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Épitaphe de J.-J. Rousseau , à placer sur la porte du Panthéon, suivie de plusieurs réflexions intéressantes au bonheur de l'humanité,... par A.-J. Guyot

De
53 pages
Antoine (Paris). 1802. 1 vol. (51 p.) ; in-8.
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DE
J. J. ROUSSEAU,
DE
J. ROUSSEAU,
A placer sur la porte du Pathéon
Suivie de plusieur Réflexions zMmmm
ïmbonheur de rhumanité.
Ouvrage dédié à la fête de la Paix et du rétablissement
de la Religion, le jour de Pâques 1802.
PAR A. J.G.DYOT.'
A PARIS,
Ehe*
ANTOINE , au pied de l'escalier du Tribunat.
LENORMAND, rue des Prêtres Saint-Germain
l'Auxerrois., n.° 42-.
GENÊTS, rue de Thidrrtûlle > n.° 5 ,. près le Ponfe
Neuf, Libraires.
GERMINAL, isï.
DE
JE AN-JAÇ QUE S ROUSSEAU,
A placer sur la porté du Panthéon, (i)
suivie de plusieurs réflexions intéressantes
au bonheur de l'humanité.
'EST une honte et une infamie pour la
nation française revenue de'ses excès révolu-
tionnaires, et.régénérée pour les moeurs, de
laisser a l'avenir , paisiblement exposé à la vé-
nération pnbliquedu Panthéon, le plus abo-
minable père de l'univers , que les partisans
exaltés de l'anarchie n'ont porté d'Ermenon-
ville à ce temple auguste , qu'à travers d'une
forêt d'écbafauds, et d'une mer de sang : ou,
si l'on s'obstine; à y. perpétuer sa demeure,
que l'on se reporte aux siècles de la mytho-
logie, et que Saturne, qui mangeoit ses pro-
pres enfans, soit à ses côtés investi des mêmes
rayons de gloire.... Qu'ensuite un Gouverne-
ment sage çt invincible- invite tous les pères
■'-".-', ;• v, - A ■ ,
( ² )
de famille de la France à suivre , ne fut-ce
qu'un demi-siècle , leur édifiant exemple.
I P I T A P H È.
I gît l'auteur du Contrat social,
Destructeur acharné de l'amour' filial :
Hypocrite écrivain , par les devoirs de mère
Qu'il anéantissoit comme épouse, comme père.
Bizarre ami, perfide 'citoyen ,
De la société brisa le doux lien
A cinq enfans il donna l'être,
Et dès- l'instant qu'il les vit naître ;
Le monstre !... impatient de s'en voir délivré,
Par l'instinct scélérat d'un coeur dénaturé,
Les arracha du sein 4e leur; mère éplorée,
Sans qu'elle en.pût jamais. savoir la destinée.
Pirssans : indignés, .'attendris,
"De 1 .ces infortunés vous entendez; 'les 'cris :
L'écho'plaintif et lamentable
En retentit au tour, dé la tombé exécrable ; ;
Pleurez le sort dé ces enfans.
Vous tigers, vous lions 1 de nos climats brûlans, .
de ce père inhumain vengez le crime atroce
Accoutez.. pénétrez le caveau radieux
Et par tous les è'ffcHs de votre ame féroce ,
Traînez son urne infâme hors du temple des'dieux !
.' ©vous, pères dignes d'un si beau noin !
(3):
faites disparaître- de dessous vos yeux, arra-
chez d'entre les bras de vôtres chère moitié,
s'il vous est possible, à l'exemple de Rous-
seau , les enfans que vous donne la nature j
faites taire, si vous en êtes capables, lé langage
du sang qui coule dans vos veiues Et vous,
mères , qui après le moment des douleurs cui-
santes de l'enfantement, concevez une joie si
ravissante à la vue du petit être qui vient de
vous en occasionner les angoises, dites à vos
entrailles de ne point s'émouvoir, commandez
à vos mamelles de ne point devenir deux fon-
taines de nectar destinées à l'allaitement de
cette aimable créature que le ciel vient de dé-
gager du sanctuaire sacré d'une union avouée
par la nature ,1e gouvernement et la religion.
Avec votre tendre époux , réunissez vos ef-
forts contre le langage de la paternité, pour
éloigner de vos caresses réciproques cet objet
si cher à vos coeurs. Priez , si vous le voulez,
l'ombre de Rousseau de venir vous aider, je
ne dis pas à accomplir, mais à former la pre-
mière conception d'un si noir attentat. Ne
soyez point étonnés de la révolte de votre
coeur contre une entreprise si barbare ; mais
étonnez-vous que l'homme dénaturé , que le
philosophe qui consomma cinq fois ce crime ,
a reçu d'une certaine portion du peuple fran-
çais , après sa mort, les honneurs de l'apo-
théose ; ses cendres reposent dans le temple
dédié aux héros et aux grands hommes. Lisez
l'inscription gravée sur le frontispice de ce
temple, et dites dans votre indignation, qu'elle-
même en défendoit l'entrée à ce père farouche.
A ²
Tous ceux qui ont accompagné le cortège
■d'Ermenonville à Paris y et-qui chantoient là
gloire d'un père si détestable, avoient embou-
ché la coupe sanguinaire de Marat ; leurs
lèvres étoient toutes dégoûtantes de sang
humain ; ils n'ont vu, dans le trajet des cinq
lieues j que des prés , des champs , des murs
ensanglantés ; ils ne donnoient du repos à leurs
effrayans cantiques ; que pour jurer à la face
des cieux, qu'ils délayeroient dans le sanghu-
main le ciment qui devoit servir à l'édifice im-
mense dé la République française ; les prin-
cipes licentieux de l'homme dont ils célébr oient
le convoi de translation funèbre , les avoient
portés à ce haut degré de destruction et de
carnage: déjà ils se repaissoient agréablement
l'imagination d'un prochain déluge de sang,
dans lequel ils se seroient délectés de voir
nager toute la race humaine , en faisant faire
à leur infernale révolution, le tour du globe.
■ Approchez , pères et mères, et lisez sur le
frontispice du temple où repose l'apôtre de
de tant de maux : Aux grands hommes,la
patrie reconnaissante. Le génie qui venpit de
tracer: ces mots , avoit trempé son pinceau
dans le. sang humain. Sa main tremblante le
laissa échapper de frayeur , à l'arrivée su-
bite dé la marche bruyante et tumultueuse
des amis fidèles du bourreau de la nature.
Cette inscription faite pour annoncer-l'entré3
du solitaire d'Ermenonville, la lui défendoit
au contraire, comme depuis, sept ans elle ne
cesse d'en réclamer la sortie. Marat et Mira-
beau n'entretinrent point si long-temps l'é^
tonnement.public, sur leur.séjour dans cette,
demeure des dieux. Peu de temps, après; leur
admission, le tableau-de leurs .crimes, formé
par quelque main vertueuse, Çfue l'honneur
et la félicité des humains avaient enhardie, les
chassa de ce palais.de gloire : les cendres de
Marat furent ignominieusement .jetées, dans
l'égoût Montmartre:; par lé. souvenir... de -, ce
que ses partisansavoient, en novembre, IJ^J
demandé, à la Convpn tion de changer,en faveur
de .cet homme sansuinairement .célèbre , \é
nom de Mont-Marine m qejui.de Moni-Mardt.
N'importe où l'on place, au moment de l'ex-
pulsion, le corps, de,Rousseau , il suffit.què,
cqmjue, Marat et Mirabeau, il en soit honteur
sèment chassé. C'est justice.
Du Panthéon français,'si Marat , Mirabeau,
Furent chassés jadis en haine dé leurs criines ;
^Pourquoi, nous conduisant par les mêmes maximes,
En laisser la faveur'à Jean-Jacques Rousseau?
: Ilsv avoient, comme Jean ^Jacques , le mé-s
rite d'une brillante littérature^ .que l!horreur
de,leurs crimes a fai^ totalement disparpître.
Appliquons à Rousseau, comme, le publia le
fit dans:,le temps à Marat et à Mirabeau,. ]e$
trois, idées de l'inscription généreusement ci-
vique, de? la part de la Nation française : Aux
grands hommes, là pairie reconnaissante.
. Par quel- motif, reconnaissante ? Sera - ce
envers l'homme anti- social qui toute sa vie,
déifiant l'ingratitude \ publia à tout l'univers,
que la reconnoissance, étoit pour lui un sup-
plice insupportable! (Voyez ses Confessions.)
A 3
0 ma patrie!'garde-"roi de t'avilir , sois
équitable d'ans tes bienfaits : tu né décer-
neras l'apothéose qu'a'l'homme qui a mérité
le nom de Grand L'orgueilleux est-il déce
nombre? Non certes; il est un être bas, viU
rampant jusques dans sbn exaltation : il n'est
digne que du mépris universel. Jean-Jacques,
ne porta-t-il pas l'orgueil au degré extrême ?
Ses amis qui le fréquentoient, n'avoient - ifs 1
pas coutume de dire dé lui j comme jadis'oji
disoit duphilosophe-Diogéhe , que l'orgueil
lui sortoit par les coudés percés de'sert
habit.
'" Le livré de ses confessions suffit seul pouf
en convaincre tous les lecteurs. Qu'on en
ouvre d'abord la première page, et qu'on y'
voie l'empreinte de la plus dégovitante vanité,
comme de la plus avilissante bassesse. « J'ose
3) croire, dit ce philosophe bouffi, n'être point
M fait comme aucun de ceux/qui existent. Que
» la trompette du jugement dernier sonne
55 quand elle voudra, je viendrai, le livrede
» mes confessions à la main, me présentée
» devant: le souverain juge. Je dirai haute-
ment : Etre éternel/rassemble autour de
» moi l'innombrable foulé de mes semblables ;
» qu'ils écoutent mes confessions.. . . et qu'uri
» seul te dise, s'il l'ose , je suis meilleur que
» cet homme-là. »
Ces expressions;,. et beaucoup d'autres sem-
blables,lui ont fait mériter chez plusieurs écri-
vains savans, le nom de Fou sublime. Ses
plus chauds partisans disent, pour l'excuser,
que Rousseau avoit des momens peu lucides
( 7? )
où sa tête n'étoit pas .absolument à hû. Mais,
la.patrie a^t-relle fait inscrire sur, son .temple
de gloire., qu'elle seroit reconnoissaiitè envers
le.s.fous, envers les orgueilleux.signalés ?
La patrie admet aux honneurs du Panthéon".''
les, hommes, dooit elle a reçu degranà'sXien-
faits, pour la. société. Est-ce un bienfait pour
elle , de, la.part d'un père, d'avoir cinq en— 1
fans, de n'en nourrir aucun de lesabandon-,
ner,tous.au moment-, de leur naissance,?,
[Rousseau dit en. vain., livre 8 de ses çpur.
fessions: Je n'aurois pu les élever moi-même,
j'aurois été forcé de, les abandonner. Ce lan-
gage est un insigne mensonge. Plus de deux
tiers du genre humain avoient moins de moyens
d'existence que Rousseau , et ces deux tiers
de pères et mères plus malheureux que lui,
n'abandonnerent pas leurs enfans. Ce fut au,
contraire dans tous les temps, de cette classe
gênée et laborieuse des humains,que la patrie,
par le lait succulent, des mères , reçut les
corps les plus robustes pour les travaux et les
combats , ainsique les esprits les plus propres
à l'aimable, sociabilité. Ce prétexte de sa part
n'aura pas la vertu d'éblouir le bon père de fa-
mille, de la campagne,: du fond de son hon-
nête ou inquiétante médiocrité, il porte, avec
une sainte audace, son irréfragable condam-
nation contre lui,, Que deviendroit la France,
lui reproche-t-il, si ton exemple, ô père in-
fâme , étoit suivi par tous les pères de .famille
qui y végètent dans là médiocrité ? Tan-
dis que tu courois les rues de Paris, empor-
tant tes enfans dans un coin de ton manteau,
A4
(8)
n'as-tù point souvent réncontré des mères
éplorëes portant sur leurs bras bu leurs épaulés"
leurs tristes et affamés nourrissons, ne rou- ;
gissant'point de subir la peine et la honte de ''
la mendicité, plutôt que de faire abandon de r
ces trésots de réproduction 'humaine y' plus 1
précieux à leurs yeux que toutes lès richesses
des rois ? As.- tu vu , père barbare , lorsque
là mére recevoit quelque d on d'un riche, qu'elle
lui ait en échange, offert de;lui abandonner
ses enfans ? Où as-tu remarqué quecet enfant
rebuté dès haillons de sa mére , se fût jeté'. 1
dans les bras de la dame charitable dont l'é-
clat et la magnificence des vêtements éblouis-
soient sa vue ? Cet enfant placé entre une réine
et sa mère, dé quel côté pense-tu qu'if va^
diriger ses pas. chancel.ans ? Dâils'quels bras 1 >
va-t-il se laùcër, ou dans ceux d'une princesse
qui étale une démonstration 1 affectueuse !W
singulière dé Caresses du 'moment, où dahsr'
ceux de saf mère qui , pour l'instàfit, met
un repos â"lâ tendresse de ses émotions m"a-J
ternelles ? Rousseau, fa cruauté né te permet'
pas de sentir là force sentimentale de ces rai-
sonnemens comparatifs ; ton coeur, par l'en-
durcissement,'est devenu insensible. Ne croiV
point que tes'excuses aieîrt'rien de plausible à'
nos yeux.
En effet, tous les jours - ce pèrfe dénaturé'
refusoit des prisons très-riches, de centlouis,
dé deux cents louis , soit de madame de Pom-
padour, soit dé quelques princes du sang. Je'
sais du secrétaire de M.le maréchal de Duras,
que ce grand seigneur envoyoit de temps à-
(9)
mitre quelque présent à Jean-Jacques Rous-
séàu'; que-lui-même, ami de ce philosophe
singulier, fut un jour chargé personnellement
dé lui porter un rouleau de vingt-cinq louis
de la part de son maître , message qu'il exé-
cuta fidèlement , en observant seulement que ,t
vu l'orgueil demesuré de son ami, il crut de-
voir saisir le montent où Pt-ousseau avoit le dos
tourné pour placer adroitement ce petit paquet
derrière une tasse sur sa cheminée, après quoi
il ne tarda pas' à prendre congé de lui.
- M. le duc d'Orléans flattoit son orgueil
d'une autre manière ; de crainte de l'humilier,
en lui faisant un pur don , il lui confia de la:
musique à copier , dont il paya le travail par
une 'grande-tabatière d'or remplie de louis :
mais Rousseau, ; piqué de la ruse , prit deux
louis et renvoya le reste avec la boîte. Tout le:
monde sait que M. le prince de Condé avoit
envers lui des bontés infinies. Voisin d'Erme-
nonville à Chantilly, il savoit que quand il
vouloit l'obtenir à quelque dîner, il ne falloit
pas lui envoyer un messager ordinaire , mais
un seigneur tenant de près:à sa personne ; telle
etoit la vanité dû philosophe.
M. le priuce de Conti lui rendit le service
signalé dele tenir caché chez lui, à son château
de l'lle-Adam, à sept lieues de Paris , lorsque
le parlement avoit lancé contre lui un décret
de prise-de-corps ; il avoit donné ordre au
contrôleur de sa maison de lui accorder tout
ce qu'il demanderoit , lui - même étoit envers
ce philophe aux petits soins , tout le château
lui étoit ouvert. Un jour que Jean - Jacques
(10)
étoit à promener dans le jardin, Je prince s'a-
perçut que son chien déracinpit avec ses patte&
les fleurs de son parterre qui étoit scrupuleu-
sement soigné ; il s'approcha de Rousseau , le.
priant d'empêcher son chien de dévaster ses,
fleurs; ce bisarre écrivain lui répondit : Mon-.
seigneur,mon chien est libre comme moi (2)
et dès le lendemain matin il quitta le château
sans le plus léger témoignage de reconnois-
sance envers ce bon et généreux prince..
Ou ne sera pas moins étonné, d'apprendre
qu'il ne voulut point accepter de son impri-
meur de Hollande vingt-quatre mille francs
qu'il vint lui offrir à Paris, pour mieux le re-
connoître du manuscrit d'un de ses ouvrages-
qu'il croyoit ne lui avoir pas suffisamment
payé. Toute sa vie il refusa la pension que le
roi d'Angleterre lui avoit faite. Sa veuve la
reçut après sa mort
Quelle fut donc son impudeur, apres cela,
de dire que ses moyens ne' lui permettoient
point de nourrir ses enfans ! L'abandon qu'il en
fit, fut donc énormément cri tninel. Ne méritoit-il
même pas une peine afflictive? Si par l'édit
d'Henri II, une fille qui jadis ;avoit abandonné
son fruit sans en faire constater ■ l'existence ,
étoit conduite au gibet; Rousseau ,,qui cinq
fois a commis cette faute, est 4 comme époux ,.
plus grièvement punissable. Doit-:il donc,être
souffert au Panthéon ! La.patrie auroit -elle
donc promis d'être reconnoissante envers des?
hommes qui n'ont, point rougi de commettre,
des actions dignes du dernier supplice l
■On ignore-dans tout Paris, ce que Rousseau
( II )
a fait de ses cinq enfans ; qu'il n'a pas conservés
chez lui un seul jour. La curiosité me porta à
vérifier ce qu'il dit dans ses .confessions, en
racontant qu'ils, ont été.portés aux enfanâ
trouvés J'allai parler à l'ancienne religieuse ,
la mère Guiliiot, qui depuis cinquante ans est
à la tête de cet établissement vénérable ; elle
m'assura que jamais dans cette : maison,
elle n'avoit entendu parler des enfans de Jean-
Jacques Rousseau. Ce père insensible, bi-
zarre et farouche , les a-t-il donc égorgés ?
les a-t-il jetés à l'eau , les a-t^ildonc enfouis?
Aucune personne sur la tefren?en sait rien,
pas même son épouse. S'il avoit été convaincu
d'en avoir égorgé, ne fût-ce qu'un seul ; il
auroit expire sur la roue, et son corps mis
ignoinieusement à la voirie. Il n'est pas cer-
tain qu'il ne les a pas tons égorgés : ce père
néanmoins, sur la tète duquel plane un si hor-
rible sounçon i repose dans le temple des
grands hommes!... O France , où est ta gran-
deur ta sagesse et ta magnanimité!
■ ; C'est faire à Roussaau une grace signalée
en croyant sur sa parole , au milieu de ses
sentimens de barbarie, que vraiment ses cinq-
enfans aient été portés aux enfans trouvés. H a-
la discrétion de ne point dire s'il les y a portés
lui-même. En ce cas , plus coupable que la
plupart des filles libertines, il n'en avoit pas
annoncé ni le père ni la mère , encore moins
les a-t-il portés nu Côramîsaire de la section,
pourles y faire enregistrer; mais quand même:
il auroit observé toutes ces formalités généra-
lement usitées, éviteroit-il pour cela les re-
( 12)
proches amers du premier instituteur de
cette maison si vénérable St. Vincenfc-de-
Paule ? Il me semble entendre parler sur ce sujet
ce saint personnage, le père charitable de tous
ces infortunés enfans trouvés, dont Rousseau
viola l'admirable institution. «Père dénaturé ,
lui dit-il, vous étiez un savant du siècle, vous
n'ignoriez pas que le but de mo-i institution
fut. de sauver les pauvres enfans abandonnés,
du meurtre, affreux qu'en faisoient-'-les mères
libertines qu'une faussehônte, que lé dépit) et
le désespoir armoient souvent d'un fer assassin
ypàs saviez que , je n'ai point étendu ni cru,
ni, dû,étendre ma charité sur les mères unies
à leur époux dans les liens d'un légitime ma-
riage. La nature n'avoit point soupçonné en
elles semblable; infidélité' criante;; mes; :res.t-
sources n'eussent point suffi à un si vaste plap,
- et loin d'y servir ila,société, je-J'aurois-ou-
tragée en .enlevant aux -pèices et mères le droit
et la consolation d'élever leurs enfans:: ne les
ai-je même point laissés., entre les mains des
mères libertines , toutefois qu'elles -ont eu) le
. courage de les élever par elles - mêmes? Vous
saviez que mon institution eût été abusive et
absurde, si je Pavois formée dans l'intention, d'y
rècevoir tous les enfans: de l'eropire français; je
né pouvois. la destiner aux .cinq lenfans qui
dévoient, naître] de votre mariage- , le ; projet
seul em eût soulevé tous les esprits..; ;
, -Lorsque vous dites: que vos enfans iont été;
mis aux enfans. trouvés, votre assertion, est
vraie ou elle est fausse. Si elle est vraie, je vous
demande, père - époux insensible, injuste et
(13)
cruel, pourquoi vous avez violé, par un vol
manifeste , les droits de mon institution. Si
votre assertion est fausse, comme tout porte
à le croire, et que vous les ayez détruits vous-
même de vos propres mains à leur naissance,
je vous reproche votre cruauté et votre hypo-
crisie, d'avoir voulu cacher un si grand crime,
sous le nom attendrissant d'une maison si cha-
ritable Plus de cent ans s'étoient écoulés,
et pas un seul père dans la France n'avoit pensé
à un semblable attentat. Je prie le très-haut que
pas un seul père ne vous imite , en sorte que
jusqu'à la fin des siècles Voussoyez le seul dans
l'univers qui aurez souillé mes cendres par une
entreprise si inhumaine, si barbare et si op-
posée au but sacré de la nature et de la vraie
chanté (3). »
Les français conduits, par les paroles de-
sorganisatrices de Jean-Jacques , qui ne re-
connoît aucun devoir , ont fait dire à la jeu-
nesse républicaine, qu'il n'existoit aucuns de-
voirs sociaux. Cette morale anti-sociale fit,
pendant la révolution, commettre tous les
crimes. L'esprit de parti aiguisa le glaive
parmi les français qui, sous ce rapport, ont
droit à quel qu'excuse sous le prétexté d'une
légitime défense ; mais les enfans de Rousseau
avoient-ils en naissant un poignard en main
contre lequel le père dut se défendre? Fran-
çais , il est un devoir sacré que vous devez
accomplir envers ce père qui n'en vouloit
remplir aucun , c'est le devoir imposé à vous
tous, individuellement et collectivement, de
bannir du Panthéon un si mauvais père , afin
( r4 )
que son exemplé par la vénération qu'il re-
çoit dans cet asyle glorieux, n'engage par la
suite aucun de nos républicains à l'imiter j et
que la houie de conserver dans ce temple ce
père inhumain, ne retombe pas plus long-
temps sur la nation entière
O pèle cruel, ô écrivain hypocrite, falloit-
il si souvent dans vos écrits prononcer le nom
chéri de vertu , et rendre votre conduite si
criminelle, par êeé crimes qui n'ont un nom
que pour vous! Cen'étoit donc qu'une brutale
passion qui avoit formé les noeuds de votre
alliance, les enfans qui dévoient en naître ne
dévoient clone avoir pour vous aucun attrait,
vous méditiez donc pendant neuf mois, le jour
marqué ouils dévoient servir d'aliment à votre
scélératesse. Les animaux dévoreroient celui
qui arïacheroit leurs petits de la mère qui les
allaite , ici le père arrache lui - même ses
propres enfans du sein de leur mère ', son
épouse ; il le fait sans émotion , il le fait de sang-
froid , il le fait a cinq reprises différentes I
On laisse ici à décider si Rousseau , qui n'a
laissé aucune trace d'existence de ses cinq en-
fans, dès le premier jour de leur naissance,
méritoit plutôt le Pcinthéon que l'échafaud,
eu l'échafaud plutôt que le Panthéon. Tous
les bons pères de famille disent généralement,
qu'il n'est point à leur» yeux sur la terre un
seul être si abominable. Ce n'est même que par
Un combat continuel contre leur inclination,
qu'ils ne se lereprésentenr point touiours ex-
pirant supplicié sur un bûcher ardent! Sans
doute que le Gouvernement ne peut pins in-
(15)
flinger aucune peine afflictive à ses restes ina-
nimés,ses chairs putrifiées ou réduites en
-cendres ; mais doit-il plutôt une récompense
au cadavre ignoble d'un homme dont la com-
dulte est si ennemie de-la société ? Si digne
d'être abhorrée, si propre à ternir la gloire du.
héres vertueux qui nous gouverne, qui ne se
souviendroit pas assez que ce monstre père,
n'a obtenu Je Panthéon que parce qu'il falloit,
dans l'ardeur révolutionnaire , un patron à
l'anarchie et la licence ? Je me souviens par-
faitement que même des hommes sans moeurs,
des députés montagnards les plus démoralisés,
-à qui j'en parlai alors dans Paris, m'avouèrent
qu'ils dout oient si Rousseau seroit admis au
Panthéon qu'il répugnoit à leurs sentimens
paternels, de décerner cet honneur au père
le plus dénaturé' de l'univers et de tous les
siècles.
Sur cet aveusincère et ingénu ; tout bon
français demande seulement que là même
juste répugnance touche la vigilance de nos
gouvernans vertueux,restaurateursdés inëëûrs
perdues depuis dixans , et soudain Jean Jac-
ques, que l'immoralité a divinisé, ne desho-
- norera pas plus long-temps ce temple auguste.
cet homme, le plus ennemide toute société,
: le ruse d'appeler contiuellementdu nom
triompheur de liberté cette licence effrénée et
subversive de l'ordre que sa ha5ne!psoux!tôtit
Gouvernement civilisé veut inspirern aux fran-
çais. Cette ruse affectée se rencontre surtout
dans sont contrat social, qui n'est qu'un livre
impraticable, incendiaire, et rempli d'er-
reùrs. Seroit-ce. donc à l'auteur d'une produc-
tion de ce, genre, que la patrie devroit ses
faveurs signalées? Encore cette ouvrage dé-
sorganisateur, que cet écrivain orgueilleux
se vante d'avoir enfanté, n'est de sa part
qu'un plagiat, dont les idées sont extraites
d'un ancien auteur latin , mais qu'il n'a pas
bien saisi, et qui du moins, n'est point comme
Je sien, ni erroné, ni bizarre , ni conspi-
rateur.
La bizarrerie de ce philosophe n'étoit
pas peinte dans toutes ses manières , sans
être aussi très - souvent rencontrée dans ses
paroles et ses écrits ; un trait bien signalé va
n ous en faire preuve -en revenant de son voyage
d'Angleterre , et passant par Amiens , il ren-
contra le père Gresset, qui lui demanda ami-
calement, etavec intérêt,pour sa personne ,
des renseignemens sur son voyage de Lon-
dres, Rousseau luirépondit : vous avez eu
l'art, monsieur le poète du Vert-vert, de
, faire chanter un perroquet , mais vous ne
parviendrez, pas à faire parler un . ours.
Ce séroit peu de chose contre la gloire du
Panthéon, queRousseau ternit , s'il n'avoit
été que bizarre ; mais au titre de père cruel,
il joint encore laqualité d'ennemi prononcé et
chaleureux de tout gouvernement civilisé ;
ce , dernier caractère,ne le rend pas moins
indigne de la demeure des dieux; que ses
-.autres défauts, qui devoient pour toujours
lui en fermer l'entrée , ,s'il n'étoit survenu
une, révolution qui enfanta l'anarchie et la,
.troupe dite tyrannicide.. Mais parce que cet
(17)
article est d'une haute importance, il con-
vient d'en établir solidement les preuves. Cette
solidité sera parfaitement atteinte, si je prouve
que Rousseau a brisé tous les liens de la
société.
Premièrement il en brise le lien le plus
doux , en séparant pour jamais ses enfans de
leur mère et de lui-même. Il n'est personne
qui ignore que le premier et le plus doux lien de
la société consiste dans les agréables souris des
enfans et les tendres émotions des mères. Cette
première liaison formée , l'enfant voit cette
même mère, en qui la nature lui a imprimé
toute confiance , se communiquer avec ses
voisins, ses parens, ses amis. Il s'y commu-
nique de même ; les. traits rians de son visage
se déployent envers eux à l'invitation de la
mère , voilà déjà une société formée : ô qu'elle
est douce , qu'elle est aimable ! Rousseau l'a
tuée avec sa massue, dès le premier jour que
ses enfans apprirent à respirer.
Un second lien de la société qui ne se borne
pas aux douces liaisons des mères avec leurs
enfans, mais qui peut s'étendre , et qui sou-
vent s'étend jusques d'un bout à l'autre de l'u-
nivers , c'est la reconnoissance envers ses
bienfaiteurs. Cette belle vertu trouve sa pre
mière existence dans les enfans, ils la prati-
quent sans obstacles et sans efforts , par l'effu-
sion ingénue de la simplicité de leur coeur.
La mère, les voisins, les amis de la famille font
de petits présens au poupon, et il y est sensi-
ble il paie ces dons par ses caresses, par ses dé-
monstrations nde joie, par le petit riche tribut de
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sa reconnoissance. Lancé dans la société, s'il a
conservé la bonté de son coeur, il témoigne
par des, égards , par des remercîmens affec-
tueux son retour Conciliant envers la main
bienfaisante qui a versé dans son sein, ou des
secours à un besoin pressant, ou des moyens
de prévoyance pour l'avenir ; les facultés spi-
rituelles comme les corporelles sont de l'étude
du bienfaiteur ; le coeur bon et reconnoissant
ne.monqiie point d'en connoître l'usage et le
prix. Ses rapports d'action de grâces et. d'é-
troite liaison accomplissent le devoir de sa
reconnoissance, c'est ce qui forme le plus beau
lien de la société , après celui de la première
nature entre l'enfant et la mère. Rousseau
éteint dans ses enfans le germe précieux de
la reconnoissance, en les éloignant de leur
mère. Lé degré d'orgueil où il s'est porté dans
l'âge mûr, l'empêcha de pouvoir se plier à
undevoir si consolant et si juste. Ce second
lien de l'ordre social a ,ce semble, un prix au-
dessus de celui de l'enfant avec la mère , en ce
qu'il se répand davantage parmi les humains,
qu'il est le fruit d'une mûre réflexion , et qu'il
se remplit par des efforts magnanimes : car,
si d'un coté le bienfaiteur est généreux, celui
qui en reçoit les influences, doit dompter son
amour-propre humilié, pour éteindre sa dette.
Les signés représentatifs de ses, sentimens lui
coûtent plus cher que tout l'or du Pérou; ce n'est;
point un vil métal, c'est tout son coeur , c'est
toute son ame qu'ildéploie , qu'ilmet en eflu-
sion, qu'il abaisse devant.son bienfaiteur.
Rien ce semble , dans le monde, n'est plus