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ENTRETIENS DE GALLUS
LIBÉRATION DU TERRITOIRE
LES
ASSURANCES
5 centimes.
PARIS
LIBRAIRIE DÉMOCRATIQUE
33, RUE MONTMARTRE, 33
1872
ENTRETIENS DE GALLUS
LIBÉRATION DU TERRITOIRE
LES ASSURANCES
GALLUS. — D'où viens-tu donc que tu es tout
bouleversé ?
AGRICOLE. — Ah quel malheur !... Quel mal-
heur!...
GALLUS. — Explique toi, tu m'effrayes.
AGRICOLE. — Cette nuit le feu a pris chez
mon voisin Nicolas. Tout a été détruit parce
qu'on n'a eu aucun moyen d'attaquer sérieuse-
ment le feu.
GALLUS. — Mais la pompe ?
AGRICOLE. — Vous ne vous rappelez donc pas
que ces infernaux Prussiens l'ont emmenée et
qu'elle n'est pas encore remplacée? La com-
mune est si pauvre, surtout depuis la guerre.
— 4 —
GALLUS. — C'est vrai. Ces brigands n'ont rien
laissé de ce qui pouvait être emporté. Quelle
guerre de sauvages et de pillards !...
AGRICOLE. — Mais le malheur est bien plus
grand encore. — Nicolas voulant sauver le der-
nier de ses enfants, qui était resté dans son ber-
ceau, s'est élancé au milieu des flammes, mais
n'est pas revenu. Il a péri avec le petit. — On
les retrouvera sous les décombres. — Sa femme
est folle de douleur. — Je crains que la raison
ne lui revienne pas. — Elle est chez moi avec
les trois qui lui restent. ■— La voilà donc ruinée
et sans soutien. — Que va-t-elle devenir?
Je vais chez M. le curé pour le prier de faire
une quête et de recommander cette malheureuse
famille dimanche à la grand'messe. Mais nous
sommes si à bout de ressources, qu'est-ce que
ça donnera?
GALLUS. — Rien ou à peu près. L'expérience
prouve que la charité ne fournit que des res-
sources absolument insuffisantes. — La charité
ou rien, c'est à très-peu près la même chose.
AGRICOLE. — Cependant M. le curé ne cesse
de nous prêcher sur la charité, disant que la
meilleure manière d'être agréable à Dieu et de
faire son salut est de faire l'aumône à son pro-
chain.
GALLUS. — Et lorsqu'après son sermon il fait
la quête, que reçoit-il?
AGRICOLE.— Quelques sols.
GALLUS. — Est-ce avec cette maigre recette
— 5 —
qu'il peut donner des secours efficaces à qui en
a besoin?
AGRICOLE. — Non.
GALLUS. — Ainsi, dans le cas actuel, crois-tu
que les ressources de la charité suffiront pour
aider la veuve de Nicolas à élever ses enfants, à
rebâtir sa maison, à racheter une vache, etc?
AGRICOLE. — Certes non. Dans le premier
moment, on va donner un peu; et encore, c'est
moi, qui ai reçu la famille, c'est moi qui ferai la
plus forte part. — Mais ça ne pourra durer long-
temps; la pitié se fatiguera. — Quant à moi, je
puis bien faire un effort de quelques jours, mais
n'ayant que mon travail, je ne puis me mettre
sur les bras cette malheureuse veuve et ses en-
fants.
GALLUS. — Alors, que deviendrat-elle?
AGRICOLE. — Elle ira mendier le long des
routes avec ses enfants.
GALLUS. — Mais si la mendicité est interdite?
AGRICOLE. — Que voulez-vous que je vous
dise? — Je n'en sais pas plus long.
GALLUS. — Je vois bien que tu n'en sais pas
plus long. — Mais ne vois-tu pas que la charité,
pratiquée comme elle l'est, c'est presque comme
si l'on ne faisait rien.
AGRICOLE. — M. le curé nous dit qu'autrefois
c'était beaucoup mieux, que les ordres religieux
qui possédaient de grands biens faisaient de
grandes aumônes et que tous ceux qui avaient
besoin étaient secourus.
— 6 —
GAIXTJS. —■ M. le curé commet une grave er-
reur. —; Plus les monastères furent riches, plus
le peuple devint pauvre. — Les paysans étaient
presque tous à la mendicité. — La vente des
biens du clergé et de ceux de la noblesse en
rendant les cultivateurs propriétaires du sol a
amené la prospérité dans nos campagnes. —
Mais voici M. le curé.
LE CURÉ. — Bonjour Messieurs.
GALLUS. — Bonjour M. le curé. — Vous êtes
dehors de grand matin, mais j'en devine la
causé.
LE CURÉ. — Vous savez le grand malheur.
— Nous avons une veuve et trois enfants à se-
courir, sans compter nos autres pauvres qu'il ne
faut pas abandonner. — Les besoins sont de
beaucoup supérieurs aux ressources, je vais donc
solliciter la charité de mes paroissiens.
GALLUS. — Et même celle de vos non parois-
siens, de moi, par exemple, qui ne vais pas sou-
vent à l'église et vous fais de l'opposition au
point de vue de renseignements par les Frères
ignorantins et par les Soeurs, qui ne sont pas
plus savantes.
LE CURÉ. — Et ce n'est pas ce que vous faites
de mieux. — Vous agissez de manière à prouver
à tout le monde que vous n'avez pas de religion.
GALLUS. — Que je n'ai pas de religion !... Et
qu'en savez-vous !
LE CURÉ. — Vous n'allez pas à l'église, vous
ne pratiquez pas, ce qui est un scandale de la