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Epistre apologetique pour le Discours de l'origine des armes . Contre quelques lettres de Me C. F. Menestrier. Cy devant professeur d'eloquence, & maintenant estudiant en theologie à Lyon. Par C. L. L. A. P. de l'Isle Barbe

De
121 pages
[Valence, 1660]. 1660. [2]-119 p. ; in-4.
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1
E P 1 S T R E
APOLOGETIQVE
P 0 V1 R
LE DISCOVRS DE L'ORIGINE
DES A R M E S.
Contre quelques Lettres - de àMe C. F. Meneîlrier.
Cy-deuant Profcfleur d'Eloquence', & maintcûâne
Efiudiant en Théologie à Lyon.
f hH
Par C. L. L. A. P. de l'ijle Barafê
t > ,N
'1' , ,- .,
1 j :;
Fautes à corrigtr.
Page 2. ligne ié. Et aux autres fcmblables. lifez Et autres
femblables.
pag. 7. lig. 12. Mais de toucs les plus belles : lifez de toutes
les plus
pag: 8. lig 12. qu'ils ne vendiflsnt. lifez qu'ils n'en vendirent,
pag. 16. lig. 32. teint en fang. lifez teint du fang.
pag. 16. lig. 3 1. picces de la paliffade 4w 1. gatae. lifez. C« de
la garde. '-
pag. 53. lig. 1'. Phocéen. lifez Phocion. ': -_:.. -.
pag. 34. lig. 13. par vos propos eferits. lifez par vos propres
pag. 40. lig. -
La mefme lig. 19. il n'eft veritable que les Armoiries, lifez que
toutes les Armoiries -
pag. 49. lig. 3 î. les la Faye. lifez les Manuel Sieurs de la Faye,"
pag. S 6. lig. peoult dans le combats.lifez dans les combats.
pag. 93.Iig z i.filesArcheuefquesdoiuent.hfczû lesArcheucf*
ques dis-je.
pag pi.lig 1. de qiji fe pafre. lifez de ce qui Ce paffe.
pag. 90. lig. 11. ainfi d'Edouart de la Hiehe. litez ains d'Edouart.
pag. 98. lig. 11. & 12. ils ont auffi desClauiers. lifez ils ont aufii
des Clan aires.
pag. 104. lig. 10. du ejfetfs des cafrice. lifez des effeffs du caprice*
pag. ï 6. lig. 3. en Latin Cerafut. lifez du LatinCerafus.
La mefmc lig. 21. toutes les 77. langues lifez 72.
pag. 117.15. de ce fiel envenimé vn temps.lifez en vn temps,
pag. derniere lig. 7..*$lifez
y
A
A LISLEJB ARBE.
- %i - ) -
oN:S~\
1.. 1
Le tefnps_,s'é'coule » & ic ne vois ny les
fignes de voftre refipifcènce que vos amis
me faifoient efpeteriiy ces montagnes d'ob-
(eruations.dont vous menaciez mes Origines. C'eft ce qui m'o-
blige de donner au public la refponfe à voftre Lettre du 8.
Odobre, qui fera telle, qu'en fatisfaifant à celle xy SC à quel-
qu'autres queFay receiïes depuis de voftre pare, vous n'aurez
pas fuiet defoùhaitter mes reflexions fur voftre Liure , qui ne
laiiTeront pas de venir en leur temps.
Vous m'aduertiÛez en premier lieu de ne me point feruir
d'armes ie vous bon gré j mais vous
deuiez le premier mettre cet aduis eri pradîque vous n'eftes
pas iufte de me vouloir obliger à la retenuë , apres vous eftre
emporté de gayete de coeur, & d'vne maniere fi defobligeante,
que vous enaùez eu honte. Eneffed vous vous eftes mis en
quelque deuoir de reparer ce traici de petulance dont vous me
parlez, & qui n'a pas laiffé de venir iufques à. moy. Mais outre
que vous n'auez fait que ce que vous deurez, vous Tauez fait de
fi mauuaife grâce, que iene fçaurois en eftre fatisfait. Et il y a
bien de lJapparence qu'en tout cecy vous auez pluftoft fuiuy le
iugement d'autruy, que le voftre propre , puifque vous en té-
moignez quelque forte de defplaifir, & me faites menacer de
2
le reftablir dans la fuite de voftre ouurage. Au fonds cette rifee
eftoit-neceflaite pour l'inftruction de voftre lecteur ou non. Si le
premier, pourquoy l'oaïcs vous. Et fi au contraire elle ne fer-
uoît que pour donner iour à voftre paflion, à que! propos me
menafier défaire reuiure, cefte faillie defprit que vous ou vos
amis n'auez peu foufFrir tant elle eftoit infolente. Vous voyez
donc bien que vous efics doublement aggrefleur, ce qu'eftanc
ainÍÏ, vous auez raifon de vous plaindre qu'on vous traite de
Paladin. Vous ne l'eftes nullement, & fi vous entendiez ce no -
ble meftier, dont vous parlez comme vn clerc d'armes, vous
fçauriez qu'ayant efté prouoqué gratuitement, ce n'eft pas à
vous à me prefcrirc la maniéré donc ie dois agir , pour tirer
raifon de vos infulter.
Mais tout cecy n'eft qu'vne formalité) qui vous feroit ay-
fement pardonnée, fi vous ne pechiez es chofes plus efîentiel-
les-Vous me reprochez d'auoir leu les Romans,ce que ie ne def-
ad uoiie paSjCetteledure eft plus neceflaire que vous ne croyez
pour le meftier que vous aucz entrepris, & entre les belles con-
noi(fâces que i'en ay tirées,vous obferuerez celle cy.Q ue ces Pa-
ladins à qui vous voules tant de mal, font toujours modedes, ci-
uils,eourtois, & obligeants au dernier point. S'il eft queftion de
fe battre,ils vont au coups comme aux nopees, & ils y frappent
en lyons : dans les occafions furieux comme tigres , & hors
de là doux comme demoifelles, ils ne menacent jamais, ou
rarement, mais ils frappent en defefperez, ils laifTent les braua-
des,aux bifoignes, aux poltrons, aux géants ? &: aux autres fem-
- blables colofes qu'vne force brutale & deftituée de cÕ(eil n'a
fccu garentir de leurs mains, quand ils en font venus aux prifes.
le me defdis donc Monfieur, vous n'eftes rien moins que
Paladin,vous tenez trop du Rodomont, & du Capitan de la co-
médie, cela fe voit en toutes les pages de voftre liure farcies
d'erreurs & de vanitéz infupportables, la lettre de voftre petit
Officier en de ce me mcfme ftyle, ou vous me menacez de me
combacre en fix 'laiiçyues,& enfit-i vo,'tre derniere du huittc;car ie
vous tiens autheui de l'vne & de l'autre, ou parce que vous me
voyez
3
A *
voyez intrepide, vous enflez voftre fiylc, & gro/îîfTez vos trou-
pes dufe-coursde 1*«Angîois & de l'Aleman, comme fi les voix
confufes de routes ces nations eftoiet capables de me faire peur,*
certes Monfieur vous me raicres beaucoup d honneur,&: t1 vous
y prenez garde,ce grand appareil de langues dont vous me faite
monftrc, ce commerce que vousaues dans toutes les Prouinces,
cette riche Bibliothèque qui eft à la porte de vcftre chambre,
cette vaine oftentation dc crédité d amis^out cela dis-ierafle-
ra bien plutoft pour vn adueu de foiblelTe & d'impuiftance,
que pour vu argument de valeur, &: de generofité quand rou-
tes ces chofes fcroient à voftre difpofition dont que lqu'v 11 pour-
roit dourer, & peut eftreauec raifon.
Mais fuppofons qu'il fait ainfi, dites-moy ie vous prie , de-
quoy vous feruira tout ce bel equippage, & tout ce grand atti-
rail, fi vous n'auez raddrefle. de vous en ayder?U eft vrav, ie vois
la cuirafte d'Hercule, mais vous n'eftes qu'vn Pygmee,vous me
montrez les armes d'Achilles) mais il eft aiféà connoiftre qu'el-
les ne font pas à voftre vCage. le vousay veu dans la lice & i'ay
ry de bon courage de vous voireferimer comme l'on dit en vo-
ftre claflfe, Andabatarum more , ou pour me faire mieux enten-
dre en veritable eftourdy. En effeà Monfieur c'eft voftre iufte
carattere ,& la marqua la plus certaine de tous vos ouurages,
voftre liure^ vos vers, voftre profe, vos lettres font toutes mar-
quées à ce coin, & iufques à cefte derniere eftudiée trois mois
entiers,ou vous prenez Tubai-Cain, pous Iubal,vn Roy d'Ef-
pagne pour vn Roy d'Aragon, vn Roy de France pour vn Roy
de Sicile,taiis mettre en li(,tie de compre le Roy des Meneftriers
que vous n'auez point veufurFeftat de la maifon du Roy, quoy
que vous difiez,ces Animaux n'ont iamais paru en noftre cour,(i
bien en celle duRoyaume de Logre du temps du bon Roy Ar-
thus & des Cheualiers de la Table ronde.
Mais pour retourner à noftre proposée riois de vos menaces
& des artifices dont vous vous eftes ferui pour m'intimider, 8 £
cognoiflois bien que vous n'auiez pas enuie de mordre, puifque
vous jappiez de fi loing»Mais ie vous confeflc que l'ay cil e" excra-
- 4
ordinairement furpris q-mand apres toutes ces cufes^-tMtfiLces
Êinfaroaades, le bruit d'vne foijns, pour ainfi dire , & le bran-
le d'vne feuille vous ont faiâ: tranfir dé peur & tomber les Ar-
mes des mains. Et quoy qu'y a t'il donc ? la prefle de V. roule &:
pour cela faloic il tant apprehender ? eftes vous de l'humeur de
ce Prince qui cherchoit la guerre en temps de paix,& la paix en
temps de guerre? Ne fçauiez vous pas que qui feme du vent.
moifTonne de l'orage? He Monfieur, au eft ce courage? que font
deuenues ces brauades, &c ces railleries, certes Monfieur vovq
me donnez bien de l'aduantagé, ieftois en peyne de perfuader
a mes amis que vous n'eftiez qu'vn efpouuentail de cheneuiere,
ou pour vous traiâcr plus conformement à voftre humeur hau-
raine & altiere, qu'vn de ces Dieux de bois qu'on mettoit dans
les iardins pour faire peur aux petits oyfeaux, & pour me tirer
de peyne, vous m'en fourniïfez vne déclaration autentique.
Non,non,ie me flatte, vous ne vous rendez pas fi toft, vous
propofez feulement vne treue, & vfant d'vne comparaifoii tirée
de l'artillerie, auec laquelle vous fymbolifez forr, car à ce que
difent les gens du mettier, ellefai6fc toufiours plus de bruit, que
d'effet, & plus de peur, que de mal, Vous me priez de ftrfloir la
groffi batterie, iUfqUlJ à ce que vos Boule uardsfoient mieux forti-
fiez , c eft à dire en bon François que vous ayez, en quelque ma-
niere caché, ôu reparé vo's manquements. Vn Fanfaron infulce-
roit icy, & profitant de voftre confternation, vous mettrait le
pied fur la gorge, il vous defpouilleroit tout nud U feroit voir
vôtre turpitude à toute la terre. Mais de ce cofté vous n'auez rie
a craindre, ie ne fuis pas fi malin,& quand vous auriez efté cent
fois plus brufque, & plus emporté, fi vous vous corrigez, com-
me vous me le faites efperer, vous eftes cfchappe. Faites le
donc, ie vous prie, ôc de la bonne maniéré, & ne rrauailles pas
tant à reparer les defordres de voftre liure', quife peuuent guarir
auecvn fagot d'vn fol, que veus ne penfiés vn peu a la; cor* -
rection de vos meurs & fur tout de ce faft infuportable, quiefi:
la fource facalle de tous vos maux.
l'ay pris garde entr'-autre chofe que vous faites vanité de
vos
f
B
vos voyages ; mais tous les voyageurs ne font pas des Vlyfles,&
aux marchandifes que vous auez rapportées des pays eftrangersj
on peut dire de vos courfes felon la propriété de noftre langue,
que vous auez beaucoup erré, & fort peu voyagé. Vous vous
vantez aufli d'auoir employé dix ans à la levure de l'hiftoire , &C
c'cft vne chofe déplorable, que cette longue application ne
nous aie produit que des Anachronifmes, metamorphofes, Se
fuppofitions perpetuelles de temps tde lieux, & de perfonnes.
Chofe fâcheufe certes à ceux qui vont le chemin ordinaire, àc
qui travaillent fans intereft, pour l'vtilité publique, honteufe
au contraire, odieufe & intolérable, en ceux qui fe piquent de
tout fçauoir, & qui s'ingerent de reformer les defordres d'au-
- truy fans y eftre appeliez.
C'eft l'aduantage que i'ay fur vous,Monfieur, eftant homme,
ie ne fuis pas impeccable, ie reconnois franchement mon infir-
mice' , & ne fuis point la cenf ure de mes fautes 5 tant s'en faut,
i aurav obligation a qui me redreŒera & à vous mefme, com-
me i'ay protefté à voftre Libraire auec ordre de vous en dé-
fier. Mais vous paflerez pour ridicule quant on fçaura que vous
auez choppé plus lourdement >8c plus fréquemment, que ceux
à qui vous prétendiez de donner la main , scce qui eft digne du
dernier mefpris, quand apres vous eftre érigé en fouuerain de
toucs les Hcraus, & vous eftre engagé à la correction des man*
quemens de tous ces pauurespetits Diables d'Officiers d'armes,
qui ont efci it depuis 5 o.ans,on vous verra réduit à faire la quefte,
& vous faire recomanderaux Prônes, pour auoir des memoires
& faire des liures aux depens des veilles & trauaux d'autruy , &
de ceux la mefme que vous traitez de Copiftes. Comme fi fans
cette declaratiô de voftre indigence l'on ne fçauoit pas déja que
vous auez raflé fans iugetneiit tout ce qu'ilyauoit de bon &: de
mauuais dans la Colombiere & fon A uteur,ie veux dire le M. S.
de Grenoble,le P .Moner,Louuan Geliot, &: autres, fans conter
nosOrigines que vous auez fufte es, courues &: pillées d'vn bout
a autre,, auec vn fuccez qui fait pitié à voftre Ledeur.
Apres cela il y a dulplaifi4 d'entendre, qu'on vous ait eferit,
6
que i'ay' bec & griffes. le vous aueure Monteur, qu'on s'en:
mefpris, & ie feray voir par la fuicte de ce difcoursque ce repro-
che vous conuient bien mieux qu'à moy : mais en vn autre fcns
que vous ne l'entendez. Qjioy qu'il en foie, fur cette Chimère
que vous pourriez bien auoir forgée pour me preuenirj vous fa-
briquez vne refponfe à plaifir. A laquelle ie n'ay autre chofe à
dire, linon que ie defaduoüe tout ce qui vous auroit efté efcric
à cepropos de quelque part que ce foit : Ec (j vous auiez alfez de
candeiir pour nous decouurir , d'où vous eft venu ce pa-
quet il me feroit ayfé de iuftifier que celuy qui a pris cette com-
miflîon , l'a fait de l'abondance du cœur èc fans que i'y aye en
rien contribué. le n'y vay pas fi finement, dont il m'en eft mef-
arriué & ie me fuis apperceu vn peu trop tard des artifices
d'vn que vous diccs auoir efté de mes Amis, & de la malice noi-
re d'vn ieune homme fon Camarade & le voftre, qui me prefen-
ta vn Catalogue des meilleures familles de voftre Ville pour en
auoir mon fentiment, &: de là prendre occafion de me calom-
nier,& me rendre odieux à quantité d'honneftes gens que iho.
nore comme ie dois & autant que ie le dois.
Pour vous Monfieur, vouseftes plus honnefte homme & fi
par le paffé vous allez faia la guerre en Sinon, vous paroiflesau-
jourd'huyen Viomede ou pluftoft en Glaucus. En effca vous
commences a leuer la tefte.Vous auez donné voftre nom qui eft
gaillard , voftre quartier qui eft fameux , & voftre rue qui eft
iliuftre en toutes maniérés. Vous croyez bien pourtant que ie ne
parle pas a bon efcient, & la deflus vous prenes occafion de cri-
minalifer vne raillerie bien plus innocente que les voftres. Mais
en cela vous eftes trop délicat : prenez la peine de voir la refponfe
a vaChe libraire & vous trouueres que ie nay voulu dire autre
chofe finon que vous efties nay tVeruecHm m patrta (rajfique
fub dhe.
Vous eftes Lyoonois& fçauanr, & en cette qualité vous ne
pouuez ignorer ce qu'vn citoyen de Raucnne efcriuoit autre fois
de vos brouillards au doB:e Sidonim voftre compatriote,tant y a
que c'efi a ccs Brouillards que je me prens & non à vous. C'en: a
CCS
- 1 -
ces vapeurs qui s'éleuent du fang de tant de belles ruées en vcf-
tre quartier, & a cet air impur & groflîcr que iay attribuera ru-
deffe de voftre ftyle &: la bafTefTe de vos expreflîons qui vous
font tellement naturelles, que le commerce & la conuerfation
detoutscesDodes qui font a voftre I*Olde,,& la Leélure ic ne
dis pas D'HVON DE BOVRDEAVX & D'OBERON Roy DE FAE
RIE. Mais de tous les plus belles, pieces du temps , nom peu
vous ofter l'idiome de la boucherie & le ftyle des Terreaux.
le vois bien pourtant que ma {implicite ne me fert de rien. En
effeâ: vous releuez celle parole, & m'oppofez d'abort mon Ef
cUuiîude, qui n'eft pas du bel vfage, au dire de Vaugelas, mais
le mal n'eft pas fi grand,que vous le faites,& fi vous auiez bien
eftudie les remarques de cet Auteur, qui n'eftoit pas nay Fran-
çois , comme vous fçauez , vous auries apris que Malheibere-
çoit ce qu'il condamne. Et vous (çauez d'ailleurs, qu'on fe gou-
uerne tout autrement en l'Academie que dans les Tribunaux de
la luftice ordinaire. Icy l'on conte les voix, mais là on les pefe,
ce qu'eftant ainfi, ie n'apprehende point le iugement d'vn
eftranger quand i'auray de mon cofté vn Regnicole de la taille -
de Malherbe. Et afin que ie vous die franchement ma penfèe,
i'ay afFe&é ce terme. Etfi ie foumettois de nouueau ma difler-
tarionalacenfuredequelques luges plus feueres que le R. P.
lean Columbi,& feu le P.F iné j'imiter ois le Poëte Ouide,lequel
en pareil cas fe referua certains vers, dont il interdit la connoif-
fance à fes amis, & à fon exemple i'aurois mis mon Efclauitudc
fous vne particulière fauuegarde, afin qu'aucun ny touchaft.
Mais tous cecy n'eft rien. le fuis deuenu Colporteur,& vous
me faites vne groffe honte d'auoir couru la rue Merciere pour
difpoferjà ce que vous dices,de quelques exemplaires de rroûLi-
ure , qui me font reftez, après en auoir donné à tous les curieux
de ma connoilTance, & à quantité de perfonnes de condition de
Paris; de Lyon , Grenoble, Valence, & d ailleurs, fans parler
de ceux que vos Confrères m'ont fait l'honneur d'acceprer &
de m'en remercier. Or à cela i'ay bien des chofes à vous dire:
Ptemieremét,ie n'en ay faic tirer que cinq cents,6c n'en voulois
mefme
8
mefmc que trois, marque euidence que ien'ay pas prétendu
d'eftregros Marchand. Secondement,les Colporteurs vendent
les oeuures d'autruv,& non pas les leurs.Or fi c'eftehofe glorieu-
fe de conipofer des bons Liures , il fera toujours honnefte de les
vendre & débiter en gros ou en détail.
Les P. P. des deferts faifoient des fportes, & paniers, non
feulement pour leur vfage , mais encore pour en vendre, & en
tirer la fubfiftence de leurs maifons.Les Religieux Benediéhns,
Ciftertiens, Chartreux, &: Celeftins difpofent licitement de
tout ce qui fort de leurs fonds, &: fans fortir de l'efpece, comme
l'vne de leurs occupations plus ordinaires eftoic de tranferire
des liures,il n'eftoit pasinconuenient qu'ils n'e vendirent auffi.
Mais d'achepter pour reuendt e, quand ce feroit en gros, rifquer
& negoticr d'efpicerie, de perles, & d'or aux Indes, de caftors,&:
de pelleteries de toutes fortes en Canada ; c'eft ce qui n'eft:
pas permis à ceux qui afpirent à la perfection. Mais de f'abbainer
iufques à vn vil, &: chetif négoce, comme d'achepter des dro-
gues, compofer des remedes, mefmes des lauements, ie ne veux
pas dire le refte, c'eft ce qui eft extrêmement fale,infâme & for-
dide, & tellement fale, qu'on ne le crovroit iamais, fi ceux que
vous fcauez nauoicllt eu procez contre les Apotiquaires de vo-
fire Ville, pour fe maintenir dans ce honteux commerce, Dieu
le permettant ainii, pour iufbher le dodte, pieux, & généreux
Hipparque, craiété en prophete par ceux qui trouuent honnefte
tout ce qui eft lucratif, de quelque cofté qu'il vienne.
le ne penfe pas Monfieur qu'il fe puiffe rien dire de fembla-
ble denoftrenegoce. l'ay faict les frays de l'impreffion du liure
donc eft queftion, l'ay fiiâ grauer les planches à mes defpens,
ic n'ay point cherché de Mecenas, pour m'ayder à porter ce far-
deau, & i' ay efté blafmépar vn de vos amis, &: des miens, com-
me ie croys d'auoir donné cet cuurage à vne perfonne plus riche
d'honneur, que de biens de la fortune, ie n'ay point profané
cefte piece par le meflange honteux de Blafons roturiers, pour
le rendre plus vendable, comme ont faift tous les voftrcs , &:
vous comme eux. Si i'ay eu bdoin de quelques exemples pour
ap
9
c
appuyer mes maximes^ie les ay pris de perfones qni ne m eftoiec
point connues, &: fort fouuét de familles efteintes. Lors que i'ay
loiié la vertu,le merite & la noblefïe de quelques maifos eleuées
par deffus le communal ne fetrouuera pas que i'aye pris la botte
pour leur aller offrir des prefents captieux & intereffez. l'ay par-
lé hautement quant il a efté queftion de defendre l'honneur &c
les loix du Blafon au hazard de deplaire à des perfonnes de con-
dition eminente, i'ay blâmé les Comtes de Malpaga de la Cate
Martinengue d'auoir donne la main droite à leur blafon au pre-
iudice de celuy des GOGLIONES, dont le chef eft d'azur femêde
fleurs de Lys d'Or à la bordure de gueule s,quant il eft bie blafonné.
Mais que fais-ie, imprudent que ie fuis, ie m'enferre ifans y pen-
fer,& après auoir blefle vcftre veiie,par vn obied immodefte, ie
me mets au hazard d'offenfer vos chaftes oreilles d'vn recit licé-
tieux. Il n'importe il faut tout dire, vous m'y contraignez. Ceft
jcy qqe i'ay commis ce grand & enorme crime dont ie fuis ac-
cufé & qui me refte à purger.
Il eft yray que ce Blafon des GOGL IONES originaires de Ber-
game,& non de Venife comme vous auez dit ) eft vn peu eftran-
ge. Il eft cottppè d'argent & de gueules À trois paires de Tejiiculs
de ltfvn en t At/tre , en quoy pourtant ieconnois bien que ie ne
ferois pas beaucoup criminel de l'auoir expofé aux yeux de mon
Lecteur,s'il auoic efté burinè par vne perfonne du fexe,puis qu'il
eft public & commun à Venife & à Bergame, &: mefme dans
les lieux les flus Sainfts. Mais ces figures ayans efié grauées, &.
comme vous auez voulu dire, defîignées par vne fille, ce qui eft
tresfaux pour ce chef. V Ol15 adioûtez que les impudents font icy
vne queftion atroce ,& demandent fur quel modelle ce blafon
deshonnefte auroit ede demné ? Certes, Monfieur, il faut auoir
bien de l'impudence & de la malice pour faire cette queftion.
Mais auparauant que d'y repondre, ie vous fupplie de vous
fouuenir de ce principe de voftre profeiîion.Que les chofes atro-
ces, font de difficile creance, & ainfi la prudence vous obligeant
d'auerer le crime auparauant que l'exagerer, Qui ne voie, que
ce pretendu reproche, & cetteinfoiente queftion, nepeut eftrc
10
autre chofe qu'vne vapeur peftilente qui s eft éleuée delafenti-
ne d'vn cœur corrompu, & peut- eftre du voftre ? Inhumain que
vouseftes, qui ne craignez point de perdre l'honneur d'vne
fille pour venger vos payons, l'impudence & la malice vous ont
elles fafciné le iugement à ce poind, de croire qu'on ne puiflfe
tirer ces figures, que furie modelle honteux de voftre imagi-
nation Au fonds qui vous a dit, que ces parties foiét pluftoft d'vn
home que d'vn lion,ou de queque autre animalîMais ie veux que
ce foit ce que voftre malice vous fuggere, donc ie n'ay pourtant
aucune certitude. L'Oracle facré nous apprend, que Dieu a créé
l'homme droit.11 a veu fes œuures,& il a trouué qu'elles eftoient
toutes très-bonnes, que s'il fi rencontre quelque chofe d'obfce-
ne, il ne procede que du defordre de nos paillons. Omnia, dit le
veritablement grand Cafliodore parlant de ces parties Praconi*-
lia creata Junt fi peccatis p client i bus non redderentur oijeena.
Ce qu'eftant ainfi, permettez moy à mon tour de vous pro-
pofer vne queftion,qui fut autrefois faite à nos premier Parents;
dites-moy vn peu, Monfieur,qui faites tant le délicat, qui vous
auroit apris la deshonnefteté , & la vergongne de ces figures, fi
vous n'auiez tâté du frui&defendu?
Monfieur, mon cher Amy, ie fçay plus devos nouuelles que
vous ne croyez. Vous parlez beaucoup , comme fçauent tous
ceux qui ont l'honneur de vous connoiftre. le n'ay point encore
peu apprendre ce que vous eftes iufques à prefent > mais vous
auez dit à quelqu'vn, qui ne vous a pas eflè fidele, que vous n'e-
ftiez point engagé aux Ordres facrez, & ainfi il y a lieu de crain-
dre qu'il ne vous en prenne comme à ces ieunes vefves , dont
parle S. PauhJsJ#* c# luxuriat* fuerint in Chrijio, nubere volunt.
Au refte ie veux croire tout ce que vous nous dites de ces il-
luftres Canonniers,dont vous tirez voftre origine, & de qui vous
auez apris cette eloquence foudroyante,& cette valeur qui pour
vfer de vos termes ne/explique iamais mieux que par la bouche
des Canons, Si eft-ce pourtant, que vous eftes Meneftrier, & de
quelque cofté que vous foyez iflu de Ptolomée le lfufteur, d'O-
lympe ou de Marfyas, il eft certain,que vous aymez la jonglerie,
86
il
& nel»yJ&z pas la danfe. De la jonglerie vne autrefois,difons va
mot de la danfe, qui n'eft pas Ci fort éloignée de voftre profef-
fîôn , qu'il ne Ce fait ttouué des cahiers pour les Eftats dernkce-
ment conuoquez, tendants à vous obliger à ioindrc à vos exerci-
ces la Danfe & le Manege.
Il neft pas nectflaire de vous dire de qui ie tiens cette nouvel-
le Mais fi les eftats euiTent eu lieu & que cette propofition eut
eftéappuyée, ie fuis eertaifrque vous n'y auriez pas apporté do
refiftence. Vous eftes fçauant curieux & amateur de l'antiquité
ce qui me fait croire qu'outre les danfes communes du païs 6C
des autres prouinces de noftre France, vous auriez. ramené, te
accommodé à noftre vfage toutes celles des Anciens, r des
Laconiés a noftre dance en rond, la TERMASTRÏDE à nos cou-
rances, la danfe des Grues, quils appelloient, à la VOLTE, la
PYRRICHIENNE, ànos Boutades. Vous n'auriez pas oublié \es
trois danfes des Bachanalles qu'on pouroit ajufter a nos Ballets,
L'EVMELIE qui eftoit graue, difcrete & ferieufe, eut efté bonne
pour les perfonnes d'vn âge meur:la SICINE c'eftoit la fatyrique
vousauloic agrée car vous aymez la fatyre. Mais la CORDACE
valoit mieux que tout cela. Elle eftoit gaillarde follaftre,lafciue,
&fort conuenable a volire humeur enjouée ; Celle là cerres eue
efté toute pour vous & quoy que vous diGes de voftre carac-
tère, vous auez toute la mine d'y bien reuffir, fi vne fois vous
vous y appliquez. Vous eftes jeune,grand>fort,robufte,& quarré,
vous eftes plaifant,aggreable &. facetieux:apres quoy ie ne mef-
tône pas.fi vous auez des penfeés qui fentent le Caualierî& fi le
bruiét a couru que vous deuiez bien toft fuiure cette voilée def-
prits fublimes, qui nont peu s'afujettir aux Maximes trop feue-
res de la compaignie que vous fçauez.
Mais changeons de propos &: parlons de chofe qui vous foit
plusuggreable. Vous m'appeliez aux combat & c' eft vne plai-
fante hiftoireque celu y qui n'agueres s'orrsncoic dedre traité de
Paladin, contrefaite auiourdhuy le D'où QVIXOTE ou le Che-
uallier errant & cherchant les auencures. En vn mot vous m'in-
uitez à toucher vos efcuts ce que ie n'entens pas bien,car n'efïâc
- r- pas
12.
pas Gentil-homme vous vfurpezvn meftier qui ne vous eft pas
feanc.I'ay bien pris garde que vous vous ventez de vos Majeurs
annoblis qui eft déjà vne mauuaife affaire, guemenim inâul-
gentia frinctf ïs Uberattnotatfct ce qu'il y a de plus fafcheux eft
que cet anobli {Terrent eft émané d'vn Duc de Bourgoigue que
vous qualifiez fouuerain de ces Anoblis. Et en cela vous errez
doublement. Car corne il n'y a qu'vn fouuerain en France,a par-
ler proprement, auffi n'y t'a il que ce fouuerain, qui eft le Roy,
qui puifle Anoblir fuiuant les Arrefts des Cours fbuueraines.
Mais quand le Duc de Bourgongne auroic eu ce droiét par
concefuon de 1105 Roys ou autrement, vous auez dégénéré
partant vous voylà réduit à la Cartouche par vos propres loix,&:
a la marque des Marchands par l'Ordonnance. Et ne deuez por-
ter Efcucs ny Armoiries. Queli par tolerance on vous permet
1 vfage de celles de vos annoblis, comme elles font déjà ridicu-
les & trcs dignes de voftre Chapitre des REBVS DE PICARDIE,
vous les accompagnerez de mefme. Vous tymbrerez de la baffi-
nc du bon homme, ou fi bon vous femble du Inortier a broyer
les cfpices. Si de la Bafïine, vn bras armé tenant la cullierc
a ietter ; fi du mortier, le mefme bras brandiflant le pilon ou
le pifion comme on parle en voftre rue , feruira de Cimier.
Pour lambrequins vne douzaine de flanlbeaux peris en queue
de Paon faifantla roiie. le ne dis rien du volet, ny des Ordres
de Cheuallerie qui fe trouueronc aifément dans la boutique
fans aller plus loin. Pour cry de guerre, Refpice finem , fans
proue & fans poupe Et aioli adoubé, ie vous verray volontiers
& iie vous craindray guieres. Car comme ie vous ay déjà dit;
outre que vous eftes nouueau au meftier des armes,& ailes mal-
ladroit vous etfes eftourdy, comme vn hanneton.
Vous brauez pourtant, & comme fi vous eftiez aulîl afleure
de vos coups que le fameux MA ROLLES ) vous dites que vous
m'attaquerez d'abord par la Cotte d'Armes, & que vous mon-
trerez que nos Armoiries n'en ont pas efté tirées, ie ne fçay pas
ce que vous ferez, mais ie ne crains pas ce coup. Certes fi vous
iVeftiezfi brufque, vous auriez obferuè, que ie ne dis pas, que
nos
13
D
nos Armoiries doiuenc leur origine à la Cette à'-Ames^^c^
les couleurs.meraux &: pennes & qaelqu'vnes de nos figues Aj:-
rooriales, inconnues aux Anciens, ontefté tirées dçs habits de
nos Percs; que de là toutes ces chofes ont pafie aux Efcuts, & à
la Cotte d'Armes, laquelle en particulicr és derniers temps eft
dcuenuë vne des principales Enfeignes de noftre Nobleffe, com-
me i'ay prouué par diucrs exemples, U en fin c'cft à dire, depuis
cent cinquante ans Pvniquc, en tant qu'elle en a fait le fuiec de
fes deuifes ou emprifes Amoureufes LI Militaires, qui ont fup-
cedé aux Armoiries, comme les Cottes aux Efcuts. Apres cela
c'eft en vain que vous inuoquez le fecours de Moniieur de Boif-
deu. Ccrarcef prit a eftéédifié furce fuied par moy-mefme
eftanr à Grenoble :Sc depuis par la voye du P. B. qui m'a faic
vne partie des queftions que vous remettez auiourd'huv fur ie
tapis f &: que ie tâcheray de refoudre auec vous, a la charge que
vous en ferez vn meilleur vfage que par le pafTé.
1 e commence par le terme Gvevle s,qui a tant donné d'exer-
cice à tous les curieux , & dautant que vous m'oppofez d'abord
rauthorité demondit Sieur de Boiflieu, ie me feruiray des mpf-
mes Armes auec fa permifiion, & produiray vne de fes lettres du
4. May, 1 6 S 8. où il me dic en termes expres : Vous auez> meruetl-
leufement bien rencorttré en l'Etymologie du terme, Gueules, eflmt
fort vrayfemblable , (ju il efl deriué du Latin Conchïhum , ie fais
le mcjme iugement de fable, érc. qu'eftant ainfi, il y a bien de
l'apparence que vous impofez à cet illuftre perfonnage, donc Jes
mœurs font trop finceres, &: le iugement trop folide, pour çftre
capable d inconfiance, ou de duplicité.
Iereuicns pourtant de cette opinion, fi on m'en donne vne
meilleure,& le la, receuray très- volontiers; pourueu que ry voye
du iour, de quelle part qu'elle vienne, quant ce feroit de la rue
de la Lanterne. C'eft de ce cofté &: à la faueur de ces lumières
que iedecouure voftre GHivi^di&ion Turque, quifembie eftre
plus proche de nofcre GvEVLES, que le Latin conchilium, mais
,la lignification en eft bien plus efloignjéç., Et ic vous Cupplie de
- vousfouuenir de ce que j'ay dit à vn de vos Amis,.qui ne vous
14
l'aura pas diflimulé, qu'il faut chercher les Ecymologies de pro-
che en proche, du François au Latin , du Latin au Grec, du
Grec à l'Hébreu,unon qu'il y a toûiours beaucoup de danger de
fauter d'vne exrremité à l'autre , fans pafler par le milieu. En ef-
fet il femble que vous ne foyez pas pleinement fati^fait de cette
origine, puis que vous en cherchez vne autre dans les playes
des b!e(Tez , comme Ci toutes les playes eftoienc neceflairemenc
rouges, ce qui n'en: pas veritable; car vous en reconnoiflcz de
blanches, telles que font celles de l'Efcu de Comming-TS , com-
me nous verrons cy-apres. Et partant ie ne vois pas qu'on puifle
aifeoir vn iugement bienfolide fur des raifonnemens fi variables
& inconftants.
• Vous allez airifi fautant 'de branche en branche, & ne trou-
uez rien où vous puiffiez vous arrefler. Ce qui m'oblige de vous
dire mon dernier mot à tous hazards, qui cft, que ce terme doit
eftre expliqué , par les lieux citez des Epiftres de faintt
Bernard à Henry A. de Sens, & à Foulque Archidiacre d:
Langres , outre lefqueis t'en ay vn troiûéme , qui expli-
que les deux premiers, &, nous enfeigne jli nettement la cou-
leur & f vfage des Fourrures, qu'on appelloit Gueules , qu'il ne
- faut plus douter que nos Hérauts par Cabale, n'ayent donné ce
nom à la couleur ronge, à caufe du rapport qu'elle auoit auee ces
Fourrures, lefquelles nos anciens ont nommées Gueu les par
< Métonymie , parce que les ouuertures ou gueules du colleté
: - des manches de pourpoint oucuniques.dutemps de faind Ber-
nard eftoienc bordées, parccs, bornées de ces fourrures rouges,
qu'il appelle gueules, comme les Dames encor aujourd'huy ap-
pellent certains bouts de manches des Poignets , pour cela fi u-
ltmenr, qu'ils fe mettent au poignet. Les Hérauts en ont vie
de rnefrne pour le Sable le Sinoplc, quoy qu allez malheu-
- feulement pour ce dernier. Et ie fuis contraint d aduouer, que
de ce cofté ils ont voulu faire mynere de leur meftier. Ce qui
neft pas bien ancien , puis qu'on vfoit encor de vermeil pour
Gueuler, de noir pour Sable, & de vert pour Sinople, du temps
de Ftaiiliut.
Voy la
M
Voylà, Monfieur, ma derniere penfée, que redendray quel-
que iour plus au long. Que fi elle ne vous contente , peut-eftre
rrouueray-ie quelque Lecteur plus fauorable. Et i'ofe dire , que
fi la pofterité n-ic fait itiftice, elle m'aura obligation de luy auoir
le premier rompu la glacepour arriuer à laconnoiflance de ces
termes difficiles aufquels confifte toute la beauté de l'Art Héral-
dique. Excufez, Monfieur, cette brauour ) c'eft de vous que ie la
tiens ; car comme die Clement Alexandrin, n* nphu nt
•yiaipyw eeviot vol itro K' ir Kçe.Ch,u è-^/inoter • • > K* ht
& le refte, ainfi Monneur, en lifant vos eferits, i'ay apris à me
vanter & à me faire valoir. Quoy qu'il en foit Pierre de faind
Iulien s'eftoit rebuté d'abord, comme i'ay die ailleurs. Fauchée
promettoit beaucoup, & il n'y aucit perfonne de fon temps, qui
fuft plus capable de nous apprendre ce fecret, s'il s'y fuft em-
ployé à bon efeient. Letilcre du Liure de Louuan Geliot me
donna bien de la joye, & ie croyois d'y trouuer ce que ie cher-
che encore, Hauteferre à pluftoft veu ce que c'eft que Gueu-
les, Sable , & Sinople, qu'il ne l'a expliqué. Le refte eft demeu-
ré là j& ie crois y auoir apporté quelque lumiere, que vous
auez voulu eftouffer par vn efprit de jaloufie afTez indigne
d'vne perfonne de voftre profeffion. Si toutesfois vous voulez
dire la verice, il (e trouuera que vous lifezen fecret, comme di-
foit faind Hierofme apres Horace, ce que vous blâmez & con-
damnez en public.
V oare ingenicux Amy , vous en auoit montré le chemin, 6c
c'efi vue chofe plaifantc qu'après auoir veu mes origines manu-
fcrites dés le mois de Feurier mil fix cents cinquante-fepr,
il ait efié chercher les notes fur Villcharduin , imprimées feule-
menll'annéc fuiuante, pour nous apprendre l'fctymologie de
l'Hermine , que ie luy auois expliquée de viue voix, & par
etcrie , par les mefmes authoritez que vous auez citées, & Dieu
fçiit d'où vous les auez prifes, par vn paftàge de la Chronique
de Flandres & l'Analogie de ricalien Armehno. A quoy ie pou-
uois adioufter quantité d'autres paflages Latins des Efcriuains,
qu'on appelle medij temforii,
C'eft
16
Ceftde l'Auteur de ces notes que voftre Amy croit auoir
apris l'origine de noftre Sable Armoriai quil tire de la ville
qu'on appelle aujourd'huy ZIB ELLETTO, ccft le G [BLET OU G i-
BLOT , de nos Peres & la BYB LOS, des anciens Geographes. Et
en cela il eft euidenc que l'vn & l'autre seft mefpris. l'en ay don-
né la verirable Elymologie dans nos origines ou vous auez veu
que le Sable, eft vn Animal qu'on appelle Martre, en France
& Zable ou Sable en Alemaigne, & en Ruffie dont la peau eft
tres-noire. le vous en veux donner deux Autoritez pour l'vn &
pour l'autre ourrescellcs que iay apportées. La premiere eft
D'ALBERT d'Aix qui eft cres- belle. il deferit lentreueue de
l'Empereur de Conftantinoble &; de Godcfroy de Builloii en
ces termes, fmperator autcm tam magnifico Duce vifi tiHfqlJe
fequacibm infplendore & ornatu pretiojarum pellt'um , tam ex
ojiro quam auriphrigio, & tnnitteo of ere Armellino & ex Mar-
drino grrfeoque & vario , quibus Gallorum Principe s prtcipuc
vtuntur. La feconde eft de Roger de Houdam , Anglois, qui
dit que l'Euefque de Lincolne deuoit annuellement au Roy
d'Angleterre,Pallium Sabellinispelliculatum : id cit, fourre de
Sable. Or cette fourrure eftant noire par excellence comme a
obferué la Marche, les Heraus par caballc en one empruneé le
nom, quilsontdonné a la couleur noire. Comme ils ont pris
le guetilles, quils ont donné au rouge, des fourrures vermeilles
dont les poignets & collets de pourpoints antiques eftoient pa-
rez & ornez.
Voyla Monfieur l'origine indubitable du termp Sable vfïté
en Armoiries &: fa veritable fignification, car pour le M. S. de
Grenoble qui vous a perfuade que c'eftoit vne efpece de Sablon
ou pouffiere noire, ie n'en peux dire autre chofe finon qu'il
vousàiettc de la poudre aux yeux auec fon HERMINE rov-
DRE'E DE SABLE. Mais de quel Sable ? de celuy de TAmphithea-
tre reintdu fang des GiadiaceursPCerres vous n'y penfez pas.Car
quand le fang feroit noir de foy, ce qui n'en: pas ( come vous ap-
prendrez mieux des Médecins que des Poëtes) il eft euident que
le Sable en fanglanté feroit pluftoft noirci que noir. Le Pere Mo-
net
17
E
fier acn-eplus fin que vous. 11 s'ct fauifé d'vn certain Sable na-
turellement noir qui eft trefpropre pour fourbir les A rmes. Mais
ce grand Homme n'a pas pris garde que le Sablon d'Eftampes
etl: auffi blanc que nege qui ne laiffe pas neantmoins. d'auoir la,
mefme proprieté aufli bien que cet autre que ie nay point en-
core veu.
La fuite de ce difcours m'oblige de dire vn mot de l'Hermine
Armoiriale,laquelle vous baftiffez félon voftre caprice,& vous y
attachez auec rant de violéce que vous ne feignezpoint de cor-
rompre les Liures pour Ics accommoder a vos fentimens. C'eft
ce que iay remarqué au fuict de la moucheture de cette fourrure
Royale d'hermine que vous pretédés eftre faite de l'excremké de
la queue de ces petits animaux.Mais parce que cette doctrine ne
s'accorde pas auec le Cérémonial de Frace, où nous lifons,qu'au
Sacre de Henry il. l'cicharrauc des Ambaffadeurs eftoit paré
d'Hermines de velours noir fur toile d'argent, vous ne faite$
point ferupuîe de dire, qu'en cette occalton à faute d'Hermi-
nes , on en fit auec de la toile d'argent, & des mouchetures
de velours noir , comme fi vne fimple moucheture eftoit la
mefme choie qu'vne Hermine enciere. Or en cela vous auez
tort, vous n'auiez qu'à lire ce Liure que vous auez cité fans l'a-
uoir veti, ce qui vous arriue aflez fouuent, & fans luy faire vio-
lence vous y auriez trouué de l'Hermine mouchetée, comme
vous l'entendez, boit qu'elle fe falle du bout de la queiie de ces
petites beftes , ou de quelques floccons d'aigneaux d'Italie,
eftouftezà leurnaiflance, comme on a dit au P. de Varennes. le
ne reierre pas mefme cette opinion pour les habits,ce que ie vous
prie d'obferuer ; car pour les Armes, les Heraurs y onr éternel-
lement reprefenté des Hermines entieres,au lieu des floccons
mouchetures, que vous y voulez introduire de haute lutte. Les
Auteurs auffi s'accordent auec les Hcraurs. Et 11 faut eftre bien
aheurté,pour dire le contraire,come vous faitesenf Art,pretédu
Veritable,Page 96. où vous tranchez net, que tous les Ecriuains,
nomment ces mouchetures des queues d hermines.N'allez pas fi
vine) ie vous prie, & vous venez d'abord que le P. Monet n'eft
18
pas de voftre aduis.Vous le citez en la page nonâte-trois,& vous
ne vous elles pas fouoenu, qu'il a dit, que vos mouchetures
eftoient des croifettes au pied longuet & parce. Le P. Binee fous
le nom de René François parle plus clairement. Les Ducs de
Brccaigne à ce qu'il dit, portent d'argent femé d'Hermines de
fable. Le Sieur D' Hozier, Cac des Ch. du faind Efprit de h der-
niere création. Monfieur de la Meflera ye, porte de Gueules ail
croiflant d'argent, chargé de cinq hermines de fable. Mon-
fieur du Cheine hiftoire des Ducs de Borgongne de la première
branche. Les Seigneurs de Sombernon Cadets de Montaigu
chargerenclecancon d'argent de leurs aifnez d'vne engreflure
& dw cinq Hermines de fable, peries en fautoir. Cxfar de noftre
Dacne Hilt. dw Pro. partie 8. M. Paul Huraut. A. d,à ix porcoit
de Huraut, brifé fur le fommet de la croix d'vne Hermine, Il
ne dit point de quelle couleur, ce qui ne nous eft pas ncceflaire.
Et pour vous côuaincre,que cette opinion cH: la comune, & que
la voftre au contraire eft cerebrine, excrauagme & particulière
au moins en Armes ; c'eft que celuy de qui vous la tenez>recon-
noift que plufieurs de nos Anceftres fe font figurez que les mou-
chetures noires de l'Hermine eftoient la figure de la peau de
cette petite befte, & qu'ils nous les ont peintes auec vne manie-
re de petite tefte, de quatre pieds &c vne queiie-
Apres cela vous voyez bien , de quel poids peuuent eftre les
raifons que vous apporrez contre noftre opinion, aufqueMes
neantmoins ie ne laifltray de refpondre.Premiereinéc,vous dites
que fi ces mouchetures eftoient des Hermines, on ne les verroit
pas fi petites Mauuaife raiso ne vous en deplaife,mettez-les plus
au large,& vous les aurez plus grandes.Cependant il fuffit qu'el-
les reprefentent ce qu'elles font, ce qui fe peut auffi bien faire en
petit, comme en vn plus grand efpace. Ainli vn Sculpteur gra-
ua vn Geant fur vne table de diamant de la largeur d'vn ongle;
& l'hiftoire nous apprend, que l'art auoit fi bien imité la nature,
que ce Colofte tout abrégé qu'il eftoit, paroifloit auffi grand &
auffi terrible à l'œil, comme s'ileuft eû toutes fes dimenfions.
Secondement vous dites, qu'il y en auroit d'autre couleur que
de
19
de noire, vous croyez donc, qu'il n'y en ait point. C-eft ce qui
vous trompe, & outre celles que vous deuez auoir veiies dans
la compilation des Auteurs Anglois, & ailleurs. levous ap-
prends, que le Sieur de Baëce Gentilhomme de nom & d'ar-
mes , dans le Dauphiné, porte de gueules à cinq hermines
d' or 3. &: 2..
Vous dites auffi, qu'on eut deu pluftoft mettre l'Hermine
blanche fur le noir, &: !uy conferuer fa forme naturelle (vous
vouliez dire fa couleur) que de la teindre ainfi. Vous en efcrirez
aux fourreurs de Pari^fi bon vous fcmblc. Ce pendant ie vous
diray que toute la grâce de cette ,. fouri ore confiftant en fan
exrreme blancheur, on s'eftauiféde larendie encore plus blan-
che par l'oppolition de fon contraire. Ce qni s'cfi.,faiccn deux
maniérés j La premicre & plus ancienne, en inférant quelques
peaux entieres de ce petit animal teintes en noir, & rangées
in quincuncem , comme nous voyons dans foutes les Armories
de France, d'Angleterre, d'Efpagne, d'Italie., & dans les ha-
bits des anciens ; donc i'ay quelques exemples dans vue Généa-
logie des Comtes de Valentinois, en Tableaux, ou ie remarque
vnlean de Poiriers Sieur de Cheuriercs, Brianfon &c. Fils
de Louys & de Politiane Roufle fa fécondé Femme, veftu d'vn
manteau a manches fourré d'Hermines a rAnrique & comme
on les reprefente en Armes; l'autre en d'vn de fes nepueux Fils
de fon frere Antoine, que Monlîeur du Chefne n'a point connu,
veftu d'vn manteau d'Ecarlatte , dont le collet & les parements
font foutrez d'Hermines de la mefme maniere. La fécondé fa-
çon de rehaulîer l'Hermine qui eft aujourd huv vfitée , a efté de
la moucheter de petits floccons de fourrure noire, ce qui n>a
commence que bien tard & enuiron le temps de Henry IL au-
quel L'ancienne mode n'eftoit pas encore abolie comme il fe col-
lige du cérémonial, ou ic vois deux fortes d'Hermines, l'vne
contrefaite femée d'Hermines de Velours noir, &: l'autre na-
turelle qu'on qualifie mouchettée pour la diftinguer de l'ancien-
ne qui (e Tcferoit tout a fait perdue, li la memoire ne s'en eftoic
coufeiuée parie moyen des Armoiries. Yoftre opiniâtreté m.'a
coa
iO
contraint de vous repetee icy ce que j'auoiç cfcritailleurs t ou
ic peux dit e fans vanité qu'il n'y auoit tien àadjouter.
Voyons fi vous ferez plus jufle en l'explication des O T E L-
LES. Vous dites que ce font des playes, mais qui ne font pas
rouges comme celles de tantoft , celles cy font blanches fur vne
chair ronge, & vous les deriuez du Grec, vulnus ce qui eft
fû extrauagant qui! faut auoir le tefte &c l'imaginatiS bleflée,pour
cftre capable d'vne femblable refiles ie. Le P. B. m'eferiuoit ces
iourspaflez que c'eftoient des aureilles du Grec ;71'. Le fieur
Finé dic que ce fane des Amandes.De raifonie en vois poinr.En
cfFeâ les A mandes s'appellent m ai»! es au pays de Commingeois
- comme par tout le Languedoc, Prouence, Dauphiné, d'O-
telles on ne içait que c'eft. De maniéré que ie me tiens a ce ,
que t'en ay dit, en attendant quelque chofe de meillieur. Or fi
c'eftoit vn mot corrompu, & qu' on eut dit Orelle pour t telle,
Il viendroit de HafluU t telle ou ArelJe, vnde Atteler vn bras
rompu. Il GgnHie auffi vn efclat de Lance,comme dans Fhiftoire
fainte de 1 Abbe Guibert, Fraxinos longas hojtilts txcigit vmbo3
& magnis impaffœ viribtts in haftulos minutantur.
DES OTELLES ie viens au PA I RLB , & fuis bien depîaifant
que Monfîeur de B.foit auiourd'huy degoufté de noftre conie-
ieélure; il ne m'a pas tefmoignépourtant q Vil h reicctât entie-
rement , feulement m'a-t il fignific , qu'il en auoir vue au-
tre fort raifonnable ; mais il ne m'a pas iugé digne de ion re-
crcr. Le P. B. que i'ay foupçonné d'eftre l'Echo dudit Sieur
de B. m'eferiuoit ces iours paiTez, qu'il venoit de FER v-
I A beface que l'on pjflfoit au col , comme font celles de
ceux qui vont porter Teau benifte par les maifons , ce qui feroit
fort tionnere, & fort (eanta noftre Noble fle. Que fera-ce donc
voftre Pariiis ? ie ne le crovs pas& i'eftimerois ledit Sieur de B.
1 a cette o p i 1 is qtio y
bien complaifant, s'il fouferiuoit à cette opinion. Mais quoy
que ce foit, fay cette confolation , qu'en voulanc deftruire la
mienne , vous l'auez affermie par l'autorité de cet Efcriuain
A nonyme, qui a dit de nonre Figure, que ce deuoic eftre ie/W-
Itum d'vn Archeuefque. Antijhtis facrisoperantis Pallium.
Vous
21
F
Vous ne vous rendez pas pourtant à cet Oracle, & fouftenez
que le PAIRLE ne peut eftre vn Pallium Archiepifcopal, d'au-
tant que celuy de l'Eglife de Kent ( vous vouliez dire, de
Cantorbery ) a le pied fiché, armé de fer. Comme fi c'eftoit
vne neceffitë que tous les autres fuffent de mefme. La confe-
quence n'en vaut rien. Car en premier lieu , il y a bien de l'ap-
parence , que celuy des Archeuefques de Naples, n'eftoir pas
femblable, André Caftalde, Preftreregulier de cette Ville nous
l'a reprefenré fur la planche de Ton Cérémonial, armé par en bas
d'vne platine pointuë , terminée d'vn bouton, en façon de bou-
terolîe d'efpée. Celuy de Monfieur de Lyon a les pendants reuc-
flus par en bas d'vne platine de plomb,couuerte de taffetas noir
vn peu arrondie , de telle forte pourtant qu'elle eft plus quairée
que ronde : celuy de Tholofe eft fort femblable. Que s'il faut
adioufter quelque foy aux eftampes, il fe trouuera que le PRI-
lium de faind Norbert Archeuefque de Magdebourg ell: coup-
péquarrement, fans apparence d'auoir iamais eu platine. En
quoy il fc troune abfolument conforme à celuy de faine): Am-
broife, que ie vois dans le fceau de fainct Charles Borroméc,
affis au milieu de* fainas Martyrs Gcruais, & Prorais, reueftu do
fon PAllium, couppé tout net par la pointe pendante fur J'cfto.
niach. Et comme ce Pallium eft fur fa chafuble croifée deuant &
derriere a l'antique, il reffemble aucunement à celuy de Von-
vvil, que le graueur ayant tiré fur vne pareille chafuble, il fc
ponrroic bien faire, qu'il euft confondu le trauerfier de la croix
, auec le pendant du Palhum, cequifoitdit en panant, &: pour
enquerir.
Que fi tout cela ne vous fatisfait, fçachez auffi, qu'il ne fuffie
pas de dire brusquement, que le terme Pairie, vient de PartlU;
car d'vn cofté ce terme Parilis eft vn adiedif, qui demande
ie ne fçay quel appuy, que vous ne luy donnez point,que fi vous
foufentendez lefubftantif, Figure, par exemple, vous deuiez
nous apprendre l'vfage de cette figure, l'accommoder à fa ligni-
£cation, & la déterminer à quelque chore de certain,finon nous
aurons bien plus d'vn Pairie en Armoiries. En vn mot, ie vous
Il
fouftiens que le Vaïïium%^Lle Scapulairenepeuuent eflre appel-
iez Pairies de cette prétendue égalité de parties, qu'ils n'ont
point. Vous verrez les modernes, fi bon vous femble, & trou-
uerez qu'ils ne peuuent eftreefgmx,& des bien anciens, fi vous
auez dans voftre bibliothèque les Homelies du P. Coton, im-
primées à Paris, chez Sebaftien HUlé, vous verrez que les pen-
dants du Pallium defaind Denys, qu'il a fait tirer fur la planche
de fonliure, luy defeendent par deuant iufques au milieu des
iambes, & partant il faut que le Pairie foit venu d'ailleurs que
de cette prétendue parilité qu'il n'a point en effet.
Vous me faites auffi querelle pour le Go v S SE T, dont iay plu-
ftoft expliqué l'vfage que l'etymologie, laquelle ie n'ay fait
qu'effleurer. En, eftèc, fi le Govs s F. T vient de Gonjfe, ilfaloit
donner l'etymologie de ce dernier terme, donc ie n'ay rien dit,
parce que ie ne croyois pas qu'il fuft neceflaire. Que fi ie voulois
me donner carriere, comme vous faites affez fouuent J ie le ci-
rerois du Latin Siliqua, en tranfpofant quelques lettres, & vous
prouucrois laiuftefle de cette origine par vn nombre infiny de
termes formez en cette maniéré de TBebreu en Grec, du Grec
en Latin, du Latin en François, Italien , & Efpagnol,&c. vous
trouueriez peut eftre cette entreprifc hardie. Mais les voftres
font bien plus releuées. Vous ne changez pas feulement les
noms des chofes.
Voftre puiflance s'eftend iufques fur les natures , que
vous metamorphofez comme bon vous femble Ainfi vous tirez
le Synoplc quieftrouge partout, finon en Armes, du Grec
fl1Jr. ) & du Latin Culiou, qut fmtviridia nucum putaminay
noftre rouge, ou Gueules, apres quoy il n'y a plus rien qui ne
foit faifable. Ailleurs vous tirez encore leSynopls de deux ter-
mes Grecs, 1(",,. ***•* ce qui,eft fort iudicieux. Mais que dires
vous de voftre Amy, Je P. B. qui le cire de i'Alleman Schil de
grundi à voftre aduis eft il pas gaillard ?
Le Lecteur en iugera, & cependant nous examinerons Tery-
mologie de la T* ANGLE terme barbare & inufité en Armes de.
uant ta Colombiers, qui Ta tiré du Mil S.de Grenoble, dont ie
diray
?-
13
diray mon fentîment ailleurs. Or comme ce terme eft rort Pro-
uincial, s'il neft Barbare tout a fait, auffi ray-je tiré du Latin
barbare Thartnca, ce qui ne plaift pas à Môfieur de Boifïieu à cç
que vous dv:es.Qoc fi la lettre que vous alleguez n"eft furpofec,
ie prie ce grand home de me permettre d'appeller defafentencc
à luy-mefme ,&ace glorieux cercle de doéles qui l'enuiron-
nent,5 £ leconûderent comme le Sceuole de cette fçauante Vil-
le. Et fi ie fuis condamné, ie baifleray la tefte, & prendray pa-
tience. Mais quoy qu'il artiue, ie ne penfe pas que vous perfua-
diez à ces Aigles, que la TRANGLE vienne de Régula, que vous
ne diûez cornent & pourquoy. l'entends bien pourtant,que vous
alleguez V itruue, & ne doute point, que céc Ancien n'ait fou- ,
uent parle de Regle & de Compas. Mais il faloit vn peu mieux
circonftancier cette authorité, nous marquer le lieu dont vous
vous vouliez vous feruir, apporter quelque Analogies de Trait*
gle, au Latin Régula, les appuyer de l'vfage des Efcriuains
François, Romansou autres, à faute de quoy ic vous bai-
fe les mains.
Iereuiésa voftre lettre ou vous me mcnafïes de réfuter ce que
iayditduPEM EN SAVTOIR DV DIASPRE DE X'ESSONIER
PAMPELLONNE , DE LA BANDE" DV L'AMBEAV,&C. Et ie con-
nois a voftre mine qu'au lieu de me refuter vous vous attirerés
bien de la cofufion,ô £ puis c'eft tout Qu'auez vous doc à dire du
Diafprê, ce qu'vn de vos confidens m'en a efcric fans doute,qu'tf
ne vient pas du Latin ,Di/pary mis de l'Italien ,Dia/pro. Mais
fi ce Diafpro venoit de Difpar, comme il eft fort vraisemblable
que diriez vous ? Certes ie penfe l'auoir prouué a celuy donc
cous parlons, mais d'autant que cecy n'cft pas plublie ie fuis
content de le repcter, icy pour la fatis-ration des curieux, &
de Monfieurdc B. entre autre qui m'a fait c'efte objection. le
luydifois que comme toutes les pierreries tirent leurs noms de
certaines qualités U propriétés naturelles, qui les diftinguenc
les vnes des autres pluftoft que de leurs formes eflentielles qui
nous font inconnues. Ainfi le beau lafpeeftant naturellement
nurqueué & diuerfîfié de couleurs durantes II eft fort croya-
ble
id
hie que les Italiens Payent appelle RiaJprotde cefte Difparité >8z
diuerfuéde couleurs dont il eft: renetfu pluftoft que du Latin,
la/pis i qui en eft: allez eloigné. Ainfi l'Efcarboucîe le Pyrope, la
Chryfolite , l'Onice & autres ont receu ces noms de leurs cou-
leurs. Le Diamant &: l'Amety de de leurs propriétés, quelques
autres comme le Topaze, du lieu de hur origine &c.
le ne doute point aufli que vous nalliés chercher l'origine de
L'ESSONN IER, dans voftre Scapulncar afin que ie die cecyen
paflant corne ie fuis Homme de Romans vous leftes de diltioti.
naire, &fî vnc fois vous venez a les perdre voftre fortune eft:
raicc ) & l'on dira de vous ce que les politiques de Paris difoient
du C. de Pelleuè.
Seigneurs Eflats exeufez le bon Homme,
lia laiffie Jon Calepin à Rome.
Tant ya que c'eft honnefte Homme dont vous vous elles feruy
pour crochetter mon fecret m'eferiuoit l'année derniere, qu'il
venoit du Grec « ,. en deux mots dont il a bafty noftre
eflonnierquifignifie vnc ceinture.
Or a cela i'ay 3 .chofes à vous dire. La premiere,que ce terme
Effinitr, iia7 iamais efté employé en cefte fignificacion par nos
Auteurs.Secondemët vous deuez vous fouuenir de ce que vous
aucz dit &: répété plufieurs ; fois que Tinuention des Armes cft
deüc a noftre nation,ce qu'eftant, c'eft: vne impertinence d'aller
chercher l'origine des termes d'vn Art n'ay en France chez les
Turcs,Arabes, Hebreux, Grecs, Efpagnols, comme vous faites
affes fouuent. Enfin ievous repete ce que ie vous difois tan-
toft qu'en matiere d'etvmologie, il faut boire de l'eau de fa Ci-
fierne (elon Je dire de l'Efcriture, & comme il efioic defFendu
aux Atheniens d'aller puifer chez leurs voifins qu'ils neufifent
fait auparauant toutes les diligences poffibles, puur trouuer de
J'eau dans leurs fonds. Ainfi aurions nous mauuuaife grace
d'emprunter de nos voifins ce que peuft: eftre nous auons chez
nous, outre que rarement nous y reuffiffoils.
En effieft ie prans garde que plufieurs Dodes fe font emba-
raffés pour n'auoir voulu fuiure cet ordre. Henry Eftienne en-
tre
2e
G
He autres s"efi efforcé iautifement de tirer noftr© Tringut, ovk
Tringle du Grec , qui n'en cfl: pourtant fi éloigné que vo-
ftre Régula. Villain de B*»»®* lequel manifefternent eft deriué de
ri/llenss. Hoquetons du Grec £ <r«'r confondu auec fon article
ix/r if c'cft vn diminutifdu Flaman Reuque, employé par Mon-
ftrelet pour vne Cotte d'Armes, & dans le Ceremonial de Fran.
ce au mefme fens, pag. 5 3. tant y a, que de ce mot Hcuque,oa
Huque , on en a fait Huquetton, & Hoquetton d'ArcherJ
Ainu vn fçauant de nos iours pourroit bien s'eftre mefpris
en l'origine de noftre vieil mot Gaulois Tinel, qu'il a voulu fai-
re fortir du Grec T IV- S AA ©"̃ J c'efi à dire, vn chant de eriomphe, cc
qui efl infiniment éloigne de fanaturelle ngniticacion,que nous
expliquerons, après auoir donné fon origine, laquelle ie tire du
Latin Tignum 5 d'où l'on a fait premierement Tine , pour dire le
tronc d'vn arbre, qu'on appelle auffi Tige de Tigillum, Û ie ne
me trompe. Dans noftre Perceforet f ie vois des Arbres hauts de
Tine ? c'dt à dire, de rige. De tine puis après nos Anciens ont
fait leur Tinel vfité encore auiourd'huy en Picardie, pour fîgni-
fier vn bafton. Et en ce fens ie trouue dans le mefme Percefo-
reft , que la femme du Geant aux crins dorez prend vn Tinel
pourafïommer Clamides,Efcuyet dc Lyonnet du Glas,qui auoit
abufé de la (implicite de la ieune GeandC) fa fille, âgée feule-
ment de neuf ans, quoy que d'vne taille fort au deflus de cet
âge. Et au premier vol fol. 130. A tant VA venir VN EfiaJtY
moult noblement vetttt, & lefiÛuDicnt deux forts varlets, !"-
tjtnts fur vn Tinel vne Corbeit'c.
Voila donc ce que ceft que Tinel, refte d'en montrer l'vfa-
ge , & de lajufter à l'ancienne Ceremonie, pratiquée en France,
Angleterre ,& autres Eflats voiiiiis, où les Roys tenoient leur
Tinel s e'eftà dire,Cour planiere. Ce quife faifoit aux grandes
Feftes de l'année, où paroifTants en Majefté, la couronne fur la
le (le, Se le Sceptre, TIN EL ou bafton Royal en main, pendant les
Diuins Offices, & mefme dans le Palais ; l'heure du difner ap-
prochant, ils remettaient ce Tinel AH Senefchal, qui eft auiour-
d'huy le Grand Maiftre, pour marque de l'autorité qu'il auoit
2.6
d'ordonner de tout ce qui appartenoitàîatable du Prince, Be de
faire administrer ce qui eltoit neceflaire tant aux ordinaires
qu'aux eftrangers qui venoient de loing à cette fefte par curiosi-
té, ou pour faire honneur au Roy , tenant fon Tinel. Cette ce-
remonie auoic encore deux circonftances confiderables que
vous prendrez en bonne parc, quoy qu'elles foient hors de pro-
pos. La premiere , que trois Lheualters faifoient le Sicgc du
Roy & vn Efcuyer couché à terre , luy feruoit de Marche-
pied. La deuxiefme , que les Grans du Royaume fcruoienc
la table motez fur grands dextriers,dcquov nous vous done: ons
des exemples en temps & lieu. Voila, Monteur, dequoy me
feruent les Romans , dont ie ne ferois pas tant d'efiat, fi ie ne
connoiflfois par experience la neceflké de cette lecture. C'en: de
ces vieux bouquins que vous deuez apprendre ce que nos He-
rauts entendent par leur Pamptiïonuè ; car vous parlerez ainn,
s'il vous plaift. l'en ay bien quelque lumiere ; mais elle n'en: pas
affez forte pour difliperles tenebres, dont ce terme eft enuelop-
pé , ce qui m'a empefché de m'en defcouurir, fi vous auez quel-
que chofe de meilleur vous nous le donnerez, & nous vous en
fcrons obligez.
le m'attache à voftre lettre comme vous voyez, fuiuant l'or-
dre de laquelle ic viens au Peri en Sautoir , qui eft vne denos
phrafes Armoiriales, laquelle i'ay expliquée en vn fens que vous
pretendez combattre. Or en cet article il y a deux chofesà con-
liderer,le terme Peri, duquel vous n'auez ofé rien dire iufques à
prefent,peut-eftre n'auiez vous pas confulté vos Oracles. Quant
au Saultsir, ie vous vois fort irrefolu,ce qui vous arriue affcz fou-
uent i car en la ppg, ccnr, vous enfejgtJcz que le Chevron, le Tal,
& le Saultoir font des picces de la barriere d' vn camp, ou com-
me vous dites en la page 110. les pauls, Sautoirs, frettes & che-
rirons font pieces de la palliiTadc de la garde d'vn camp & des li-
gnes. Et en la page 412.. Vous changez d'aduis d tes qv-e le
Sautoir, cfi vn inftrument à deuidcr le filet àc faire les Efche-
uaux. Ainfi à voftre exemple il me feroit bien pei mij de me l'a-
uifer & prendre vne autre brifée, fi ie n'auois bicn rencontre
Mai.
17
Mais comme ie blâme voftre irrcfblution ; ie renonce au priuile-
ge ; & au lieu de vuus imicer, ie m'affermis dans ma première
peniee. que le Sautoir ait efié ainfi appelle de l'exercice deno-
ftre ieunene. Ce que i'appuye de deux autoritez. L'vne de Per-
ceforcft où ie vois deux lances, efpées en Sautoir, il dit, qu'elles
font efpées y d'autant qu'elles eftoient à fer émoulu ; Et qu'elles
font en Sautoir,marque de quelque exercice ce
que dit Tacite de moribus GermltnOYlIrfJ (& c'eft ma feconde auto-
licé ) que les ieunes gens de cette nat\o}Nudi inter gladios fe, at-
que tnfeftœj frameas Jaltu iaciunt. De maniere que ie ne fais plus
aucune difliculré du nom & de l'vfage du Sautoir,que ie n'auois
expliqué, qu' auec crainte.
Quant a vous Monûeur il eft euident que vous vous trom-
pez d'vn collé ou d'antr-\&: peuteftre de tous les deux. Car pour
ce qui concerne vos barricres dont vous parlez fi poliment,vous
n' en apportez aucune autorité qui eft vn mauuais figne. Et pour
le deuidoir a fatre les Efcheuaux , la penfée en en: li bane & û
indigne de la generofué, de nos Caualliers que vous en dcuriez
rougir. Mais qnoylePere Monet, qui eft vn de vos meillieurs
Maiftres auoic donné des Fufeaux de Femme a ces braues, âc
comme vous n'auez pas moins dinclinati5 pour le beau fexe'&
pour fes excercices vous auez voulu leur donner des deuidoirs
& ie ne doute point qu'a la prochaine edition vous ne leurs
fourniffiés des quenouilles ne les enuoyés filer en la com-
pagnie d Hercule auec les Demoifelles de la belle Omphale.
Que direz vous donc icy pour voftre deffenfe , que le terme
dfya dans voftre Dicrionairc Efpagnol fîgnifie vn deuidoir , va
fautour &c. Voylaqui va bien. Mais pour cela noftre Sautoir
Armoriai ne fera pas vn deuidoir ny le deuidoirvn fauteurou
fautoir. Car comme le mont Taurus, n'eft pas vne befte a
corne quoy que le rom qu'il porte foit commun a la Montaigne
&: a l'animal,& comme les Eléphants de Pyrrhus ne deuindrent
pas des Boeufs paice que les Italiens qui ne les connolfoient pas
encore kur donnèrent ce nom, la premiere fi is qu'ils les virent,
& pourme ici:uir* de vas Armes & de vos rayfonnementsconfre
VOIS
il
ttobs mefme. Comme nous ne pourrions pas appeler noftrc
butoir Armoriai vn CheUaîèt,eiicore que ce cheualec foit quel-
que fois nommé Sauteur, quelle raifony auroit il de dire que le
Sautoir du Blafon èft vn deuidoir, parce que le terme Efpagnol
- .Áf!1f fisoHie? vn deuidoir.
r Ouurez donc lesyeux,ie vous prie, & coinfiderez que de tou-
tes lesiïgnifieations de voftre Ajfa, il n' y a que ta premiere-qti i
p4, il y a -q u -c Je premier ti i
luy Toit propre & que toutes les autres font Mecaphoriques , &:
empruntéesde la prernicre,auec laquelle ellès n'ont rien de com-
, mun que le nom. Et pour vous oftertout fujet de douter, ap-
preriés de moy que les termes 4fp*r & Afpll ne font pas telle-
ment Efpagnols qu'ils nayent elle conus, & vfîiés en noftre
langue. Et comme les bons Romans font des trefors inefpui-
ng ont 1- -
fables de f antiquité,celuy de Perceforeft tant eftimé de tours
les curieux m'en fournit vne agreable preuue au 5'. vol. ou A fpel-
lertU employé pour deuider, & il y a du pîaifjF de voir deux
infoIentsChcualliersdêlaCoutdu Roy Arthus rattrapez fine-
mentpirr vne fage &~vertueufe Demoifelle, laquelle- ils auoient
encreprrfe,'& qu'ils s'eftoiet vantez d'humilier au péril de touts
leurs biens. De quoy, il ne leur reuftrt autre chofe que la con-
fafion de fe voir en fermez dans vne Tour, l'vn apres l'autreou
cette chafte Pénélope les contraingnit de filer & puis deuider,
l'Auteur dttHASJ> E L1. 1':. R ce qu'ils auoiec Hé far peine demourir
de faim.'Enfîn rt&ïerue'que tout le raport qu'il pourroit y auoir
entre le deuidofr ôc le Siurour du B .lafon-n'a iamais peu faire
que nos Auteurs en ayent confondu les noms; de maniéré que le
Sautoir efttouflours demeuré aux Armes & à noftre Ieunefïe
martiaHe &*guerriere & ledeuiooir (qu'cn appelle en Dauphiné*
Echaigne, en Prouence Efcaigne, en Languedoc Efcâueau, en1
Champagne Efchauoy , en France, vn detiidoir ) aux a
& Demoifellé. De SAVTOVR en cette fignificarion ie vous con-)
- feffe mon ignorance ie n'en entandfs iamais parh r.
D-u Sautoir vous paffez à la Bande où ie vous attendsde pied.
terme Pour le Lambïav que ia^deriué de lamina, d'où par di-
minution on a fait, Lamrhk ci ïambâ> & delaeirnotlre langue ,
Lamfae
19
H
Lambre & lambrequin, à l'exemple des Efpagnols qui ont for-
rot ces mots j nombre, lambre, homhre) des termes Latins ho-
mo, lumen tnomen. l'ay pour garent le Sieur Mefnage , qui ay-
me bien mieux montrer par fes doaes efcrits la connoiffance
qu'il a de toutes les langues Orientales & Occidentales, que de
s en vanter comme vous. le ne fçay pas fi touts Ces ouurages font
dans cette vafte Bibliothèque, donc vous me faites peur. Mais
fes feules origines que vous auez fort eftudiées, fuffiroient pour
vous apprendre,que cous les Docres ne font pas Pedants,comme
vous a p pren d re,qtie tous les Dot-
nous apprenons des voftres, que tous les Pedants ne font pas
doétes j & Ci vous n'auiez tant d'amour pour voftre noble me-
(lier) vous aduouëriez auec va A ncicn J qu'à l'Académie aufll
bien qu'à l'année,il y a quantité de Braues, dont la valeur & la
doârine font eminentes, quoy qu'il ne porcent le faye de foldat,
ny la robbe de Prorcficur.
Monfieur Mefnage en: de ce grand genre, Se ie reconois auec
joye que i'ay pris de luy le fonds de mon Etymologie du Lam-
beau , que i'ay eftenduë au l'ambrequin) & l'ay illuftree par
l'autorité de nos anciens Hiftoriens ,chez lefquels touts les
noms en Quin, font diminutifs fort vficés aux Pays bas. le vous
ay déja parlé des Petrequins, Raoulequins, lofiequins , & au-
tres qui fonc de ce pais i'y ajoûte les BoTTEqytNs d'Oliuier de la
Marche qui font de cette qualité Se lignifient des petits Bots
ou Efquifs. Ainfi Tomas Que Angtoys, ayant appris que Iacquc
de Lalain qu'il chcrchoic pour faire Armes, s'eftoie embarqué
pour fon retour, il femit en vn BOT) & courut apres luy ce die
la Marche. Chez lequel vous verrez , qu'au Feflin dcsNopces
de Charles Duc deBourgongne,auec la Sœur du Roy d'Angle-
tere, l'on feruit vne nef chargée de viandes accompagnée de
quatre Bottequins i.c. Petits Efquifs pleins de Fruias & de Con-
fitures , de toutes fortes ce que peuft eftre vous n'auriez pas en-
tendu fi ie ne vous l'eufle expliqué.
le vous donne encore des efpargnes dudit Sieur Mefnage lo
fameux Harlequin, ou petit Harlay , à qui vous fI. rez earefle en
faueur de laprofeflion. Car vous neftes pas tellement Pedanr
30
que vous ne foyez aufli Homme de Theatre en qualité de Me-
neftrier. Ec pour noublier ces illuftres Forgerons des foudres de
nos Roys, dont vouseftes iiTu. le joindray a ces diminutifs en,
Qui'i. deux nièces denoflre anciene Artillerie. Le Cranequin
& le Ribaudr'quin ainfi nommez par ce quils eftoient plus petits
que lesMmgenes, VndeMmgenediAlbertd'Aixappeliez
depuis MangonnellHx par corruption , Chattes, Efpringalles,
Trébus & Trebuchets, dont nous auons la figure dans le blafon
d'vne famille du Valentinois fondue en celle des Miftrals, il eft
de G ueullesà vn crebuchecou Mangonneau debandé d'argent,
d arda it vne nuée de pierres de mefme.
C'eft ce que l'auois à vous dire pour l'intelligence & l'origine
du Lambrequin qui eft déformais bien prouuee, Quand à vous- ¡
Mr. qui le deriuez de Lamberare, vous verres ce qui vous en ar-
riuera. Car d'vn cofié Nicotque vous alléguez ne parle point de
JLambrequms, tant s'en faut qu'il le tire de ce verbe dont Feftus
neconnoic que la trayfiefme perfonne du prefent. Lamkerat 1.
e. Scindit Laniat. & dailleurs, ie veux que les Lambrequins
ayent efte appeliez Hachcments, dequoy ie vous prie vous eftes
vous auizé de tirer ces hachements des chapperons hachez à
la guerre, & qui à iamaisouj dire que nos caualiers ayent por-
té des chapperons fur leurs cafques& heaumes .?En efFed l'e-
xemple que vous apportez en preuue de ccfte dofrrine, la de-
ftruit pluftoft qu'il ne l'eftablit: lleft pris d'Oliuier de la mar-
che qui nous reprcfenre Frideric Pere de Maximilien pre-
mier, Roy des Romains faifant fon entrée dans Befançon, ou il
parut couuert d'vn chapperon, dont la patte venoit iufques à la
fclle de fon cheual, & eftoit decouppée à grand lambeaux, & le
refte. Or ic vous demande ce Prince venoit-il de la Guerre,
que fon Chapperon eftoit ainii decouppé, ou fi c'eftoit la cou-
ftume de partir, & coupper ces pattes de Chaperon afin qu'elles
en fufîent plus gayes, al moins embaraflantes ? C'eft ce qu'il
faut que vous rcconoifliez. Car cette entrée: Ce fit en plaino
paix, ou ie ne dis pas vn Prince, mais le moindre Gentïl-Hom-
me. n'auroir pas ofé pareftre ainfi dèfchiré, & decouppé. Et d al-
leurs
gr
leurs c'eft vne chore fi extrauagante, & fi éloignée de tente ap-
parence de raifon qu'on ait porcé des Chapperons fur Je Calque,
comme vous auez voulu dire que ie ne fçays comme vous auez
peu eftre capable d'vne telle penfée.
Certes Monfieur, les Caualliers du temps paffé ne portoient.
pas le Cafque fur la tefte nuë , cela n'appartenoit que des Sainte
Penitents) tels que faind Guillaume Duc d'Aquitane, vn (aina:
Conrard &c. Ils auoient donc quelque chofe fur la Tefte, vne
coiffe piquée par exemple que les Anciens appelloient, A
evSyf®' parce qu'Achille en fut
ttp.xu comme dit Euftatius fur le neufiéme de l'Iliade, Ammian
Marcellin le nome CENTO. Sur cette coiffe ils en mettoient vne
autre de fer couuerte de cuir blanc, on l'appelloit alors le Baf-
finet. Sur ces deux Coiffes fe pofoit le Heaume ou Tymbre
orné de Ton Cimier accompagné de la Trefque, treffe, torque
outortil (ce que vous appeliez Bourrelet fort mal a propos)
pour les fimples Bannerets) du Chappeau ou Cercle, pour les
Comtes & Ducs, Et de la Couronne pour les Roys. Or fi ce.
Cafque fcul incommodoit fi fort qu'on ne le prenoit qu'au be-
foin &: au point qu'il falloit combattre, qu'auroit faid vn chap-
peron fourré fur' vn heaume chargé de cimier & des autres
ornements ordinaires , en ce temps principalement que les gens
de guerre eftoient armez danclumes, comme difoit Rabelais,,
ou comme ces Crupellaires Autunois, donc parle Tacite. Brefil
faut que vous confideriez icy deux chofcs. La première, que
c'eft la patte du Chapperon de Frideiic,& non la telliere,qui eft
decouppée, ce qui deuroit eftre neantmoins, eftant plus expofee
aux coups qu'aucune autre partie de ces Chapperons. Et la fe-
conde, que ces lambeaux font taillez & decoupez auec tant de
iuftefle,qu'il eft aifé à connoiftre, qu'ils ont efté faits à deffein &-
auec eftude dans la boutique d'vn Tailleur,& non dans le def-
ordre & la confufion d'vne bataille mortelle.
le vous attends au refte fur la ffsche Danoife, que ie vous
prie de manier dextrement, fi vous ne voulez vous enferrer,
comme il vous eft arriué aflez fouuent ; j'cn av dit, ce que j'en
:t;,. penfoi^
3!.
penfois, au(îî bien que de la B R. o Y E , & i'ofe dire , de celle-cy
qu'elle vous (croit encore inconnue, fi ie ne l'auois expliquée
parvne fecondè peiifée, qui eft folide, quoy que vous difiez:
que Ci lapremiere n'a pasefté heureufe, i'en ay rendu la raifon.
Nous n'auons que trop d'experience des defordres, qui fe font
giiflez dans la fcience Heraldique à faute d'entendre les termes,
ôc de connoiftre les figures atTcz fouucnc deprauêespar les Pein-
tres, Sculpteurs, Brodeurs, &c.
L'ignorance des termes a fait, qu'on nous a donné vn Cercle
de Tonneau,pour vn Sycamorti n'eft rien moins que cela. C'cll:
vn arbre très-commun dans les montaignes de Dauphiné, où il
vient naturellement^ fans art. Depuis quelques années on l'a-
uoit apporté en France de là ou d'ailleurs, où il a eu vogue iuf-
ques à ce que les tillots ayent efté connus, & Iuy ayent ofté fon
crédit. Tant y a qu'on le connoifïoit par fon propre nom de Sy-
comore pour lequel les Prouinciaux,& les Officiers d'Armes di-
fent plus communément vn Sycamor. , '-1 ?
Le CE R.CLE mefme seft relTenty de ce malheur, & l'ignoran-
ce des Graueurset f allée à ce poinft qu'ils nous ont reprefencé
vn Cercle commun, au lieu d'vn chappeati de Comte, qu'on ap-
pelle proprement vn Cercle & c'cfl; en ce fens, qu'il eft fouuent
employé dans nos Romans,& dans le Ceremonialjce qui me fait
fouuenir d'vne erreur plaifance d'vn Auteur celcbre, parmy les
Heraucs,qui s'eft: imaginé que les Perles,qu'on appelle de conte,
eftoient ainÍÏ nommées,d'autant que les Cercles,ou Chappeaux
des Ducs, Marquis., & Comtes eftoient grêlées, de cette for-
te de Perles, qu'on vent à la piece, à raifon dequoy l'on en mar-
que le nombre , en quoy elles différent des autres moins fines,
qui fe vendent au poids.
le remarque allez d'autres craies femblables de cet Auteur
queie palfe, pour vous dire , que i'ay vn violent foupçon que
Me lean le Feron ne nous ait tous trompez , au fuiet de la croix,
qu'il appelle RESARCELEE. Ma raifon de douter eft, que tous
ceux quioncefcric deuanc luy ne connoilfent point cette force
de
33
1
- de croix de la façon qu'il l'a reprefentée, au lieu de laquelle ils
nous en donnent vneautreen façon de croix encrée, dont les
crochets font fort recoquillez & prefque arrondis, à raifon de-
quoy ils la nomment RECERC ELLE* E, ce qui conuient extrême-
ment bien a la fignification de cet ancien terme Recercelïe. le re-
marque àufli qu'aucun de ces Efcriuains anciens ou modernes
n'a produit iufques à prefent aucun blafon de famille ou la
croix de Iean le Feron foit employée, de la manière qu'il nous la
donne. Et ainÍÏ tout confideré, il y a lieu de croire, que cet Au-
teur ayant leu que le Marefchal de Marfilly & le Chancelier He-
mard portoient des croix recercellées, fans en auoir yeu la figu-
re; il nous les auroit figurées fuiuant fon imagination, & non
félon la vérité deschofes. Que Ci maconiedure Ce trouuc véri-
table , ie n'auray point de honte de retrader mes fautes icy &:r
ailleurs , fi le cas y cfchet.
Ne croyez donq pas que ie m'orrenfe, Ci vous changez d'opi-
nion touchant les Armes de Nauarre, car d'vn codé vous n'eftes
pas tel que ieme doiue beaucoup flater de voftre approbation
non plus que Phoceon de celle des Athéniens.Et d'ailleurs ie ne
fcaurois cftre blafmé de fuiure Oihenard dans fon defadueu
l'ayant pris pour garend de mon aflertion auec tant d'autres
grands hommes, aufquels ie pouuois adioufter le P. E. Binet
dont lettfmoignage n'eft pas de moindre authorité que celuy
du fleur Meneftrier.
Mais puifque nous fommes fur ce chapitre des retradations
fi vous prenez le fentiment de vos amis, vous en ferez vn volu-
me aulli gros pour le moins que celuy de (ainét Auguftin. Or
bien que ie ne fois afles heureux pour eftre de cefte trouppe
choifie, ie ne laifferay pas de vous traider en Amy, & de vous
marquer d'office quelques lieux de voftre liure qui ont befoin
de reuifion.
l'eftime donq en premier lieu que vous eftes obligé de retra-
der ce que vous auez auancé en diuers lieux de cet ouuragc,
que les Armoiries ont efteinuentèes par noftre nation, &' que
l'vfage n'en a eftè introduit que dans la CccÕdc race de nos Roys.
34
n'y ayant rien de plus veritable que - ces gîorieufes marques, &
enfeignes de la noblefle font auffi anciennes que la guerre, &
les armes mefmes. Ce qui vous a trompé eft, que vous auez leu
dans vn Auteur du temps, qu'il ne fe trouue Charte ny tombe
ornée ou fcellee d'Armes de prince ou feigncur deuant l'an
1071. A quoy i'adioufte pour vous obliger, ce qu'a cfcrit Haute
Serre, que nous n'auons fceu ce que c'eftoit qu'Armoiries de-
uant la troifiefme race de nos Roys. Mais comme ces argu-
ments font negacifs, ie n'eftime pas qu'ilsfoientconcluants. Car
d'vn cofté,ilcft euident que les Grecs, Romains,&: Aliemans Ce
font feruis d'Armoiries long temps deuanc nous , ce que
- ces Autheurs ne denient pas. Et pour ce qui nous regarde,
• vous faites aflez voir par vos propos efcrics , qu'ils n'ont pas
frappé au but. Souuenez vous de ccque vous dites de Char-
les le Chauue & de Geofroy le velu qu'il quitta les Armoiries
propres ( ce que ie vous prie de noter) pour donner lieu à celles
que Charles luy donna, &: que vous dites eftre celles d'Aragon
Ver p rôle £ (îm. Car autrement ce font celles de la PIincipauté de
Barcelone. Souuenez vous encore de l'obferuation que vous fai-
tes, pa ge;?7j. de voftre liure,par ou il paroift que noftre Roy
Clouis auoit déja des Armes. Et enfin de ce que vous dites en la
page 39. ou vous citez le fieur des Marets, qui donne des Ar-
mes à vn feigneur de Pons des le temps du mefme Clouis, & du
Roy Alaric. le pourrois adioufterà ces riches tefmoignagesce
que les Alemans efcriuent de VVITlklND dont les Armes fu-
rent changées au baptefme par noftre Charlemaigne deuant l'art
huiét cents. Vous ne rejetteries pas peuft eftre ce traid de la
Chronique de Flandre, qui rapporte que le fire de Gaure portoit
les Armes de Rolant. Vous fcauez auffi ce que l'on à dit de Phi-
nard & de Lideric.
Mais nous n'en demeurons pas la, ie pretens que les Armoi-
ries eftoient défia conuës,& vficées de la manière dont nous en
vfons des le temps de nos peres eftants encores en Alemaigne,
comme ie l'infere de ce lieu de Tacite, Vemoribtts Germmorum.
N!ltlA.inqrsit apud eoj cul tus iaftatie fettta tantum Icclipmissolo-
rtbttâ
e
3f
ribfu âiftwgnefrant. Ce que ie pourrois expliquer de nos.Efcuts,
partis, couppés tranchés, taillés, faffés , pallés , bandés, barrés
&c. d~s couleurs &: des métaux de nos Armoiries, ce qui eft
propre de noftre nation car toutes les autres ont pluftofl: affeaé
les animaux de toutes fortes, & les monftres mefmes, comme
nous 1 auons dit ailleurs.
V oy la tvlonfieur ce que i'ay remarqué de noftrc Nation, la
quelle comme vous [canez. n'a iamais efté des plus curieufes.
Et pour ce qui eft des Grecs, & des Romains, fi ie vous traictois
comme, Tatitu , & les Sabins l'infortunée, Tarpeia, & que i'a-
moncelaiTe fur voftre tefte touts les Efcuts, Targes, & Boucli-
ers des Heros de la Grece,& d ailleurs,ornez &: Hiftoriez de leurs
Blafons, &: deuifes ie vous ferois vn Monumét plus fuperbe que.
celuy de Maufole , & de tous les Roys d'Egypro. En effet vous
ne fçauries refifter a cette foule d'Autoritez, & de tefmoignages
autentiques qui s'eleuent contre vous, & quand nous n'aurions
que les Poëtes que vous vous efforces de reeufer, vous ne pour-
riez pas vous fauuer. Car encore que ces beaux efprits fe don-
nent fouuent carriere, & quils meflent beauconp de fables dans
leurs narrations aufquelles pour cette raifon nous n'ajouftons
pas toufiours rby : fi en: ce pourtant qu'on n'a pas accoutumé
de reietter leur tefmoignage en ce qui concerne les mœurs cou-
ftumes, &: façons de faire de l'antiquité.
Mais de bonne fortune, nous n'en fommes pas reduits^çc
poind. Vous auez peu voir dans nos Origines quelques autori-
cez extraites de Plutarque, dont le nom clt en vénération
parmy tous les fçauants. l'ay rapporté auffi quelques exemples
d'vn plus grand nombre, titez dePaufanias, qui ne dit rien,que
ce qu'il a veu de fes propres yeux 3 car il y en a bien dauantage.
Celuy de Menelausentr'aurres dont le fymboleefioie vn dra-
gon, figure de celuy qui parut en Aulide , au demarer de l'ar-
mée des Grecs. Homere qui a fi dignement eferit cette expedûr
tion , vous a donné le Blafon de fon Ajfné, qui n'en: pas fi ré-
gulier. Et il faloit blen que le Harnois &: le Bouclier d'Achik
les eufTent quelque chofc de finguliej: & de remarquable, puifr
que
36
que Patroele, qtli "es auoit endofTés , fut pris & tué pourluy,
Que s'il ne parle fi cxademenc des autres Chefs de cette armée,
vous pouuez conieéèurer des paroles de ChorebLis au fécond
de l'Enéide, qu' ils ne laifloient pas d'auoir Efcuts & Armoi-
ries. Ce qui eft confirmé par l'autorité de Pline l'aifné liure
35. de l'hiftoire naturelle, où il eft dit expreflement, que les Ef-
cuts de ces Braueseftoient ornez d'Images, & Figures aiuerfes
pour fe faire diftinguer & connoiftre. Vnde, inqutt, S eut# ne-
men hAhuêre clypeorum non vt ferntrfa grammAticorum fubttli-
tas voluit a clutndo.
Ne dites donc plus,que nous deferons trop à l'anciquice,nous
le faifonsaucc jugement & autorité, & fi vous n'eftiez fi bruf-
que, vous vous fouuiendrcz encore de ce que vous auez enfei-
gné page 60. & 61 .de l'Art verirable,quc les Armes des filles fe
mettoient fur des lozenges,à caufe,que les tobeaux des Amazo-
nes eftoient de cette figure,&que l'on grauoit les Armes delfus
ces tombeaux. Vous n'auriez pas auffi oublié le lieu de Diodo-
re, que vous rapportez, page trois cents vint-huift,$ £ que vous
auez emprunté de Fauin ,auffi bien que celuy des Amazones:
mais vous ne prenez pas le fentiment de cet Auteur, qui s'en en:
feruy conformément au noftre.
Apres cela il femble qu'il ne feroit pas neceflaire de s'arrefter
aux raifons de Blondel, & Hauteferre Afin néanmoins qu'il ne
vour'refte aucu fcrupule.Ic vous diray que iay déja refpodu a ce
déhiier des l'entrée de nos Origines ou ie vous ay aduerty que
les voyages de la terre Sainte,n ont pas tant efte occafio de l in-
uention des Armes qu'ils les ont rendues plus communes, &:
plus neceflaires qu'elles n'efloienttuxfiecles precedents. Qui
eftee qui la trompé. En particulier les Arguments de Blondel
fÕt fortayfez à refoudre,car pour le premier qu'il tire des fçeaux
qu'il prêtent n'auoir efte marquez des Armes des Nobles deu-
ant l'année i oyi. tout ce qu'on en peur conclure eLl: que deuanc
ce temps les enfeignes de la NoblelTe eftoient vravement Armoi-
ries,d'autant quelles ne feruoient que pour la Guerre, & les Ar-
mes dont cllesont tiré leur nom, 3c n'efteient allors profanées
comme
37
K
çommcelîc ont eftc depuis. Et pour ce qui cft des Tombes,ourro
qu'on en pourroit dire la mefme chofe , il faudroit qu'elles
euffent efté pofées foubs vne heureufe conftellation, pour auoir
peu refifter au temps, brulements, incendies, ruines,& defordres
caufez par le des bordement des Vvifigots, Sarralîns, Normans,
Anglois, 6£ aultres Nations Barbares qui ont inondé, & dtfolé
noUre France en diuers temps.
refpere auffi que vous retracerez ce que vous auez dit en
voftre abregé & encor en la page 41. de l'Art verit. Que les Ar-
moiries n'ont efté héréditaires, que depuis le regne de S. Louys.
Ce qui eftfî faux qu'il n'y a rien de plus faux. En tout cas, vous
ne fçauries denier la fucceffion continuelle des fleurs de Lys,
dans la maifon Royale depuis Clouis, iufques a prefent. Les Ar-
mes de Normandie, de Bourgoigne, de Flandres, Touloufe,
Champaigne, continuées de Pere en Fils plus de deux cents ans
deuant le regne de S.Louys, vous prouuent la mefme chofe,& il
fault eftre bien opiniaftre pour s'y vouloir oppofer.
De dire auffi que les Armes eftoient attachées aux terres Se
aux fiefs dont on prenoit le nom, & les Armes, c'eft vne autre er-
reur fu jette à rctradacion. Et à cette fin ie vous prie de vous fou-
uenir de voftre définition des Armoiries, par laquelle vous efia-
bliffez que ces Blafons ont efté inuentez pour diftinguer les fa.
milles les vnes des autres,d'où il fenfuit que les terres n'ont au-
cunes A rmes que dependamment des familles,& perfonnes qui
les poffedent. Que s'il s'eft rencontré quelqu'vn qui ait. pris
les Armes de certaines heritieres,comme le frere du Roy Robert,
de Philippe premier, & les enfants de Louys le Gros, ils les ont
plufcon: receues de ces heritieres en la perfonne de qui elles fub-
fiftoient que des terres mefme. Ce que ie confirme par deux rai-
fons inuincibles. La premiere que les gentils-hommes dans la
première & féconde race de nos Roys ne portoient le nom de
leurs terres, comeils ont faid depuis, ce que vous auez obferué
vous mefmes. La féconde que les Cadets de famille, qui n'ont
rien à ces terres, ne laiffent pas d'en porter les Armes. Comme
les Seigneurs de Moiitaigu puifnez- de la première branche de
38
Bourgongne. & les Seigneurs de Couches, & de Sombernon
puifnez de ces puifnez, qui porterent tous de Bourgongne an-
ciene, auec brizure & Cousbrizure, tant que les aifhez durèrent:
mais la branche Ducale eftanc eftcinie , & le Duché paffé auec
l'heritiere aux enfans du Roy Iean , ils en prirent les Armes plei-
nes , quoy que la terre fuft bien efloignée de leur famille.
Tout ce que vous dites en ce mefme lieu, ne fert que pour af-
fermir de plus en plus noftre doctrine, & les changemens que
vous alleguez,'pour fauorifer la voftre, la deftruifent entière-
ment. En efrect à quel propos auroit- on obferue auec tant d'exa-
ctitude icchange men t d'Armes de ces cadets de Robert &c Phi-
lippe premier, des enfans de Louys le Gros : d'vn puifnay de
Flandres , appelle au Comté de Haynaut, dVn des enfans de
ceccuy-la) r'cncranc dans l'heritage de Flandres, & quelques an-
nées auparauant de Philippe d'Aiface, Comte de Flandres, qui
le dernier porta les Armes, Girennées, die la vieille Chroni-
que ; car tous les autres depuis LideriK les auoient portees fuc-
cefïiueitiét?ce que ie vous prie de noter:Et enfin de tout ces Co-
tes des Pays bas, qu'on dit auoir quitté leurs Armes de concert
pour prendre des lions. A quel propos, dy-ie, auroit-oll tenu re-
giftrede toutes ces mutations, s'il n' y euft eu quelque loy ou
coutume au contraire?
Mais ie palfe bien plusauant, &: vous foûtiens, que chez les
Grecs mefmes les Armoiries ont efié fucceffiucs & herediraires,
comme tout le refte des biens de la Famille. L'exemple d'Ep"
minonàM eft formel pour cela. Et Paufanias vous a apris, qu'il
portoit vn Dragon, parce qu'il eftoit iflu de la famille des Spar-
tes , ou femez de la ville de Thebes, ce qu'il n'eft pas befoin de
vous expnquer. Le mefme obferued'ido,-nenée, qu'il portoit vn
Coq, oyfeau dédié au Soleil, duquel il prerendoireftre defcen-
du. Qnefi vous moppofez ce qui efteuidene, que toutes ces
origines eftoient fabuleufesJe ne coatefteray pas.Mais aufli fau.
dra t'il que vous confeffiez que les fables auoient autant d'auto-
rité fur les Efprits de ce iiecle que la vérité mcfme. Et vous eftes
trop habile homme, pour ne pas. fçauoir, ce qu'vn excellent
Hi
39
Hiftorien a remarque des comencements de la Ville de Rome,
où il dit expreffement qu'en matiere d'Origines & fur roue dts
grands Eftats & des Familles llluftres, l'on foufïre que la fable
fe mefle a l'hiftoire, pour la reuerence de l'antiquité. Vn autre
non moins graue dit la mefmechofe des Alemans, dpuâ quos
dit il licentia vetufUtis plures Vee orti creduntur. Pompée quoy.
qu'ennemy de Caviar,ne laiilbit pas de croyre qu'il étroit defeen-
du de la Deelfe Venus. Et ainli comme vous voyez, il ne s'a-
gift pas icy de ce qu'on doit croire de ces fables , mais de ce
qu'on en a creu.
Pour reuenir a noftre propos ie trouue que les Latins auffi
bien que les Grecs ont affecté les Armes fuccelfiues Ancntm
chez Virgile fe fait remarquer par le Blafon de fon Pere. 1urnus
chez le mefme porte vne vache, parce qu'il eftoit iflu de la î rin-
cefle Io, qu'on a creu auoir efté changée en vn Animal de cette
efpece & de ce fexe. Si toutes-fois on y voit, Helenor Armé à
blanc fans aucune enfeigne ou Armoirie, & comme a dit ce
Poete. ? arma que Inglorim alha. Ce n'eft
pas a dire qu'aucun ne peut porter Armoiries qu'il ne les
euft acquifes par quelque généreux exploit, tien moins que
cela. Cet équipage, au contraire eft vne preuue de nos maxi-
mes , & vne marque de la prudence du Poëte qui traide Hele..,
nor en homme de fa condition. Il fçauoit en effeâ: que ce nou-,
ueau Caualier eftoit vn Baftard Fils d'vne Efclaue , defaduoué
de fon Pere,& de la claffe de ceux que le lurifcofulte Théophile
appelle "":'11' lequel en cette qualité eftoit exclus de la milice,
& des Armes que les Eftats bié policez n'ont jamais permifes aux
Efclaues hors vne extreme neceffité. Tant (ans faut qu'ils euf-
fentpeu pretendre aux Blafons, & Armoiries de leurs Peres,
que les légitimés mefme s'il faut dajouller foy aux Romans no
pouuoient porter,qu'au bout de l'an de leur Chcualerie, ne s'en
eftimans pas dignes iufques a ce terme. Tant y a que les Baftars,
eftoient exclus des biens .&: des honneurs de leurs parents pat
toutes fortes de loix. Vous auez celle des Atheniens chez De-
moftene en l'OraiLon contre Macartatus en ces termes. S
40
..,. 1 ft. r;.. a." l '1 r ", r
»Ire I&y un •?.«* 4rxjrtrdj gol's ifàrCOttie ils font cefcz (ans
peres, auffi n'ont-ils aucune parenté,ny par confequent droid de
fucceffiÕ. Les Turcs,qui font les linges des Iuifs,tiennet pour ba-
ftards les enfans de leurs concubines, &: ne partagent point aux
biés de leurs parens.le ne vous dis rien du Droite Romainjcar ie
remarque, que vous vous elerimez du Digefte Se du Code, ce
qui me donne vne penfce,que ie ne veux pas dire.Chez nous les
Baftards ne peuucnt pretendre que les aliments : & pour le fait
des armes dont il s'agit prefentement, ils en ont efté long-temps
exclus ; vous auez obferué ce que du T illet enaeferit au fuiec
d'Amaury de Montfort, &: partant l'exemple d'Helenor , & le
vers deVirg le bien en tendu, n'empefclicnt point que les Armes
n'ayentefté herediraires dés ce temps-là.
le ne doute point auffi, que vous ne remettiez à la forge vo-
ftre définition du Blafon , pour laquelle vous auez eu tant de
complaifance > & fur laquelle voftre Art veritable eft appuyé, U
afFermy comme vne meule de moulin, fur la pointe d'vne ai-
guille. En premier lieu, il n'eft pas neceffaire. & neft véritable
en effet, que ks Ara oiries foient compofées de couleurs, & de
métaux, vous en demeurez d'accord vous mefme, & dans la
pratique nous auons plufieurs blafons de meral feul, ou de
couleur (culemenc ; ou de l'vne ou l'autre des deux pennes fans
aucune autre figure.
Secondement fi elles font hereditaires, comme nous préten-
dons qu'elles ont toûjours efté, c'eft contre vos maximes, car
vous enfeignez ailleurs qu'elles n'ont cette quahce,que depuis le
temps de S Louys,ainfi les propofitions contenuës en voftre de-
finition, ne feroient pas d'vne vérité confiante & eternelle.
- Item; il n'eft pas necelTaire, quelles foient données, ou auto-
rifées par le Prince, autrement vous deuez paffer l'cfponge fur
ce que vous auez efer it,enfeigné,répété,& rebatu en diuers lieux
de voftre ouurage, que les Artnoiries font figures de caprice,
d'imagination, & de fantaifie, ce qu'eftant véritable, comme il
n'en faut point douter, vous druezplûtou: rayer cette différen-
ce de voftre defiaitionlaquellc d'ailleurs cft autant inutile,com-
me
41
L
me elle eft iniurieufe arla bonne &r ancienne Nobleffe. Ce qui
s'entendra mieux, fi vous prenez garde, qu'en tous les Eftats, -
èc en France principalement il fe rencontre trois différents de-
gre z de Noblefle.
Le premier eft, de ceux qui tirent cet auantage de la nature,&
de leurs parents, qui leur impriment cette qualité excellente,
appellée des Grecs IÙJW*. Le fecond eft, de ceux qui fe font
fignalez par les armes, & par les lettres,& qui fe font cfleuez aux
premieres charges de la milice ou de la Robbe. Le troifiéme eft,
de ceux qui fe défiants de leurs merites ont recours au Prince)
afin qu'il fupplée par fa toute puiifance, ce qui manque a leur
origine. Et c'eft de ceux-là feulement que vous auez peu dire,
que les Armes font données ou autorifées par le Prince. Car
pour les féconds ils sannobliflent eux-mefmes pour ainfidire,
par leurs rares vertus politiques,ou militaires,qui les approchent
de la perfonne du Prince,de la compagnie duquel ils contraccenc
ie ne fçay quels brillants de fplendeur & de lumiere , qui font
plûtoft des déclarations de la Nobleife de ces grands Genies,que
des annoblifïèmcns,dont ils n'ont pas befoin.
Quant aux premiers ils le portent bien plus haut, 61 ne fei-
gnent point de dire, qu'ils font Nobles comme le Roy.Ce quifc
doit entendre de ces Familles Aborigènes ; dont l'antiquité eft fi
haute,& fi reculée de noftre conoiflance, qu' on n'en fçauroit de-
couurir la fource,noii plus que du fleuue du Nil. Or ceux-là font
de deux fortes, car ou ils font indigencs ôc Autodones, com-
me ceux de Montmorency , de qui les anciens Herauts auoient
accouftumé de dire,Montmorency premier que Roy en France.
Où ils font venus d'ailleurs,Ssdecendus de ces braues, qui acco-
pagnerent nos premiers Alexâdres à laconquefte de l'Occident,
&,- fe font ceux-cy proprement,qui fe peuueut vanter d'eftre No-
bles comme le Roy. Certes fi chez les Allemans, dont nous ti-
rons noftrc origine, les Roys eftoient choifis du corps de la No-
bieffe; tous ceux de cet Ordre, pouuoient en quelque maniè-
re parier auec le Roy , puis qu'ils pouuoient tous afpirer à la
Ilovauté ,&eftre Roys en effet. D'où il s'enfuit, que ces gran-
41
des,illuftres &- anciennes familles,indigenes,ou efirangeres.donc
nousauons pluGeurs beaux reftes dans toutes les Prouinces du
Royaume, ne reconnoiflent aucun Auteur de leurs Armes, que
ce que vous appeliez caprice, imagination , oufantaifie.
Enfinilneft pas véritable, que les Armoiries ayent efté pri-
fes > pour diftingaer les Familles, mais plûtoft pour difcerner les
membres particuliers de ces familles. Car encore qu'en fubftan-
ce tous ces particuliers portent mefmes Armes,fi eft-ce pourtant
qu'elles eftoient distinguées & dirrerentiees par certaines mar-
ques appelléés brizures , qui appliquoient & approprioient ces
Armes à cettuy-cy, ou à cettuy-là, &: le difeernoient de tous les
autres membres de la Famille en général, & de chacun d'eux en
particulier s iufques là mefme, que du temps de la Marche, qui
ne parle que de ce qu'il a veu , le fils aifné d'vne Famille ne por-
toit les armes de fan pere qu'auec différence, dequoy ie ne m'é-
tonne pas..Car les armes ayans efté inftituèes pour faire à la
guerre ce que les noms & prénoms dans les affaires domçfti-
ques-, & d'ailleurs le pere & le fils fe pouuans rencontrer dans
vn mefme combat : Mais ie paffe bien plus auant toute vne
vne compagnie pouuant eftre compofee de freres , oncles, ne-
ueux, & coufins, comme il arriua autres fois à Rome à la guer-
re des Vejentins, que la feule "Famille des Fabiens prit fur Ces
bras,neFalloit-il pas denecefîlté y qu'il y cuft quelque diftin-
ftion dans les Armes, pour difeerner le bon du mauuais, le ge-
nereux du lâche, ie vaillant, du temeraire, à faute dequoy, com-
me tous ceux d'vne grande Famille auroient peu s'attribuer
l'honneur d'vne action heroïque executée par vn particulier,
auffi auroient ils couru fortune d'eftre tous iiotez-d infamie pour -
la poltronnerie d'vn feul, fi leurs enseignes eufTent efté abfolu-
ment fetnblables.
- Peut-eftre auray-ie efté trop long en l'examen de cette belle
définition, mais encore fuis-ie obligé de vous dire vn mot de
vofcrediuinon des Armoiries, & vous aduertir que les Armes
que vous appeliez de domaine, ne fçauroient conuenir a l'Em-
pereur, qui n'en a aucun depuis Charles IV. U n'en peut auoir
1, d
à lad
43
a l'aduenir en qualité d'Empereur. Les loix Imperialles ne lut
permettants pas de s'appliquer, les terres confîiquées, & miles
au ban Impérial, comme on parle en Alemagne. Charle cinq-
uiefme fçauoit bien cecy 5 auffi Ce moquoit ils des Àlemans qui
fe faifoient fefle de cette dignité , & leur feeut fort bien dire,
que ce qu'ils eftimoient tant, ne luy apporroic que des inquié-
tudes, & que fans le reuenu de Ces Païs bas, il n'auroit pas eu de-
quoy entretenir fa Table. Vous pouuiez donc mieux dire que les
Armes de l'Empire,sot plutôtmarques de Dignité que celles de s
Electeurs, principalement des Eccleiiaftiques dont l'honneur
n'eft pas fi nud, qu'il n'apporte auecfoy vn domaine bien a H cu-
re, & des places d'Armes a l'abry desquelles, ils fe maintiennent
en paix au milieu des oragesqui agitent ailés ibuuencjes peuples
de la Germanie. le ne dis rien des autres membres de cette bel-
le diuifion qui bien examinez, reuie nneiit prefque rous à vn, ou-
tre que la connoiifànce de toutes ces chofes fuppofe bien d'au-
tres principes que ceux des Armoiries.
Aurefte ie n'ignore pas que vous n'ayez des Auteurs pour
appuyer ce que vous auez d:c de la pourpre. Mais je vous peus
bienaifeurer que ce ne font pas les meilleurs. Et comme la pra-
tique des anciens au fait des Armes, eft a préférer a la Theorie
des modernes, vous ne fçauriez manquer de vous rétracter en
ce point, & de reftablir cette couleur Armorialle que vous auez
oftée a nos Herauts fans fondement affeuré. Prenez donc garde,
que s'il y a eu quelque ambiguité pour les Armes de Lcon en
Efpaigne, elle ne prouient que de l'ignorance de vos Auteurs
Efpagnols qui nont fceu diftinguer le pourpre, du ro tige. Certes
Meilleurs de fainte Marthe qui ont en main les meilleurs rrgi-
(1res des plus anciens Hérauts, blafonnent conftammenc cet
Efcu de Léon, D'argenra vn Lyon de pourpre. Quoy qu'il en
foit, perfonne n'a jamais douté de celles de Rodez qui cntrenc
en celles d Armaignac, & font de pourpre à vn Leopard ram-
pant d'or. Que li le Feron les Blafonnc autrement enl'Eicuf-
fon d'vn Baftard de cette maifon , qu'en celuy du Conneftable,
c'eft vne faute d'imprimeur qui a deu eftre corrigée par le SiClH
Gode-
44
Godefroy,de l'autorité de Meilleurs de fainte Marthe qui Blaser
ncnt ce Baftard comme le Conneftable fauf la Baftardife, 2. vol.
de Phiftoire de France liure 1 y .chapitre 7,& liure 21. chapitre j.
Nous auons a fiez d'autres BIafons,ou cette couleureH: emploies
tant en France qu'ailleurs. Saint Leger par exemple, & Gafte
Luppé que nous auons Blafonnez dans nos Origines. Lacy en
Angleterre, de gueullesa vnLyon de pourpre. Pembrok d'or
party de finople a vn Lyon de pourpre brochant fur le tout. Ri-
chard Plantageneft Fils d'Edmund de Langley Duc Dyork,
d'Angleterre, a la bordure d'argent chargée de huiél: Lyons ram-
pas de pourpre,En Allemagne l'efcu de Haute Saxe eft fi illuftre
qu'il eft capable de fermer la bouche a tous nos brouilleurs de
papier il eft de pouipre,a vn chenal gay contourné d'Argent.Ki-
bourg d'or a vne fafle de pourpre entre deux filets de mtfme,
Bendorph en Mifnie comme Lacy cy-defîus, les Purpuraty de
Piedmont d'or ou d'argent à trois coquilles de pourpre, &c.
- Que s'il eft queftion de la théorie, vous ne vous-y trouuerez
pas mieux fondé. car d'vn cofté il n'cft point vray > que la pour-
pre vulgaire des Peintres,foit vn compofé, refultant du meflan-
ge des autres couleurs, comme l'a creu Sicile le Héraut. En ef-
fct la [eule laque & l'azur fuffifent auiourdhuy pour cela. Et
l'ancienne pourpre du temps paflfé, qui eftoit fi pretieufe, fe fai-
foit du fang & de la fubtfance feule du petit coquillage , appelle
Purpura. Et d'ailieursle Héraut Sicile nonobftant cemeflange
imaginaire ne reiette pas cette couleur, dont l'exiftence & la di-
gnité eft aflez bien eftablie par la depofition de toute l'antiquité,
& par confequent-
Tout cecy, Monfieur, regarde la fcience en général ; en par-
ticulier vous reparerez l'honneur de quantité de Familles illu-
tfres que vousofFenfez mal à propos dans voftre Préface. Ceft
la que vous formez vne plainte indiferete,de ce que l'enclume &
les marteaux Ce trouuent fous le Diademe,auMi bie que les aigles
& les lions : comme fi vous vouliez dire,que ces inftrumens mc-
chaniq ues fufient indignes des Armoiries, & de l'honneur des
couronnes que les Nobles fe font acquife* dans les Armes, &
par
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par ces marteaux mefmcs, donc leurs blafons font ornjez , &
decorcz.
Or en ce poind vous errez contre les principes tant de fois al-
léguez , & vous deuez reconnoiftre, que fi les Armes font figu-
res de caprice ; il n'y a rien en la nature, qui ne purfle entrer dans
la composition des blafons les plusjliuftres. C'eft ce que vous
auez dit fielegamment en ce mefme lieu, que l'Art du Blafon
parvne adrejje mgenieufe , & qui f^pajfe tous les efforts de la
Chimie ,fcauoittirer le s,m arque s plus glorieufes de l'honrttur & de
Vejlime^des moflres & des difgraces de la nature. A près quov il faut
cftre bic eftourdy pour s'emporter corne vous faites à trois pério-
des de lacocre des Blafons,que vous appellez mal conceus,& des
images barboiiillées^arce qu'il s'y rencontre des marteaux 6l des
enclumes.Reuoyez vos liures, ie vous prie, & quant vous aurez
aptisqueles ferpents, lézards, crappaux, Se les inCettes mef-
me iulques aux mouches, tauans, Grillets, farfalles, &c. Er pour
ne pas oublier voftre meftier & le mien, que tous les inftrumens
du labourage, & de la mufique, comme chariots, focs de char-
rue , raceaux, pioches, pelles, faux, ruftres, violons, harpes, flû-
tes, Gfflecs de Chauderonnier. Quant vous verrez, dis-ie, que
tous cesinftrumentsfont receus en Armes, peut-eftre, ne rejet-
terez vous pas les marteaux qui font fi neceffaires, en paix &
en guerre. -
En effet pour ne parler des enclumes, que ie n'ay point veücs
en Armes, fi vous condderez les marteaux comme inftruments
de mechanique ; ie ne vois pas qu'ils foient tant à mefprifer. En
cette qualité, ils feruent auxmarefehaux , & à cent autres arti-
fans. Le prouerbe fait connoiftre l'importance de ceux la dans
les radios militaires, faute d'vn cloiijVn fer,faute d'vn fer vn che-
ual,faute d'vn cheual vn homme,&:à faute d'vn homme feperd
vne bataille, dont s'enfuit la ruyne & la defolation d'vn Royau-
me.Enfin fouuenez vous, que vous auez donné des fuzeaux, &
des deuidoirs à nos braues, &: vous ne leurs ofterez pas les mar-
teaux des mains, quand ce feroit pour forger. Certes,Monfieur,
les lys ne filent point, mais on les a bien veus forger, & i ay leu
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aucc plairir, & entendu reciter à ceux qui l'auoient veu, que no-
ftre Roy Charles neuliéme n'auoit point de plus grand diuertif-
fement que de forger vn fer de cheual, & de l'afleoir luy -mefme,
ce qu'il faifoit auec tant de grace & d'induftrie, qu'il donnoic de
l'admiration à ceux-la mefme qui en faifoient meftier. Tant y a
qu'il auoit fait edifier vne forge dans la Cour du Louure, où il
forgeoit & battoit le fer de fes Royales mains.
Le Seigneur de Giury du nom &: des Armes d'Anglurre
auoit vne paffion non moins genereufe & martiale que ce Prince,
qui eftoit de forger vn roiiet de pifiolet ou darquebufe, Armes
fort neceflaires à la caualerie legere, donc il eftoit Colonel. Mais
ces exemples quoy que fignalez ne vous toucheront peut-eftre
pas tant que celuy d'AIphofe premier,Duc de FerrarCtqui ne s'a-
mufoit pas à de rouets de carabine, ou de piftolet, il auoit loge
fes inclinations plus haut, 6c s'eftoit addonné à l'artillerie aulli
bien que vous,de maniéré qu'il faifoit toutes fortes d'affûts de ca-
non,ce qui ne fe pouuoir pas faire fans maillets & fans marteaux.
Voila, Monfieur , ce que vous pouuicz obferuer touchant ces
inftruments,en tant qu'ils feruent àux mechaniques. Que fi vous
les confiderez comme des Armes de neftre ancienne milice,vous
les verrez eleuez à vn bien plus haut degré d'honneur & de gloi-
re. Le grand Chai les, tige premiere de nos CarIouingiens,a efié
appelle Martel de ce genre d'Armes duquel volontiers il fe fer-
uoiten guerre. Et fi nos Connectables, dont vous n'ignorez pas
le crédit &l'authorifè dans FEftac, l'ont bien voulu porter pour
marq ue de leur dignité,qui a-t'il de plus illuftre,de plus glorieux
& de plus digne de nos Armoiries?Le FaulTart,dont Matthieu de
Montmorency 6c tat de merueilles à la bataille de Bouines,eftoit
vn de ces marteaux,d'autant plus necefTaires en ce temps,que nos
Gendarmes eftoient couuercs de fer depuis la cette iufques aux-
pieds,à raifon dequoy noftre Froiflart M. S. les appelle toujours
armures de fer, de forte qu'il les faloit charpenter & aflommer à
coups de mafteSjComme le Cenée de la fable, ou comme ces Au-
tunois dont nous parlions tantoft.
line faut donc plus s'eftonner fi quantité de bonnes familles
de