aucun détail ; il suffit de dire qu'on a
épuisé dans ces circonstances tout le répertoire du
( 32 )
machiavélisme , de l'astuce et de la perfidie. L'Au-
triche , deux fois ravagée , contracte , par faiblesse ,
une alliance avec lui : c'est par sa fille que le père
doit tomber dans les filets. La Prusse frémit encore
des vexations scandaleuses dont elle fut la victime
sous l'empire des traités lés plus ostensibles. Les
cendres de Moscou sont à peiné éteintes; cependant
il affectait de nommer l'Empereur de Russie son
grand et fidèle allié. Humiliant les hommes , il
déshonorait les trônes, en y plaçant ses créatures;
pour paraître le premier , il fallait bien qu'il fit
descendre toute l'espèce humaine. Quelle confiance
pouvait-on avoir dans des traités auxquels la bonne
foi était étrangère , aussitôt rompus que signés !
L'Europe était soulevée contre elle-même ; tous les
Empires ébranlés s'écroulaient , si l'instrument dé
tant de commotions n'avait pas été brisé lui-même.
De ce résumé, que je restreins le plus possible ,
car la matière est malheureusement trop féconde ,
que devons-nous conclure ? Que la jactance et l'i-
niquité ne font jamais les grands hommes. On peut,
par adresse , usurper toute la gloire d'une nation ,
chercher a se l'approprier , mais le mensonge est
bientôt dévoilé. La véritable grandeur consiste à
élever les hommes ; à lés pénétrer de leur supé-
riorité au milieu des êtres créés ; à les préserver
de la dégradation de tous lés vices ; mais , pour at-
teindre ce but , il faut être vertueux soi-même
et servir de modèle , comme notre bon Roi, légitime
héritier de la couronne dont il est digne par sa
naissance ,
( 33 )
naissance , ses nobles sentiments , les éminentes
qualités qui le distinguent , l'amour sincère qu'il
porte à ses sujets , enfin par tout ce qui constitue
un homme de bien. S'il n'était par notre père ,
il serait l'objet de tous nos désirs. Admirons sa per-
sévérance dans les institutions sages , l'attitude pa-
cifique mais imposante qu'il conserve avec tous ses
voisins. Il rétablit la morale par une piété exempte
de faiblesse et de superstition ; tolérant par raison ,
juste par devoir il ne contrarie point les opinions,
il maintient toutes les propriétés ; protecteur des
sciences et des arts qu'il cultive lui-même , il en-
courage l'industrie et l'agriculture ; il cicatrise les
plaies profondes de l'étal: nous devons tous l'aimer
par affection et par reconnaissance.
FÉLIX.
On présente à l'armée le Gouvernement actuel
comme un retour à la superstition , au régime féodal j
et ces idées sont peintes avec dés couleurs si noires
si étrangères à tout ce qu'elle a vu depuis vingt ans ,
que les esprits sont troublés.
LE PÈRE.
Des hommes honteux de leur conduite révolu-
tionnaire , ne comptant pas assez sur la bonté et l'in-
dulgence du Roi , croyant voir disparaître leur
fortune et leurs emplois aussi rapidement qu'ils les
ont obtenus, et voulant détourner l'attention , créent
C
( 34 )
ces vains fantômes pour le plaisir de les faire
combattre. Ils savent bien , ceux qui cherchent à
semer ces craintes , que depuis plus d'un siècle la
France a proclamé son indépendance religieuse, et
que les libertés de l'église gallicane ont rompu toutes
les barrières posées par l'ignorance. On célèbre le
progrès dés lumières , et on redouterait les temps
de barbarie ! Il faut plus de conséquence dans le
raisonnement. Qui pourrait donc motiver cette ter-
reur ? Prendrait-on la morale la plus saine pour la
superstition , l'exercice des différents cultes pour
l'inquisition, les idées libérales pour le fanatisme?
Personne ne s'abuse aussi grossièrement , la mau-
vaise foi est trop manifeste. Quels sont les actes
du Roi auxquels on puisse appliquer ces propos
inquiets? Un de ses chapelains a fait un service,
à Saint-Roch , qui devrait tranquilliser les esprits les
plus susceptibles. Il ne s'est point départi des arti-
cles essentiels du concordat ; il n'a souffert aucun
changement dans l'administration des diocèses ; au-
cune ordonnance n'a même été rendue en faveur
du clergé ; cependant on serait effrayé ! Non , les
prétendus trembleurs sont très-calmes et très-ras-
surés ; on perce facilement le mystère de leur con-
duite , leur secret est divulgué. Mais n'est-il pas
fort étrange de voir ces mêmes hommes qui se sont
extasiés devant la sublimité du décret qui accordait
un brevet d'immortalité à l'Être Suprême , déclamer
aujourd'hui contre la religion ? Ils en veulent une lors-
qu'elle est détruite ; ils n'en veulent plus lorsqu'elle est
rétablie. Qu'ils se mettent d'accord avec eux-mêmes
( 35 )
s'il est possible. Quant au retour de la dîme, c'est une
appréhension aussi futile. Il y avait trop long-temps
que la prestation en nature soulevait contre le clergé
les habitants des campagnes ; des procès continuels
étaient intentés pour soutenir un mode révoltant qui
indisposait les grands et les petits propriétaires. C'était
un abus qui mettait en opposition perpétuelle le
pasteur avec ses ouailles , et qui empêchait l'exer-
cice de son ministère , qui doit être le maintien de
la paix, de l'union et de la confiance. De tous les
moyens d'existence pour le clergé ; celui de la dîme
serait maintenant le plus précaire et dont il doit
redouter lui-même lé rétablissement. Des centimes
additionnels perçus sur un rôle particulier rendu
exécutoire , couvriraient tous les frais du culte avec
assurance et sans aucun inconvénient. Cette voie par-
faitement simple obtiendra sans doute la préférence.
Le régime féodal est une machine tellement usée ,
dont lés fragments sont épars et livrés à la destruc-
tion depuis si long-temps, qu'à peine en reste-t-il
quelque Vestige: tout dans nos institutions actuelles
tend à en écarter le souvenir. Les propriétés sont
garanties par la loi , inattaquables, franches et.libres
comme les personnes ; toutes également soumises ,
sans aucune exception et dans la plus parfaite éga-
lité, aux besoins du Gouvernement. Il n'y a plus
d'autre privilège que celui du mérite. N'a-t-on pas
aussi créé des dignités et des titres honorifiques pen-
dant la révolution ? Cependant il n'en résultait au-
cune charge pour l'État et pour les particuliers. Le
C 2
( 36 )
Roi a reconnu l'ancienne noblesse , c'est-à-dire les
titres seulement ; il ne dépend pas de lui d'étendre
cette faveur, par ce qu'il ne peut plus exister de
seigneurs, plus d'exemptions, plus de justices par-
ticulières , plus de taxes privées. D'après la consti-
tution c'est la nation qui s'impose elle-même ; elle
saura conserver l'unité des formes et l'indépendance
des hommes entre eux. C'est déjà une forte garantie
sans doute et bien suffisante que de participer à
la loi et de ne la consentir que lorsqu'elle convient
a tous. Cependant cette garantie est corroborée par
la nécessité où est le Roi , où sont aussi les Ministres
de simplifier les ressorts de l'administration et de la
dégager de toutes les entraves que des intérêts
privés pourraient y apporter. Le Gouvernement
avait autrefois à lutter contre les propriétaires des
grands fiefs qui s'arrogeaient des droits de souve-
raineté; ce sont nos Rois qui ont porté les premiers
coups à cette hydre à cent tètes qui menaçaient en
même-temps les sujets et le trône. ( C'est un des
points les plus marquants du ministère de Richelieu
et du" règne de Louis XIV. ) Sous ce rapport, la
révolution n'a fait qu'accélérer le renversement de
la féodalité , qui depuis long-temps était préparée
par les Bourbons. Depuis long-temps aussi on atta-
quait les prétentions outrées des cours supérieures,
qui réunissaient les pouvoirs législatif et judiciaire:
ce sont encore ces tentatives qui ont indiqué la
réforme et la distraction d'attributs qu'il convenait
de faire. Des efforts non moins persévérants étaient
( 37 )
dirigés par la Cour contre la masse énorme des biens
du clergé qui ne supportaient pas dans une juste
proportion les charges communes. Ainsi on peut
dire avec vérité que les améliorations qui se sont
opérées pendant la révolution avaient été provoquées
par la famille des Bourbons. Pourquoi donc crain-
drait-on aujourd'hui de la voir revenir sur elle-
même, lorsque les circonstances favorisent si par-
faitement le plan qu'elle avait conçu ? C'est une
terreur panique qui se dissipe par le premier mo-
ment de réflexion. L'ancienne noblesse rétablie par
le Roi sera comme la nouvelle purement honori-
fique et sans aucune prérogative. Il le veut ainsi
et ne peut pas le vouloir autrement, car il connaît
la générale et constante opposition que des mesures
rétroactives entraîneraient. Si on a dû craindre
le retour de la féodalité et de la dîme, ce fut lors-
qu'on était encore sous la verge de fer du tyran , qui,
dans un de ses accès de despotisme absolu, fit ré-
diger des décrets pour leur rétablissement, même
pour des suppléments sur le prix des ventes natio-
nales , ce qui était attaquer la base par une fausse
conséquence ; décrets iniques dont nous avons été
préservés par sa chute , et dont nous serons toujours,
garantis par la sagesse prévoyante , par l'amour de la
paix et de l'union qui dictent tous les actes du Roi.
Il est convaincu que la révolution ne peut finir
que par le maintien de l'ordre qui est établi et
auquel il a contribué lui-même ; or , comme ce
terme est l'objet de tous nos désirs et son propre
C 3
( 38 )
voeu , il imitera son aïeul qu'il a pris pour modèle ,
le bon Henri , qui voulait si cordialement le bien-
être de tous ses sujets et distribuait ses faveurs avec
autant de satisfaction sur les ligueurs que sur ceux
qui n'avaient jamais abandonné sa cause. Il écartera
avec une égale fermeté les prétentions irréfléchies des
partisans de l'ancien régime , cl de ceux qui ne veu-
lent rien céder de la prépondérance qu'ils ont ac-
quise pendant nos troubles. L'immense majorité
des Français attend ce résultat des profondes médi-
tations de Louis XVIII; elle redoute également les
passions des uns et des autres qui peuvent seules
nous replonger dans des secousses que personne
n'est plus en état de supporter. Nous avons tous
demandé avec la plus vive instance la paix au dehors ;
celle de l'intérieur est encore plus désirable. On ne
doit point conserver l'attitude des partis en présence ;
il faut avoir constamment en vue la Patrie et le Roi ;
les servir avec sincérité et dévouement ; s'oublier
soi-même pour ne penser qu'à leur conservation.
FÉLIX.
On à rendu les biens des émigrés.
LE PERE.
Cet acte n'est point émané seulement du Roi, mais
aussi des chambres qui y ont concouru. On a
rendu, les. biens invendus, parce qu'il ne paraissait
pas juste qu'ils, restassent dans la main du Couver-

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin